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dimanche 28 juin 2026

Montpellier, c'est Montpellier Danse, mais c'est aussi des exposition. Et quand la danse s'arrête on va aux expositions

 Quand on est à Montpellier pour le Festival Montpellier Danse, on a de la chance, parce que quand la danse s'arrête, on peut aussi aller voir les expositions.

Donc profite de la ville, de son ambiance et surtout des salles climatisées ou rafraîchies.

Donc pour la danse, je vais vous faire le résumé des spectacles vus pendant le Festival - Certains vont tourner (par exemple à Strasbourg ou en Alsace - ou à Belfort, à Paris aussi). Alors soyez attentifs et prévoyez. Faites-vous une idée ou revenez ici après les avoir vus pour vous en raviver la mémoire:

Cinq jours au Soleil d'Emanuel Gat - Une superproduction, un Grand Spectacle:

https://lafleurdudimanche.blogspot.com/2026/06/cinq-jours-au-soleil-demanuel-gat.html

Cinq jours au Soleil - Emanuel Gat - Montpellier Danse - Photo: Robert Becker

Ulysse Marion - Dimitri Chamblas - Le rencontre d'une ex-danseuse étoile et d'un musicien danseur

https://lafleurdudimanche.blogspot.com/2026/06/dimitri-chamblas-le-retour-montpellier.html

Ulysse Marion - Dimitri Chamblas - Montpellier Danse - Photo: Robert Becker 

Le Pas du Monde du Collectif XY - Entre cirque est mouvement, la danse de la matière et de la nature

https://lafleurdudimanche.blogspot.com/2026/06/le-pas-du-monde-du-collectif-xy-au.html

Collectif XY - Le Pas du Monde - Photo: Fabrice-Dimier

In the Brain de Schechter II - Une grande fresque pleine de bruit et de fureur

https://lafleurdudimanche.blogspot.com/2026/06/in-brain-de-schechter-ii-montpellier.html

Hofesh Shechter - In the Brain - Photo: Todd MacDonald

Vision d'Eric Minh Cuong Castaing - L'expérience des sens sans la vision

https://lafleurdudimanche.blogspot.com/2026/06/vision-deric-minh-cuong-castaing-au.html

Vision -  Eric Minh Cuong Castaing - Montpellier Danse - Photo: Robert Becker

This is la mort de Zoé Lakhnati - Les héros se délitent

https://lafleurdudimanche.blogspot.com/2026/06/this-is-la-mort-de-zoe-lakhnati-au.html

This is la mort - Zoé Lakhnati - Montpellier Danse - Photo: Robert Becker

Twama Paradise de et avec Héla Fattoumi - Devenir soeurs par la danse

https://lafleurdudimanche.blogspot.com/2026/06/twama-paradise-de-et-avec-hela-fattoumi.html

Twama Paradise - Héla Fattoumi - Sondos Belhassen - Photo: Laurent Philippe

Armin Hokmi avec Bazm (Répertoire) - une nouvelle sorte de répertoire qui s'invente pour le XXIèmeSièce

https://lafleurdudimanche.blogspot.com/2026/06/au-festival-montpellier-danse-armin.html 

Armin Hokmi - Bazm (Répertoire) - Photo: Vahid Amanpour


Pour ce qui est des expositions, je suis parti avant la grande exposition au Musée Fabre consacré à Pierre Paulin et à ses réalisations dans le domaine du Design.

Par contre au Mo.Co - 13 rue de la République - il y a une rétrospective de Kiki Smith jusqu'au 11 octobre 2026. 

Voici quelques images dont les fleurs, les sculptures, les dessins, les tapisseries, il y a aussi des photos et des objets scientifiques.


MO.CO - Kiki Smith - Photo: Robert Becker

MO.CO - Kiki Smith - Photo: Robert Becker

MO.CO - Kiki Smith - Photo: Robert Becker

MO.CO - Kiki Smith - Photo: Robert Becker

MO.CO - Kiki Smith - Photo: Robert Becker

MO.CO - Kiki Smith - Photo: Robert Becker

MO.CO - Kiki Smith - Photo: Robert Becker

MO.CO - Kiki Smith - Photo: Robert Becker




A suivre .... très bientôt les expositions ...



La Fleur du Dimanche 



mercredi 24 juin 2026

Le Pas du Monde du Collectif XY au Festival Montpellier Danse: la danse des rochers, des arbres, des montagnes....

On définit en général la danse comme l'art du mouvement. Tout ce qui est mouvement est danse pourrait-on dire en un raccourci rapide. Et le travail du Collectif XY qui nous présente Le Pas du Monde au Festival Montpellier Danse pourrait, dans la même démarche être considérée comme de la danse (et non du cirque comme une première approche qui considère la technique acrobatique comme base de ce collectif). Ils oeuvrent depuis plus de vingt ans dans un esprit d'ouverture en balayant large. Cependant, les vingt-deux artistes qui constituent cette troupe ne sont pas des danseurs, et pourtant le spectacle qu'ils proposent avec cette pièce apporte une certaine magie qui va plus loin que le simple spectacle de cirque et leur introduction avec une suite de traversées dont une en marche arrière nous alerte sur la liberté qu'ils prennent sur la perception. 


Collectif XY - Le Pas du Monde - Photo: Fabrice-Dimier

Et la magie des constructions et métamorphoses qu'ils vont nous proposer tout au long de cette heure durant laquelle ils vont nous faire voyager à travers des paysages mouvants et imaginaires qu'ils construisent et déconstruisent dans une sorte de morphing humain. Avec eux, l'individu est au service d'une cause commune, une brique indispensable dans un tout qui nous raconte par exemple des transformations millénaires de montagnes qui se forment et s'érodent, de paysages qui grandissent et évoluent, de masses qui se constituent et coulent dans une totale fluidité, tout en souplesse et en surprises renouvelées. Il nous semble y découvrir des arbres qui grandissent, des sommets de hautes montagnes (le Cervin ?) qui se dressent par un jeu d'assemblage discret et complice. 


Collectif XY - Le Pas du Monde - Photo: Fabrice-Dimier

Les performances acrobatiques et les sauts et chutes semblent couler de source et les mélopées et chansons qui soutiennent les numéros d'acrobatie les rendent naturelles et poétique, une poésie du geste de de la figure. Chaque membre de ce tout est naturellement à sa place ou la prend sans friction et sans heurt, dans une dynamique fluide et les constructions en hauteur où l'on arrive à des portés à trois personnes (et même quatre pour le bouquet final) se font tout en souplesse dans la construction et la déconstruction, très naturellement, comme coulant de source. 


Collectif XY - Le Pas du Monde - Photo: Fabrice-Dimier


Chaque personne, élément de ce rouage en perpétuelle évolution trouve sa place dans la mécanique générale et contribue à la magie des tableaux qui émergent, évoluent et se dissolvent, soutenus par les mélopées et les chants, quelques percussions et une escapade dans un univers peuplé d'une faune fantastique, apporte une touche plus humoristique pour clore ce voyage extraordinaire où l'on découvre la nature et ses métamorphoses sous un nouvel éclairage, qui nous fait à la fois danser les montagnes et valser des monstres sympathiques. Une expérience dépaysante et originale.


La Fleur du Dimanche


Le Pas du Monde

Montpellier - 24 et 25 juin 2026

Création : Collectif XY
Collectif en tournée : Airelle Caen, Alejo Bianchi, Alice Noël, Amaia Valle, Antonio Terrones y Hernandez, Cyril Héritier, Camille de Truchis, Clémence Gilbert, Consuelo Burgos Bustos, Denis Dulon, Diego Ruiz Moreno, Etienne Revenu, Florian Sontowski, Guillaume Sendron, Hamza Benlabied, Julie Calbete, Kritonas Anastasopoulos, Xavier Lavabre, Pedro Guerra, Raimon Mato Rabassedas, Raphaela Abreu Olivo de Almeida, Virginie Benoist
Direction musicale et composition vocale : Virginie Benoist
Création sonore : Jack McWeeny
Création lumière : Éric Soyer assisté d’Aliénor Lebert
Création costumes : Céline Perrigon assistée d’Ophélie Parmentier
Collaborations artistiques : Julie Calbete, Fanny Soriano, Maja Zimmerlin
Accompagnement dramaturgie : Olivia Burton
Direction de production : Antoine Billaud, Johanna Autran assisté(e)s d’Alicia Gicquel
Régie générale : Sébastien Hérouart
Régie son : Jack McWeeny, Aude Pétiard (en alternance)
Régie lumière : Aliénor Lebert, Clara Boulis Valence (en alternance)
Production : XY
Résidences : Le Phénix scène nationale Valenciennes – Pôle européen de création, Tandem, Scène nationale (Hippodrome de Douai), Le Bateau Feu, Scène nationale Dunkerque, Théâtre du Beauvaisis, Scène nationale, Beauvais, Le Volcan, Scène nationale du Havre, La Brèche – Cherbourg, Pôle national cirque en Normandie, Circa, Pôle national cirque, Auch
Coproductions : Le Phénix scène nationale Valenciennes – Pôle européen de création, Chaillot – Théâtre national de la Danse Paris, Maison de la danse Lyon, Le Volcan, Scène nationale du Havre, EPPGHV, Parc de La Villette Paris, Tandem, Scène nationale (Hippodrome de Douai), Théâtres de Compiègne, Maison de la Culture d’Amiens, Scène nationale, La Comédie de Clermont, Scène nationale, Clermont-Ferrand, Château Rouge, Scène conventionnée, Annemasse, Scène nationale Carré-Colonnes, Saint-Médard-en-Jalles,Théâtre du Beauvaisis – Scène nationale, Beauvais, Le Bateau Feu, Scène nationale Dunkerque, Scène nationale Albi – Tarn, Espace 1789 de Saint-Ouen, scène conventionnée pour la danse, Festival Roma Europa (Italie)
Aides et soutiens à la création : Ministère de la Culture au titre de l’aide nationale à la création pour les arts du cirque Région Hauts-de-France au titre de l’aide aux projets à rayonnement culturel et artistique
Avec le soutien de Dance Reflections by Van Cleef & Arpels
Remerciements : La ville de Puget-Théniers, La Carrière, école des arts du cirque Saint-Barthélemy d’Anjou
XY bénéficie du soutien du Ministère de la Culture, DRAC Hauts-de-France au titre du conventionnement pluriannuel. Depuis 2016, Le collectif est accompagné par la Fondation BNP-Paribas. Depuis 2017, le collectif est associé pour l’ensemble de ses projets par le Phénix scène nationale Valenciennes – Pôle international de production et de diffusion. Depuis 2021 il est également associé à Chaillot-Théâtre National de la Danse, Paris et depuis 2025 à la constellation de la Maison de la Culture d’Amiens.


mardi 24 juin 2025

Au Festival Montpellier Danse, Pierre Pontvianne et La Liesse - Entre le lien et l'allégresse, la joie se multiplie

Pierre Pontvianne nous avait laissé un étrange impression lors du Festival Montpellier Danse en 2023 avec sa création oe, un titre aussi mystérieux que le spectacle qu'il nous avait proposé cette année-là. Cette année, il revient avec une création mondiale dont le titre La Liesse est un mot très peu usité, qui le plus souvent d'ailleurs apparait dans l'expression "une foule en liesse". Et l'on se demande au vu du générique il va bien pouvoir amener sur le plateau avec cinq interprètes cette foule débordante, et ses explosions de joie. Mais c'est mal connaître le personnage qui travaille sur l'intuition et une intime proximité avec ses interprètes pour nous offrir cet étonnement et cette surprise qui vont déclencher en nous sens et sensation.


Montpellier Danse - Pierre Rontvianne - La Liesse - Photo: Laurent Philippe


Ainsi, grâce à un stratagème du décor, une rangée de miroirs suspendus, alignés sur le rideau noir de fond de scène, il projette le public sur la scène pour l'habiter. Puis, alors qu'un premier personnage arrive sur scène, il est vite rejoint par les quatre autres et ils marquent par des embrassades et des effusions leur joie de se retrouver et d'être ensemble. Cela tourne et virevolte, à deux, à trois ou cinq, les figures se forment, s'entrelacent, tournoient et s'enroulent les unes dans les autres, puis en se suivant dans des courbes magnifiques et se transmettent de l'énergie sans fin. Dans des habits noirs flottants, une chemise, blouse bleue (sauf une, noire) qui flotte également dans le mouvement, les corps semblent flotter d'un bout à l'autre de la scène, dans une rythme qui semble perpétuel. D'une manière très subtile, presqu'imperceptiblement la lumière da la salle baisse, et nous sommes happés par la scène comme dans un grand zoom avant, effet renforcé quand les projecteurs en douches s'éteignent et que ce sont de subtils éclairages en biais qui isolent les danseuses et les danseurs. La musique, une vague électronique montante, quelquefois saupoudrée de craquements nous emmène dans un cocon absorbant. Une hésitation, une arrêt, un moment d'hésitation, une immobilité, mais cela repart de plus belle dans cette dynamique d'inclusion et de fusion. Comme dans un mouvement permanent, immuable. Et même qund les danseurs s'arrêtent de courts moments, les miroirs placés en fond de scène, qui sont eux aussi entrés dans des balancements divers non seulement multiplient les interprètes que l'on aperçoit sur scène mais les fait aussi bouger dans leur immobilité. Un autre stratagème scénique pour ne pas dire magie de la lumière, ce sont les effets de mouvements de la lumière dans des subites explosions rouges ou blanches qui perturbent l'espace. Autre décalage d'ambiance, lorsque la chanteuse performeuse Sandy Chamoun interprète le poème en arabe classique mais un poème pas très classique du poète Libanais contemporain Paul Chaoul, en mots tissés. 



Montpellier Danse - Pierre Rontvianne - La Liesse - Photo: Laurent Philippe


La liesse, tout comme les communautés des hommes n'est pas une expérience monotone ni uniforme. L'énergie elle aussi quelquefois vient à manquer de carburant ou de motivation et les exultations peuvent trouver leur contrecoup, et nous avons donc aussi des flottements ou des moments de dépit. La démarche put se faire chaloupée, l'un ou l'autre pourra être mis à l'écart un moment et ce sera d'ailleurs l'effet de chute finale où, encore par un dernier et très subtil effet d'éclairage, une danseuse, abandonnée de tous, mise à distance symboliquement même par le public répète un geste typé que chacun interprètera à sa guise. d

Cependant, rétrospectivement nous ne pouvons qu'être époustouflés par la performance incroyable, une bonne heure durant de ces cinq interprètes qui, sans relâche nous ont présentés les variations subtiles sur les sentiments et les issues à quoi peut mener ce phénomène rare et débordant. Un très grand moment de spectacle tout en subtilité et en empathie que nous a offert Pierre Pontvianne.


La Fleur du Dimanche.


La Liesse

A Montpellier - Théâtre de la Vignette - du 24 au 26 juin 2025

Distribution / Production
Compagnie Parc
Chorégraphie : Pierre Pontvianne
Assistante, collaboratrice,
complice : Laura Frigato
Avec Jazz Barbé, Louise Carrière, Thomas Fontaine, Héloïse Larue, Clément Olivier
Conception sonore, costume : Pierre Pontvianne
Lumière : Victor Mandin
Décor, accessoires : Pierre Treille
Production : Compagnie PARC
Coproduction : Festival Montpellier Danse 2025, Comédie de Saint-Étienne, CDN, La Place de la Danse – CDCN Toulouse, Le DÔME Théâtre à Albertville
Résidence et apport en industrie : Montpellier Danse à l’Agora cité internationale de la danse, spectacle répété à La Comédie de Saint-Etienne, CDN, Le DÔME Théâtre à Albertville, BELLEVUE – Lieu d’inventions artistiques, La Comète à Saint-Étienne, Viadanse / CCN de Bourgogne Franche-Comté à Belfort
Construction décor : Atelier de La Comédie de Saint-Étienne.
La compagnie PARC est conventionnée par la Ville de Saint-Étienne, avec le soutien du Département Loire et la DRAC Auvergne-Rhône-Alpes en 2023-2024-2025 et soutenue par la Région Auvergne-Rhône-Alpes en 2024
Crédit photo © Cie Parc
Avec le soutien de la Fondation BNP Paribas pour l’accueil en résidence à l’Agora, cité internationale de la danse

lundi 23 juin 2025

Au Festival Montpellier Danse, Akram Khan & Manal AlDowoyan : Thikra - Dans les méandres de la mémoire et du désert

Akram Khan est sans doute l’un des chorégraphes les plus fascinants de sa génération. Né à Londres en 1974 dans une famille bangladaise, il commence dès l’enfance l’apprentissage du kathak, une danse classique du nord de l’Inde, exigeante et rythmique. Dans son parcours, il mêle avec virtuosité tradition indienne et danse contemporaine. Et depuis plus de vingt ans, il explore les thèmes de l’exil, de la mémoire et des mythes dans des création mondialement reconnues de Kaash (avec un décor d'Anish Kapoor) à son solo Xenos. Il collabore autant avec Sylvie Guillem, Kyllie Minogue que Sidi Larbi Cherkaoui ou Juliette Binoche et s’impose comme une figure majeure de la scène chorégraphique internationale. Avec Thikra, il poursuit son travail de mémoire, en dialogue sensible avec l’artiste saoudienne Manal AlDowayan.


Montpellier Danse - Thikra - Akram Khan & Manal AlDowoyan


La pièce Thikra est une commande pour mettre en valeur le site exceptionnel d'AlUla dans le désert Wadi AlFann (« la vallée des arts »), en Arabie Saoudite. Le site sur lequel ont eu lieu des fouilles archéologiques et découverts des vestiges de civilisations anciennes et devenu à la fois le lieu de dialogue antre ce passé et l'art contemporain, et doc aussi le lieu de création de cette pièce comme "commémoration" (autre sens de Thikra). L'artiste pluridisciplinaire (Photographie, installations, etc.) Manal AlDowayan, (elle a représenté son pays à la 60 Biennale de Venise en 2024), collabore avec Akram Khan autant pour le décor que pour les costumes et la scénographie. Elle a également développé la trame de cette histoire qui fait le lien entre le présent et le passé en convoquant quatorze interprète, que des femmes dans de magnifiques costumes réalisés selon les méthodes artisanales ancestrales pour faire le lien entre le présent et la passé. 


Montpellier Danse - Thikra - Akram Khan & Manal AlDowoyan - Photo: Maxime Dos


Le lieu, AlUla, qui était un carrefour, un territoire de rencontre et d'échange a aussi inspiré l'univers sonore et la musique d'Aditya Prakash qui convoque autant la musique traditionnelle de l'Inde, du Moyen-Orient que les voix de femmes haut perchées d'Europe Centrale. Les rythmes marqués nous emportent dans un état de demi conscience et les danses avec leur mouvement hypnotique et le mélange de voix, de percussions de cordes et de vents, puissants nous emmènent presque dans une transe cathartique, tout comme les danseuses, certaines danseuses traditionnelles indiennes et d'autres de formation contemporaine. 


Montpellier Danse - Thikra - Akram Khan & Manal AlDowoyan - Photo: Maxime Dos


Dans un clair-obscur baigné d'une lumière dorée, un récit de passation se joue sur la scène pour laquelle le décor (une escalier, une caverne et des rochers) a été adapté par Manal AlDowayan, ponctué par la présence sobres et puissante de ces quatorze femmes qui avancent et bougent comme une seule entité, entrecoupés par le récit mythique de passation du pouvoir. Les gestes se répètent, les pas deviennent trace. Ce qu’on voit, ce sont des mémoires de femmes, des voix qu’on n’a pas écoutées, des silences qui, ici, se font danse. Plus qu'une épopée spectaculaire, l'émotion se transmet par cette démarche intérieure, à la fois intime et universelle. Et l'on en sort enveloppé d’un silence habité, chargé d’une force ancienne. Un mythe qui resurgit du passé ancien. Un voyage dans l'espace et le temps. 


Montpellier Danse - Thikra - Akram Khan & Manal AlDowoyan



La Fleur du Dimanche


P.S. Une des force du projet c'est aussi d'avoir permis au public - et pas seulement aux femmes auxquelles sont réservées ce type de danse "en cheveux" de pouvoir y assister (dans le lieu aussi).


Thikra


A l'Opéra Comédie de Montpellier du 22 au 24 juin 2025


Distribution / Production
Akram Khan Company
Direction et chorégraphie : Akram Khan
Directrice visuelle, costumes et scénographie : Manal AlDowayan
Concept narratif : Manal AlDowayan, Akram Khan
Compositeur et univers sonore : Aditya Prakash
Conception sonore : Gareth Fry
Création lumière : Zeynep Kepekli
Associé créatif, coach : Mavin Khoo
Dramaturge : Blue Pietà
Répétitrices : Angela Towler et Chris Tudor
Avec 14 interprètes : Pallavi Anand, Ching-Ying Chien, Kavya Ganesh, Nikita Goile, Samantha Hines, Jyotsna Jagannathan, Mythili Prakash, Azusa Seyama Prioville, Divya Ravi, Aishwarya Raut, Mei Fei Soo, Harshini Sukumaran, Shreema Upadhyaya, Kimberly Yap, Hsin-Hsuan Yu, Jin Young Won
Commandé par Wadi AlFann, Vallée des Arts, AlUla


Premier partenaire de coproduction : Bagri Foundation
Adaptation en salle coproduit par : Festival Montpellier Danse 2025, Berliner Festspiele, Brown Arts Institute at Brown University, Pina Bausch Zentrum, Sadler’s Wells, Théâtres de la Ville de Luxembourg, Théâtre de la Ville Paris
Avec le soutien par l’Arts Council England 

Au Festival Montpellier Danse, Armin Hokmi avec Of the heart - An Etude: Le coeur varie

 Pour Armin Hokmi, tout est une question de trajectoire. Arriver à Montpellier Danse, parti d'Iran comme danseur et performeur, passé par la Suède et Berlin, ayant côtoyé de nombreux chorégraphes en étant interprète lui-même, en particulier avec Hooman Sharifi dans Sacrifice while lost in salted earth dans lequel il a dansé un solo lors de l'édition de Montpellier Danse 2022. Et puis il a crée son spectacle Shriraz pour le Festival l'année dernière, spectacle qui a été fort bien accueilli et qui est en train de tourner dans la monde entier. Et tout en étant artiste associé au Festival jusqu'en 2026, où il va créer son prochain spectacle Répertoire (Bazm) où il essaie de créer un répertoire imaginaire. Répertoire dont cette pièce serait une première étude.


Festival Montpellier Danse - Armin Hokmi - Of the heart - An Etude


Il nous présente donc Of the heart - An Etude, un solo où il va se concentrer sur le langage gestuel en focalisant sur le coeur, qui pour lui est le siège de toutes les émotions et sensations. Son objectif est d'aller à l'essentiel, le corps n'étant qu'une prothèse, un outil lui permettant de creuser - jusqu'à l'os pourrait-on dire - cette émotion qui se confronte à la musique et à ses variations. Dans une économie de moyens, la danseuse Aleksandra Petrushevska qui avait déjà dansé dans Shiraz, va incarner une soixantaine de variations de gestes autour du coeur et de la poitrine, cherchant les axes et les directions, les orientations, dans une intériorité concentrée, réagissant ou pas à la musique. Celle-ci, rencontre de l'électronique et de la guitare de EHSXN et de HEICH, se présente dans une forme minimaliste et répétitive. 

Ce que recherche Armin Hokmi avec cette pièce, c'est d'interroger ces gestes, cette variété de variations se frottant avec la musique. Et de montrer ce corps dansant, reprenant des pistes ouvertes auparavant dans une premier temps de création par d'autres pour les faire porter Aleksandra Petrushevska, plus ou moins habitées ou distanciées. A l'image de Shiraz où le mouvement, le rythme, la pulsation installait un univers, une atmosphère, ici, les multiples pistes explorées par sept danseuse et danseurs (dont certain(e)s ont participé à Shiraz) sont reprises et incarnées par l'interprète unique qui les fait sienne, et les expose dans un dévoilement presqu'intime, balançant entre harmonie et dissonance. La mouvement comme sentiment.


La Fleur du Dimanche


Of the heart - An Etude

A Montpellier du 23 au 25 juin 2025

Distribution / Production
Concept et chorégraphie : Armin Hokmi
Conçu avec et interprété par Katherina Jitlatda Horup Solvang
Créé avec Aleksandra Petrushevska, Emmi Venna, Daniel Sarr, Charlotte Utzig, Johanna Ryynänen
Costumes : Cecilio Orozco
Recherche sur les costumes avec
Création musicale : ehsan & HEiCH
Espace : Felipe Osorio Guzman
Direction technique : Vito Walter
Consultation: Dana Michael Luebke, Emmi Venna
Coproduction : Festival Montpellier Danse 2025, Tanzhaus NRW
Durée prévisionnelle : 40’
Crédit photo © Armin Hokmi
Avec le soutien de Nationales Performance Netz Coproduction Fund for Dance, qui est financé par Federal Government Commissioner for Culture and the Media.

Au Festival Montpellier Danse, Eric Minh Cuong Castaing présente Forme(s) de vie : Le corps augmenté... par l'humain

 S'il fallait trouver un mot qui puisse qualifier le spectacle Forme(s) de vies d'Eric Minh Cuong Castain, ce serait assurément "collaboration", dans tous les sens du terme, surtout en proximité et en fidélité. Déjà, au départ, pour ce projet chorégraphique que l'on va nommer ainsi parce que c'est aussi le but, qualifier ainsi ce travail , ce spectacle, cette performance de chorégraphie, c'est justement donner la vraie valeur au résultat de de cet acte d'inclusion, d'intégration: donner corps - et mouvement - à celles et ceux à qui on le donne que trop peu. 


Montpellier Danse - Eric Minh Cuong Castaing - Forme(s) de vie - (c) Shonen


Au départ donc ce n'est pas un travail solitaire, c'est une collaboration entre Eric et Aloun Marchal et Marine Relinger. Cette collaboration a débuté il y a longtemps et avait abouti à L'Age d'Or (2018), une performance et un film avec des enfants atteints de trouble moteur. Aloun Marchal lui-même étant co-chorégraphe avait créé en Suède SPINN, la première compagnie de danse inclusive à partir des années 2012. A côté d'eux, Marine Relinger, dramaturge et cinéaste, venue de la philosophie et du journalisme apporte son regard via le média vidéo - elle a d'ailleurs fait un film portrait Un corps à soi (2025) sur l'interprète danseuse Elise Argaud, l'une des deux interprètes en perte de mobilité. Le deuxième étant Kamel Messalleka. C'est d'ailleurs sur des images de lui en plan rapproché, retrouvant les gestes de son ancien métier de boxeur que démarre le spectacle, laissant le spectateur dans une forme d'interrogation sur ses capacités physiques. 


Montpellier Danse - Eric Minh Cuong Castaing - Forme(s) de vie - Photo: Laurent Philippe


Mais après nous être fait symboliquement assommer par lui sur l'écran, nous le voyons arriver en vrai, et toujours en boxeur, partant du côté de l'écran et nous offrant son corps, limité dans ses jambes, dans son souffle mais non dans sa volonté, heureusement - et fortement soutenu par deux danseurs, Nans Pierson et Aloun Marchal. L'énergie de Kamel grandit au fur et à mesure de la pièce et des "Gauche - Droite - Gauche - Droite..." assénés et soufflés. Même si le souffle s'épuise parfois. Mais pas la volonté. Ni surtout la proximité, car les trois interprètes prennent littéralement un "bain de foule" heureux et chaleureux.


Montpellier Danse - Eric Minh Cuong Castaing - Forme(s) de vie - Photo: Laurent Philippe


Le versant féminin de ce travail d'approche, avec Elise Argaud, se fait en contrepoint, dans une belle et sensible lenteur qui, à l'opposé nous rend attentif à la fragilité de la position debout et à la maîtrise des gestes, où l'on devine des efforts immenses de concentration et de coordination, avec l'aide ici principalement de Yumiko Funaya, toute en attention et en guidance. Cette proximité et cette rencontre avec ces deux corps qui nous deviennent familiers, qui vivent leur vie propre et arrivent quelquefois à s'affranchir des prothèses humaines nous amènent à basculer notre vision, notre attention, notre écoute et notre ap-préhension des corps - qui ne répondent pas aux critères que notre société bardée de règles, de normes, de standards et de prescription - vers une nouvelle approche sensible des êtres et de leurs corps. Jusqu'à prendre plaisir et joie dans le jeu et le balancement, quand Elise et son partenaire se mettent à danser, virevolter et s'envoler, en se moquant de la gravité et de la gravitation.


Montpellier Danse - Eric Minh Cuong Castaing - Forme(s) de vie - (c) Shonen


C'est aussi en quelque sorte l'expérience "vécue" dans le dernier extrait de film où le corps d'une autre femme expérimente avec bonheur - presque jusqu'à l'extase - dans une symbolique montée au ciel ("une dernière fois") qui pourrait nous faire croire au surpassement de nos limites charnelles et physiques si les voix en commentaire (de cette belle équipe qui ose tout cela) dans le film ne tempéraient et et mettaient un frein au rêve de libération en exprimant doute et hésitation devant de ce qu'ils ont réussi à faire et du résultat de leur "performance". 

Cependant, le sourire des interprètes, en vrai sur la scène, et le bonheur qu'ils nous ont transmis pendant une heure, à nous spectateurs et de nous avoir permis d'avoir un nouveau regard, lavé de couches de présupposés, vaut bien quelques doutes, d''autant plus que ce genre d'expérience est bien rare. En espérant de tout coeur qu'elle puisse essaimer plus largement. En tout cas la graine est semée.


La Fleur du Dimanche   


Forme(s) de vies


Montpellier - le 23 et 24 juin 2025


Distribution / Production

Pièce chorégraphique d’Eric Minh Cuong Castaing en collaboration artistique avec Aloun Marchal et Marine Relinger
Avec Elise Argaud, Yumiko Funaya, Aloun Marchal, Kamel Messelleka, Nans Pierson
Et la présence à l’écran de Martial Bucher, Soizic Carbonnel, Jeanne Colin, Yoshiko Kinoshita, Eric Minh Cuong Castaing, Annie Ode et Bruno Santili
Chorégraphie : Éric Minh Cuong Castaing, Aloun Marchal
Dramaturgie : Marine Relinger
Direction technique : Virgile Capello
Scénographie : Anne-Sophie Turion, Pia de Compiègne
Création sonore : Renaud Bajeux
Création lumière : Nils Doucet
Costumes : Silvia Romanelli
Films : Victor Zébo (image), Renaud Bajeux (création sonore), François Charrier et Samuel Poirée (son), Lucie Brux (montage), Scarlett Garson (direction de production), Samuel Tuleda (direction régie), Alexis Lambotte – Label 42 Studio (étalonnage)
Production : Compagnie Shonen
Coproduction : Festival de Marseille, Ballet National de Marseille, Pôle Arts de la Scène -Friche Belle de Mai, Prix le BAL de la Jeune Création – Adagp 2020, Vooruit Gand, Points Communs Scène nationale de Cergy Pontoise, Tanzhaus NRW Düsseldorf, Fonds Transfabrik, Carreau du Temple, Charleroi Danse, Le Vivat-Armentières, Les Ballets CdelaB, Ministère de la Culture Délégation à la Danse, C.N.C. DICRéAM, département des Bouches du Rhône – «Ensemble en Provence», Région Sud – Carte Blanche aux Artistes 2020, DRAC PACA & ARS PACA – «Culture et Santé», Fondation Porosus, Fondation Handicap et Société
Avec le soutien de ICK Dans Amsterdam
Mise à disposition de studios : Lieux Publics – CNAREP – Pôle Européen de Production – Marseille, K.L.A.P. – Maison pour la Danse – Marseille, Marseille Objectif Danse, Pôle 164 Marseille, Friche Belle de Mai
Partenariats Santé : La Maison – Gardanne, Hôpital Sainte Marguerite – Marseille, Hôpital Bretonneau – Paris

dimanche 22 juin 2025

Au Festival Montpellier Danse, Camille Boitel et Sève Bernard présentent « » - Tout et dit dans l'immédiat et "sauve qui peut"

 Les artistes sont quelquefois des visionnaires et dans le contexte actuel, comment ne pas faire le parallèle entre l'état du Monde et ce qui se joue sur la scène. Mais on peut aussi se dire que tout cela n'est qu'une grande parade de cirque et qu'il suffit d'un "entracte" pour refaire le ménage.

En tout cas sur la grande scène du Théâtre de l'Agora, le spectacle «       »  de Camille Boitel et Sève Bernard pousse les murs et déborde la scène. Les surprises arrivent par charretées et cela semble ne pas s'arrêter. C'est l'accumulation et quelquefois on se demande si les comédiens-danseurs-circassiens n'en font pas un peu de trop. Mais le déséquilibre est aussi dans le jeu et l'imprévu dans la mécanique.


Festival Montpellier Danse - Camille Boitel & Sève Bernard - «       » - Photo: L'immédiat


Car dès le départ, tout a tendance à chuter, tomber, se détacher, se plier, se désarticuler, ne pas tenir debout et se retrouver au sol ou en déséquilibre instable. Une longue chaîne d'interactions autodestructrices du genre maison catastrophe ou hantée ou réaction en chaîne à la Fischli et Weiss, qui dans une accumulation délirante et des effets de répétition quoiqu'angoissantes nous font balancer entre terreur et rire. A se demander quand cela va finir. Et effectivement la mi-temps est sifflée très tôt et l'on assiste ensuite à un ménage de la scène qui ne semble pas finir car il en apparaît chaque fois plus à ranger.

Et suite à cela, la catastrophe et les cataclysmes s'étendent jusqu'autour et au-dessus de la scène, prenant une ampleur inédite.

Et l'on part dans une nouvelle phase dans laquelle la problématique va plutôt travailler la question de la gravitation, l'attraction, l'impossibilité de quitter le sol, le poids du corps et sa masse impossible à faire tenir debout ou en équilibre, ou à l'inverse la tendance à s'envoler. Egalement l'impossibilité à se mouvoir, à garder sa place ou son trajet, à se retrouver projeté dans un espace temps où le présent, le passé et le futur se confondent, se superposent ou glissent l'un sur l'autre grâce à un habile jeu de panneaux mobiles noirs qui se livrent un ballet époustouflant avec apparitions disparitions dans un jeu de cache-cache où l'un est surpris d'être confronté à l'autre quelquefois dans une terreur paralysante.


Festival Montpellier Danse - Camille Boitel & Sève Bernard - «       » - Photo: L'immédiat


Tout cela donne un grand désordre brinquebalant où rien n'est sûr et stable, même les éclairages sont à l'avenant et l'homme (et la femme), dans une chute continue et sans fin n'arrive à construire qu'une tour de Babel instable et inutile. Heureusement que du public des voix apaisantes s'élèvent, on espère qu'elle sauveront le Monde. Alors, à vous de jouer!


La Fleur du Dimanche 

 

«       » de Camille Boitel et Sève Bernard  

Montpellier le 22 et 23 juin 2025

Distribution / Production

Compagnie L’immédiat

Camille BOITEL : écriture, mise en scène, jeu et manipulations

Sève BERNARD : écriture, mise en scène, jeu et manipulations

Étienne CHARLES : regard complice

Clémentine JOLIVET, en alternance avec Pascal LE CORRE : jeu et manipulations

Étienne CHARLES, en alternance avec Michael BOUVIER : jeu, régie lumière et plateau

Benoît KLEIBER : jeu, portés et manipulations

Kenzo BERNARD : jeu, régie son et manipulations

Construction : Étienne CHARLES avec l’aide d’Adrien MAHEUX et Michael BOUVIER

Construction additionnelle : Paulo DUARTE

Confection costumes : Nathalie SAULNIER

Confection des pendrillons : Nathalie SAULNIER avec l’aide de Lara MANIPOUD, Clara STACCHETTI, Lucie MILVOY, Cécile QUILTU, Anaé BARTHELEMY

Conseil technique son : Gaëtan PARSEIHIAN

Régie générale : Stéphane GRAILLOT

Administration : Elsa LEMOINE

Production, diffusion : Coralie GUIBERT

Chargée de production : Agathe FONTAINE

Remerciements : Elsa BLOSSIER, Julie RIGAULT, Marion FLORAS, Yann MARITAUD, Nicolas BERTEYAC, Pierrot USUREAU, Thomas DENIER


Production : Compagnie L’immédiat

Coproductions (en cours) : Montpellier Danse, résidence de création à l’Agora, cité internationale de la danse, avec le soutien de la Fondation BNP Paribas / Bonlieu, scène nationale Annecy / Équinoxe – Scène Nationale de Châteauroux / Le Théâtre, scène nationale de Saint-Nazaire / Le Canal théâtre du Pays de Redon, scène conventionnée d’intérêt National art et création pour le Théâtre / Théâtre Durance, scène nationale – Château-Arnoux-Saint-Auban / Archaos – Pôle National Cirque / théâtre Garonne, Scène Européenne – Toulouse / Théâtre la Vignette, scène conventionnée, Université Paul-Valéry Montpellier / TRIO…S – EPCC – Hennebont – Inzinzac-Lochrist, Scène de territoire pour les arts du cirque / Le PALC pôle national cirque de Châlons-en-Champagne – Grand Est / Le Manège, scène nationale – Reims / Le Théâtre du Bois de l’Aune, Aix-en-Provence / Bain Public, Saint Nazaire / Malraux, Scène nationale Chambéry – Savoie / Théâtre de Grasse, scène conventionnée d’intérêt national art et création / Carré Magique, Pôle national Cirque de Bretagne, Lannion / L’Avant-Scène, Cognac / Le CENTQUATRE-PARIS / Théâtre Victor Hugo, scène des arts du geste – Bagneux

Apport collectif : Les 3T-scène conventionnée de Châtellerault / Le Champ de Foire, Saint André de Cubzac / Odysca, Biscarrosse / Les 4A, Saint Jean d’Angély / CREAC la Cité Cirque, Bègles

Soutiens : La Martofacture, Sixt-sur-Aff / Compagnie en résidence et création avec le soutien du Théâtre National de Nice – CDN Nice Côte d’Azur, La Brèche, Pôle National Cirque de Normandie – Cherbourg-en-Cotentin,

Avec le soutien de l’Adami

Avec l’aide à la création de la DGCA – Ministère de la Culture

La compagnie L’immédiat est conventionnée par le Ministère de la Culture – DRAC Île-de-France et reçoit le soutien de la Région Île-de-France au titre de l’aide à la permanence artistique.

La compagnie L’immédiat bénéficie du soutien de la Fondation BNP Paribas pour le développement de ses projets.

mardi 25 juin 2024

Roll de Marta Izquierdo Munoz à Montpellier Danse: Roule maboule ou les fous de roller derby gentils

 Le Roller Derby est presque un sport de combat. Ce n'est pas cette direction qu'a prise (de risque) Marta Izquierdo Munoz avec son spectacle Roll en création au Festival Montpellier Danse. Pour elle, son rêve de roller, le roller de sa jeunesse, de son adolescence, c'était le meilleur moyen de s'évader de sa famille mais aussi de l'atmosphère pesante de l'Espagne de la fin du Franquisme. Rollers aux pieds et casque de walkman sur les oreilles, dans les rues de Madrid, elle s'envolait sur les tubes des années 80. Et pour cette pièce elle tente de recréer cet enchantement avec un spectacle qui oscille entre le cabaret et la performance artistico-sportive.


Roll - Marta Izquierdo Munoz


Pour donner un peu d'énergie et chauffer la salle, elle missionne une comédienne Cécile Chatignoux a.k.a. Speaker oscillant entre l'animatrice de foire et Mme Loyal pour apporter un peu de narration - assez surréaliste dans un spectacle o l'on se laisse assez facilement envoûter par les incessants tours qu'effectuent les autres danseuses à roulettes parmi lesquelles se trouve Eric Martin, ancien patineur, devenu danseur (et costumier) et qui sur ce spectacle a assisté à la chorégraphie. Ses performances sur la plateau sont assez époustouflantes. 


Roll - Marta Izquierdo Munoz


Mais Marta Izquierdo Munoz ne recherche pas la performance et même si Amandine Etelage a.k.a. Mandy'Bull fait aussi preuve de virtuosité, et se la joue avec son quart d'heure de direct de célébrité Instagram avec ses fans, il y a une volonté de diversité des corps plutôt que de répondre à des canons esthétiques ou performatifs sur la scène. Plutôt que de jouer la carte de la compétition ou du challenge, c'est la carte de l'inclusion, de l'intégration, de la place de la femme qui se trame avec des attitudes plus de coopération et de sororité qui s'inscrivent dans des figures où chacune a sa place et tient compte de l'autre. Un moment de partage plutôt festif que revendicatif. La célébration de l'être ensemble.


La Fleur du Dimanche 



Conception et chorégraphie
Marta Izquierdo Muñoz
 
avec
Cécile Chatignoux a.k.a Speaker / Amandine Etelage a.k.a. Mandy'Bull / Mary-Isabelle Laroche a.k.a. Pop Wheels ou Agathe Deguines a.k.a. Fresh Meat / Eric Martin a.k.a. Dirty Bambi / Barbara Papamiltiadou a.k.a. Why So Sirius?
 
Assitant à la chorégraphie
Eric Martin
 
Composition musicale, création Son
Benoist Bouvot
 
Création lumière et régie générale
Anthony Merlaud
 
Costumes
Élise Le Du
 
Conseils à la dramaturgie
Youness Anzane

Rush de Mette Ingvartsen à Montpellier Danse: Se dépêcher de montrer ou ne pas montrer - 20 ans en spectacle

Après plus de 20 ans de carrière et 25 pièces chorégraphiques ou performances, Mette Ingwartsen n'a pas mis son passé en quarantaine. Au contraire elle a fait appel à sa complice des débuts - et même d'une plus longue période - Manon Santkin pour les parcourir et nous faire revivre quelques moments marquants de sa création en la mettant d'actualité dans cette création Rush.


Rush - Mette Ingvartsen - Manon Santkin - Photo: Bea Borgers


Manon Santkin va même partager avec nous ses souvenirs. Alors que le grand plateau avec un fond un écran blanc fait fond de scène, qu'un cube noir est posé au centre de cette scène en longueur où sont éparpillées quelques couvertures de survie, qu'un table blanche est disposée vers le milieu à droite et qu'on découvre deux aspirateurs à gauche et à droite vers le fond, une voix nous chuchote à l'oreille l'état d'esprit du moment et les souvenirs des débuts où encore étudiante, Manon avec deux  autre interprètes attendaient nues dans les coulisses avant d'entrer en scène. L'intimité, ce n'est pas juste la nudité, c'est aussi entrer dans la pensée de l'interprète et avoir une proximité d'esprit, de sensations. Car le travail de Mette Ingvartsen interroge, et on va le voir, à la fois le désir, la sexualité, l'intimité, la nudité, l'identité pour une part importante de sa création. Cette création dont Manon Santkin va avoir la lourde charge à la fois de réactualiser, de résumer et de représenter parce qu'il faut que les quelques sélections de ces 25 pièces rentrent dans une durée respectable (une heure et demie). 


Rush - Mette Ingvartsen - Manon Santkin - Photo: Bea Borgers


Et, comme la plupart de ces pièces avaient plusieurs interprètes, elle aussi va devoir se multiplier sur scène (ce qui n'est pas toujours du meilleurs effet). Globalement, elle a suffisamment d'énergie pour à la fois danser, raconter et quelquefois passer d'un personnage à l'autre pour faire passer le sentiment de foule (au moins trois ou quatre interprètes sur scène). Pour la première pièce en tout cas, Manual Focus de 2003, le dispositif de ce corps de dos avec un masque à l'arrière de la tête fonctionne parfaitement. Pour to come (2005) on imagine même plus de danseurs que la pièce d'origine n'en avait. Et, pour faire une pause, elle sollicite quatre spectateurs pour rejouer le "choeur de l'orgasme" de cette pièce, tout comme elle essaie de faire du participatif avec des mouvements de yoga ou de relaxation avec un résultat pas toujours garanti. Pour 7 pleasure (2015), même si elle n'arrive pas à se couper en douze, elle rend bien l'idée de la pièce, tout comme pour les pièces "sans danseurs" où Mette Ingvartsen interroge la matière et la nature, avec en particuliers les deux variations avec les couvertures de survie où l'on comprend pourquoi il y avait des aspirateurs sur scène.


Rush - Mette Ingvartsen - Manon Santkin - Photo: Bea Borgers


C'est une vraie performance que tous ces rôles dans toutes ces pièces, ces changements de situation instantanées et également ces changements d'état d'esprit, une vraie gageure. Sans oublier le fait qu'elle doit être à la fois dedans et en dehors de la pièce pour la décrire et la commenter. Une travail formidable que Manon Santkin assume à merveille et une sensibilité qu'elle arrive à faire passer en toutes circonstances. Chapeau!


La Fleur du Dimanche

lundi 24 juin 2024

Full Moon de Joseph Nadj à Montpellier Danse: Un histoire en blanc et noirs

 Joseph Nadj est chorégraphe, danseur, plasticien et photographe. Il est surtout créateur d'un univers particulier, presqu'un sculpteur d'espace. Il s'inspire aussi des auteurs contemporains (Beckett, Roussel,...) et a travaillé avec Miquel Barcello qui lui fait découvrir la civilisation Dogon. Ces deux rencontres lui ont ouvert un "cycle africain" démarré avec Omma, spectacle dont l'accueil et les tournées qui ont suivi, plus, à priori la demande des danseurs, ont été à l'origine de ce qui serait le deuxième volet d'un diptyque. 


Full Moon - Josef Nadj - Photo: Théo Schornstein


Il crée ainsi avec presque la même équipe (un danseur en moins) ce spectacle Full Moon en essayant de repartir avec eux de zéro et de réinventer un univers similaire mais se rapportant à la Lune - et sa relation réelle concrète et spirituelle à la terre, en particulier la terre nourricière, sujet qui dont il partage, en fils de paysan, l'expérience. Il explique que pour le travail de création en amont du spectacle, ce sont les propositions des danseurs africains (venus de différents pays et régions) qui ont servi de matériau pour construire le spectacle. Spectacle dont il a délibérément évacué tout décor. Il s'en qualifie d'auteur et arrive au début en une sorte de marionnette ou d'automate écrivain, se mettant en scène en tant que créateur avec sa plume, par opposition avec ses interprètes dont la culture est orale. 


Full Moon - Josef Nadj - Photo: Laurent Philippe


Et sous cette apparence intermittente de marionnette habillée d'un costume, il va "sculpter", grâce à la lumière, les nombreuses "phases" de cette culture noire, axées sur des gestes concrets, pragmatiques et pratiques, ancestraux. Les danseurs, par petits groupes vont jouer en "sculptures vivantes" une sorte de diorama ou de restitution, de réactivation de situations et d'attitudes de travail qui prennent la formes de séquences de chronophotographies d'Etienne-Jules Marey ou de Eadwaer Muybridge. Le résultat, des sortes de camées animées qui surgissent à la lumière à différents endroits de la scène au gré des éclairages changeants. Et le passage d'un groupe à l'autre se fait via des noirs profonds. Le geste n'est pas toujours explicite ni démonstratif et l'on découvre une suite de scènes qui met en valeur le corps des danseurs et leurs gestes ralentis. 


Full Moon - Josef Nadj - Photo: Laurent Philippe


Quelques tours de marionette à petits pas hésitants plus tard, on bascule dans un autre univers. Des gestes inscrits et ancestraux liés à la terre et au travail on arrive à la représentation d'extraits de variations de danses plus "ethniques", danses énergétiques, presque des danses de possession. Ce sont également de courtes séquences en groupe formés, soudés, mixant le rythme, le souffle, le percussif, la voix, et toutes sortes de mouvements du corps, tremblements ou secousses, trépignements, battements de pieds. Le groupe faisant bloc exhibe la beauté du corps noir musclé dans toute sa puissance - les danseurs sont torse nu. Ils se présentent ainsi frontalement, sans de filtre, et le regard de l'homme blanc dans la salle ne peut qu'être subjugué par la musculature brillante sous les éclairages dans ce clair-obscur contrastés au maximum. Il est question de souffle, de matérialité, de chair, de peau... Le corps devient objet et l'on a curieusement l'impression que nous sommes dans une caricature de représentation, le cliché d'un spectacle qui ne se pose pas les questions sur la discrimination et le colonialisme qui sont en train d'agiter le monde aujourd'hui. Et l'on se demande si, par exemple, une des danses caricaturale simiesque est à prendre au premier, au deuxième ou au troisième degré. 


Full Moon - Josef Nadj - Photo: Laurent Philippe


Surtout quand on se rappelle qu'à la question de l'absence des femmes dans son spectacle, à la fin des raisons avancées par Joseph Nadj - c'est vrai, ce n'est pas forcément obligatoire - il avoue qu'il ne s'est pas (encore) posé la question. Tout comme quand il affirme que les Africains ne connaissent pas le jazz (et ne le dansent pas) mais qu'il leur fait quand même danser un défilé de marche funèbre sur un rythme jazzy. On s'interroge aussi sur cette marionnette qu'il fait venir sur scène et qu'il interprète,  qui est censée être "manipulée" alors que c'est lui qui tire les ficelles de la pièce. Je ne sais pas quelle est la couleur de son humour, mais il semble qu'il en a, au vu de la surprise finale que je ne vais pas divulgâcher. Au final, le spectacle a de bonne qualités esthétiques mais nous regrettons que la rencontre de son univers magique et mystérieux avec la culture et les traditions ancestrales de ces pays d'Afrique qui auraient pu s'enrichir et se nourrir mutuellement ne soient pas allée un peu plus loin, plutôt que cette visite express de la danse d'un continent avec des cartes postales brillantes et contrastées.


Le Fleur du Dimanche