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dimanche 5 juillet 2026

Le Journal du Dehors aux Scènes Sauvages à Waldersbach: Le village vit et s'écoute vivre

 Pour Est-ce que la terre s'est tue ? de Pierre Tallaron, je disais qu'il y avait une certaine filiation avec les Aveugles de Maeterlinck. Et si je rajoutais que Le Journal du Dehors de Véronique Borg et Myriam Dhume-Sonzogni était relié à la pièce de Pierre Tallaron vous diriez que j'exagère... Mais alors pas du tout !  C'es même le programme qui l'annonce; "En amont du festival, Véronique Borg, autrice résidant à Waldersbach, et Myriam Dhume-Sonzogni, poétesse installée à Neuviller-la-Roche, se sont inspirées de la démarche proposée par le metteur en scène Pierre Tallaron pour son spectacle Est-ce-que la terre s’est tue ; elles sont parties à la rencontre des habitants de la vallée de la Bruche, pour les inviter à raconter leurs rapports au paysage, leurs façons de s’inscrire dans le “dehors“, de s’approprier les lieux et d’habiter la campagne.

Mais cette "inspiration" a été fructueuse et le résultat en est une belle leçon de vie, de vivre ensemble et de mise en dynamique de la parole interrogée.


Le Journal du Dehors - Les Scènes Sauvages - Photo: Robert Becker

Sur la thématique de cette "lecture du paysage" en sollicitant les habitants, les deux artistes ont réussi à nous rendre une aventure passionnante où nous nous retrouvons presque immergés dans la discussion de ce qu'on appelle an alsacien le "Stammtich", la "table commune", telle qu'elle existait autrefois dans les bistrots de village - on y apprend d'ailleurs que rien qu'à Waldersbach il y avait 4 cafés. Et ce n'est pas tout, parce que tous ces échanges qui vagabondent entre la vie des bêtes (sauvages et domestiques), des gens et des métiers sont introduits et ponctués par de magnifiques interludes qui font virevolter les cordes du violoncelle de Lisa Erbes sur des airs de Bach. Ainsi, dans le magnifique jardin du Musée Oberlin de Waldersbach, modèle et référent idéal de la considération donnée aux habitants, la parole mise en bouche par les comédiens Nathan Bernat et Charles Zevaco et les comédiennes Béatriz Beaucaire, Nathon Goetz et Régine Westenhoeffer rebondit d'un bout à l'autre du jardin et sous l'ombre bienvenue des arbres. L'inénarrable Germaine, Virginie, Nathalie, Marie-Rose, Christian, Martine y parlent de boquillon, de chasseurs, d'élevage, d'apiculture, des vaches, des chèvres, de paysan, de paysanne, d'institutrice, de sanglier, de cerf, des foins. Chaque parole en appelle d'autres et - "Quand je t'écoute, ce qui me vient, c'est..." - encore d'autres paroles, d'autres histoires. On y discute du passé, de l'évolution des villages, des cultures, des habitudes et de la venue des "étrangers" et de leur insertion. De l'évolution du travail, de ceux qui allaient travailler en ville en prenant le train, de ceux qui essaient de vivre en "local", en "circuit court". On pointe autant les éoliennes, que les bancs devant les maisons qui facilitent les rencontres et l'intégration des "nouveaux" à qui on "fait une place".

On parle de repères, du col de la Perheux, de la chapelle entre Natzwiller et Wildersbach, de la forêt, de l'élagage, du débroussaillage (oh combien d'actualité), du fauchage, de la transhumance: tout ce qui fait la vie ici. L'hiver aussi, ce temps qui ramène à plus d'isolement, à vivre à l'intérieur, à vivre ensemble, à vivre, tout simplement. 


Le Journal du Dehors - Les Scènes Sauvages - Photo: Robert Becker


Nous sommes suspendus aux mots récoltés, retranscrits et transmis avec vivacité par les comédiens et comédiennes, soutenus par les cordes du violoncelle, et nous nous imaginons ces habitants, ces hommes et ces femmes qui vivent alentour et dont nous sentons plus proches et dont nous découvrons un petit bout de vie, de préoccupations, de réflexions, d'expérience, comme à travers un rideau qui nous laisse entr'apercevoir le décor et l'envers du décor, cette fragile construction d'intelligence - intelligere - d'être ensemble qui nous lie, par celle "intelligence collective" que nous construisons.


La Fleur du Dimanche


Sommaire de mes billets sur le Festival Les Scènes Sauvages

Samedi 4 juillet - 11h00 - Les Vies de Léon - Birgit Ensemble
Les Vies de Léon - voyage dans la mémoire de l'Europe
https://lafleurdudimanche.blogspot.com/2026/07/les-vies-de-leon-au-festival-les-scene.html

Samedi 4 juillet - 18h00 - Pamina de Coulon - Niagara 3000
Pamina de Coulon dévale les montagnes et les fleuves jusqu'à Niagara 3000
https://lafleurdudimanche.blogspot.com/2026/07/aux-scenes-sauvages-pamina-de-coulon.html

Samedi 4 juillet - 21h00 : Les Aveugles de Maeterlink:
Les Aveugles de Maeterlink, une ile insolite dans la forêt
https://lafleurdudimanche.blogspot.com/2026/07/aux-scenes-sauvages-les-aveugles-de.html

Dimanche 5 juillet -  9h30 - Est-ce que la terre s'est tue ? - Pierre Tallaron
Elle nous parle et elle nous chante: le Chant de la Terre
https://lafleurdudimanche.blogspot.com/2026/07/est-ce-que-la-terre-sest-tue-aux-aux.html

Dimanche 5 juillet -  11h00 - Le Journal du Dehors -Véronique Borg et Myriam Dhume-Sonzogni
Waldersbach: Le village vit et s'écoute vivre
https://lafleurdudimanche.blogspot.com/2026/07/le-journal-du-dehors-aux-scenes.html


Est-ce que la terre s'est tue ? aux Aux Scènes Sauvages à Waldersbach - Elle nous parle et elle nous chante: le Chant de la Terre

Est-ce que la terre s'est tue ? de Pierre Tallaron est une escapade théâtrale qui résonne curieusement vis-à-vis des Aveugles de Maeterlinck vu hier soir. Nous nous retrouvons au sortir de Waldersbach à suivre un guide, Nathan Bernat, sur un chemin qui monte dans la forêt. Ce pourrait être comme dans Les Aveugles avec ce prêtre et ses douze aveugles, ou comme dans le conte Le Joueur de flûte de Hamelin, un enlèvement pour nous perdre de la forêt. Mais non, pas d'inquiétude, nous faisons une petite halte dans un creux sur un tapis de mousse. Et nous voyons surgir d'en bas, dans les broussailles, avec son sac à dos, Pierre Tallaron


Les Scènes Sauvages - Est-ce que la terre s'est tue ?  - Pierre Tallaron - Photo: Robert Becker


En introduction, il nous explique que ceci n'est pas un spectacle, que c'est une interrogation, une question, même l'expérience de la question. Une escapade. Car nous nous évadons ce dimanche matin dans la forêt, pour nous confronter à la nature, aux fourmis, aux humains. Pierre Tallaron est pisteur au CNRS, le Centre National de la Recherche Sauvage. Et il va nous révéler ses secrets. Le premier va consister à lire une carte, qu'il sort de son sac à dos et qu'il déploie devant nous. Il nous explique que la carte n'est pas le territoire, et que quelquefois "il faut savoir se perdre" (ou perdre) comme le dit David Abram (qui a écrit le livre Comment la terre s'est tue) pour réveiller le sens (les sens) engourdi(s). 


Les Scènes Sauvages - Est-ce que la terre s'est tue ?  - Pierre Tallaron - Photo: Robert Becker


Curieusement la carte qu'on imaginait topographique est plutôt postale, photographique. La photographie représente le Col de la Bataille, là où les vents du Nord et du Sud se heurtent. Là aussi où les passereaux, les mésanges bleues croisent les vieilles voitures de collection. Nous apprenons à lire le paysage, à lire les cartes, même si elles sont postales. Nous apprenons à nous immerger dans une image. Cette introduction que fait Pierre Tallaron nous rend attentifs aux messages que nous recevons, aux impulsions, sollicitations qui nous arrivent. Qui nous font prendre conscience que, à l'image de notre smartphone qui nous envoie des messages, des alertes, notre corps aussi perçoit des signaux. Sur ce qui nous entoure, ceux qui nous entourent. Il nous enjoint de réveiller notre corps animal, de retrouver le savoir ancien, le savoir vivant des peuples anciens. Pierre nous donne comme première consigne de respirer, de faire nôtre l'air qui nous entoure, l'air de cette forêt. De le mélanger à notre corps et de le reprojeter à l'extérieur. Et donc, dans cette communion, de faire silence, de ne faire plus qu'un avec cet environnement. Fermer les yeux, sentir, écouter, aiguiser nos sens . Première consigne: Respirer. Deuxième consigne: marcher dans le silence, c'est un cadeau. Troisième consigne: fermez les yeux.  


Les Scènes Sauvages - Est-ce que la terre s'est tue ?  - Pierre Tallaron - Photo: Robert Becker


Après plusieurs étapes, et un moment de lecture de Jean Giono, nous arrivons auprès d'un arbre où il procède à une installation: un tourne-disques sur lequel il met une "pierre" à la place du disque. Et il va nous jouer une musique qui réactive notre époque en décalé, dans cette nature, presque encore vierge. 


Les Scènes Sauvages - Est-ce que la terre s'est tue ?  - Pierre Tallaron - Photo: Robert Becker


Nous repartons riche de cette expérience et redescendons de la montagne. Vers Waldersbach en pensant à Lenz, mais surtout au pasteur Oberlin qui a été parmi les premiers à observer la nature et à transmettre ce qu'il avait appris. Forts de ce que nous avons vécu, expérimenté, nous espérons continuer ce voyage qui nous rapproche de la Terre. La Terre, qui a tant de choses à nous dire. Et nous remercions Pierre Tallaron de nous avoir montré le début du chemin. 


La Fleur du Dimanche


Est-ce que la terre s'est tue ?


Dimanche 5 juillet - 9h30 - 15h00


Écriture et interprétation
Pierre Tallaron
Échanges et ressources dramaturgiques
Nicolas Chapoulier, Pierre Meunier & Marguerite Bordat, Benjamin Flao
Textes et bibliographie
Baptiste Morizot, Donna Harraway, Ursula K Seguin, Anna Tsing, David Abram, Jean Giono

Sommaire de mes billets sur le Festival Les Scènes Sauvages

Samedi 4 juillet - 11h00 - Les Vies de Léon - Birgit Ensemble
Les Vies de Léon - voyage dans la mémoire de l'Europe
https://lafleurdudimanche.blogspot.com/2026/07/les-vies-de-leon-au-festival-les-scene.html

Samedi 4 juillet - 18h00 - Pamina de Coulon - Niagara 3000
Pamina de Coulon dévale les montagnes et les fleuves jusqu'à Niagara 3000
https://lafleurdudimanche.blogspot.com/2026/07/aux-scenes-sauvages-pamina-de-coulon.html

Samedi 4 juillet - 21h00 : Les Aveugles de Maeterlink:
Les Aveugles de Maeterlink, une ile insolite dans la forêt
https://lafleurdudimanche.blogspot.com/2026/07/aux-scenes-sauvages-les-aveugles-de.html

Dimanche 5 juillet -  9h30 - Est-ce que la terre s'est tue ? - Pierre Tallaron
Elle nous parle et elle nous chante: le Chant de la Terre
https://lafleurdudimanche.blogspot.com/2026/07/est-ce-que-la-terre-sest-tue-aux-aux.html

Dimanche 5 juillet -  11h00 - Le Journal du Dehors -Véronique Borg et Myriam Dhume-Sonzogni
Waldersbach: Le village vit et s'écoute vivre
https://lafleurdudimanche.blogspot.com/2026/07/le-journal-du-dehors-aux-scenes.html


samedi 4 juillet 2026

Aux Scènes Sauvages, Les Aveugles de Maeterlink, une ile insolite dans la forêt aiguise nos sens et nous immerge dans un théâtre crépusculaire

L'idée du Festival des Scènes Sauvages dans la Haute-Vallée de la Bruche est de s'installer dans un lieu, dans un paysage, pour irradier et rassembler autour d'un projet, autour du théâtre, autour des habitants, autour de Waldersbach, de Colroy-la-Roche ou de Plaine. Depuis 8 ans, des professionnels du spectacle, techniciens et comédiens arrivent à la rencontre des habitants, des spectateurs, des touristes aussi pour partager des moments de rencontre, de découverte. De partager aussi le paysage, pour découvrir des lieux, pour découvrir des œuvres. 


Les Aveugles - Maurice Maeterlinck -  Les Scènes Sauvages - Photo: Jean-Louis Hess


Cette année, c'est autour à nouveau de Maeterlinck avec la pièce Les Aveugles que la troupe des Scènes Sauvages a rassemblé des professionnels, des amateurs et même des personnes qui n'ont jamais fait de théâtre. Mis en scène par Marie Schmitt qui avait déjà monté la pièce Intérieur du même auteur en 2019, cette pièce en un acte nous emmène dans un univers particulier, une île, presque déserte, dans le lointain nord, avec douze aveugles et un prêtre qui s'occupe de ce groupe à la dérive.


Les Aveugles - Maurice Maeterlinck -  Les Scènes Sauvages - Photo: Jean-Louis Hess


La pièce aurait pu être écrite pour le lieu où elle est jouée, aux Charasses, dans la forêt au dessus de Colroy-la-Roche, au soleil couchant. C'est un drôle de personnage à tête d'oiseau qui vient chercher le groupe de spectateurs pour l'amener rejoindre la scène de théâtre où vont prendre place ces douze aveugles et le prêtre. Celui-ci va enlever sa tête d'oiseau et s'assoir pour mourir l'insu des aveugles qui tout au long de la pièce vont, découvrir la catastrophe. L'ambiance est terrible. Les comédiens, un bandeau sur les yeux, et dont on ne va pas savoir qui est amateur et qui est professionnel, vont jouer avec un réalisme impressionnant, ces douze aveugles, six hommes et six femmes, dont une folle avec un enfant et une jeune femme aux beaux cheveux longs. 


Les Aveugles - Maurice Maeterlinck -  Les Scènes Sauvages - Photo: Jean-Louis Hess


Ils nous transmettent avec force cette page d'angoisse. La mise en scène qui distribue la position des comédiens devant nous dans la forêt, sur des souches d'arbres ou sur la mousse, fait qu'à l'image de ces aveugles, dont on se demande qui parle, puisque les personnages parlent les uns après les autres sans qu'on puisse les identifier, donne un caractère déstabilisant à cette écoute. Les chants murmurés, repris en choeur ou à deux ou trois, nous plongent aussi dans une ambiance religieuse et mystique. Des cris d'oiseaux subits, appuyés par une débandade du groupe, apportent une touche d'angoisse supplémentaire. Et le vieil aveugle qui dit: "Quelqu'un sait-il où nous sommes ?" n'est pas là pour nous rassurer, alors que d'autres répètent "Il faudrait savoir où nous sommes ?"...


Les Aveugles - Maurice Maeterlinck -  Les Scènes Sauvages - Photo: Jean-Louis Hess

Le texte de Maurice Maeterlinck réduit à l'os, rétrécit encore plus ce paysage d'île dans lequel nous sommes enfermés. Et nous fait partager cette angoisse dans cet univers circonscrit, dans cette forêt où le soleil entre les arbres rougeoie et où la nuit tombe, révélant de minuscules lumières dispersés dans l'environnement. C'est à une vraie immersion, si ce n'est presque une identification avec ces personnages, que nous participons pleinement avec cette pièce. Le jeu des comédiens et la mise en scène nous emportent totalement dans cet univers désespéré et nous offre une réelle expérience, unique, vécue au plus près. Il faut féliciter autant les comédiens amateurs que professionnels, dont en particulier Charles Zevaco qui joue le prêtre mort dans une immobilité parfaite tout au long de la pièce une fois qu'il a enlevé son masque. De même Clara Hubert qui a réalisé les costumes qui nous emmènent hors du temps, ou la création sonore de Maxime Tisserand, qui ponctue, par exemple, au lointain, le son de cloches du village.


Les Aveugles - Maurice Maeterlinck -  Les Scènes Sauvages - Photo: Jean-Louis Hess

On imagine l'empathie et le travail de collaboration, le professionnalisme qui a été à l'œuvre, la solidarité entre les membres de ce groupe qui nous apportent ici ce magnifique spectacle. Qu'un public nombreux a pu apprécier pendant ces cinq soirées. Et nous leur donnons rendez-vous l'année prochaine pour une nouvelle découverte, attendus avec impatience.


La Fleur du Dimanche


Les Aveugles


Colroy-la-Roche - Les Charasses - du 30 juin au 4 juillet 2026 

Mise en scène : Marie Schmitt
Scénographie et costumes : Clara Hubert
Création sonore : Maxime Tisserand
Jeu : Selin Altiparmak, Lison Bajard, Nathan Bernat, Françoise Doyelle, François Doyelle, Lou Hausser, Brigitte Hazemann, Bernard Imbs, Emilia Jeunesse, Jean Lucas, Anne Masson, Pierre Rich, Stanislas Siwiorek, Charles Zévaco


Sommaire de mes billets sur le Festival Les Scènes Sauvages

Samedi 4 juillet - 11h00 - Les Vies de Léon - Birgit Ensemble
Les Vies de Léon - voyage dans la mémoire de l'Europe
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Samedi 4 juillet - 18h00 - Pamina de Coulon - Niagara 3000
Pamina de Coulon dévale les montagnes et les fleuves jusqu'à Niagara 3000
https://lafleurdudimanche.blogspot.com/2026/07/aux-scenes-sauvages-pamina-de-coulon.html

Samedi 4 juillet - 21h00 : Les Aveugles de Maeterlink:
Les Aveugles de Maeterlink, une ile insolite dans la forêt
https://lafleurdudimanche.blogspot.com/2026/07/aux-scenes-sauvages-les-aveugles-de.html

Dimanche 5 juillet -  9h30 - Est-ce que la terre s'est tue ? - Pierre Tallaron
Elle nous parle et elle nous chante: le Chant de la Terre
https://lafleurdudimanche.blogspot.com/2026/07/est-ce-que-la-terre-sest-tue-aux-aux.html

Dimanche 5 juillet -  11h00 - Le Journal du Dehors -Véronique Borg et Myriam Dhume-Sonzogni
Waldersbach: Le village vit et s'écoute vivre
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Aux Scènes Sauvages, Pamina de Coulon dévale les montagnes et les fleuves jusqu'à Niagara 3000: Le futur est à l'amont

 Les Scènes Sauvages démarrent réellement aux Charasses à Colroy-la-Roche avec le spectacle Niagara 3000 avec Pamina de Coulon qui se passe dans la forêt. Après une petite ballade d'approche, nous voici assis en rond sur des bancs face à des toiles flottantes colorées. Elle nous accueille, assise dans la mousse. avec un temps de silence pour nous permettre de nous acclimater aux sons de la forêt. Et tout à coup, cela déferle. C'est un flot de mots ininterrompu qui ne va cesser qu'au bout d'une heure vingt sans pause ni arrêt, sauf à un moment, pour nous permettre de faire baisser la pression qui nous étreint, mais pour la bonne cause !


Scènes Sauvages - Niagara 3000 - Pamina de Coulon - Photo: Pierre Rich


Une heure vingt à un rythme effréné et cela démarre d'une bédé de Sophie Guerrive Tulipe (éditée par les éditions 2042) l'histoire d'un ours, puis renvoie à petite fleur qui pousse il y a des millions d'années, il y a longtemps déjà, dans le massif alpin. Elle commence une histoire de paléontologies, d'apparition des arbres, des fleurs, des feuilles, des animaux. Elle rebondit sur l'eau. Les fleuves, le Rhône, qu'elle a connu toute petite, se jetant dans le lac Léman. Elle est née sur la ligne de partage des eaux Rhin-Rhône, cela a peut-être influencé son destin, l'a fait basculer ? Elle truffe son histoire de citations, qu'elle cite de mémoire. De Jen Rose Smith, de Jean-Baptiste Fressoz, de James Baldwin, de Kae Tempest, de Susan Sontag ou encore Rebecca Solnit. Elle nous conte des histoires, poétiques (Virginia Woolf), philosophique aussi - par exemple le poisson pour qui l'avenir c'est l'amont, c'est cette eau-là qui va venir vers lui (si les glaciers qui restent les veulent bien - mais que faire de l'espace que les glaciers disparu ont laissé ? Le futur, l'amont, le futur, l'amour... 

Et comme un poisson sautant les rochers du ruisseau, elle nous amène au fleuve Congo - qui fait (encore) 18 km de large - ou au chutes du Niagara qui cache (mais ce n'est pas lui, c'est l'homme) ses énormes centrales hydrauliques, qui se mettent en marche la nuit, quand les touristes sont partis. Elle révèle ce qui nous est caché, le dessous de l'eau. Le travail de l'homme. Ainsi, elle fait des vas-et-viens entre le tourisme, l'industrie, la nature, les glaciers, l'artiste suisse Pipiloti Rist qui a aussi fait beaucoup de vidéos autour de l'eau et qui l'a influencée. Egalement tous ces penseurs, ces poètes, ces écrivains dont elle connaît des citations par cœur, qu'elle pioche au hasard dans sa mémoire, pour nous emmener vers l'eau, vers la nature, vers les centrales nucléaires, vers la police, vers la santé. vers les plantes, les plantes rustiques par exemple. pour lesquelles elle déploie une bannière, précisant que. Les plantes rustiques sont des plantes qui supportent le froid, les rustiques, c'est aussi des paysan, et des rustauds, proche de la nature, la nature qui s'effondre. Elle arrive à l'effondrement de la biodiversité, à la terre que nous volons, que nous devons rendre, à la rouille, aux glacier qui fondent. À la maladie, aux soins, à la lutte, à la répression, à la police. Elle rappelle à l'artiste britannique Derek Jarman, qui avait le sida et s'est fait jardinier en face d'une centrale nucléaire. À Kimberly Jones, aux artistes ou aux féministes, à la douleur, aux larmes. 


Scènes Sauvages - Niagara 3000 - Pamina de Coulon - Photo: Pierre Rich

Son spectacle, elle le mène tambour battant sautant d'un sujet à un autre, tirant une ficelle par ci, un mot par là. Une citation qui ressurgit, qui fait sens. Une vraie accumulation de cadavres exquis, à toute volée. A toute vitesse, à toute blinde, elle envoie ces mots dans le décor, ce décor de troncs d'arbres qui nous entourent, qui nous protègent pour le moment. Mais ces arbres sont aussi fragiles. Elle aussi, Pamina de Coulon, elle est fragile, mais elle se bat, elle mitraille avec des mots, elle se bat avec des phrases, elle tire avec des citations. Elle nous assome d'évidences que nous ne pouvons qu'admettre. Elle nous emmène à toute vitesse, de l'amont vers l'aval, vers la montagne, vers la mer, vers la forêt, vers les fleurs. Sur un lit de rose, dans la douleur du monde. Elle fait partie de ces artistes merveilleuses qui nous ouvrent d'autres horizons. Et nous ouvre le crâne, en nous faisant entrer de la poésie, de la philosophie, de la réflexion. Elle nous pense elle nous panse. Et soudain, elle s'arrête. Elle boit dans sa bouteille un demi litre d'eau. Et elle attends. Nous aussi. Nous attendons. Nous digérons. Nous emportons avec nous ces ramification, ces réflexions, ces pensées, ces fleurs, cette eau, ces larmes. Nous gardons en nous un peu de ce déluge. Pour sauver l'avenir. Pour "Vivre le Monde que l'on veut au sein du Monde que l'on a." 

Et nous restons bouche bée, abasourdis et muets devant une telle performance, cette énergie qu'elle nous a transmise.


La Fleur du Dimanche 


Sommaire de mes billets sur le Festival Les Scènes Sauvages

Samedi 4 juillet - 11h00 - Les Vies de Léon - Birgit Ensemble
Les Vies de Léon - voyage dans la mémoire de l'Europe
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Samedi 4 juillet - 18h00 - Pamina de Coulon - Niagara 3000
Pamina de Coulon dévale les montagnes et les fleuves jusqu'à Niagara 3000
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Samedi 4 juillet - 21h00 : Les Aveugles de Maeterlink:
Les Aveugles de Maeterlink, une ile insolite dans la forêt
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Dimanche 5 juillet -  9h30 - Est-ce que la terre s'est tue ? - Pierre Tallaron
Elle nous parle et elle nous chante: le Chant de la Terre
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Dimanche 5 juillet -  11h00 - Le Journal du Dehors -Véronique Borg et Myriam Dhume-Sonzogni
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Les Vies de Léon au Festival Les Scène Sauvages: voyage dans la mémoire de l'Europe

 Les Scènes Sauvages sont nées 2019 et et ce festival de théâtre, mais pas que, essaime dans les Vosges au dessus de Schirmeck pour la huitième édition avec dix-huit rendez-vous au plus près de la nature. 

Nous y avions fait en tour en 2022 et avions assisté au spectacle de Jérôme Bel Isadora Duncan, consacré à la danseuse qu'Elisabeth Schwartz avait ressuscitée. L'idée de m'immerger dans l'environnement de cette vallée prisée par de nombreux Strasbourgeois et Strasbourgeoises, mais aussi d'une population dont l'environnement s'enracine dans la présence du Pasteur Oberlin et l'esprit de Lenz qui plane encore sur les paysages, m'a poussé à faire une plongée initiatique de deux jours dans la nature généreuse et de découvrir cinq facettes de ce festival, riche en découvertes.


Première étape : Les Vies de Léon

 C'est une pièce de théâtre, plutôt destinée à un public jeune (les classes primaires CM1 CM2 entre 9 et 11 ans), mais qui se laisse voir de façon agréable par les adultes également. L'intérêt - et l'originalité de la pièce est son dispositif qui mobilise une tête d'enregistrement binaurale en partenariat avec Radio France.  Ce dispositif apporte une proximité et une intimité avec le spectateur, chacun se faisant souffler l'histoire dans son oreille et, de même les comédiens s'ils parlent, même a voix basse ou loin, sont au crux de l'oreille de chacun. Ainsi le personnage de la grand-mère, narratrice de cette "histoire vraie et dont l'écoute est vécue par un enfant dont nous partageons le statut donne une présence très forte et une réalité attestée aux moments de jeu. 


Scènes Sauvages - Les Vies de Léon - Photo: Christophe Raynaud de Lage


Ce récit, crée à partir d'une histoire vraie, va suivre Léon, personnage réel qui a fui la Pologne pour s'installer en Belgique et ensuite se retrouver dans des camps au sud de la France, d'abord à Douadic ensuite à Rivesaltes pour arriver finalement en Palestine où il s'installe après la guerre. L'histoire prend naissance grâce à ces deux lettres que le personnage réel a écrit dans ces camps au Maréchal Pétain pour s'en faire libérer. Julie Bertin et Jade Herbulot ont ainsi construit sur des archives et avec les comédiens ce récit qui fait intervenir cette tête binaurale comme objet mystérieux et créé le personnage de la grand-mère. Le dispositif d'écoute dans le casque apporte une proximité, une intimité qui plonge le spectateur jeune ou adulte au plus près de la vie, des sensations, des émotions, des sentiments de Louis. 


Scènes Sauvages - Les Vies de Léon - Photo: Christophe Raynaud de Lage


Cette tête, sculpture un peu magique, va nous permettre de suivre le destin de cet enfant venu de Pologne, passé par la France et la Belgique et dont le destin va éclairer de manière très intime, la vie, sur plus d'une dizaine d'années. Etienne Galharague incarne avec justesse et crédibilité Léon sur cette période. Il va rencontrer un certain nombre de personnages (oncle, militaire, bucherons, gardien, policier, résistant,...) que Pierre Duprat interprète à tour de rôles. C'est un véritable challenge, totalement réussi pour lui, de se transformer sans arrêt tout au long de la pièce.


Scènes Sauvages - Les Vies de Léon - Photo: Christophe Raynaud de Lage


Les Vies de Léon fait appel à la sensibilité des spectateurs, c'est en même temps une véritable leçon d'histoire et de géographie. Elle permet de comprendre la situation d'un jeune juif, réfugié et en fuite avant et pendant la guerre en France. Les performances de ces deux acteurs nous font vivre au plus près un moment sensible de notre histoire. Les multiples rebondissements et les rencontres que fait Léon, permettent de comprendre son évolution, mais aussi la situation chez nous ,en France, d'une histoire que l'on apprend pas dans les cours d'histoire. Mais grâce à ce dispositif, nous somme en empathie et quelques épisodes humoristiques, entre autre l'utilisation des panneaux ou certaines fraichement comiques (de répétition), comme la sorties des poubelles (indice) permettent d'alléger la charge de la situation. En tout cas un spectacle à mettre sous tous les yeux, jeunes comme vieux ! 


La Fleur du Dimanche


Sommaire de mes billets sur le Festival Les Scènes Sauvages

Samedi 4 juillet - 11h00 - Les Vies de Léon - Birgit Ensemble
Les Vies de Léon - voyage dans la mémoire de l'Europe
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Samedi 4 juillet - 18h00 - Pamina de Coulon - Niagara 3000
Pamina de Coulon dévale les montagnes et les fleuves jusqu'à Niagara 3000
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Samedi 4 juillet - 21h00 : Les Aveugles de Maeterlink:
Les Aveugles de Maeterlink, une ile insolite dans la forêt
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Dimanche 5 juillet -  9h30 - Est-ce que la terre s'est tue ? - Pierre Tallaron
Elle nous parle et elle nous chante: le Chant de la Terre
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Dimanche 5 juillet -  11h00 - Le Journal du Dehors -Véronique Borg et Myriam Dhume-Sonzogni
Waldersbach: Le village vit et s'écoute vivre
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dimanche 14 juin 2026

Trois Soeurs au Guensthal: Sous le cerisier, le théâtre de Tchekhov, médecin des âmes

Ici, l'été débute dans la Vallée de la Faveur, cette enclave culturelle et artistique des Vosges du Nord à laquelle on accède par un sentier forestier de quelques kilomètres et qui nous amène dans une belle clairière, loin du monde, pour un voyage dans l'espace et le temps. Cette année, c'est encore Tchekhov, auteur de plus de 600 textes et de plus de quinze pièces de théâtre - dont parmi les dernières La Cerisaie, Oncle Vania, La Mouette (que nous avions vue ici l'année dernière*) qui est au programme. Et c'est Les Trois Soeurs que Le "Théâtre Forestier**" présente avec la Compagnie du Matamore, dans une mise en scène de Serge Lipszyc. Il faut dire que Shakespeare (dont Le Songe d'une nuit d'été, ou York ou (Henri VI et Richard III), convient à cette nature un peu féérique où nous sommes plongés, ainsi que Tchekhov dont nous pouvons imaginer l'atmosphère des résidences de province. Ils y gagnent un supplément d'âme dans ces lieux uniques et remarquables. 


Quatre actes avec Olga - Anton Tchekhov - Serge Lipszyk - Valentine von Hörde - Photo: Robert Becker


Tchekhov qui était médecin se nourrissait de ses multiples rencontres pour disséquer les âmes et nous en présenter les errements dans ses nombreuses oeuvres. Avec Les Trois Soeurs, il suit la destinée de trois soeurs et de leur frère et des personnages qui gravitent autour d'eux, dans cette campagne profonde, une petite ville de garnison de Russie.


Quatre actes avec Olga - Anton Tchekhov - Valentine von Hörde - Sylvain Urban - Photo: Robert Becker


Pour se mettre en appétit, en amuse-bouche, d'une certaine manière pour passer de l'autre côté du miroir, nous avons droit à la lecture de Quatre Actes avec Olga, un texte proposé par Valérie Durin et Serge Lipszyc, qui se base sur les échanges épistolaires entre Anton Tchekhov et la comédienne Olga Knipper qui décrit leur rencontre, leur histoire d'amour et leur mariage, en quatre étapes qui correspondent aux quatre dernières pièces de Tchekhov. Pour l'Acte I, ce sera La Mouette (sa nouvelle mise en scène et leur première rencontre en 1898), lue par Valentine Van Hörde, nouvelle venue au Théâtre Forestier mais qui excelle dans son statut de comédienne fatale, et Sylvain Urban (déjà vu l'année dernière) présentant un auteur sympathique et occupé. 


Quatre actes avec Olga - Anton Tchekhov - Sophie Thomann - Geoffrey Goudeau - Photo: Robert Becker


La troupe, disséminée parmi le public ponctue la lecture d'interventions et de repères (sortes d'intertitres: voyage, répétition, première,...) et la lecture est très bien incarnée par les comédiens et comédiennes qui se succèdent:  Sophie Thomann et Geoffrey Goudeau pour Oncle Vania, Pauline Leurent et Charles Leckler pour Les trois Soeurs et Isabelle Ruiz et Patrice Verdeil pour La Cerisaie. Valérie Durin et Serge Lipszyc ont réalisé un remarquable travail dans le choix, la découpe et la structuration des textes. 


Quatre actes avec Olga - Anton Tchekhov - Pauline Leurent - Charles Leckler - Photo: Robert Becker


Grâce à l'énergie des comédiens ce qui aurait pu n'être qu'une alternance d'échange de lettres prend ainsi vie. L'on assiste ainsi presqu'en vrai, d'un côté à cet amour qui se cultive dans la distance et l'éloignement (Tchekhov est très souvent dans ses résidences pour écrire et Olga joue), et d'un autre à ces réflexions sur le succès (ou pas) des pièces (échecs qui apparemment n'ont pas grand effet sur l'auteur), ou encore sur ses relations avec les comédiens (dont Stanislavski), en répétition ou en relation avec leur jeu et leur interprétation des personnages des pièces. 


Les Trois Soeurs - Anton Tchekhov - Isabelle Ruiz - Patrice Verdeil - Photo: Robert Becker


On observe aussi de manière très fine les relations du couple (avec toujours ce semblant de distance pour Anton qui se révèle dans les petits noms donné à sa femme - par exemple "mon crocodile"). On peut noter également quelques réflexions plus philosophiques, ou sur l'écriture:

 "Je veux dire aux gens: regardez-vous, regardez-vous comme vous vivez mal" ou

"L'art d'écrire ce n'est pas de bien écrire, mais de savoir biffer ce qui a été mal écrit"

La lecture nous réserve quelques surprises de mise en scène ou musicales et humoristiques. Et tout cela se termine bien sûr par les dernier mots de Tchekhov à Badenweiler en 1904 "Ich sterbe" après avoir bu une dernière coupe de champagne.


Le public, lui a droit à la gastronomique et subtilement épicée soupe d'Anthon, non pas Tchekhov mais le restaurant du chef Georges Flaig, à quelques kilomètres à vol d'oiseau et un petit dé de chèvre délicieux à s'en lécher les doigts. Et ainsi il est prêt pour le "plat de résistance", à savoir Les Trois Soeurs qui en quatre actes, parcourant les quatre saisons (celles de Russie, pas les pizzas) va nous amener jusqu'à la tombée de la nuit (à défaut de tomber de rideau).


Les Trois Soeurs - Anton Tchekhov - Serge Lipszyk - Yann Siptrott - Photo: Robert Becker

Les Trois Soeurs - Anton Tchekhov - Serge Lipszyk - Yann Siptrott - Photo: Robert Becker

Les Trois Soeurs - Anton Tchekhov - Serge Lipszyk - Yann Siptrott - Photo: Robert Becker


Le premier acte, se passe l'hiver, avec l'anniversaire de la plus jeune des soeurs, Irina (qu'interprète de manière très convaincante Valentine von Hörde), qui fête ses vingt ans (et l'anniversaire de la mort du père), nous permet de découvrir ces trois soeurs (et le frère) et la petite ruche qui gravite autour. Essentiellement des officiers de la garnison de la petite ville et le médecin militaire Tcheboutykine que Serge Lipszy incarne avec la nonchalance désabusée pour ne pas dire désespérée, puisqu'il s'adonne à l'alcool pour oublier les amours passées (pour la mère des trois soeurs morte il y a déjà longtemps). 


Les Trois Soeurs - Anton Tchekhov - Serge Lipszyk - Yann Siptrott - Photo: Robert Becker

Les Trois Soeurs - Anton Tchekhov - Serge Lipszyk - Yann Siptrott - Photo: Robert Becker

C'est la plus âgée des soeurs, Olga, qu'interprète avec un détachement sérieux Isabelle Ruiz, qui a repris cette responsabilité de la famille. La cadette, Macha, d'un tempérament plus artistique, est jouée par Pauline Leurent avec grâce et séduction. Macha, mariée à Fiodor Illitch Kouliguine, professeur au lycée de la ville (Bruno Journée, assez velléitaire mais néanmoins farceur) va tomber amoureuse du lieutenant-colonel Verchinine (Yann Siptrott, très sérieux dans son rôle de gradé), bavard et dont la femme est dépressive voire suicidaire. Reste le frère Andreï Sergueïevitch Prozorov (Sylvain Urban) artiste et qui rêve d'une carrière universitaire à Moscou. 


Les Trois Soeurs - Anton Tchekhov - Serge Lipszyk - Yann Siptrott - Photo: Robert Becker

Les Trois Soeurs - Anton Tchekhov - Serge Lipszyk - Yann Siptrott - Photo: Robert Becker

Les Trois Soeurs - Anton Tchekhov - Serge Lipszyk - Yann Siptrott - Photo: Robert Becker


Mais trop couvé, puis mal marié, il va mener la famille à la ruine après avoir traversé la pièce tel un fantôme. N'oublions pas le duo que forme le baron Nikolaï Lvovitch von Touzenbach (Charles Leckler) et le capitaine Vassili Vassilievitch Salioni (Geoffrey Goudeau) et surtout ce dernier dont les actes vont crescendo du malsain au maléfique, au néfaste et au funeste.


Les Trois Soeurs - Anton Tchekhov - Serge Lipszyk - Yann Siptrott - Photo: Robert Becker

Les Trois Soeurs - Anton Tchekhov - Serge Lipszyk - Yann Siptrott - Photo: Robert Becker

Les Trois Soeurs - Anton Tchekhov - Serge Lipszyk - Yann Siptrott - Photo: Robert Becker

Tchekhov décrit avec une attention précise les sentiments, les rêves reportés et impossibles (comme ce déménagement espéré à Moscou) et le désenchantement et les revers du sort qui frappent ses protagonistes avec une lucidité caustique et la mise en scène nous rend témoin de ces différents naufrages tout en gardant une distance et un regard caustique sinon humoristique sur le fil du récit. 


Les Trois Soeurs - Anton Tchekhov - Serge Lipszyk - Yann Siptrott - Photo: Robert Becker

Les Trois Soeurs - Anton Tchekhov - Serge Lipszyk - Yann Siptrott - Photo: Robert Becker

Les Trois Soeurs - Anton Tchekhov - Serge Lipszyk - Yann Siptrott - Photo: Robert Becker

Les Trois Soeurs - Anton Tchekhov - Serge Lipszyk - Yann Siptrott - Photo: Robert Becker


Nous ne pouvons qu'avoir de l'empathie pour ces êtres ballotés au gré des rebondissements ou de l'acceptation du sort étriqué qui lui est dévolu. Et les interprètes nous font aimer les personnages de cette comédie dramatique où, derrière le rire ou le sourire pointe une certaine amertume et du désabusement.


Les Trois Soeurs - Anton Tchekhov - Serge Lipszyk - Yann Siptrott - Photo: Robert Becker

Les Trois Soeurs - Anton Tchekhov - Serge Lipszyk - Yann Siptrott - Photo: Robert Becker

Les Trois Soeurs - Anton Tchekhov - Serge Lipszyk - Yann Siptrott - Photo: Robert Becker


Ainsi, s'il est bien dit que "Il n'y aura pas de bonheur pour nous", une tendresse touchante irrigue les personnages, leur sensibilité contrebalance leur maladresse, ou leurs lacunes. Les moments dérisoires restent de petites victoires et la séquence de la toupie un grand moment stanislaskien où l'on goûte du silence du moment présent, à l'image de cette tirade: "Ces arbres, je les vois pour la première fois de ma vie".


Les Trois Soeurs - Anton Tchekhov - Serge Lipszyk - Yann Siptrott - Photo: Robert Becker

Les Trois Soeurs - Anton Tchekhov - Serge Lipszyk - Yann Siptrott - Photo: Robert Becker


Merci au Théâtre Forestier et à ses membres de nous permettre de tels voyages à la fois dans la nature et dans l'exploration de la nature humaine.... et Merci Docteur Tchekhov pour cette cure d'humanité, brute, nature, telle qu'elle est ! 

 


La Fleur du Dimanche


* Pour rappel les pièces jouées au Guensthal

2026 : Les trois Soeurs :  

2025 : La Mouette : La Mouette de Tchekhov au Guensthal: L'envol du théâtre dans un écrin de faveur

2024: Songe d'une nuit d'été : Un songe, une nuit, l'été au Guensthal

2023: Molière : Molière 401 : De Scapin au Jardin (des potes) au Misanthrope à la Cour (faire la)

2022: Un Platonov : Un Platonov de Tchekhov à Windstein

2021 : York : York de Shakespeare au Théâtre Forestier de la Faveur: Crimes et bombardements 

2020: Sauvage de Tchekhov

** Le Théâtre Forestier est né dans cette vallée du Guensthal après la rencontre de Yann Siptrott avec Serge Lipszyc qui dirigeait le Théâtre du Matamore, dont Yann Siptrott est devenu co-directeur 


Les Trois Soeurs

Au Guenstahl les WE du 30 mai au 5 juillet

Dernière minute: Reprise des représentations le WE du 19 et 20 septembre 2026

Distribution :
Sylvain Urban: Andreï Sergueïevitch Prozorov
Sophie Thomann: Natalia Ivanovna, (Natacha) sa fiancée puis son épouse
Isabelle Ruiz: Olga
Pauline Leurent: Macha
Valentine Von Horde: Irina
Bruno Journée: Fiodor Ilitch Kouliguine, professeur au lycée, mari de Macha & Anfissa, nourrice
Yann Siptrott: Alexandre Ignatievitch Verchinine, lieutenant-colonel commandant de division
Charles Leckler: Nikolaï Lvovitch Touzenbach, baron, lieutenant
Geoffrey Goudeau: Vassili Vassiliévitch Soliony, capitaine d’Etat Major
Serge Lipszyc: Ivan Romanovitch Tchéboutikine, médecin militaire
Patrice Verdeil: Alexei Pétrovitch Fédotik, sous lieutenant &
Féraponte, gardien dans l’administration rurale
 
Mise en scène: Serge Lipszyc
Adaptation: Valérie Durin et Serge Lipszyc
Scénographie / Accessoires: Sandrine Lamblin
Lumières: Jean-Louis Martineau
Costumes: Maya Thebault