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dimanche 19 mai 2024

Le concert du Festival Perspectives Malaka: les voix/voies soeurs

 Pour finir la journée festivalière de Perspectives à Saarbrücken, quoi de mieux que de se baigner dans les voix soeurs des deux frangines Laurina et Sacha du groupe Malaka qui nous emportent dans leurs rythmes métissés et ensoleillés. 


Malaka


Entre douceur et rythme, portés par leur voix complémentaire, l'une au ton plus grave, l'autre plus dans l'engagement nous parlent de leurs racines, la Guadeloupe où elles sont nées, bien qu'ayant passé la plus grande partie de leur vie en France. Elles ont gardé pour notre plus grand bonheur ce balancement et le soleil qui illumine leurs chansons. 


Malaka


Entre folk et soul, chansons rythmées qui nous parlent de notre monde, de la notre environnement, elles nous bercent et nous font danser. Chantant la plupart du temps en français, quelquefois avec des parties en créole, quelquefois en anglais, elles mettent des mots poétiques sur la nature, le mauvais temps, les orages, l'urgence climatique, les hors-la-loi, les coiffures afro et même des garçons qui pleurent et nous invitent à faire de même pour nous libérer de nos peines. 


Malaka


S'accompagnant à la guitare et soutenues par les percussions elles nous distillent avec douceur de bonnes ondes et nous charment de leur voix envoûtante. Un duo à découvrir pour lequel la salle bien remplie du Club du Festival dans ce bâtiment, ancienne usine près de la Römerbrücke, a réservé un accueil enthousiaste. Accueil qui les a surprises pour leur "première" prestation en Allemagne, au point que leur bis était presqu'improvisé.


La Fleur du Dimanche



Armour au Festival Perspectives: Quand la carapace se fend et que les corps s'emmêlent

 Cirque ou danse? Catch ou tendresse ? Erotisme ou sensualité ? Le trio d'Armour, Arno Ferrera et Gilles Polet à la conception et au jeu avec Charlie Hession qui les rejoint au plateau, nous emmène tout d'abord dans une démonstration de catch ou de lutte romaine. Combat solitaire pour commencer dans cet espace trifrontal au plus proche des spectateurs. Les lumières qui vont éclairer les corps sur la scène sont entre les rangées de spectateurs, en plus des rampes au sol. Le corps chute, et le son de cette chute emplit l'espace de cette église Sankt Jakob, dans la nef de laquelle nous sommes installés. Un comparse complice le rejoint pour une série d'empoignades musclées. Les muscles des corps se bandent, les respirations se font fortes, le troisième comparse relaye celui qui va souffler un peu. 


Armour - Arno Ferrera - Gilles Polet - Charlie Hession


Une chorégraphie de corps en enchevêtrements et en nouages, en empoignades et en bascules, en jetés et en portés, renversés. Le match se transforme graduellement en un ballet de corps plus lisses, plus souples, moins violent, plus dansés. La douceur s'installe, les regards se font aimables, désirables, provoquants aussi quelquefois. Le jeu se calme, la fragilité transparaît, les justaucorps colorés sont défaits, les corps se dénudent, les peaux se frôlent. Des tableaux, figures symboliques, crucifixions et piétas prennent forme pour culminer dans un trio des trois grâces où l'appui se fait dans le string de chacun des trois dans une totale décomplexion, très bien vécue - avec rire et humour - par les spectateur(trice)s. 


Armour - Arno Ferrera - Gilles Polet - Charlie Hession


La question du désir (attrapé par la queue) et de la sexualité évacuée, ils vont  s'affubler de noires armures de gladiateurs modernes rembourrées et multiplier les portés et les constructions et empilements variés. Egalement une échappée vers la danse folklorique en rythme sur un air irlandais qui les fait tourner autour de la piste. Puis une parenthèse de douceur, une chanson douce presque chuchotée et à nouveau des portés, des entremêlements de corps. Des surprenantes constructions de corps deviennent une bête curieuse qui se déplace à six pattes et quatre pieds. 


Armour - Arno Ferrera - Gilles Polet - Charlie Hession


Et l'on repart sur une autre direction avec le démantèlement des carapaces, avec plus de douceur et qui tend vers une séquence toute en douceur, à fleur de peau et de sensualité. On pourrait l'imaginer aller un peu plus loin dans le jeu du désir et de la sensualité, mais les mâles préfèrent prendre le chemin de l'humour et de la dérision dans une scène où le chanson d'amour reprise en duo traverse en écho de la bouche au fondement.


Armour - Arno Ferrera - Gilles Polet - Charlie Hession


On sent une réelle complicité entre les trois protagonistes qui arrivent avec beaucoup de délicatesse ou tantôt de force et d'énergie à déconstruire les schémas habituels de la masculinité et de la virilité. Et le dispositif scénique au plus proche des protagonistes aide bien à se mêler à leurs étreintes partagées. Un moment très fort.


La Fleur du Dimanche


Au Festival Perspectives à Saabrücken: Star Show - L'infiniment petit nous transporte dans la Lune

 Le Festival Perspectives à Saarbrücken entame sa 47ème année, mêlant le théâtre, le cirque, la danse, la musique et le cinéma, le tout dans un bain linguistique au moins franco-allemand pour ouvrir les frontières à la fois à l'esprit et à l'art et la culture. Une pièce de théâtre, Elles vivent sera présentée le 25 mai à Sarreguemines et le spectacle musique et danse de Philippe Decouflé Stéréo aura lieu deux soirs, le 23 et 24 mai au Carreau de Forbach. Le théâtre filmique The Making of Berlin de la troupe belge Berlin, dont nous avons parlé dans notre billet du 18 avril a été présentée le 17 et 18 mai à la Alte Feuerwache à Saarbrücken.


Star Show - Alan Floc'h - Photo: Greg Bouchet



Nous, nous plongeons dans une petite forme, presque du théâtre de chambre avec Star Show de la Compagnie Bakélite qui se joue dans la petite salle du théâtre überzwerg où les spectateurs sont très proches - et pour cause - du comédien Alan Floc'h. Celui-ci est installé dans une structure en bois avec devant lui une "paillasse" de laboratoire - une table à carreaux de céramique blanche sur laquelle est posé un mégaphone. 


Star Show - Alan Floc'h - Photo: Greg Bouchet


Nous comprenons que nous allons assister à un théâtre d'objet et que la comédien ne va pas bouger de sa chaise (ce qui n'est pas vrai), quand nous découvrons sous le mégaphone un minuscule astronaute dans son scaphandre blanc. Celui-ci va subir toute une série d'exercices dans une petite boite de conserve sensée représenter une cabine spatiale. La magie opère et nous nous sommes projetés dans un autre espace, entre la station de tir et l'espace intersidéral, pour nous retrouver au final sur la lune après toute une série d'épisodes poétiques et humoristiques où des objets très simples nous content des péripéties avec force effets sonores, lumineux et fumigènes. 


Star Show - Alan Floc'h - Photo: Greg Bouchet


C'est bourré d'inventivité autant que de simplicité et de clarté de lecture. Les surprises sont nombreuses et nous enchantent. Nous faisons littéralement partie du voyage et nous sommes à des milliers de kilomètres de notre terre quand, Alan Floc'h nous posons le pied sur la Lune dans une ambiance étrange. 


Star Show - Alan Floc'h - Photo: Greg Bouchet


Il faut saluer également son expressivité qui nous fait partager tous les états que traverse ce minuscule voyageur de l'espace réduit à une figurine de trois centimètres de haut en nous transmettant avec presque rien toute une gamme de sentiments et de réactions. Un magnifique voyage plein de surprises et de rebondissements.


La Fleur du Dimanche