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dimanche 9 février 2020

Siam, Indochine, Cambodge.. Faire barrage

Les rêves et la réalité se croisent dans ces territoires lointains, appelés autrefois "Indochine" ou "Indochine française", dont des souvenirs et des péripéties viennent encore jusqu'à  nous...
Duras, Rithy Panh, Gilles Caron, entre autres, dont on entend parler récemment, sont liés à ces pays par des souvenirs anciens ou plus proches, nostalgiques ou plus douloureux...
Des souvenirs de sang, aussi, rouge comme les fleurs du jour:


Fleurs rouges - Photo: lfdd

Dans cette actualité qui nous parle de ces pays, la pièce de Marguerite Duras "L'Eden Cinéma" qui passe actuellement au TNS à Strasbourg (voir mon billet du 4 février) dont voici un extrait du dialogue du frère et de la soeur:
Suzanne
Écoutez les paysans de la plaine, eux aussi, elle les avait convaincus. Depuis des milliers d’années que les marées de juillet envahissaient les plaines… 
Non… disait-elle. Non… Les enfants morts de faim, les récoltes brûlées par le sel, non ça ne pouvait aussi pas durer toujours.
Ils l’avaient crue.
Joseph
Des milliers d’hectares allaient être soustraits au Pacifique.
Tous seraient riches.
L’année prochaine
Suzanne
Les enfants ne mourraient plus. Ni de la faim. Ni non plus du choléra.
On aurait des médecins. Des institutrices comme jeune, elle, elle l’avait été.
Joseph
On construirait une longue route qui longerait les barrages et qui desservirait les terres libérées du sel. On serait heureux. D’un bonheur mérité.

La pièce a été adapté du livre "Un barrage contre le pacifique", dont Rithy Panh a fait un film qui sera visible au Cinéma Star le 16 février (gratuit).


Les fraises vertes - Photo: lfdd

Rithy Panh est un cinéaste franco-cambodgien, rescapé des camps des Kmer Rouges mais y a perdu sa famille. Son travail est une quête impossible pour en retrouver le souvenir. Il en a aussi récemment fait un livre avec Christophe Bataille, "La Paix avec les morts".
En voici un "extrait".


Extrait - La Paix avec les morts - Rothy Panh

Du Cambodge, il dit aussi:
"... Il n'y a plus d'intellectuels au Cambodge, plus de penseurs, d'historiens. Ils ont tous été liquidés. Il faut des générations pour en refaire. Alors quand un type dit des conneries, il n'y a plus personne pour lui répondre."

Le Cambodge, c'est aussi le pays où a "disparu" en 1970 le photographe Gilles Caron, au début de la révolte des Khmers Rouges de Pol Pot.
Un magnifique portrait de ce photographe au travers de la lecture de ses photos de différents reportages (Mai 68, la guerre des 6 jours en Israël, le Vietnam, L'Irlande du Nord, etc.) où l'on comprend qu'il a été à l'avant-scène de ces "théâtres" de l'actualité. Ne ratez pas ce portrait sensible et intelligent: "Histoire d'un regard"

En voici la bande annonce:





Pour les chansons de ce dimanche, je vous propose la chanson de Gérard Manset "Royaume de Siam":




Et pour rester dans l'actualité culturelle, la venue à Strasbourg de Babx, à Pôle Sud, dans le spectacle Multiple-s de Salia Sanou me donne l'envie et l'occasion de vous en proposer quelques chansons.
Pour commencer Omaya (BabX / Anil Eralsan / Wassim Halal):

 


Puis Suzanne aux yeux noirs:



Naomi aime:


Jean Genet:



Et la version en public:





Bon Dimanche 

La Fleur du Dimanche 
  

mardi 4 février 2020

L'Eden Cinéma au TNS: La vie n'est pas un long film tranquille

Ne vous fiez pas à la chronologie dans cette pièce de Marguerite Duras, "L'Eden Cinéma", adaptée en 1977 de son livre "Un barrage contre le Pacifique", son troisième roman, édité en 1950.
Ni au déroulement de la pièce mise en scène par Christine Letailleur. 


L'Eden Cinéma - Photo: Jean-Louis Fernandez

L'histoire, essentiellement racontée par Suzanne (et son frère Joseph) commence par le parcours de leur mère, venue du Nord de la France dans cette Indochine française à l'époque, comme institutrice, et suivant son mari - ce "père, inconnu" de Suzanne, vu qu'il est mort rapidement - à l'origine de leur malheur. Ou plutôt révélatrice des difficiles conditions de vie d'une institutrice, veuve avec ses deux enfants, obligée de travailler comme pianiste dans un cinéma. Et surtout, de son impossible rêve où elle se bat à la fois contre la nature - les grandes marées du Pacifique - et l'administration coloniale - qui trompe et exploite les pauvres en leur vendant plusieurs fois des terres incultes - pour exploiter ces terres salées. Au point de jeter la famile dans le dénuement et la mère dans la folie.


L'Eden Cinéma - Photo: Jean-Louis Fernandez

Cette histoire, pleine de rebondissements, même si la mère garde son idée fixe, est racontée sur trois niveaux: la narration, qui quelquefois se transforme en dialogues, et en scènes jouées et les commentaires en voix off. C'était l'objectif de Marguerite Duras de secouer les règles théâtrales lors de la création de la pièce en 1977 (voir plus bas la vidéo d'achive sur la création par Claude Régy avec Madeleine Barraud, Bulle Ogier et Michael Lonsdale), de perturber le niveau de discours, d'avoir la description qui s'insinue dans le texte et les actions qui ne se sont pas jouées. Christine Letailleur joue le jeu et garde également les mêmes acteurs pour les personnages dans les différentes temporalités (les détails vestimentaires servent de repère, alors soyez attentifs!), parce que la temporalité est également bousculée.


Marguerite Duras (Donnadieu) jeune 

Comme au cinéma, nous avons droit à des flashes-back ou des projections dans l'avenir.
Christine Letailleur le justifie dans  l'interview par Fanny Mentré dans le dossier d'accompagnement de la pièce:
"On pourrait faire jouer la période de l’adolescence par d’autres acteurs que ceux du début, par des acteurs plus jeunes. Tout est une question de parti pris de mise en scène. Le mien est que ce soient les mêmes acteurs qui interprètent les scènes du présent et du passé. C’est plus fort, à mon sens ; je crois qu’à partir d’un certain âge, on revisite les scènes du passé, celles de l’enfance, peut-être pour mieux se réconcilier avec sa propre histoire, retrouver des émotions enfouies, réinventer cette période...
Cette histoire, ces émotions enfouies, les quatre comédiens nous le présentent avec sensibilité et nous permettent de les imaginer et même de les inventer. Cette découverte de l'amour et de la liberté par cette adolescente ambigüe, Suzanne (superbe Caroline Proust), sa relation ambivalente avec son frère, chasseur, aventurier et violent (bien campé par Alain Fromager), le jeu de l'amour et de l'argent avec son soupirant-amant Mr Jo (Hiroshi Ota, qui avait joué l'Homme dans la pièce "Hiroshima, mon amour" précédemement mis en scène par Christine Letailleur) et la poignante mère (incroyable Annie Mercier), à la fois mère courage, mère vengeresse et mère complètement folle. Son monologue (la lettre "finale" aux fonctionnaires) est un climax de la pièce. Comme le dit Suzanne dans la pièce: 
"Elle veut avoir raison de l'injustice, la mère, de l'injustice fondamentale qui régit le monde, encore. Elle veut avoir raison de la force des vents, de la force des marées, encore."


Marguerite Duras et sa mère Marie Donnadieu

C'est une pièce engagée, même si le résultat n'est pas gagné, mais nous y adhérons. Et nous nous laissons porter par cette ambiance, cette moiteur, cette nonchalance, avec les ambiances des îles d'Emmanuel Léonard, quelques pièces au piano - dont la Valse de l'Eden (Carlos d'Alessio voir plus bas), entêtante ritournelle qui tourne les têtes - et les lumières de Grégoire de Lafond avec la complicité de Philippe Berthomé qui nous transportent dans un India Song crépusculaire, transcendé par une scénographie minimale d'Emmanuel Clolus, avec ce bungalow mobile qui peut s'effacer et devenir la projection des fantasmes, dont le film de Gustav Machaty "Erotikon".
     
La Valse de l'Eden - Carlos d'Alessio:


 


Extrait de la pièce L'Eden Cinéma avec Bulle Ogier et Michael Lonsdale après l'interview de Claude Régy lors de la création de la pièce en 1977:  





La Fleur du Dimanche

L'Eden Cinéma
TNS du 4 au 20 février

Autour du spectacle: 
projection du film de Rithy Panh
"BARRAGE CONTRE LE PACIFIQUE
le 16 février 2020 à 11h00 au cinéma Star à Strasbourg - Gratuit

Tournée (en cours)
Théâtre de la Ville - Paris - au 19 décembre 2020  

CRÉATION AU TNS
PRODUCTION

Texte Marguerite Duras
Mise en scène Christine Letailleur
Avec Alain Fromager, Annie Mercier, Hiroshi Ota, Caroline Proust
Scénographie Emmanuel Clolus, Christine Letailleur
Lumière Grégoire de Lafond avec la complicité de Philippe Berthomé
Son Manu Léonard
Vidéo Stéphane Pougnant
Assistanat à la mise en scène Stéphanie Cosserat

Christine Letailleur est metteure en scène associée au TNS
Le décor et les costumes sont réalisés par les ateliers du TNS
Le texte est publié aux éditions Gallimard


Production Théâtre National de Strasbourg, Compagnie Fabrik Théâtre

dimanche 11 novembre 2018

J'ai décidé d'arrêter d'écrire... encore... Ou pas? Continuer ? Pourquoi? Pour qui?

Régulièrement, la question lancinante d'arrêter ce blog refait surface.

Fin de la Fleur 

Et même si j'ai annoncé la fin de la Fleur du Dimanche le 18 février 2018 (The End: c'est la fin de la Fleur du Dimanche. C'est la fin.), fin que j'ai confirmée le 20 février ( C'est fini, bien fini, merci. Prenez soin de vous (et du langage)... des fleurs ?), la question est régulièrement posée.
Après une année de publications, le 5 février 2012 (Lire - Ecrire - Regarder - Envoyer ), je m'interrogeais déjà de ce qu'était qu'écrire et pour qui, en citant Anton Tchekov. 
Et régulièrement j'échange de vive voix avec des ami(e)s ou des lecteur/trices qui me disent: 
Pourquoi as-tu arrêté ?
Pourquoi je publie encore ?
.... 


Facebook

Et la question du réseau social Facebook, présente en 2012 est encore plus d'actualité quand il devient un passage obligé de ce type de communication, qui, pour des raisons obscures "d'intelligence artificielle", à quoi se rajoute une impossibilité de communiquer avec les responsables engendre un blocage idiot. 
Mais plutôt que de se taire, il faut défendre la parole et les fleurs de la vie! Même si c'est de "petits riens" chers à Albert Strickler:


Fleur - Petit rien - Photo: lfdd


Votre avis et l'avenir de la Fleur

Si le blog de la Fleur du Dimanche doit continuer, il nécessite à la fois votre avis, votre soutien et une solution pour que vous puissiez le lire encore.. Bientôt je vous proposerai un rapide questionnaire sur ce sujet.
Mais n'hésitez pas à faire vos commentaires ou à partager les billets et celui-ci en particulier.


Le TVA

Curieusement, "Ecrire" a peuplé ma vie et mes soirées ces dernier temps. Le livre de Marguerite Duras, texte du film qu'elle a fait avec Benoît Jacquot où elle explique - ou essaie d'expliquer -pourquoi, comment elle écrit a rencontré un autre livre, apparu sur facebook, comme préféré d'une amie: "Ecrire la vie" d'Annie Ernaux, une auteure dont j'apprécie beaucoup les livres. 
Et ne voilà-t-il pas que dans l'article d'Avril Ventura dans le supplément du Monde des Livres de ce week-end, la question est posée dans le titre du livre de Pierre Patrolin: "J'ai décidé d'arrêter d'écrire" .. 




Et moi je fais une pause avant la suite...
Et je cède le texte à Marguerite Duras - en extraits




Et elle dit: 
"Ecrire, c'est la seule chose qui peuplait ma vie et qui l'enchantait. Je l'ai fait. L'écriture ne m'a jamais quittée."

Et je continue avec la citation du journal de Virginia Woolf:
"Je crois que pour écrire - ou pour n'importe quoi - vous devez être capable de vous recroqueviller en boule avant de frapper les gens en pleine figure."

Et pour finir, un autre extrait, tiré du livre "Que le Diable m'emporte - The Story of Mary MacLane" de Mary MacLane:




Et pour finir en chanson, une suite à la découverte de la musique d'Afrique de dimanche dernier, celle du Niger avec Les Filles de Illighadad et Tende (live au Tivoli Vredenburg Utrecht en Hollande)




Et Orange Blossom à Marseille





Et nous quitter en disant "Adieu" à Francis Lai, sans passer par la case "Chabababada" "Un homme et une femme"





Je voudrais tant que tu comprennes
Toi que je vais quitter ce soir
Que l'on peut avoir de la peine
Et sembler ne pas en avoir
Le cœur blessé encore sourire
Indifférente apparemment
Aux derniers mots, qu'il faut écrire
Lorsque finit mal un roman
L'âme éperdue, sauver la face
Chanter des larmes plein les yeux
Et dans un univers de glace
Donner l'impression d'être heureux

Je voudrais tant que tu comprennes

Puisque notre amour va finir
Que malgré tout, vois-tu je t'aime
Et que j'ai mal à en mourir

Je voudrais tant que tu comprennes

Malgré tout ce qui s'est passé
Que je t'aimais plus que moi-même
Et que je ne peux t'oublier
Et que je ne peux t'oublier

Bon Dimanche

La Fleur du Dimanche

mercredi 13 septembre 2017

Le Camion au TNS: Arrêter le cinéma

Duras, Marguerite de son prénom - de fleur - est connue des fidèles lecteurs de ce blog, ne serait-ce que par la chanson d'India Song interprétée par Jeanne Moreau et Hervé Vilar en juillet 2014 (Chanson, toi qui ne veux rien dire) ou par la pièce (pleine d'humour) "Marguerite D." jouée au TAPS en 2015, et, last but not least, la pièce "Le Vice-Consul" , créée au TNS en 2014 pour le centenaire de la vieille dame indigne...  

En ouverture de saison cette année, Duras revient au TNS à Strasbourg avec "Le Camion".
Ce qui a été un film qui, à sa sortie en 1977, a soulevé soit un énorme rejet, soit la qualification de film "de génie" (dixit Jean-Louis Bory), a fait avancer le cinéma et reste une référence. 
C'est, d'après Duras, qui dit comme spectatrice de son film que "la première fois qu'au cinéma on me donne une aussi grande liberté,... la même liberté qu'à la lecture". Parce que - comme elle l'annonçait tout au début de son projet de film - et que cela s'inscrit sur l'écran sur la scène du TNS: 
"Le cinéma arrête le texte, frappe de mort sa descendance: l'imaginaire.
C'est là sa vertu même: de fermer. D'arrêter l'imaginaire.
Cet arrêt, cette fermeture s'appelle: film"  

TNS - Le Camion - Duras - Maine de Missolz - Photo: Jean-Louis Fernandez


Mais, vous l'avez bien noté; il y a un écran sur la scène.... 
Oui, mais sur cet écran, il n'y a pas de cinéma, ce sont des images qui "ouvrent" l'horizon, l'imaginaire, font voyager et se collisionnent avec le texte. Parce que le texte, c'est ce qui va faire le cinéma sur la scène. Parce que le cinéma, c'est le théâtre qui le fait - un peu comme on dirait en allemand "faire du théâtre" qui se traduirait en français par "faire son cinéma".

Le texte du film, transposé sur la scène, prend une autre dimension, devient offrande au spectateur, là où c'était une complicité entre deux "personnages" bien réels, Marguerite Duras et Gérard Depardieu (encore jeune, mais déjà connu et toujours talentueux) qui nous invitaient à "voir" ce qui ne se voyait pas, sur scène, les comédiens (Laurent Sauvage qui dit le texte de Duras et Hervé Guilloteau celui de Depardieu) nous proposent de l'entendre, et d'imaginer doublement les images manquantes. A la fois celle du film absent que nous devons reconstruire et celles qui sont absentes dans le film mais contenue dans le texte. Il faut noter également le superbe travail de Matt Elliot qui a créé une musique qui nous emmène avec elle et nous met totalement dans cette ambiance de voyage mais aussi de passion.

Le jeu de Laurent Sauvage, à la fois doux et tendre, et en même temps magistral sur le déroulement, et celui d'Hervé Guilloteau avec suffisamment de distance mais aussi de décalage, nous laissent les accompagner dans ce voyage. Un troisième larron, Olivier Dupuy, qui prend la place de l'absent, du caché dans le camion nous interpelle et nous rend attentif à ce qu'il va dire, exprimer, dans ce double duo qui soit ne s'écoute pas, soit se laisse mener jusqu'au bout... jusqu'au mot "FIN".

TNS - Le Camion - Duras - Maine de Missolz - Photo: Jean-Louis Fernandez



Et l'on partage l'opinion de Marine de Missolz, qui a mis en scène ce voyage quand elle nous dit: "Je cherche un ton qui se situe à la lisière du lard et du cochon, qu'on ne puisse jamais déterminer si c'est une blague ou si c'est sérieux.. ou les deux à la fois. Comme la vie, c'est à la fois complétement grave et totalement dérisoire... mais sacrément passionnant.  
Donc attendez-vous à de l'humour, pas forcément là où l'on pense le trouver, mais cela peut être dans le texte de Duras, qui n'en manque pas (par exemple : M.D.: Vous voyez ? G.D.: Je vois.) ou dans des surprises de mise en scène qui ramène la lutte des classes au Moyen Age...

Mais bien sûr le texte de Duras reste ancré dans cette période des années 70 où la conscience de classe était vivace. 

Et l'on peut passer d'un trait d'humour (M.D.: Elle parle: elle dit au chauffeur: Vous êtes du parti communiste français ? G.G: "Il lui dit: Cela ne vous regarde pas") à une prise de conscience (M.D. "Et puis un jour elle a vu. C'était l'été. Les pierrots, sur les chars qui entraient à Prague" et à une prophétie (M.D.: Elle dit: Regardez: la fin du monde." - G.D. "Qu'est-ce qu'elle montre?" - M.D. (Temps): "Elle montre la mer") ou un constat d'échec (M.D.: "Elle dit: Que le monde aille à sa perte, c'est la seule politique".


TNS - Le Camion - Duras - Maine de Missolz - Photo: lfdd

Mais tout reste ouvert et l'écran peut contenir tous nos rêves, et l'amour, et la politique, et la réalité. Et dans une sobriété de mots, de phrases, tout est dit, effectivement l'amour, la politique, les relations entre les êtres - ou l'absence de relation - les préjugés et le racisme, la normalité, le passé et le futur. Et quand le mot fin apparait et se fige, rien n'est fini, le travail de la pièce recommence.... 
Il ne s'arrête pas, Le Camion continue son chemin...


Bon Spectacle

La Fleur du Dimanche

LE CAMION

Du 12 au 23 septembre 2017 au TNS Strasbourg
Du 14 au 22 octobre 2017 à la MC93 à Bobigny
Du 17 au 19 avril 2018 au TU à Nantes

LE CAMION

Texte Marguerite Duras
Mise en scène Marine de Missolz
Avec Olivier Dupuy, Hervé Guilloteau, Laurent Sauvage
Collaboration artistique Nicole Deschaumes
Vidéo Tesslye Lopez
Lumière Philippe Berthomé
Musique Matt Elliott

Production Théâtre National de Strasbourg, Compagnie L’Etang donné
Coproduction MC93 - Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis, TU Nantes - Scène de recherche et de création contemporaine, Le Lieu unique - Scène nationale de Nantes
Avec le soutien du Conseil régional des Pays de la Loire, du Département de Loire-Atlantique, de la Ville de Nantes et de Grosse Théâtre
Avec le soutien de l’État - DRAC des Pays de la Loire

Laurent Sauvage est acteur associé au TNS
Le décor et les costumes sont réalisés par les ateliers du TNS
Le texte est publié aux Éditions de Minuit


Création le 12 septembre 2017 au Théâtre National de Strasbourg

lundi 5 janvier 2015

Le premier film de l'Année: Fidelio, l'Odyssée d'Alice, la "Marin" de Marseille

Courez-y avant qu'il ne soit trop tard, c'est le premier film de Lucie Borteleau, mais quel film ! Et quels acteurs ! Ariane Labed, autre nom à suivre..

L'actrice, née à Athène de parents français, d'ailleurs installée à Athène, troue le film de sa beauté lumineuse. Elle a déjà remporté en 2010 la Coupe Volpi pour la meilleure interprétation féminine à Venise pour le film grec Attenberg et là, pour Fidelio, l'Odyssée d'Alice, c'est le Prix d'interprétation féminine qu'elle remporte à Locarno en 2014.

Elle joue une femme-mécanicienne sur un bateau - le Fidélio du titre - où elle va aussi y porter l'habit d'homme comme le personnage de l'opéra de Beethooven. 
Et elle "veut tout" de la vie, de l'amour... 
Sur ce bateau, alors qu'elle vient de quitter son amoureux pour quelques longs mois, elle s'y retrouve, entourée d'hommes uniquement, et y retrouve un ancien amour, qui en est le capitaine, magnifiquement interprété par Melvil Poupaud, lui aussi solaire et lumineux.
Le film montre la vie à bord, toute en tension, en force et en désir. La réalisatrice Lucie Borteleau arrive magnifiquement à rendre cette atmosphère sur un bateau, l'ambiance, la salle des machines, la cabine de pilotage. 
La photographie est magnifique et les personnages ont tous une étoffe et une profondeur plus qu'humaine.
La question des sentiments, de l'amour, de la fidélité, de la vie, du deuil sont traités avec force et pudeur. 
Le désir et la sensualité, la beauté des corps sont merveilleusement rendus. La réalité, celle de la condition des marins, de leur sécurité et de leur exploitation ne sont pas occultés. 
Mais le film va plus loin, à en devenir une tragédie grecque presque  ou un roman de Marguerite Duras - Un hommage clin d'oeil est d'ailleurs rendu au Marin de Gibraltar. 

Si vous n'êtes pas encore parti le voir, la bande annonce devrait vous y aider:


Fidelio, l'Odyssée d'Alice

Bon Film

La Fleur du Dimanche

dimanche 20 juillet 2014

Chanson, toi qui ne veux rien dire, toi qui me parles d'elle.... Duras, Yann Andréa et Hervé Villard

Dimanche dernier, je vous avais promis Hervé Vilard et Duras.
C'est l'occasion, en cette année du centenaire, où nous avons déjà rendu compte de la pièce qui a été montrée au TNS à Strasbourg en mai (voir le billet du 22 mai 2014), le Vice-Consul, qui reprend l'histoire d'India Song..
Et c'est aussi, comme je vous le disais dimanche dernier, au moment de la disparition de Yann Andréa, l'occasion de rendre un hommage à Marguerite Duras.

Mais d'abord la fleur, un bouquet avec Marguerite, bien sûr:



Bouquet de fleurs sauvages avec marguerite - Photo: lfdd

En tout cas, sachez que Marguerite Duras fut la plus fidèle admiratrice du célèbre chanteur Hervé Vilard, plus connu pour son tube "Capri c'est fini" que pour "India Song".
La preuve ici:
http://www.hervevilard.com/PLAN/SITEPAGE3MARGUERITE.htm

Et voici la chanson:

India Song

Chanson,

Toi qui ne veux rien dire
Toi qui me parles d'elle
Et toi qui me dis tout
Ô, toi,
Que nous dansions ensemble
Toi qui me parlais d'elle
D'elle qui te chantait
Toi qui me parlais d'elle
De son nom oublié
De son corps, de mon corps
De cet amour là
De cet amour mort
Chanson,
De ma terre lointaine
Toi qui parleras d'elle
Maintenant disparue
Toi qui me parles d'elle
De son corps effacé
De ses nuits, de nos nuits
De ce désir là
De ce désir mort
Chanson,
Toi qui ne veux rien dire
Toi qui me parles d'elle
Et toi qui me dit tout
Et toi qui me dit tout 

 


Et la relation entre la chanson et la Fleur, me direz-vous?
A vous de trouver...
Si vous ne croyez pas que Duras adorait "Capri", il suffit de regarder la bande annonce du film "Cet amour-là" réalisé par Josée Dayan en 2002 avec Jeanne Moreau comme interprète de Marguerite Duras, à partir du livre éponyme de Yann Andréa qui est paru en 1999.

[Cinéma : cet amour là] par ina
         
Et si vous voulez en savoir davantage sur la relation entre Yann Andréa et Duras, voici un article du Nouvel Observateur du 11 juillet sur Yann Andréa et son livre "Duras mon amour":
http://bibliobs.nouvelobs.com/documents/20140710.OBS3429/duras-mon-amour-par-yann-andrea.html

Et un extrait de "M.D.", son premier roman (1983):

"Vous regardez longuement la mer, le spectacle immuable qui vous étonne toujours. Vous dites: je ne reviendrai plus jamais ici.    On quitte les Roches Noires. Nous laissons le hall, le sable, les enfants. Vous dites: quelle beauté, même en été.
    Entre les deux sièges de la voiture, je mets une bouteille de vin débouchée. Vous dites: J'ai trop peur, vous devez conduire, moi , c'est fini. Je prends le volant, je suis sans permis de conduire. 
     Autoroute déserte. Je dépasse un camion, c'est la première fois. Silence attentif dans la voiture. Le paysage s'éloigne. Je m'arrête....."

En bonus, même si vous l'avez déjà eue en mai, revoici Jeanne Moreau chantant India Song:



Et ultime cadeau, le début du film India Song:




Allez, je vous aide, pour la devinette.... Les Roches Noires sont sur la route de Honfleur.

Et petit clin d'oeil à la jeunesse, une dernière citation de Yann Andréa dans M.D.:
"Votre corps ne vous intéresse pas, vous êtes contrainte de le laisser soigner par d'autres, des gens qui ne savent pas que Lol existe."


Et Max, lui il y en a même qui disent qu'ils l'ont vu voler.. En tout cas Hervé Christiani, lui s'est envolé cette semaine...


Et pour clore les bonus, une chanson d'Hervé - pas Chritiani, mais Vilard, moins connue, mais Eric S. (et ses ami(e)s devraient la reconnaître:




  Bon dimanche et à Dimanche prochain pour de nouvelles fleurs et chansons ...

La Fleur du Dimanche

dimanche 13 juillet 2014

Il est un jardin enfoui au creux de ma mémoire...

Dimanche dernier, nous avons inauguré le cycle d'été - sous la pluie, cela ne change pas beaucoup - de la Fleur du Dimanche qui va présenter les poètes ayant chanté les fleurs. 
Nous avons donc commencé avec le coquelicot et Mouloudji
Marcel Mouloudji, auquel ses deux enfants Annabelle et Grégory rendent hommage à l'occasion des 20 ans de sa disparition en sortant un disque avec de nombreux interprètes dont Louis Chedid, Alain Chamfort, Christian Olivier des Têtes Raides, Daphné, Jil Caplan...

Aujourd'hui, nous avons les Iris:
"Il est un jardin
Enfoui au creux de ma mémoire
Un jardin bleu dans le matin
Où ont poussé des iris noirs"

Pour la photo, la mémoire est plutôt du côté des iris jaunes (voir le billet du 29 mai 2011), ici une autre version:


Iris jaune - Phot: lfdd

La mémoire, elle, se heurte au hasard.... et revient à la mémoire, vous allez voir...

Dimanche dernier, alors que je commençais à chercher du côté des poètes et des chansons - dans ma mémoire et celle de la toile mondiale - je trouve une chanson interprétée par Hervé Vilard qui dit:
"Chanson,
Toi qui ne veux rien dire
Toi qui me parles d'elle
Et toi qui me dis tout"

Cela ne vous rappelle rien ? Non ? 
Allons plus loin, la chanson vous l'aurez dimanche prochain... entre-temps un épisode surprenant:
Ce même dimanche soir, je dîne dans une pizzeria à Paris. Une chanteuse, italienne, s'accompagnant de sa guitare fait l'animation en chantant des chansons italiennes. A un moment, elle s'adresse à moi en me demandant si je venais d'Angleterre. Je lui répond que je suis de ce pays dont Paris est la capitale et elle me propose de me chanter la seule chanson qu'elle ait apprise en français et qu'elle intitule "Chanson d'Amour". 
Et quelle n'est pas ma surprise d'entendre la chanson d'Hervé Vilard, celle de Jeanne Moreau, celle de Marguerite Duras: India Song....

Le hasard et la mémoire vont encore plus loin, puisque nous avons eu cette semaine, l'annonce de la disparition de Yann Andréa, "qui fut le compagnon de Marguerite Duras de 1980 à sa mort le 3 mars 1996, (annoncé par le Monde" ce vendredi)... retrouvé sans vie jeudi 10 juillet dans son appartement parisien. Il avait 61 ans."

Il y est cité avec son roman "Cet Amour-là
«Un jour, je dis: si demain je meurs, si demain je me tue, vous ferez un petit livre dans les quinze jours, je suis sûr que vous le ferez. Elle dit: Yann je vous en supplie, ne dites pas ça, non. Pas un petit livre. Un livre.»

Mais vous en saurez plus dimanche prochain...

En attendant, après une photo d'"ambiance", le poème du jour:


Un jardin enfoui au creux de ma mémoire - Photo: lfdd


Prière Pour Aller Au Paradis.

Il est un jardin
Enfoui au creux de ma mémoire
Un jardin bleu dans le matin
Où ont poussé des iris noirs
Un jardin dont j'ai tant rêvé
Oh qu'un jour je puisse y entrer
Me reposer à tout jamais
Près de la tombe abandonnée
De Laura.

Je saurai le seuil
Au bruit de la grille rouillée
L'endroit du puits sous les tilleuls
On y buvait des jours d'été, 
En écartant les giroflées, 
Les mousses sombres et glacées, 
Les scolopendres effrayées, 
Près de la tombe abandonnée
De Laura.

Oh je voudrais tant mourir en ce jardin
A l'ombre calme des grands pins
Que s'ouvrent enfin les roses
Closes
Depuis si longtemps.

Il est un jardin
Enfoui au fond de ma mémoire
Un jardin bleu quand vient le soir
Où ont poussé deux lauriers thyms
Un jardin où j'ai tant pleuré
Oh qu'un jour je puisse y entrer
Me reposer à tout jamais
Près de la tombe parfumée
De Clara

Nous aurons des rires
Comme des vols de passereaux
De grands rires clairs de jeunes filles
Des rires frais comme des ruisseaux
Comme des rires de gens heureux
Nous réinventerons le temps
Des jours où l'on avait le temps
De parler de jardins en fleurs
Et des choses du coeur.

Oh je voudrais tant revivre en ce jardin
A l'ombre calme des grands pins
Que s'ouvrent enfin les roses
Closes
Depuis si longtemps
"

En connaissez-vous l'auteur ? Non ?
Eh bien, c'est Marie Laforêt elle-même, sous le pseudonyme de Françoise They, qui s'est inspirée du livre de Françis Jammes: "Jeunes Filles".

Pour forcer le hasard (le coquelicot), je vous offre un poème de ce dernier: 

"Je la désire

Je la désire dans cette ombreuse lumière
qui tombe avec midi sur la dormante treille,
quand la poule a pondu son oeuf dans la poussière.
Par-dessus les liens où la lessive sèche,
je la verrai surgir, et sa figure claire.
Elle dira : je sens des pavots dans mes yeux.
Et sa chambre sera prête pour son sommeil,
et elle y entrera comme fait une abeille
dans la cellule nue que blanchit la chaleur."
Françis Jammes

Voici l'interprétation de 1973 de Marie Laforêt de Prière Pour Aller Au Paradis:


Marie Laforêt "Prière pour aller au paradis...



Et puis si vous ne saviez pas que RoBERT (Déa) savait chanter, en voici la preuve:





Je ne résiste pas à vous mettre un "bonus": le clip "Les Jupes" de la même RoBERT, réalisé par Michel Gondry en 1992

RoBERT - Clip Les jupes (1992)


Bon Dimanche et à dimanche prochain...

La Fleur du Dimanche