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mercredi 24 juin 2026

Le Pas du Monde du Collectif XY au Festival Montpellier Danse: la danse des rochers, des arbres, des montagnes....

On définit en général la danse comme l'art du mouvement. Tout ce qui est mouvement est danse pourrait-on dire en un raccourci rapide. Et le travail du Collectif XY qui nous présente Le Pas du Monde au Festival Montpellier Danse pourrait, dans la même démarche être considérée comme de la danse (et non du cirque comme une première approche qui considère la technique acrobatique comme base de ce collectif). Ils oeuvrent depuis plus de vingt ans dans un esprit d'ouverture en balayant large. Cependant, les vingt-deux artistes qui constituent cette troupe ne sont pas des danseurs, et pourtant le spectacle qu'ils proposent avec cette pièce apporte une certaine magie qui va plus loin que le simple spectacle de cirque et leur introduction avec une suite de traversées dont une en marche arrière nous alerte sur la liberté qu'ils prennent sur la perception. 


Collectif XY - Le Pas du Monde - Photo: Fabrice-Dimier

Et la magie des constructions et métamorphoses qu'ils vont nous proposer tout au long de cette heure durant laquelle ils vont nous faire voyager à travers des paysages mouvants et imaginaires qu'ils construisent et déconstruisent dans une sorte de morphing humain. Avec eux, l'individu est au service d'une cause commune, une brique indispensable dans un tout qui nous raconte par exemple des transformations millénaires de montagnes qui se forment et s'érodent, de paysages qui grandissent et évoluent, de masses qui se constituent et coulent dans une totale fluidité, tout en souplesse et en surprises renouvelées. Il nous semble y découvrir des arbres qui grandissent, des sommets de hautes montagnes (le Cervin ?) qui se dressent par un jeu d'assemblage discret et complice. 


Collectif XY - Le Pas du Monde - Photo: Fabrice-Dimier

Les performances acrobatiques et les sauts et chutes semblent couler de source et les mélopées et chansons qui soutiennent les numéros d'acrobatie les rendent naturelles et poétique, une poésie du geste de de la figure. Chaque membre de ce tout est naturellement à sa place ou la prend sans friction et sans heurt, dans une dynamique fluide et les constructions en hauteur où l'on arrive à des portés à trois personnes (et même quatre pour le bouquet final) se font tout en souplesse dans la construction et la déconstruction, très naturellement, comme coulant de source. 


Collectif XY - Le Pas du Monde - Photo: Fabrice-Dimier


Chaque personne, élément de ce rouage en perpétuelle évolution trouve sa place dans la mécanique générale et contribue à la magie des tableaux qui émergent, évoluent et se dissolvent, soutenus par les mélopées et les chants, quelques percussions et une escapade dans un univers peuplé d'une faune fantastique, apporte une touche plus humoristique pour clore ce voyage extraordinaire où l'on découvre la nature et ses métamorphoses sous un nouvel éclairage, qui nous fait à la fois danser les montagnes et valser des monstres sympathiques. Une expérience dépaysante et originale.


La Fleur du Dimanche


Le Pas du Monde

Montpellier - 24 et 25 juin 2026

Création : Collectif XY
Collectif en tournée : Airelle Caen, Alejo Bianchi, Alice Noël, Amaia Valle, Antonio Terrones y Hernandez, Cyril Héritier, Camille de Truchis, Clémence Gilbert, Consuelo Burgos Bustos, Denis Dulon, Diego Ruiz Moreno, Etienne Revenu, Florian Sontowski, Guillaume Sendron, Hamza Benlabied, Julie Calbete, Kritonas Anastasopoulos, Xavier Lavabre, Pedro Guerra, Raimon Mato Rabassedas, Raphaela Abreu Olivo de Almeida, Virginie Benoist
Direction musicale et composition vocale : Virginie Benoist
Création sonore : Jack McWeeny
Création lumière : Éric Soyer assisté d’Aliénor Lebert
Création costumes : Céline Perrigon assistée d’Ophélie Parmentier
Collaborations artistiques : Julie Calbete, Fanny Soriano, Maja Zimmerlin
Accompagnement dramaturgie : Olivia Burton
Direction de production : Antoine Billaud, Johanna Autran assisté(e)s d’Alicia Gicquel
Régie générale : Sébastien Hérouart
Régie son : Jack McWeeny, Aude Pétiard (en alternance)
Régie lumière : Aliénor Lebert, Clara Boulis Valence (en alternance)
Production : XY
Résidences : Le Phénix scène nationale Valenciennes – Pôle européen de création, Tandem, Scène nationale (Hippodrome de Douai), Le Bateau Feu, Scène nationale Dunkerque, Théâtre du Beauvaisis, Scène nationale, Beauvais, Le Volcan, Scène nationale du Havre, La Brèche – Cherbourg, Pôle national cirque en Normandie, Circa, Pôle national cirque, Auch
Coproductions : Le Phénix scène nationale Valenciennes – Pôle européen de création, Chaillot – Théâtre national de la Danse Paris, Maison de la danse Lyon, Le Volcan, Scène nationale du Havre, EPPGHV, Parc de La Villette Paris, Tandem, Scène nationale (Hippodrome de Douai), Théâtres de Compiègne, Maison de la Culture d’Amiens, Scène nationale, La Comédie de Clermont, Scène nationale, Clermont-Ferrand, Château Rouge, Scène conventionnée, Annemasse, Scène nationale Carré-Colonnes, Saint-Médard-en-Jalles,Théâtre du Beauvaisis – Scène nationale, Beauvais, Le Bateau Feu, Scène nationale Dunkerque, Scène nationale Albi – Tarn, Espace 1789 de Saint-Ouen, scène conventionnée pour la danse, Festival Roma Europa (Italie)
Aides et soutiens à la création : Ministère de la Culture au titre de l’aide nationale à la création pour les arts du cirque Région Hauts-de-France au titre de l’aide aux projets à rayonnement culturel et artistique
Avec le soutien de Dance Reflections by Van Cleef & Arpels
Remerciements : La ville de Puget-Théniers, La Carrière, école des arts du cirque Saint-Barthélemy d’Anjou
XY bénéficie du soutien du Ministère de la Culture, DRAC Hauts-de-France au titre du conventionnement pluriannuel. Depuis 2016, Le collectif est accompagné par la Fondation BNP-Paribas. Depuis 2017, le collectif est associé pour l’ensemble de ses projets par le Phénix scène nationale Valenciennes – Pôle international de production et de diffusion. Depuis 2021 il est également associé à Chaillot-Théâtre National de la Danse, Paris et depuis 2025 à la constellation de la Maison de la Culture d’Amiens.


mercredi 17 décembre 2025

Circus Remake au Maillon: une troisième oeil pour s'émerveiller, une piste trois étoiles

 Noël est le temps des fêtes, de l'émerveillement et le spectacle de cirque à cette période est très apprécié, et pas seulement par les enfants. Avec Circus Remake de Maroussia Diaz Verbèke, présenté au Maillon en ces temps où l'on se laisse facilement éblouir, un savant mélange de magie, de poésie, d'acrobatie et d'humour est bienvenu. Surtout si la proposition sort des sentiers battus des superproductions du cirque traditionnel.


Circus Remake - Theresa Kuhn - Nin Khelifa - Photo: Studio Cui Cui - Aude Boissaye

Le projet de l'artiste qui se dit "Circographe" (c'est à dire qu'elle fait la mise en scène et la chorégraphie du spectacle de cirque - avec l'assistance d'Elodie Royer) s'inscrit sous la bannière du "Troisième Cirque" et nous remue à la fois les méninges et les sens. On pourrait presque le qualifier de "Cirque de dialogue" tant il nous parle. En tout cas ce n'est pas un cirque muet - même si les deux protagonistes ne pipent mot (juste quelques-uns), concentrées sur leur prestation.


Circus Remake - Theresa Kuhn - Photo: Studio Cui Cui - Aude Boissaye

Parce que des mots, il y en a ! Déjà dans le programme circulaire qui nous est offert à l'entrée et qui annoncent le titre des différents tableau, dont le deuxième (après Le Corps - qui est constituant d'un spectacle de cirque) s'appelle Les Mots - et les mots volent aussi sur des feuilles qui défilent comme des cartons de films "muets",  puis sur des oriflammes qui ponctuent certains thèmes ou idées soutenues par le récit. Des mots il y en a aussi par centaines dans la magnifique bande son, savant mélange de musique et de paroles (formidable travail de Thomas Roussel, également à la régie) - véritable troisième personnage qui caracole à toute vitesse et nous éblouit en nous enivrant de mots et de sens. Ce fil conducteur, assemblage surréaliste d'une centaine de locuteurs, nous guide et nous éclaire pendant deux heures de spectacle sur les chemins multiples du cirque. De son histoire (l'origine du cirque moderne avec Philip Astley en 1768 vient de sa reconversion de cavalier de l'armée en créateur de spectacle équestre - le costume traditionnel de cirque en fait foi), mais aussi des personnages (clowns, acrobates jongleurs,...) qui vont occuper de manière poétique ou caustique - par exemple la "jongleuse de fumée" ou le "je suis un autre" de Rimbaud devenant "je suis un lion" - qui traverse le cerceau en feu - non pas le "plateau" mais la "piste", en hommage à nos âmes d'enfant (le spectacle est dédié "à l'enfant que j'étais"). 


Circus Remake - Nin Khelifa - Photo: Studio Cui Cui - Aude Boissaye

Les deux artistes déploient avec audace des défis dans différents registres: acrobatie, sauts périlleux, équilibriste, marche au plafond, clown, jonglage, saut de la mort, transformation et magie - quelquefois en simulant leur maladresse ou en nous prenant en contrepied. Ou, aussi, cassant le rythme, laissant place à l'hésitation, au ratage, à la pause, à l'ennui ("l'ennui fait grandir" - "devant la mer, il n'y a rien à voir"), favorisant la réflexion, dynamitant ou détournant les codes, s'habillant de noir - au lieu des costumes clinquants et multicolores pour nous amener ailleurs. Le corps est réinterrogé, en premier celui des deux femmes interprètes, agiles et "sensuelles", qui cependant nous prouvent leurs capacités et leur versatilité. Interrogés aussi, l'ethnologie et les mythes (où la femme "appartient à l'homme"), l'évolution et la transformation - le "soldat", combattant qui devient "acteur" non pas de théâtre mais de cirque, et reste muet (le cirque était "interdit de parole". 


Circus Remake - Maroussia Diaz Verbèke - Matali Crasset 

Et c'est aussi ce mutisme qui va être contourné dans le spectacle, où l'on explore le sens - la perception autant que la signification - qui est chamboulé, explosé avec vigueur et humour. Ainsi les interprètes prennent en main le rythme de l'histoire, n'hésitant pas à "rembobiner" telles des DJ le disque qui "joue" le récit ou à se "jouer" du micro devenant aussi corde d'acrobate. Jeu aussi avec les mots qui de sens devient objet ou l'inverse (par exemple l'échelle qui a la forme du mot "ECHELLE" ou le "MOT" jonglé qui se transforme en "MORT" en équilibre - ou le "plateau" de la piste du cirque qui devient plateau de tourne-disque et disque (création de la designer Matali Crasset) autour duquel scintillent les étoiles et brillent les couleurs franches.


Circus Remake - Maroussia Diaz Verbèke

Plaisir des yeux, plaisir des numéros variés, plaisir de l'écoute vibrionnante de ce récit foisonnant qui chatouille nos neurones, nous amène à penser ailleurs et apporte un nouvel air qui nous emporte encore plus loin que le "cirque moderne", titillant tous nos sens et nous basculant sens-dessus dessous, la parade nous épate et nous y participons de tout coeur, totalement impliqués. Un spectacle qui réchauffe le coeur et chauffe le cerveau. Une piste réussie, qui vaut bien trois étoiles au moins.


La Fleur du Dimanche


Circus Remake


Au Maillon - Strasbourg - du 17 au 20 décembre

Circographie : Maroussia Diaz Verbèke
Assistante à la circographie : Élodie Royer
Avec : Niń Khelifa, Theresa Kuhn
Régie générale et sonore : Thomas Roussel
Création lumière, conception technologique : Bruno Trachsler
Recherche scénographie : matali crasset
Techniciens en tournée : Hugo Delahaye, Quentin Gohier
Technique costumes : Emma Assaud
Graphisme : Lisa Sturacci
Stagiaires design et graphisme : MK – Enchoix Studio
Administrateur de production : Brice Di Gennaro
Direction du Troisième Cirque : Maroussia Diaz Verbèke, Élodie Royer
Production : Le Troisième Cirque
Coproduction : L’Agora, Pôle national cirque, Boulazac, Nouvelle Aquitaine / L’Azimut, Antony Châtenay-Malabry, Pôle national cirque, Île-de-France / Le Prato, Pôle national cirque, Lille / Le Tandem, Scène nationale, Arras Douai / Cirque Jules Verne, Pôle national cirque et arts de la rue, Amiens / Espace 1789, Scène conventionnée danse, Saint-Ouen / La Ferme du Buisson, Scène nationale, centre d'art et cinéma / Le Carré Magique, Pôle national cirque, Bretagne / Théâtre Jean Vilar, Vitry-sur-Seine / Fonds Transfabrik – fonds franco-allemand pour le spectacle vivant / Maillon, Théâtre de Strasbourg – Scène européenne
Résidence : Théâtre Monfort, Paris / La Chaufferie, Saint Denis
Soutien : Aide nationale à la création, DGCA / Action financée par la Région Île-de-France / Aide à la résidence et à la diffusion, Ville de Paris / Aide à la création, Direction Régionale des Affaires Culturelles d’Île-de-France
Le Troisième Cirque est conventionné par le Ministère de la Culture – DRAC Île-de-France.
Le spectacle est en partenariat avec l’INA (Institut National de l’Audiovisuel).


vendredi 11 juillet 2025

Le souffle de l'Ill à Mulhouse: En apnée et en immersion dans un monde féérique

A l'occasion des festivités du 800ème anniversaire de la fondation de Mulhouse (la construction de ses remparts s'est faite à partir de 1224), de nombreuses manifestations animent la ville, en particulier l'été. Une des plus originale, sinon la plus surprenante est le spectacle son et lumière Le souffle de l'Ill dans l'ancienne piscine Pierre et Marie Curie fermée depuis 3 ans et qui va à la fois raviver des souvenirs à celles et ceux qui l'ont fréquentée mais aussi faire découvrir une fantastique architecture du début du XXème siècle et classée monument historique à celles et ceux qui ne l'auraient pas connue. D'ailleurs elle sera totalement transformée, tant le spectacle est total. Celui-ci fait appel à une multitude d'expressions artistiques. 


Le souffle de l'Ill - Damien Fontaine - Photo: Robert Becker

Le souffle de l'Ill - Damien Fontaine - Photo: Robert Becker

Le souffle de l'Ill - Damien Fontaine - Photo: Robert Becker


Le récit féérique d'un sortilège que subit un meunier et sa fille Wendélina démarre dans un univers projeté sur les murs de fond de scène. Et l'histoire va se continuer sur une surface d'eau sur scène et dans les airs, mais aussi parmi le public. Celui-ci est installé sur des gradin dans le grand bassin de la piscine. La piscine est "habillée" par de magnifiques décors rutilants et changeants qui nous font passer par de nombreux espaces dont le moulin du meunier, le vaisseau du capitaine qui nous mène tout au long de cette histoire et même une machine à remonter le temps. Parce que, festivités obligent, les Mulhousiens célèbres sont également convoqués, entre autres le cinéaste William Wyler, l'artiste Nusch Eluard, muse du poète, l'industriel du textile et développeur du chemin de fer Nicolas Koechlin et même Jean-Henri Lambert, le mathématicien et philosophe qui a démontré l'irrationalité du nombre π mais a aussi inventé la luminance qui a toute sa place ici car tout est lumière, couleurs et brillance. 


Le souffle de l'Ill - Damien Fontaine - Photo: Robert Becker

Le souffle de l'Ill - Damien Fontaine - Photo: Robert Becker

Le souffle de l'Ill - Damien Fontaine - Photo: Robert Becker

Hors les magnifiques projections sur les écrans, murs et plafonds qui nous transportent dans des mondes qui n'arrêtent pas de se transformer, nous avons droit à une recréation holographique fugace et vaporeuse de Wendélina dans un nuage de gouttelettes d'eau par la grâce des magiciens de l'eau d'Aquatique Show. L'eau et ses jets qui semblent obéir aux magnifiques mouvements dansés avec grâce par Charlotte Dambach sur le miroir d'eau dès le début du spectacle. Et c'est avec non moins de grâce qu'elle évolue dans l'élément liquide, en fait dans les airs, mais l'illusion est parfaite, grâce à l'assistance de son partenaire manipulateur aérien Thibaut Bastian en coulisse et la scénographie et les lumières de Loïc Marafini grâce à qui toute la piscine se transforme en un monde sous-marin dans lequel les spectateurs sont également immergés, mais sans risque de noyade, le seul risque étant de s'y croire vraiment, mais cela c'est aussi la magie du spectacle. 


Le souffle de l'Ill - Damien Fontaine - Photo: Robert Becker

La musique participe aussi à cette immersion dans le spectacle, que ce soient les créations originales de Damien Fontaine, les arrangements de morceaux plus ou moins connus par ce dernier et André Adjiba qui passe aussi son énergie sur ses tambours et percussions, ou les ambiances d'Alix Breinl. Le spectacle étant total, il y a bien sûr la magnificence des costumes des personnages qui occupent l'espace, dont le chevalier, le baron, le dragon, la prêtresse,... costumes tous plus beaux les uns que les autres, conçus et réalisés par Marie-Jo Gebel et magnifiquement valorisés sur terre et dans les airs par Serge Hélias et Charlotte Dambach dans une très juste chorégraphie aérienne de Brigitte Morel. 


Le souffle de l'Ill - Damien Fontaine - Photo: Robert Becker

Le souffle de l'Ill - Damien Fontaine - Photo: Robert Becker

Saluons aussi toutes les comédiennes et les comédiens qui se cachent derrière les personnages de cette saga qui jongle avec le temps, par la magie de l'animation. Nous sommes emportés dans l'espace et le temps de cette saga de la cité, ramassée dans l'écrin de ce bassin et de sa voûte. Une parenthèse ludique et magique où le feu et l'eau s'associent pour nous faire rêver comme des enfants, que nous sommes restés dans l'âme. Une belle réussite.


La Fleur du Dimanche




mercredi 4 juin 2025

Préparation pour un miracle au Maillon: Sans issue possible pour Marc Oosterhoff sauf à disparaitre, ou bien ?

 Il ne faut pas essayer de vouloir définir Marc Oosterhoff, et son travail. Il le dit lui-même: "Si on me demande si je suis danseur ou si je suis circassien ou si je suis comédien ou si je suis performeur... Le plus vague je peux rester, le mieux je me porte." Et il a totalement raison, car il est à la fois tout cela et en plus il est totalement vague et indéfinissable. Dans la pièce Préparation pour un miracle au Maillon, il porte son personnage, presque transparent, enfin il le veut ainsi, vague au point de disparaître, avec une désinvolture surprenante, mais en même temps il est partout, au point que l'on se demande s'il est bien seul en scène pendant une bonne heure de bonheur.


Préparation pour un miracle - Marc Oosterhoff - Photo: Grégoire Chollet

D'ailleurs, au début du spectacle, c'est bien son double qui est là, dans une benne. Et quand il apparaît lui, ce ne n'est pas pour occuper le plateau, c'est plutôt pour essayer de le vider de sa présence et de disparaître. Non pas disparaître comme par miracle, mais ne pas être vu du public, partir, s'enfuir ostensiblement. Et quand il est là, se fondre avec le décor, le fond de la scène. 

Et c'est là à la fois tout l'intérêt et la tension de la pièce qui se construit et se tend tout au long. Mais en réalité, c'est l'espace scénique, et les accessoires - rares mais efficaces - qui instillent cette atmosphère de tension dramatique et de suspense. Marc Oosterhoff a cette capacité à vider l'espace et à concentrer l'attention, comme avec une lorgnette, sur d'infimes détails et de nous faire perdre les repères.  Il faut noter le remarquable travail sur les lumières qui sont un élément dramatique à elles toutes seules.

Par ailleurs, et c'est toute la magie de cette performance, Marc Oosterhoff a un don d'ubiquité phénoménal - ou peut-être est-ce le plateau du Maillon qui est magique avec des tunnels d'espace-temps que nous ignorions. Parce que le plateau - et certains accessoires sont vraiment "hantés". Les portes, les couloirs, les rideaux et les cintres nous font faire l'expérience de la quatrième dimension - qui va quelquefois chercher du côté de Kafka  ou de la tour de Babel ou du chateau de cartes.


Préparation pour un miracle - Marc Oosterhoff - Photo: Grégoire Chollet

Marc Oosterhoff, oscillant entre Chaplin et Buster Keaton nous surprend par cette attitude détachée et timide et ses exploits physiques et ses surprises visuelles en totale rupture nous font balancer en équilibre instable et nous font douter de nos sens et de nos perceptions. Il s'appuie sur la base du théâtre - une "servante" rétive qui devient un véritable personnage pour échafauder une construction théâtrale spectaculaire dont je vous laisse la surprise jusqu'à un envol lyrique:

"Je veux vivre
Dans le rêve qui m'enivre."

Et nous aussi, nous avons vécu le rêve.

La Fleur du Dimanche



La Fleur du Dimanche