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dimanche 5 juillet 2026

Le Journal du Dehors aux Scènes Sauvages à Waldersbach: Le village vit et s'écoute vivre

 Pour Est-ce que la terre s'est tue ? de Pierre Tallaron, je disais qu'il y avait une certaine filiation avec les Aveugles de Maeterlinck. Et si je rajoutais que Le Journal du Dehors de Véronique Borg et Myriam Dhume-Sonzogni était relié à la pièce de Pierre Tallaron vous diriez que j'exagère... Mais alors pas du tout !  C'es même le programme qui l'annonce; "En amont du festival, Véronique Borg, autrice résidant à Waldersbach, et Myriam Dhume-Sonzogni, poétesse installée à Neuviller-la-Roche, se sont inspirées de la démarche proposée par le metteur en scène Pierre Tallaron pour son spectacle Est-ce-que la terre s’est tue ; elles sont parties à la rencontre des habitants de la vallée de la Bruche, pour les inviter à raconter leurs rapports au paysage, leurs façons de s’inscrire dans le “dehors“, de s’approprier les lieux et d’habiter la campagne.

Mais cette "inspiration" a été fructueuse et le résultat en est une belle leçon de vie, de vivre ensemble et de mise en dynamique de la parole interrogée.


Le Journal du Dehors - Les Scènes Sauvages - Photo: Robert Becker

Sur la thématique de cette "lecture du paysage" en sollicitant les habitants, les deux artistes ont réussi à nous rendre une aventure passionnante où nous nous retrouvons presque immergés dans la discussion de ce qu'on appelle an alsacien le "Stammtich", la "table commune", telle qu'elle existait autrefois dans les bistrots de village - on y apprend d'ailleurs que rien qu'à Waldersbach il y avait 4 cafés. Et ce n'est pas tout, parce que tous ces échanges qui vagabondent entre la vie des bêtes (sauvages et domestiques), des gens et des métiers sont introduits et ponctués par de magnifiques interludes qui font virevolter les cordes du violoncelle de Lisa Erbes sur des airs de Bach. Ainsi, dans le magnifique jardin du Musée Oberlin de Waldersbach, modèle et référent idéal de la considération donnée aux habitants, la parole mise en bouche par les comédiens Nathan Bernat et Charles Zevaco et les comédiennes Béatriz Beaucaire, Nathon Goetz et Régine Westenhoeffer rebondit d'un bout à l'autre du jardin et sous l'ombre bienvenue des arbres. L'inénarrable Germaine, Virginie, Nathalie, Marie-Rose, Christian, Martine y parlent de boquillon, de chasseurs, d'élevage, d'apiculture, des vaches, des chèvres, de paysan, de paysanne, d'institutrice, de sanglier, de cerf, des foins. Chaque parole en appelle d'autres et - "Quand je t'écoute, ce qui me vient, c'est..." - encore d'autres paroles, d'autres histoires. On y discute du passé, de l'évolution des villages, des cultures, des habitudes et de la venue des "étrangers" et de leur insertion. De l'évolution du travail, de ceux qui allaient travailler en ville en prenant le train, de ceux qui essaient de vivre en "local", en "circuit court". On pointe autant les éoliennes, que les bancs devant les maisons qui facilitent les rencontres et l'intégration des "nouveaux" à qui on "fait une place".

On parle de repères, du col de la Perheux, de la chapelle entre Natzwiller et Wildersbach, de la forêt, de l'élagage, du débroussaillage (oh combien d'actualité), du fauchage, de la transhumance: tout ce qui fait la vie ici. L'hiver aussi, ce temps qui ramène à plus d'isolement, à vivre à l'intérieur, à vivre ensemble, à vivre, tout simplement. 


Le Journal du Dehors - Les Scènes Sauvages - Photo: Robert Becker


Nous sommes suspendus aux mots récoltés, retranscrits et transmis avec vivacité par les comédiens et comédiennes, soutenus par les cordes du violoncelle, et nous nous imaginons ces habitants, ces hommes et ces femmes qui vivent alentour et dont nous sentons plus proches et dont nous découvrons un petit bout de vie, de préoccupations, de réflexions, d'expérience, comme à travers un rideau qui nous laisse entr'apercevoir le décor et l'envers du décor, cette fragile construction d'intelligence - intelligere - d'être ensemble qui nous lie, par celle "intelligence collective" que nous construisons.


La Fleur du Dimanche


Sommaire de mes billets sur le Festival Les Scènes Sauvages

Samedi 4 juillet - 11h00 - Les Vies de Léon - Birgit Ensemble
Les Vies de Léon - voyage dans la mémoire de l'Europe
https://lafleurdudimanche.blogspot.com/2026/07/les-vies-de-leon-au-festival-les-scene.html

Samedi 4 juillet - 18h00 - Pamina de Coulon - Niagara 3000
Pamina de Coulon dévale les montagnes et les fleuves jusqu'à Niagara 3000
https://lafleurdudimanche.blogspot.com/2026/07/aux-scenes-sauvages-pamina-de-coulon.html

Samedi 4 juillet - 21h00 : Les Aveugles de Maeterlink:
Les Aveugles de Maeterlink, une ile insolite dans la forêt
https://lafleurdudimanche.blogspot.com/2026/07/aux-scenes-sauvages-les-aveugles-de.html

Dimanche 5 juillet -  9h30 - Est-ce que la terre s'est tue ? - Pierre Tallaron
Elle nous parle et elle nous chante: le Chant de la Terre
https://lafleurdudimanche.blogspot.com/2026/07/est-ce-que-la-terre-sest-tue-aux-aux.html

Dimanche 5 juillet -  11h00 - Le Journal du Dehors -Véronique Borg et Myriam Dhume-Sonzogni
Waldersbach: Le village vit et s'écoute vivre
https://lafleurdudimanche.blogspot.com/2026/07/le-journal-du-dehors-aux-scenes.html


Est-ce que la terre s'est tue ? aux Aux Scènes Sauvages à Waldersbach - Elle nous parle et elle nous chante: le Chant de la Terre

Est-ce que la terre s'est tue ? de Pierre Tallaron est une escapade théâtrale qui résonne curieusement vis-à-vis des Aveugles de Maeterlinck vu hier soir. Nous nous retrouvons au sortir de Waldersbach à suivre un guide, Nathan Bernat, sur un chemin qui monte dans la forêt. Ce pourrait être comme dans Les Aveugles avec ce prêtre et ses douze aveugles, ou comme dans le conte Le Joueur de flûte de Hamelin, un enlèvement pour nous perdre de la forêt. Mais non, pas d'inquiétude, nous faisons une petite halte dans un creux sur un tapis de mousse. Et nous voyons surgir d'en bas, dans les broussailles, avec son sac à dos, Pierre Tallaron


Les Scènes Sauvages - Est-ce que la terre s'est tue ?  - Pierre Tallaron - Photo: Robert Becker


En introduction, il nous explique que ceci n'est pas un spectacle, que c'est une interrogation, une question, même l'expérience de la question. Une escapade. Car nous nous évadons ce dimanche matin dans la forêt, pour nous confronter à la nature, aux fourmis, aux humains. Pierre Tallaron est pisteur au CNRS, le Centre National de la Recherche Sauvage. Et il va nous révéler ses secrets. Le premier va consister à lire une carte, qu'il sort de son sac à dos et qu'il déploie devant nous. Il nous explique que la carte n'est pas le territoire, et que quelquefois "il faut savoir se perdre" (ou perdre) comme le dit David Abram (qui a écrit le livre Comment la terre s'est tue) pour réveiller le sens (les sens) engourdi(s). 


Les Scènes Sauvages - Est-ce que la terre s'est tue ?  - Pierre Tallaron - Photo: Robert Becker


Curieusement la carte qu'on imaginait topographique est plutôt postale, photographique. La photographie représente le Col de la Bataille, là où les vents du Nord et du Sud se heurtent. Là aussi où les passereaux, les mésanges bleues croisent les vieilles voitures de collection. Nous apprenons à lire le paysage, à lire les cartes, même si elles sont postales. Nous apprenons à nous immerger dans une image. Cette introduction que fait Pierre Tallaron nous rend attentifs aux messages que nous recevons, aux impulsions, sollicitations qui nous arrivent. Qui nous font prendre conscience que, à l'image de notre smartphone qui nous envoie des messages, des alertes, notre corps aussi perçoit des signaux. Sur ce qui nous entoure, ceux qui nous entourent. Il nous enjoint de réveiller notre corps animal, de retrouver le savoir ancien, le savoir vivant des peuples anciens. Pierre nous donne comme première consigne de respirer, de faire nôtre l'air qui nous entoure, l'air de cette forêt. De le mélanger à notre corps et de le reprojeter à l'extérieur. Et donc, dans cette communion, de faire silence, de ne faire plus qu'un avec cet environnement. Fermer les yeux, sentir, écouter, aiguiser nos sens . Première consigne: Respirer. Deuxième consigne: marcher dans le silence, c'est un cadeau. Troisième consigne: fermez les yeux.  


Les Scènes Sauvages - Est-ce que la terre s'est tue ?  - Pierre Tallaron - Photo: Robert Becker


Après plusieurs étapes, et un moment de lecture de Jean Giono, nous arrivons auprès d'un arbre où il procède à une installation: un tourne-disques sur lequel il met une "pierre" à la place du disque. Et il va nous jouer une musique qui réactive notre époque en décalé, dans cette nature, presque encore vierge. 


Les Scènes Sauvages - Est-ce que la terre s'est tue ?  - Pierre Tallaron - Photo: Robert Becker


Nous repartons riche de cette expérience et redescendons de la montagne. Vers Waldersbach en pensant à Lenz, mais surtout au pasteur Oberlin qui a été parmi les premiers à observer la nature et à transmettre ce qu'il avait appris. Forts de ce que nous avons vécu, expérimenté, nous espérons continuer ce voyage qui nous rapproche de la Terre. La Terre, qui a tant de choses à nous dire. Et nous remercions Pierre Tallaron de nous avoir montré le début du chemin. 


La Fleur du Dimanche


Est-ce que la terre s'est tue ?


Dimanche 5 juillet - 9h30 - 15h00


Écriture et interprétation
Pierre Tallaron
Échanges et ressources dramaturgiques
Nicolas Chapoulier, Pierre Meunier & Marguerite Bordat, Benjamin Flao
Textes et bibliographie
Baptiste Morizot, Donna Harraway, Ursula K Seguin, Anna Tsing, David Abram, Jean Giono

Sommaire de mes billets sur le Festival Les Scènes Sauvages

Samedi 4 juillet - 11h00 - Les Vies de Léon - Birgit Ensemble
Les Vies de Léon - voyage dans la mémoire de l'Europe
https://lafleurdudimanche.blogspot.com/2026/07/les-vies-de-leon-au-festival-les-scene.html

Samedi 4 juillet - 18h00 - Pamina de Coulon - Niagara 3000
Pamina de Coulon dévale les montagnes et les fleuves jusqu'à Niagara 3000
https://lafleurdudimanche.blogspot.com/2026/07/aux-scenes-sauvages-pamina-de-coulon.html

Samedi 4 juillet - 21h00 : Les Aveugles de Maeterlink:
Les Aveugles de Maeterlink, une ile insolite dans la forêt
https://lafleurdudimanche.blogspot.com/2026/07/aux-scenes-sauvages-les-aveugles-de.html

Dimanche 5 juillet -  9h30 - Est-ce que la terre s'est tue ? - Pierre Tallaron
Elle nous parle et elle nous chante: le Chant de la Terre
https://lafleurdudimanche.blogspot.com/2026/07/est-ce-que-la-terre-sest-tue-aux-aux.html

Dimanche 5 juillet -  11h00 - Le Journal du Dehors -Véronique Borg et Myriam Dhume-Sonzogni
Waldersbach: Le village vit et s'écoute vivre
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jeudi 21 mai 2026

Croire aux Fauves par Laure Werckmann: Rencontre avec l'autre moi

En novembre 2022, Laure Werckmann a démarré avec J'aime (voir mon billet sur le Blog) d'après le premier livre J'aime de Nane Beauregard ses "portraits de femmes". Croire aux fauves, l'histoire autobiographique de l'anthropologue Nastassja Martin et de son agression par un ours dans les montagnes du Kamtchatka est le troisième opus de cette suite, à travers des textes singuliers et intimes, qui compte déjà quatre pièces, toutes diverses. Dans sa tournée, elle passait au Diapason à Vendenheim, dans une présentation toute en proximité. 

La pièce qu'elle a adaptée et mise en scène cependant ne cherche nullement à construire une fausse complicité, mais elle construit un dispositif où l'on de se rend compte de tout un cheminement vers un monde autre un autre espace, d'autres sensations, d'autres perceptions qui, peu à peu vont nous submerger, nous déstabiliser par la magie du théâtre, des éclairages, des costumes, de la musique. 


Croire aux Fauves - Laure Werckmann - Photo: Adrien Berthet


Alors que dès le départ le signal du théâtre est donné doublement, avec d'une part l'introduction dans cette loge où l'actrice s'habille et se met une perruque et un bonnet pour incarner Nastassja Martin, l'autrice, et, donc, dans une introduction : conférence de présentation du livre dans ces "8èmes rencontres "Art et Enthropologie - débusquer le vrai", où elle lit la première page du livre, l'étrange se tient aux portes et elle fend l'écran d'une autre perception.


Croire aux Fauves - Laure Werckmann - Photo: Adrien Berthet


C'est quatre tableaux, introduits par des rêves "Dreams" révélés dans une sorte de cabine de cartomancienne, qui vont ouvrir les portes de cette rencontre d'univers "autres". En particulier cette "première rencontre" avec l'ours. Plus qu'une agression, c'est une fusion de deux "êtres" qui se mélangent. Mélange de sang et de poils, échange de mâchoire, de la scientifique, qui avait déjà pris des chemins de traverse, et de l'animal mythique dans la forêt de Sibérie, terre de chamanes, avec la proximité d'une pharmacienne qui a décidé de retourner dans la forêt et ses racines, et avec qui elle collabore.


Croire aux Fauves - Laure Werckmann - Photo: Adrien Berthet


C'est cette collaboration qu'elle nous invite, progressivement à expérimenter, après être revenue en "saison 2" - L'hiver. L'hiver de la reconstruction où nous sommes plongés dans les soins, par l'entremise de l'infirmière, du médecin (présence bienveillante de Cyrille Siffer sur le plateau et à la machinerie). Qui nous fait vivre cette "reconstruction", mais nous met aussi en garde. Et, par la "voix des étoiles" nous alerte sur le danger. Et ainsi permet dans la saison 3 - Le printemps, de renaître là-bas chez les Evènes, en Sibérie, en symbiose avec l'ours et la nature. La magie n'est pas que dans la nature, c'est aussi la magie de la représentation, dans le théâtre, sur la scène, qui, avec peu d'éléments nous transporte, grâce à la lumière, un cadre et un peu de fumée, dans les montagnes lointaines et dans les hôpitaux de grandes villes. Et nous fait traverser les portes de l'imaginaire comme celles de la perception. Et par là, nous invite à écouter nos sentiments et nos sensations, à entendre les rêves que nous portons en commun et à nous rattacher à ce monde que nous traversons sans toujours l'entendre.


Croire aux Fauves - Laure Werckmann - Photo: Adrien Berthet


A la musique aussi d'Olivier Mellano qui par ses touches de piano et ses nappes sonores qui nous bercent et nous enveloppent dans ce récit étrange et surprenant, expérience magique d'où nous ressortons transformés. Comme sortant d'un rêve ancien. Une sensation forte, une initiation singulière. Un beau travail.


La Fleur du Dimanche


dimanche 5 janvier 2025

Catherine Ringer à la MAC à Bischwiller: La Volupté de la Vie

 Quatorze ans après la fin des Rita Mitsouko, revoila Catherine Ringer en concert à Bischwiller à la MAC, ou plutôt en spectacle dans L'érotisme de vivre. Il ne faut pas s'attendre au groupe mythique qu'elle avait créé en 1979 avec son compagnon Fred Chichin et les 11 disques et nombreuses chansons dont certaines sont devenues des tubes des année 80 et après, dont Andy ou Le Petit Train. Non, pour cette fois, Catherine Ringer fait dans la sobriété.


Catherine Ringer - L'érotisme de Vivre - Photo: Robert Becker


C'est un piano à queue noir qui nous accueille sur la scène, à gauche, avec Grégoire Hetzel, qui l'accompagne et qui a composé la musique. Il introduit le spectacle, doucement, avec d'agréables mélodies modernes et calmes. Puis Catherine apparaît dans une belle et longue robe rouge feu et n ous interprète, quelquefois en les lisant, quelquefois en les introduisant par de courtes mélodies presque ritournelles, des poèmes ou des pages du journal de la poétesse Alice Mendelsohn. 


Catherine Ringer - L'érotisme de Vivre - Photo: Robert Becker

Celle-ci était professeur de français et n'avait rien publié avant ses 90 ans. Son père est mort en déportation pendant la guerre. Elle et sa mère s'en sont sorties. Elle a écrit dès après la guerre et Catherine Ringer nous lit des extraits de ces feuilles secrètes qu'elle publie à 95 ans en 2022. Rythmées par les dates, ou ponctuées de "sans date" que le public accueille avec des rires, passent les moments de vie, des observations dans la rue, des réflexions sur les observations au fil du temps, la célébration de l'amour, le vrai, le physique, le corps, le sien, celui des autres, découverts, aimés, loués, célébrés dans la joie et le plaisir. Le plaisir de répondre, même à des âges avancés à ses envies de vivre et de partager la douceur et la puissance de la relation. Les mots sont simples, tendres, choisis. On y sent l'amour de l'autre, l'acception de soi. 


Catherine Ringer - L'érotisme de Vivre - Photo: Robert Becker

Le désir pointe, déjà dans la mémoire du salon de coiffure paternel à Paris, où elle, "la fille qui bouillonne" est fascinée par la peau, les sens. La beauté est louée -  "belle, pour toi je suis belle" - les échanges se font par le regard - "à te voir entrer, mes yeux te font l'amour" - mais a distance est vite bannie - "dans nos main dans nos yeux, un seul corps pour nous deux" et le corps de l'homme passe au "tamis de la langue".


Catherine Ringer - L'érotisme de Vivre - Photo: Robert Becker

Il y a beaucoup de tendresse qui passe dans les mots dit et aussi dans ce que l'on peut imaginer, la tendresse et le plaisir sont célébrés, avec joie. La liberté aussi, on sent que les plaisirs sont multiples, les hommes et les relations aussi. Et au fur et à mesure que le temps passe dans les textes, des années cinquante, puis soixante,  même après quatre-vingt, même en maison de convalescence et même dans les années deux mille cette énergie vitale reste forte. Au point de dire "à quatre-vingt-treize ans, il fait avoir la vice de la joie


Catherine Ringer - L'érotisme de Vivre - Photo: Robert Becker

Catherine Ringer assure totalement cette image de femme qui incarne le désir et les sens en joie, elle qui a eu également un vie sans barrières. Sur scène, elle personnifie ce désir dans sa robe rouge, sa natte de côté, complice avec la public, en dialogue avec le pianiste, l'accompagnant un moment sur une mélodie au synthé, le laissant poser des respirations, dansant sur un air de java ou au rythme de la mélodie. Et également en laissant également vivre et se déployer ces morceaux choisis, ces morceaux de vie qui débordent de tendresse et de force et qui posent la femme maitresse de sa destinée et de ses choix. 


Catherine Ringer - L'érotisme de Vivre - Photo: Robert Becker

Les spectatrices, nombreuses dans la salle en prennent de la graine. Ce portrait de femme qui s'assume jusque dans ses vieux jours, posé par petites touches, se construit sur une petite heure pour dire "le temps trop court" dans la joie, la tendresse et le désir. Par la voix unique de Catherine Ringer la joie de vivre et la volonté de " ne jamais bâcler de vivre" se transmet au public qui ne peut qu'y adhérer. Et y trouver y trouver un réel plaisir. 


Catherine Ringer - L'érotisme de Vivre - Photo: Robert Becker

Plaisir qui se double sous une autre forme, tout aussi agréable quand, en guise de bis la chanteuse offre à la salle trois chansons qui prouvent qu'elle est aussi un grande chanteuse et interprète autant de Mouloudji  "Marcel"  quand il célèbre la rencontre dans "Un  jour tu verras" de circonstance. 


Catherine Ringer - L'érotisme de Vivre - Photo: Robert Becker

Egalement dans l'esprit du spectacle, la chanson de Georges Brassens "Je me suis fait tout petit" et bien sûr, tout honneur au groupe Les Rita Mitsouko, la chanson fort à propos "Triton".

On ne peut pas dire que cela se termine pas par une "queue de poisson"....

Alors je vous offre en prime le clip original:




La Fleur du Dimanche


P.S. Une pensée à Alice Mendelsohn qui a célébré la vie, l'amour et la joie et qui s'est éteinte la veille du concert à presque cent ans - elle était née en 1925. Les conjonctions....

samedi 24 mars 2018

Festival Arsmondo à Strasbourg: Mishima, Murakami, Mayuzumi en texte en notes et en images

L'ONR - Opéra National du Rhin lance cette année un festival pluridisciplinaire autour d'oeuvres lyriques qui permettront d'éclairer la connaissance et l'ouverture vers d'autres cultures.
Cette année, en recréant l'Opéra "Le Pavillon d'Or" de Toshiro Mayuzaki avec le livret de Claus H. Hennenberg d'après le roman de Yukio Mishima créé le 23 juin 1976, c'est l'ouverture vers le Japon qui guide le programme.

L'opéra en création française sous la direction de Paul Daniel et la mise en scène d'Amon Miyamoto sera présenté à Strasbourg et à Mulhouse avec l'Orchestre Philharmonique de Strasbourg.
Mishima s'est inspiré d'un fait divers réel - un jeune moine bouddhiste met le feu au "Pavillon d'Or", un temple exceptionnel de Kyoto.




De nombreuses manifestations - expositions, rencontres, concerts, conférences, danse, cinéma vont contribuer à donner un coup de projecteur sur cette culture du Pays du Soleil levant et de la floraison des cerisier au printemps.

Le programme complet est sur le site du Festival Arsmondo, sachez que le cinéma Odyssée propose un cycle de films japonais d'hier et d'aujourd'hui et qu'à la BNU une exposition présente des documents et estampes autour de Mishima

L'ensemble Hanatsu Miroir propose un concert "Regard sur la création musicale contemporaine japonaise 2" dans la cadre du festival "Musiques éclatées" - comme quoi deux manifestations peuvent se rejoindre - le 24 mars à 17h00 à l'ONR.

Un premier Regard sur la création musicale contemporaine japonaise complété par une lecture d'extraits du livre de Mishima par Stanislas Nordey, directeur du TNS a permis pendant presque trois heures de se familiariser avec l'histoire de Misogushi à travers cinq épisodes lus avec force et passion par le comédien qui vient à peine d'arrêter une autre pièce-fleuve au TNS: Le récit d'un homme inconnucf mon billet du 8 mars 2018.
Chaque épisode - Naissance du sentiment de vengeance avec Uiko - La mort du père et le couvent - La visite du Pavillon d'Or par le soldat américain et la prostituée - L'amitié du pied-bot - L'incendie - alterne avec une pièce de musique courte: 
- Lo-Shu VI / 5 Haikus (flûte et violoncelle) de Hans Zender, petit bijou de haiku musical
Bunraku (violoncelle) de Toshiro Mayuzumi où le violoncelle excelle à imiter la voix humaine chantée, mais aussi parlée et criée dans le pur style japonais
- Cosmos Haptic (piano) de Jooji Yuasa où la musique et le temps, la durée nous font perdre les repères
SEN I (flûte) de Toshio Hosokawa qui permet au flutiste Nathanaël Carré de prouver sa virtuosité en jouant de la flute et en chantant en même temps 
Orion (piano et violoncelle) de Toru Takemitsu qui est un magnifique dialogue entre le piano et le violoncelle.
L’ensemble Saito, composé de Francis Gouton (violoncelle), Nathanaël Carré (flûte) et Saoli Saito (piano) a réussi à nous plonger dans cette soirée à l'ambiance nippone que l'on n'a presque pas vu passer.


L’ensemble Saito - Francis Gouton - Nathanaël Carré - Regard sur la création musicale contemporaine japonaise - Arsmondo


A vous de découvrir la suite


La Fleur du Dimanche

http://www.festival-arsmondo.eu/

jeudi 30 mars 2017

Christophe fait le Yanne au café Brant: Tous embarqués dans la Nef des Fous

Christophe Feltz et son Théâtre Lumière qui fête ses vingt-cinq ans cette année, a un côté ombre et un côté lumière:
D'un côté, il met en scène des auteurs contemporains, et c'est son versant lumière. Il partage cet éclairage humaniste des grands textes du théâtre: Harold Pinter, Vaclav Havel, Sam Shepard, Tennessee Williams, August Strindberg, Philippe Madral, Robert Pinget, Nathalie Sarraute, Jean Tardieu, David Mamet, Arthur Schnitzler, Paul Auster, Eugène Ionesco. Il les amène à la scène pour "explorer une certaine sensibilité théâtrale et c’est bien ce type de théâtre « humaniste » ou « de l’intérieur » qui nous touche, nous intéresse et nous fait vibrer". Lumière sur la scène.


Yvette Stahl - Christophe Feltz - L'Etre Urgent - Harold Pinter - 1992

D'un autre côté, une sensibilité qui l'amène vers un univers mélange de chansons, de cabaret, de poésie, d'absurde parfois et d'humour sera plutôt le côté ombre, ombre des projecteurs et des lumières du music-hall ou celle des petites salles, où le comédien, seul ou avec un ou deux acolytes, parfois un piano ou un autre instrument vont être plus proches du public, confrontés à la réaction immédiate, plus brute, plus contrastée, miroir du jeu du comédien en équilibre sur la salle. Ce sera le côté nocturne du café-concert, comme par exemple le Café Brant, lieu prédestiné puisqu'à la fois café, mais aussi esquif de fous (ou de clowns) navigant dans la nuit strasbourgeoise à la rencontre des clowns ou des fous du roi.
Une fois par mois, le mercredi ce sera lecture conviviale et culturelle dans une ambiance cosy.




Et la dernière de la saison 2016/2017, ce mercredi 30 mars, après, entre autres Boris Vian, Raymond Devos et Jacques Prévert, aura été l'occasion de redécouvrir une facette un peu oubliée (malheureusement) de Jean Yanne: Ses textes - et quelques chansons.
Parce que Jean Yanne, plus connu comme comédien et réalisateur surtout, homme de radio - il a commencé comme journaliste mais très vite il fera du cabaret et de la radio avec Jacques Martin, Roger Pierre et Jean-Marc Thibault et Pierre Dac. Mais cet homme, dont l'image au cinéma de Français moyen, râleur, vachard, égoïste et roublard va lui coller à la peau, va cultiver cet esprit critique, anar et caustique - c'est lui qui est a l'origine du slogan "Il est interdit d'interdire" - et ne va pas se priver de faire de l'humour "vache".



C'est cet humour-là que Christophe Feltz va distiller sur scène, en savant dosage et dans la bonne posologie, au point justement que le public, sollicité et confronté à son beauf en miroir - même si le public présent ne se considère pas comme tel - va prendre plaisir et rire de ces autoportraits et séquences de vies ou aphorismes que nous sert sur un plateau le comédien plein d'entrain alors que derrière lui, comme sur scène, sur le trottoir (ah les trottoirs, promis par tous les candidats aux élections) passe un serveur - un vrai - avec son plateau rempli haut au dessus de la tête, comme dans un film comique, Buster Keaton involontaire. Et l'on rit, naïf et simple à l'écoute de ces "conneries", parce que comme le dit Jean Yanne: "La connerie, c'est comme le judo, il faut utiliser la force de l'adversaire".
Mais ce ne sont pas que des conneries, et l'on se rend compte que Jean Yanne a une sagesse de vieux gourou quand il nous apprend que:
"Il faut commencer à se méfier le jour où l'on a plus de souvenirs que de projets." et qu'"Il faut faire des enfants quand on est vieux, parce qu’on les emmerde pas longtemps". 
D'ailleurs "Il faut commencer à se méfier le jour où l'on a plus de souvenirs que de projets."
C'est là que l'on se dit qu'"En fait l'important ne serait pas de réussir sa vie, mais de rater sa mort."

Mais pour ne pas finir sur une pensée triste, je vous laisse une porte de sortie:
"Il faut qu'une porte soit ouverte ou d'une autre couleur".

Bon Spectacle

La Fleur du Dimanche

P.S. Pour vous remettre en mémoire le talent de Jean Yanne, à défaut - ou en attendant d'aller voir le spectacle de Christophe Feltz (Restez au courant des prochaines dates sur son site ou en lui envoyant un mail : info@theatre-lumiere.com) je vous propose un pot-pourri sellectionné de chansons de Jean Yanne.

D'abord une de celle entendue dans le spectacle (vers la fin bien sûr): Si tu t'en irais:





Une autre découverte à cette occasion, version ingnorée de la Marseillaise: Saint Rock





Le Tube que vous avez peut-être entendu quand vous étiez très petits (c'était juste après mai 68) Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil





Une chanson coquine et courte: Si tu n'en veux pas



Et une encore plus courte (écoutez bien, elle est déjà terminée:
Choucroute Saucisse (hommage à l'Alsace ?) - Pas de quoi en faire un procès): 





Un petit intermède publicitaire - quelques fausses pubs, autre talent de Jean Yanne - extraits de son film "Je te tiens tu me tiens par la barbichette"





Et pour finir, un extrait du film "Moi y'en a vouloir des sous" avec une prestation du groupe Magma qui est passé fin de l'an dernier à la Laiterie à Strasbourg dans le cadre de sa tournée du 45ème anniversaire:



Bon Yanne