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mardi 4 février 2025

Emily Loizeau au PréO pour son nouvel album La souterraine - Une voix haut debout et engagée

 Dix-huit ans après son premier album L'Autre Bout du Monde, son premier disque qui l'a fait connaitre, Emily Loizeau sort un nouvel album La Souterraine qui confirme son virage vers une musique plus électrique, avec un trio guitare, basse et batterie. Et c'est avec cette formation qu'elle donne un concert très généreux au PréO à Oberhausbergen. 


Emily Loizeau - Le PréO - Photo: Robert Becker

Sur la gauche de la scène, un grand piano sur une caisse à roulette, drôle d'engin que l'on croirait encore en fabrication, à part la structure et la partie musicale, il n'y a pas d'habillage, mais au final quand elle en joue, la musique qui en sort est magnifique. Pour commencer, ses musiciens arrivent avec des lampes de poche et se positionnent sur la scène - Tomas Poli à la guitare et quelques synthétiseurs, côté gauche, Boris Boublil  à la basse et aux claviers au fond à droite et du côté droit à la batterie, Sacha Toorop - et mettent une ambiance pour annoncer l'arrivée de l'oiseau blanc, Emily, en robe blanche brodée et un haut doré qui se positionne derrière un clavier au milieu sur l'avant de la scène.


Emily Loizeau - Le PréO - Photo: Robert Becker

Elle démarre avec la première chanson Eclaire-moi qui nous éclaircit sur la mise en scène à laquelle nous venons d'assister. Cela commence cool comme la chanson suivante, toujours sur un rythme lent Je vois dans tes yeux, qu'elle interprète sur son "grand" piano. La troisième, presqu'un tube déjà, La route de Vénus la voit siffler la mélodie et nous permet de retrouver les belles caractéristiques de sa voix particulière qui peut aller autant dans les aigus bien soutenus et des sonorités qui vont chercher dans les graves qu'elle porte au fond de sa voix. La mélodie nous berce et les ritournelles s'immiscent insidieusement dans notre cerveau alors que nous nous laissons bercer par l'étoile du Berger.


Emily Loizeau - Le PréO - Photo: Robert Becker

Changement de rythme et de style avec Strong Enough, une chanson en anglais où elle est bien à l'aise, étant bilingue et binationale et où le groupe se laisse aller à des riffs de guitare et quelques éclats. Elle continue avec un mégaphone dans lequel elle chante des slogans en précisant s'adressant à la salle qu'il faut rester vigilant et sauvegarder la culture qui nous élève et nous relie.


Emily Loizeau - Le PréO - Photo: Robert Becker

Sur ce elle dresse elle-même deux tentes couvertes d'ombres de fleurs, et après un morceau instrumental, elle nous offre la chanson qui a donné son titre au disque La souterraine et qu'elle nous chante au piano, une très belle chanson qui parle de fête et de feu, sombre et lumineuse à la fois, qui nous entraine dans son élan.

"il semble que rien en nous arrête 
il semble que rien ne puisse  troubler la fête"

Emily Loizeau - Le PréO - Photo: Robert Becker

Tout change avec I want to turn the volume down, chanson pour laquelle elle va se mettre à danser avec force et frénésie sur la scène, dans une chorégraphie habitée et sous des éclat de lumière stroboscopiques. La suite est également bien martelée, elle-même battant tambour, bien soutenue par Sacha Toorop et la guitare et la basse se faisant très électrique pour Stuck inside où elle martèle qu'elle entend des voix à l'intérieur d'elle.... 


Emily Loizeau - Le PréO - Photo: Robert Becker

Le chanson suivante, plus calme, toujours en anglais est en hommage à Elaha, une jeune réfugiée afghane de 14 ans pleine d'énergie, assez pour soutenir tout l'espoir de toute la famille qui migre et essaie de venir en Europe. C'est une chanson qu'elle a composé pour le film La vie devant elle que sa soeur Manon Loizeau a réalisé sur Elaha, avec des images que la jeune fille a également tournées et qui respirent le bonheur et l'espoir dans le malheur et les difficultés de leur vie.


Emily Loizeau - Le PréO - Photo: Robert Becker

Emily Loizeau - Le PréO - Photo: Robert Becker

Le tour de chant s'achève, comme le disque, avec la nostalgique chanson, cependant pleine d'espoir et de résilience, Ici commence la mer:

Laissons nos larmes
Irriguer les champs
Et nos yeux sécher dans le vent

Laissons nos rages
Tonner dans la nuit
De nos mains recueillons la pluie

Ici commence la mer
Le paradis sur terre
Nous avons la vie pour le faire

Laissons nos cœurs
Serrés et distants
Nos corps abîmés, chancelants

Laissons nos peaux
Comme le font les serpents
De nos yeux regardons devant

Ici commence la mer
Ici finit l'enfer
Nos peines seront passagères

Ici commence la mer
Le paradis sur terre
Nous avons la vie
Pour le faire.

Emily Loizeau - Le PréO - Photo: Robert Becker

Emily Loizeau - Le PréO - Photo: Robert Becker

Emily Loizeau descend de scène et vient s'immerger dans le public, comme pour prendre un bain de mer, cette mer qui est une ligne d'horizon de ses chansons, tout comme le bout du monde, les frontières, les autres, le vent, la nuit, les orages et les vagues. Les nuages, les rivières et les bouts du Monde... Elle est très consciente - et engagée - dans les actions pour sauvegarder la nature, les arbres, le climat, les animaux, les autres. 


Emily Loizeau - Le PréO - Photo: Robert Becker

Elle a d'ailleurs invité des associations à tenir un stand, dont SOS Méditerranée, et pour le rappel, après une belle interprétation de Sur la route; elle chante s'accompagnant seule au piano une chanson pour les Sioux, Danser sur un volcan où elle dit: "La vie tient du miracle, Il en faudrait si peu pour l'abattre". Elle nous offre bien sûr en très beau cadeau - et sûrement beaucoup sont venus pour communier avec cette chanson - "L'autre bout du monde" avec sa voix inimitable qui nous emporte loin, très loin. 


Emily Loizeau - Le PréO - Photo: Robert Becker

Emily Loizeau - Le PréO - Photo: Robert Becker

Et pour revenir sur terre et nous rappeler que celle-ci est à défendre et que nous aussi nous devons nous lever, elle nous y invite avec son orchestre et Rise, la musique qu'elle a fait pour le film La fabrique des pandémies qui pose un regard positif sur ce genre d'engagement. 


Emily Loizeau - Le PréO - Photo: Robert Becker


Ainsi s'achève un très beau concert plein d'énergie, de sentiments et d'émotions, plein de découvertes aussi, avec une chanteuse qui fait son chemin depuis plus de quinze ans sans perdre sa foi et en se renouvelant, et dont l'énergie d'aujourd'hui s'exprime avec force et électricité.


La Fleur du Dimanche


Chant, piano : Emily Loizeau 
Basse, claviers : Boris Boublil 
Guitare : Thomas Poli 
Batterie : Sacha Toorop 
Régie générale : Nicolas Legendre 
Régie son/façade/retours : Sébastien Bureau 
Régie lumières : Laura Sueur / Lucas Delachaux 
Mise en scène : Julie-Anne Roth 
Scénographie : Salma Bordes Chorégraphie : Juliette Roudet 
Création lumières : Samaële Steiner

mercredi 23 octobre 2024

Birds on a Wire: Un moment suspendu dans le bel écrin du Théâtre de Colmar

 Le concert de Birds on a Wire au Théâtre Municipal de Colmar était attendu depuis longtemps (février 2024), mais ce fut une belle surprise de voir, au lever du rideau, arriver sur scène toutes les choristes de la Manécanterie de Saint-Jean et des Chœurs de la Pré-Maîtrise des Filles du Conservatoire de Colmar, toutes de noir vêtues. Bien sûr nous étions au courant que le spectacle Le Chant des Oiseaux était préparé avec elles, mais la surprise et l’effet de masse était saisissant. Et quand leurs voix se sont élevées, nous étions sous le charme, renforcé par le violoncelle de Dom La Nena, puis la voix de Rosemary Standley cachée derrière les choristes.


Rosemary Standley - Birds on a Wire


Et c’était parti pour une soirée d'harmonie céleste avec une chanson espagnole. Pour commencer, c’est Catherine Roussot qui dirige les chœurs sur les arrangements que Michael Smith a réalisés pour les chansons du duo. Par la suite ce sera Benoît Kiry qui prendra le relais, tout en précision et en concentration. Ce sont quelquefois des vocalises, mais aussi des bouts de refrains en canon qu'interprète avec brio la jeune troupe de chanteuses avec quelques très belles voix parmi elles. On sent que le courant passe et que les deux jours de répétitions ont fait leur oeuvre. 

Dom La Nena - Rosemary Standley - Birds on a Wire

En ce qui concerne Dom La Nena et Rosemary Standley, le courant passe depuis quelques années déjà et le duo est complice, a ses secret et fonctionne en totale symbiose. Dom La Nena avec son violoncelle fait à la fois la rythmique avec ses boucles, et ses mélodies, qui soutiennent les chansons, superbement interprétées par Rosemary Standley. Celles-ci sont très variées et Rosemary Standley les chante dans une multitude de langues - Anglais, français, btalien, Brésilien, espagnol, catalan ,… et même breton pour le rappel. Toute deux nous emmènent dans plein de pays et de saisons, en particulier, au soleil, Sur la place, ou au carnaval à Salvador de Bahia, la ville d’enfance de Dom La Nena (qui bien sûr mène le chant ici), en hiver, dans les mines de charbon avec les travailleurs en grève ou au printemps. Les chansons parlent d’oiseaux bien sûr, mais aussi de neige et de révolte, de rêves, de voyage,... 


Dom La Nena - Rosemary Standley - Birds on a Wire - Photo: Robert Becker

Leur tour de chant est un hommage à la chanson en particulier, à la poésie, au bonheur et l’on voyage entre Jacques Brel (Sur la Place), Cortazar, (La Marelle), Pink Floyd (Wish you were here) et également la musique classique ou baroque avec la très belle interprétation de O Solitude de Purcell qui nous confirme les magnifiques facilités vocales de Rosemary Standley. Sa voix est non seulement claire et douce comme le miel, mais elle a les capacités d’une vraie cantatrice. Elle navigue avec aisance de la musique ancienne aux folk-songs des Amériques, aux chansons populaires revisitées, avec une sensibilité contemporaine. Les relectures qu’elle fait sont plus que des interprétations, elles sont comme de nouvelles chansons qui lui appartiennent totalement. 


 Dom La Nena - Rosemary Standley - Birds on a Wire - Photo: Robert Becker

Le duo crée une vraie passerelle entre les époques, mêlant la simplicité mélodique à la lisibilité des textes qui vont droit au cœur. Le violoncelle de Don La Nena apporte une belle tonalité particulièrement chaude aux morceaux du répertoire. Ses accords vibrants induisent une belle émotion, un beau dialogue intime avec les voix, une tension délicate. De temps en temps Rosemary Standley se promène parmi les choristes, se fondant parmi elles avec discrétion et modestie, mais toujours avec une belle présence. De purs moments d’émotion passent de la scène, chanteuses et chœurs compris, à la salle. La rencontre de ces jeunes voix qui enrobent les deux voix des chanteuses et celle du violoncelle, parce que le violoncelle aussi chante, dans un bel écrin de douceur. Ces envolées angéliques nous emmènent dans une autre dimension. Mais le contact avec la salle n’en est pas coupé pour autant, le duo aime à faire participer le public en l’interrogeant et ne le laissant pas passif, lui faisant faire la pluie d’automne et même le poussant à danser dans cette vénérable salle.

 

Dom La Nena - Rosemary Standley - Birds on a Wire - Photo: Robert Becker

Le concert restera sûrement dans la mémoire de ceux qui ont eu la chance d'y assister, comme un beau moment suspendu, une parenthèse enchantée, à en croire l’émotion palpable et les applaudissements chaleureux et nourris pour le duo et la réussite de l’équipe locale.


La Fleur du Dimanche

mercredi 25 septembre 2024

A Musica Lisel chante auto-tuned en Annunciata heureuse, une femme avec choeur

 En nocturne du Festival Musica, le soir à la Bourse, dans un environnement un peu plus cosy qu'à Saint Paul (où elle aurait très bien trouvé sa place à côté de la "soeur" Lyra Pramuk (voir mon billet d'hier); Lisel nous accueille dans un noir écrin à l'écart des bruits de la ville. 

Festival Musica 2024 - Lisel - Patterns for auto-tuned voice and delay - Photo: Robert Becker


L'angélique angelenos Eliza Bagg qui a travaillé avec Ted Hearn se présente ici sur scène en toute simplicité et discrétion. Un micro et un ordinateur pour tout instrument; des cheveux noirs et un visage fin, une robe pull bleue et une présence forte tout en étant simple et discrète. Sa voix éclate et, soutenue par l'auto-tune, fait des merveilles. A cappella ou accompagnée de quelques notes issues de son ordinateur, quelquefois une mélodie laisse sa voix cristalline s'envoler et nous charmer. Jouant aussi sur l'écho, son chant prend une ampleur mystique. 

Festival Musica 2024 - Lisel - Photo: Robert Becker


Des incantations chantées et répétées, accompagnées par des gestes fins et symboliques, la main posée sur le coeur, en ouverture et offrande, en réception et annonciation accompagnent les récits, les comptines presque médiévales mais toutefois modernes, les quelques ritournelles ou les mélodies enchanteresses qu'elle nous offre en toute beauté. 

Festival Musica 2024 - Lisel - Photo: Robert Becker

Festival Musica 2024 - Lisel - Photo: Robert Becker
Festival Musica 2024 - Lisel - Photo: Robert Becker


Entre pop et baroque elle fait le grand écart avec facilité. Le répertoire est varié, et sa voix labile marie efficacement lyrique et pop moderne dans un univers contemporain. Une femme avec un choeur, artificiel en définitive, mais très efficace.


La Fleur du Dimanche    

dimanche 17 mars 2024

Soirée Lauréates Music&lles: Les femmes font le show et sortent des cases - explorons le matrimoine

Sur la lancée de "Ah! Les Femmes..." la manifestation qui donne voix aux femmes musiciennes, les Music&lles, organisées par Sturm Production se sont déroulées du 8 au 16 mars à Strasbourg et alentours pour une série de rencontres, ateliers, conférences et concerts et DJSets. Pour finir en beauté, c'est en prenant de la hauteur - à 340 mètres d'altitude au Château de la Petite Pierre dans le Parc Naturel Régional des Vosges du Nord que se déroule la soirée des Lauréates Music&lles du dispositif d'émergence et d'accompagnement dédié au femmes.

Séverine Cappiello de Sturm Production et Aïcha Chibatte, du Festival Au Grès du Jazz présentent les lauréates, deux musiciennes et deux duos qui ont scène libre pendant 30 minutes.


Music&elles - Aïcha Chibatte et Séverine Cappiello - Photo: Robert Becker


C'est yal qui débute la session avec ses boucles qu'elle construit au fur et à mesure des morceaux, posant une base rythmique, complétant au piano et à la voix, avec des percussions. Quelquefois elle y rajoute des mélodies avec sa basse. Sa voix, posée très haut mais souvent plus grave nous chante des choses sombres, l'exode, mais aussi plus légères, comme des ritournelles avec des choeurs célestes ou encore des morceaux avec synthé, carillons et percussions, des airs orientalisant, avec un sérieux rarement démenti. Les pièces, une fois construites s'envolent dans une suspension aérienne.


Music&elles - yal - Photo: Robert Becker

Music&elles - yal - Photo: Robert Becker

Music&elles - yal - Photo: Robert Becker



Avec Nanalerda la musique est aussi électronique, mais ses pièces sont déjà construites et elle les lance et chante avec entrain et humour. Souvent de courtes compositions sur lesquelles elle a écrit des paroles tantôt tristes tantôt pleines d'humour, dévoilant des sentiments d'adolescente confrontée à l'amour, à l'absence d'un père (parabandon) ou des histoires d'amour. Ses textes sont vifs, inventifs et originaux, un petit air de Dada ou de Brigitte Fontaine, la musique variée. Elle peut passer de la tristesse à la tendresse, du désespoir à la joie et de temps en temps elle s'arme de sa compagne GYZ, sa basse qu'elle caresse avec tendresse. Sa voix, très agréable, nous charme et ses compostions variées, douces ou énergiques et dansantes nous enchantent. Son jeu de scène et ses mimiques de jeune fille espiègle font mouche.


Music&elles - Nanalerna - Photo: Robert Becker

Music&elles - Nanalerna - Photo: Robert Becker

Music&elles - Nanalerna - Photo: Robert Becker

Music&elles - Nanalerna - Photo: Robert Becker


Le troisième set, c'est Lüssi que nous avions vue en janvier en première partie de Claire Days à l'Espace Django. Elle est en duo avec Lucille (Lison) au violoncelle et nous offre une demi-heure de belles chansons bien rodées, entre ballades et folk, de sa voix claire qui assure, monte haut. Des compositions sobres à la guitare acoustique ou électrique, soutenue par le violoncelle et son tapis sonore qui tantôt la porte en posant la mélodie, tantôt marque le rythme. Les chansons, touchantes, racontent les plaisirs du quotidien ou de l'amour et la tristesse dont on ne se débarrasse pas facilement, chantée en mélopées douces (Endomée) ou les insomnies qui empêchent de dormir. Lüssi en blanc et Lison en noir nous offrent un beau duo bien complémentaire. 


Music&elles - Lüssi - Photo: Robert Becker

Music&elles - Lüssi - Photo: Robert Becker

Music&elles - Lüssi - Photo: Robert Becker



Et pour clore la soirée, c'est le coup de coeur du jury, Exotica Lunatica, un groupe composé de Daphné Hejebri qui a un parcours de compositrice de musique contemporaine (nous l'avions entendue au Festival Musica en 2016, 2017 et 2022), mais aussi de musicienne et de performeuse, tout comme  Eleanna Konstanta qui elle a un parcours de soprano (elle s'est produite sur les grandes scènes lyriques en Grèce). On sent chez ces deux dames vêtues de noir une habitude de la scène et même le synthé d'Eleanna qui rend l'âme ne les fait pas reculer. Elles nous emmènent dans un univers mystérieux, des mélopées qu'Eleanna pousse en variations modulées, chants mystiques et d'autres traditionnels, en grec, en Anglais ou dans des langues inventées. Daphné aux claviers, et aux percussions  qu'elle frappe en rythme chtoniques avec énergie, chantant aussi de sa voix plus grave. S'accompagnant quelquefois de son violon, en écho à la guitare - acoustique ou électrique d'Eleanna, ou même au Mélodica (pour les deux!). Leur répertoire est varié et bien construit, dans un style bien identifié, fait de rythmes bien sentis, agrémentés de mélopées qui nous emmènent dans des univers entre le magique et la célébration mystique et rituelle.  La Lune et les mythes ne sont pas loin et les quelques titres qu'elle chantent issus de leur premier disque sont bien aboutis (Dance of Thirteen Veils, Apano Stin Triantfillia, Alma Oscura, Enter the Moon, Indian Summer,...). Un tour de chant envoûtant qui pourrait presque nous faire croire que le Château est hanté.


Music&elles - Exotica Lunatica - Photo: Robert Becker

Music&elles - Exotica Lunatica - Photo: Robert Becker

Music&elles - Exotica Lunatica - Photo: Robert Becker

Music&elles - Exotica Lunatica - Photo: Robert Becker

Music&elles - Exotica Lunatica - Photo: Robert Becker


 Au final cette manifestation aura été l'occasion de faire se côtoyer une belle diversité de styles et d'expérience et l'on souhaite aux heureuses lauréates de se frayer leur chemin dans cet univers qui, comme le notait en introduction Séverine Cappiello, alors qu'elles sont plus nombreuses à faire des études de musique, elles se retrouvent très rapidement minoritaires dans la profession. Parce qu'elle le valent bien ! Allez les filles ! 


La Fleur du Dimanche

dimanche 5 février 2023

La Tournée 50 Ange au Moulin9 : Retour vers le futur

 La tournée du cinquantième anniversaire de la création du groupe Ange prend son temps. Leur premier concert à Belfort date de janvier 1970 et en avril ils passent au Golf Drouot à Paris où ils remportent la finale annuelle qui leur permet de sortir leur premier 45 tours. Leur premier 33 tours Caricatures sort en 1972. Est c'est, retardé par la pandémie qui impacte la vie culturelle et sociale, que le groupe pose enfin ses valises magiques de son périple en Alsace à Niederbronn… ce 4 février 2023 après 33 ans de concerts.


Ange - 50Ange au Moulin 9 - Niederbronn - Photo: lfdd

Ce concert est le rendez-vous obligé de nombreux fans venus de tout l’Est de la France et même de plus loin. Tout ce beau monde s’est donné rendez-vous bien avant l’ouverture des portes de la salle pour échanger anecdotes et souvenirs en croquant une paire de knacks et dégustant une bonne bière dans le hall du Moulin9 ou devant le bâtiment : « Je les ai vus onze fois depuis 1991 avec mes potes » dit un "jeune" fan ou « Je ne me rappelle plus si je les ai vu deux ou trois fois à Nancy ces dernières années, mais je me souviens de salles » vérifie avec ses potes un fidèle de la première heure. D'autres se distribuent des friandises et des bouchons d'oreille (c'est vrai qu'ils sont un peu près de baffles). C’est une cérémonie tribale presque, que l’on rejoue entre potes. Il n’y a pas que des hommes, on aime Ange aussi en famille et on connait les paroles et les airs de leurs compositions. Normal, on a écouté les disques jusqu’à les user. Six disques (dont quatre parmi les cinq premiers plus Emile Jacotey résurrection - 2014) ont été disques d’Or - Le Cimetière des Arlequins s'est même vendu à plus de 200.000 exemplaires! - et le groupe de rock progressif (il faudrait dire progressiste) français s'est souvent retrouvé à la tête du hit-parade. A Reading, en Angleterre, où se produisait également Genesis en août 1973 devant 30.000 spectateurs, ils ont eu droit à une ovation monstre. Beaucoup de ces groupes de rock n’existent plus désormais, mais Ange est inoxydable. 


Ange - 50Ange au Moulin 9 - Niederbronn - Photo: lfdd


Le groupe s’est rajeuni quand le fils de Christian Descamps, Tristan a fait  avec succès le « revival » du groupe en 1999 en s’entourant d’une équipe de chocLa formation, en plus du père et du fils intègre Hassan Hajdi à la guitare, Thierry Sidhoum à la basse et Benoit Cazzulini à la batterie. Au total, le groupe Ange a sorti 16 disques (plus les disques live de concert) sur la période Christian Descamps et 6 depuis que Tristan a relancé le groupe. Et c'est la nouvelle et (encore) jeune équipe - ils ont quand même plus de vingt ans au compteur - qui lance l'intro, guitare, batterie, basse et  clavier. Ils mettent l'ambiance dans la salle et, voici qu'arrive le barde, le sorcier, Christian, pour nous chanter... L'apprenti Sorcier comme autrefois. Une ode à l'imagination - et non au progrès, son ennemi - part sur les chapeaux de roues sur fond d'aérotrain - cet engin mythique qui faisant, à l'époque déjà, plus de 400 kilomètres à l'heure. Le film futuriste en noir et blanc est l'occasion de jeter un regard critique sur les inventions - et sur le parcours du groupe qui n'a rien perdu de son énergie, ni de son inventivité. Puis la couleur (rétro et pastel) arrive sur l'écran où se retrouvent, cheveux longs, longs, longs et pattes d'éléphant, les membres du groupe dans les années 70. 


Ange - 50Ange au Moulin 9 - Niederbronn - Photo: lfdd


Il faut bien leur laisser le fait qu'ils étaient un des rares groupes qui osaient - et assumaient - de chanter en français des morceaux que n'ont pas reniés les grands chanteurs rock (progressistes) anglophones de l'époque. Carl Palmer et Greg Lake d'ELP - Emerson Lake and Palmer - les ont félicités lors de leur descente de scène à Reading. Christian Descamps, le verbe toujours allègre fait un jeu de mots pour s'excuser de se faire remplacer par Geoffrey Duthillleul pour jouer de la guitare acoustique ("Plus on avance en âge, plus on s'approche de l'arthrite"). Hassan Hajdi, lui en est encore loin, qui arrive même à jouer de la guitare à deux mains - époustouflant! 


Ange - 50Ange au Moulin 9 - Niederbronn - Photo: lfdd


Les différents titres qui se succèdent permettent aux musicien de montrer leur talents, que ce soit Hassan, magnifique guitariste qui nous offre de très belles envolées en solo ou des frappes puissantes ou encore de superbes distorsions, Ben à la batterie, au rythme précis qui s'évade de temps en temps sur des percussions asiatiques, Thierry à la basse, grand commandeur sur son estrade et qui daigne de temps en temps dialoguer en face à face avec Hassan. Tristan Descamps, lui, joue magnifiquement des claviers et a une voix magnifique. Durant le concert, en plus de nous offrir de beaux solos ou des improvisations au piano ou au synthétiseur, il nous gratifie également de belles chansons qu’il interprète d’une voix puissante et qui sait aussi monter très haut. 


Ange - 50Ange au Moulin 9 - Niederbronn - Photo: lfdd


Sur presque deux heures de concert, le groupe balaye son répertoire, des débuts où ils étaient plus enclin à raconter des histoires ou des légendes jusqu'à des compositions plus récentes, certaines bien puissantes, presque punk en passant par toute une variété de styles allant de Procol Harum (Capitaine Coeur de mielà King Crimson et Hubert-Félix Thiéfaine (c'est peut-être lui qui a été inspiré par Ange) ou même d'inspiration carrément techno. Tout le répertoire n'y passe pas mais une belle palette dont l'Hymne à la vie, l'Ode à Emile, et, pour finir en beauté, Ces gens-là dont la magnifique orchestration pourrait faire croire à d'aucuns que c'est une chanson d'Ange... Tout comme on pourrait croire qu'Ange est un très grand groupe anglais tant ils ont réussi à faire le mariage de leurs paroles en français sur une musique anglo-saxonne et même plus, universelle puisqu'ils ont su aussi intégrer cet aspect symphonique permis par les synthétiseurs de l'époque. 


Ange - 50Ange au Moulin 9 - Niederbronn - Photo: lfdd


La soirée s'achève par un retour en images et en photos sur tou(te)s les musicien(ne)s qui ont fait partie de l'aventure, et ils (oui, surtout "ils", parce qu'il y avait peu de filles, même s'il y en avait) - étaient nombreux dans cette épopée qui continue depuis (plus d') un demi-siècle. Et comme disait Christian Descamps: "On a une vie âgé, mais on est encore en vie". Et pour le prouver, il rejoue de la guitare acoustique dans le final - auparavant il a bien sûr donné la réplique à son fils face à lui avec son clavier pour quelques morceaux.


Ange - 50Ange au Moulin 9 - Niederbronn - Photo: lfdd


Alors, rendez-vous dans dix ans*....


La Fleur du Dimanche


*Et si vous ne pouvez attendre:

Vendredi 31 Mars - Festival du Criou - SAMOENS (74)

Mercredi 5 Juillet - Festival Pause Guitare - ALBI (81) 

Vendredi 7 Juillet - Festival Othe en Armance - AIX-EN-OTHE (10)

Jeudi 13 Juillet - Les Francofolies - LA ROCHELLE (17)

Lundi 14 Août - Festival Les Bouteilles Folles - VITTEL (88)