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vendredi 15 novembre 2024

IA d'la Joie à la Choucrouterie: L'intelligence Alsacienne avec humour et knak(e)s

 30 c'est le nombre de revues que nous a déjà proposé Roger Siffer et sa formidable - et inoxydable - équipe de joyeux lurons dans la Choucrouterie, ce cabaret à Strasbourg où l'on rit deux fois plus que normalement.


IA d'la joie - La Choucrouterie - Photo: Robert Becker


D'une part en Français, et, juste à côté en Alsacien. Mais différemment. Parce que les deux humours ne sont pas forcément les mêmes. Ce qui provoque quelque décalage - et explications de textes sur le mode d'emploi des deux versions de cette nouvelle revue "IA d'la Joie" et "IA IA het Sie g'sait un..."  . "Ah Voilà!"


IA d'la joie - La Choucrouterie - Photo: Robert Becker

30, c'est aussi la limitation de vitesse dans les zones de convivialité et qui nous donne droit à un magnifique sketch sur la cohabitation en ville et les rencontres, superpositions, frictions, ballets entre piétons, automobilistes, cyclistes... et... chute en trottinette, très bien senti, écrit et décrit, et dansé. 


IA d'la joie - La Choucrouterie - Photo: Robert Becker

Cela nous permet de saluer toute la partie dansée et chorégraphiée qu'ont développé les comédiennes et comédiens et à laquelle on ne prête pas toujours attention. Les chorégraphies conçues Charlotte Dambach pour la revue de cette année sont quelquefois très osées. 


IA d'la joie - La Choucrouterie - Photo: Robert Becker

Pour certaines scènes, les interprètes en arrivent à pousser les murs de la très petite scène de la Chouc' et à agrandir l'espace avec leurs voltes et leurs cabrioles et leurs manèges. Un grand bravo aussi aux créatrices des costumes et de la scénographie, Carole Deltenre et Estelle Duriez et leur équipe qui ont fait preuve d'imagination et de talent pour des costumes nombreux et à la fois beaux et originaux qui collent parfaitement aux différents sketches. 


IA d'la joie - La Choucrouterie - Photo: Robert Becker

Pour n'en citer que quelques-uns, justement les costumes de ce sketch (entre autre le chapeau des automobilistes, véritable oeuvre d'art, celui du Dr Paul Watson (qui veut sauver les baleines dans ls lac de Gérard dans les Vosges) ou le chapeau "Nid de Cigogne" plus vrai que nature ou les costumes d'inspiration Bauhaus et Schlemmer - surtout le magnifique costume de Suzanne Mayer. Sans oublier le costume à poches kangourou de la sirène Barseghian et la coiffure "requin" de Jean-Philippe Vetter..... Et j'en oublie...


IA d'la joie - La Choucrouterie - Photo: Robert Becker


Le rythme ne faiblit pas tout au long des presque deux heures de spectacle où les deux douzaines de tableaux s'enchaînent sur un rythme fou, à l'image du sketch "Les Urgences" où les deux protagonistes n'endossent pas moins d'une quinzaine de fonctions face à un client venu cherche un paquet. L'alternance entre critique de l'actualité, égratignâge des personnalités politiques ou faits de société alterne avec des tableaux chantés - et dansés où les mélodies connues font passer des message avec des paroles écrites sur mesure. 


IA d'la joie - La Choucrouterie - Photo: Robert Becker

L'Y'a d'la joie de Trenet qui inspire le titre français de la revue est l'occasion d'un panorama de l'I.A. qui "oublie" la "plus belle des Vallées" (Le Val de Villé natal de Roger Siffer). L'I.A. qui permet aussi la résurrection de Chilbert Meyer ex-maire de Colmar - et le jeu de mots-valise délirants de Guy Riss dont le dictionnaire personnel doit aussi peser le double d'un dictionnaire normal. Ou une variations surréaliste du triangle amoureux. Capri c'est fini nous offre dans une tendance nostalgique et émouvante et même poignante une ode amoureuse à la disparition des Caddie. Le summum de l'émotion étant atteint par la version Je l'aide à mourir de la chanson de Francis Cabrel, dans une mise en scène sobre et très psychanalytique de "l'aidant" sur des paroles  très fortes et touchantes qui pourtant manient un humour des plus noir. Ne serait-ce le sujet, le texte de Sébastien Bizzotto et son interprétation nous saisissent. 


IA d'la joie - La Choucrouterie - Photo: Robert Becker

Les aventures du grand Tétras par Béatrice Keck sur la chanson de Néna est plus poétique. Et les Castors permettent une belle mise en fable de la politique. La politique qui n'est bien sûr pas absente, avec le discret et controversé ministre alsacien (ou lorrain ?) du gouvernement et les péripéties de l'opposition à la municipalité strasbourgeoise où chacun en prend pour sa veste (certaines se retournant trop souvent). 


IA d'la joie - La Choucrouterie - Photo: Robert Becker

La Maire de Strasbourg (dynamique et expressive Marie Hattermann) n'étant pas en reste quand elle plonge dans le bain des réseaux sociaux sou la houlette de sa conseillère (imperturbable Susanne Mayer). 


IA d'la joie - La Choucrouterie - Photo: Robert Becker

Arthur Gander incarne quelques personnages hauts en couleur, dont le "videur" du marché de Noël changé de gérer les "invasions" au ralenti de Vikings (Lines) aux tempes grises et le supporter du Racing qui fait "grève" et qui, dans le tableau qui succède découvre son besoin de tendresse dans un duo viril et touchant avec Sébastien Bizzotto. 


IA d'la joie - La Choucrouterie - Photo: Robert Becker

IA d'la joie - La Choucrouterie - Photo: Robert Becker

N'oublions pas l'inénarrable Jean-Pierre Schlagg dont on nous raconte le sketch (interdit aux Français) sur le bureau de vote) et Nathalie Keck qui officie aussi principalement dans la salle "alsacienne" - et biens sûr Magalie Ehlinger qui viendra remplacer dans le futur Marie Hattermann. 


IA d'la joie - La Choucrouterie - Photo: Robert Becker


Jean-René Mourot, lui joue du piano à quatre mains, deux alsaciennes et deux françaises, ce qui ne l'empêche pas en plus de donner la réplique sur certaines scènes et également de chanter à l'unisson. Un véritable homme-orchestre. 


IA d'la joie - La Choucrouterie - Photo: Robert Becker

Et une équipe sur scène qui se démènent comme vingt, et ce n'est pas en vain. Rendons encore un grand hommage à Céline d'Aboukir qui a réussi un mise en scène trépidante et à Cyrille Siffer qui apporte toute la lumière sur la(les) scène(s). Et les tâcherons de l'ombre, j'ai nommé les graphomanes anonymes qui entre jeux de mots et mots d'esprits nous instillent humour et pensée critique sur les moeurs de nos concitoyens et les agissements de nos femmes et hommes politique. 


IA d'la joie - La Choucrouterie - Photo: Robert Becker

Un grand merci et cent mille bravo (comme des ballons) à cette belle troupe à laquelle nous souhaitons encore une belle destinée pour cette nouvelle cuvée du trentenaire.


La Fleur du Dimanche 


IA d'la Joie" et "IA IA het Sie g'sait un...

A la Choucrouterie du 15 novembre  2024au 30 mars 2025

vendredi 11 novembre 2022

La "Revue" de la Chouc' Ils ont un vélo dans la tête, l'humour en roue libre

 Après une belle prise d'élan pour repartir sur les chapeaux de roue l'année dernière (En vert et contre tousse), la joyeuse bande de comédiens de la Chouc' (la Choucrouterie pour les intimes) sont repartis du bon pied - ou plutôt de la bonne roue pour une nouvelle saison de revue ce 11 novembre -  traditionnellement le lancement de festivités de carnaval dans les pays germaniques. Reportée pour cause de Covid puis avancée pour les mêmes raisons l'année dernière, la nouvelle saison a failli se faire piéger par cette zoonose (un des sketche du nouveau spectacle) qui a touché un récent dimanche en pleines répétitions l'ensemble de l'équipe qui pourtant est présente de pied (ou de pédalier) ferme.


Hopla Bicyclette - La Choucrouterie - Photo: lfdd


Comme à son habitude, les deux spectacles parallèles (une salle pour la revue en Alsacien et une pour les francophones) sont un savant cocktail débridé de blagues, de critique de la politique (un peu moins cette année, les politiques ne seraient-ils plus des "modèles"), de la vie courante, avec des séquences chantées et dansées qui s'enchainent dans une course (contre la montre?) à couper le souffle. Du souffle, les comédiens en ont, pour sauter d'une salle à l'autre et pour chanter et danser pendant presque deux heures sans faiblir.


Hopla Bicyclette - La Choucrouterie - Photo: lfdd


Et l'on a donc droit à toute une série de scènes drôlatiques et critiques, de l'ouverture du marché de Noël par Jeanne Barseghian et Stéphane Bern, et... Brigitte Fontaine (je vous laisse en deviner la consistance), une conpétition dans une émission TV de la même Jeanne Barseghian avec comme adversaire la préfête de région. 


Hopla Bicyclette - La Choucrouterie - Photo: lfdd


Une séquence surréaliste à la limite de l'absurde entre un client et son banquier où l'on passe de la Poste à la SCNF et par la gendarmerie. Il sera question d'un réveillon du futur dans un climat tropical, de surcharge de travail dans les hôpitaux (avec un mort qui traîne toujours dans le couloir), d'une réunion syndicale du personnel de différents musées (magnifiques figures de la Belle Strasbourgeoise (Magalie Ehlinger), du penseur de Rodin (Arthur Gander), de Rouget de Lisle (Sébastien Bizzotto), et du Kachelofe (Jean-Pierre Schlagg) et de superbes costumes), du prosélitisme presque religieux de Saint "Paul Emploi" qui démarche à domicile. 


Hopla Bicyclette - La Choucrouterie - Photo: lfdd


L'on passe d'un drôle de stage de remotivation du personnel à côté du panneau, à l'inauguration de la Fête de la Bière de Schiltigeim avec les trois grâce de l'Eurométropole (Jeanne, Pia et Danielle) à un conte lorrain de Blanche Charbon et ses petits compagnons "mineurs" et le fantôme de Gigilbebert Meyer (Guy Riss) qui revient hanter Strohmann.


Hopla Bicyclette - La Choucrouterie - Photo: lfdd


Le tout entrecoupé par des blagues introductives (aussi pour tenir la synchro entre les salles), des chansons en solo, duo ou groupe.  Une mention à Susanne Mayer, qui cette année a abandonné Brecht pour Biolay et Karen Ann avec une version du Jardin d'Hiver sensible et émouvante où elle coiffe les chapeaux de Queen Elisabeth et lui rend un dernier hommage, également au duo Sébastien Bizotto et Magali Ehlinger qui nous offre un voyage en Italie bien secoué (mais en automobile). 


Hopla Bicyclette - La Choucrouterie - Photo: lfdd


Magali Ehlinger incarne aussi "la groupie du plaquiste" et "Emporté par le fioul" avec un orgue de Barbarie qui joue à la roulette russe. Le Vosgien Thomas Valentin tient le piano mobile en cette première soirée et Jean-Pierre Schlagg le ballet pour "Les rats sont entrés dans Strasbourg" (le soir de la première il a aussi tenu le balai magique - et essoré - au restaurant de la Chouc).


Hopla Bicyclette - La Choucrouterie - Photo: lfdd

Hopla Bicyclette - La Choucrouterie - Photo: lfdd


Il y en a plein d'autres, dont une version déjantée du "Tango des Bouchers " de Boris Vian ou un mix de tubes italiens et une "danse macabre". Saluons ici les talents chorégraphiques (et pédagogiques) de Charlotte Dambach qui a pris avec brio la succession de Louis Ziegler et arrive à faire bouger en rythme tout ce beau monde. 


Hopla Bicyclette - La Choucrouterie - Photo: lfdd


Et la mise en scène de Céline d'Aboukir et, bien sûr la persévérance et l'engagement du grand manitou (on pourrait lui donner le maillot jaune) Roger Siffer qui apparaît surtout en  pointillé, comme Bénédicte Keck et Susanne Mayer qui sont plutôt présent(e)s dans la salle alsacienne. 


Hopla Bicyclette - La Choucrouterie - Photo: lfdd


Cette année encore il ont "été formidables" comme le dit Siffer à son public.




La Fleur du Dimanche


Textes : Équipe de la Chouc’

Avec : Sébastien Bizzotto, Arthur Gander, Magalie Ehlinger, Marie Hattermann, Bénédicte Keck, Susanne Mayer, Nathalie Muller, Guy Riss, Jean-Pierre Schlagg et Roger Siffer

Piano : Jean-René Mourot ou Thomas Valentin ou Sébastien Vallé

Lumières : Cyrille Siffer

Scénographie/costumes/accessoires : Carole Deltenre, Marie Storup et leur équipe

Production : APCA – Théâtre de la Choucrouterie


mentions

Avec les soutiens : Ministère de la Culture et de la Communication – DRAC Grand Est, Région Grand Est, Collectivité Européenne d’Alsace, Ville de Strasbourg – Eurométropole, DNA, Crédit Mutuel Centre Est Europe, CroisiEurope, RG Peinture Guy Riss, Office pour la Langue et les Cultures d’Alsace et de Moselle, CEED


autres informations

La revue sera en relâche entre le 19 décembre et le 04 janvier, et entre le 06 et le 12 février.


lundi 24 juin 2019

Festival de Caves: Baleine: La rencontre de l'homme et du mammifère marin: C'est assez échoué.

Je vous l'avais dit hier, pour sa quatorzième édition, le Festival de Caves fait double jeu dans le Bas-Rhin: L'Illetric et Baleine, deux pièces jouées dans deux caves différentes à Strasbourg et à Wangen pour L'Illetric et à Strasbourg et à Erstein pour Baleine.

Baleine, un texte de Simon Vincent qu'il met en scène lui-même, avec Anne-Laure Sanchez, qui interprétait hier la dernière d'une série de douze représentations de L'Illetric, plonge ce lundi dans le ventre de la Baleine pour quatre représentations.
Le texte, une création - comme il se doit presque pour le Festival de Caves - raconte à plusieurs niveaux de narration qui se superposent, les rêves de grand large d'un homme qui les abandonne en échouant dans un port pour se noyer, s'engluer dans son lit, dans une chambre dans laquelle sédimentent les strates de sa vie passée. Que serait-il devenu, si un soir, mu par une force inconnue, il n'avait pas "quitté son trou". Parce qu'elle, "Elle était là dans le noir".


Baleine - Simon Vincent - Anne-Laure Sanchez - Festival de Caves - Photo: lfdd


Et c'est ainsi que cela commence, dans le noir, ce lent et long cheminement vers elle, présence invisible mais massive dans la nuit, échouée sur la plage, en bas des falaises. Celle vers qui, dans un dur apprivoisement il va aller, qu'il va rejoindre, répondant à un autre appel, malgré la "prise au vent", le "déséquilibre de l'équilibriste". L'occasion de se retrouver double (cf le billet d'hier), à la fois se racontant hors de soi, en biographe autocritique, et dans un discours amoureux de séduction avec l'animal: "Je suis un homme" (... et je veux que tu m'aimes, même si tu es déjà morte). 
Mais l'amour est aveugle, et il ne voit pas la mort, il continue sa lente approche, son apprivoisement, sa cour (entrecoupée d'envolées oniriques - il s'envole au-dessus de la baleine bien vivante, nageant dans l'océan, et tel un oiseau, se pose sur elle comme sur un rocher ou alors dans un rêve aquatique sous-marin, il caresse sa peau. Le cétacé échoué est sa seule bouée de sauvetage pour s'enfuir de cette ville, de cette vie: "Emmène-moi" lui dit-il, avant de rejouer le mythe de Jonas en se lovant dans son ventre pour en finir.


Baleine - Simon Vincent - Anne-Laure Sanchez - Festival de Caves - Photo: lfdd

Et la clé est dans une chanson: 
"My body is a cage that keeps me
From dancing with the one I love
But my mind holds the key"

"Mon corps est une cage qui me retient
De danser avec celle que j'aime
Mais mon esprit est la clé"

Et l'on sort de cette cave voutée, comme si l'on avait fait, nous aussi le voyage dans le ventre de la baleine, à écouter les soliloques de cet homme qui nous chuchote à l'oreille.  
Et cet "homme", c'est Anne-Lise Sanchez qui incarne magistralement tous ces changements de niveaux d'interprétation et de discours  (dans un registre très différent de la veille), et arrive à le rendre complètement présent et vivant avec ses phantasmes et ses multiples états, tout en assurant les changements d'ambiance par les réglages de la lumière et même la "régie sonore".


La Fleur du Dimanche

dimanche 23 juin 2019

Double jeu pour le Festival de Caves - Quatorzième: Part 1: L'Illetric

Pour sa quatorzième édition, dans le Bas-Rhin, le Festival de Caves fait double jeu: L'Illetric et Baleine, deux pièces jouées dans deux caves différentes à Strasbourg et à Wangen pour L'Illetric et à Strasbourg et à Erstein pour Baleine.
Mais si vous voulez suivre le Festival, il faut s'installer en Franche-Comté, épicentre du Festival ou Rayonner jusqu'à Bordeaux ou Paris - et même en Suisse à Neuchâtel et autour.
N'hésitez pas à faire le voyage et trouver une cave adaptée à vos désirs, vous ne le regretterez pas.

Par exemple à Wangen, cette cave du village viticole qui fête bientôt sa "Fontaine" où coulera le vin le 7 juillet, était l'ancienne cave de la coopérative viticole. Cette cathédrale de la mémoire des viticulteurs était d'une juste résonnance pour la comédienne Anne-Laure Sanchez qui incarnait, hiératique et déclamative, impressionnante statue locutrice de la pensée d'un illettré qui se construit, tisse un lien d'amour avec une femme, Cécile dans la pièce de Moreau "L'Illetric".


L'Illetric - Anne-Laure Sanchez - Moreau - Festival de Caves - Photo: lfdd


Plongés dans un silence d'église, les spectateurs subjugués sont collés aux lèvres de la comédienne dont le corps flotte dans un brouillard obscur, d'où peu à peu, il émerge, bien vivant, même s'il semble cloué au sol et les bras en croix. La pensée se fait chair, l'esprit (de l'auteur - Moreau) qui s'identifie dans le texte disant "je" et construisant son univers avec force béton et ciment, armé de mots qu'il construit aussi: "apprentissage,... insensé,... blanc blafard,... tout est tranquille, rien ne nous bouleverse...".
Et même s'il nous dit que "longtemps je lus avec ma mère pour lui tenir compagnie, maintenant c'est fini...", on ne s'y trompe pas. Ce double jeu est aussi un jeu de l'amour, puisque le livre que Cécile lui a offert, cette histoire d'elle et de lui, il va l'inventer pour construire la relation. Et ce livre et ce récit, double aussi, adressé à nous et à elle, extérieur et intérieur vient à la lumière et vient à la sensation, à l'intime, comme la voix, le jeu de la comédienne qui s'emballe, tout en s'éloignant de nous, provoque et explose. Et tout à coup rentre dans le sentiment, le sensible, le fragile.


L'Illetric - Anne-Laure Sanchez - Moreau - Festival de Caves - Photo: lfdd

Pour revenir vers nous en doutant de la réalité - "Je dis je mais je n'existe pas", parce qu'il en arrive à douter de ce qu'il construit, de ce livre, de cette relation. Il ne comprend pas le monde, les livres, les mots, il se dit "infirme" et incapable d'être aimé parce qu'illettré. Mais peut-être n'est-ce qu'un jeu, un jeu de je où nous nous sommes fait avoir et où nous avons cru à cet amour, à la possibilité, à la réalité de cet amour. Par la grâce de ce texte et la performance de la comédienne qui faisait corps avec les mots. Et nous a emportés en un moment d'élévation, ailleurs...


La Fleur du Dimanche


A venir: Baleine, un texte et une mise en scène de Simon Vincent  également joué par Anne-Laure Sanchez les 24, 25 et 26 juin à Strasbourg et le 27 à Erstein.  

Pour les informations sur le reste de la programmation, c'est ici:
http://www.festivaldecaves.fr/

jeudi 17 novembre 2016

La revue de la Choucrouterie : les fous sont lâchés pour 4 mois et des boulons

Il est de tradition le 11 novembre à 11 heures 11 minutes, de lancer les festivités du carnaval dans les pays  de culture germanique. 
A Strasbourg, la tradition du cabaret ressuscitée par la Choucrouterie depuis de nombreuses années nous gratifie à chaque automne d’une nouvelle vendange de sketches et chansons dans une revue "bipolaire" - en français et en alsacien, dans deux salles adjacentes.
Avec "Droit d’asile... de fous !! – Narrestall", c’est un véritable marathon de presque deux heures et demie auquel les comédiens dont il faut saluer l’énergie se livrent chaque soir entre le 16 novembre et le 26 mars (s’ils ne jouent pas les "prolongations").  Et le marathon est également un marathon de rire. Parce que la trentaine de tableaux que nous proposent les comédiens alertes font mouche et nous écrouler de rire très souvent.


Choucrouterie - Droit d'Asile .. de Fous - Phot: lfdd

D’ailleurs la vendange 2016 est parmi les grands crus. On y parle de politique, bien sûr – les maires de Strasbourg – le toujours éffacé Ries – et Colmar – Chilbert Meyer dans toute sa splendeur – et même les trois maires du vignoble KB qui célèbrent leur "divorce à trois", mais aussi les présidents de la Région ou du département du Haut-Rhin - dans le spectacle en Français, le Bas-Rhin n’a pas de président (il va sûrement téléphoner à Siffer) - ou les élus Mathieu Kahn (méconnaissable Arthur Gander ;-) dans un sketch avec Karl Lagerfeld) ou Eric Elkouby ne sont pas oubliés. Nous avons même droit à la visite de la ministre des transports pour un "diner des cons" et à une déferlante Morano bien emportée par la nouvelle recrue Margaux Lagleize.

Choucrouterie - Droit d'Asile .. de Fous  - Margaux Lagleize - Sébastien Bizzotto - Phot: lfdd

Cette dernière, dont c’est le baptême du feu (fou) ne manque pas de flammes (folles) et est à l’aise autant dans les rôles de politiques que de Belge – agent de sécurité survitaminée – d’Anglaise en Birkin chantant le brexit en cul de poule ou de vedette méridionale de la télévision culinaire rétro dans un numéro de cuisine électorale d’actualité.  
Le duo Sébastien Bizzotto, Arthur Gander semble lui aussi s’être trouvé au point de vouloir annoncer leur mariage au couple Roger Siffer - Suzanne Mayer qui eux ont annoncé avoir dit "Oui". Jean-Pierre Schlagg fait lui aussi un retour avec des rôles qui lui collent comme un gant. Laurence Bergmiller en Trautmann, secrétaire de Chilbert ou qui "se lâche" en nonne qui dé-conne confirme son talent et Guy Riss en "roi des fous" de cette revue prouve que le modèle n’a pas forcément besoin d’être un grand penseur pour avoir du succès. 

Choucrouterie - Droit d'Asile .. de Fous  - Margaux Lagleize - Sébastien Bizzotto - Phot: lfdd


Le tableau ne serait pas complet si l’on ne parlait de la musique, les chansons adaptées à l’actualité comique, politique et humoristique cette année sont d’une très bonne qualité – s’il ne fallait en retenir qu’une ce serait le "Mini-mini burkini" qui nous permet aussi de saluer la créativité des costumes de l’équipe de Carole Deltenre et Pauline Squelbut - et ne pas oublier les pianistes Erwin Siffer (version française) et Jean-René Mourot (version alsacienne) qui sont essentiels, entre autres pour permettre aux comédiens courant d’une pièce à l’autre, d’une "cage à fous" à l’autre  (française et alsacienne). Une mention pour Sébastien Bizzotto qui lui aussi joue sur différents tableaux, claviers et octaves...





En tous cas, il faut remercier ces fous qui nous prédisent l’avenir et nous lisent le passé au filtre de l’entonnoir, mais comme le disait Sébastien Bandt "pas si fous que çà" et surtout "heureux soient les fêlés, car ils laissent passer la lumière" et comme Fessenheim doit s’arrêter, nous avons toujours la Tomme du Ried, et comme le spectacle "Droit d’asile…  de fous !! – Narrestall", la Tomme du Ried fait "boum". 

Bon Spectacle 

La Fleur du Dimanche

DROIT D'ASILE... DE FOUS !!

"NARRESTALL !"




Texte : Équipe de la Chouc' - Mise en scène :  Pierre Diependaële, Louis Ziegler - Chorégraphies : Étienne Fanteguzzi - Scénographie, costumes et accessoires : Carole Deltenre, Pauline Squelbut et leur équipe - Construction : Dimitri Clauss et Eric Desvignes - Piano : Erwin Siffer ou Jean-René Mourot - Avec : Laurence Bergmiller, Sébastien Bizzotto, Arthur Gander, Margaux Lagleize, Susanne Mayer, Guy Riss, Jean-Pierre Schlagg et Roger Siffer - Lumière : Cyrille Siffer - Production : APCA-Théâtre de la Choucrouterie.

Du 16 novembre 2016 au 26 mars 2017

samedi 1 octobre 2016

L'Alsace a hérité d'un Ange chanteur: Leopoldine HH et ses Fleurs en Pot en peau

Un ange cela a deux ailes, Léopoldine, elle, elle a deux HH...
Sur son berceau se sont penché deux autres anges Liselotte Hamm, et Jean-Marie Hummel qui ont dû la biberonner à la musique et à lachanson sous toutes es formes.
Mais il n'y a pas eu qu'eux, d'autres anges musiciens ou artistes, Eva-Maria Hagen (la maman de Nina), Pierre Barouh et sa tribu, et plein d'autres bonnes âmes de la chanson ou du théâtre ont dû orienter son parcours - son frère d'ailleurs est aussi dans le monde de la musique et nous le verrons bientôt au Festival Musica (il organise le festival exhibitronic
Son parcours elle l'a divers: entre la chanson - et même un passage à la télévision nationale comme "Nouvelle Star" - le théâtre - et même le théâtre dans les caves - elle est très impliquée et active dans le "Festival des Caves" dont nous avons déjà parlé (en 2013, 2014,  2015 et 2016; elle a d'ailleurs poussé la chansonnette en 2014 ("Je suis née toute nue").


Léopoldine HH - Photo: lfdd

Elle adore le théâtre, elle adore jouer et elle adore chanter et elle a un enthousiasme contagieux et une aisance sur scène surprenante. Son côté surréaliste fait penser à Brigitte Fontaine.
Elle a une voix magnifique et cristalline, ce qui n'ôte rien au résultat.

Léopoldine HH - Photo: lfdd

Du côté des textes, elle puise beaucoup du côté de la littérature et de la poésie contemporaine et également du théâtre. 
Elle vient de sortir son premier disque sur lequel on peut apprécier la variété de ses choix, autant des comptines alsaciennes revisitées "Mama ich will a Ding" que des poème en allemand ("Ich mach a Lied" d'Eva Strittmayer) ou une chanson en anglais "Like a Mansion" d'Howard Barker). Des auteurs comme Gilles Granouillet - "Saison Seule" et "Ces années", Gilles Milin - "Le garçon blessé" et "Etat d'être", Gwenaëlle Aubry - "Personne", Olivier Cadiot "Je suis dans l'air" et même Roland Topor pour ce qui sera peut-être le tube du disque "Zozo Lala" montrent la richesse de ses sources d'inspiration.





La chanson qui a donné son titre à l'album, "Blumen im Topf" elle l'a composée avec son complice Charly Marty et elle y dit:

"Moi, j'aime les fleurs en pot
moi j'aime e grain de ta peau
Mais si ça te chante je te le chante
Une fleur en peau à fleur de peau".


Léopoldine HH - Photo: lfdd


Bonnes Fleurs, bonnes chansons

La Fleur du Dimanche

Léopoldine donne un concert gratuit à la Librairie Kléber pour présenter son disque "Blumen im Topf" le samedi 1er octobre à 17h30

Dernières Nouvelles : Bravo à Leop Oldine HH, lauréate à la fois du prix du Jury et prix du Public au Prix Georges Moustaki !!! Superbe ! ZoZo Lala !!

samedi 6 juillet 2013

Strasbourg illustre les inconnus illustres pour les soirées d'été

La saison estivale a démarré, certain partent à la plage, d'autres dans les montagnes, d'autres encore ont choisi des destinations lointaines....

Parmi ces destinations, l'une d'elle peut être Strasbourg. Pour les Strasbourgeois également, les animation d'été sont là pour leur donner un goût de vacances. 

Avant qu'ils partent, ou en revenant pour garder la tête en vacances, ou si par choix ou obligation ils ne partent pas, ils ont le choix d'assister à un choix de spectacles de choix... 

Et pour faire leur choix, voici un aperçu du spectacle aquatique de cette année...


Spectacle "Jeux d'Eau et de Lumière" - Strasbourg 2013 - Photo: lfdd

Après le thème de la fête l'année dernière (voir la fleur des villes du dimanche 8 juillet), et celui consacré à Tomi Ungerer en 2011 pour honorer un bel anniversaire, 2013 retrace quelques portraits d'Alsaciens illustres..


Spectacle "Jeux d'Eau et de Lumière" - Strasbourg 2013 - Photo: lfdd

Ces quelques photos vous donnent un avant-goût, sans bien sûr le mouvement et la musique, mais vous voyez déjà que la partie "animation", en l’occurrence la transformation du bâtiment du Conservatoire de Strasbourg, sur sa façade donnant sur le Bassin d’Austerlitz, face à la presqu’île André Malraux est assez inventive: Cela commence par une cathédrale "déportée" au bord de l'eau, pour continuer par des maisons typiquement alsaciennes, ou New-York revu et corrigé entre King-Kong et un hypothétique 11 septembre en filigrane, ou encore l'ombre de Hansi qui traverse la façade avec ses personnages typiques. 


Spectacle "Jeux d'Eau et de Lumière" New-York - Bartholdi - Strasbourg 2013 - Photo: lfdd

Le titre du spectacle "Strasbourg, Alsace, Terre de Talents" nous fait espérer une galerie de portraits de Strasbourgeois (ou Alsaciens) célèbres ou talentueux, dont des prix Nobel... 
Nous y retrouvons, entre Hansi et Bartholdi (pour la Statue de la Liberté à New-York), une animation sur les molécules (dont nous n'avons pas découvert l'inspirateur) et les comiques régionaux  Roger Siffer avec une Salsa alsacienne sur la Choucroute (ah, le folklore !), le Capitaine Sprütz avec un de ses sketches et Dinah Faust (en hommage à l'anniversaire du Barabli* ?) embarrassée d'inciter les "jeunes" à l'innovation.

Spectacle "Jeux d'Eau et de Lumière" Hansi - Strasbourg 2013 - Photo: lfdd

Mais pour que tout le monde ait son heure de gloire, vous pouvez vous retrouver, vous aussi illustrant votre talent photogénique sur un mur d'eau devant une foultitude de spectateurs qui seront peut-être vos amis (si vous les avez prévenus) - le mode d'emploi est ici.

Vous regretterez peut-être comme nous que parmi les absents se trouvent quelques musiciens qui auraient pu dynamiser un peu ce spectacle avec l'une ou l'autre chanson entraînante...

Bon Spectacle

La Fleur du Dimanche

Information pratique: les spectacle "Jeux d'eau et de Lumière" ont lieu tous les soirs (sauf le 14 juillet) à 22h30 en juillet et à 20h00 en août.
Vous pouvez aussi assister à partir du 6 juillet à 22h30 en juillet - 22h10 en août - à l'illumination de la Cathédrale toute les 20 minutes.

* Le spectacle "La chère main de Germain (un petit coin de Barabli)", hommage au Barabli et à son histoire (avec Germain Muller et Dinah Faust) sera repris au théâtre de la Choucrouterie à partir du 8 octobre 2013.

mercredi 3 juillet 2013

Les expositions de l'été: place à la photographie

Quelques expositions de l'été en Alsace et en Lorraine proche sont consacrées au médium photographique.

La plus imposante se situe à Meisenthal, dont nous suivons et apprécions la programmation (Stephan Balkenhol en 2011 et Tony Cragg en 2012).

Cette année, c'est Else(Twin) Gabriel qui occupe le lieu avec une installation surprenante. Vous en saurez un peu plus ci-dessous.

Les autres expositions se répandent du Nord au Sud.
Vous avez bien sûr les "Rencontre d'Arles du 1er Juillet au 22 septembre, le programme complet est ici: 
Rencontre Arles Photographies.

A Strasbourg, trois expositions mettent les photographes à l'honneur:
Le CEAAC présente les photographies de Nathalie Savey suite à une résidence en Corée (exposition du 28 juin au 28 juillet, lecture musicale, dimanche 7 juillet à 17h00 d'un texte de Philippe Jacottet « les nuages » par Marie Seux (comédienne), accompagnée des percussions de Yuko Oshima.
Nous suivons ce travail depuis de nombreuses années et il est toujours aussi sensible et touchant. Une mention à un rocher sur lequel s'écoule de l'eau...

La Chambre présente les oeuvres de Pierre Jamet, magnifiquement exhumées par sa fille Corinne: des images sensibles et engagées.

Et à Stimultania, des projections de trois photographes Guillaume CHAUVIN, Laureen MACHU et Chloé MEUNIER sous le titre "L’USAGE DU MONDE".


Bonnes visites.

La Fleur du Dimanche.