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mercredi 3 juin 2026

Les Petites Filles modernes (titre provisoire) de Joël Pommerat au TNS: des voix qui nous guident, des images qui nous mentent, entre visions et illusions

 Avec la dernière pièce de Joël Pommerat présentée au TNS, Les Petites Filles modernes (titre provisoire) nous plongeons carrément dans un autre univers. Ce récit, qui se veut un conte pour adolescent(e)s nous fait revivre une ambiance qui nous rappelle les songes éveillés quand nous étions alités, cloîtrés dans notre chambre, sous le coup d'une forte fièvre et que, derrière la porte de la chambre d'enfant, le monde, par des échos de voix arrivait à nous par bribes. 


Les Petites Filles modernes (titre provisoire) - Joël Pommerat - Photo: Agathe Pommerat


Les lumières, baignant d'un éclat léger un espace changeant, plus encore les projections vidéo qui transforment et déforment, modifient et font bouger l'espace mouvant, nous déstabilisent. Elles rendent les déplacements des deux jeunes personnages sur scène instable, comme hors-sol, et nous immergent dans un univers onirique chancelant et fluctuant, tout comme la bande son qui appuie et accentue les ruptures, glissements et stridences qui nous font chavirer.


Les Petites Filles modernes (titre provisoire) - Joël Pommerat - Photo: Agathe Pommerat


Nous ne savons pas vraiment où nous sommes avec ces deux personnages à peine esquissés, dans un clair-obscur savamment distillé, plutôt traités comme des silhouettes, des attitudes, des paroles de jeunes, et dont nous nous questionnons sur le niveau de réalité. Car cette trajectoire de rapprochement entre Marjorie (Caroline Kerléo, qui l'incarne avec force) et Jade (Marie Malaquias toute en intériorité) dont nous observons les étapes et les épreuves d'une quête en quelques sorte semblable à un voyage initiatique, nous pouvons nous demander quelle est la part d'imaginaire produite par ces deux personnages. 


Les Petites Filles modernes (titre provisoire) - Joël Pommerat - Photo: Agathe Pommerat


Cet imaginaire qui nous est offert, construit par leur dialogue, mais également par les projections sonores du monde extérieur à la chambre de Jade, et surtout par les concrétisations très réelles des ces univers transposés (la boite, le couloir, le puits) que la scénographie arrive à rendre à la fois réels mais en même temps impalpables et immatériels: le couloir, dans une ligne de fuite sans fin, la boite dans un espace sans perspective, les murs mouvants, sans oublier les effets bluffants de la chute immobile.


Les Petites Filles modernes (titre provisoire) - Joël Pommerat - Photo: Agathe Pommerat


Dans cette construction du récit d'apprentissage de ces deux jeunes adolescentes qui se servent de leur imaginaire pour avancer, comprendre le monde, celui des adultes, des voisins, de la vie, la mort, l'amour, les frontières sont bousculées. Et différents modes d'expressions sont sollicités, même le cinéma, dont elles se servent comme outil de compréhension et de progression. Mais ne soyons pas dupe, nous n'arriverons pas à entrer dans leur "âme" et cette fausse réalité, et les émois de leur coeur, nous n'y accédons pas, car, à l'image du faux miroir qui les dédouble, l'inversion finale des rôles des comédiennes nous pointe le fugace et le transitoire de ce passage. Et le spectacle est une démonstration magistrale de cette impermanence et du flottement de la pensée et des êtres. Un beau parcours entre ombre et lumière.


La Fleur du Dimanche


Les Petites Filles modernes (titre provisoire)


Au TNS du 3 au 18 Juin 2026


Générique
[Création théâtrale] Joël Pommerat
[Avec] Éric Feldman, Coraline Kerléo, Marie Malaquias
[Et les voix de] David Charier, Delphine Huot, Roxane Isnard, Pierre Sorais et Faustine Zanardo
[Scénographie et lumière] Éric Soyer
[Vidéo] Renaud Rubiano
[Costumes] Isabelle Deffin
[Perruques] Julie Poulain
[Son] Philippe Perrin, Antoine Bourgain
[Musique originale] Antonin Leymarie
[Collaboration artistique] Garance Rivoal
[Assistanat à la mise en scène] David Charier
[Renfort assistanat] Roxane Isnard
[Collaboration à l’écriture] Zareen Benarfa
[Participation au travail de recherche] Pierre Sorais
[Direction technique] Emmanuel Abate
[Direction technique adjointe] Thaïs Morel
[Régie son] Antoine Bourgain
[Régie vidéo] Grégoire Chomel
[Régie lumière] Gwendal Malard
[Régie plateau] Jean-Pierre Constanziello, Inês Correia Da Silva Mota
[Habillage] Lise Crétiaux, Manon Denarié
[Réalisation maquette et accessoires] Claire Saint-Blancat
[Construction accessoires] Christian Bernou
[Construction décors] les ateliers du TNP / Théâtre National Populaire de Villeurbanne
[Renfort costumes] Jeanne Chestier
[Renforts plateau] Lior Hayoun, Faustine Zanardo
[Diffusion internationale, missions spéciales et agent] Anne de Amézaga
[Administratrion] Elsa Blossier
[Co-directrion] Magali Briday-Voileau
[Chargée de production] Alice Caputo
[Responsable des tournées] Pierre-Quentin Derrien
[Direction de production] Lorraine Ronsin-Quéchon
Remerciements à Maurine Tainguy et Rose Trecan
Et l’équipe technique du TnS 
[Régie générale] Cyrille Siffer
[Régie plateau] Denis Schlotter
[Machiniste] Daniel Masson, Margaux Fabre
[Régie lumière] Christophe Leflo de Kerleau, Sophie Prietz (en alternance)
[Régie son] Maxime Daumas
[Régie vidéo]Tiphaine Steiner
[Habilleuse] Bénédicte Foki 
 
Production Compagnie Louis Brouillard
Coproduction TNP / Théâtre National Populaire de Villeurbanne, CDN ; Châteauvallon-Liberté, Scène nationale de Toulon ; Mixt, Terrain d’arts en Loire-Atlantique ; Les Tréteaux de France, CDN ; Théâtre Nanterre-Amandiers, CDN ; Espaces Pluriels, Scène conventionnée d'intérêt national art et création danse de Pau ; Festival d’Automne à Paris ; L'Azimut, Pôle national cirque d’Antony et de Châtenay-Malabry ; Le Canal, Théâtre du Pays de Redon, Scène conventionnée d’intérêt national art et création pour le théâtre et la DRAC Bretagne ; Théâtre Le Bateau Feu, Scène Nationale Dunkerque ; Le Théâtre de Suresnes Jean Vilar ; La Coursive, Scène nationale de La Rochelle ; Théâtre français du Centre national des Arts du Canada - Ottawa ; Le National Taichung Theater.
Avec le soutien de La maisondelaculture de Bourges, Scène nationale.
Les répétitions du spectacle ont lieu à la Maison de la Culture de Bourges ; au Théâtre Ducourneau d’Agen ; à La Coursive, Scène nationale de La Rochelle ; aux Tréteaux de France d’Aubervilliers, Centre dramatique national ; au Théâtre Silvia Montfort de Paris ; et au théâtre Châteauvallon-Liberté, Scène nationale. Des étapes de travail en amont ont été menées aux Plateaux Sauvages – Fabrique artistique et culturelle à Paris 20e, et à la MC93 – Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis à Bobigny.
Action financée par la Région Île-de-France. La Compagnie Louis Brouillard est conventionnée par la DRAC Île-de-France et la Région Île-de-France.
Joël Pommerat et la Compagnie Louis Brouillard sont associés à Nanterre-Amandiers, à La Coursive, Scène nationale de La Rochelle, et au TNP / Théâtre National Populaire de Villeurbanne.
Les textes de Joël Pommerat sont édités chez Actes Sud-Papiers.
Créé le 24 avril 2025 à Châteauvallon-Liberté, Scène nationale.

lundi 30 mars 2026

Dora et Franz, Sauver le jour au TNS: invités à la noce et témoins d'un amour

Quand nous nous installons dans la salle de l'Espace Klaus Michael Grüber du TNS, spectateurs de la pièce de Caroline Arrouas Dora et Franz, Sauver le jour, nous nous retrouvons comme les invités d'une noce, participants à une fête qui se prépare. Nous sommes en attente, tout comme les deux personnages qui sont "presque avec"* nous. Il y a là, Franz en costume clair et Dora, en robe blanche des années 1920, assis sur leur chaise dans la continuité du premier rang des spectateurs, qui attendent, comme nous. Qui attendent et qui échangent, sur le temps, sur les fleurs, les bouquets, même le coût des fleurs (Nous sommes en Allemagne et c'est l'hyperinflation dans les années d'après-guerre).

"Moi, j'aime les fleurs coupées, parce qu'elles vont faner"


Dora et Franz, Sauver le jour - Caroline Arrouas - Photo: Jean-Louis Fernandez


Ce n'est donc pas une noce.... mais elle va arriver. Là, nous sommes dans un sanatorium, la Pension Glückauf à Graal-Müritz sur la Baltique où Franz se repose et où se noue son idylle avec Dora qu'il vient d'y rencontrer. Par touches impressionnistes, fragments temporels de ces moments où se construit le lien. Et l'on attend, aux aguets, autant dans la relation à l'autre que dans ce qui peut arriver de l'extérieur. L'inquiétude est là, l'espérance et l'enthousiasme aussi. Et les deux comédiens, Caroline Arrouas (qui a aussi construit le texte de la pièce et la mise en scène) et Jonas Marny, par leur jeu sensible et tout en finesse nous plongent littéralement dans ces errements, ces sautes d'humeurs, cette fragilité, cet espoir.

"Il faut avoir de grands projets"    


Dora et Franz, Sauver le jour - Caroline Arrouas - Photo: Jean-Louis Fernandez


Par ce jeu, par ces sorties de scène, de salle, avec pour celui qui reste une certaine attente et une peur contagieuse, et leurs retours surprenants, nous nous focalisons sur le couple que nous découvrons avec sa complexité, sa pensée secrète, révélée par bribes. Mais, grâce à la musique (Franz joue du mélodica - une sorte de piano à bouche - puis du piano), nous plongeons aussi dans une ambiance plus festive avec des mélodies klezmer et des chansons yiddish.

"Trois choses ne peuvent rester cachées: l’amour, la pauvreté et la toux."


Dora et Franz, Sauver le jour - Caroline Arrouas - Photo: Jean-Louis Fernandez


La toux s'invite lorsque Franz joue du mélodica et prend de l'ampleur, accompagnée, discrètement, plus tard, par le rouge sur le mouchoir. La maladie de Franz plane sur le destin du personnage et sur la pièce, comme une épée de Damoclès. De même, la noce, pour laquelle nous attendons la réponse du père de Dora, qui tarde et maintient le suspense. Mais Dora nous chante façon music-hall une chanson de mariage gaie et triste à la fois. Ainsi la tension, amoureuse et dramatique s'envole dans la musique entraînante, libératrice et enjouée.  

"Garçon, comme tu es bien tombé et tu t'es magnifiquement relevé


Dora et Franz, Sauver le jour - Caroline Arrouas - Photo: Jean-Louis Fernandez


De chutes en rebondissements, la pièce avance, nous permettant de rentrer dans l'intimité du couple, presque dans les méandres de leurs sentiments et dans une certaine connaissance de l'esprit et l'écriture de Franz. Nous naviguons entre le centre de la pièce où un un cube recouvert de tulle semble prédestiné à devenir la chambre d'amour, et l'aile gauche, avec son piano, à la fois salon de musique, petite pièce pour l'écriture et boudoir pour les amoureux. Ce cube qui peu à peu se révèle, se dévoile, surchargé de fleurs (à l'image de la chambre de L'écume des jours de Boris Vian), va se métamorphoser en chapelle de noces, chambre nuptiale et caveau funéraire.

"Le jour de l'enterrement je me suis écroulée sur le cercueil


Dora et Franz, Sauver le jour - Caroline Arrouas - Photo: Jean-Louis Fernandez


C'est donc par petites touches, paroles échangées, silences complices que nous voyons naître un amour exceptionnel, entre deux êtres secrets, presque des fantômes, qui voyagent dans le temps, l'espace, mélangeant les souvenirs, les citations et basculant soudain dans de joyeux tableaux festifs, faisant resurgir une culture presque disparue, à la fois gaie et nostalgique de cette Mitteleuropa d'entre deux guerres. Cette alternance entre intimité et spectaculaire, très justement équilibré nous offre une partition dans laquelle nous nous coulons avec délice. Et le récit nous fait découvrir le portrait d'un auteur mystérieux, dont nous ne connaitrons pas tout mais dont nous sommes témoin du bonheur des derniers jours.


Le Fleur du Dimanche


* La proximité "intime" avec le public sur la partie gauche de la scène peut se révéler un peu plus "distante" pour les spectateurs placés à droite et au fond da la salle. Mais c'était une "première", ce sera sûrement ajusté. 


Dora et Franz, Sauver le jour


Au TNS - Espace Grüber - du 30 mars au 11 avril 2026


[Texte et mise en scène] Caroline Arrouas 
[Avec] Caroline Arrouas et Jonas Marmy 
[Dramaturgie] Adèle Chaniolleau 
[Scénographie et costumes] Clémence Delille assistée de Elise Villatte 
[Création sonore] Samuel Favart Mischka 
[Création lumière] Germain Fourvel 
[Assistanat à la mise en scène] Elsa Revcolevschi 
[Administration, production et développement] Virginie Hammel et Nora Fernezelyi - le petit bureau
Et l’équipe technique du TnS
[Régie générale] Swen Ferbach 
[Régie plateau] Jeanne Dubos 
[Régie lumière] Simon Anquetil
[Régie son] Maxime Daumas [Habilleuse] Blandine Hermant
[Accessoiriste] Pauline Krier 
[Régie des titres – surtitrage des Spectacles dans ta langue] Jean-Christophe Bardeaux 
Production délégué le petit bureau 
Coproduction Théâtre national de Strasbourg,Théâtre Dijon Bourgogne – Centre Dramatique National 
Avec le soutien des Lilas en scène et de la Fondation pour la mémoire de la Shoah

  

lundi 23 mars 2026

Au TNS L'infiltré de et par Océan: des boites et des cases ou comment déboiter et casser les codes

 Océan, comédien et réalisateur a suivi un long chemin de transition et propose une étape de ce parcours au TNS avec L'infiltré.

Nous l'avions rencontré en décembre 2019 au cinéma Star à Strasbourg où il présentait son film Océan, témoignage de l'intérieur de se "transition" toute fraîche. Dans le débat qui a suivi, il disait "l'identité c'est quelque chose de mouvant, de changeant, de fugace". Cette réflexion sur l'identité ne l'a pas quittée, mais alors qu'à l'époque il était totalement plongé dans le processus, pour le spectacle qu'il vient de créer et pour lequel il a réalisé une série d'ateliers avec des étudiant.e.s en partenariat avec le SUAC - Service universitaire de l'action culturelle - de l'Université de Strasbourg pour interroger les injections normatives concernant le genre, il prend un peu d'altitude. 

Avant tout, petite définition d'un mot qui n'est entré dans le dictionnaire Oxford English Dictionary qu'en 2015, et, à priori, né en après 1998 suite à l'invention du terme cissexuel par le sexologue allemand Volkmar Sigusch. Il s'est diffusé après 2006. La cisidentité désigne "la situation d'une personne dont l'identité de genre correspond au genre qui lui a été assigné à sa naissance". Le terme transgenre: "personne dont l'identité de genre ne coïncide pas avec le sexe assigné à la naissance" étant plus courant depuis les années 1990.


L'infiltré - Océan - Photo: Pauline Legoff


Cet aspect un peu didactique passé, revenons-en à notre Océan, qui sur scène devient le professeur Michel, Océan Michel, qui, bien qu'il annonce un "spectacle assumé comme pédagogique" s'engouffre dans une conférence à cent à l'heure et sans pupitre - ponctué d'exercices physiques pour faire baisser son taux de testostérone sur les conseils de son surveillant médical IA, Cette intelligence artificielle qui accélère aussi les différents chapitres de sa "conférence" qui est à la fois variée, plaisante et intelligemment illustrée par les dessins d'Anaïs Caura. Balayant l'histoire du "transgenre" autant historiquement que géographiquement, nous y découvrons des femmes ayant vécu en secret sous des apparences d'homme, ainsi que des cultures ayant par exemple totalement accepté la féminité ouvertement assumée de certains hommes que ce soit en Amérique du Sud, en Inde ou l'exemple du Chevalier d'Eon, en France sous Louis XV.  

Océan fait le parallèle entre sa propre manie de classer et ranger ses Tupperware et cette propension à mettre des cases à remplir (comme sur les formulaires et les cartes d'identité "Monsieur ou Madame", sans autre choix), des règles de classification - qui sont forcément mouvantes - selon les périodes ou les pays. Cette injonction à rentrer dans les cases justifiée par des règles variable, Océan s'en moque gaiement, démontrant l'absurdité et l'instabilité de ces critères par des exemples croustillants - par exemple très explicites - ou curieux - dans le monde animal. Pointant aussi la misogynie qui frappe les scientifiques femmes qui osent découvrir des exemples flagrants qui cassent les règles du "mâle dominant". Ou encore dans le domaine du sport féminin où dès qu'une femme dépasse les capacités que l'on daigne accepter de athletes femmes, elles son exclues de la compétition. 

Sur quoi vient se greffer un racisme certain, la plupart n'étant pas "blanches". ces enchainements permettant de dévoiler autant les préjugés liés au statut de la femme que de la race. Tout cela orchestré par les "Mâles blancs dominants" qui légifèrent, dénigrent et discréditent, agressent violentent et tuent par préjugé, idée préconçue. Ainsi aussi ces "protecteurs" qui sous prétexte de protéger et de défendre, s'adonnent (en secret et souvent en toute impunité) à toutes sortes de violences. Les exemples que nous offre Océan vont de son expérience personnelle de jeune fille abusée ou de la prise de conscience du rôle assignée à la police dans le maintien de cet "ordre da la société dominante, et même dans la lecture lucide des "meurtres des Zoulous" dont on laisse sous silence la nécessité de se défendre contre les actes racistes. 


L'infiltré - Océan - Photo: Pauline Legoff

Passant ainsi d'une présentation presque scientifique mais à la fois ludique et instructive de cette réalité fluctuante vis-à-vis du corps et de ses multiples variantes dans sa réalité et ses sensations, vers une lecture plus sensible et aussi plus politisée, Océan plonge dans une introspection dans la mouvance des sentiments, entre violence et amour dans cette identité changeante. L'obligeant, lui mais aussi nombre de ces personnes à la recherche de leur vrai "soi" à s'interroger sur les relations d'amour et de violence envers l'autre. Allant jusqu'à en référer à Abraham (qui lui aussi est "transformé" en gagnant un "h", tout comme sa femme Saraï en Sarah) dont le bélier apporte la puissance alors qu'Océan s'interroge sur son statut d'agneau déguisé en louveteau. Mais il conclut sur une note en équilibre, mettant en balance sa "paternité" et la fragilité de quelques une de ces "adoptés".  

L'aventure continue, passionnante, et Océan continue son voyage au long cours après nous avoir embarqué dans la découvertes des iels.


La Fleur du Dimanche


L'infiltré


Au TNS à Strasbourg, du 23 mrs au 1er avril 2026

[Conception et écriture] Océan
[Mise en scène] Océan et Flore Vialet
[Lumière] Léa Maris
[Son] Elisa Monteil 
[Vidéo] Jean Doroszczuk
[Dessin] Anaïs Caura
[Chorégraphie] Marlène Rostaing
[Dramaturgie] Leïla Adham
[Régie générale] Marie-Lou Poulain
[Composition] Thibault Frisoni
[Scénographie] Marco Ievoli
[Costumes] Colombe Lauriot Prévost
[Direction de production] Olivier Talpaert et Nathalie Untersinger
[Répétition] Debi Debbie
[Avec les étudiant·es] Estelle Akakpo, Coline Forster, Charlie Fouché, Lou-Ann Graindorge, Clarisse Haton, Ameline Jung, Geoffrey Ridet dit Lewyn, Pauline Roche, Noa Schublin, Tiphaine Vauje

Production déléguée En Votre Compagnie
Coproduction MIXT – Terrain d’arts en Loire-Atlantique, les Plateaux Sauvages, Châteauvallon - Liberté, scène nationale , le Théâtre National de Strasbourg, l’Avant-Poste, Bordeaux
Accueil en résidence Chartreuse - CNES - Villeneuve-lez-Avignon
Coréalisation Les Plateaux Sauvages
Avec l’accompagnement du Centre des Récits du Théâtre national de Strasbourg.
Avec le soutien et l’accompagnement technique des Plateaux Sauvages
Avec le soutien de la DRAC Ile-de-France et de la Ville de Paris.
En partenariat à Strasbourg avec le SUAC de l'Université de Strasbourg et son dispositif Carte Culture
Les décors sont réalisés par les ateliers du Théâtre National de Strasbourg.
Spectacle créé le 9 mars 2026 aux Plateaux Sauvages.    

lundi 16 mars 2026

Rituel 4: Le Grand Débat au Maillon: Du face à face politique au dos à dos - Le débat en forme de cadavre exquis

 Dans le cadre du Temps Fort: Démocratie en jeu au Maillon, la pièce Rituel 4: Le Grand Débat d'Emilie Rousset et Louise Hémon au Maillon rejoue en version "flash" moderne ce qui, juste avant l'éclatement de l'ORTF est devenu un rituel de la vie républicaine en France: Le Grand Débat entre les deux tours des élections présidentielles. De Louise Hémon, nous connaissions déjà la précédente pièce "documentaire" présentée lors du précédent "Temps Fort" au Maillon en 2024: Reconstitution: Le procès de Bobigny, crée déjà en 2019, sur le procès de Marie-Claire Chevalier et de sa mère pour l’avortement de la jeune fille suite à un viol, défendue par Gisèle Halimi. Elle s'est associée avec Louise Hémond, dont le premier film, l'Engloutie vient de sortir au cinéma et qui a déjà travaillé avec elle sur d'autres Rituels, dont La Mort


Le grand Debat - Émilie Rousset - Louise Hémon - Photo: Lebruman


Le dispositif est spécial, puisque nous assistons "en direct" à la réalisation d'un débat télévisé entre deux personnages, interprété l'un par Laurent Poitrenaux et l'autre par Emmanuelle Laffon, qui a participé à L'Encyclopédie de la Parole de Joris Lacoste. Nous sommes donc installé (un peu en surplomb) face à un studio télé et voyons sur l'écran au-dessus d'eux, le résultat ce ce qui est filmé par les trois caméras, une fixe en plongée et les deux autres qui vont, au fil du temps et de la pièce, bouger et changer de position. Ces déplacements font d'ailleurs totalement partie de la dramaturgie, comme on le verra plus tard. En introduction et pour poser ce décor, la voix de Leïla Kaddour Boudali nous explique les règles très strictes - entre le légal et les négociations des deux candidats - les conditions matérielles de ce rituel formalisé: longueur de la table, température de la pièce, règles des prises de vues et de la parole. Par exemple, le fait de ne filmer - à l'origine - que la personne qui parle. Les temps de paroles - chronométrées - et les interruptions doivent aussi être régulés par une autorité de surveillance.  


Le grand Debat - Émilie Rousset - Louise Hémon - Photo: Lebruman

Pour le texte de la pièce, ce sont des extraits des vraies paroles qui ont été échangées par les deux candidat(e)s. Et ce qui à la fois dynamise le déroulé de la pièce et introduit une étrange impression de texte un peu "hors du temps", c'est que très rapidement, le texte se heurte, s'entrechoque, un collage en quelque sorte, sous forme de cadavre exquis. Cela, combiné au fait que, sans prévenir, les deux interprètes changent régulièrement de personnage de référence et les candidats, qui se répondent bien sûr, peuvent tout à coup ne plus être les mêmes. Nous passons ainsi du "couple" Mitterand-Giscard en 1974 et 1981, au couple Mitterand-Giscard,  Mitterand-Chirac, Chirac-Jospin, Chirac-Le Pen, Sarkozy-Royal, Sarkozy-Hollande, et les deux Macron-Marine Le Pen. 


Le grand Debat - Émilie Rousset - Louise Hémon - Photo: Lebruman

Des phrases "punchline" mémorables apparaissent, comme "Vous n'avez pas le monopole du coeur" ou "Vous avez tout à fait raison, Monsieur le Premier Ministre" ainsi que des épisodes drolatiques comme l'argumentation sur l'augmentation de la TVA sur les croquettes pour chien (tout en se félicitant chacun d'en avoir aussi - des chiens). Des mots-emblèmes surgissent, qui devraient nous permettre d'identifier de quel bord (droite, centre, gauche, ou extrême droite) vient le discours: rassemblement, travailleurs, politique planétaire, mutations technologiques, authenticité, apaiser le conflit, changement, égalité, destin, "Blablacar", Licorne, et même des "c’est faux", "vous mentez" ou "mensonge" répétés ad nauseam, procédé surprenant pour un débat de deuxième tour d'élections présidentielles... Cette construction permet de comprendre les stratégies mises en place dans ces échanges, et quelquefois l'image (qui s'est affranchie de la règle "c'est celui qui parle qui est à l'écran" révèle aussi des stratégies de déstabilisation ou de mépris de la part de l'interlocuteur muet. D'autres fois le ressort dramatique est plus orienté vers la distraction voire le gag. 


Le grand Debat - Émilie Rousset - Louise Hémon - Photo: Lebruman

L'évolution de la scénographie et du jeu évolue vers la fin de la pièce pour faire apparaitre métaphoriquement la distance qui se creuse vis à vis du discours politique et qui se fait soporifique. Et l'on présente le désintérêt pour la chose débattue dans un clin d'oeil assassin. La performance des comédiens Laurent Poitrenaux et Emmanuelle Laffon, qui réagissent au quart de tour aux textes qui leur sont envoyés dans leur oreillette, est époustouflante. Du côté du choix des textes, les deux co-conceptrices et metteuses en scène trouvent un bel équilibre entre des passages où l'on analyse les discours, formatés ou convenus, les quelques saillies ou bon mots, et les parties plus loufoques, à la limite, pour varier les ambiances. Au final, une très bonne alternance entre pédagogie citoyenne et ironie critique.


La Fleur du Dimanche


Rituel 4: Le Grand Débat


Au Maillon - Strasbourg du 7 au 14 mars 2026

Conception, mise en scène et scénographie : Émilie Rousset et Louise Hémon
Avec : Emmanuelle Lafon et Laurent Poitrenaux
Et la voix de : Leïla Kaddour Boudadi
Création lumière et image : Marine Atlan
Cheffe opératrice / caméra : Alexandra de Saint Blanquat
Caméra : Mathieu Gaudet
Montage vidéo : Carole Borne
Musique : Émile Sornin
Maquillage : Amanda Silaen
Régie vidéo et son : Romain Vuillet et Jérôme Tuncer
Régie générale et plateau : Jérémie Sananes
Régie lumière et régie générale : Clarisse Bernez-Cambot Labarta
Production pour la reprise : CDNO – Centre Dramatique National d’Orléans
Production pour la création : Cie John Corporation
en association avec Agathe Berman Studio
Avec le soutien de : Fondation d’entreprise Hermès dans le cadre de son programme New Settings / DICRéAM, Hors-Pistes / Centre Pompidou
Action financée par la Région Île-de-France.
Ce spectacle a bénéficié de l’aide à la reprise de la DRAC Île-de-France.
Coproduction : Festival d’Automne à Paris


vendredi 13 mars 2026

C'est le Summit Strasbourg au Maillon: C'est du théâtre et c'est vrai, mais on peut en douter

 Au départ il y a méprise, double méprise (ou peut-être plus)... Mais où est la vérité ? 
Le spectacle Summit Strasbourg présenté au Maillon dans le Temps Fort "Démocratie en Jeu" arrive pour moi chargé d'une double attente.
La première tient à la précédente pièce de la troupe Ontroerend Goed, la "très joueuse compagnie de Gand" dont le nom mêle l’idée de bien et d’émotion et qui peut se traduire par "émobilier" (comme émouvoir ?) Cette pièce a été programmée au Maillon en 2019. Dans cette pièce £¥€$, où "le public est invité à se mettre dans la peau du “1 %”, c’est-à-dire les super-riches qui contrôlent l’économie mondiale" on mettait le public "aux commandes" pour apprendre et comprendre réellement les mécanismes économiques en les expérimentant. Ne l'ayant pas vue, je l'imaginais (selon les échos recueillis) comme une expérience pédagogique au sens noble. Mais chacun arrive au théâtre avec ses projections, et ses interprétations. D'ailleurs, prenez le titre £¥€$, que lisez-vous ? Eyes, les yeux pour voir ? Ou Lies - les mensonges qu'on vous cache ? 
Et voilà... C'est déjà vous qui décidez. 


Summit Strasbourg - Ontroerend Goed - Photo: Michiel Devijvier


Eh bien, c'est la même chose pour Summit Strasbourg où l'on projette une attente, voire un contenu alors qu'il faudrait être totalement à l'écoute. Or à Strasbourg, ce mot Summit, n’est jamais tout à fait neutre. On y a connu quelques sommets — dont celui de 2009, que certains n’ont sans doute pas oublié. De plus cette pièce s’inscrit dans ce temps fort consacré à « la culture du débat à l’épreuve du présent », et il est assez naturel d’imaginer une expérience interactive, participative, peut-être même une sorte d’expérimentation du débat - sinon politique, du moins démocratique. Le contexte actuel n’y est évidemment pas pour rien. Les élections locales réveillant aussi l’appétit de discussion publique.

Car il ne faut pas se méprendre : la troupe Ontroerend Goed ne nous méprise pas. La règle du jeu est annoncée dès notre arrivée : « Vous êtes invité·e à un sommet. Ou plutôt : vous êtes invité·e à une pièce de théâtre intitulée SUMMIT Strasbourg, ce qui n’est pas tout à fait la même chose. »
Tout est dit....


Summit Strasbourg - Ontroerend Goed - Photo: Michiel Devijvier


Et même répété. La seule ironie serait peut-être de répéter cette phrase. Encore et encore... Au risque de tomber dans le comique de répétition. Mais "un homme averti en vaut deux".  Ainsi, lorsque l’on nous parle de « la scène » alors même que le plateau est vide - ou qu’il n’est traversé que fugitivement - il faut rester vigilant. De même lorsqu’on vous affirme que vous êtes ici, ou que vous n’y êtes pas. Que vous êtes au théâtre - ou que vous n’y êtes pas. Plus troublant encore lorsque l’on nous explique que ce mot, théâtre, possède même une existence juridique. Dans ces conditions, mieux vaut ne pas signer n’importe quoi. Et faire attention quand on vote à main levée....


Summit Strasbourg - Ontroerend Goed - Photo: Michiel Devijvier


Dire que quelque chose est du théâtre parce qu’un comédien prononce un "texte qui a été écrit": voilà peut-être déjà une épreuve de discernement. 
Car c’est bien là le cœur du dispositif de Summit: nous amener à interroger sans cesse ce qui relève du réel et ce qui relève du jeu. Et surtout à mesurer dans quelle mesure nos propres réactions - face aux injonctions des comédiens - restent celles de spectateurs assis dans l’ombre… ou deviennent, volontairement ou non, une part du dispositif prévu par la mise en scène.

Ainsi, pour revenir à cette question simple: qu’est-ce qui fait théâtre ?
Prenons un exemple simple.
Un comédien traverse le plateau. Est-ce du théâtre ?
Ou simplement une traversée ?
Et si c’est un spectateur qui traverse ?
Et si ce spectateur se met à regarder le public de la scène ?
Sommes-nous toujours dans le théâtre ?


Summit Strasbourg - Ontroerend Goed - Photo: Michiel Devijvier


La question devient plus troublante encore lorsqu’une scène d’abattage de poulet est évoquée — mais non montrée, puisque la décapitation se produit en coulisses.
Était-ce réel ?
Était-ce simulé ?
Ou bien simplement imaginé ?
Le doute, ici, devient une matière dramaturgique.
C’est le cas par exemple dans cette séquence où une torture nous est imposée… mais une torture imaginaire. Rien n’est montré. Tout repose sur ce que le spectateur accepte - ou refuse -  de produire par son imagination. Avec en prime un spectateur "exemple" et "cobaye" de cette torture. 
Superbe leçon.
Leçon de discernement, d’abord.
Leçon d’analyse ensuite.
Mais aussi leçon de responsabilité.


Summit Strasbourg - Ontroerend Goed - Photo: Michiel Devijvier


Car la question devient alors très simple: jusqu’où suivons-nous les conventions de la représentation théâtrale ? Et à quel moment décidons-nous de ne plus les suivre — ou d’y contrevenir ?
Jusqu’où acceptons-nous le discours qui nous est proposé ?
Et à quel moment décidons-nous d’en douter ?
Prenons un exemple presque enfantin : la poule.
À quel moment acceptons-nous de voir une poule dans une cage… alors qu’il n’y en a pas ?
Simplement parce qu’on nous affirme qu’elle est là.
Suivons-nous l’injonction à imaginer ?
Et jusqu’à quel point croyons-nous qu’une poule enfermée dans un cercle… n’en sortira pas* ?

Summit Strasbourg - Ontroerend Goed - Photo: Michiel Devijvier


 
C'est donc sur toutes ces interrogations, l'interrogation du réel et la part d'imagination acceptée, de la liberté de choisir, de la confiance ou du doute, de l'engagement ou de l'opposition, de l'échelle de vérité et de fantaisie, de sérieux et d'humour que "joue" la troupe de via de nombreux angles d'approche et des séquences variées et révélatrices. Et si nous en sortons un peu déstabilisé et le cerveau qui mouline encore, le pari est réussi.


La Fleur du Dimanche  


* La poule dans un cercle de craie 
Dans le documentaire de Werner Herzog Au pays du silence et de l'obscurité (1971), de Werner Herzog il nous montre une scène où une poule est placée dans un cercle tracé à la craie. La poule reste immobile à l’intérieur et n’ose pas franchir la ligne, alors que rien ne l’empêche physiquement de sortir. Herzog utilise cette image comme métaphore de limites psychologiques ou sociales: une barrière imaginaire peut suffire à immobiliser un être vivant.
Au XIXᵉ siècle, le physiologiste allemand Wilhelm Preyer avait déjà fait ce type d'expérience.
Mais ce n'est pas forcément un cercle qui fait cet effet, une simple ligne tracée devant le bec de la poule fait le même effet. J'ai moi-même expérimenté cela enfant. Mais tout dépend de la poule (il y en a qui ne réagissent pas ainsi - tout comme cela peut être expérimenté avec d'autres oiseaux.



Au Maillon, du 12 au 14 mars 2026  

Mise en scène : Alexander Devriendt
Avec et par : Mourad Baaiz, Karolien De Bleser, Leonore Spee, Charlotte De Bruyne, Aaron J. Gordon, Aurélie Lannoy, Hervé Guerrisi, Solal Forte
Assistance à la mise en scène : Remi Cosijn
Scénographie : ONBETAALBAAR
Graphisme : Emma Raymaekers, Nick Mattan
Lumière : Dennis Diels
Musique : Joris Blanckaert
Costumes : Charlotte Goethals
Photographie : Michiel Devijver
Dramaturgie : Britt Bakker, Miguel Melgares, Samir Veen
Technique : Nick De Keyser, Frederik Vanslembrouck, Diederik De Cock, Ine Van Bortel, Lucas Van de Voorde

Production : NTGent / Ontroerend Goed
Coproduction : Stadttheater Schaffhausen (CH)
Avec le soutien de : Communauté flamande, Ville de Gand

jeudi 5 mars 2026

Piano Man ou le récit parlant de l'homme qui se tait ou "comment (se) raconter des histoires"

 Troisième soirée de Galas: L'histoire d'un homme découvert sur la plage d'une île anglaise, habillé en costume de soirée, mutique et amnésique, c'est Piano Man de Marcus Lindeen, la pièce qu'il a crée à partir de ce fait divers qui l'a fasciné dans sa jeunesse (il avait 25 ans à l'époque). Ce qui intéresse Marcus Lindeen dans ce sujet est triple (au moins). La première de ces choses est le mystère que le sujet peut porter en lui-même, son originalité, le sens caché, inconnu et qui peut d'ailleurs le rester. 

En introduction, parmi un certain nombre de dossiers qu'il archive comme documentation dans cette idée, il nous montre le film "I'm too sad to tell you" - "Je suis trop triste pour te le dire" (1970) de l'artiste performeur néerlandais Bas Jan Ader où nous le voyons pleurer sans explication. Nous reviendrons à cet artiste dans la dernière partie de la pièce intitulée Acte V - In Search of the Miraculous - A la recherche du Miracoulous qui se parle, entre autres de la dernière et inachevée performance de Bas Jan Ader et dont le titre se réfère au livre du philosophe russe P. D. Ouspensky sur l'enseignement de George Gurdjieff. Cela nous amène à la deuxième raison qui motive Marcus Lindeen sur ce projet. Et c'est la question de "comment raconter une histoire". Comment structurer la narration, comment remplir (ou pas) la page blanche pour laisser au spectateur le soin de remplir lui même ce blanc, de se projeter dans l'histoire ou de se la réinventer. 


Piano Man - Marcus Lindeen - Photo: Jean-Louis Fernandez


A ce propos, je veux vous conter ici l'épisode extraordinaire vécu à la sortie de la pièce et concernant la réception de ce récit par un spectateur. Il s'agit de définir la part de vérité ou d'invention, de réalité et de fiction dans cette histoire extraordinaire. A savoir la simulation et le statut des "acteurs" et de leur "rôle" dans la pièce: Est-ce que cette histoire est vraie ? Est-elle pure fiction ? Les acteurs sont-ils les vrais protagonistes de l'histoire ? Antony Bambury est-il ce clergyman de l'hôpital, Bridget O'Loughlin cette assistante sociale qui a côtoyé au plus près ce Piano Man et fait toutes les recherches pour essayer de savoir d'où il venait ? Et Niranjani Lyer est-elle ce neuropsychologue spécialiste des "fugues dissociatives" et des syndromes de Munchhausen. Et qui a réalisé ce film mixte entre retour au pays (dans les Pyrénées) et performance dansée du Boléro par François Chaignaud ? Il se trouve que le petit groupe de spectateurs qui discutait de cela à la sortie de la salle, parmi lesquels de trouvait celui qui a lu l'interview de Marcus Lindeen dans le livret programme des Galas (et donc qui a lu la réponse à toutes ces questions) tous se sont posé ces questions et ont essayé de démêler la réalité de la fiction.... Avec quand même en conclusion quelques réponses qui tenaient la route.

Mais en fait, comme pour les Mille et une nuits, l'important, c'est le récit, la narration et par où nous nous faisons emmener. Et le fait que les différents personnages sont très attachants apporte un charme certain au déroulé de cette histoire. Et en plus, avec cette pièce, nous nous faisons promener de manière magistrale de rebondissement en rebondissement, après l'introduction qui est surtout destinée à ancrer l'histoire dans un contexte actuel puisqu'elle s'est passée en 2005!). La preuve:




Donc, telle une véritable enquête policière, nous découvrons les hypothèses successives qui vont être tentées, analysées, mises de côté, alors qu'en parallèle nous découvrons "l'évolution" de ce malade, qui ne parle ni n'écrit, qui va s'exprimer grâce au dessin - ce piano - qui va, d'une part lui permettre de s'exprimer et, miracle, communiquer - si peu - avec le clergyman. Jusqu'à certaines révélations que je vous laisse découvrir. Mais d'un autre côté, et c'est aussi cela l'intérêt des récits, telle "une symphonie jamais finie", tandis que les différents éléments commencent à être révélés et que le mystère se lève en partie (au grand dam des tabloïds) avec comme conséquence le fait que ce qui était adulé sera sévèrement critiqué voire déconsidéré, oublié, il restera une part de mystère ou de non abouti.


La piano dessiné par Piano Man


Et c'est là que l'on arrive à la troisième raison, ou motivation de la pièce: c'est la situation de la personne qui n'est pas dans la norme, le gay, le queer, le trans, et l'évolution dans le temps, entre 2005 et aujourd'hui, de ce sujet. Et donc la force qu'il faut pour accepter, l'assumer, défendre ce statut, cet état. Et, en face, dans la société en général, comment on peut l'intégrer socialement, sachant que le combat pour cette reconnaissance n'est pas terminé. 


Piano Man - Marcus Lindeen - Photo: Jean-Louis Fernandez

Et parmi ces nombreux combats, reste la question du sens que chacun et chacune donne à sa vie. Avec comme seule solution peut-être, d'effacer la mémoire, de faire disparaître l'histoire.. Et, alors même lorsqu'on a fait "oeuvre", il faut la laisser ainsi, inachevée, en attente. En attente d'une nouvelle vie, d'une autre vie... Peut-être que la "vraie" vie est ailleurs. Et c'est ce mystère posé par Piano Man que Marcus Lindeen nous invite à creuser, tout en stimulant notre cerveau. En nous offrant un peu de dopamine et de plaisir cognitif. Grâce à ce spectacle qui ne nous laisse pas totalement passif dans notre fauteuil et qui fait bouger notre raisonnement et nos certitudes.


La Fleur du Dimanche


P.S. Question subsidiaire: Si vous allez voir le spectacle, quelle est votre explications sur le petit bandeau bleu sur les yeux de Piano Man ? Vous pouvez me répondre par mail ou en commentaire (merci de signer avec au moins votre prénom)


Piano Man

   

Au TNS à Strasbourg du 5 au 13 mars 2026


[Texte et mise en scène] Marcus Lindeen
[Dramaturgie, traduction et collaboration artistique] Marianne Ségol
[Conception] Marcus Lindeen et Marianne Ségol
[Dramaturgie et traduction] Marianne Ségol
[Avec]
Anthony Bambury, Niranjani Iyer, Nans Laborde-Jordàa et Bridget O’Loughlin
[Scénographie] Hélène Jourdan
[Lumière] Diane Guérin
[Composition musicale] Hans Appelqvist  
[Son] Nicolas Brusq  
[Vidéo] Marcus Lindeen, Hans Appelqvist 
[Régie vidéo] Xīng Weì 
[Assistanat à la mise en scène et à la dramaturgie] Louison Ryser  
[Régie générale compagnie Wild Minds] David Marain  
[Casting] Lola Diane  
[Voix] Manon Clavel, David Houry, Julien Lewkowitz, Julie Pilot, Marianne Ségol
Et l’équipe technique du TnS
[Régie générale] Yann Argenté 
[Régie plateau] Jeanne Dubos 
[Régie lumière] Simon Drouart 
[Régie son] Thibaud Thaunay
[Régie vidéo] Lucie Franz 
[Habilleuse] Bénédicte Foki, Angèle Gaspar 
[Régie des titres — surtitrage des Spectacles dans ta langue] Jean-Christophe Bardeaux
[Production] Théâtre national de Strasbourg, Compagnie Wild Minds
[Coproduction] CDN d’Orléans, les Célestins – théâtre de Lyon, Festival d’Automne
Avec la participation du Jeune théâtre national
Avec le soutien de l'Institut Français de Suède
Avec l’accompagnement du Centre des Récits
Le décor et les costumes sont réalisés par les ateliers du TnS.
Création le 5 mars 2026 dans le cadre du festival Les Galas du TnS, 2e édition  
Avec l'aimable autorisation de :  
L'auteur Bogomir Ecker pour les images issues du livre Idylle + desaster - die fotosammlung bogomir ecker
Le créateur vidéo Bobby Fingers pour la vidéo Fabio and the Goose
Le photographe et biologiste Andreas Kay pour la vidéo de la nymphe de Flatidae.

mercredi 4 mars 2026

KO Brouillard aux Galas du TNS: un monde nappé de poésie et de musique

Nous sommes tout de suite dans le bain lorsque nous entrons dans la grande salle de l'Espace Gruber du TNS rue Jacques Kablé pour voir la pièce KO Brouillard de Maxence Vandevelde. Devant nous un mur de lumières aveuglantes fait office de rideau de scène et d'où coulent des nappes de musique. Nous nous trouvons être à la place de la phalène, ce papillon de nuit fragile et éphémère qui vient s'éblouir avant de mourir aux lampadaires et autres lumières nocturnes. C'est une nouvelle de Virginia Woolf, La mort de la phalène qui a inspiré Maxence Vandevelde, après Les Vagues de la même Virginia qui avait sous-tendu la pièce Lucarne Année#1 qu'il avait créée l'année dernière dans le même cadre. La pièce travaille cette fragilité et cette délicatesse, sur un fil ténu. 


KO Brouillard - Maxence Vandevelde - Photo: Jean-Louis Fernandez

D'ailleurs, pour commencer, une ombre, assise sur un rocher va se lever et essayer d'une certaine manière de s'envoler, à contrejour puis disparaître dans le mur de lumière. Ce dernier, partant mystérieusement en arc-de-cercle va se positionner sur les côtés pour dévoiler la "scène". Nous découvrons cette scène devant un rideau transparent borduré d'un découpage végétal, avec d'un côté, à cour, ce rocher, cette pierre au-dessus duquel flotte une feuille et à jardin une chaise. Un tableau onirique, sorte de poésie visuelle surréaliste dans laquelle ne manquent que les ciseaux. Cela ne va pas tarder. 


KO Brouillard - Maxence Vandevelde - Photo: Jean-Louis Fernandez

Une femme en longue robe arrive qui les apporte et s'assied sur la chaise. Elle nous rend attentifs à un texte projeté sur l'écran où il est fait référence à des recherches scientifiques qui ont décelé dans les arcanes du cerveau une région dans laquelle se niche la mémoire poétique. Ce deuxième indice nous montre encore la direction que prend cette pièce et dès lors, les textes dits par cette femme, dans une langue que l'on s'efforce de comprendre, aux très belles sonorités, qui a des accents entre l'allemand, l'hébreux et le japonais mais qui se révèle être du farsi, très belle langue, qui nous raccroche à l'actualité immédiate - le rêve est fragile ! De temps en temps, les mots sont traduits en sous-titres, des phrases très poétiques vont nous accompagner dans ce voyage poétique tout en douceur et en rêveries et en songes semi-éveillés. L'on s 'attend à ce que les ciseaux coupent la feuille, mais non, les rêves ne sont pas toujours prévisibles, c'est le fil qui suspend la feuille qui va être coupé.


KO Brouillard - Maxence Vandevelde - Photo: Jean-Louis Fernandez

D'autres femmes arrivent et se positionnent sur la scène. Elles parlent, elles aussi, dans leur langue ou dans des langues étrangères - allemand, anglais, français,... Les paroles font référence à la pierre, la rivière, la douceur et la mémoire. Les six "interprètes" se posent des questions, sur elles, "si je devais être moi-même", d'être - ou ne pas être - "la narratrice", échangent leur rôle, deviennent l'autre, une parole qui semble être tissée du même fil et sort de ces différents corps, qui les traverse et les porte. Nous sommes subjugués de la performance de ces six femmes, volontaires, habitantes de Strasbourg et environ, qui réalisent ici une époustouflante performance de jeu dans une douceur et une retenue qui nous emporte et nous entraine dans ce monde onirique. Toutes sont formidables et une mention spéciale à la jeune Mia Depoutot pour sa magnifique diction. 


KO Brouillard - Maxence Vandevelde - Photo: Jean-Louis Fernandez

Les nappes musicales de Maria Laurent contribuent pour beaucoup à faire exister cet univers brumeux et presqu'irréel, dans lequel les choses s'installent et bougent lentement. Un théâtre d'images et de mots, de sons, où les lettres R, A, I, N appellent la pluie et un B suffit à nous rappeler le cerveau qui mouline à toute vitesse dans ses lobes, cortex et circonvolutions. 


KO Brouillard - Maxence Vandevelde - Photo: Jean-Louis Fernandez

Un voyage mental tout en sérénité et en bienveillance, comme dans un film de Bela Tar, et où l'on dit "Vais-je me souvenir des instants passés à vos côtés ?". Nous allons essayer de garder au chaud cette sororité, cette quiétude, ces voix qui nous parlent au creux de l'oreille et font surgir des souvenirs, des moments de grâce, trop rares ces derniers temps. Merci à Maxence Vandevelde et à ces sept femmes pour leur présence, leurs mots, leurs sons, et tout ce qu'iels nous ont fait passer. 


La Fleur du Dimanche


KO Brouillard


Au TNS à Strasbourg, du 4 au 12 mars - Salle Gruber
[Mise en scène] Maxence Vandevelde
[Textes] Maxence Vandevelde et Milène Tournier
Avec Lil Anh Chansard, Mia Depoutot, Hassenaa Hassibout, Tugba Naimoglu, Maryam Yazdan Bakhsh, Zahra Yazdan-Bakhsh   
[Musique] Maria Laurent 
[Scénographie] Alice Duchange 
[Assistanat à la scénographie] Lino Pourquié 
[Costumes] Salomé Vandendriessche 
[Lumière] Nicolas Joubert 
[Son]Julien Feryn 
[Assistanat à la création son] Macha Menu
[Régie générale] Zélie Champeau 
[Création installation vidéo] Gabriel Laurent 
[Regard dramaturgique] Fanny Mentré 
[Assistanat à la mise en scène et à la dramaturgie] Tristan Schinz 
Et l’équipe technique du TnS
[Régie générale] Zélie Champeau, Charles Ganzer
[Régie plateau] Fabrice Henches 
[Régie lumière] Nicolas Joubert 
[Électricien] Lou Paquis
[Régie son / Régie vidéo] Macha Menu
[Habilleuse] Selma Kalt
[Régie des titres — surtitrage des Spectacles dans ta langue] Jean -Christophe Bardeaux
[Production]Théâtre national de Strasbourg
Avec la participation du Jeune théâtre national
Avec l’accompagnement du Centre des Récits
[Administration de production] Dorine Blaise
[Chargée de production] Rachel Morville
Le décor et les costumes sont réalisés par les ateliers du TnS.
Création le 4 mars 2026 au Théâtre national de Strasbourg dans le cadre du festival Les Galas du TnS, 2e édition

mardi 3 mars 2026

Les Galas du TNS avec En attendant Oum Kalthoum de Hatice Özer : les 1001 mots d'amour et l'attente de l'amour, mon amour, mon amour, mon amour,...

 L'idée des Galas, défendue par Caroline Guiela Nguyen, c'est de créer au TNS, au travers de ce festival, des moments festifs et partagés, également avec des personnes qui n'ont pas le Théâtre comme trajectoire ou comme destination. Hatice Özer et sa nouvelle pièce En attendant Oum Kalthoum qu'elle créée dans ce cadre répond totalement à cet objectif, et la presque trentaine de chanteuses et chanteurs qui forment le "choeurs d'habitant.es" et qui interviennent de la salle (au premier balcon) puis sur scène vont vivre un moment unique, avec sûrement des proches et amis qui sont dans la salle, tout comme la mère de Hatice Özer que cette dernière cherche dans la salle dans son "introduction" au spectacle et qu'elle hèle d'un "Coucou maman" quand elle l'aura repérée. 


En attendant Oum Kalthoum - Hatice Özer - Photo: Jean-Louis Fernandez


Pour Hatice Özer, passer au TNS n'est pas une première, elle y était venue jouer sa première pièce Le Chant du Père (de 2022) et la création de Koudour sur le plateau (avec le public également sur scène) mais cela doit lui faire chaud au coeur d'avoir cette grande salle Bernard-Marie Koltès pour elle. A l'image d'Oum Kalthoum qui a poussé les murs de l'Olympia lors de ses deux concerts, le 13 et le 15 novembre 1967, ses premiers en Occident, à la demande de Bruno Coquatrix venu au Caire quelques mois plus tôt pour inviter la plus grande dame de la chanson arabe, l'Astre de l'Orient, le Rossignol du Caire, la chanteuse préférée de Nasser. Mais je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Sachez cependant que, juste avant, en juin 67, il y a eu la "Guerre des six jours" lors de laquelle Israël a attaqué l'Egypte et occupé la péninsule du Sinai. D'ailleurs Oum Khalsum, qui avait demandé un cachet du double d'Edith Piaf a offert les recettes du concert à l'Egypte. Les billets ont été vendus en quelques jours, entre 60 et 200 francs (même plus de 500 francs au marché noir). Dans la salle se côtoient des ouvriers et des princes (l'un d'entre eux a réussi à avoir, non un fauteuil, mais un tabouret sous la menace d'un pistolet). Cette histoire et bien d'autres, Hatice Özer nous les raconte au cours du spectacle, en posant le contexte, tournant autour, et autour de la musique, et autour de l'amour (dont, la richesses du vocabulaire en arabe nous offre plus d'une vingtaine d'expressions:(amour ardant, amour persistant, amour divin, amour obéissant, amour inconditionnel,...). Mais tout d'abord, Khadija El Afrit nous introduit aussi aux subtilités de la gamme de la musique traditionnelle arabe, le "maqâm" dont elle nous fait entendre la montée des échelles vers la spiritualité sur son qânun. 


En attendant Oum Kalthoum - Hatice Özer - Photo: Jean-Louis Fernandez

Et  Hatice Özer de nous brosser le tableau autour de ce concert mythique dont on nous dit que commencé vers les 21 heures, il s'acheva qu'après deux heures du matin avec en tout trois chansons, dont celle autour de laquelle on va tourner pour carrément plonger dedans, celle des Mille et Une Nuits et qui, avec les improvisations peut durer entre une demi-heure et une heure et demie, la durée du spectacle. Dans celui-ci on va alternativement se retrouver à observer le déroulé - et la préparation - du concert de l'Olympia, sur scène, dans les coulisses et dans la salle et, durant la diffusion du concert à la radio, sa réception dans quelques lieux, chez des auditeurs qui suivent le concert dans le monde, qui dans sa salle de bain ou dans le salon et même dans le lit familial, l'enfant entre ses deux parents bien au chaud dans leur cocon. Lieux et situations réinventées desquels on passe aussi brusquement à des séquences contemporaines d'échanges au téléphone où il est bien sûr questions de cet "éternel" amour et des différentes attitudes et positions qu'il nous pousse à prendre. Et cette répétition du mot "amour" qui remplit à la fois la chanson et le texte de la comédienne, adepte elle aussi de la répétition, si vous ne l'aviez pas remarqué.

Et il y a la musique, elle aussi qui se répète en variations multiples, magnifique et qui nous envoûte comme le fait l'amour dans ses variations dans la chanson:

Comment, comment, comment pourrais-je te décrire comment j'étais avant de te chérir, mon amour.
Comment, comment, comment pourrais-je te décrire comment j'étais avant de te chérir, mon amour.
Comment, comment, comment pourrais-je te décrire comment j'étais avant de te chérir, mon amour.
Comment, comment, comment pourrais-je te décrire comment j'étais avant de te chérir, mon amour.
Comment, comment, comment pourrais-je te décrire comment j'étais avant de te chérir, mon amour.
Comment, comment, comment pourrais-je te décrire comment j'étais avant de te chérir, mon amour.

Je n'avais aucun passé à méditer ni aucun avenir à attendre, et même mon existence, je ne la vivais pas; oh mon amour.
Je n'avais aucun passé à méditer ni aucun avenir à attendre, et même mon existence, je ne la vivais pas; oh mon amour.


En attendant Oum Kalthoum - Hatice Özer - Photo: Jean-Louis Fernandez

Et nous assistons ainsi au lent et progressif dévoilement de la chanson, en plusieurs chapitres, sous des formes variées par ce magnifique orchestre qui accompagne Hatice Özer - elle-même jouant du davul - et Khadija El Afrit le kanoun, sous la direction du fidèle Antonin Tri-Hoang (au saxophone et aux claviers) et donc Anissa Nehari aux percussions, Juliette Weiss, Ayman Hlal et Karam Al Zouhir au violon et Anil Eraslan au violoncelle. La musique, dans toutes ses variations est merveilleuse, envoûtante, enchanteresse et les mises en scène ne manquent pas de nous surprendre et nous émerveiller, Les lumières de César Godefroy nous transportant d'un univers à un autre, posant de temps en temps de superbes tableaux de groupe en clair-obscur dans lesquels les soyeux et lumineux costumes de fête de Pauline Kieffer sont sublimés. Et au final, si Oum Kalthoum ne vient pas, sauf sa voix dans un haut-parleur de rue, nous avons bien compris les méandres complexes et les tours et détours que cette poésie sinueuse doit suivre, tout comme l'amour, pour passer par toutes les cases de l'amour. Et la formidable musique qu'elle a contribué à développer y participe grandement. Donc un grand bravo à l'engagement de toute cette troupe et à la formidable énergie qu'elle dégage.



La Fleur du Dimanche

En attendant Oum Kalthoum

Au TNS à Strasbourg, du 3 au 7 mars 2026


[Texte et mise en scène] Hatice Özer 
[Composition et direction musicale] Antonin-Tri Hoang 
[Avec] Karam Al Zouhir, Khadija El Afrit, Anil Eraslan, Ayman Hlal, Hatice Özer, Anissa Nehari, Antonin Tri-Hoang et Juliette Weiss. 
[Et un choeur d'habitant·es]
Inas Al Hassoun, Abdulhadi Al Rakeb, Rafif Alali Alwash, Zakariya Aleid, Laura Aljurf, Heema Aljurf, Mouaiad Alras, Maher Alsaied, Kinan Al Zouhir, Mohamad Aziza, Assia Benzaid, Fatima Boumlik, Khouloud Bourogaa, Selma Bousseta-Idrissi, Naime Bouzid, Mira El Assi, Abir El Fawal, Simon Ghanem, Jean Haas, Hassena Hassibout, Iman Izouli, Bibars Izouli, Zineb Maknassi, Solav Manmi, Stéphanie Monnier, Malika Najib, Roger Nasset, Dalila Rahal-Besseghir, Laure Razon, Ali Shindi, Najate Zouggari
[Chef de chœur] Kinan Al Zouhir  
 
[Collaboration à la mise en scène, dramaturgie] Léo Bahon
[Lumière] César Godefroy 
[Vidéo] Ludovic Rivalan 
[Scénographie] Claire Schirck  
[Costumes] Pauline Kieffer  
[Regard artistique] Paola Secret  
[Assistanat à la mise en scène] Thomas Lelo  
[Stagiaire mise en scène] Claire Belony
Et l’équipe technique du TnS
[Régie générale] Julie Roëls 
[Régie plateau] Daniel Masson 
[Régie lumière] Alexandre Rätz 
[Régie son] Imhotep Kenawi 
[Régie vidéo] Ludovic Rivalan 
[Habilleuse] Jeanne Birckel
[Régie des titres — surtitrage des Spectacles dans ta langue] Jean -Christophe Bardeaux et Claire-Gabrielle Robert
[Production] Théâtre national de Strasbourg
[Coproduction] tnba – Théâtre National Bordeaux Aquitaine, Compagnie La neige la nuit
Avec la participation du Jeune théâtre national
Avec l’accompagnement du Centre des Récits
[Accompagnement des habitant·es acteur·rices] Flora Nestour
[Chargée de production] Zoé D'hooge
Le décor et les costumes sont réalisés par les ateliers du TnS.
Création le 3 mars 2026 dans le cadre du festival Les Galas du TnS, 2e édition