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lundi 28 septembre 2020

Musica: Four For au Maillon: Un trip (musical) dans la tête de Morton (Feldman) et de John (Cage)

 Les formes de présentation de la musique varient et se diversifient de plus en plus. La pièce Four For conçue par Bravo Zoulou et présentée au Maillon dans le cadre du Festival Musica est, elle sur le plan de l'originalité assez à part. Ce n'est pas un concert, et ce n'est pas une pièce de théâtre, c'est les deux à la fois inextricablement imbriqués. 

La pièce démarre plus ou moins dans le noir, le sol est recouvert de laine de mouton, apparemment et, à gauche on devine un piano, à droite un monolithe noir en fuite sur un socle recouvert lui aussi de laine, un homme est assis sur le bord. Une voix nous chuchote doucement quelque chose à l'oreille, nous raconte une histoire, de ciel, de ruines, d'un palais, près d'une frontière, vers la Syrie, de Mésopotamie, et l'on imagine ce palais... Un écran TV au centre montre des images plus ou moins floues, des ruines aussi? A droite, un écran de surveillance médicale avec des courbes de couleur, au-dessus ce qui semble être un scanner d'un corps, plus précisément de la tête de quelqu'un. De la musique "joue"... Et l'on se dit que ce qui est écrit sur l'écran à gauche au-dessus du piano, ce doit être le titre du morceau: Jetsun Mila.. Puis Palais de Mari (1986) de Morton Feldman... Ah, le Palais de Mari, joué au piano, qui sort de la pénombre, la pianiste, de dos, habillée de noir avec un voile noir joue une partition inscrite sur des dodécaèdres.... 

Tiens, j'ai trouvé sur internet le tableau* (plat) qui reprend les notes, c'est gai, c'est lumineux, comme le Palais de Mari:

Palais de Mari: Tableau de Mario Côté

Il est question dans le texte d'un patient à l'hôpital (le décor nous invite à le transposer dans cet univers), ce patient en phase terminale (dans le coma?), qu'un usurpateur se faisant passer pour médecin (un chamane?) est venu voir et qui est également dans le coma (suite à absorption de médicaments ou de psychotropes), d'un essai de communication avec le patient (identifié comme Morton Feldman, en train de succomber à son cancer du pancréas), d'un voyage astral auquel participe également l'infirmière (ou la médecin). 

Musica - Le Maillon - Four for - Photo: lfdd


Puis d'un essai, tout au long de la pièce, pour tous les protagonistes, pour arriver à entrer en communication par différents moyens - dont la musique - avec le patient et ressortir de cet état de transe, comme enfermés dans le cerveau du musicien agonisant. 

Musica - Le Maillon - Four for - Photo: lfdd


La pièce de John Cage Imaginary Landscape N°1 (1939) servant déjà à renouer le contact. On arrive même à nouer un dialogue entre John Cage et Morton Feldman. Les pièces de musique - celles déjà citées, de même que la pièce d'Eliane Radigue Jetsun Mila (1956) (un "tube" à l'hopital), puis Experience 1 (pour piano) et Experience 2 pour voix (1939)sur un poème de E.E. Cummings) de John Cage, puis Unintended Piano Music (1969 - piano) de Cornelius Cardew et, enfin, le choeur à 4 Four 2 (1990) de John Cage qui sert de magnifique décompte final à la pièce, sont un moteur réel pour la dramaturgie, intelligemment intégré dans la narration. 

Musica - Le Maillon - Four for - Photo: lfdd

La scénographie et le récit qui installent une ambiance de rêve éveillé, ainsi que les différentes sélections musicales y concourent dans leur atmosphère douce et reposante, presque relaxante. Dans la note d'intention du spectacle qu'il a conçu et scénographié, Halory Goerger indique que "C'est une pièce sur la place de la musique dans nos vies. (...) Et en comprenant mieux le phénomène musical, on comprendra mieux la société." Il semble en tout cas que cette pièce y participe et l'on espère qu'elle arrivera à ses fins.


La Fleur du Dimanche  


*Palais de Mari: Tableau de Mario Côté: Palais de Mari (Feldman), Traduction picturale, Hall de la Place Ville-Marie, Montréal, Québec. Ensemble de huit tableaux (2016) qui consiste en une transposition, mesure par mesure, de la pièce pour piano Palais de Mari (1986) du compositeur Morton Feldman. Ainsi, chaque emplacement des formes géométriques et des couleurs correspond à un système de notation graphique singulier qui transcrit les signes de la partition musicale originale.


Four For

Au Maillon - Strasbourg - du lundi 28 au mercredi 30 septembre 20h30


Distribution

Interprétation et collaboration artistique : Antoine Cegarra, Juliette Chaigneau, Barbara Đăng, Halory Goerger

Conception, texte, scénographi : Halory Goerger

Régie générale et construction : Germain Wasilewski

Son et développement : Antoine Villeret

Lumière : Annie Leuridan

Costumes : Aurélie Noble

Construction : Antoine Proux, Vincent Combaut, Christophe Gregorio

Graphisme additionnel : Martin Granger

Musique : Morton Feldman, John Cage, Éliane Radigue, Cornelius Cardew

Conseils chant et regard : Jean-Baptiste Veyret-Logerias

Regards extérieurs : Élise Simonet, Flore Garcin-Marrou

Administration de production : Sarah Calvez

Montage de production : Julie Comte / La Magnanerie

Production : Bravo Zoulou

lundi 24 juin 2019

Festival de Caves: Baleine: La rencontre de l'homme et du mammifère marin: C'est assez échoué.

Je vous l'avais dit hier, pour sa quatorzième édition, le Festival de Caves fait double jeu dans le Bas-Rhin: L'Illetric et Baleine, deux pièces jouées dans deux caves différentes à Strasbourg et à Wangen pour L'Illetric et à Strasbourg et à Erstein pour Baleine.

Baleine, un texte de Simon Vincent qu'il met en scène lui-même, avec Anne-Laure Sanchez, qui interprétait hier la dernière d'une série de douze représentations de L'Illetric, plonge ce lundi dans le ventre de la Baleine pour quatre représentations.
Le texte, une création - comme il se doit presque pour le Festival de Caves - raconte à plusieurs niveaux de narration qui se superposent, les rêves de grand large d'un homme qui les abandonne en échouant dans un port pour se noyer, s'engluer dans son lit, dans une chambre dans laquelle sédimentent les strates de sa vie passée. Que serait-il devenu, si un soir, mu par une force inconnue, il n'avait pas "quitté son trou". Parce qu'elle, "Elle était là dans le noir".


Baleine - Simon Vincent - Anne-Laure Sanchez - Festival de Caves - Photo: lfdd


Et c'est ainsi que cela commence, dans le noir, ce lent et long cheminement vers elle, présence invisible mais massive dans la nuit, échouée sur la plage, en bas des falaises. Celle vers qui, dans un dur apprivoisement il va aller, qu'il va rejoindre, répondant à un autre appel, malgré la "prise au vent", le "déséquilibre de l'équilibriste". L'occasion de se retrouver double (cf le billet d'hier), à la fois se racontant hors de soi, en biographe autocritique, et dans un discours amoureux de séduction avec l'animal: "Je suis un homme" (... et je veux que tu m'aimes, même si tu es déjà morte). 
Mais l'amour est aveugle, et il ne voit pas la mort, il continue sa lente approche, son apprivoisement, sa cour (entrecoupée d'envolées oniriques - il s'envole au-dessus de la baleine bien vivante, nageant dans l'océan, et tel un oiseau, se pose sur elle comme sur un rocher ou alors dans un rêve aquatique sous-marin, il caresse sa peau. Le cétacé échoué est sa seule bouée de sauvetage pour s'enfuir de cette ville, de cette vie: "Emmène-moi" lui dit-il, avant de rejouer le mythe de Jonas en se lovant dans son ventre pour en finir.


Baleine - Simon Vincent - Anne-Laure Sanchez - Festival de Caves - Photo: lfdd

Et la clé est dans une chanson: 
"My body is a cage that keeps me
From dancing with the one I love
But my mind holds the key"

"Mon corps est une cage qui me retient
De danser avec celle que j'aime
Mais mon esprit est la clé"

Et l'on sort de cette cave voutée, comme si l'on avait fait, nous aussi le voyage dans le ventre de la baleine, à écouter les soliloques de cet homme qui nous chuchote à l'oreille.  
Et cet "homme", c'est Anne-Lise Sanchez qui incarne magistralement tous ces changements de niveaux d'interprétation et de discours  (dans un registre très différent de la veille), et arrive à le rendre complètement présent et vivant avec ses phantasmes et ses multiples états, tout en assurant les changements d'ambiance par les réglages de la lumière et même la "régie sonore".


La Fleur du Dimanche

dimanche 23 juin 2019

Double jeu pour le Festival de Caves - Quatorzième: Part 1: L'Illetric

Pour sa quatorzième édition, dans le Bas-Rhin, le Festival de Caves fait double jeu: L'Illetric et Baleine, deux pièces jouées dans deux caves différentes à Strasbourg et à Wangen pour L'Illetric et à Strasbourg et à Erstein pour Baleine.
Mais si vous voulez suivre le Festival, il faut s'installer en Franche-Comté, épicentre du Festival ou Rayonner jusqu'à Bordeaux ou Paris - et même en Suisse à Neuchâtel et autour.
N'hésitez pas à faire le voyage et trouver une cave adaptée à vos désirs, vous ne le regretterez pas.

Par exemple à Wangen, cette cave du village viticole qui fête bientôt sa "Fontaine" où coulera le vin le 7 juillet, était l'ancienne cave de la coopérative viticole. Cette cathédrale de la mémoire des viticulteurs était d'une juste résonnance pour la comédienne Anne-Laure Sanchez qui incarnait, hiératique et déclamative, impressionnante statue locutrice de la pensée d'un illettré qui se construit, tisse un lien d'amour avec une femme, Cécile dans la pièce de Moreau "L'Illetric".


L'Illetric - Anne-Laure Sanchez - Moreau - Festival de Caves - Photo: lfdd


Plongés dans un silence d'église, les spectateurs subjugués sont collés aux lèvres de la comédienne dont le corps flotte dans un brouillard obscur, d'où peu à peu, il émerge, bien vivant, même s'il semble cloué au sol et les bras en croix. La pensée se fait chair, l'esprit (de l'auteur - Moreau) qui s'identifie dans le texte disant "je" et construisant son univers avec force béton et ciment, armé de mots qu'il construit aussi: "apprentissage,... insensé,... blanc blafard,... tout est tranquille, rien ne nous bouleverse...".
Et même s'il nous dit que "longtemps je lus avec ma mère pour lui tenir compagnie, maintenant c'est fini...", on ne s'y trompe pas. Ce double jeu est aussi un jeu de l'amour, puisque le livre que Cécile lui a offert, cette histoire d'elle et de lui, il va l'inventer pour construire la relation. Et ce livre et ce récit, double aussi, adressé à nous et à elle, extérieur et intérieur vient à la lumière et vient à la sensation, à l'intime, comme la voix, le jeu de la comédienne qui s'emballe, tout en s'éloignant de nous, provoque et explose. Et tout à coup rentre dans le sentiment, le sensible, le fragile.


L'Illetric - Anne-Laure Sanchez - Moreau - Festival de Caves - Photo: lfdd

Pour revenir vers nous en doutant de la réalité - "Je dis je mais je n'existe pas", parce qu'il en arrive à douter de ce qu'il construit, de ce livre, de cette relation. Il ne comprend pas le monde, les livres, les mots, il se dit "infirme" et incapable d'être aimé parce qu'illettré. Mais peut-être n'est-ce qu'un jeu, un jeu de je où nous nous sommes fait avoir et où nous avons cru à cet amour, à la possibilité, à la réalité de cet amour. Par la grâce de ce texte et la performance de la comédienne qui faisait corps avec les mots. Et nous a emportés en un moment d'élévation, ailleurs...


La Fleur du Dimanche


A venir: Baleine, un texte et une mise en scène de Simon Vincent  également joué par Anne-Laure Sanchez les 24, 25 et 26 juin à Strasbourg et le 27 à Erstein.  

Pour les informations sur le reste de la programmation, c'est ici:
http://www.festivaldecaves.fr/

dimanche 20 novembre 2016

Rêve d'Automne au TAPS Scala: Rendez-vous chez les fantômes de l'amour

Olivier Chapelet* aime se frotter aux grands textes, entre Sénèque, Racine dont on se souvient de son "Bérénice" créé en 2014 au TAPS Scala de Strasbourg et ici, Jon Fosse.
Avec "Rêve d'Automne" le challenge est grand. Et Olivier Chapelet dans sa note d'intention le dit: "Le théâtre de Jon Fosse ne se lit pas, il se joue. La partition qu'il livre, avec ses didascalies souvent incontournables, prend corps définitivement sur la scène...
Au premier rang,... il y a les cinq comédiens, leur silhouette, leur voix, leur intelligence sensible et la grande maîtrise de leur art. C'est avant tout à travers eux que passera le théâtre..."

Il a raison, et a fait le bon choix, celui des comédiens qui vont "donner corps aux mots par leur simple présence, leus regards échangés, la force leur relation...."
Car cette pièce, très forte, tout en rupture de rythme et de temporalité, bien que baignée tout au long dans une ambiance très onirique, a besoin que les comédiens "soient" les personnages et les laisse vivre et respirer. 
Nous ne pouvons que saluer la performance de chacun de ces cinq comédiens - Fred Cacheux pour l'homme, Aude Koegler pour la femme, Françoise Lervy pour la mère, Jean Lorrain pour le père et Blanche Giraud-Beauregard pour Gry, l'ex-femme -  tous impeccables qui, sans que l'on s'en rende compte, c'est cela la force de leur jeu, portent la pièce tout en délicatesse et en finesse. 
La discrète touche sonore et musicale d'Olivier Fuchs pose le tapis d'ambiance et les lumières de Stéphane Wolffer mettent la lummière sobre et nocturne dans la scénographie d'Emmanuelle Bischoff.




La pièce, dans son histoire et sa construction peut à priori sembler complexe avec les superpositions temporelles et les sautes d'époques qui procèdent autant d'un univers onorique ou de songe d'un soir d'automne que du langage du cinéma avec ses flashes-back ou sauts dans le futur. Mais en définitive, si on se laisse porter par la mise en scène et les enchaînements, nous premons un plaisir de démiurge à connaître et dérouler le fil de la vie de cet "homme" autour duquel se tissent des relations et des ruptures. Avec sa femme, une autre femme fantasmée puis litérallement consommmée, sa mère, caricature à souhait de la mère/belle-mère, et le père rassurant, niant et fuyant.
Tout ce beau monde se rencontrant dans des scènes tour à tour touchantes, caustiques, de passion ou d'amour, d'humour ou de tendresse, et de tristesse... 

Cela se passe dans un cimetière, autour de cet "homme", assis là sur un banc. Il va rencontrer une ancienne connaissance dont il fantasmait l'amour.
"Tu sais
ce que je pense
Je pense que je suis peut-être venue ici
dans ce cimetière
je veux dire
pour te rencontrer

C’est peut-être ça".

C'est l'occasion d'une réflexion sur l'amour, le désir et la mort...
Puis vient sa mère - à l'occasion de l'enterrement de sa grand-mère, et son père un peu fantôme. Puis, dans une autre temporalité et en sandwich deux duos - belle-mère et compagne d'une part et père et fils d'autre part. L'arrivée de Gry, l'ex-femme va accélérer le tourbillon ou plutôt les va-et-viens temporels. Et nous emmener vers des interrogations sur le lien, la disparition et la mort. 

Jon Fosse disait: "Ce qui fait que le théâtre puisse devenir de l'art, c'est tout simplement qu'on y entende une voix que l'on n'a jamas entendue auparavant."

Et avec "Rêve d'automne", on "entend des voix" et on y croit !

Bon Spectacle

La Fleur du dimanche

*Olivier Chapelet est directeur artistique de la compagnie OC&CO et Directeur des TAPS -Scènes strasbourgeoises

Représentations:

Dernière au Taps Scala le 20 novembre 2016 à 17h00
Les 24 et 25 novembre 2016 à la Comédie de l'Est à Colmar
Le 29 novembre 2016 à l'Espace Culturel de Vendenheim
Le 1er décembre 2016 à l'Espace Bernard-Marie Koltès à Metz
Le 17 janvier 2017 à l'Espace Athic à Obernai

dimanche 28 août 2016

Le champ des éphémères et la voix de l’éternité

Une carte postale de vacances à laquelle  vous avez échappé, c’est le vol des éphémères en ces nuits d’août sur les bords de Loire.
Il n’en reste plus que traces temporaires aux pieds des lampadaires...


Champ d'éphémères - Photo: lfdd

Elles n’auront volé qu’une nuit vers la lumière et leur destinée.


Champ d'éphémères - Photo: lfdd


Des Ténèbres vers la Lumière

La Lumière, l’homme aussi y aspire et ce depuis la nuit des temps il la recherche dans l’espoir d’un monde meilleur: 
"Fiat Lux !"

C’est ce refrain qu’il décline en chants quelquefois sacrés depuis les débuts de la chrétienté. Du coucher du soleil à son renouveau, dans les monastères et les églises, les prêtres et moines ont chanté ce cycle solaire de la mort et de la résurrection. C’est ce cycle, que, pas loin de ces éphémères mortes, dans la cadre du Festival de la Chaise Dieu – Festival de Musique inauguré dans l’Abbaye Saint Robert par Georges Cziffra en 1967 – l’ensemble vocal amarcord de Leipzig a proposé à une assistance subjuguée dans la magnifique église Saint Gilles de Chamalières-sur-Loire, avec son acoustique incomparable.


Ange bleu -  Eglise de Chamalières-sur-Loire - Photo: lfdd


"Des ténèbres vers la lumière", tel est le titre du récital que les cinq chanteurs d’amarcord (Wolfram Lattke et Robert Pohlers, ténors – Frank Ozimek, baryton – Daniel Knauft et Holger Krause, basses) proposent comme un voyage du soir au matin, de la musique polyphonique, grégorienne et chorale jusqu’à des pièces contemporaines pendant plus d’une heure trente de concert sans interruption - les applaudissements que le public a été invité à reporter à la fin du concert a permis de s’imprégner pleinement de la beauté envoûtante des chants et des voix. 


Festival de la Chaise-Dieu - Chamalières sur Loire - amarcord  - Photo: lfdd

"Te lucis ante terminum" de Thomas Tallis, nous met dans l’ambiance et nous permet de découvrir l’acoustique très spéciale de cette abbatiale du XIème siècle qui dispose dans son choeur d’une conque en cul-de-four dans laquelle une trentaine d’échéas, vases sonores sont disposés pour améliorer la sonorité de cet espace. Et ces cinq voix d’hommes nous en font prendre conscience pleinement.

Justement, le programme qu’ils nous proposent qui va de magnifiques chants grégoriens à Jean-Sébastien Bach (avec Marin Janus et Leo Hassler), en passant par Johann Walther et Johann Stahel ainsi que Johannes Ockeghem - son Credo, commençant comme un chant de curé et partant dans des variations multiples - donnerait à de nombreux croyants – ou mécréants – l’envie de retourner à l’église. Le programme fait alterner les chants classiques avec des compositions contemporaines (les magnifiques «Laudes de Saint François de Padoue» de Francis Poulenc dont les quatre chants furent l’occasion d’apprécier toute la richesse d’interprétation de l’ensemble et le "Sonnengesang des Heiligen Fanziskus" de Carl Orff (dont il faut saluer l’interprétation toute en finesse et "humilité", bien adaptée à l’acoustique du lieu), ainsi que des pièces spécialement composées pour l’ensemble par des compositeurs actuels. Ces dernières ont bouclé le cercle des heures, à commencer par une composition de Marcus Ludwig "Tenebrae" sur un extrait de trois poèmes de Paul Celan (que les lecteurs fidèle de ce blog connaissent déjà*), que je vous propose ici :

Tenebrae

Nah sind wir, Herr,
nahe und greifbar.

Gegriffen schon, Herr,
ineinander verkrallt, als wär
der Leib eines jenes von uns
dein Leib, Herr.

Bete, Herr,
bete zu uns,
wir sind nah.

Windschief gingen wir hin,
gingen wir hin, uns zu bücken 
nach Mulde und Maar.

Zur Tränke gingen wir, Herr.

Es war Blut, es war,
was du vergossen, Herr.

Es glänzte.

Es warf uns dein Bild in die Augen, Herr.
Augen und Mund stehen so offen und leer, Herr.
Wir haben getrunken, Herr.
Das Blut und das Bild, das im Blut war, Herr.

Bete, Herr.
Wir sind nah.


Saint au doigt polychrome -  Eglise de Chamalières-sur-Loire - Photo: lfdd

La descente de croix – version orthodoxe est traitée par Ivan Moody avec "Apokathilosis" et le Gloria de Sidney Marquez Boquirem - fut l’occasion pour les cinq musiciens de se mettre en cercle dans le chœur pour bénéficier des "retombées" célestes de leurs enroulantes variations sur ce chant magnifiant et joyeux.



Festival de la Chaise-Dieu - Chamalières sur Loire - amarcord  - Gloria - Photo: lfdd

Et pendant que, ô miracle, la lumière du soleil entra à travers les vitraux de la façade pour éclairer les piliers du choeur et amener la lumières au-dessus de tous, le quintet nous offrit en clôture le "Te lucis ante terminum" de Thomas Tallis pour boucler la boucle en laissant les participants subjugués.


Sainte polychrome -  Eglise de Chamalières-sur-Loire - Photo: lfdd

Festival de la Chaise-Dieu - Chamalières sur Loire - amarcord  - Saluts - Photo: lfdd


Un beau voyage intérieur en compagnie de voix intemporelles, à refaire l’année prochaine en compagnie de l’ "homme qui grimpe au ciel" sur le pilier de l’Abbatiale de Chamalières sur Loire …  avec le Festival de la Chaise-Dieu pour sa 51ème année.


Homme qui grimpe au ciel -  Eglise de Chamalières-sur-Loire - Photo: lfdd



Les festivals de l'été se terminent, pour ceux qui attendent ceux de la rentrée, en particulier de musique contemporaine, à Strasbourg, rendez-vous avec Musica le 21 septembre avec un programme alléchant, des concerts et des projections de films, entre autres (nous en reparlerons). 

La Fleur du Dimanche

* Pour Celan, voir "Passim" avec son poème "Todesfuge" les 23 et 25 janvier 2015 

jeudi 13 novembre 2014

ST-ART : Début dans 7 jours - parcours en étapes...

Plus qu'une semaine pour se préparer à une visite (ou plusieurs) de la Foire Internationale d'Art Contemporain de Strasbourg - ST-ART.

Si vous avez trouvé cette page mais que vous êtes en 2015, l'actualité de ST-ART se trouve ici:
http://lafleurdudimanche.blogspot.fr/2015/11/st-art-20eme-top-depart-dans-15-jours.html

Si vous êtes en 2015, alors c'est là:
http://lafleurdudimanche.blogspot.fr/2015/11/st-art-20eme-top-depart-dans-15-jours.html

Comme je vous l'annonçais la semaine dernière, en attendant, je vais vous livrer quelques tuyaux et infos pour vous permettre de profiter le mieux possible de votre visite parmi la centaine de galeries présentes pour ces 4 jours d'exposition.

Parmi les fondamentaux de cette 19ième édition, nous retrouvons bien sûr fidèles au poste, l'Association "L'Art au delà du Regard, le Centre Culturel Franco-Allemand et l'ESGAA pour l'exposition d'artistes verriers. Cette année, la "carte blanche" à un collectionneur verra une proposition originale de la collectionneuse de photographies strasbourgeoise - mais dont le fonds, par sa quantité et sa qualité (plus de 1250 photographies qu'elle ne se content pas de collectionner, elle les partage lors d'expositions - plus de 250 à ce jour) en fait une collectionneuse mondialement connue: Madeleine Millot-Durrenberger.
Sa proposition originale est bien dans son esprit de partage et d'interrogation du regard: intitulée "La Conversation", elle va exposer en regard de chaque photographie de sa collection une oeuvre d'art qui lui répond, que ce soit une peinture ou une sculpture (ou la reproduction en carte postale si l'oeuvre n'a pas eu la chance de faire le voyage à Strasbourg.


Carte blanche à Madeleine Millot-Durrenberger

Une autre initiative originale est l'espace "one man show" auquel se sont prêtés une vingtaine de galeries qui présentent le travail d'un artiste qu'ils défendent.
Pour les strasbourgeois(es) Chantal Bamberger, Fred Crozier, Bertrand Gillig et Yves Iffrig, ce sera l'occasion de voir sur leur stand respectivement le travail de Gérard Titus-Carmel (avant-dernière exposition de la galerie), Franck Fischer (dont Radial avait déjà montré le travail "Hommage à Denise René" à la rentrée - voir le post du 3 décembre), Laure André (dont nous avions pu l'exposition "nosographies en avril 2014) et David Scheer également exposé cet été à Strasbourg... 
Pour ceux qui n'auraient pas craqué à ce moment-là, l'occasion revient !


Galerie Bamberger - Gérard Titus-Carmel


Pour commencer un tour des galeries, voici quelques pistes (nous allons de A à ?)

Et pour commencer par la galerie AD de Montpellier - Stand B13 - qui expose, entre autres Hervé Di Rosa, Eric Liot, Bernard Pras et Philippe Pasqua.


Philippe Pasqua - Stella


La galerie des Artistes d'Alsace AIDA - Stand D59 - expose parmi ses membres Claude Lapointe, dont on connait bien le travail de dessin, moins peut-être la peinture.



Claude Lapointe - Soupçon

La Galerie Arnoux - Stand A19 - qui expose les abstraits des années 50 (Roger Bissière, Henri Goetz, Alfred Manessier, propose aussi une expo personnelle de Pierre Lemaire.


Pierre Lemaire - Nostalgie du blanc


Artemis-Gabel de Roquefort les Pins - Stand C48 - propose des oeuvres d'Arman, Peter Klasen, Jean Miotte et Théo Tobiasse..


Tobiasse - Venise pays des délices pour amants solitaires

La Galerie Art-New de Montpellier aligne quelques noms dont Arman, Ben, César, Niki de Saint Phalle, Keith Haraing, Damien Hirst, Masson, Pavlos, Ségui, Vasarelly, Geer Van Welde, Claude Viallat.. 


André Masson - Extase

La Galerie Audet, de Colmar sera traitée dans le billet des galeries régionales dont nous parlerons bientôt... A suivre...

Pour les B...  la Bear Galery -Stand B46 - revient en fidèle habituée et présente parmi ses choix, la "régionale" Marie-Pascale Engelmann à côté d'RNST ...


Bear Galery - RNST

La Galerie Bertéas/Les Tournesols de Saint Etienne présente, à côté d'Arman, Ben Combas, Jonone, Klasen, Pasqua, Ségui, quelques artistes de rue dont M. Chat, Miss Tic, Speedy Graphito, Psychoze, C215,..


Galerie Bertéas - C215

Pour sa première présence à ST-ART, la  strasbourgeoise BW Collection (Béatrice Wolf) - Stand C51 - présente Elisabeth Bijwaard, Werner Ewers et Martin Lamotte.


BW Collection - Martin Lamotte

La Strasbourgeoise d'adoption (ou s'est-elle éxilée ?) Dorota Bednarek s'offre un one (wo)man show avec unea galerie U.S. de Miami "CityLoftArt Gallery Miami: tout un programme !


Dorota Bednarek - The Pink Wawe

La galerie Collection Si Particulière, d'Epinal expose aussi, entre autres Philippe Pasqua et Peter Klasen....

La Galerie belge Christine Colon -Stand D10 - parmi ses artistes expose Roland Devolder et Peter Bond.


Peter Bond - ST-ART Strasbourg


Cortade Art de Montauban - Stand B23 - présente entre autres modernes Arman, Calos Boix, Robert Combas, Corneille, Tobiasse, Geer Van Velde et Sam Francis


Sam Francis - ST-ART Strasbourg

Cridart - Stand C66 - de Metz présente à côté de Betty Hanns, Eric Herrmann, Patrick Lorea et Harald Wolf le strasbourgeois Marc Felten.


Fock Sud -Stand C17 - de Sète propose une brochette d'artistes asiatiques.

La Galerie Elisabeth Couturier - Stand A31 - de Lyon, fidèle au poste, revient avec Aurélie Bauer, Pascal Berthoud, François Boisrond, Perrine Ferrat, Hélène Katz, Peter Klasen, Florence Martin, Nicolas Moreau, Cameron Rudd, Lucas Weinachter et le photographe strasbourgeois François Nussbaumer.


Nicolas Moreau - Le baptême du Christ - Galerie François Couturier


La Galerie Ergastule - Stand C34 - de Nancy présente ses dernières éditions avec ses nombreux artistes dont nous reparlerons, entre autres certains que l'
on connait aussi à Strasbourg: Yves Chaudouët, Jochen Gerner, Sébastien Gouju, Claire Hannick, Paul Souviron et Gretel Weyer.



Editions Ergastule :   Benoît Billotte, Jean-Jacques Dumont, Morgan Fortems, Joochen Gerner,
     Sébastien Gouju, Amandine Le Marec, Flavien Paget, Anne-Emilie Philippe, Gretel Weyer

Pour rester à Strasbourg et dans l'édition, la Galerie "L'Estampe" - Stand B25 - présente cette année une sélection d'oeuvres de Valerio Adami, Roger Dale, Erro, Christophe Hohler, Tony Soulié et Raymond E. Waydelich qui a fêté ses 50 ans de carrière..

Galerie L'Estampe - Valerio Adami -  Zermatt



Une nouveauté - Strasbourgeoise ou presque, Le Point Fort - Stand C57 - situé à l'Ancien Abri à Oberhausbergen présente une sélection de ses artistes à découvrir, dont Nicolas Nicolini et Mathias Schech dont nous vous proposons le pastel sur papier "El octavo de sus doce trabajos"


Le Point Fort - Nicolas Nicolini et Mathias Schech - El octavo de sus doce trabajos


La galerie Jean Gresset - stand A16 - de Besançon nous propose une sélection d'art brut et d'art concret, dont Aurélie Nemours, Ted Gordon, François Morellet, Pépé Vignes...


St-Art - Galerie Jean Gresset

La Galerie Yves Iffrig - Stand B23 - qui a aussi assuré la direction artistique de ST-ART,  présente des oeuvres de Lionel Petithory, Patrick Neu, Silvi Simon, Gretel Weyer et David Scher ,tous des artistes que nous avons vus à Strasbourg.. et que nous reverrons avec plaisir.



David Scher - Hand Truck

Et saluons aussi un ancien Strasbourgeois, Georges-Michel Kahn - Stand B30 - qui nous propose un stand "Noir/Blanc" avec son écurie d'artistes...


Jacques Bosser - Nawashi - Georges-Michel Kahn

Fidèle à St-Art, Geneviève Mathieu qui nous vient de Lyon avec Aurélie Nemours, Jacqueline Salmon, Vladimir Skoda,...


Vladimir Skoda - Miroir du temps - Genevieve Mathieu
Revenons à Strasbourg avec Radial Art Contemporain - Stand B21 -qui présente les artistes déjà exposés à Strasbourg, l'occasion de les revoir ici.


Franck Fischer - Vega-lep - Radial Art Contemporain

Restons à Strasbourg avec la Galerie Renddez-vous qui vous donne rendez-vous sur le Stand B52 avec un One Man Show de Diégo Pagin.


Diego Pagin - Soter - Rendez-vous

Et comme je ne vous avais pas mis la photo de la galerie Gillig qui fait son One Woman Show avec Laure André - et la boucle est bouclée  

Laure André - Gallerie B. Gillig


Bonne Visite ... A suivre

Bonne foire ST-ART

La Fleur du Dimanche