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mercredi 29 avril 2026

Alarm Clocks... de Robyn Orlin, Camille et Phuphuma Love Minus: A l'eau, à l'eau - Eau secours !

On dit que le hasard n'existe pas, qu'il n'y a que des rencontres. 
Mais des fois, il faut forcer le hasard, parce que les rencontres auront été difficile à mettre en oeuvre. C'est le cas de ce spectacle Alarm Clocks, créé à La Filature de Mulhouse en partenariat avec La Coupole de Saint Louis, et coproduit avec la Philharmonie de Paris où elle sera jouée du 4 au 7 mai. Il réunit trois noms, trois entités de la danse, de la chanson et de la chorégraphie qui se sont déjà rencontrées précédemment, entre autres pour le spectacle Walking next to our shoes… dans les années 2010 en ce qui concerne Phuphuma Love Minus, la chorale masculine sud-africaine et Robyn Orlin. Cette dernière  a également collaboré dans ces années-là avec Camille sur son disque Ilo Veyou. Ce trio devait monter le spectacle en 2020, mais le Covid est passé par là et une première version "light" a été montrée à Lyon, non pour la Fête des Lumières mais pour les nuits de Fourvière en mai 2024 avec le choeur en vidéo. Et puis il y a eu Emilia Perez... Et la pluie de récompenses, à Cannes, aux Césars, aux Golden Globes et aux Oscars - une grosse année bien chargée pour Camille. 


Alarm Clocks - Camille - (c) Mehdi Benkler


Et enfin cette production reprend grâce à la Filature et ses partenaires avec une semaine de résidence pour peaufiner la collaboration entre les parties. Le véritable titre en est (comme on peut s'y attendre avec Robyn Orlin) en entier: 

...ALARM CLOCKS ARE REPLACED BY FLOODS AND WE AWAKE WITH OUR UNWASHED EYES IN OUR HANDS ... A PIECE ABOUT WATER WITHOUT WATER

ce qui signifie en français "... les réveils ont été remplacés par des inondations et nous nous réveillons avec, dans nos mains, les yeux pas lavés ..... une pièce sur l'eau sans eau" et nous rend attentif à ce que nous ne voulons pas (encore) voir...

Pour essayer de nous avertir et surtout nous "ouvrir les yeux", Robyn Orlin, creuse donc, non un puit, mais l'idée était de catte rencontre autour de l'eau avec la chanteuse Camille dont on connait le rapport original au son et ce choeur d'hommes sud-africain dont le répertoire rassemble autant des chansons traditionnelles que des chansons engagées. Car les Phuphuma Love Minus cultivent la tradition de l’isicathamiya, ces chants a cappella sur lesquels ils dansent en rythme, réactivations de la tradition des ouvriers zoulous des faubourgs de Durban et Johannesburg. Leur arrivée sur scène sera surprenante car Camille commence seule, enfilant une robe colorée dont les bords font tout un cercle autour d'elle sur la scène dans un patchwork tout en nuances bleues et vertes - le costume est fait de toute une série de "plastiques": nylon, lycra, élasthanne,... dont elle liste poétiquement les noms - et qui fait une flaque, un lac, synecdoque et métaphore de l'eau, de la mer, que ces déchets polluent. Camille va interpréter, également à capella, puis avec les choeurs de Phuphuma Love Minus, des chansons traditionnelles "A la claire fontaine", comme une chanson du groupe punk Garbage (clin d'oeil appuyé aux déchets) où elle arrive à imiter les riffs et les distortions de la guitare, et bien sûr aussi quelques-uns de ses tubes dont Allez allez allez... ou encore une chanson en mémoire des grandes inondations en Louisiane dans un très beau blues. Ses chansons se tissent en alternance ou finement imbriquées dans les choeurs masculins. Et ceux-ci alternent leurs chants qui parlent aussi, entre autres, de l'eau - qui manque dans le désert - de leurs magnifiques variations à voix multiples et de leurs chorégraphies tellement naturelles que Camille se sent presqu'obligée de faire une démonstration de danse classique - ce qui n'est pas évident avec son costume. Mais elle n'a pas de souci à se faire, le groupe qui l'entoure de ses rythmes et mouvements, chants, bruitages divers (vent, pluie, mer) est en totale symbiose et en fait véritable un groupe "augmenté". Saluons au passage les effets spéciaux en vidéo d'Eric Perroys très bien sentis et variés qui nous plongent littéralement dans une mer de mouvements, au risque de s'y noyer, sans oublier Birgit Neppl qui a conçu ce "costume-décor" magique et transformable  en mer émouvante. 


Alarm Clocks - Phuphuma Love Minus - (c) Philippe Laine


De temps en temps Camille, elle, plonge sur la scène dans la caméra fixée au sol pour faire quelques confidences et communier avec le public. On lui sent une très belle complicité, qu'elle va pousser jusqu'à démolir le mur de l'enceinte pour le transformer en un agréable liquide amniotique qui nous berce de bonheur. Mais elle n'en est pas dupe pour autant et reste critique, tout autant que Robyn Orlin et ses compatriotes et elle rappelle à Emmanuel Macron que l'eau - et l'Océan ("Emmanuel, l'Océan c'est nous") - est en danger et qu'il ne faut pas oublier de s'engager (ce qu'il n'a pas fait lors de la conférence de l'UNOC - Conférence des Nations Unies sur l’Océan) en le lui rappelant, pour conclure le concert sur une note salée: "Emmanuel, as-tu oublié l’océan salé où tu es né ?"


Alarm Clocks - Phuphuma Love Minus - (c) Philippe Laine


Pour nous, l'océan, même en danger, a été surtout une belle rencontre, rencontre de culture, découverte d'une personnalité attachante et empathique, d'une voix magnifique, intensifiée par cette rencontre de ces extraordinaires voix d'Afrique du Sud et de ces dix interprètes qui joignent le geste aux beaux chants pour littéralement nous enchanter.  Une très belle traversée en chanson, un voyage sur et sous l'eau, dont nous gardons quelques précieuses gouttes en mémoire.

En prime, pour vous montrer la magie de la rencontre, même si vous n'êtes pas dans la salle en proximité, je vous offre ces quelques extrait filmés par Arte ici:



Bon spectacle

La Fleur du Dimanche


Alarm Clocks

...ALARM CLOCKS ARE REPLACED BY FLOODS AND WE AWAKE WITH OUR UNWASHED EYES IN OUR HANDS ... A PIECE ABOUT WATER WITHOUT WATER

Création - 29 avril à 20h00 à la Filature - Mulhouse

Tournée

Paris - La Philharmonie - du 4 au 7 mai 2026 - 20h00
Luxembourg - La Philharmonie Luxembourg -  dimanche 10 mai 2026  - 19h30
Anglet - Théâtre Quintaou (grande salle) - mercredi 13 mai  - 20h00

Distribution

Robyn Orlin , conception, mise en scène, costumes, décor
Camille , chant, danse
Phuphuma Love Minus
Mlungiseleni Majozi , chant
Saziso Mvelase , chant
Lucky Khumalo , chant
Mqapheleni Ngidi , chant
Jabulani Mcunu , chant
Amos Bhengu , chant
Siphesihle Ngidi , chant
Mbongeleni Ngidi , chant
Mbuyiseleni Myeza , chant
S'Yabonga Majozi , chant
Marie Sigal , cheffe de choeur
Birgit Neppl , costumes, décor
Jean-Marc L’Hostis , régisseur général
Vito Walter , conception lumière
Eric Perroys , vidéo
Zak Cammoun , son

vendredi 30 janvier 2026

Au Festival Premières au Maillon: Das Wetter zuhause. Ein Wohnzimmerballett - Il fait - enfin - beau à la maison... Mais où est ma maison?

 La météo est le sujet idéal pour lancer une conversation. Est-ce la raison pour laquelle la télévision russe a intitulé l'émission Pogoda doma - Le temps qu'il fait à la maison - pour interviewer des artistes chez eux? En tout cas c'est sur cette émission qui interroge l'âme slave des deux artistes que sont ses parents - et par ricochet lui-même enfant et sa grande soeur, qu'Aleksander Kapeliush se base pour illustrer - et justifier son parcours de danseur qui a viré en metteur en scène qu'il nous présente dans sa pièce Das Wetter Zuhause. Ein Wohnzimmerballet - La météo à la maison, un ballet de salon dans le cadre du Festival Premières du Maillon, accueilli à la HEAR


Aleksandr Kapeliush - Das Wetter zuhause. Ein Wohnzimmerballett - Photo: Steven M. Schultz


Le récit d'Aleksander Kapeliush est ponctué par ses multiples voyages, symbolisés par cette valise qu'il transporte et d'où il sort les objets fétiches qu'il dépose lors de ses différentes étapes: une photo de lui avec sa mère, un cygne (hautement symbolique) et une grenade rouge en céramique, une sorte de chez-soi portatif. Ces voyages dans les différents pays où il a habité après avoir quitté la Russie et Saint Pétersbourg après l'invasion de l'Ukraine, Israël et l'Allemagne, Berlin et Ludwigsburg sont matérialisé par ses entrées et sorties du plateau, qui se structurent en 4 actes avec une "Ouverture" et une fin "Happy End" où à priori tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes et la météo du foyer est au beau fixe: "Zuhause ist es gutes Wetter".


Aleksandr Kapeliush - Das Wetter zuhause. Ein Wohnzimmerballett - Photo: Steven M. Schultz


La révélation dans cette émission de vouloir devenir danseur et aussi de "construire une maison", un "théâtre" prouvent sa constance et sa ténacité. La présence continue de l'archétype du Lac des Cygnes, autant jeu d'enfant, thème musical, symbole de la Nation Russe et de la liberté et de la Perestroika (comme le 19 août 1991 jour du Putsch de Moscou) et oeuvre éminemment symbolique de son orientation sexuelle sous-tend et balance aussi continuellement son histoire. Directement dans son parcours de vie et également dans le déroulé de ce drame musical de Tchaïkovski en quatre actes qui rythme la narration.

Ainsi, de ce parcours forcé, qui lui permet d'avoir appris quatre langues (russe, allemand, hébreux, anglais), bientôt cinq, d'avoir deux passeports (des deux pays en occident en guerre, la Russie et Israël), qui lui fait se rendre compte qu'il est plutôt calme et effacé et plus proche de Rothbat que d'Odette, il nous livre une chronique équilibré, entre confidence et questions-réponses à un simili interrogatoire administratif, non dénué d'un humour aigre-doux. Et il entrecoupe cela de courts apartés artistiques dans un coin, voyage dans le temps, ou de musique et chansons, qu'il a écrite, s'accompagnant à la guitare ou au piano pour une chanson de son idole Taylor Swift.  


Aleksandr Kapeliush - Das Wetter zuhause. Ein Wohnzimmerballett - Photo: Steven M. Schultz


La scénographie et le décor minimaliste nous projettent dans les différentes périodes et lieux dans lesquels il nous mène en distillant de temps en temps quelques notations politiques ou sentimentales, aidé par les effets de lumière minimalistes sur le plateau et les scènes parallèles. Les effets de mise en scène, en particulier cette "grande chaise" qui avait servi à le montrer enfant et qui montre sa fragilité ou le plateau qui lui devient inaccessible sont plus parlants que mille explications tout comme les "entremets" dansés ou les "cartons" du ballet en référence, dont il prouve bien que même une histoire écrite peut évoluer et finir autrement que la fin - qui n'est jamais définitive. 

Avec Das Wetter zuhause. ein Wohnzimmerballett, Aleksander Kapeliush, en nous plongeant dans une partie de sa vie intime nous montre que le privé et l'intime ne se réduit pas à ce qui se passe entre quatre murs d'une chambre et que le climat politique a aussi une influence sur le destin de chaque individu.


La Fleur du Dimanche


A voir aussi lors du Festival Premières au Maillon du 29 au 31 janvier 2026:

Language: No Problem de Marah Haj Hussein

Bidibibodibidoo de Francesco Alberici

Et le 6 et 7 février:

It’s the end of the amusement phase de Chara Kotsali 

Qui a peur  de Davide-Christelle Sanvee


Das Wetter Zuhause. Ein Wohnzimmerballet

Avec le Maillon à la HEAR du 29 au 31 janvier 2026

De : Aleksandr Kapeliush
Avec : Aleksandr Kapeliush et Amin Zariouh
Textes et chansons : Aleksandr Kapeliush
Conseils chorégraphiques : Leonid Leontev
Son : Dmitry Klenin
Invitée spéciale : M. Amin Zariouh
Voix : Germaine Sollberger
Pour, avec et sur : Marina Solopchenko, Emil Kapeliush, Vera Latysheva
Production: Akademie für Darstellende Kunst Baden-Württemberg GmbH
© ADK Baden-Württemberg (première en novembre 2024, ADK)
Direction artistique : Prof. Ludger Engels
Avec le soutien de l’Onda – Office national de diffusion artistique




samedi 7 décembre 2024

Casse-Noisette à l'Opéra National du Rhin: Le plaisir dansé des fêtes

 C'est un menu de fêtes auquel nous invite Bruno Bouché, le directeur du Ballet de l'Opéra National du Rhin avec Casse-Noisette de Tchaïkovski dans une chorégraphie signée Rubén Julliard à l'Opéra National du Rhin et à la Filature de Mulhouse juste avant Noël. Cette pièce presqu'iconique pour les festivités de fin d'année où tout le monde, et surtout les enfants pensent à la magie de Noël - et aux cadeaux - est effectivement un très beau cadeau qui ne risque de décevoir ni les parents, ni les enfants.


Casse-Noisette - Tchaïkovski - Ballet de l'ONR - Rubén Julliard - Photo: Agathe Poupeney

Dans sa volonté d'inscrire l'écriture chorégraphique dans le monde contemporain, Bruno Bouché a sollicité un chorégraphe danseur qui connait très bien l'oeuvre de Tchaïkovski puisqu'il l'a dansée à de nombreuses reprises - plus de 150 fois - dans sa carrière et qui connait très bien les danseurs du Ballet du Rhin dont il fait partie depuis 2019 et où il a déjà eu l'occasion de créer deux chorégraphies dans le programme d'ouverture du Ballet. Il a d'ailleurs signé d'autres chorégraphies auparavant dans d'autres compagnies. Pour cette création il a composé une chorégraphie très riche dans laquelle il a considéré les interprètes en adaptant les styles de danse aux différentes personnalités de la troupe du Ballet. Ballet qui il est vrai pratique autant le style classique que le contemporain. Et c'est un des points forts de cette création puisque l'on navigue entre des pointes, des tutus, de l'académique et des mouvements totalement contemporains, avec des brisures, des aspects plus mimodramatiques, mais pas trop, des magnifiques mouvements d'ensemble et aussi beaucoup d'humour et bien sûr l'émerveillement et le rêve que convoque le conte d'Hoffmann sur lequel se base cette histoire. 


Casse-Noisette - Tchaïkovski - Ballet de l'ONR - Rubén Julliard - Photo: Agathe Poupeney

Et surtout la musique de Piotr Illich Tchaïkovski dont la plupart des tableaux ou extraits de danse sont devenus presque une série de tubes. En lever de rideau déjà la musique nous entraîne avec légèreté et énergie. La cheffe d'orchestre coréenne Sora Elisabeth Lee que nous avions déjà vu diriger les Oiseaux quand elle a intégré l'Opéra studio et la version de Giselle en 2023, revient ici avec l'Orchestre Philharmonique de Strasbourg. Pendant que quelques airs nous mettent en appétit, les personnages du conte passent dans un défilé humoristique sur l'avant de la scène. Et quand le rideau s'ouvre, ils se retrouvent en ombres chinoises sur la verrière de fond d'une énorme pièce, sorte de loft post-industriel, que l'on découvre comme grand espace pour l'accueil des invités de la famille Drosselmeyer, avec à l'avant l'atelier de Monsieur. Le couple Drosselmeyer a une gestuelle très originale toute en brisure et en désaxements accentués par les longs bras flexibles des danseurs. Leurs mouvements tout en pliures se propagent au reste des convives dans de magnifiques tableaux animés très cinématographiques. 


Casse-Noisette - Tchaïkovski - Ballet de l'ONR - Rubén Julliard - Photo: Agathe Poupeney

Quand Clara la petite fille, l'héroïne de ce conte les a rejoint et que Mme Drosselmeyer présente la collection de marionettes-pantins qui, via une armoire magique, vont se retrouver en grand dans des personnages - Arlequin et Colombine, une Alsacienne et son soldat et la sublime princesse Pirlipat dans une tutu éblouissant de beauté. Profitons-en pour saluer le travail de création de costumes de Thibaut Welchlin, quelques uns sauvés des réserves et l'intelligence et l'inventivité de la scénographie de Marjolaine Mansot, tous deux ayant fréquenté le Ballet quand ils étaient à l'école du TNS. Tout comme Marco Hollinger qui est le maître des lumières, du clair obscur et des ors scintillants qui font rêver. Et n'oublions pas Eline Malègue qui a, avec Rubén Julliard, donné une touche très contemporaine et vivante à cette intrigue avec cette jeune équipe inventive.


Casse-Noisette - Tchaïkovski - Ballet de l'ONR - Rubén Julliard - Photo: Agathe Poupeney

Il y a bien sûr le Casse-Noisette, dernière création de M. Drosselmeyer, le cadeau pour Carla qu'elle cassera et qui, après avoir été réparé et être passé dans l'armoire magique, commencera sa vie pleine de rebondissements avec des mouvements très rigides et précis, comme il sied à un pantin pour devenir beaucoup plus rond et humain vers la fin. 


Casse-Noisette - Tchaïkovski - Ballet de l'ONR - Rubén Julliard - Photo: Agathe Poupeney


Mais auparavant il devra se battre contre les souris qui envahissent la maison à minuit et ce sera l'occasion de multiples courses poursuites et combats au cours desquels il sera ligoté. Il y a bien sûr la majestueuse valse des flocons et au niveau musical quelques emprunts à des airs des chansons françaises et l'air du Grossvater (grand-père). 


Casse-Noisette - Tchaïkovski - Ballet de l'ONR - Rubén Julliard - Photo: Agathe Poupeney


La deuxième partie du ballet est d'ailleurs l'occasion d'une série de voyages musicaux tout droit sortis de boites cadeaux qui ont rempli l'ensemble du décor: l'Espagne, l'Arabie, la Chine, la Russie, la danse du Slinky - drolatique costume très original et inventif - la danse des clowns aux ballons et des ballerines de boite à musique. Tchaïkovski a intégré dans sa musique des instruments nouveaux comme le celesta et des sonorités qui apportent une ambiance de conte et de fantastique, des airs entêtants - dont certains très courts d'ailleurs - qui deviennent des ritournelles comme des boites à musique qui tourneraient sans fin dans notre tête et apportent une note de fraîcheur juvénile à son récit. Comme par exemple la valse des fleurs qui nous emporte dans son tourbillon sans fin. 


Casse-Noisette - Tchaïkovski - Ballet de l'ONR - Rubén Julliard - Photo: Agathe Poupeney

Et Rubén Julliard avec sa chorégraphie alerte, enchantée et ses interprètes virtuoses et quelquefois acrobatiques sur lesquels il s'est appuyé pour aller au plus loin de leur engagement nous présente ici un joli petit bijou de conte de fée (Dragée, ne pas oublier celle-là). D'ailleurs nous ne pouvons pas les oublier toutes et tous et les airs qui les accompagnent puisque pour finir et nous permettre de nous rejouer cette merveilleuse soirée, tout le monde repasse en forme de défilé résumé avant le tableau final qui présente le réveil de la jeune Clara qui en l'espace d'une soirée un peu extraordinaire a bien grandi. 


Casse-Noisette - Tchaïkovski - Ballet de l'ONR - Rubén Julliard - Photo: Agathe Poupeney

Et nous, public avons également passé une soirée plaisir même si nous avons rapetissé par rapport au décor car tout, musique, costumes, lumière, décors, danseurs, étaient là pour nous enchanter et nous faire rêver.


La Fleur du Dimanche


Casse-Noisette


A Strasbourg du 6 au 13 décembre à l'Opéra du Rhin

A Mulhouse du 20 au 23 décembre à la Filature


Distribution

Chorégraphie: Rubén Julliard

Musique: Piotr Ilitch Tchaïkovski

Direction musicale: Sora Elisabeth Lee

Dramaturgie: Rubén Julliard, Éline Malègue

Scénographie: Marjolaine Mansot

Costumes: Thibaut Welchlin

Lumières: Marco Hollinger


Les Artistes

Ballet de l'Opéra national du Rhin, Orchestre philharmonique de Strasbourg, Les Petits Chanteurs de Strasbourg - Maîtrise de l'Opéra national du Rhin

Clara: Marta Dias, Di He

Mr Drosselmeyer: Erwan Jeammot, Pierre-Émile Lemieux-Venne

Mme Drosselmeyer: Susie Buisson, Julia Weiss

Casse-Noisette: Cauê Frias, Miquel Lozano

Princesse Pirlipat: Alice Pernão, Julia Weiss

Roi des rats: Marc Comellas, Marin Delavaud

samedi 7 mai 2022

Au Centre Pompidou Metz, Boris Charmatz avec 20 danseurs pour le XXe siècle et plus encore : L’Art bouge dans les Musées

 La danse au Musée, est-ce fait pour la remiser ? Non, c'est plutôt pour la défriser et lui insuffler toute son énergie, lui ouvrir les portes du studio ou de la salle de spectacle, lui ouvrir des horizons nouveaux, toucher un public qui à priori ne serait jamais allé la voir. Bon, ne nous leurrons pas, il y a quand même un public fidèle qui va y assister, un public de connaisseurs. Et encore, la proposition de Boris Charmatz,  20 danseurs pour le XXe siècle et plus encore qui interroge l’archive vivante de la danse, de Gisèle à Nijinski en passant par Valeska Gert jusqu’au voguing, parcourt, les joyaux du XXème et du XXIe siècle dans une relecture délibérément actuelle. Et propose ainsi dans le même temps un panorama d'extrême qualité et une diversité de courants qui ne peuvent qu'aller dans le sens d'une ouverture et d'un brassage de genres. C'est dans ce même esprit d’ouverture qu'a été fondé le Centre Georges Pompidou, structure ouverte et pluridisciplinaire et au Centre Pompidou-Metz, sa première antenne décentralisée, dans le chef-d’œuvre architectural de Shigeru Ban. La manifestation s’inscrit également dans une collaboration avec les festivals transfrontaliers,  Perspectives liant la Moselle à Sarrebrück et Passages Transfestival qui navigue entre Nancy, Metz et le Luxembourg. Ainsi la Danse, comme art vivant a toute légitimité pour être accueillie dans ce Centre d'Art Moderne et Contemporain, non seulement pour se frotter aux oeuvres d'art qui y sont exposées, mais tout simplement parce que la Danse Contemporaine, au même titre que pourrait l'être la "performance" est un geste artistique, non pas déconnecté de la réalité et de l'actualité mais un geste de relation avec son public, un lien entre création et public.

D'autant plus que cette réactivation des différentes pièces (nombreuses - plusieurs par danseur/euse) sont aussi présentées et introduites avec la sensibilité et la transmission personnelle de chaque interprète. Ces vingt interprètes qui ont tous des magnifiques parcours soit dans des compagnies internationales, soit auprès de chorégraphes ou de figures qui ont marqué la danse dans le siècle qui vient de passer, vont se faire passeurs de cette expérience, de cette transmission, de ces moments d'exception vécus et recrées. Tout cela avec leur sensibilité et leurs qualités propres. Et leur personnalité... Car parmi les douze interprètes la variété est grande autant en terme d'école que de courant ou de style. Je vous en donne un petit aperçu, trois heures de balade dans le Centre ne permettrons pas de faire le tour complet de la richesse de ces propositions.

Commençons par le Forum, hall d'entrée du Centre, avec son sol en béton sur lequel Laura Bachman, ancienne de l'Opéra de Paris, partenaire de Benjamin Millepied et membre de la troupe Rosas d'Anne Teresa de Keersmaeker et chorégraphe pour des films le cinéma (Wes Anderson, Nils Schnieder)  nous présente, entre autre une très belle et très inspirée histoire de Gisèle puis une chorégraphié qu'elle a faite pour le film Black Swan


20 Danses pour le XXe siècle - Charmatz - Laura Bachmann - Photo: lfdd

20 Danses pour le XXe siècle - Charmatz - Laura Bachmann - Photo: lfdd

20 Danses pour le XXe siècle - Charmatz - Laura Bachmann - Photo: lfdd


Autre interprète, autre espace, autre époque, au premier étage, dans la galerie 1, dans l'exposition qui vient d'ouvrir l'exposition "Le musée sentimental d'Eva Aeppli", l'artiste et chorégraphe hongroise Boglàrka Börcsök nous accueille dans la salle où sont accrochées les sculptures suspendues d'Anette Messager pour un hommage à la danseuse-cabaretiste allemande trop peu connu Valeska Gert. Elle en présente quelques pièces expressionnistes qui surprennent, encore aujourd'hui le public qui passe à proximité: Japanishe Groteske (1917), Canaille (1919), Der Tod (1922) et quelques autres avec une belle énergie et une très forte présence. Lui succède le basque Allister Madin sur des pièces classiques également.

20 Danses pour le XXe siècle - Charmatz - Boglarka Börcsok - Photo: lfdd

20 Danses pour le XXe siècle - Charmatz - Boglarka Börcsok - Photo: lfdd


Au même étage officie également, Olga Dukhovnaya, danseuse, chorégraphe et pédagogue d'origine ukrainienne et installée en France qui nous propose des pièces inspirées par Charlot, des danses folkloriques et sa version mémorable et puissante de la Mort du cygne (1905) d'Anna Pavlova.

20 Danses pour le XXe siècle - Charmatz - Olga Dukhovnaya - Photo: lfdd
   

A l'étage au dessus, nous assistons à la performance de Joao Fiadero sur la pièce sonore d'Alvin Lucier qui vient de mourir "I am sitting in a room different from the one you are in now" et au troisème étage, dans la galerie 3, d'autres performances, dont un extrait de la pièce "La Fille du Collectionneur" de Théo Mercier, par Marlène Saldane, plutôt comédienne où elle incarne les objets d'arts dans un inventaire à la fois drôle et sérieux devant nos yeux ébahis sur le très beau fond de décor qu'est le panorama unique de la Ville de Metz. Elle est suivie par Bryana Fritz, chorégraphe, danseuse et écrivaine qui fait une performance assez punk, dansée sur une musique qui balance en racontant en anglais une histoire féministe de princesse qui s'arrache la langue. 

Dans une autre salle alternent Soa Ratsifandihana, ancienne interprète de James Thiérée et de Rosas avec des improvisations sur une musique aux accents de soleil. Lui succède Magali Caillet Gajan qui depuis les années 1990 avec Angelin Preljocaj a côtoyé les grands noms de la danse contemporaine en France autant en tant qu'interprète ou sur des chorégraphies. Elle nous fait un numéro dansé parlé avec sa vie en résumé toute en mouvement pour finir sur une superbe chorégraphie, hommage à Dominique Bagouet très émouvante.

20 Danses pour le XXe siècle - Charmatz - Magali Caillet Gajan - Photo: lfdd

20 Danses pour le XXe siècle - Charmatz - Magali Caillet Gajan - Photo: lfdd

20 Danses pour le XXe siècle - Charmatz - Magali Caillet Gajan - Photo: lfdd

Changeons d'espace pour le forum dans lequel Dai Jian, danseur originaire de Chine qui après l'Académie de Danse de Pékin es parti aux Etats-Unis avec Shen Wei puis Trisha Brown et qui présente la philosophie de cette chorégraphe du mouvement pur, dépossédé d'un sens caché et il nous montre à les expliquant quelques pièces de la chorégraphe en nous rendant attentif à la difficulté technique et de coordination de ces pièces, même très simple, comme l'ultra-courte pièce "Chute" où tout est dit dans le titre mais dont l'interprétation n'est pas sans difficulté.


20 Danses pour le XXe siècle - Charmatz - Dai Jian - Photo: lfdd

Citons pour mémoire les interprètes Nestor Garcia Diaz, d'Espagne et qui travaille régulièrement avec Tino Sehgal, Mai Ishiwata collaboratrice de Carlotta Ikeda, I-Fang Lin, qui a travaillé entre autres avec Mathilde Monnier et Christian Rizzo, Filipe Lourenzo dont le travail s'inspire beaucoup de la musique arabe andalouse,  Fabrice Mazliah qui est passé entre autres chez William Forsythe, le Lyonnais Julien Monthy passé du classique à Anne Theresa de Keermaeker/Rosas, Alex Mugler, danseur et figure importante de la scène Voguing qui présente en noir et sur talons hauts un aperçu de cette expression dans l'air de New York. N'oublions pas Katia Petrowick qui présente un extrat de Crowd de Gisèle Vienne qui sera à l'affiche du Festival le 11 mai, et dans le monte-charge, entre autres lieux, la décoiffante et soûlante performance de Frank Willens, imperturbable et bavard, mais magistral et incroyablement prenant qui nous raconte sa vie, nous récite les poètes beatnik américains sans fatiguer et qui déboule dans la salle où officie Julie Shanahan dans une "messe" en hommage à Pina Bausch en faisant participer, comme Pina l'a fait, le public à la cérémonie et à la procession extatique:


20 Danses pour le XXe siècle - Charmatz -Frank Willens - Photo: lfdd

20 Danses pour le XXe siècle - Charmatz -Frank Willens - Photo: lfdd

20 Danses pour le XXe siècle - Charmatz -Frank Willens - Photo: lfdd

20 Danses pour le XXe siècle - Charmatz -Frank Willens - Photo: lfdd

20 Danses pour le XXe siècle - Charmatz -Frank Willens - Photo: lfdd

20 Danses pour le XXe siècle - Charmatz -Frank Willens - Julie Shanahan - Photo: lfdd

20 Danses pour le XXe siècle - Charmatz - Julie Shanahan - Photo: lfdd

20 Danses pour le XXe siècle - Charmatz - Julie Shanahan - Photo: lfdd

20 Danses pour le XXe siècle - Charmatz - Julie Shanahan - Photo: lfdd

20 Danses pour le XXe siècle - Charmatz - Julie Shanahan - Photo: lfdd

20 Danses pour le XXe siècle - Charmatz - Julie Shanahan - Photo: lfdd

20 Danses pour le XXe siècle - Charmatz - Julie Shanahan - Photo: lfdd



On peut résumer le résultat de cette manifestation en une image: "La relève est assurée!"

20 Danses pour le XXe siècle - Boris Charmatz - La relève - Photo: lfdd


La Fleur du Dimanche

jeudi 28 avril 2022

Giselle... de François Gremaud et Samantha van Wissen au Maillon: l'art du récit et de la suspension

 Giselle, qui ne connaît pas le célèbre ballet d'Adolphe Adam, le summum du ballet romantique sur une idée de Théophile Gautier et un livret co-écrit avec Jules-Henri Vernoy de Saint-Georges. Vous avez sûrement vu ou entendu ou au moins entendu parler de ce ballet qui fut le premier succès populaire pour un ballet, au point que son interprète Carlotta Grisi vit son salaire plus que tripler après l'avoir créé, le jour de ses 22 ans le 28 juin 1841. Mais attention, Giselle... de François Gremaud présenté au Maillon, si vous faites bien attention, compte trois points de suspension. De suspension, il en est effectivement question, puisque la danse est l'art du saut, de la légèreté, de l'élan vers le ciel et aussi du "porté", où les danseurs sont les faire-valoir des danseuses "sylphides" (du nom du premier ballet romantique), êtres sans corps et aérien. Et que l'on va voir quelques sauts, des déboulés, de jetés et grand jetés par la performeuse-danseuse Samantha van Wissen. Nous avons en version mimée (et même pantomimée) et dansée la matière de Giselle sans point de suspension, donc sans silence, mais avec commentaire, texte et contexte. C'est un vrai plaisir et un réel éclaircissement que d'avoir, d'abord en introduction un rappel rapide de la source de la danse (le Roi Soleil, Louis XIV, excusez du peu) jusqu'à la vraie reconnaissance de cet art qui marie musique et mouvement. Et, pour finir une très instructive "lecdem" ou lecture commentée, conférence non pas gesticulée mais vraiment dansée de ce ballet. Car Samantha est danseuse,  déjà en 1992 chez Anne Teresa De Keersmaeker dans la compagnie Rosas). Ce texte est à la fois bien didactique et explicatif, mais aussi avec beaucoup d'humour et de distance avec le texte écrit par François Gremaud et qui va comme un gant à l'interprète. 

Giselle- François Gremaud - Samantha van Wissen - Maillon - Photo: Dorothée Thébert-Filliger

Nous avons ainsi droit à presque deux heures de conférence (et de texte) en plus de la danse, où Samantha van Wissen incarne l'ensemble de la distribution du ballet, à savoir bien sûr Giselle, sa mère Berthe, ses deux amoureux, Hilarion et Loys (qui est aussi Albrecht), le chatelain, le duc de Courlande et sa fille Bathilde, mais aussi Wilfried, l'écuyer d'Albrecht, un chasseur, sans oublier la reine des Willis, plus deux willis qui font un duo adorable et même - et là c'est le clou du spectacle - l'ensemble de la troupe des willis au grand complet, c'est-à-dire un ensemble de 32 danseuses en batterie qu'elle arrive à nous faire imaginer remplir la scène.  Les willis, qui ont également donné le sous-titre au ballet Giselle sont des nymphes, en réalité des jeunes filles vierges mortes d'avoir trop dansé. Et Samantha nous conte ainsi cette passion de la danse, sur la scène et dans la vie, liée à l'amour, au point d'en être mortel.

Giselle- François Gremaud - Samantha van Wissen - Maillon - Photo: Dorothée Thébert-Filliger


Grâce à cette époustouflante prestation nous pouvons comprendre ce dont parle le ballet (qui par définition est muet), d'en saisir l'histoire tout en ayant un regard historique sur la danse - Samantha van Wissen nous fait même une lecture comparée en présentant les interprétations à travers les siècles, de Carlotta Grisi à Natalia Makarova, ou, pour les personnages masculins de Petipa à Mikhail Baryshnikov ou Noureev. Le tout avec un enthousiasme, une énergie, une prestance sans faille et un humour bien pesé. Une prestation qui nous donne envie de voir (ou revoir) la vraie Giselle mais qui nous donne aussi envie de voir la suite (et le début) du triptyque de François Gremaud dans lequel s'insère cette pièce, à savoir Carmen (à venir...) et Phèdre!  avec point point d'exclamation pousse à guetter le prochain passage de la pièce.

Giselle- François Gremaud - Samantha van Wissen - Maillon - Photo: Dorothée Thébert-Filliger


Mais nous ne pouvons conclure sans parler de la musique et du formidable petit orchestre de chambre avec Anastasia Lindeberg au violon, Valerio Lisci à la harpe,  Héléna Macherel à la flûte et Sara Zazo Romero au saxophone, puisqu'un ballet c'est aussi de la musique. Et donc c'est Luca Antignani qui a adapté cette musique d'orchestre que Théophile Gautier qualifiait de "supérieure à la musique ordinaire des ballets; elle abonde en motifs, en effets d'orchestre; elle contient même, attention touchante pour les amateurs de musique difficile, une fugue très bien conduite." Cette fugue, effectivement bien enlevée qui quelquefois est ôtée dans les représentations et qui permet à la danseuse soliste de reprendre son souffle. Et la formation de chambre à effectif réduit arrive à faire passer autant d'énergie dans la partition que la performeuse-danseuse dans sa prestation.  


La Fleur du Dimanche


Giselle...

Au Maillon - Théâtre de Strasbourg, du 27 au 30 avril 2022

Avec : Samantha van Wissen
Conception et mise en scène : François Gremaud
Musique : Luca Antignani, d’après Adolphe Adam
Violon : Anastasia Lindeberg
Harpe : Valerio Lisci
Flute : Héléna Macherel
Saxophone : Sara Zazo Romero
Texte : François Gremaud, d’après Théophile Gautier et Jules-Henri Vernoy de Saint-Georges
Chorégraphie : Samantha van Wissen, d’après Jean Coralli et Jules Perrot
Assistanat : Wanda Bernasconi
Son, création : Bart Aga
Son, tournée : Raphaël Raccuia
Direction technique, lumière : Stéphane Gattoni - Zinzoline
Photographies : Dorothée Thébert-Filliger

mercredi 16 janvier 2019

The Falling Stardust d'Amala Dianor: La danse des cygnes électriques sous les étoiles

Amala Dianor, danseur et chorégraphe, venu du hip-hop, n'a pas peur de se frotter à d'autres domaines de la danse. Il a dansé avec de chorégraphes aussi divers que Régis Obadia, Roland Petit, Abou Lagraa et Emanuel Gat. Il est passé par le CNDC d'Angers et a travaillé en tant que chorégraphe autant avec des amateurs, de jeunes professionnels que des danseurs de hip-hop ou contemporains ou des gens en dehors de la danse. Et il s'est également mis en scène dans un solo "Man Rec".

Le travail qu'il présente en première au Théâtre de Hautepierre dans la programmation de Pôle Sud ce 16 janvier 2019, "The Falling Stardust" est une création où il confronte la danse classique, avec 9 danseuses et danseurs dont la plupart en sont issu(e)s, au monde de la danse contemporaine.
C'est une coproduction ambitieuse dont nous avions pu assiter précédemment à une présentation de "chantier" lors d'un atelier "Travaux Publics" où nous avions découvert le projet en germe.


Amala Dianor - The Falling Srradust 


Le résultat en est époustouflant. Un vrai voyage intergalactique dans l'univers de la danse classique.
La scène s'ouvre sur une grande sculpture (création de Clément Debras) qui se révèle être un "lustre d'opéra". La sculpture ressemble plus à une station spatiale ou à un corps céleste intergalactique et héberge en son sein les danseuses et les danseurs. L'obscurité dévoile au fur et à mesure les corps sculptés par la lumière fractale, qui finiront par prendre leurs marques sur le plateau et s'organiser en entités vivantes et mouvantes. Ils vont s'organiser par trois trios, dans un faux désordre, sorte de chaos pré-historique. Ces mouvements, tantôt soubresauts, frictions saccadées ou épileptiques, tantôt essais de structurations d'un mouvement d'ensemble en réorganisation de mouvements coordonnés, font passer une belle énergie. La bande son créée par Awir Léon soutient avec force percussions, battements et nappes sonores cette dynamique. Et l'on se demande si ce n'est pas une armée d'extraterrestres qui ont très bien appris la danse classique, - entre autres le Lac des Cygnes - qui sont en train de nous construire une chorégraphie classique restucturée. Les costumes noirs assez futuristes créés également par Clément Debras participent à cette atmosphère.


Amala Dianor - The Falling Srradust 


Après une première partie dédiée au nombre trois, la deuxième partie bascule plus dans un mouvement d'ensemble avec quelques mises en avant de solos qui mettent en relief la qualité de mouvement et la personnalité des différent(e)s interprètes et de leurs styles.
Ils - il faudrait dire elles puisque pour la troupe il y a deux danseurs et sept danseuses - sont tous/toutes magnifique dans leurs mouvements, leurs gestes qu'Amala Dialor a su magnifier et mettre en valeur: du style classique parfait mais totalement intégré dans un style contemporain post-classique à quelques expressions qui font ressurgir de la danse de rue ou presque de l'acrobatie.
Ce déferlement d'énergie atteint un climax puis, après un ressac, dans un réveil plus romantique et serein se clôt dans un tableau d'ensemble qui célèbre chacune et chacun dans un groupe réunifié.

Grâce à la qualité de l'ensemble des interprètes, le spectacle est à la hauteur de l'ambition du chorégraphe et la relecture très moderne et décomplexée du vocabulaire classique justifie l'engagement de l'ensemble des structures qui ont soutenues le projet.


Amala Dianor - The Falling Srradust 


Et les représentations et la tournée permettra à un large public de découvrir un talent en train d'émerger pour ceux et celles qui n'en étaient pas encore convaincu(e)s.

La Fleur du Dimanche


The Falling Stardust
CRÉATION / PREMIÈRES

Avec Pôle Sud au Théâtre de Hautepierre: du 16 au 18 janvier 2019
Tourné en France... 

Chorégraphie : Amala Dianor
Avec : Mourad Bouayad, Lucie Dubois, Baptiste Lenoir, Charlotte Louvel, Sandra Mercky, Keyla Ramos, Yukie Spruijt, Jeanne Stuart, Elena Thomas
Scénographie : Clément Debras
Lumières : Xavier Lazarini
Musique : Awir Léon
Coproduction : Théâtre de la Ville de Paris, La Villette, POLE-SUD CDCN Strasbourg, CNDC d’Angers, CCN Nantes, Maison de la danse de Lyon, Montpellier danse, Viadanse-CCNBFC de Belfort, scène conventionnée Scènes de pays dans les Mauges (49), Centre Chorégraphique National de Créteil et du Val-de-Marne / Compagnie Käfig direction Mourad Merzouki dans le cadre de l’Accueil Studio, CCM de Limoges scène conventionnée danse, L’Onde théâtre centre d’art.
Avec le soutien de la Caisse des dépôts, la Région Pays de la Loire, la Ville d’Angers.
La compagnie Amala Dianor est conventionnée par la Drac Pays de la Loire, soutenue par la Ville d’Angers et la Région Pays de la Loire.
Amala Dianor est artiste associé à POLE-SUD , CDCN de Strasbourg (2016/2019), artiste compagnon de la scène conventionnée Scènes de pays dans Mauges.