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dimanche 12 juillet 2026

Jazz à la Petite France, dernière: du Grand Jazz avec une belle voix, un duo original et LA magnifique trompettiste espagnole de New-York

Nous sommes déjà arrivé à la troisième et dernière journée - soirée - du Festival de Jazz à la Petite France et le programme promet encore de belles découvertes, avec que des "première fois". Pour commencer la Lorraine Audrey Pierre qui a séjourné à New-York et qui, enfin, est disponible pour la Festival, puis le duo Obradovic-Tixier qui va fêter ses dix ans et qui nous offre sa singularité piano-batterie et, pour finir, la trompettiste espagnole de New-York (aussi) Milena Casado.


Jazz à la Petite France - Audrey Pierre - Photo: Robert Becker

Audrey Pierre ouvre le programme à 17h30 avec, au piano Damien Groleau, à la contrebasse Vladimir Torres et à la batterie Tom Moretti. Dans un pantalon flottant rouge bordeaux, en haut noir et chaussée de lunettes de soleil, qu'elle va rapidement quitter, et talons hauts, elle démarre avec What a day, le morceau qui ouvre le disque qu'elle a édité en 2025: Magic Place. Le ton est donné. 


Jazz à la Petite France - Audrey Pierre - Photo: Robert Becker

Avec sa superbe voix profonde et charmeuse, elle nous installe dans une ambiance très cool. Changement de registre avec le morceau suivant, Blason Doré, plutôt poétique, une poésie en français dont elle récite le début, puis bien sûr, se met à la chanter avec rythme. Elle continue avec N.O.W (No other way) une chanson mélancolique et une une belle déclaration d'amour. Le quatrième morceau Mister Brown est un hommage au pharmacien de New-York qui, en douce lui procurait de quoi soulager une fièvre de cheval avec des remèdes... de cheval. 


Jazz à la Petite France - Audrey Pierre - Photo: Robert Becker

C'est bien balancé et ça swingue, Damien Groleau au piano pose la ligne mélodique avec quelques improvisations rondement menées, tandis que la contrebasse de Vladimir Torres tisse la trame et égrène de temps en temps quelques petites notes discrètes. Tom Moretti à la batterie fait tenir tout cela dans un ensemble sans faille. Audrey Pierre nous offre en avant-première une chanson-poème destinée au prochain album, morceau qui fait penser aux chansons de Michel Legrand. 


Jazz à la Petite France - Audrey Pierre - Photo: Robert Becker

Elle continue avec Secret Place de sa voix chaleureuse et douce. Calao l'histoire presque philosophique d'un oiseau qui vit en société lui permet de scatter magnifiquement. D'oiseau, il sera également question avec la dernière chanson, une reprise à sa sauce de Blackbirds des Beatles qu'elle chante de sa voix mielleuse dans une dynamique, découpée et sur le chapeau de roues, avec ses trois musiciens, tous formidables. Un tour de chant dans lequel nous pouvons apprécier toute la variété de sa voix magnifique et profonde ainsi que la qualité des trois musiciens qui l'accompagnent. 


Jazz à la Petite France - Damien Groleua - Audrey Pierre - Vladimir Torres - Tom Moretti - Photo: Robert Becker

D'ailleurs, cela leur vaut un rappel où elle chante Insane, chanson qui dit en résumé: "si j'avais su, si j'avais pu, si j'avais moins peur". 



Jazz à la Petite France - Lada Obradovic - Photo: Robert Becker

Pour continuer nous avons le duo, Lada Obradovic et David Tixier. C'est une formation originale qui marie piano et batterie. Ils se sont rencontrés il y a 10 ans, elle venant de Croatie, lui de Paris, et depuis ils forment ce duo qui invente un dialogue nouveau et très prometteur. Il y a entre eux une belle synchronisation, une entente parfaite. Le premier morceau Watch Your Step nous emporte dès le départ dans cet échange piano-batterie effréné. 


Jazz à la Petite France - David Texier - Photo: Robert Becker


Le deuxième, Dear You rappelle a Milana ses débuts en Suisse, quand pour gagner sa vie et se payer ses cours de batterie, elle était hébergée par une dame qui lui laissait des petits mots tous les matins, les consignes de la journée qui commençaient toujours par "Dear You" et se terminaient par "Don't Touch the walls". Elle commence d'ailleurs le morceau avec un certain nombre de ce messages qui lui disent ce qu'elle doit faire dans la journée. La pièce a donné un clip* qu'ils ont financé grâce au prix qu'ils ont eu de la Défense Jazz Festival. 


Jazz à la Petite France - Lada Obradovic - David Texier - Photo: Robert Becker


C'est un magnifique dialogue avec un piano très doux, quelquefois un clavier synthétiseur, et la batterie. Suit un berceuse pour enfant et Professor Seek and Mister Hide qui lui rappelle un professeur qu'elle a eu à ses débuts, comme dans le film de Damien Chazelle Whiplash, qui torturait ses élèves. C'est puissant et angoissant, le prof et l'élève se mélangent et le prof est un peu violent. 

Jazz à la Petite France - Lada Obradovic - David Texier - Photo: Robert Becker


La pièce suivante Under Grace, parle de la guerre en Croatie et permet à Lada de rappeler les différentes associations caritatives qu'ils ont créées, entre autres pour l'accueil de chien abandonnés, le tremblement de terre à Sisak ou pour vendre des baskets de batteuse qu'elle a créées pour financer l'association Adèle de Glaubnitz et une association dans les Philippines, ou encore une association en Ukraine.

Jazz à la Petite France - Lada Obradovic - Photo: Robert Becker


 
Autre pays, autre ambiance, l'Inde et Dehli's Dream où Didier Tixier joue des percussions indiennes et du sitar sur son clavier. Les deux artistes composent chacun à leur tour un morceau et l'autre l'arrange ou bien ils collaborent plus étroitement. Le dernier morceau Check Point Charlie va être sur leur prochain disque où ils proposent une compilation de leurs productions pour fêter leur 10e anniversaire. Lada remercie le public, qu'elle trouve très silencieux. Ça lui fait un peu peur... "Heureusement qu'il y a le bruit du vent". Mais cela prouve aussi l'intérêt du public strasbourgeois pour cette formation originale et les superbes créations qu'ils nous ont proposées.




Jazz à la Petite France - Milena Casado - Photo: Robert Becker


Et pour finir, avec un tout petit peu de retard, dû à un voyage en avion une peu mouvementé, nous arrive Milena Casado qui fait un check rapide sur scène avant de se concentrer pour l show. C'est Gautier Garrigue, magnifique batteur, qui fait l'introduction avant que Milena et sa troupe s'installe. Elle commence par des morceaux calmes, pianissimo. Quelques moments de trompette acoustique avec des effets, puissants. 


Jazz à la Petite France - Milena Casado - Photo: Robert Becker


Son son a quelquefois des accents qui ressemblent à Miles Davis. Une belle masse sonore. Tout comme Lada, Milena aime bien parler, elle bascule de l'anglais à l'espagnol, le français un peu, très peu. Le public comprend son espagnol, elle  parle des conflits qu'elle garde à l'intérieur, du fait qu'il faut s'exprimer i
mais d'abord avoir un espace pour soi, parle de frictions, raconte son ostracisation de femme noire, de sa chevelure fournie et crépue, qu'elle assume maintenant totalement (elle a d'ailleurs fait une pièce de 30 secondes qui s'appelle THIS IS MY HAIR (!) - en majuscules). 


Jazz à la Petite France - Milena Casado - Photo: Robert Becker


On sent une belle unité dans le groupe dans lequel Gautier Garrigue s'intègre parfaitement. Milena, de temps en temps, plonge dans sa trompette, joue même des claviers de synthétiseur et se met à chanter. Sa musique lui permet d'exprimer ses états d'âme. Par exemple sa différence et affirme avec nous "Soyons différente ensemble"


Jazz à la Petite France - Milena Casado - Photo: Robert Becker


Elle nous offre une nouvelle composition, si neuve qu'elle doit lire la partition: If only we could  dream. Autre morceau O.C.T Oda to the crazy times où elle joue de la trompette plus du sampling et du chant en dégradé avec une fausse fin. "We can change this crazy times. Hope and courage. Let's paint the world".... 

Jazz à la Petite France - Milena Casado - Photo: Robert Becker


Elle est surprise des applaudissements et nous exhorte à nous engager, comme elle, tout en gardant ses distances: "You are clappers. No given up. I don't care what you think"... tous les musiciens repartent, bien énergiques, dans une version rapide.... elle accélère avec eux sur un train d'enfer pour finir sur un dernier morceau Resillience ...  être différente être regardée et regarder en retour.  "Lets be différent together...".


Jazz à la Petite France - Gautier Garrigue - Photo: Robert Becker



On sent une balance entre les sentiments qui de l'intérieur s'expriment dans cette musique, très sensible. Le public est ravi et en communion.



La Fleur du Dimanche


* Le clip Dear You est là : 


samedi 11 juillet 2026

Jazz à la Petite France - Jour 2 - Honneur aux femmes: Hanna, Lara, Léonie, c'est super pop et soul, RnB, dansant

 Pour la deuxième journée du Festival Jazz à la Petite France, c'est la femme et toute la diversité de ses voix qui est à l'honneur ce samedi sous les arbres de la place Saint Thomas à la Petite France.


Jazz à la Petite France - Hannah Featherstone - Photo: Robert Becker


La soirée débute avec un grand piano noir devant lequel s'assied Hannah Featherstone. Mais surprise, il n'y a pas que le piano, il y a aussi la voix, fraîche, profonde, et légère à la fois. 


Jazz à la Petite France - Hannah Featherstone - Photo: Robert Becker


Une  belle voix claire et soul, jazz cool ou pop qui nous susurre ou pousse un peu plus fort des chansons douces et sensibles, intimes, des histoires d'amour ou des textes désenchantés, d'autres même plus engagés. Et tout cela accompagné de tout un univers électronique qui lui aussi nous surprend et nous intrigue. 




Une vraie magicienne que cette franco-britanique qui a choisi de s'installer à Strasbourg pour une histoire d'amour, nous confie-t-elle en introduisant l'une de ses chansons. Elle a une renommée internationale et le public de Jazz à la Petite France la découvre et ne peut que tomber sous la charme de cette multiinstrumentiste à la voix d'or 


Jazz à la Petite France - Lara Issa - Photo: Robert Becker

La soirée continue sur le même niveau avec Lara Issa qui, elle aussi, a déjà donné pas mal de concerts à Paris et ailleurs (elle est passé sur Arte pour son concert au Cabaret Sauvage). 


Jazz à la Petite France - Lara Issa - Photo: Robert Becker
Jazz à la Petite France - Lara Issa - Photo: Robert Becker
Jazz à la Petite France - Lara Issa - Photo: Robert Becker


Sa voix claire plutôt dans les aigus, mais qui peut avoir quelques accents graves susurre, module, change de rythme, slamme ou groove, presque disco nous emporte dans son rythme et son flow, ses ruptures. 


Jazz à la Petite France - Lara Issa - Photo: Robert Becker

Ses compositions sont entrainantes, balancées et son groupe, constitué de Ilann De Carpentier aux claviers, Joël Osafo Brown à la batterie, Nicolas Daguet à la basse et sa complice Helena Vilette à la guitare assurent totalement le show très dansant et bourré d'énergie. 


Jazz à la Petite France - Lara Issa - Photo: Robert Becker

Une très belle prestation de cette jeune formation qui va sortir leur premier disque le 25 septembre à la Péniche Mécanique.


Jazz à la Petite France - Léonie - Photo: Robert Becker

Après ce plateau de musiciennes et musiciens locaux qui ont déjà fait leur preuve dans l'hexagone, la soirée s'achève avec une découverte , un "coup de poing" et une réelle surprise selon les dires de la programmatrice de Jazz à la Petite France Séverine Capiello: Léonie une vraie révélation. 


Jazz à la Petite France - Léonie - Photo: Robert Becker


Et l'on ne peut que la remercier de ses talents de découvreuse car la prestation de Léonie est exceptionnelle. Sa voix , ses rythmes, sa chaleur, sa sensualité nous subjuguent. Avec ses musiciens, Florian Mensah-Assiakoley à la batterie, Sofiane Messarat à la guitare, Nicolas Chua à la basse et sa claviériste, Imàn Le Parc, elle nous emmène dans un univers chaleureux baigné d'amour, de tendresse et de pensées positives. 


Jazz à la Petite France - Léonie - Photo: Robert Becker

Léonie chante  de sa voix suave en dansant, habillée tout en rouge et nous emmène dans un très beau voyage dans la nuit. De sa voix soul enchanteresse, ensorcelante, séductrice elle file une série de titres dansants: Swag energy, I'm not your (Mothrfucking) clown.


Jazz à la Petite France - Léonie - Photo: Robert Becker
Jazz à la Petite France - Léonie - Photo: Robert Becker
Jazz à la Petite France - Léonie - Photo: Robert Becker

 Elle invite le public à danser, tout naturellement: "Êtes vous prêts à danser avec moi ?" et donne l'exemple avec sa danse sinueuse et serpentine. Ca continue avec Fairy thing qui célèbre la reconnaissance de soi. 


Jazz à la Petite France - Léonie - Photo: Robert Becker

Jazz à la Petite France - Léonie - Photo: Robert Becker

Le batteur Florian Mensah-Assiakoley a une frappe franche et claire, tout comme Nicolas Chua à la basse, très docte et précis. Elle, avec ses chansons slammées est toujours souriante. Pour le titre Everybody love the sunshine  (référence et appel à la joie d'être à Strasbourg), Sofiane Messarat nous offre un solo guitare bien nerveux et rapide. 

Jazz à la Petite France - Léonie - Photo: Robert Becker

Jazz à la Petite France - Léonie - Photo: Robert Becker


Et pour le flow, Léonie nous invite à un voyage introspectif en fermant les yeux. Ce fut un très bon voyage, qui parle d'énergie et nous emporte avec douceur dans la nuit chaude et douce d'été. Merci Léonie et ses ami(e)s.


La Fleur du Dimanche


Si vous voulez revoir la première soirée avec Octa avec Maxime Epp et Claire Besson, Séverine Morfin et Malik Ziad et Klar Wetter de Phillip Klawitter avec Sophie Alour, c'est par là: Jazz à la Petite France, c'est parti !

vendredi 10 juillet 2026

Jazz à la Petite France, c'est parti pour la 6ème édition avec de l'ombre, la parité et les prix libres et de belles découvertes

 Première journée du Festival Jazz à la Petite France, qui en est à sa 5ème édition. Un festival engagé, responsable et qui vise la parité. Et ce n'est pas parce qu'il programme principalement des femmes qu'il n'y a pas de découvertes à faire. D'ailleurs, pour cette première journée, il n'y a que de bonnes surprises.


Jazz à la Petite France - Octa - Maxime Epp - Photo: Robert Becker


L'ouverture se fait avec Octa, un groupe autour du batteur Maxime Epp que nous avions déjà pu voir à l'oeuvre ici même en 2023 avec le groupe Fuz4tet et la chanteuse ukrainienne Yuliia Vydovska. Dans ce groupe il y avait aussi le contrebassiste Nello Drone qui participe aussi à Octa. 


Jazz à la Petite France - parité - Photo: Robert Becker


L'octet est paritaire, quatre femmes et quatre hommes, avec Claire Besson à la guitare, Nina Casati au violon, Inès Soubeste au violoncelle et Marie Dubus à la flûte. Du côté masculin, il y a en plus Étienne Bideau à l'alto et Mathieu Genelot au saxophone. 


Jazz à la Petite France - Octa - Maxime Epp - Photo: Robert Becker
Jazz à la Petite France - Octa - Maxime Epp - Photo: Robert Becker


Maxime Epp a également écrit les compositions, des pièces très introspectives, sur l'air du temps, par exemple un morceau sur le Donon gelé qui émerge de ses souvenirs d'enfance, un autre, Brume à lames, réminiscence de paysages de brouillard vengeurs. 


Jazz à la Petite France - Octa - eau - Photo: Robert Becker


D'autres parlent  de changements physiques (de l'eau) ou d'équilibre - et donc de déséquilibre. Ce dernier morceau voit une très belle intervention à la guitare de Claire Besson. Les compositions sont très écrites, précises, rigoureuses et très bien interprétées par l'ensemble du groupe. On aimerait peut-être plus de vent de liberté dans la dynamique, même si certains, comme Nelo Drone semblent lâcher la bride.


Jazz à la Petite France - Séverine Morfin - Malik Ziad - Photo: Robert Becker


La deuxième partie est assurée par ​Séverine Morfin à l'alto et Malik Ziad à la mandole et au guembri, des instruments de musique arabe dont la rencontre - ainsi que celle de ces deux artistes - ouvre des horizons nouveaux. 


Jazz à la Petite France - Séverine Morfin - Malik Ziad - Photo: Robert Becker


L'interprète et compositrice Séverine Morfin qui vient de la musique contemporaine, instrumentale et électroacoustique explore ici des univers qui marient le jazz et des musiques hypnotiques, aux ambiances relaxantes, procurant un immense bien-être. 


Jazz à la Petite France - Séverine Morfin - Malik Ziad - Photo: Robert Becker


Son dialogue avec Malik Ziad et ses deux instrument utilisés presque à contre-emploi nous décontenancent et nous surprennent par leurs sonorités étranges. Les différents morceaux qu'ils nous offrent nous emmènent dans des sortes de transes, des états seconds, Un curieux et bénéfique voyage.


Jazz à la Petite France - Klar Wetter - Phillip Klawitter - Sophie Alour - Photo: Robert Becker


Pour terminer la soirée, c'est le trio de Phillip Klawitter, Klar Wetter, avec Francesco Rees à la batterie et Christophe Rieger au saxophone ténor, qui s'associe à la somptueuse saxophoniste Sophie Alour qui nous offre pour finir une concert de toute beauté. Son jeune trio, appelant le temps clair, l'été et la joie, nous emporte et nous bouscule dans de belles sonorités et des rythmes joyeux. 


Jazz à la Petite France - Klar Wetter - Phillip Klawitter - Sophie Alour - Photo: Robert Becker


Le dialogue et le relais fonctionne très bien avec Sophie Alour, dont des beaux duos ou des relais avec Christophe Rieger dont le jeu est plus coulant, celui de Sophie Alour est puissant et son saxophone un peu rauque est impeccable et précis. Les différentes compositions, récentes, dont un disque Hold on to Something va sortir en novembre sont variées. Ainsi de Scream, une pièce douce pour sensibiliser à la santé mentale ou le Lab du Laàb - hommage au Laàb (où se tiendra une jam après le concert) ou encore Running for your life, où Phillip Klawitter exécute une beau dialogue avec la batterie de Francesco Rees, toutes les compositions ont une belle inventivité et une très belle tenue, pleine d'énergie. 


Jazz à la Petite France - Klar Wetter - Phillip Klawitter - Sophie Alour - Photo: Robert Becker
Jazz à la Petite France - Klar Wetter - Phillip Klawitter - Sophie Alour - Photo: Robert Becker

Les rencontres sont favorisées, grâce aussi à ce festival et Claire Besson a aussi une place d'invitée avec sa guitare pour une très belle prestation. Pour ce concert réussi, le jeu de l'ensemble de protagonistes est magistral, clair et ample, bien rythmé et le phrasé clair. On ne peut que constater le très haut niveau de qualité de certains groupes de jazz en Alsace, dont en particulier celui-ci qui n'a pas à rougir de la comparaison avec des pointures nationales. En sout cas leur prestations nous a enchanté et ravis. A suivre donc au Laàb et à demain pour la deuxième journée du Festival ! 


La Fleur du Dimanche

jeudi 4 juillet 2024

Suite des 24èmes rencontres d'été : Croiser les siècles et les pays en musique (de chambre)

 Le succès des 24èmes rencontres d'été de musique de chambre de l'Accroche Note à l'église du Bouclier à la Petite France à Strasbourg ne se dément pas. Après une première soirée qui nous a fait voyager au Japon (voir le billet du 2 juillet En route pour le Japon), voici un voyage autour de Ravel avec une incursion en Italie et une autre au pays de Fauré.


Accroche Note - Lisa Meignin - Wilhem Latchoumia - Françoise Kubler - Christophe Beau - Photo: Zoé Khan-Thibeault

Rencontres d'été - Accroche Note - Françoise Kubler - Photo: Zoé Khan-Thibeault


Ce sont les chansons de Ravel qui ouvrent et ferment le programme, permettant à Françoise Kubler de nous enchanter de sa voix de soprano qu'elle arrive à moduler merveilleusement, du chuchotement le plus fin à l'expression la plus puissante, passant sans problème du grave à l'aigu et du Yiddish dans les Chansons Hébraïques au japonais comme la veille ou tout simplement au français d'Évariste de Parny qui nous parle avec ces trois chansons, Nahandove, Aoua et Il est doux à la fois d'érotisme et de colonialisme:

Tes baisers pénètrent jusqu’à l’âme ; tes caresses brûlent tous mes sens ; arrête, ou je vais mourir. Meurt-on de volupté, Nahandove, ô belle Nabandove !

et

.... Les blancs promirent, et cependant ils faisoient des retranchemens. Un fort menaçant s’éleva ; le tonnerre fut renfermé dans des bouches d’airain ; leurs prêtres voulurent nous donner un Dieu que nous ne connoissons pas ; ils parlèrent enfin d’obéissance et d’esclavage. Plutôt la mort ! Le carnage fut long et terrible ; mais malgré la foudre qu’ils vomissoient, et qui écrasoit des armées entières, ils furent tous exterminés. Méfiez-vous des blancs....


Rencontres d'été - Accroche Note - Wilhem Latchoumia - Photo: Zoé Khan-Thibeault


C'est Wilhem Latchoumia qui interprète magnifiquement l'hommage de Martino Traversa à Maurice Ravel avec ses Oiseaux tristes - en écho aérien à cette pièce "Miroirs" où l'on imagine bien cet oiseau que viennent rejoindre ses acolytes dans une ambiance estivale.


Rencontres d'été - Accroche Note - Wilhem Latchoumia - Photo: Zoé Khan-Thibeault



Autre hommage, plus rapproché, ce Trio op. 120 de 1920 de Gabriel Fauré, écrit six ans après celui de Ravel. Un trio pour piano, violon et violoncelle, initialement aussi écrit pour clarinette, ici interprété à la clarinette par Armand Angster, au violoncelle par Christophe Beau et au piano toujours par Wilhem Latchoumia. Une très belle pièce, belle découverte qui enchante la soirée.


Rencontres d'été - Accroche Note - Wilhem Latchoumia - Photo: Robert Becker


La dernière soirée "A la croisée des chemins", le jeudi, nous propose un autre voyage avec cinq étapes dans la musique contemporaine dont une création mondiale et deux créations française.


Rencontres d'été - Accroche Note - Wilhem Latchoumia - Photo: Robert Becker


Elle débute avec une courte pièce du strasbourgeois Christophe Bertrand (1981-2010) Haos (2003) - Le titre fait référence à une "plante des Îles Sandwich dont les fleurs sont blanches le matin, jaunes à midi, rouges le soir et mortes le lendemain" (Littré). Effectivement, le piano (toujours sous les doigts agiles de Wilhem Latchoumia) s'éveille doucement, note à note. Quelque chose se dessine, prend forme, se complète, accélère, puis à toute vitesse. Un deuxième son émerge, s'amplifie, s'y rajoute. Tout s'arrête en continuant de résonner. Puis quelque chose d'autre, plus vif, plus fort, plus grinçant: dans les aigus, mais aussi dans les graves. Cela ralentit en frappes fortes sur les touches, puis, le silence.


Françoise Kubler - Wilhem Latchoumia - Lisa Meignin - Armand Angster - Christophe Beau - Photo: Robert Becker


Presque l'amour de Demian Rudel Rey est une création, commande avec le soutien de la Fondation Salabert, inspiré par un texte de Laure Deval Métronome. pour soprano, flûte, clarinette, violoncelle et piano. Françoise Kubler énonce des bouts de phrases ("la police est partie", "autre chose me préoccupe",...)  ou éructe, chante, en éclats de voix et en gestes brusques (bras gauche levé).


Rencontres d'été - Accroche Note - Lisa Meignin - Photo: Zoé Khan-Thibeault


La musique se fait dense, des mélodies rapides ou des sons qui se superposent (Lisa Meignin, très précise à la flûte, Armand Angster magistral à la clarinette et Christophe Beau, altier au violoncelle) suivis de moments plus calmes, jusqu'à ce que Françoise s'empare d'un mégaphone avec cris et sifflements. Une pièce pleine d'énergie et d'humour où le jeu théâtral est mis en avant. Un succès si l'on se reporte aux applaudissements.


Françoise Kubler - Demian Rudel Rey - Lisa Meignin - Armand Angster - Photo: Robert Becker

Rencontres d'été - Françoise Kubler - Armand Angster - Photo: Robert Becker


Di anima e corpo de Claudio Ambrossini est aussi une création que nous offre le duo de base d'Accroche Note dans un très bel ensemble. Françoise y joue du souffle et Armand tire des interjections de son instrument. Des lamentations, des éclats de mots, chantés et la clarinette toujours en variations et en vibrations. Un semblant de phrase chantée se construit. Le voix puissante de Françoise accroche dans les aigus et la clarinette se lamente, Les interprètes s'offrent corps et âme.


Rencontres d'été - Accroche Note - Françoise Kubler - Armand Angster - Photo: Zoé Khan-Thibeault


Rencontres d'été - Accroche Note - Françoise Kubler - Photo: Zoé Khan-Thibeault


Avec Teatrino per Cathy, de Marcello Panni, autre création, c'est une sorte d'hommage dans un duo augmenté, Armand et Françoise accompagnés par le piano de Wilhem Latchoumia, leur complice depuis quelques années. La pièce, "augmentée" de "collages" des années 70, en référence à Berio, Schnebel et bien sûr Cathy Berberian, assemble des langues (italien, allemand, français,..) dans une folle inventivité et avec plein d'humour, humour qui transpire aussi dans les interprétations du pianiste et du clarinettiste avec des moments gais frais, frémissants et drôles quelquefois pour tous les trois. 


Rencontres d'été - Accroche Note - Françoise Kubler - Armand Angster - Photo: Robert Becker


La soirée s'achève avec la pièce de Jonathan Harvey Chu qui avait été crée par Accroche Note en 2002 au Festival Musica. Elle inclut des prières thibétaines et un poème de Soname Yangchen, une chanteuse qui a fui le pays sous occupation chinoise. On les entend bien sûr accompagnées des clochettes thibétaines que joue Françoise Kubler avant que les instruments (violoncelle et clarinette) n'arrivent. 


Rencontres d'été - Accroche Note - Christophe Beau - Photo: Zoé Khan-Thibeault


Et les chants se transforment, Il y a des cris, de l'agitations mais aussi du silence, des cordes frappées, des boucles de sons. De l'inquiétude, une montée en tension puis, pour finir, un air primesautier et, à nouveau les clochettes. Encore une magnifique soirée que le public, nombreux, a apprécié. 

Rendez-vous l'été prochain....


La Fleur du Dimanche