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dimanche 31 août 2025

Rouge Gazon à Bussang: des nappes de silence pour entendre la musique de Julien Lepreux en soi

 Pour clore la saison estivale et théâtrale de Bussang au Théâtre du Peuple, donc pour la dernière journée de cet été bien rempli, le choix de Julie Delille a été de faire silence, de ne plus parler, de laisser la musique entrer en nous et nous remplir de sentiments, de sensations. En l'occurrence, elle donne carte blanche au musicien Julien Lepreux - qui n'est pas un inconnu, puisqu'il a travaillé sur plusieurs pièces qu'elle a crées, dont le Conte d'Hiver présenté l'année dernière et, cette année le "feuilleton" Hériter des brumes. Il collabore aussi très régulièrement avec les chorégraphes Pierre Rigal et Emmanuel Eggermont. Et pour ce week-end festif et joyeux, c'est à l'église que la fête commence. 

C'est une très bonne idée d'autant plus que pour cette partie de la journée, l'entrée est gratuite. Bonne idée de partage, juste retour au lieu, ce pays de montagne, qui a inspiré Julien Lepreux. Comme il le dit lui-même:

« Les rivières, les lacs, les collines, la brume, et ce navire - vaisseau spatial qu’est le Théâtre du Peuple, les fantômes de l’amour et de la mort qui y errent nuit et jour et ces gens passionnés qui y travaillent m’ont inspiré une série de morceaux salvateurs que je présenterai en trois actes musicaux."


Théâtre du Peuple - Julien Lepreux - Rouge Gazon - Photo: Robert Becker


Cette série, il l'a intitulée Rouge Gazon, un titre qui va autant chercher du côté de Boris Vian et des souvenirs d'hivers enneigés du passé et ses journées de ski, ou de ballades ensoleillées d'été, ou tout simplement des odeurs de fleurs, d'herbe, de pluie, de feu de bois ou des vastes paysages sauvages balayés par le vent ou de sous-bois sauvages. Cest effectivement ce que nous allons traverser au long de cette après-midi qui commence sur un ton plutôt spirituel, propice à la méditation. Comme il convient à une église. Jérémy Marchal interprète à l'orgue des mélodies qui font penser à Jean-Sébastien Bach mais en plus joyeux. Les airs et les arrangements sont quelquefois carrément guillerets, puis peuvent devenir très ténus. Quelques bruitages surprenants font tourner des têtes et l'on repart dans un voyage fait de douceur et de variations rassérénantes. Un court voyage calmant qui nous berce.


Théâtre du Peuple - Julien Lepreux - Rouge Gazon - Photo: Robert Becker

Une déambulation ou procession ascensionnelle nous amène dans les près autour du Théâtre du Peuple où nous pouvons nous sustenter. Après quoi nous accédons à la salle de théâtre dont le fond de scène est entièrement ouvert pour la deuxième partie où nous assistons à une sorte de film immobile. En contre jour, les instruments de musique attendent la suite du programme et nous nous laissons bercer par de douces nappes enveloppantes et apaisantes où rien ne nous détourne de l'observation attentive dans une découpe cinématographique où s'inscrit la vie minuscule du sous-bois, avec le grand chêne symbolique et le jeu de la lumière sur le feuillages et sol au gré des passages de nuages et de la course du soleil. Rien, sauf Julien Lepreux qui entre en scène pour nous jouer un dernier morceau  au piano sur un ton acidulé.


Théâtre du Peuple - Julien Lepreux - Rouge Gazon - Photo: Robert Becker

Théâtre du Peuple - Jubilé 130 - Photo: Robert Becker

L'heure est venue pour célébrer comme il se doit le jubilé, ces cent trente ans depuis la fondation de l'institution théâtrale en partageant le gâteau d'anniversaire, après quelques paroles émues et bien senties et la constatation que l'équipe, maintenant totalement féminine a réussi son pari de dépoussiérer, dynamiser et partager cette joie, cette jubilation.


Théâtre du Peuple - Jubilé 130 - Photo: Robert Becker

Théâtre du Peuple - Jubilé 130 - Photo: Robert Becker

Qu'elle a permis la rencontre et l'échange et qu'elle va continuer à nous émouvoir, nous enchanter sur ce chemin de l'utopie d'un théâtre par et pour tous fait avec art et coeur. Après s'être léchés les doigts de gourmandise et trinqué à l'avenir du théâtre, le public retourne dans la salle pour la troisième partie.


Théâtre du Peuple - Julien Lepreux - Microréalité - Rouge Gazon - Photo: Robert Becker


Celle-ci est plus dynamique. Julien Lepreux aux synthés et qui prend aussi la guitare de temps en temps est toujours accompagné par Jérémy Marchal au synthé sont rejoints par Dayan Korolic à la basse et le dynamique Gwenaël Chartreux à la batterie. Ce dernier insuffle une rythme plus soutenu et un peu plus rock dans les compositions. La confrontation est intéressante et l'énergie monte d'un cran.  


Théâtre du Peuple - Julien Lepreux - Microréalité - Rouge Gazon - Photo: Robert Becker


Des nappes de brouillard viennent envahir le plateau et mourir dans la salle à l'image des nuages sur les sommets de la montagne. Mélanie Chartreux rejoint le groupe et sa voix en chants et vocalises venues de derrière la Lune dialogue avec les synthés et enchante l'atmosphère tandis que le soleil commence à décliner. Le décor sylvestre s'assombrit, des néons et le sol parsemé de feuilles mortes s'éclairent, teintés de rouge. Une danseuse, Cassandre Munoz surgit des bois et nous offre une danse en ode à la nature dans la lignée de la modern-danse. La soirée s'achève sur une folle rythmique qui recharge nos batteries et l'on aurait bien déplacé les bancs de la vénérable salle pour s'éclater avec le groupe qui chauffe bien l'atmosphère.


Théâtre du Peuple - Julien Lepreux - Microréalité - Rouge Gazon - Photo: Robert Becker


La fête est finie, l'euphorie de la jubilation se dissipe et le navire-théâtre continue sa route dans les brumes vosgienne. Rendez-vous à la prochaine escale. Bon vent à l'équipage ! 


La Fleur du Dimanche



Sommaire du Week-End:

Jour 1 : Hériter des Brumes - L'histoire du Théâtre du Peuple de Maurice Pottecher à Julie Delille

Jour 2 : Le Roi Nu d'Evgueni Schwartz mis en scène par Sylvain Maurice

Jour 2 : Je suis la bête par Julie Delille: une expérience ultime

Jour 3 : Le Jubilé et Rouge Gazon de Julien Lepreux et sa bande


Bussang en 2024 avec Julie Delille

Julie Delille s'enracine dans le territoire avec Le Conte d'Hiver de Shakespeare

et Les Gros patinent bien: Un duo de choc fait un carton


Bussang en 2023

Trois coups pour Hamlet, à part, historique et Machine, un magnifique tiercé avec Simon Delétang


Et le Jubilé  - 120 ans - en 2015

Le peuple au théâtre ? C'est à Bussang, bon sang ! Pas à Avignon… avec Vincent Goethals, Schiller et Brecht.

jeudi 28 novembre 2024

Rodolphe Burger à Bischheim: La vallée va à la ville avec Kraftwerk et Sarah Murcia en Lou Reed

 C'est pour une re-visite de grands noms ou plutôt de disques emblématiques que la version décentralisée ou plutôt recentralisée à la Salle du Cercle à Bischheim d'un concert de Rodolphe Burger et Sarah Murcia nous accueille dans cette salle au nord de Strasbourg, la salle du Cercle à Bischheim.


Sara Murcia - Fanny de Chaillé - Transformé - Photo: Robert Becker

C'est un événement rare et le concert affichait complet. Les fans de la première heure de Burger, peut-être même de l'époque Kat Onoma, se sont pressés pour ce concert debout, où l'on pouvait même balancer au rythme des synthés. En première partie, c'est une relecture originale de Transformer de Lou Reed, qui revient en "Tansformé" sous la langue virtuose de Fanny de Chaillé et personnifié pour une interview drolatique par une Sarah Murcia placide sinon hébétée en Lou Reed. L'on y découvre la poésie totalement surréaliste (ou domestique ?) de Lou Reed, icone de la pop qu'Andy Warholl avait soutenu à l'époque. Bien sûr Sarah Murcia à la contrebasse et au chant, mais aussi aux bruitages, percussions, cris, soupirs et boucles nous sert une version minimaliste des morceaux que contient le disque de Lou Reed. Et c'est un plaisir et un bonheur. Les morceaux sont là, reconnaissables ou un peu transformés, traités avec imagination ou nous rappelant les tubes, dont Vicious, Perfect Day, Walk on the wild side ou Satellite of love. 


Sara Murcia - Fanny de Chaillé - Transformé - Photo: Robert Becker

Quelques duos avec Fanny de Chaillé sont très drôles avec des ritournelles à tiroir et le sommet de l'humour placide est effectivement atteint dans une interview dans laquelle Sara en Lou est naturellement "barrée" comme Lou Reed qui avoue qu'il n'a pas besoin de drogue (qu'il "ne prend pas" d'ailleurs, même s'il "dépense tout son argent là-dedans") pour être "ailleurs". Et l'on s'en rend compte avec les textes que Fanny de Chaillé nous dit entre ou sur les chansons et dont on découvre là tout un mystère, appuyé par les mimiques ou les commentaires sur le texte en direct. Un moment mémorable.


Sara Murcia - Fanny de Chaillé - Transformé - Photo: Robert Becker

La musique est reine, Sarah nous la fait entendre dans toute sa simplicité et la prise de conscience du texte (et sa traduction) apporte une touche surréaliste à ce disque pré-punk, problématique à l'époque, le deuxième en solo de Lou Reed produit avec David Bowie, mais un succès, encore  augmenté après la mort du chanteur. La complicité entre Sara Murcia et Fanny de Chaillé qui avaient créé cet OVNI en 2021 à Bordeaux est plaisante dans un acoquinement de connivence qui déborde même dans la salle. Une très belle expérience autant dans la musique originale ainsi créé, que dans la lecture nouvelle proposée. Le public est conquis.


Sara Murcia - Fanny de Chaillé - Transformé - Photo: Robert Becker


Rodolphe Burger - Radio Activity


Julien Perraudeau - Rodolphe Burger - Radio Activity - Photo: Robert Becker

Julien Perraudeau - Rodolphe Burger - Radio Activity - Photo: Robert Becker

Et pour la deuxième partie, le maître de séance Rodolphe Burger continue de maintenir l'empathie du public en trônant cérémonieusement à sa table, entouré de son ordinateur et de quelques boîtes de bruitages et ceignant quelquefois sa guitare pour en tirer de magnifiques mélodie ou quelques rifs, saturations et distorsions. 


Julien Perraudeau - Rodolphe Burger - Radio Activity - Photo: Robert Becker

Son compère Julien Perraudeau, magistral et distingué, costume cravate et gilet debout de circonstance, devant son clavier blanc, nous rejoue la musique minimaliste du groupe emblématique, refaisant le duo Ralf et Florian des années 70 Ils nous distillent cette musique electro-pop minimaliste, ce KrautRock de l'époque. 


Julien Perraudeau - Rodolphe Burger - Radio Activity - Photo: Robert Becker


C'est à une re-visitation du deuxième album du groupe, Radio Activity que nous allons assister. Le disque d'origine de 1975, prémonitoire d'une certain manière, sera "augmenté" de quelques extraits sonores d'actualité de l'année 1986 au moment de la catastrophe de Tchernobyl (dont quelques réponses totalement extraordinaires que les autorités ont distillées à l'époque pour cacher la réalité du danger et tromper la population: "mangez des épinard" et "il y a toujours une radioactivité naturelle"). 


Julien Perraudeau - Rodolphe Burger - Radio Activity - Photo: Robert Becker

Mais l'esprit du groupe de Düsseldorf y est, avec leurs bruitages, les mélodies électroniques, le vocodeur que Rodolphe maîtrise superbement sur quelques titres. De même que les effets spéciaux vocaux et bien sûr la langue du groupe, l'allemand, ce qui n'est plus une surprise, connaissant Eisbär (avec Eicher) et bien sûr le tube Radio Activity qu'il avait déjà repris dans les années 2010, bien avant ce projet de réactivation du disque de Kraftwerk.


Julien Perraudeau - Rodolphe Burger - Radio Activity - Photo: Robert Becker


Nous avons donc droit à des versions plus ou moins modernisées de Radioland, Airwaves, Intermission, Radio Stars, Uranium, Transistor, entre autres et une version impressionnante de The Voice of Energy qui pourrait caractériser Rodolphe Burger. Sa voix qui peut être très grave et qui fait tout son charme et son charisme. En tout cas c'est ce qui touche son public et qui fait aussi son succès. 


Julien Perraudeau - Rodolphe Burger - Radio Activity - Photo: Robert Becker

Et l'on se laisse bercer pour une dernière danse par ce ce héros de la Dernière Bande (son Label). On en ressort heureux et content. On n'a pas assisté aux grands moyens du groupe Kraftwerk mais on était au plus intime dans le relation avec les deux musiciens qui nous ont emmenés dans un voyage sidéral et sidérant, entre danger et chaleur dans un petit cercle de convaincu et de curieux pour cette expérience unique et très sympathique, en toute simplicité et décontraction. Et l'on n'a pu que constater que Burger est toujours un grand bonhomme.


La Fleur du Dimanche

mercredi 27 mars 2024

Vieux Farka Touré et Losso Keïta à l'Espace Django: l'Afrique avec Amour, Rock et Blues, un voyage hypnotique

 Dans la programmation de l'Espace Django au Neuhof à Strasbourg, le concert de la soirée du 28 mars tourne autour de musiciens africains. La tête d'affiche c'est Vieux Farka Touré qui vient accompagné de cinq musiciens. Et la première partie, c'est Losso Keïta, seul en scène qui l'assure.


Losso Keita - Espace Django - Photo: lfdd


Et il l'assure bien, très bien même. Armé de sa "voix d'or" douce comme le miel et pleine de chaleur, jouant de sa kalamengoni, une sorte de grande guitare mais en fait une harpe avec une caisse de résonnance ronde qu'il joue à la verticale en pinçant les cordes. Et il frappe la mesure avec ses pieds sur une calebasse. 


Losso Keita - Espace Django - Photo: lfdd


Il est complètement immergé dans sa musique et en même temps il est totalement connecté avec le public avec lequel il interagit, lui faisant quelques leçons de vie ou de philosophie; expliquant par exemple qu'il faut remercier l'autre quand on vient mais aussi quand on va partir. Que par exemple "Quand cela ne va pas avec l'autre ou les autres, le problème vient peut-être de toi". Ses chansons, qu'il chante dans sa langue ou quelquefois en français, sont très belles. Il improvise quelquefois en réaction avec le public et tient beaucoup à ce que ce dernier participe dans des échos variés qu'il lui apprend et que le public chante avec entrain. Cela donne une belle ambiance et de belles ondes, soutenues par sa voix enchanteresse et ses rythmes qui bercent doucement nos oreilles. Ses chansons bien ancrées dans sa culture, son pays, le Burkina Faso et la nature, qu'il vénère par ses airs, ses paroles et ses mélopées, il nous les partage avec tout son enthousiasme communicatif. Un vrai moment de plaisir.


Losso Keita - Espace Django - Photo: lfdd

Losso Keita - Espace Django - Photo: lfdd



En deuxième partie, changement de braquet. C'est à un déploiement de puissance que nous assistons, rien moins qu'un bassiste, un joueur de n'goni, une petite guitare traditionnelle malienne, toute en longueur, deux guitares, la sienne, dont il joue avec une virtuosité sans égale et celle de son compère en costume traditionnel et pour la section rythmique avec une batterie qui imprime avec force son rythme presque du début à la fin du concert et un djembé. 


Vieux Farka Touré - Espace Django - Photo: lfdd


Se suivent pendant une bonne heure et demie une belle série de morceaux qui débutent invariablement par une virtuose intro du maître exposant le motif - on ne l'appelle pas sans raison le Jimmy Hendrix du désert - avant que l'équipe parte en rang serrés pour développer avec de multiples variations de morceaux qui vont chercher du côté du rock bien martelé et du blues. Ces morceaux nous entraînent dans un état presqu'hypnotique, immergés dans ce cocon sonore et rythmique qui nous transporte et nous fait bouger. 


Vieux Farka Touré - Espace Django - Photo: lfdd


Quelques variations dans l'esprit blues - il faut effectivement avouer que le blues est une musique qui nous est arrivée d'Afrique - qui nous font encore plus apprécier sa voix tout à fait adaptée à ce style de chanson. Il nous gratifie d'ailleurs d'un morceau en solo tout en sensibilité où nous apprécions la finesse de l'interprétation, autant de sa voix que son jeu de guitare.


Vieux Farka Touré - Espace Django - Photo: lfdd


Et en rappel le groupe nous joue un morceau plus traditionnel, autre facette très intéressante du talent de ce fils d'Ali Farka Touré dont ce dernier pourrait être fier. En tout cas le public lui est très satisfait de cette très belle prestation et du très beau voyage musical pour lequel il a été embarqué pendant cette soirée.


Vieux Farka Touré - Espace Django - Photo: lfdd

Vieux Farka Touré - Espace Django - Photo: lfdd



La Fleur du Dimanche 

dimanche 17 mars 2024

Soirée Lauréates Music&lles: Les femmes font le show et sortent des cases - explorons le matrimoine

Sur la lancée de "Ah! Les Femmes..." la manifestation qui donne voix aux femmes musiciennes, les Music&lles, organisées par Sturm Production se sont déroulées du 8 au 16 mars à Strasbourg et alentours pour une série de rencontres, ateliers, conférences et concerts et DJSets. Pour finir en beauté, c'est en prenant de la hauteur - à 340 mètres d'altitude au Château de la Petite Pierre dans le Parc Naturel Régional des Vosges du Nord que se déroule la soirée des Lauréates Music&lles du dispositif d'émergence et d'accompagnement dédié au femmes.

Séverine Cappiello de Sturm Production et Aïcha Chibatte, du Festival Au Grès du Jazz présentent les lauréates, deux musiciennes et deux duos qui ont scène libre pendant 30 minutes.


Music&elles - Aïcha Chibatte et Séverine Cappiello - Photo: Robert Becker


C'est yal qui débute la session avec ses boucles qu'elle construit au fur et à mesure des morceaux, posant une base rythmique, complétant au piano et à la voix, avec des percussions. Quelquefois elle y rajoute des mélodies avec sa basse. Sa voix, posée très haut mais souvent plus grave nous chante des choses sombres, l'exode, mais aussi plus légères, comme des ritournelles avec des choeurs célestes ou encore des morceaux avec synthé, carillons et percussions, des airs orientalisant, avec un sérieux rarement démenti. Les pièces, une fois construites s'envolent dans une suspension aérienne.


Music&elles - yal - Photo: Robert Becker

Music&elles - yal - Photo: Robert Becker

Music&elles - yal - Photo: Robert Becker



Avec Nanalerda la musique est aussi électronique, mais ses pièces sont déjà construites et elle les lance et chante avec entrain et humour. Souvent de courtes compositions sur lesquelles elle a écrit des paroles tantôt tristes tantôt pleines d'humour, dévoilant des sentiments d'adolescente confrontée à l'amour, à l'absence d'un père (parabandon) ou des histoires d'amour. Ses textes sont vifs, inventifs et originaux, un petit air de Dada ou de Brigitte Fontaine, la musique variée. Elle peut passer de la tristesse à la tendresse, du désespoir à la joie et de temps en temps elle s'arme de sa compagne GYZ, sa basse qu'elle caresse avec tendresse. Sa voix, très agréable, nous charme et ses compostions variées, douces ou énergiques et dansantes nous enchantent. Son jeu de scène et ses mimiques de jeune fille espiègle font mouche.


Music&elles - Nanalerna - Photo: Robert Becker

Music&elles - Nanalerna - Photo: Robert Becker

Music&elles - Nanalerna - Photo: Robert Becker

Music&elles - Nanalerna - Photo: Robert Becker


Le troisième set, c'est Lüssi que nous avions vue en janvier en première partie de Claire Days à l'Espace Django. Elle est en duo avec Lucille (Lison) au violoncelle et nous offre une demi-heure de belles chansons bien rodées, entre ballades et folk, de sa voix claire qui assure, monte haut. Des compositions sobres à la guitare acoustique ou électrique, soutenue par le violoncelle et son tapis sonore qui tantôt la porte en posant la mélodie, tantôt marque le rythme. Les chansons, touchantes, racontent les plaisirs du quotidien ou de l'amour et la tristesse dont on ne se débarrasse pas facilement, chantée en mélopées douces (Endomée) ou les insomnies qui empêchent de dormir. Lüssi en blanc et Lison en noir nous offrent un beau duo bien complémentaire. 


Music&elles - Lüssi - Photo: Robert Becker

Music&elles - Lüssi - Photo: Robert Becker

Music&elles - Lüssi - Photo: Robert Becker



Et pour clore la soirée, c'est le coup de coeur du jury, Exotica Lunatica, un groupe composé de Daphné Hejebri qui a un parcours de compositrice de musique contemporaine (nous l'avions entendue au Festival Musica en 2016, 2017 et 2022), mais aussi de musicienne et de performeuse, tout comme  Eleanna Konstanta qui elle a un parcours de soprano (elle s'est produite sur les grandes scènes lyriques en Grèce). On sent chez ces deux dames vêtues de noir une habitude de la scène et même le synthé d'Eleanna qui rend l'âme ne les fait pas reculer. Elles nous emmènent dans un univers mystérieux, des mélopées qu'Eleanna pousse en variations modulées, chants mystiques et d'autres traditionnels, en grec, en Anglais ou dans des langues inventées. Daphné aux claviers, et aux percussions  qu'elle frappe en rythme chtoniques avec énergie, chantant aussi de sa voix plus grave. S'accompagnant quelquefois de son violon, en écho à la guitare - acoustique ou électrique d'Eleanna, ou même au Mélodica (pour les deux!). Leur répertoire est varié et bien construit, dans un style bien identifié, fait de rythmes bien sentis, agrémentés de mélopées qui nous emmènent dans des univers entre le magique et la célébration mystique et rituelle.  La Lune et les mythes ne sont pas loin et les quelques titres qu'elle chantent issus de leur premier disque sont bien aboutis (Dance of Thirteen Veils, Apano Stin Triantfillia, Alma Oscura, Enter the Moon, Indian Summer,...). Un tour de chant envoûtant qui pourrait presque nous faire croire que le Château est hanté.


Music&elles - Exotica Lunatica - Photo: Robert Becker

Music&elles - Exotica Lunatica - Photo: Robert Becker

Music&elles - Exotica Lunatica - Photo: Robert Becker

Music&elles - Exotica Lunatica - Photo: Robert Becker

Music&elles - Exotica Lunatica - Photo: Robert Becker


 Au final cette manifestation aura été l'occasion de faire se côtoyer une belle diversité de styles et d'expérience et l'on souhaite aux heureuses lauréates de se frayer leur chemin dans cet univers qui, comme le notait en introduction Séverine Cappiello, alors qu'elles sont plus nombreuses à faire des études de musique, elles se retrouvent très rapidement minoritaires dans la profession. Parce qu'elle le valent bien ! Allez les filles ! 


La Fleur du Dimanche

jeudi 25 janvier 2024

L'année commence avec elles.. en chansons avec Lüssi et Claire Days.... en suspension dans les airs

 Pôle Sud passe le pont du Rhin Tortu pour poser les amarres du Festival L'année Commence avec Elles du côté du partenaire du Neuhof, l'Espace Django avec une soirée 100% féminine. Avec Lüssi et Claire Days, c'est une ambiance folk, rock doux, qui nous attend en toute intimité pour faire écho à la danse présentée au Centre National de Développement Chorégraphique de la Meinau (voir mes précédents billets ici).



La soirée commence avec Lüssi, jeune artiste strasbourgeoise qui vient de remporter le prix "découverte" du dispositif Music&lles (mis en place par Sturm Production) accompagnée au violoncelle par Lucille. Elle-même démarre seule avec sa guitare électrique pour nous chanter des chansons mélancoliques de sa voix haut perchée et claire, chansons qui nous parlent avec douceur de chagrins d'amour, de moments qui s'étirent, de pleurs, de d'ennui et d'Insomnies. Ses airs enchanteurs où elle triture les mots, nous bercent et nous emportent ailleurs au son du violoncelle qui ponctue de son tapis grave les accompagnements à la guitare électrique ou acoustique en toute simplicité. Ses mélopées envoutantes nous enveloppent et sa chanson nostalgique Grand-Maman sur la maison de sa grand-mère exhale le bonheur de l'enfance revisitée. Elle lui rend hommage en ce jour spécial, marqué par son départ définitif, curieux hasard. La voici:



En deuxième partie, Claire Days, accompagnée aux claviers et à la basse par Udo del Rosso nous propose un folk un peu plus rugueux. 




De sa voix brute, un peu rocailleuse mais très bien posée, elle nous chante dans un anglais impeccable - elle écrit et chante dans cette langue depuis toute petite, vocation précoce - de magnifiques poèmes, des mélodies tristes et émouvantes, des histoires d'amour non réciproque, des constructions de châteaux, des récits de bascule et une chanson dédiée à sa soeur My sister qu'elle a écrite pour lui donner de la force dans l'épreuve, pour qu'elle arrive à dire non ("you have to say no, it's too much already"). Je vous en propose le très beau clip:



Elle nous offre aussi toute une palette de chansons en français, langue qu'elle s'est appropriée récemment et qui dans sa bouche est pleine de surprise sur des mélodies très originales, mais intéressantes et surprenantes. Le tour de chant nous emporte dans son univers un peu décalé doux-amer mais quand même agréable. Ses thèmes ne sont pas toujours joyeux et l'atmosphère que son complice Ugo del Rosso arrive à créer sur son synthétiseur est à la fois mystérieuse et décalée, un peu anachronique. Cependant elle a une belle présence rassurante et douce et même si elle nous nous chante "Tu pense à la mort", il y a une belle énergie dans ses composition. Et pour finir en bis, elle nous interprète une chanson de Miley Cyrus puis en guise d'au revoir une chanson qu'elle a composée comme un adieu lorsqu'elle a quitté Paris pour partir à Lyon. 

A noter que le concert était chantsigné, c'est-à-dire que deux interprètes du langage des signe étaient sur scène pour traduire en synchrone les paroles - en français et en anglais - pour permettre à des personnes malentendantes d'y participer. Une très belle et généreuse initiative qui a fait quelques heureux.


La Fleur du Dimanche

 

dimanche 5 février 2023

La Tournée 50 Ange au Moulin9 : Retour vers le futur

 La tournée du cinquantième anniversaire de la création du groupe Ange prend son temps. Leur premier concert à Belfort date de janvier 1970 et en avril ils passent au Golf Drouot à Paris où ils remportent la finale annuelle qui leur permet de sortir leur premier 45 tours. Leur premier 33 tours Caricatures sort en 1972. Est c'est, retardé par la pandémie qui impacte la vie culturelle et sociale, que le groupe pose enfin ses valises magiques de son périple en Alsace à Niederbronn… ce 4 février 2023 après 33 ans de concerts.


Ange - 50Ange au Moulin 9 - Niederbronn - Photo: lfdd

Ce concert est le rendez-vous obligé de nombreux fans venus de tout l’Est de la France et même de plus loin. Tout ce beau monde s’est donné rendez-vous bien avant l’ouverture des portes de la salle pour échanger anecdotes et souvenirs en croquant une paire de knacks et dégustant une bonne bière dans le hall du Moulin9 ou devant le bâtiment : « Je les ai vus onze fois depuis 1991 avec mes potes » dit un "jeune" fan ou « Je ne me rappelle plus si je les ai vu deux ou trois fois à Nancy ces dernières années, mais je me souviens de salles » vérifie avec ses potes un fidèle de la première heure. D'autres se distribuent des friandises et des bouchons d'oreille (c'est vrai qu'ils sont un peu près de baffles). C’est une cérémonie tribale presque, que l’on rejoue entre potes. Il n’y a pas que des hommes, on aime Ange aussi en famille et on connait les paroles et les airs de leurs compositions. Normal, on a écouté les disques jusqu’à les user. Six disques (dont quatre parmi les cinq premiers plus Emile Jacotey résurrection - 2014) ont été disques d’Or - Le Cimetière des Arlequins s'est même vendu à plus de 200.000 exemplaires! - et le groupe de rock progressif (il faudrait dire progressiste) français s'est souvent retrouvé à la tête du hit-parade. A Reading, en Angleterre, où se produisait également Genesis en août 1973 devant 30.000 spectateurs, ils ont eu droit à une ovation monstre. Beaucoup de ces groupes de rock n’existent plus désormais, mais Ange est inoxydable. 


Ange - 50Ange au Moulin 9 - Niederbronn - Photo: lfdd


Le groupe s’est rajeuni quand le fils de Christian Descamps, Tristan a fait  avec succès le « revival » du groupe en 1999 en s’entourant d’une équipe de chocLa formation, en plus du père et du fils intègre Hassan Hajdi à la guitare, Thierry Sidhoum à la basse et Benoit Cazzulini à la batterie. Au total, le groupe Ange a sorti 16 disques (plus les disques live de concert) sur la période Christian Descamps et 6 depuis que Tristan a relancé le groupe. Et c'est la nouvelle et (encore) jeune équipe - ils ont quand même plus de vingt ans au compteur - qui lance l'intro, guitare, batterie, basse et  clavier. Ils mettent l'ambiance dans la salle et, voici qu'arrive le barde, le sorcier, Christian, pour nous chanter... L'apprenti Sorcier comme autrefois. Une ode à l'imagination - et non au progrès, son ennemi - part sur les chapeaux de roues sur fond d'aérotrain - cet engin mythique qui faisant, à l'époque déjà, plus de 400 kilomètres à l'heure. Le film futuriste en noir et blanc est l'occasion de jeter un regard critique sur les inventions - et sur le parcours du groupe qui n'a rien perdu de son énergie, ni de son inventivité. Puis la couleur (rétro et pastel) arrive sur l'écran où se retrouvent, cheveux longs, longs, longs et pattes d'éléphant, les membres du groupe dans les années 70. 


Ange - 50Ange au Moulin 9 - Niederbronn - Photo: lfdd


Il faut bien leur laisser le fait qu'ils étaient un des rares groupes qui osaient - et assumaient - de chanter en français des morceaux que n'ont pas reniés les grands chanteurs rock (progressistes) anglophones de l'époque. Carl Palmer et Greg Lake d'ELP - Emerson Lake and Palmer - les ont félicités lors de leur descente de scène à Reading. Christian Descamps, le verbe toujours allègre fait un jeu de mots pour s'excuser de se faire remplacer par Geoffrey Duthillleul pour jouer de la guitare acoustique ("Plus on avance en âge, plus on s'approche de l'arthrite"). Hassan Hajdi, lui en est encore loin, qui arrive même à jouer de la guitare à deux mains - époustouflant! 


Ange - 50Ange au Moulin 9 - Niederbronn - Photo: lfdd


Les différents titres qui se succèdent permettent aux musicien de montrer leur talents, que ce soit Hassan, magnifique guitariste qui nous offre de très belles envolées en solo ou des frappes puissantes ou encore de superbes distorsions, Ben à la batterie, au rythme précis qui s'évade de temps en temps sur des percussions asiatiques, Thierry à la basse, grand commandeur sur son estrade et qui daigne de temps en temps dialoguer en face à face avec Hassan. Tristan Descamps, lui, joue magnifiquement des claviers et a une voix magnifique. Durant le concert, en plus de nous offrir de beaux solos ou des improvisations au piano ou au synthétiseur, il nous gratifie également de belles chansons qu’il interprète d’une voix puissante et qui sait aussi monter très haut. 


Ange - 50Ange au Moulin 9 - Niederbronn - Photo: lfdd


Sur presque deux heures de concert, le groupe balaye son répertoire, des débuts où ils étaient plus enclin à raconter des histoires ou des légendes jusqu'à des compositions plus récentes, certaines bien puissantes, presque punk en passant par toute une variété de styles allant de Procol Harum (Capitaine Coeur de mielà King Crimson et Hubert-Félix Thiéfaine (c'est peut-être lui qui a été inspiré par Ange) ou même d'inspiration carrément techno. Tout le répertoire n'y passe pas mais une belle palette dont l'Hymne à la vie, l'Ode à Emile, et, pour finir en beauté, Ces gens-là dont la magnifique orchestration pourrait faire croire à d'aucuns que c'est une chanson d'Ange... Tout comme on pourrait croire qu'Ange est un très grand groupe anglais tant ils ont réussi à faire le mariage de leurs paroles en français sur une musique anglo-saxonne et même plus, universelle puisqu'ils ont su aussi intégrer cet aspect symphonique permis par les synthétiseurs de l'époque. 


Ange - 50Ange au Moulin 9 - Niederbronn - Photo: lfdd


La soirée s'achève par un retour en images et en photos sur tou(te)s les musicien(ne)s qui ont fait partie de l'aventure, et ils (oui, surtout "ils", parce qu'il y avait peu de filles, même s'il y en avait) - étaient nombreux dans cette épopée qui continue depuis (plus d') un demi-siècle. Et comme disait Christian Descamps: "On a une vie âgé, mais on est encore en vie". Et pour le prouver, il rejoue de la guitare acoustique dans le final - auparavant il a bien sûr donné la réplique à son fils face à lui avec son clavier pour quelques morceaux.


Ange - 50Ange au Moulin 9 - Niederbronn - Photo: lfdd


Alors, rendez-vous dans dix ans*....


La Fleur du Dimanche


*Et si vous ne pouvez attendre:

Vendredi 31 Mars - Festival du Criou - SAMOENS (74)

Mercredi 5 Juillet - Festival Pause Guitare - ALBI (81) 

Vendredi 7 Juillet - Festival Othe en Armance - AIX-EN-OTHE (10)

Jeudi 13 Juillet - Les Francofolies - LA ROCHELLE (17)

Lundi 14 Août - Festival Les Bouteilles Folles - VITTEL (88)