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mardi 8 juin 2021

Le Festival de Caves prend l'air: Quand caresse le loup - Simon Vincent joue double jeu

 Alors que les restaurants vont à nouveau accueillir les clients en intérieur, le Festival de Caves pour sa quinzième édition prend l'air - le plein air, à la porte du garage même.

Après une année blanche pour cause de pandémie(souvenez-vous nous en étions resté en 2019 avec "La Baleine" comme dernier spectacle), pour le plaisir des spectateurs, le Festival essaime à nouveau ses pièces de proximité (tout en respectant les gestes barrière) dans le Jura, le Doubs, la Côte d'Or et la Haute-Saône mais également dans seize départements qui de mai à juin vont voir dans 95 localités et 189 soirées 21 projets porté par l'Association Européenne basée à Besançon et qui a trouvé un relais en Nouvelle Aquitaine avec le Collectif Mixeratum Ergo Sum à Bordeaux.

Et nouveauté, deux spectacles "pour les familles" (petits et grands): "Mes formules magiques" et "La Fugitive" que nous pourrons voir à Wangen le 11 juin et à Strasbourg (Bischheim) le 12 et 13 juin.


Festival de Caves - Quand caresse le loup - Simon Vincent - Photo: lfdd


"Quand caresse le loup" a inauguré le festival le 7 juin à Bischheim, y continue le 8 et sera visible à Wangen le 9 juin.

La pièce est une création, sur un texte de Simon Vincent (qui a également écrit le texte de "La Fugitive"), et il en est l'unique interprète. Mais ce n'est pas aussi simple que cela. C'est un spectacle qui réserve des surprises, qui nous mène par le bout du nez jusqu'en haut de la montagne en jouant sur une série d'ambiguïtés et de déséquilibres qui nous demandent de ne pas prendre pour argent comptant ce que nous croyons comprendre ou interpréter.


Festival de Caves - Quand caresse le loup - Simon Vincent - Photo: lfdd


L'interprète se joue de nous en jouant avec les sujets - et le sujet de la pièce qui sera le point final (un peu comme un uppercut que nous encaissons avec douceur). Car dans cette dureté, cette violence de la nature hostile et enneigée dans laquelle iI nous "promène" à plusieurs reprises, en de multiples va-et-vient, d'alternance de points de vues et de recommencements du récit et de la quête-ballade, il nous accueille aussi dans "son" refuge qu'il "construit", comme il construit le feu qui nous réchauffe.

Festival de Caves - Quand caresse le loup - Simon Vincent - Photo: lfdd


Parce qu'il y a du Jack London (avoué) là-dessous, et aussi du Lenz de Büchner (ignoré dit-il). L'univers est poétique, nature et brut, sensible et envoûtant. Oscillant entre angoisse, peur et danger mais aussi plaisir de la découverte, rêverie caressante, et symbiose avec les éléments.


Festival de Caves - Quand caresse le loup - Simon Vincent - Photo: lfdd


Le texte constamment bascule de la douceur à l'aigu, de la montagne à une salle de techno, d'un rêve à un fantasme, d'une chute dans l'eau glacée au cocon du refuge près du feu de bois. Il s'enroule et se déroule, rebifurque entre trajet et description, sensation et réflexion, réalité et rêve. Il essaie d' "enclore", de "circonscrire", d'encercler cette réalité fugace qui se fond dans le brouillard ou se cache de l'autre côté du col. Et la vallée connue se révèle étrange et étrangère, "sauvage", comme le loup.


Festival de Caves - Quand caresse le loup - Simon Vincent - Photo: lfdd


Le récit, basculant entre "je" et "il", entre le texte dit et le jeu chaleureux et balancé, nous apprend que l'on "croit que voir c'est reconnaitre, ... atteindre" mais qu'en fait il "défigure" et on comprend aussi que le "il" que l'on entend, n'est pas celui auquel on s'est attendu, mais exprime la possibilité d'un "il" autre finalement.


Festival de Caves - Quand caresse le loup - Simon Vincent - Photo: lfdd


Mais cette fin, heureuse, nous réconcilie avec la nature et ce rêve, brossé par petites touches, s'il faut qu'on en démêle les fils en essayant de les brosser dans le sens du poil, nous permet de vivre ce rêve, d'affleurer à une perception différente, à laquelle nous ne sommes pas habitués.


La Fleur du Dimanche

lundi 24 juin 2019

Festival de Caves: Baleine: La rencontre de l'homme et du mammifère marin: C'est assez échoué.

Je vous l'avais dit hier, pour sa quatorzième édition, le Festival de Caves fait double jeu dans le Bas-Rhin: L'Illetric et Baleine, deux pièces jouées dans deux caves différentes à Strasbourg et à Wangen pour L'Illetric et à Strasbourg et à Erstein pour Baleine.

Baleine, un texte de Simon Vincent qu'il met en scène lui-même, avec Anne-Laure Sanchez, qui interprétait hier la dernière d'une série de douze représentations de L'Illetric, plonge ce lundi dans le ventre de la Baleine pour quatre représentations.
Le texte, une création - comme il se doit presque pour le Festival de Caves - raconte à plusieurs niveaux de narration qui se superposent, les rêves de grand large d'un homme qui les abandonne en échouant dans un port pour se noyer, s'engluer dans son lit, dans une chambre dans laquelle sédimentent les strates de sa vie passée. Que serait-il devenu, si un soir, mu par une force inconnue, il n'avait pas "quitté son trou". Parce qu'elle, "Elle était là dans le noir".


Baleine - Simon Vincent - Anne-Laure Sanchez - Festival de Caves - Photo: lfdd


Et c'est ainsi que cela commence, dans le noir, ce lent et long cheminement vers elle, présence invisible mais massive dans la nuit, échouée sur la plage, en bas des falaises. Celle vers qui, dans un dur apprivoisement il va aller, qu'il va rejoindre, répondant à un autre appel, malgré la "prise au vent", le "déséquilibre de l'équilibriste". L'occasion de se retrouver double (cf le billet d'hier), à la fois se racontant hors de soi, en biographe autocritique, et dans un discours amoureux de séduction avec l'animal: "Je suis un homme" (... et je veux que tu m'aimes, même si tu es déjà morte). 
Mais l'amour est aveugle, et il ne voit pas la mort, il continue sa lente approche, son apprivoisement, sa cour (entrecoupée d'envolées oniriques - il s'envole au-dessus de la baleine bien vivante, nageant dans l'océan, et tel un oiseau, se pose sur elle comme sur un rocher ou alors dans un rêve aquatique sous-marin, il caresse sa peau. Le cétacé échoué est sa seule bouée de sauvetage pour s'enfuir de cette ville, de cette vie: "Emmène-moi" lui dit-il, avant de rejouer le mythe de Jonas en se lovant dans son ventre pour en finir.


Baleine - Simon Vincent - Anne-Laure Sanchez - Festival de Caves - Photo: lfdd

Et la clé est dans une chanson: 
"My body is a cage that keeps me
From dancing with the one I love
But my mind holds the key"

"Mon corps est une cage qui me retient
De danser avec celle que j'aime
Mais mon esprit est la clé"

Et l'on sort de cette cave voutée, comme si l'on avait fait, nous aussi le voyage dans le ventre de la baleine, à écouter les soliloques de cet homme qui nous chuchote à l'oreille.  
Et cet "homme", c'est Anne-Lise Sanchez qui incarne magistralement tous ces changements de niveaux d'interprétation et de discours  (dans un registre très différent de la veille), et arrive à le rendre complètement présent et vivant avec ses phantasmes et ses multiples états, tout en assurant les changements d'ambiance par les réglages de la lumière et même la "régie sonore".


La Fleur du Dimanche

dimanche 23 juin 2019

Double jeu pour le Festival de Caves - Quatorzième: Part 1: L'Illetric

Pour sa quatorzième édition, dans le Bas-Rhin, le Festival de Caves fait double jeu: L'Illetric et Baleine, deux pièces jouées dans deux caves différentes à Strasbourg et à Wangen pour L'Illetric et à Strasbourg et à Erstein pour Baleine.
Mais si vous voulez suivre le Festival, il faut s'installer en Franche-Comté, épicentre du Festival ou Rayonner jusqu'à Bordeaux ou Paris - et même en Suisse à Neuchâtel et autour.
N'hésitez pas à faire le voyage et trouver une cave adaptée à vos désirs, vous ne le regretterez pas.

Par exemple à Wangen, cette cave du village viticole qui fête bientôt sa "Fontaine" où coulera le vin le 7 juillet, était l'ancienne cave de la coopérative viticole. Cette cathédrale de la mémoire des viticulteurs était d'une juste résonnance pour la comédienne Anne-Laure Sanchez qui incarnait, hiératique et déclamative, impressionnante statue locutrice de la pensée d'un illettré qui se construit, tisse un lien d'amour avec une femme, Cécile dans la pièce de Moreau "L'Illetric".


L'Illetric - Anne-Laure Sanchez - Moreau - Festival de Caves - Photo: lfdd


Plongés dans un silence d'église, les spectateurs subjugués sont collés aux lèvres de la comédienne dont le corps flotte dans un brouillard obscur, d'où peu à peu, il émerge, bien vivant, même s'il semble cloué au sol et les bras en croix. La pensée se fait chair, l'esprit (de l'auteur - Moreau) qui s'identifie dans le texte disant "je" et construisant son univers avec force béton et ciment, armé de mots qu'il construit aussi: "apprentissage,... insensé,... blanc blafard,... tout est tranquille, rien ne nous bouleverse...".
Et même s'il nous dit que "longtemps je lus avec ma mère pour lui tenir compagnie, maintenant c'est fini...", on ne s'y trompe pas. Ce double jeu est aussi un jeu de l'amour, puisque le livre que Cécile lui a offert, cette histoire d'elle et de lui, il va l'inventer pour construire la relation. Et ce livre et ce récit, double aussi, adressé à nous et à elle, extérieur et intérieur vient à la lumière et vient à la sensation, à l'intime, comme la voix, le jeu de la comédienne qui s'emballe, tout en s'éloignant de nous, provoque et explose. Et tout à coup rentre dans le sentiment, le sensible, le fragile.


L'Illetric - Anne-Laure Sanchez - Moreau - Festival de Caves - Photo: lfdd

Pour revenir vers nous en doutant de la réalité - "Je dis je mais je n'existe pas", parce qu'il en arrive à douter de ce qu'il construit, de ce livre, de cette relation. Il ne comprend pas le monde, les livres, les mots, il se dit "infirme" et incapable d'être aimé parce qu'illettré. Mais peut-être n'est-ce qu'un jeu, un jeu de je où nous nous sommes fait avoir et où nous avons cru à cet amour, à la possibilité, à la réalité de cet amour. Par la grâce de ce texte et la performance de la comédienne qui faisait corps avec les mots. Et nous a emportés en un moment d'élévation, ailleurs...


La Fleur du Dimanche


A venir: Baleine, un texte et une mise en scène de Simon Vincent  également joué par Anne-Laure Sanchez les 24, 25 et 26 juin à Strasbourg et le 27 à Erstein.  

Pour les informations sur le reste de la programmation, c'est ici:
http://www.festivaldecaves.fr/

samedi 20 mai 2017

Il y a des moutons dans la cave: Panurge de Rabelais par Luc Schillinger au Festival de Caves

De Rabelais, nous connaissons bien Gargantua, le père et Pantagruel le fils, géants. Et au moins de nom, Panurge et ses moutons, mais saviez-vous que Panurge parlait quatorze langues - dont trois imaginaires - et est devenu l'ami de Gargantua dès le jour où ils se sont rencontrés.


Panurge - Luc Schillinger - Festival de caves - Photo: lfdd

Luc Schillinger, qui interprète Panurge dans la pièce éponyme qui tourne actuellement dans le cadre du Festival de Caves est lui aussi multilingue. Est-ce le fait qu'il se présente dans toutes ces langues qu'il va se faire adopter par Pantagruel et pouvoir endosser ce rôle et tous les autres dans cette fresque babuleuse qui nous refait découvrir les moeurs de la Renaissance? Il nous emmène dans un odyssée homérique où il endosse tous les rôles et nous conte de magnifiques épisodes dont la morale n'est pas toujours bienséante.
C'est un peu le bouffon, le fou du roi qui gratte là où cela fait mal, et fait l'empêcheur de tourner en rond, en même temps que celui qui rue dans les brancards ou se venge  - quelquefois sans raison. Mais il peut tout aussi bien être totalement naïf et ne pas savoir quoi faire.

Cela nous donne droit à quelques épisodes épiques et comiques dans un langage qui n'était pas si poli et qui fleurissait d'expressions bien vertes et vivantes.


Panurge - Luc Schillinger - Festival de caves - Photo: lfdd


Le décor minimal et les accessoires réduits à l'essentiel, ainsi que la proximité du comédien nous plongent complètement au coeur des situations. Et la mise en scène de Simon Vincent jouant sur cette forme de conte épique nous ramène dans l'enfance où l'on (re)découvre le monde et une - certaine - morale dans un langage imagé et nature.

Bon Spectacle 

La Fleur du Dimanche

Le Festival de Caves qui en est à sa douzième édition est présent cette année dans plus de 93 communes avec 38 spectacle (15 créations) pour plus de 200 représentation. Plus de quarantes personnes y participent activement. le programme complet (près de chez vous) est ici:
http://www.festivaldecaves.fr/

lundi 8 juin 2015

De mes Spectres... A la cave: la vie et l'émotion sur scène, grandeur nature.

Aller à la cave pour voir un spectacle de théâtre, quelle idée...

Et pourtant, depuis maintenant dix ans, de plus en plus de gens vont voir les spectacles de ce qui est devenu le "Festival des Caves".
Parti au départ à Besançon, essaimant depuis dans presque quatre-vingt villes en France: en Franche-Comté, en Alsace, à Paris et même à Genève, en Suisse.



Cette année, pas moins de 16 créations par l'équipe du Festival, et une vingtaine de création d'autres compagnie qui accordent leur énergie et soutiennent la dynamique en relais dans de nombreuses villes (Dijon, Montpellier, Bordeaux, Nantes, Genève, Vienne, Belfort,...). 

Cette dynamique se construit aussi avec des bénévoles, prêtant main forte ou mettant à disposition des lieux, des caves.... 
A temps de crise, réponse de réseau et de coopération, entre les troupes et les soutiens divers.

Le résultat? De magnifiques créations, libres, sans entrave, pleines d'imagination, pour "(re)lire le Monde autrement". Et tout cela dans des conditions de spectacle exceptionnelles et professionnelles.


De mes spectres... - Simon Vincent - Damien Houssier - Festival des Caves - Photo: lfdd

Rajoutez-y l'environnement: vous êtes dans une cave (une surprise à chaque fois), vous êtes dans la proximité immédiate de la scène (pas plus de vingt spectateurs) et à deux pas du (ou des) comédien(s).

A Strasbourg, nous avons eu droit, entre autres à un magnifique spectacle, porté à bout de bras - et de souffle - par le comédien Damien Houssier: "De mes spectres...".

Adapté des "Mémoires d'un névropathe" de Daniel Paul Schreber, texte de délire paranoïaque qui fait plus de cinq cent pages, le spectacle emmène le spectateur dans un voyage dans les ramifications de la folie. 
Seul sur scène, assis sur un lit et presque nu, le comédien interprétant ce magistrat allemand de la fin du dix-neuvième siècle nous embarque dans ses délires, ses phobies, ses violences et ses abattements sans répit. 

Pendant une bonne heure et demie, nous sommes happés par le récit de ses lubies et les accusations ou justifications pour se défendre et essayer de retrouver une normalité. Mais nous sentons bien que la bataille est perdue d'avance. Nous avons devant nous tous les aspects de cette folie dont on commence, à cette époque, à essayer de comprendre les mécanismes et dont on voit les balbutiements de traitement.
Nous découvrons les multiples délires et les formes de complexes de ses manifestations: souffrances physiques ou plaisir intense non maîtrisé, énergie traversant le corps, les nerfs et le cerveau, sentiment de persécution, énergie divine ou solaire, ...
Simon Vincent arrive à nous happer et nous emporter avec son personnage dans des états hypnotiques, tout en nous surprenant par ses changements de rythme et d'état. 
Un vraie richesse d'interprétation. 
Nous assistons par exemple à une mémorable bataille de clans familiaux qui s'exterminent sur un petit plateau de petit déjeuner... Combat mémorable dont personne ne survit.

Le texte par sa richesse nous permet aussi de saisir les découvertes du début de la psychiatrie et de la psychanalyse en cette fin du XIXème siècle: les mondes extraterrestres, les énergies cosmiques, les soucoupes volantes avant l'heure, le "burn out" même - qui dans un clin d'oeil se transforme en ours brun sur la banquise.... 


De mes spectres... - Simon Vincent - Damien Houssier - Festival des Caves - Photo: lfdd

Laissez-vous emporter dans le délire des bas-fonds de l'imaginaire et de la pensée.. 
C'est un bon électrochoc "culturel".

Bons spectacles

La Fleur du Dimanche


Les prochaine dates pour "De mes spectres..." 
Mulhouse: le 9 juin à 19h00
Rioz : le 10 juin à 20h00
Paris: le 13 et 14 juin à 20h00
Dôle:  le 16 juin à 20h00
Besançon: les 17, 18, 19 et 20 juin à 20h00

Pour les autres spectacles, le programme est sur le site du Festival des Caves:
http://www.festivaldecaves.fr/la-10e-edition/