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mercredi 1 juin 2016

L'enfer en cave: Perséphone 2014 monte au ciel avec Léop Oldine

Vous souvenez-vous de vos 18 ans ? 
L'âge de tous les dangers, l'âge de la découverte, l'âge du départ, l'âge de la révolte, l'âge du voyage, l'âge de la fin du mythe ou de sa construction... l'âge de la perte, l'âge du corps, l'âge du ciel et l'âge de l'enfer.....
L'enfer, parlons-en ! Ce pays où règne Perséphone, où elle se fait rapter en même temps qu'elle s'en enfuit.

Festival des Caves - Perséphone 2014 - l'enfer - Photo: lfdd

Et pour le spectacle "Perséphone 2014", d'après le texte de Gwenaëlle Aubry, ce sera dans une cave, pour le festival éponyme que l'on va pouvoir la suivre dans sa fuite, sa course, sa danse, son voyage. jusqu'au bord de l'Europe, près du pays du mythe, du côté de Skopje et de l'Albanie.


Festival des Caves - Perséphone 2014 - l'enfer - Photo: lfdd


Et ce voyage au fond de la cave, au fond des souvenirs, de la mémoire de ce passage, ce sera Léop Oldine (Hummel) qui l’interprétera magnifiquement, de son éternelle jeunesse, de ses yeux clairs et brillants, de sa parole limpide et touchante, idéalement susurrée, chuchotée, coulant de source ou nous chantant quelques berceuses ou chansons froides de Purcell ou de rock intergalactique où Major Tom se perd dans le ciel.

Léop Oldine nous présente cette histoire réfringente de double où elle est elle en même temps qu'elle est la fille, et que, discrète, l'autre - interprétée par Léa Masson - est là aussi, de sa présence muette jusqu'au moment de prendre le relais, de permettre la fuite.

Festival des Caves - Perséphone 2014 - l'enfer - Photo: lfdd


Les extraits du texte Gwenaëlle Aubry mis en scène par Anne Monfort nous emportent dans ce voyage vers la jeunesse, sa fragilité, son risque et son ambiguïté et le lieu - cette cave froide et sombre -participe à l'enfermement dans cet univers mental en reconstruction de souvenirs. Dans la caverne du mythe et la réalité de la jeunesse et des questionnements de ses 18 ans: 

"Tu as dix-huit ans, tu te crois immortelle (et tu as raison puisque c'est encore toi qui dis je à travers moi). Tu as dix-huit ans et tu pars, tu cours, tu quittes, partir, tu fais ça très bien, c'est presque ce que tu fais le mieux, plus jeune tu as quitté des repas de famille, des salles de classe, des hommes qui te couchaient sur leur lit ou te montraient ta nudité au miroir, d'un bond tu te levais, tu te glissais entre les portes sans jamais les claquer, et tu courais, tu dévalais, ivre de fuite".

Bon Spectacle

La Fleur du Dimanche

Le spectacle est visible à Besançon le 6 juin, à Poligny le 13 juin et à Paris le 14 et 16 juin (réservez) et vous aurez la surprise du lieu (forcément une cave !).


lundi 8 juin 2015

De mes Spectres... A la cave: la vie et l'émotion sur scène, grandeur nature.

Aller à la cave pour voir un spectacle de théâtre, quelle idée...

Et pourtant, depuis maintenant dix ans, de plus en plus de gens vont voir les spectacles de ce qui est devenu le "Festival des Caves".
Parti au départ à Besançon, essaimant depuis dans presque quatre-vingt villes en France: en Franche-Comté, en Alsace, à Paris et même à Genève, en Suisse.



Cette année, pas moins de 16 créations par l'équipe du Festival, et une vingtaine de création d'autres compagnie qui accordent leur énergie et soutiennent la dynamique en relais dans de nombreuses villes (Dijon, Montpellier, Bordeaux, Nantes, Genève, Vienne, Belfort,...). 

Cette dynamique se construit aussi avec des bénévoles, prêtant main forte ou mettant à disposition des lieux, des caves.... 
A temps de crise, réponse de réseau et de coopération, entre les troupes et les soutiens divers.

Le résultat? De magnifiques créations, libres, sans entrave, pleines d'imagination, pour "(re)lire le Monde autrement". Et tout cela dans des conditions de spectacle exceptionnelles et professionnelles.


De mes spectres... - Simon Vincent - Damien Houssier - Festival des Caves - Photo: lfdd

Rajoutez-y l'environnement: vous êtes dans une cave (une surprise à chaque fois), vous êtes dans la proximité immédiate de la scène (pas plus de vingt spectateurs) et à deux pas du (ou des) comédien(s).

A Strasbourg, nous avons eu droit, entre autres à un magnifique spectacle, porté à bout de bras - et de souffle - par le comédien Damien Houssier: "De mes spectres...".

Adapté des "Mémoires d'un névropathe" de Daniel Paul Schreber, texte de délire paranoïaque qui fait plus de cinq cent pages, le spectacle emmène le spectateur dans un voyage dans les ramifications de la folie. 
Seul sur scène, assis sur un lit et presque nu, le comédien interprétant ce magistrat allemand de la fin du dix-neuvième siècle nous embarque dans ses délires, ses phobies, ses violences et ses abattements sans répit. 

Pendant une bonne heure et demie, nous sommes happés par le récit de ses lubies et les accusations ou justifications pour se défendre et essayer de retrouver une normalité. Mais nous sentons bien que la bataille est perdue d'avance. Nous avons devant nous tous les aspects de cette folie dont on commence, à cette époque, à essayer de comprendre les mécanismes et dont on voit les balbutiements de traitement.
Nous découvrons les multiples délires et les formes de complexes de ses manifestations: souffrances physiques ou plaisir intense non maîtrisé, énergie traversant le corps, les nerfs et le cerveau, sentiment de persécution, énergie divine ou solaire, ...
Simon Vincent arrive à nous happer et nous emporter avec son personnage dans des états hypnotiques, tout en nous surprenant par ses changements de rythme et d'état. 
Un vraie richesse d'interprétation. 
Nous assistons par exemple à une mémorable bataille de clans familiaux qui s'exterminent sur un petit plateau de petit déjeuner... Combat mémorable dont personne ne survit.

Le texte par sa richesse nous permet aussi de saisir les découvertes du début de la psychiatrie et de la psychanalyse en cette fin du XIXème siècle: les mondes extraterrestres, les énergies cosmiques, les soucoupes volantes avant l'heure, le "burn out" même - qui dans un clin d'oeil se transforme en ours brun sur la banquise.... 


De mes spectres... - Simon Vincent - Damien Houssier - Festival des Caves - Photo: lfdd

Laissez-vous emporter dans le délire des bas-fonds de l'imaginaire et de la pensée.. 
C'est un bon électrochoc "culturel".

Bons spectacles

La Fleur du Dimanche


Les prochaine dates pour "De mes spectres..." 
Mulhouse: le 9 juin à 19h00
Rioz : le 10 juin à 20h00
Paris: le 13 et 14 juin à 20h00
Dôle:  le 16 juin à 20h00
Besançon: les 17, 18, 19 et 20 juin à 20h00

Pour les autres spectacles, le programme est sur le site du Festival des Caves:
http://www.festivaldecaves.fr/la-10e-edition/



samedi 21 juin 2014

Les comédiens sont à la cave pour un festival, mais que vont devenir les festivals sur la place?

"Les nains aussi ont commencés petit" disait en substance Werner Herzog en appelant ainsi un film en 1972. 
Quelquefois, les artistes ont besoin de la proximité du spectateur pour avancer avec lui dans l'échange.

C'est un peu ce qu'ont dû se dire les initiateurs du "Festival des caves" en lançant, d'abord à Besançon et en Franche-Comté puis en essaimant sur le territoire français (Strasbourg, mais aussi Paris, Bordeaux, même Karlsruhe), ces formes originales, un peu "théâtre de guerre" - il y a un peu comme un côté on s'abrite du bombardement (médiatique" en descendant dans une cave pour aller voir le spectacle.

Le festival se termine et les comédiens "engagés" - il n'ont pas fait grève, mais reversent leur recette au mouvement des intermittents - vous donnent encore rendez-vous à Besançon, Lille, Nans-sous-Sainte-Anne, Saint-Hyppolyte et Morteau (voir programme sur le site du "Festival des Caves".

Les propositions étaient variées, d'un texte d'Erasme à Virginie Despentes, de Lovecraft à Maïakovski, de Goya à Michael Jackson.
Pour ce dernier, nous avons eu droit à une vision très personnelle de Léopoldine Hummel - qui sera sur la place Kléber pour la fête de la Musique à 19h00 - qui montrait à la fois toute la fragilité de l'artiste et sa singularité dans toute son intimité. Un moment émouvant...

Je vous en offre un autre qu'elle redonnera peut-être sur la grand' place de Strasbourg:



Léopoldine HH - Je suis née toute nue from LeopoldineHH on Vimeo.


Je vous mets également une vidéo diffusée sur Arte Live qui explique - un peu, le statut des intermittents, pour l'information de tous, prenez le temps de regarder.






Il faut bien se poser la question de la "valeur" de la culture, de l'accès à celle-ci pour tout un chacun d'entre nous, du chemin pour y arriver et des dommages collatéraux si l'on ne tient pas compte de l'équilibre, non seulement social et économique, mais aussi de la qualité de la vie et du politique - le bilan des élections récentes devrai un peu nous faire réfléchir... 
Il faut aussi se rendre compte que ce jour, fête de la Musique, les musiciens (en grande partie) et les techniciens qui s'occupent de ces spectacles sont aussi des intermittents.


Note du soir:

Le spectacle fut fort bon, partout en ville, Léopoldine fit s'asseoir les spectateurs pour "soutenir" les "intermittents et précaires" en jouant de l'ukulele.

Léopoldine à la Fête de la Musique 2014 à Strasbourg - Place Kléber - Photo: lfdd


Elle rendit hommage à sa façon à ses proches et amis et à ce premier jour d'été en reprenant "Coup d'Soleil de Richard Cocciante, tube de 1979:



Richard Cocciante : Le coup de soleil (1979) par tartenpion333



Bonne fête de la Musique, Bons Spectacles d'Eté (je l'espère)..



La Fleur du Dimanche