mardi 13 novembre 2018

Le Ballet Spectres d'Europe à l'Opéra National du Rhin: Puissance et fragilité

Le programme "Spectres d'Europe" du Ballet National du Rhin présenté à l'Opéra de Strasbourg propose un dialogue entre une pièce du répertoire "historique", La Table Verte de Kurt Jooss et une création, Fireflies chorégraphié par Bruno Bouché.  
Et la proposition est intéressante et touche le but que s'était assigné le directeur du ballet: "confronter une création avec une pièce de valeur sûre, qui cependant va être elle-même confrontée au public d'aujourd'hui. Mettre en scène une pièce de renommée, narrative et datée, face à une autre pièce un peu plus abstraite, qui élargit l'horizon. Comment le public va-t-il recevoir le programme?".


Fireflies - Bruno Bouché - Photo: Agathe Poupeney


Le pari semble gagné, au moins dans cette confrontation et ce décalage, puisque dès le départ, l'ambiance de "Fireflies" bouscule la perception du public et de la danse. Cette pièce, en hommage à la fois à Pasolini (L'article des lucioles de Pasolini, qui en prédit la disparition, comme celle du peuple et de la culture populaire, ainsi que le clin d'oeil - traversée de la scène avec une énorme fleur rouge - à Ninetto Davoli dans le court-métrage "La sequenze del fiore di carta" où celui-ci transporte une grande fleur rouge sang en papier dans les rues de Rome en 1968) mais aussi à Georges Didi-Huberman et son livre "Survivance des Lucioles" ( "... êtres luminescents, dansants, erratiques, insaisissables et résistants comme tels - sous notre regard émerveillé" ) nous emmène dans une ambiance décalée, où les danseurs et l'espace nous échappent. Avec le jeu de miroirs du sol, les effets de lumière et de pénombre, de douches croisées ou de taches de lumières mouvantes, d'effets stroboscopiques qui complètent les apparitions-disparitions des danseurs, dans des tableaux fugitifs. Sur scène, où les mouvements des danseurs donnent quelquefois une impression d'infiniment petit comme des organismes microscopiques qui chacun a sa vie propre, nous assistons à une histoire qui se désagrège et se recompose et qui dessine un monde grégaire et individualiste à la fois. A l'image d'une composition de musique contemporaine qui s'écrirait en image et en mouvement sur le plateau, soulignée par des traits de lumière de savamment distillés par Tom Klefstad. La musique de Nicolas Worms y contribue également par son aspect collage de morceaux choisis - classiques, baroques ou rock complétés par sa propre création, et dont la partition est à la fois fragile et inquiétante. La dramaturgie de Daniel Conrod nous amène donc dans un monde de l'impermanence de l'être, qui bouleverse et bouscule, nous déstabilisant et nous faisant perdre nos repères. Et, dans le mouvement, cultive notre espoir, car, comme le dit Daniel Conrod: "...vous qui entrez ici, abandonnez non pas toute espérance, mais toute idée d'un quelconque ré-enchantement du monde. Il n'y a pas de ré-enchantement. Il n'y a qu'au bout du désenchantement du monde et de ses promesses battues et rebattues - le lieu de notre présent désarroi-, une liberté comparable à nulle autre, inédite absolument, s'offre à nous, à chacun et à chacune d'entre nous, mais qu'il revient, à nous et à nous seuls, de décider d'en explorer les contours sans filet.
L'espoir n'est pas dans l'attente. L'espoir est dans l'instant. Au dedans de l'instant."


Ajouter une légendeFireflies - Bruno Bouché - Photo: Agathe Poupeney

Et Fireflies, tout en nous bousculant dans nos certitudes, nous ouvre la voie....


La voie qu'avait aussi ouverte en son temps, oeuvre prémonitoire, à tout le moins prophétique, La table verte de Kurt Jooss, qui est présentée en deuxième partie.
Elle avait été remontée à Strasbourg en 1991 du temps de la direction du couple Gravier, puis en 2001 par Bertrand D'At, mais comme le souligne Jacqueline Gravier dans le programme, pour les spectateurs de ce temps, "la guerre était quelque chose de plus proche et plus palpable à cette époque".


La Table Verte - Kurt Jooss - Photo: Agathe Poupeney

Il est vrai que le ballet de Kurt Jooss, sous-titré "Danse macabre" en référence à la danse macabre de Lübeck qui avait impressionné le danseur et chorégraphe, fait surtout référence au réarmement de l'Allemagne, avant l'arrivée d'Hitler au pouvoir. Ce ballet, qui a remporté le concours des Archives Internationales de la Danse en 1932, initié par Rolf de Maré a contribué à son succès en permettant une tournée mondiale et en en faisant une pièce emblématique. L'histoire montre de vieux diplomates, à moitié chauves à la table (verte) de négociation en pantins désarticulés, décider de la guerre et de la paix - surtout de la guerre, qui ouvre et clôt la pièce, alors que les différents tableaux décrivent les jeunes et les vieux allant à la guerre et les femme qui sont également emportées par le personnage de la Mort, même s'ils essaient de se révolter. Le style, novateur à l'époque de théâtre dansé, avec une gestuelle particulière, s'appuyant sur l'expressionnisme et et le poids des corps, dans la mouvance de la nouvelle danse qui naît avec Mary Wigman et Rudolf Laban, dont Joos fut le collaborateur est très appuyé et puissant. La reconstitution à l'identique, sous le regard de Jeannette Vondersaar, dans la lignée de Kurt Jooss et Anna Markard en fait un spectacle plein d'énergie.


La Table Verte - Kurt Jooss - Photo: Agathe Poupeney

Et le résultat en est une confrontation "historique" et impressionnante qui fait un contrepoint à la première partie. 

De quoi conjuguer des points de vues complémentaires.





La Fleur du Dimanche  


A Strasbourg, le 13 et du 16 au 18 novembre


FIREFLIES [ CREATION ]
Bruno Bouché
Chorégraphie: Bruno Bouché
Musique: Nicolas Worms
Dramaturgie: Daniel Conrod
Costumes: Thibaut Welchlin
Lumières: Tom Klefstad

LA TABLE VERTE
Kurt Jooss
[REPRISE RÉPERTOIRE]
Pièce pour 16 danseurs
Création en 1932 au Théâtre des Champs-Elysées, Paris

Livret, Chorégraphie: Kurt Jooss
Musique: F.A. Cohen
Pianos: Maxime Georges, Vérène Rimlinger
Costumes: Hein Heckroth
Lumières, masques: Hermann Markard

dimanche 11 novembre 2018

J'ai décidé d'arrêter d'écrire... encore... Ou pas? Continuer ? Pourquoi? Pour qui?

Régulièrement, la question lancinante d'arrêter ce blog refait surface.

Fin de la Fleur 

Et même si j'ai annoncé la fin de la Fleur du Dimanche le 18 février 2018 (The End: c'est la fin de la Fleur du Dimanche. C'est la fin.), fin que j'ai confirmée le 20 février ( C'est fini, bien fini, merci. Prenez soin de vous (et du langage)... des fleurs ?), la question est régulièrement posée.
Après une année de publications, le 5 février 2012 (Lire - Ecrire - Regarder - Envoyer ), je m'interrogeais déjà de ce qu'était qu'écrire et pour qui, en citant Anton Tchekov. 
Et régulièrement j'échange de vive voix avec des ami(e)s ou des lecteur/trices qui me disent: 
Pourquoi as-tu arrêté ?
Pourquoi je publie encore ?
.... 


Facebook

Et la question du réseau social Facebook, présente en 2012 est encore plus d'actualité quand il devient un passage obligé de ce type de communication, qui, pour des raisons obscures "d'intelligence artificielle", à quoi se rajoute une impossibilité de communiquer avec les responsables engendre un blocage idiot. 
Mais plutôt que de se taire, il faut défendre la parole et les fleurs de la vie! Même si c'est de "petits riens" chers à Albert Strickler:


Fleur - Petit rien - Photo: lfdd


Votre avis et l'avenir de la Fleur

Si le blog de la Fleur du Dimanche doit continuer, il nécessite à la fois votre avis, votre soutien et une solution pour que vous puissiez le lire encore.. Bientôt je vous proposerai un rapide questionnaire sur ce sujet.
Mais n'hésitez pas à faire vos commentaires ou à partager les billets et celui-ci en particulier.


Le TVA

Curieusement, "Ecrire" a peuplé ma vie et mes soirées ces dernier temps. Le livre de Marguerite Duras, texte du film qu'elle a fait avec Benoît Jacquot où elle explique - ou essaie d'expliquer -pourquoi, comment elle écrit a rencontré un autre livre, apparu sur facebook, comme préféré d'une amie: "Ecrire la vie" d'Annie Ernaux, une auteure dont j'apprécie beaucoup les livres. 
Et ne voilà-t-il pas que dans l'article d'Avril Ventura dans le supplément du Monde des Livres de ce week-end, la question est posée dans le titre du livre de Pierre Patrolin: "J'ai décidé d'arrêter d'écrire" .. 




Et moi je fais une pause avant la suite...
Et je cède le texte à Marguerite Duras - en extraits




Et elle dit: 
"Ecrire, c'est la seule chose qui peuplait ma vie et qui l'enchantait. Je l'ai fait. L'écriture ne m'a jamais quittée."

Et je continue avec la citation du journal de Virginia Woolf:
"Je crois que pour écrire - ou pour n'importe quoi - vous devez être capable de vous recroqueviller en boule avant de frapper les gens en pleine figure."

Et pour finir, un autre extrait, tiré du livre "Que le Diable m'emporte - The Story of Mary MacLane" de Mary MacLane:




Et pour finir en chanson, une suite à la découverte de la musique d'Afrique de dimanche dernier, celle du Niger avec Les Filles de Illighadad et Tende (live au Tivoli Vredenburg Utrecht en Hollande)




Et Orange Blossom à Marseille





Et nous quitter en disant "Adieu" à Francis Lai, sans passer par la case "Chabababada" "Un homme et une femme"





Je voudrais tant que tu comprennes
Toi que je vais quitter ce soir
Que l'on peut avoir de la peine
Et sembler ne pas en avoir
Le cœur blessé encore sourire
Indifférente apparemment
Aux derniers mots, qu'il faut écrire
Lorsque finit mal un roman
L'âme éperdue, sauver la face
Chanter des larmes plein les yeux
Et dans un univers de glace
Donner l'impression d'être heureux

Je voudrais tant que tu comprennes

Puisque notre amour va finir
Que malgré tout, vois-tu je t'aime
Et que j'ai mal à en mourir

Je voudrais tant que tu comprennes

Malgré tout ce qui s'est passé
Que je t'aimais plus que moi-même
Et que je ne peux t'oublier
Et que je ne peux t'oublier

Bon Dimanche

La Fleur du Dimanche

vendredi 9 novembre 2018

JAZZdor à Strasbourg: Dites 33 et soyez aux anges - John Scofield, sa guitare et son Combo

Pour la 33ème édition de JAZZdor à Strasbourg, on ne pouvait trouver mieux que John Scofield et son Combo 66 pour ouvrir le bal - ou la route ...


JAZZdor Strasbourg 2018 - John_Scofield - Photo: lfdd

Scofield qui affiche bien ses 66 (ans passés) au compteur en a profité pour monter un "Combo" de jeunes - Gerald Clayton au piano et à l'orgue Hammond , Vincente Archer à la basse et Bill Stewart à la batterie. Bon, il est vrai que pour ce disque "Combo 66" qui vient de sortir, en référence à la Route 66 et à tout un répertoire de chansons country (de Hank Williams à Dolly Pardon), il avait embauché les vieux routards Larrry Goldings, Steve Swallow et Bill Stewart.


JAZZdor Strasbourg 2018 - John_Scofield - Photo: lfdd

Mais même si l'orgue Hammond, version B3 qui trônait sur scène date de 19535, il régnait un souffle de jeunesse sur ce concert généreux où John Scofield n'avait même pas besoin de prouver sa virtuosité et sa variété de jeu, son jeu de guitare agile survolait la soirée, mais le jeu clair et lumineux de Gerald Clayton au piano, ou franchement inspiré quand il se mettait à l'orgue, soutenu par un bon groove par Bill Stewart à la batterie et avec, caché dans l'ombre, le jeu puissant et lié de Vincente Archer à la contrebasse ont insufflé une bonne ambiance dans la salle. 
Quelques morceaux un peu plus rock, ou même carrément romantique avec le tendre et doux "But Beatiful" avant de lâcher le batteur Bill Stewart sur une composition en rupture du batteur Jonathan Barber et de conclure avec un magnifique morceau où il s'est lâché sur un magnifique solo qui a emporté l'enthousiasme de la salle.
Et il fallait bien un rappel et un autre morceau de son disque "Contry for old men" pour nous donner l'énergie de continuer le festival.

En prime, petit rappel de John Scofield lorsqu'il était guitariste virtuose chez Miles Davis:




Le Festival qui continue ce samedi 10 novembre à 17h00 au CEEAC avec un concert de Lucia Kadotsch "Speak Low"
Puis à la Cité de la Musique et de la Danse à 20h30 avec "Das Kapital - Eisler Explosion"  avec Hasse Poulsen, guitare, Daniel Erdmann, saxophone, Edward Perraud, batterie et 60 musiciens de l’Orchestre d’harmonie du Conservatoire de Strasbourg.

Dimanche, autre concert à 15h00 au CEAAC et à 17h00 à la Cité de la Musique et de la Danse, le Michael WOLLNY TRIO avec Michael Wollny, piano, Christian Weber, contrebasse, Eric Schaefer, batterie, suivi du ciné-concert "La Belle Nivernaise" avec un film muet de Jean Epstein (1923) accompagné par François Raulin au piano, Christophe Monniot au saxophone, Bruno Chevillon à la contrebasse et le Grand Choeur des Voix Bulgares dirigé par Ilia Mihailov. 

Et plein d'autres concerts à suivre pour finir en beauté le 23 novembre avec Archie Shepp à la Briqueterie à Schiltigheim. Et entre temps vous aurez pu voir, entre autres, Michel Portal Bojan Z. et d'autres le 15 novembre à Offenbourg, Jean-Marc Folz le 16 novembre,  et  Marc Ducret le 21, 
Vous pourrez aussi assister à l'enregistrement des émissions de France Culture le 20 novembre à la MAC de Bischiller à partir de 18h00 et au concert de David Murray à 20h30. 

Et pour vous donner envie de continuer et d'aller voir les autres spectacles, je vous offre la play-list du Festival e
n avant-goût de ce qui vous attend: 





Bon Festival JAZZdor 2018


La Fleur du Dimanche 

dimanche 4 novembre 2018

Les nuits m'affûtent... Je n'étais pas bête, enfin je crois... Extraits

Ne croyez pas que la Fleur du Dimanche est revenue, c'est juste un sursaut....
Pour réagir à Facebook qui censure...
Même le New York Times, si "prudent" en général s'est vu "disparaître" des publications du réseau social pour "atteinte aux règles de la communauté" d'une jeune fille, Amal Hussain, victime de la guerre et de la famine au Yémen.... Sans commentaire, juste une image:




Que peut-on publier ? Peut-on encore publier des fleurs ?


Fleurs - Photo: lfdd

Alors, je publie des extraits:

Le premier de Camille Bordas, extrait de Isidore et les autres:




Le deuxième, d'Albert Strickler, qui fera une lecture le 8 novembre à 18h00 à la médiathèque de Bischwiller, un extrait de son journal "Ivre de Vertige - Journal 2017" autour du 8 novembre, deux poèmes:

Pense à l'épitaphe de la tombe de Keats à Rome
et préfère ce qui est écrit sur l'eau
à ce qui est gravé sur le marbre
Préfère au grimoire des lourdes bibles
les calligraphies des étourneaux
dans le ciel d'automne
Préfère - là c'est Char qui vient à le rescousse -
les traces aux preuves et parmi les traces
celles qui s'effacent comme les pas dans la neige
ou les sillages des avions qui sont des sillons
que pour les graines de tes rêves

A ce qui dure préfère ce qui passe


Seul l'éphémère est immuable



Et en date du 7:

Les nuits m'affûtent
Je m'aiguise aux insomnies
mais mon tranchant est celui
d'un couteau qui broute
comme une luge mal fartée
là où il est censé couper net



Fleurs - Photo: lfdd

Pour finir en chanson, deux propositions, la première en regard de l'exposition "Touareg" qui s'achève aujourd'hui - pour Tardi et les "Kalash" vous avez encore un peu de temps... -  au Musée des Confluences à Lyon: Tinariwen (+IO:I) - Sastanàqqàm




SASTANÀQQÀM (I QUESTION YOU)

Ténéré, can you tell me of anything better
Than to have your friends and your mount,
And a brand new goatskin, watertight,
To find your way by the light
Of the four bright stars of heaven,
To know how to find water in 
The unlikeliest of places,
And enlist the momentum of the wind
To help you move forward. 

Tell me, Ténéré, how you and I
Can remain united, with no hate for each other. 
Ténéré, I can now admit that
I have travelled far through this wide world. 
Ténéré, I give you my oath
That as long as I’m alive,
I will always come back to you.


Et la deuxième, clin d'oeil au groupe de la Banane du jour, un extrait de film que je vous laisse découvrir:
Beetlejuice - Day-o (Banana Boat Song)



Bon Dimanche

La Fleur du Dimanche


jeudi 1 novembre 2018

Disparaître, nulle part, ailleurs

Une disparition ne devrait être que temporaire, pour aller ailleurs, mais pas nulle part.

Les mots, curieusement, sont quelquefois tirés par les oreilles, et quand il s'agit de la "Disparition de Philippe Gildas", cela brouille un peu la vision que l'on pourrait avoir de cet événement.

Mais passons, Philippe Gildas est mort, il n'est pas allé nulle part, ni ailleurs... Il est mort, comme Tony Joe White, dont pas grand monde ne se souvient ou Alain Baptizet, peu connu ou Florence Malraux, dont le nom nous dit quelque chose, et plein d'autres personnes connues de vous, ou pas connues...

Mais place à la fleur du jour, qui n'est pas du 1er novembre...



Lantanier - Photo: lfdd

Il s'agit d'un Lantanier, Lantana Camara (pas obscura !!!)  ;-)


Et je vous renvoie à trois de mes billets, non pas de l'an dernier mais d'il y a trois ans où je parlais de "disparition" - et de première fois (clin d'oeil à Dany F.)


Tourner la Page... Et écrire...


Haie, rai, paraît, disparaît.... . . .


Paraître, disparaître, reparaître, réapparaître: L'amour au premier coup d'oeil - Love at first sight

A part le mot "disparition", quelques autres sont apparus cette semaine dans le viseur et posent question, je n'en citerai que trois, issus de tribunes parues dans Libération.



Modernité


Le premier, qui fait écho au chapitre "archéologie" de dimanche dernier( Le Passé - Archéologie, Histoire, Philosophie, Littérature, Société,. nous parle d'universel et de l'altérité, dans Libération du 25 octobre 2018 sous la plume de Nicolas Teyssandier , Chargé de recherches au Laboratoire travaux et recherches archéologiques sur les cultures, les espaces et les sociétés et chargé de mission pour l’Institut écologie et environnement du CNRS:

Ce que dit la Préhistoire de l’universel et de l’altérité

Et il nous dit: "Aujourd’hui, un concept trace une frontière dans ces temps anciens : la modernité. Il puise ses racines dans l’entreprise de faire coexister évolution humaine et universalité de l’Homme et de ses fondements culturels"

et il continue...
"Il est tout aussi patent qu’autour des questions touchant à la modernité s’articulent celles, fondamentales, de l’universel et de l’altérité : «Tous parents, tous différents» pour reprendre le titre d’une célèbre exposition inaugurée au musée de l’Homme au début des années 90. Les enjeux sont fondamentaux : nous appartenons tous à une même espèce, partageons des gènes hérités d’ancêtres communs mais notre carte d’identité génétique nous est propre et unique. Il s’agit d’accepter l’altérité tout en reconnaissant l’universalité de l’humanité, sa capacité à se mélanger et à produire une large diversité de couleurs de peaux, d’organisations sociales et économiques et de destins.

L’utilisation de ce concept en Préhistoire et évolution humaine n’a donc rien d’anodine. Utile sur un plan scientifique, par sa capacité à reconnaître des formes d’organisations socio-économiques différentes, il tend hélas à limiter les possibles et à se fixer uniquement sur une dialectique renvoyant dos à dos modernes et non-modernes. D’autant que l’on sait aujourd’hui que cette supposée modernité n’est pas l’apanage d’Homo sapiens. Les Néandertaliens, et sans doute d’autres encore, ont eux aussi développé des comportements modernes, lorsqu’ils enterraient leurs morts, utilisaient des colorants, planifiaient leurs épisodes de chasse ou même perforaient des coquillages pour en faire des parures.



VIOLENCE


Le deuxième mot "violence" est apparu récemment concernant une vidéo virale montrant un jeune lycéen avec un pistolet en plastique et il nous vient de la tribune dans Libération du 30 octobre d'Alain Roger, enseignant de l'académie de Créteil qui sous le titre "La violence au lycée, mais laquelle?" nous rend attentif à ne pas se tromper de cible. Je vous laisse lire l'article en entier et voir où se niche la violence.... "dans l'intime"...



INDIVISIBLE - UNTEILBAR


Et le troisième terme, c'est l'indivisible que la philosophe Carolin Emke décrit sous le titre "Nous sommes "indivisibles" dans Libération du 29 octobre, et où l'on peut se demander si "indivisible", c'est une forme de "puissance", d'"invincibilité" comme l'aurait dit Hannah Arendt - voir l'extrait ci-dessous:









Et pour en revenir à Tony Joe White, plus dans l'extrait suivant:




Et avec les chansons Soul Francisco




Polk Salad Annie

 


et Bad Mouthing




Une autre vidéo, l'originale de ce que le film qui vient de sortir sur les Queen "Bohemian Rhapsody" a récréé sans le souffle du concert gigantesque "Live Aid" en 1985 avec Frey Mercury





Et pour finir, de circonstance, au moins par son début, dont les paroles disent "On the bus back from Bristol, we talked about death" Dans le bus de retour de Bristol, nous avons parlé de la mort...

Herman Düne - Bristol



Bon premier novembre ... Toussaint pour les intimes

La Fleur du Dimanche

dimanche 28 octobre 2018

Ferme les yeux et dors une heure, ou alors regarde, lis et écoute

Il a neigé dans les montagnes, et l'heure d'hiver, la dernière nous laisse une heure à nous, qu'en ferons-nous?
Regarder le ciel, apparemment gris pour le moment, le neige n'est pas loin...
Ou se remémorer le ciel bleu de l'été:


Fleurs d'été : Photo: lfdd
Penser aux vacances?

Poésie 

Lire un poème - tiens un poème de Gaston Jung en Alsacien, Aanfiirholz, ou celui-ci :

WIESCHDI NAACHT

's lääwe iesch e draum
e draum vum e hüss
un fliejsch emool nüss
un fliejsch iever d'landschaft
un kummsch wiedder haim
iesch's hüss abgebrännt 
biesch umsunscht haimgerännt
no dräjsch dich jezt um
luej emool doo anne :
d'landschaft schteht ien flamme
mieddem draime iesch's erum
jeder draum het sin änd

Doch nooch jeder naacht
giebt's e dropfe liecht

1998 Gaston Jung
Le dernier poème du recueil OFFE GSAAT


Ou celui qu'il a traduit en Français d'un des frères Matthis: 

Le moineau joue du trombone sur les toits,
Le vent pleure comme si tu le pinçais des dix doigts,
Le charbonnier Auguste tape deux notes trop bas,
Et l’oie des neiges souffle dans son harmonica ;
Et les prés et les champs préparent l’accouchement,
Au tas de betteraves grignotent les souris,
Les arbres ont tous des têtes d’enterrement,
Comme Ève jadis chassée du Paradis.
Le froid vient faire ses compliments, tout en
Raccourcissant les jours, les nuits s’allongeant d’autant,
Et le coq se bagarre même avec les canards pour monter,
Malgré qu’il soit rhumatisant, les marches d’escalier.

Albert Matthis, L’Hiver, extrait des Quatre saisons (écrit entre 1897 et 1900). Traduction Gaston Jung


Ou encore celui où il "explique" pourquoi il traduit leurs poèmes, à l'occasion de la remise de la bourse de la traduction du Prix du Patrimoine Nathan Katz le 3 mars 2006:

Pourquoi je traduis des poèmes des frères Matthis
(Rêve les yeux grands ouverts)
traduit du strasbourgeois par l\'Auteur

1
Disons que je rêve et que ce rêve trop beau
séparé du réel par une grille rouillée
est fait d’un grand tapis de divers végétaux
devenus minéraux, leur éclat conservé :
petits galets blancs-jaunes, en forme de mirabelles
pommes rouges pommes pâles, citrons et citronnelles
melons verts ronds et fermes comme boulets à canon
et plus de dix-mille fruits-pavés dans le gazon…

2
Cette image de la vie où règnent dans la splendeur
les saveurs d’un parterre bariolé de couleurs
a toutes les apparences d’une cour d’église rurale et
réformée dans une rue citadine dite « du Bouclier »
à Strasbourg, et cette cour de rêve pavée des plus
vifs coloris, confrontée à l’église aux murs nus
et modestes, gris et muets, sauf quand appellent
le dimanche les cloches – cette image est éternelle…

3
À ces fruits ainsi rutilants, vrais ou faux :
pommes poires coings pêches prunes abricots
mirabelles cerises et rhubarbe et groseilles
fraises et framboises   plus : dix ou douze recueils
de poèmes, rectangles où on lit un (pré)nom
de poètes écrivant l’alsacien ou bilingues ou bien
triphones   hier : Nathan, Albert et Adolphe   main-
tenant : Claude, André, Adrien, Conrad, Sylvie, Gaston…

4
Et chacun a posé sur l’herbe une fleur ou un morceau
de plante qui lui ressemble : Nathan une colchique
d’automne – – celle qu’Albert nomme du magnifique
mot « fülefüte », Adolphe préfère de loin un coquelicot,
Claude aime une ortie noire même sans fleur, André
est amoureux d’un pommier en fleur, Adrien s’émeut
à la vue du lierre, Conrad se chauffe au soleil-
tournesol, Sylvie adore les bouquets d’étoiles
et Gaston aime du chardon la fleur bleue…

5
La rue du Bouclier à Strasbourg relie la Grand-rue
à la place Saint-Thomas et la « Petite France » connue
pour ses ruelles, ses berges et ses ponts qui sont
à toute heure autant d’invitations   et si l’envie 
vous vient d’aller de place Kléber jusqu’aux Ponts-
Couverts et par le quartier Finkwiller, le circuit 
tournant pour aboutir à Gutenberg   alors vos pas sont
dans les pas des frères Matthis, il y a plus de cent ans…

6
Et tout comme moi vous rencontrerez un de nos vieux
frères-poètes ou même un plus jeune (Jean-Paul ou Joseph)
dans ces quartiers le long de l’Ill ou autour de la nef
de l’imposante cathédrale – ô merveille parmi les lieux
témoins de l’art et de la foi, qui durent malgré les incendies
les tempêtes les guerres et les épidémies, depuis 
qu’en l’an huit-cent-vingt six Ernold dit le Noir a décrit
une première église (en bois) sise à cet endroit précis…

7
Et quand tard le soir au « Coin des Pucelles » ou au « Saint-
Sépulcre » vous buvez comme les frères Matthis le vin
de l’Amitié à la santé de l’Alsace et de la bonne vie,
dehors sous les étoiles la flèche de la cathédrale a mis
son doigt de pierre dans le sens du désir d’avenir :
vers le haut et conçu pour durer. L’art de mêler sourire
et mélancolie, espoir et modestie, réalité rude et poésie
se situe, pour nos poètes-jumeaux, comme leur ville : ici,
entre un fleuve qui relie et qu’un vignoble ennoblit, une liberté bénie. 


Le Passé - Archéologie, Histoire, Philosophie, Littérature, Société,...

Ou se demander ce que l'on trouve dans le passé, quel rapport entre l'histoire et l'archéologie, quel intérêt? et lire le réponse d'Alain Schnapp interviewé dans le Monde des Livres du 26 octobre - "L'archéologie permet d'écrire une nouvelle histoire" par Thierry Barthélémy à l'occasion de le sortie du livre commis avec, entre autres Jean-Paul Demoule et Dominique Garcia "Une histoire des civilisations - Comment l'Archéologie bouleverse nos connaissances":
"Chateaubriand expliquait que "tous les hommes ont un secret attrait pour les ruines", parce qu'ils ont plus ou moins conscience de la brièveté de leur vie. Si l'on regarde ne serait-ce que ses parents ou ses grands-parents, si l'on essaie de penser sa vie dans le temps, on en déduit la rapidité de nos existences par rapport à l'immensité du temps. Regarder en arrière, regarder le passé, c'est une des conditions philosophiques du rapport de l'homme au monde. Vous trouvez cela aussi bien dans les sociétés sans écriture que chez les Sumériens ou les Chinois anciens. Je cite souvent cette phrase de Saint Augustin (IVe-Ve siècle), qui explique qu'on ne comprend les choses du présent et celles du futur qu'à condition de savoir d'où elles viennent. Et j'ai trouvé, un peu par provocation, un naturaliste arabe du IXème siècle, Al-Jazih, qui reprend à sa façon la parabole de Saint Augustin: "Dieu a rendu inhérente en nous la nécessité de connaître l'histoire de nos prédécesseurs, tout comme s'imposait à nos prédécesseurs de connaître l'histoire de leurs prédécesseurs, tout comme il sera nécessaire à ceux qui viendront après nous de connaître notre histoire."


EXTRAIT

Ou se donner envie de lire la suite du livre de Christophe Donner "Au clair de la Lune" qui conte l'histoire de deux génies méconnus, deux injustices, l'inventeur de la photographie Nicéphore Niepce et celui de l'enregistrement du son, Scott de Martinville:




MUSIQUE

Et pour finir en image et en musique, trois étapes...


Fleurs d'été : Photo: lfdd

La première pour vous donner envie d'aller voir Lady Gaga dans le film "A Star is Born"- I'll never love again :





La deuxième, un album posthume hommage à Alain Bashung avec Immortels de circonstance: 





Et des chansons à écouter les yeux fermés, en devinant qui est le chanteur...




Tamino - Persephone

Deux versions de Habibi

Tamino - Habibi (official audio):




Et la version "live"



Et la version Live de 
Indigo Night Session "Bruxelles Ma Belle"
Indigo Night:




Et Tamino - Summertime (Radio 1 Jazz Sessie):



Et pour finir, Close you Eyes de Loving Spoonful:




Et leur tube "Summer in the city" pour faire revenir l'été:




Et donc pour  faire revenir l'été, accrochons de fleurs vertes aux arbres:


Fleurs vertes - Photo: Monique C.


Bon Dimanche

La Fleur du Dimanche