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jeudi 4 juillet 2024

Suite des 24èmes rencontres d'été : Croiser les siècles et les pays en musique (de chambre)

 Le succès des 24èmes rencontres d'été de musique de chambre de l'Accroche Note à l'église du Bouclier à la Petite France à Strasbourg ne se dément pas. Après une première soirée qui nous a fait voyager au Japon (voir le billet du 2 juillet En route pour le Japon), voici un voyage autour de Ravel avec une incursion en Italie et une autre au pays de Fauré.


Accroche Note - Lisa Meignin - Wilhem Latchoumia - Françoise Kubler - Christophe Beau - Photo: Zoé Khan-Thibeault

Rencontres d'été - Accroche Note - Françoise Kubler - Photo: Zoé Khan-Thibeault


Ce sont les chansons de Ravel qui ouvrent et ferment le programme, permettant à Françoise Kubler de nous enchanter de sa voix de soprano qu'elle arrive à moduler merveilleusement, du chuchotement le plus fin à l'expression la plus puissante, passant sans problème du grave à l'aigu et du Yiddish dans les Chansons Hébraïques au japonais comme la veille ou tout simplement au français d'Évariste de Parny qui nous parle avec ces trois chansons, Nahandove, Aoua et Il est doux à la fois d'érotisme et de colonialisme:

Tes baisers pénètrent jusqu’à l’âme ; tes caresses brûlent tous mes sens ; arrête, ou je vais mourir. Meurt-on de volupté, Nahandove, ô belle Nabandove !

et

.... Les blancs promirent, et cependant ils faisoient des retranchemens. Un fort menaçant s’éleva ; le tonnerre fut renfermé dans des bouches d’airain ; leurs prêtres voulurent nous donner un Dieu que nous ne connoissons pas ; ils parlèrent enfin d’obéissance et d’esclavage. Plutôt la mort ! Le carnage fut long et terrible ; mais malgré la foudre qu’ils vomissoient, et qui écrasoit des armées entières, ils furent tous exterminés. Méfiez-vous des blancs....


Rencontres d'été - Accroche Note - Wilhem Latchoumia - Photo: Zoé Khan-Thibeault


C'est Wilhem Latchoumia qui interprète magnifiquement l'hommage de Martino Traversa à Maurice Ravel avec ses Oiseaux tristes - en écho aérien à cette pièce "Miroirs" où l'on imagine bien cet oiseau que viennent rejoindre ses acolytes dans une ambiance estivale.


Rencontres d'été - Accroche Note - Wilhem Latchoumia - Photo: Zoé Khan-Thibeault



Autre hommage, plus rapproché, ce Trio op. 120 de 1920 de Gabriel Fauré, écrit six ans après celui de Ravel. Un trio pour piano, violon et violoncelle, initialement aussi écrit pour clarinette, ici interprété à la clarinette par Armand Angster, au violoncelle par Christophe Beau et au piano toujours par Wilhem Latchoumia. Une très belle pièce, belle découverte qui enchante la soirée.


Rencontres d'été - Accroche Note - Wilhem Latchoumia - Photo: Robert Becker


La dernière soirée "A la croisée des chemins", le jeudi, nous propose un autre voyage avec cinq étapes dans la musique contemporaine dont une création mondiale et deux créations française.


Rencontres d'été - Accroche Note - Wilhem Latchoumia - Photo: Robert Becker


Elle débute avec une courte pièce du strasbourgeois Christophe Bertrand (1981-2010) Haos (2003) - Le titre fait référence à une "plante des Îles Sandwich dont les fleurs sont blanches le matin, jaunes à midi, rouges le soir et mortes le lendemain" (Littré). Effectivement, le piano (toujours sous les doigts agiles de Wilhem Latchoumia) s'éveille doucement, note à note. Quelque chose se dessine, prend forme, se complète, accélère, puis à toute vitesse. Un deuxième son émerge, s'amplifie, s'y rajoute. Tout s'arrête en continuant de résonner. Puis quelque chose d'autre, plus vif, plus fort, plus grinçant: dans les aigus, mais aussi dans les graves. Cela ralentit en frappes fortes sur les touches, puis, le silence.


Françoise Kubler - Wilhem Latchoumia - Lisa Meignin - Armand Angster - Christophe Beau - Photo: Robert Becker


Presque l'amour de Demian Rudel Rey est une création, commande avec le soutien de la Fondation Salabert, inspiré par un texte de Laure Deval Métronome. pour soprano, flûte, clarinette, violoncelle et piano. Françoise Kubler énonce des bouts de phrases ("la police est partie", "autre chose me préoccupe",...)  ou éructe, chante, en éclats de voix et en gestes brusques (bras gauche levé).


Rencontres d'été - Accroche Note - Lisa Meignin - Photo: Zoé Khan-Thibeault


La musique se fait dense, des mélodies rapides ou des sons qui se superposent (Lisa Meignin, très précise à la flûte, Armand Angster magistral à la clarinette et Christophe Beau, altier au violoncelle) suivis de moments plus calmes, jusqu'à ce que Françoise s'empare d'un mégaphone avec cris et sifflements. Une pièce pleine d'énergie et d'humour où le jeu théâtral est mis en avant. Un succès si l'on se reporte aux applaudissements.


Françoise Kubler - Demian Rudel Rey - Lisa Meignin - Armand Angster - Photo: Robert Becker

Rencontres d'été - Françoise Kubler - Armand Angster - Photo: Robert Becker


Di anima e corpo de Claudio Ambrossini est aussi une création que nous offre le duo de base d'Accroche Note dans un très bel ensemble. Françoise y joue du souffle et Armand tire des interjections de son instrument. Des lamentations, des éclats de mots, chantés et la clarinette toujours en variations et en vibrations. Un semblant de phrase chantée se construit. Le voix puissante de Françoise accroche dans les aigus et la clarinette se lamente, Les interprètes s'offrent corps et âme.


Rencontres d'été - Accroche Note - Françoise Kubler - Armand Angster - Photo: Zoé Khan-Thibeault


Rencontres d'été - Accroche Note - Françoise Kubler - Photo: Zoé Khan-Thibeault


Avec Teatrino per Cathy, de Marcello Panni, autre création, c'est une sorte d'hommage dans un duo augmenté, Armand et Françoise accompagnés par le piano de Wilhem Latchoumia, leur complice depuis quelques années. La pièce, "augmentée" de "collages" des années 70, en référence à Berio, Schnebel et bien sûr Cathy Berberian, assemble des langues (italien, allemand, français,..) dans une folle inventivité et avec plein d'humour, humour qui transpire aussi dans les interprétations du pianiste et du clarinettiste avec des moments gais frais, frémissants et drôles quelquefois pour tous les trois. 


Rencontres d'été - Accroche Note - Françoise Kubler - Armand Angster - Photo: Robert Becker


La soirée s'achève avec la pièce de Jonathan Harvey Chu qui avait été crée par Accroche Note en 2002 au Festival Musica. Elle inclut des prières thibétaines et un poème de Soname Yangchen, une chanteuse qui a fui le pays sous occupation chinoise. On les entend bien sûr accompagnées des clochettes thibétaines que joue Françoise Kubler avant que les instruments (violoncelle et clarinette) n'arrivent. 


Rencontres d'été - Accroche Note - Christophe Beau - Photo: Zoé Khan-Thibeault


Et les chants se transforment, Il y a des cris, de l'agitations mais aussi du silence, des cordes frappées, des boucles de sons. De l'inquiétude, une montée en tension puis, pour finir, un air primesautier et, à nouveau les clochettes. Encore une magnifique soirée que le public, nombreux, a apprécié. 

Rendez-vous l'été prochain....


La Fleur du Dimanche

samedi 30 septembre 2023

A Musica, un concert pour soi, rien que pour soi, empreint de mystère et de nostalgie

 Une formule de concert qui avait eu du succès l'année dernière à Musica (voir le rétro ici), c'est le Concert pour soi qui, cette année, après les lieux insolites et secrets s'invite chez les musiciens, dans leur univers mis en scène pour cette occasion rare. C'est donc par sms que nous sommes prévenus de l'adresse dans l'appartement privé d'un quartier résidentiel de Strasbourg. En bas de l'immeuble, une hôtesse de Musica nous accueille, nous emmenant au troisième étage d'un bel immeuble de l'allée de la Roberstau et quatre coups discrètement frappés à la porte préviennent de notre arrivée. 


Musica - Concert pour soi - Paola Bodin Navas - Photo: lfdd


Au bout de quelques instants, une jeune femme en noir nous ouvre et emmène au bout d'un (très) long couloir dans une pièce sur cour à la lumière tamisée.  Sur une table, un livre ouvert avec une peinture de John Martin Sadak à la recherche des eaux de l'oubli, oeuvre romantique que l'on va découvrir par surprise plus tard de manière bien mystérieuse et à côté, entre autres objets, la photo d'un jeune homme "en souvenir" et au mur quelques dessins et gravures, en particuliers un petit dessin de Véronique Boyer de la série "Les yeux fermés".

 

Musica - Concert pour soi - Photo: lfdd


Installés dans des fauteuils, nous entendons venant de la pièce adjacente un disque qui "gratte": un phonographe sur lequel tourne un disque noir. Soudain une voix masculine qui nous dit "Vous m'entendez" émerge de la pièce et semble surgir du pavillon. Un fantôme nous parle et nous ne pouvons lui répondre. Nous nous désaltérons d'un verre d'eau et la jeune femme en noir revient nous chercher et nous mène au bout du long couloir qui va vers l'obscurité encore au bout d'un autre couloir à angle droit vers une pièce qui semble donner sur la rue mais dont les volets sont fermés. Nous nous installons dans une pièce meublée de bibliothèques, face à une grande armoire avec de grands miroirs sur laquelle s'étale langoureusement une plante verte. 


Musica - Concert pour soi - Paola Bodin Navas - Photo: lfdd

La jeune fille s'installe avec son violoncelle dans un coin devant une lampe à grand abat-jour sur une des deux chaises et  nous annonce le programme: Elle va démarrer par les Sacher Variations de Witold Lutoslawski puis des extraits de la Suite N° 2 en si mineur de J.S. Bach. 


Musica - Concert pour soi - Paola Bodin Navas - Photo: lfdd


Les variations Sacher ont été composées pour Msitslav Rostropovitch pour les soixante-dix ans de Paul Sacher. L'interprète Paola Bodin Navas en fait une interprétation très sensible et le son du violoncelle nous pénètre au plus profond.

 

Musica - Concert pour soi - Paola Bodin Navas - Antoine Martynciow - Photo: lfdd


Elle continue avec les extraits de Bach. Pendant qu'elle joue, une présence arrive derrière nous, un jeune homme pieds nus s'assied à côté d'elle et la rejoint sur quelques extraits de la Suite sur laquelle ils se complètent à merveille. Puis la jeune femme, discrètement s'éclipse tandis que le jeune homme continue seul la Suite.


Musica - Concert pour soi -  Antoine Martynciow - Photo: lfdd

 Ensuite, ouvrant les portes de la grande armoire il cherche une partition puis laisse les portes ouvertes. La porte centrale découvre en un surprenant effet d'optique le tableau déjà vu en reproduction à l'arrière de l'armoire. 


Musica - Concert pour soi -  Antoine Martynciow - Photo: lfdd

La pièce suivante est la composition Sept papillons de 2010 de Kaija Saariaho, hommage posthume à la compositrice qui vient de nous quitter. Dans la pièce nous entendons les papillons frapper contre une vitre et, à la fin s'en aller au loin.  


Musica - Concert pour soi -  Antoine Martynciow - Photo: lfdd

Musica - Concert pour soi -  Antoine Martynciow - Photo: lfdd


Un court et sympathique échange avec Antoine Martynciow et l'heure est venue de repartir dans les rues de la ville où le soleil est encore bien présent. C'était une parenthèse enchantée et un peu magique, surnaturelle. En tout cas une très belle expérience.


La Fleur du Dimanche

samedi 2 avril 2022

Le quintette de l'OPS se dédouble pour irriguer l'Alsace en doux flots de musique

 L'on connait l'OPS - Orchestre Philhamonique de Strasbourg au Palais de la Musique et des Congrès et leur salle fétiche, la salle Erasme. On sait aussi que cet orchestre de qualité investit d'autres salles strasbourgeoises, dont celle de la Cité de la Musique et de la Danse et même en banlieue celle de Django au Neudorf, entre autres. Mais leur périple les amène aussi, grâce au soutien de la Communauté Européenne d'Alsace (cette récente fusion des département du Bas-Rhin et du Haut-Rhin) d'irriguer des territoires moins centralisé, et même, entre le Nord à Niederbronn, l'Ouest à Schirmeck, le Sud à Erstein, de passer dans une commune de pas plus de mille habitants dans le Ried Nord. 


Duo de Quintettes - OPS - Dalhunden - Photo: lfdd

Car c'est à Dalhunden dans la petite église catholique Saint Laurent qu'un public gâté par une proximité heureuse des musiciens fut accueilli par le maire Michel Degoursy - également chef du choeur de la chorale locale Les Rousserolles. Et pût doublement profiter des deux rares quintettes pour piano et vents en mi bémol majeur. Rares parce qu'avec des cordes il en existe, pour les vents, d'une part il n'y en a pas beaucoup (Rimski-Korsakov en a écrit un aussi en mi bémol majeur mais pour trombone, hautbois, clarinette) et surtout, celles présentées dans cette "tournée" sont des oeuvres majeures dans cette forme de deux compositeurs "Stars" Mozart et Beethoven qui n'ont été écrites qu'à treize ans de distance, et que celui de Beethoven rend hommage à Mozart six ans après sa mort en citant un air de Don Giovanni. 


Duo de Quintettes - OPS - Dalhunden - Photo: lfdd

Le quintette de Wolfgang Amadeus Mozart dont il a lui-même écrit à son père que c'était "c'est ce que j’ai écrit de meilleur dans ma vie" comporte trois mouvements: Largo - Allegro moderato, Larghetto et Allegretto. Sa musique est légère et baroque, enjouée et dansante. Les vents dialoguent avec le piano - notons le jeu totalement impliqué de Naoko Perrouault. Une belle complémentarité des vents avec le hautbois allègre de Samuel Rataillaud, la basson au ton doux et soyeux de Gérald Poretti, le cor profond et envoûtant de Nicolas Ramez et la clarinette claire et légère de Jérôme Sallier. Tour à tour et puis tous dans un ensemble harmonieux brodent une tendre mélodie, au point que nous avons l'impression de la connaître par coeur...


Duo de Quintettes - OPS - Dalhunden - Photo: lfdd

La version de Ludwig van Beethoven - né quatorze ans après Mozart) compte lui aussi trois mouvements; Grave - Allegro ma non troppo, Andante cantabile et Rondo: Allegro ma non troppo. Le quintette est cependant beaucoup plus altier et imposant au début, plus sérieux. Le rythme est aussi plus lent et le piano est plus imposant. La partition est presque construite comme un concerto pour piano. Le deuxième mouvement se présente comme une rêverie avec de belles pages pour le hautbois et le basson. Et la pièce s'achève sur un mouvement plus allègre.


Duo de Quintettes - OPS - Dalhunden - Photo: lfdd

La soirée s'achève par un bis qui nous permet de redécouvrir une tranche de plaisir de l'écoute en nous donnant envie de suivre le parcours* des musiciens pour que ne cesse l'émerveillement.


La Fleur du Dimanche


* Les prochaines dates:

Schirmeck le 3 avril 2022 - 16h00 - Eglise Saint Georges

Niederbronn les Bains le 6 avril - 20h00 - Le Moulin 9

Erstein le 7 avril - 20h00 - Eglise Saint Martin

lundi 21 mars 2022

Arsmondo Tsigane avec Accroche Note: Voyage en musique de Chambre de l'Est à l'Ouest

 Le Festival Arsmondo poursuit sa route en suivant la culture tsigane et c'est l'occasion pour l'ensemble Accroche Note de tisser des liens d'Est en Ouest dans une formation de duos et de trios, et même un solo de cymbalum, instrument traditionnel tsigane. 

Arsmondo Tsigane - Accroche Note - Cymbalum - Photo: lfdd


C'est la pièce La cules de cucuruz, un air folklorique roumain dans la version d'un des plus grand joueur de cymbalon Toni Iordache - il était surnommé le Dieu (ou le Paganini) du cimbalon. Sur un petit cymbalum, Aleksandra Dzenisenia nous offre une démonstration de sa virtuosité dans la frappe de ces cordes croisées avec ses mailloches, alternant avec un jeu de cordes pincées reprenant une mélodie dansante. Auparavant, c'était sur un cymbalum de concert dont la caisse est ornée de gravures en bas-relief qu'elle accompagnait  Françoise Kubler pour les Scènes de village de Béla Bartok. Entre énergie et nostalgie, la soprano nous chante ces quatre airs folkloriques recueillis dans la campagne slovaque dans les années 1920 par le musicien hongrois et qui finissent en cris stridents dans une danse échevelée. 

Arsmondo Tsigane - Accroche Note - Cymbalum - Photo: lfdd

Avec Sholem Aleikhem, Row Feideman, une pièce que Béla Kovacs a dédiée au clarinettiste israelien Giora Feidman,  Armand Angster, le deuxième pilier fondateur de l'ensemble Accroche Note nous fait une démonstration de sa qualité de clarinettiste virtuose. Et c'est Marie-Andrée Joerger qui accompagne ses trilles de son accordéon dansant. Cet air typiquement yidish apporte le bonheur, comme le titre (Que la paix soit avec vous) le promet.

Avec les Chansons populaires espagnoles de Manuel de Falla, dont nous avions vu et entendu l'Amour Sorcier, ce sont trois chansons populaires interprétées avec brio par Françoise Kubler et qui naviguent entre tristesse et énergie. L'accordéon de  Marie-Andrée Joerger remplace remarquablement la guitare, comme c'était le cas pour le petit ensemble de chambre de l'Amour Sorcier

Suit une pièce d'Olivier Urbano, Bethléem Dolores, composée à l'occasion du siège de la basilique de la Nativité à Bethléem en 2002. La pièce, pour clarinette et accordéon démarre par des lamentations et des plaintes, sourdes et lentes avant de monter en puissance et  de se développer en musique répétitive puis de s'éteindre dans un souffle ténu.

Pour les Airs bohémiens de Pablo de Sarasate,  nous avons un duo accordéon et cymbalum où la mélodie jouée au cymbalum résulte de frappes répétées et rapides qui tiennent les notes. 

Arsmondo Tsigane - Accroche Note - Opéra du Rhin - Photo: lfdd


Le concert s'achève avec cinq airs des Folk Songs de Luciano Bério pour lesquels un arrangement pour soprano, clarinette et accordéon a été réalisé par l'Accroche Note. Et de la France au pays méditérranéens, nous avons encore la démonstration de la palette de cet ensemble à géométrie variable dont la chanteuse a été l'élève de Cathy Berberian, l'épouse de Bério.


Arsmondo Tsigane - Accroche Note - Opéra du Rhin - Photo: lfdd 


Et tout finit par un rappel avec Les Yeux noirs, chanson tsigane qui conte la beauté de ces yeux de perdition:

Dans tes grands yeux noirs
Je me suis perdu
J'attends un regard
Le cœur suspendu
Je t'aime tellement fort
Toi qui me fais si peur
Est-ce un mauvais sort
Ou la mauvaise heure
Et autour de nous
Chantent les tziganes
Tout le monde s'en fout
S'enivre au champagne
Dans tes beaux yeux noirs
Je sombre, mon amour
Et mon désespoir


La Fleur du Dimanche

jeudi 1 juillet 2021

Rencontres d'été de musique de chambre - Troisième ! A la vie à la mort

La troisième soirée des Rencontres d'été* de musique de chambre proposées par l'Accroche Note est consacrée à un répertoire destiné à un grand ensemble de chambre. L'Accroche Note ayant invité le Quatuor Adastra et s'est lui-même étoffé avec le flutiste Samuel Casale, le contrebassiste Jérémy Lirola et le harpiste Jean-Baptiste Haye. Et toute cette petite troupe doit se serrer sur la scène - si l'on peut appeler ainsi l'avant de l'église du Bouclier devant l'autel.

Mais ils ne bougent pas, ils jouent de la musique, sauf Armand Angster pour les entraînantes "Esquisses Hébraïques" d'Alexander Kreïn qui le font tourner en rond. 

Albert Roussel - Le marchand de sable qui passe - Accroche Note - Adastra - Photo: lfdd

Mais commençons  par le début, quand c'est "Le Marchand de sable qui passe" d'Albert Roussel. Cette musique de scène pour flûte, clarinette, quintette à corde et harpe est une musique de scène - sur un conte de Georges Jean-Aubry - qui raconte l'histoire d'un personnage qui fait prendre conscience de l'amour à deux enfants. La musique, fait penser à Pierre et le Loup - mais Roussel l'a écrit avant, en 1908). Lente et calme, elle est très narrative. Et l'on imagine le décor posé et l'action se dérouler doucement, jusqu'à la fin où le surgissement amoureux monte dans l'espace.

Albert Roussel - Le marchand de sable qui passe - Jeremy Lirola - Jean-Baptiste Haye - Photo: lfdd


Psyché
de Manuel de Falla 
pour soprano, flûte, trio à cordes et harpe pour soprano, flûte, trio à cordes et harpe est une très courte pièce sur un poème du même Georges Jean-Aubry, et où le chant est comme enchâssé par la musique. C'est une chanson douce et reposante mais il faut quand même se réveiller:

Manuel De Falla - Psyché - Accroche Note - Françoise Kubler - Photo: lfdd

Psyché ! La lampe est morte; éveille-toi. 
Le jour te considère 
avec des yeux noyés d'amour,
et le désir nouveau de te servir encore.
Le miroir, confident de ton visage en pleurs,
reflète, ce matin, lac pur parmi des fleurs,
Un ciel laiteux ainsi qu'une éternelle aurore.
Midi s'approche et danse, 
ivre sur ses pieds d'or.
Tends-lui les bras, sèche tes pleurs ;
dans un essor abandonne, Psyché, 
la langueur de ta couche.
L'oiseau chant au sommet de l'arbre, 
le soleil sourit d'aise 
en voyant l'universel éveil,
et le Printemps s'étire, 
une rose à la bouche.

Guillaume Lekeu - Molto adagio - Quatuor Adastra - Photo: lfdd


Suit 
Molto adagio de Guillaume Lekeu pour quatuor à cordes, une méditation sur la souffrance et la mort aux tons graves, lente et pesante.

Charles David Wajnberg - Les Éphémères - Éclats - Accroche Note - Adastra - Photo: lfdd

La création de la soirée ce seront deux pièces courtes de Charles David Wajnberg Les Éphémères: d'abord Éclats pour flûte, clarinette, soprano, harpe et quintette à cordes et puis Nuées pour flûte, clarinette basse, soprano, violon, alto, contrebasse. Comme le titre le laisse penser, les pièces, très courtes aussi, présentent pour la première des éclats, à la fois de la voix (un texte basé sur les découvertes de la fission par de Lisa Meitner et son neveu Otto Frisch) et les instruments.


Charles David Wajnberg - Les Éphémères - Nuées - Accroche Note - Adastra - Photo: lfdd


Et pour le second, Nuées, ce sont des vols d'oiseau dont on entend les battements d'ailes et leurs chants. Le tout sans électronique, ni enregistrement...

Gian Carlo Menotti - Nocturne - Accroche Note - Françoise Kubler - Adastra - Photo: lfdd


Le Nocturne de Gian Carlo Menotti, pour soprano, harpe et quintette à cordes dont il a écrit le texte lui-même est -encore - une réflexion la mort, mais aussi la vie et le temps. Françoise Kubler s'y adonne avec éclat.


Alexander Kreïn - Esquisses hébraïques - Accroche Note- Armand Angster - Adastra - Photo: lfdd

Et pour finir donc, d'Alexander Kreïn, les Esquisses hébraïques pour clarinette et quintette à cordes sont des variations autour de la musique klezmer, en trois mouvements dont le premier, lent est lui-même découpé en trois. La clarinette d'Armand Angster dialogue avec virtuosité avec les cordes, quelquefois ils s'unissent pour rejouer les airs dansants et entraînants.

Un beau programme bien fourni et varié qui marque la fin de ces trois belles soirées d'été de musique. Rendez-vous pour la suite à Belle-Ile.


La Fleur du Dimanche


* pour voir le programme de la première soirée, c'est ici:
Rencontres d'été de musique de chambre: Voyage de l'est à la mer
Et la deuxième, c'est là:
Rencontres d'été - deuxième ! Accordez-vous, Accordez on!


Programme du 1er juillet 2021


Albert Roussel Le marchand de sable qui passe, pour flûte, clarinette, quintette à corde et harpe

Manuel De Falla Psyché, pour soprano, flûte, trio à cordes et harpe

Guillaume Lekeu Molto adagio pour quatuor à cordes

Charles David Wajnberg Éclats pour flûte, clarinette, soprano, harpe et quintette à cordes + Nuées pour flûte, clarinette basse, soprano, violon, alto, contrebasse

Gian Carlo Menotti Nocturne, pour soprano, harpe et quintette à cordes

Alexander Kreïn Esquisses hébraïques pour clarinette et quintette à cordes


Avec : Françoise Kubler (soprano) / Armand Angster (clarinette) / Samuel Casale (flûte) / Jean-Baptiste Haye (harpe) / Quatuor Adastra / Jérémy Lirola (contrebasse)






mercredi 30 juin 2021

Rencontres d'été - deuxième ! Accordez-vous, Accordez on !

La deuxième soirée des Rencontres d'été de musique de chambre proposée par l'Accroche Note est consacrée à l'accordéon. La palette est large et nous mène de Mahler à Zorn, et même à une création de "confinement" de Jean-François Charles avec de l'electro.

Luciano Berio - Folk Songs - Françoise Kubler - Marie-Andrée Joerger - Armand Angster - Photo: lfdd


L'accordéon étant considéré comme un instrument populaire, il est logique qu'une transcription des Folk Songs  (1964) de Luciano Bério, composés pour voix et sept instrumentistes spécialement pour Cathy Berberian (les versions voix accompagnées au piano mettaient Berio dans un profond malaise) ait été arrangée pour voix, clarinette et accordéon par l'Accroche Note. Et Françoise Kubler rend un bel hommage à Berberian en interprétant ici cinq "songs": d'abord le "Rossignolet des bois" de tradition française, puis un "Loosin Yelav" arménien suivi de deux chansons auvergnates sur des registres très différents "Malurous qu'o uno Fenno" et "Lo Fiolaire" pour finir par un "Azerbaïdjan Love Song" joyeux et entraînant.

Luciano Berio - Folk Songs - Françoise Kubler - Marie-Andrée Joerger - Armand Angster - Photo: lfdd


"Virgo" 'Allessandro Sbordonni pour clarinette basse et accordéon permet un beau dialogue entre ces deux instruments. Après un début très rythmé à l'accordéon suit une autre partie plus lente puis un nouvel entrain emporte les interprètes Marie-Andrée Joerger (accordéon) et Armand Angster (clarinette basse), le tous se conclut par un puissant éclat final.

Allessandro Sbordoni - Virgo - Marie-Andrée Joerger - Armand Angster - Photo: lfdd


Avec les "Lieder eines fahrenden Gesellen" de Gustav Mahler, également transcrits pour l'accordéon merveilleusement joué par Marie-Andrée Joerger (elle vient de sortir un disque "Bach en miroir" consacré à Bach et ses préludes et fugues, en écho avec d'autres compositeurs, à l'accordéon!), l'ensemble montre une belle maîtrise de ce répertoire du romantisme allemand. Et Françoise Kubler y donne la pleine puissance de ses capacités vocales.

Gustav Mahler - Françoise Kubler - Marie-Andrée Joerger - Armand Angster - Photo: lfdd


Place à "Road Runner" de John Zorn, pièce pour accordéon qui rend un hommage à "Bip Bip" (Roadrunner) le héros du dessin animé de Chuck Jones. L'écriture, entre collage et improvisation ne s'attarde pas plus de 3 à 5 secondes sur un morceau de musique - John Zorn laisse le champ à l'interprète en citant le compositeur (Mozart, Beethoven,..) ou le genre (valse, tango,..) ou l'état d'esprit d'un extrait ou encore une technique, quelquefois quelques notes (Beethoven a droit à quatre). Le résultat est une sorte de dessin animé sonore où l'on reconnait des airs alors que le suivant l'a déjà effacé, mais on en tire une réelle jubilation.


John Zorn  - Road Runner - Marie-Andrée Joerger - Photo: lfdd

 
La pièce "Sarganserland" de Walter Zimmermann, une version créée au départ pour voix, clarinette et Schwyzerörgeli (un petit accordéon diatonique) puis et créée en 2019 voit une nouvelle version de cette "chanson d'ivrogne" du pays de Sargans porté sur l'Anis. On en sort titubant...


Jean-François Charles - Benedictus - Françoise Kubler - Marie-Andrée Joerger - Armand Angster - Photo: lfdd


Et l'on se retrouve "dansant" sur la "Missa Brevis" de Jean-François Charles qu'il a composée en période de confinement en mélangeant les différentes liturgies chantées de la messe avec des textes poétiques. Pour le "Benedictus", la relation se fait avec "L'examen de Minuit" de Baudelaire, dans un mix electronique de rock enlevé et bien rythmé.

La pendule, sonnant minuit,
Ironiquement nous engage
A nous rappeler quel usage
Nous fîmes du jour qui s'enfuit :
- Aujourd'hui, date fatidique,
Vendredi, treize, nous avons,
Malgré tout ce que nous savons,
Mené le train d'un hérétique ;
(...)
Enfin, nous avons, pour noyer
Le vertige dans le délire,
Nous, prêtre orgueilleux de la Lyre,
Dont la gloire est de déployer
L'ivresse des choses funèbres,
Bu sans soif et mangé sans faim !...
- Vite soufflons la lampe, afin
De nous cacher dans les ténèbres !

Walter Zimmermann - Sarganserland - Françoise Kubler - Armand Angster - Photo: lfdd

La soirée s'achève, toujours dansante, avec une populaire valse-tango d'Astor Piazzolla "Chiquillin de Bachin", sur un texte d'Horace Ferrer, inspiré par un garçon qui était rentré dans le café Bachin où Horace Ferrer et Piazzolla étaient attablés. Une réflexion sur la pauvreté et l'engagement..

Astor Piazzolla - Chiquillin de Bachin - Françoise Kubler - Marie-Andrée Joerger - Armand Angster - Photo: lfdd


  
La Fleur du Dimanche


Programme du 30 juin 2021

Luciano Berio Folksongs pour soprano, clarinette et accordéon
Allessandro Sbordoni Virgo pour clarinette basse et accordéon
Gustav Mahler Lieder eines fahrenden Gesellen, pour soprano, clarinette et accordéon
John Zorn Road runner pour accordéon
Jean-François Charles Benedictus pour clarinette, voix et électronique - Création
Walter Zimmermann Sarganserland pour voix, clarinette et accordéon - Création nouvelle version
Astor Piazzolla Chiquillin de Bachin pour soprano clarinette et accordéon

Avec : Françoise Kubler (soprano), Armand Angster (clarinette), Marie-Andrée Joerger (accordéon)


   

mardi 29 juin 2021

Rencontres d'été de musique de chambre: Voyage de l'est à la mer

 Pour la 21ème saison, l'ensemble Accroche Note offre au public strasbourgeois des notes musicales à l'entrée de l'été. Un formule gagnante si l'on en croit la fréquentation de l'église du Bouclier à Strasbourg dans la rue du même nom. Trois soirées consécutives qui vont offrir une confrontation de la musique classique du XIXème siècle et de la création du XXème - jusqu'à des pièces spécialement commandées par l'ensemble et créées pour le public pour leur plus grand bonheur.

Accroche Note - Il ne reste que vous - Patrick Modiano - Andrew Wagggoner - Photo: lfdd


Ce fut le cas de la pièce "Il ne reste que vous...", cycle de six chansons sur des texte de Patrick Modiano, Prix Nobel de Littérature en 2014, composé par Andrew Waggoner qu'il a dirigé lui-même, spécialement venu des Etats-Unis pour l'occasion. La pièce ressemble à une série de six photographies musicales animées, décrivant les rues de Paris (entre autre sous la neige), où Françoise Kubler a pu donner toute la mesure de son talent de soprano et où l'orchestre avec Christel Rameau à la flûte, Armand Angster à la clarinette, Nathanaëlle Marie au violon, Aleksandra Dzenisenia au cymbalum, Christophe Beau au violoncelle et Wilhem Latchoumia au piano ont éclairé, entre poésie et souffle, surprises et entrain, un tableau mystérieux et fragile.

La géographie de l'ensemble Accroche Note est changeante par définition et autour des piliers que sont Françoise Kubler et Armand Angster, cette première soirée s'est étoffée avec des musiciens du Festival de Belle-Ile-en-mer fondé par Christophe Beau. Juste retour des choses, l'Accroche Note sera aussi présent pour ces "Plages musicales en Bangor" en juillet.


Accroche Note - John Cage - Suite for Toy piano - Wilhem Latchoumia - Photo: lfdd

Wilhem Latchoumia aussi est un fidèle compagnon du groupe et c'est lui qui a ouvert le bal, accroupi sur un piano-jouet avec la "Suite for Toy piano" de John Cage, le précurseur des compositeurs pour cet instrument ludique et insolite. La pièce était au départ composée pour une chorégraphie de Merce Cunningham "A diversion" et les trois mouvements, enjouées et entraînants nous ont emmenés dans un conte de fée très frais.


Accroche Note - La flute de Pan - Jean Cras - Christel Rayneau - Françoise Kubler - Photo: lfdd

La pièce de Jean Cras "La flûte de Pan" du compositeur-marin Jean Cras nous conte elle aussi une belle histoire de l'invention de cett flûte à sept tubes - jouée ici par une flûte traditionnelle (Christel Raynaud) et le poème de Lucien Jacques est chanté par Françoise Kubler accompagnés du violon, de l'alto et du violoncelle.


Accroche Note - Inside - Pascal Dusapin - Laurent Camatte - Photo: lfdd

L'alto sous l'archet virtuose de Laurent Camatte donne son plein élan pour la magnifique pièce pour alto solo de Pascal Dusapin "Inside". Les cordes pincées, grattées, les glissandos et les variations ultra-rapides de ton, un rythme effréné, sans compter la mise en sourdine de cordes transforment le son de l'instrument et nous surprennent par leur ambiance.


Accroche Note - Chop Suey - Mauro Lanza - Aleksandra Dznenienia - Photo: lfdd

Un autre solo, celui d'Aleksandra Dzenisenia au cymbalum pour "Chop Suey" de Maurizio Lanza qui joue le mélange des genres: un compositeur italien résidant en France et cette interprète née en Biélorussie qui a fait ses classes à Strasbourg, jouant sur un instrument typiquement hongrois. Elle joue cette courte pièce avec virtuosité et entrain.


Accroche Note - Wolfgang Rihn- Wilhem Latchoumia - Françoise Kubler - Photo: lfdd


Suivent les trois poèmes de Hölderlin chantés par Françoise Kubler dans la pièce de Wolfgang Rihm "Drei Hölderlin-Gedichte", accompagnée par le toucher toujours délicat de Wilhem Latchoumia.


Accroche Note - Beyond - Nina Senk - Armand Angster - Photo: lfdd

Dernier solo, "Beyond" de Nina Senk joué à la clarinette basse par Armand Angster. Des sons étranges, percussions venant d'on ne sait z'où, tapotements et sons souterrains, ambiance mystérieuse, chant lancinant, sons qui tournoient et résonnent longtemps, une belle atmosphère et une interprétation magnifique.

La deuxième soirée le 30 juin est consacré au trio soprano, clarinette et accordéon (et électronique) et le 1er juillet verra le Quatuor Adastra et de jeunes musiciens émergents.


La Fleur du Dimanche


Programme du 29 juin 2021

John Cage Suite for Toy piano

Jean Cras La flûte de pan pour chant, flute, violon, alto, violoncelle

Pascal Dusapin Inside pour alto solo

Mauro Lanza Chop suey pour cymbalum

Wolfgang Rihm Drei Hölderlin-Gedichte pour soprano et piano

Nina Senk Beyond pour clarinette basse

Andrew Waggoner Il ne reste que vous… six chansons sur textes de Patrick Modiano pour soprano, flûte, clarinette, violon, violoncelle, cymbalum/percussions, piano - Création


Avec : Françoise Kubler (soprano), Armand Angster (clarinette), Christel Rayneau (flûte), Nathanaëlle Marie (violon), Laurent Camatte (alto), Christophe Beau (violoncelle), Aleksandra Dzenisenia (cymbalum), Wilhem Latchoumia (piano), Andrew Waggoner (direction)