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dimanche 3 janvier 2021

Le temps, et pourtant, la tendresse, l'existence... Exit vs existe

 Fin d'une année, début d'une autre, l'occasion de s'arrêter un peu, faire un bilan du temps passé depuis un an.


Le Temps


Le temps, au niveau météorologique, on peut dire qu'il a été favorable, il a fait souvent beau, au point que 2020 a été classé "année la plus chaude" depuis le début des relevés météo. Nous avons eu plein de soleil et de belles journées, "l'été indien" de septembre avec des températures de plus de 23°, et même deux épisodes de canicule en août. Il y a eu en contrepartie plein de tempêtes, et de gros dégâts... Pour ceux qui sont frileux c'est bien, mais le réchauffement climatique n'est pas près de faire marche arrière. Bien que le confinement a prouvé que le ralentissement de l'activité économique - et polluante - a permis rapidement de faire baisser la pollution et le dégagement de CO². Qui ont repris leur croissance dès la fin du confinement.

Le confinement, parlons-en, ou plutôt n'en parlons pas: tout le monde a son avis là-dessus, entre la "pire des choses qu'on ait pu connaître" et une 'période horrible" ... et dont on n'a pas fini d'en voir le bout.

Pour voir le bon côté de la chose, je dirai qu'elle nous a permis de nous rapprocher - ou nous faire prendre conscience - de la nature, et de pouvoir profiter à plein de l'observation de son évolution. Les quatre saisons vues sur grand écran "naturel": 


La rose du Nouvel An 2021 - Photo: lfdd


Un Temps


Juste pour un petit bilan "blogistique", cet épisode de repli contraint sur soi a fait foisonner des "journaux du confinement". J'en ai lu deux, celui d'Ambroise Perrin "Le chat du 28 prend le soleil", qui nous permet à la fois de se souvenir de l'état d'esprit où nous étions dans cette situation qui nous est tombée dessus comme une masse. Il observe avec acuité le phénomène et ses retombées en ville avec un regard critique, acide et drôle à la fois. Et puis celui  d'Albert Strickler "Un silence incandescent - Journal 17 mars - 10 mai 2020" qui nous conte plutôt un voyage intérieur - par la force des choses, étant doublement cloîtré en haut de sa montagne et par "l'urgence sanitaire". C'est plutôt un "hymne à la vie dans un monde miné par l’angoisse" où il prend il prend distance et forcément creuse son intériorité tout en jetant, lui aussi, un regard d'étranger sur la vie telle qu'elle se déroule dans ce contexte extra-ordinaire. Et ses réflexions, balançant entre poésie, citations littéraires, réflexions philosophiques sur les choses essentielles et traits d'humour, nous apportent plein d'espoir sur la vie.

On peut même y trouver une référence à un billet de ce blog "Le jour d'après: conservation ou conversation - Amour et Corona" où je citais le "Corona" de Paul Valéry. 

Et j'ai aussi l'honneur d'illustrer la couverture du livre avec la photo des 2 papillon au temps du corona (prise fin mai et parue le 30 août dans le billet "La mémoire et la mère... à minuit, lever le masque, serein" hommage discret à un être cher:

"Ne sais-tu pas que vient l'heure de minuit où chacun doit lever le masque; crois-tu que la vie entende toujours raillerie; crois-tu qu'on puisse s'éclipser un peu avant les douze coups pour éviter ce moment?"

Je vous propose l'autre fleur avec papillon que j'avais gardé en réserve cet été:

Marjolaine et Sylvaine - Photo: lfdd


Et pourtant...


A ce propos, 2020 fut, j'ai l'impression le temps du départ pour pas mal de personnes. Bien sûr il y a le corona, que l'on n'a pas vu venir (je me souviens encore de mon effarement de voir un ami, (le 22 mars!) comparer le virus à le grippe et ses 4 à 6.000 morts) et me dire "on arrive à et on devrait se rapprocher de la fin du cycle" alors que ce 31 décembre nous en sommes à 64.700, et malheureusement ce n'est pas fini. Ayons une pensée pour tous les proches.

Un pensée aussi pour les artistes et autres connaissances proches: Monique Maitte - Annie Greiner -Suzanna Jaczova - Gérard Puël - Daniel Sardet - Pia Jung - André Pomarat - Marie Frering - Pierre Dieppendaele - Gilles Chavanel - Xavier Boulanger - Ramon Ciuret - Jean-François Zurawick - et, juste à Noël, Daniel Boch, poète ... et j'en oublie...

Des amis, aussi: Alain, Jean-Marc, Christine,.... 

Je ne parle pas des acteurs, chanteurs, sportifs, réalisateurs, artistes qui nous ont quittés en 2020... Ca a l'air d'une hécatombe...


Le Bonheur


Pour s'en sortir, que nous reste-t-il? Pour trouver le bonheur.

Je vais vous conter une petite fable sur le bonheur:

Un enseignant a apporté des ballons dans sa classe et en a donné un à chaque élève.

Puis il leur a ordonné d'écrire leurs noms sur leur ballon, puis de les laisser au sol et de quitter la classe.

Une fois dehors, il leur dit: "Vous avez 5 minutes pour que chacun trouve le ballon qui porte son nom."

Les élèves entrent et fouillent, mais les 5 minutes se sont écoulées et personne n'avait pu trouver son ballon.

Le professeur leur dit alors : "Prenez n'importe quel ballon et donnez-le au propriétaire du nom qui est écrit."

En seulement quelques minutes, tous les élèves avaient déjà leur ballon en main.

Enfin, l'enseignant déclara: "Les enfants, les ballons sont comme le bonheur. Personne ne le trouvera en cherchant le sien. En revanche, si chacun se soucie des autres, il trouvera rapidement son bonheur tant désiré.

Marjolaine et Papillon - Photo: lfdd

La Tendresse


Ce bonheur pouvons aussi le trouver dans ce qu'Olga Tokarczuk nomme la "tendresse. Cette femme écrivain polonaise, née en 1962 et à qui l'on a décerné le Prix Nobel de Littérature 2018 parle du besoin de retrouver une narration collective. Et elle appelle son discours « Le tendre narrateur », parce qu’on a besoin de tendresse.

« La tendresse, écrit-elle, est la variante la plus humble de l’amour. Elle est de ces affects qui n’apparaissent ni dans les Écritures, ni dans les Évangiles. Personne ne prête serment sur elle, nul ne s’en réclame. Elle n’a ni emblème ni symbole particuliers, elle ne mène ni au crime ni à la jalousie.

« Elle apparait quand nous tournons un regard attentif et concentré vers l’existence de l’Autre, vers ce qui n’est pas « soi ».

« La tendresse est spontanée et désintéressée, elle va beaucoup plus loin que l’empathie compassionnelle. Il s’agit plutôt d’un partage conscient, quoique peut-être un peu mélancolique, du destin. La tendresse, c’est se sentir intensément concerné par l’existence d’un autre, par sa fragilité, son caractère unique, sa vulnérabilité face à la souffrance et à l’action du temps qui passe.

« La tendresse perçoit les liens entre nous, nos ressemblances et nos similitudes. Elle est le principe actif d’un regard grâce auquel le monde apparaît vivant, vibrant de ses liens internes, de ses échanges et de ses interdépendances. »

Marjolaine et Papillon - Photo: lfdd

L'Existence


Cette tendresse envers l'autre, ce partage, forcément revient, retombe sur celui ou celle qui (la) donne. Et une étude récente en prouve les bienfaits autant sur le donateur que sur le bénéficiaire. 

En résumé, donner fait du bien à tous, et même accroit l'espérance de vie. Ci-dessous un extrait de cette étude parue la revue  Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) sous le titre:  

Mortality Worldwide: Be Generous, Live Longer

Sharing is caring: the more resources people share within a society, the better for health and longevity. Fanny Kluge and Tobias Vogt analyzed data for 34 countries on all continents and found a strong association between the amount of money shared between generations and longevity.

Une étude de l'Institut Max Planck pour la recherche démographique de Rostock, en Allemagne, publiée dans la revue PNAS, établit une corrélation entre générosité, satisfaction émotionnelle et longévité.

Pour arriver à ce résultat comparatif de plus de 30 pays, les chercheurs ont étudiés les mouvements de transfert bancaires: la population la plus généreuse envers sa famille aurait la plus importante longévité.

Être généreux et soutenir votre famille pourrait vous aider à vivre plus longtemps, selon une nouvelle étude de l'Institut Max Planck pour la recherche démographique de Rostock, en Allemagne.

Des chercheurs ont conclu que la satisfaction émotionnelle de donner et de recevoir améliore le bien-être et augmente par conséquent l'espérance de vie d'une personne.

Pour arriver à ces conclusions, les chercheurs ont utilisé les données de plus de 30 pays du projet National Transfer Accounts et ont analysé tous les transferts d’argent privés reçus et donnés par chaque individu au cours de sa vie.

L'étude a révélé que dans certains pays d'Europe occidentale, les familles partageaient une plus grande part de leur revenu moyen avec leurs proches et que les taux de mortalité étaient faibles.

Et en France et au Japon, les deux pays où les taux de mortalité sont les plus faibles de tous les pays étudiés, une personne moyenne de plus de 65 ans a partagé entre 68 et 69 % de son revenu.

Ce chiffre est à comparer, selon les chercheurs, à ceux des pays comme la Chine ou la Turquie, où entre 44 et 48 % du revenu est redistribué, et où le taux de mortalité est presque deux fois plus élevé qu'en France et au Japon.

Les habitants des pays d'Amérique du Sud partagent également plus de 60% de leur revenu moyen avec d'autres personne, mais si le taux de mortalité est plus élevé qu'en Europe occidentale et au Japon, il est beaucoup plus faible qu'en Afrique subsaharienne.

Les pays de ce continent, comme le Sénégal, partagent le plus faible pourcentage de leur revenu et ont le taux de mortalité le plus élevé de tous les pays étudiés.

Fleur d'acanthe - Photo: lfdd



Exit vs Existe


Visiter les musées, aller voir une exposition, même juste une fois par an, contribuerait aussi à vous faire vivre plus vieux. Pour arriver à ce constat, Daisy Fancourt et Andrew Steptoe, deux chercheurs de University College de Londres ont suivi un panel de 6.710 britanniques âgés de plus de 50 ans, douze ans durant, depuis 2004.

Pas de différence entre hommes et femmes

Les personnes suivies dans le cadre de cette étude devaient dire si elles se rendaient dans un musée, une galerie d’art, si elles assistaient à une exposition, un concert, une pièce de théâtre, un opéra… Ceux qui se révélaient « réceptifs à l’art », avec un ou deux événements par an, voyaient leur risque de mourir se réduire de 14 %. Les habitués des arts, « pratiquant l’amour des arts au quotidien », c’est-à-dire se rendant à un événement artistique tous les mois voire plus, voient leur longévité croître de 31 %…

L’étude a également veillé à mettre en perspective le niveau d’impact socioéconomique, qui n’est pas sans influer sur l’aptitude à assister à des événements artistiques. Elle confirme la corrélation entre les statuts sociaux les plus élevés et la longévité, ce qui influe naturellement sur l’espérance de vie.

Mais au-delà, la pratique artistique, qu’il s’agisse de peindre, chanter, danser, est également bénéfique en termes d’espérance de vie comme de bien-être. Chez les plus de 50 ans, les chercheurs ont clairement constaté une influence positive sur la santé tant physique que mentale des personnes suivies.

Un constat qui rejoint d’ailleurs les analyses de l’OMS, Organisation Mondiale de la Santé, pour qui  « les activités artistiques peuvent servir de compléments aux protocoles thérapeutiques ou renforcer ces derniers ».


Pour illustrer l'incertitude de la vie, les aléas de l'existence, cette éphémère de Virginie:

Ephémère de Virginie - Photo: lfdd


L'existence

Curieusement, une chanteuse de variété qui vient de nous quitter a chanté une chanson qui s'appelle "L'existence". Je vous en met le début ici:

Et le compte à rebours
Commence au premier jour
Dès que l’on vient au monde
Aussitôt enfanté
Le temps nous est compté
De seconde en seconde
Voilà que déjà
On fait nos premiers pas
On entre dans la danse
Mais ce n’est que plus tard
Que nos années d’enfance
Ont beaucoup d’importances
[Refrain] :
L’existence, l’existence
Pour un sourire, combien de pleurs?
L’existence, l’existence
Pour quand sont-ils les jours meilleurs?

Cette chanteuse c'est Rika Zarai, je ne vous mets pas la chanson ne l'ayant pas trouvée sur internet sauf sur une page de blog (ici) où vous pouvez, si vous y tenez, l'écouter.

De son côté Jacques Dutronc a chanté "Madame l'existence":


Curieusement Rika Zarai elle a chanté également "Et pourtant" que je vous offre ici:


Et puis la version de l'auteur et chanteur Charles Aznavour dans le film "Cherchez l'idole" de Michel Boisrond:


Vous vous en doutiez, Rika Zarai a aussi chanté "Le Temps"


Et comme le temps se répète, pour la curiosité, une autre version, où Rika Zarai interprète "Le temps", avec les ballets Arthur Plaschaert:



Le temps se répète et, se répétant, il se complète avec des fleurs, le voici, "Le Temps des fleurs":

 


Bon, vous attendez "La tendresse" par Rika Zarai.... Eh bien, non elle ne l'a pas chantée, ce serait plutôt Marie Laforêt qui la chanterait, la voilà:



Et la version "originale" de Bourvil ici:



Et pour rester dans l'ambiance "confinement", je vous offre la version "confinement"  "La Tendresse" avec, à 3 minutes 20, l'Alsacienne de Rohrwiller Lucie Malet: 


Exit


Et comme il faut bien partir un jour, elle avait raison, Rika, et elle l'a chanté, Rika "Un beau jour je partirai"



Mais avant de partir, un dernier verre au bar... juste pour vous dire que des archéologues ont mis découvert à Pompéi un thermopolium, une sorte de restaurant de rue. Il y avait aussi des restes de nourriture (porc, chèvre, poisson, escargots) dans des pots en terre cuite, qui donnent une idée sur les goûts gastronomiques des habitants au moment de l’éruption du Vésuve en  l'an 79.

Plus d'infos (en Anglais) et d'images ici: Pompeii 

Bonne Année

La Fleur du Dimanche


lundi 22 avril 2019

Parfois je ris tout seul, parfois je lis, parfois ...

J'avais mis de côté, reporté, quelques "extraits" qui m'avaient bien plus et que je voulais partager avec vous.
J'avais aussi prévu de parler de mon ami Albert et vous donner rendez-vous avec lui et j'attendais, et la date (je vous l'avais annoncée le 24 mars), et un extrait de son nouveau "Journal", et le temps est passé....

Mais place à la Fleur du jour:


Primevères - Photo: lfdd

Pour l'extrait, j'en ai deux, du livre de nouvelles de Jean-Paul Dubois: "Parfois je ris tout seul".

Le premier me plait bien parce qu'il me rappelle la blague juive de Delphine Horvilleur que j'ai citée le 3 mars dans le billet "Ne passez pas votre chemin, mais voyagez pour rencontrer l'autre... même à côté de chez vous":


Extrait - Jean-Paul Dubois - Paquets

Et le deuxième, je voulais en parler, à cause d'Albert, pour reparler de la présentation de son livre:


Extrait - Jean-Paul Dubois - Albert

Concernant Albert, c'est une fréquentation inhabituelle (plus de 160 visites sur une page de juin 2018 "La Forme et le Fond: Figure, Love et des briques" qui m'a alertée. Il se trouve qu'il y est question d'Albert et de son précédent livre et que je cite une phrase que je venais aussi de citer à des amis cette fin de semaine":
"Ne demande jamais ton chemin à quelqu'un qui le connait, tu risques de ne pas te perdre".

Curieusement il y a aussi cette phrase de Paul Eluard: "Il n'y a pas de hasard, il n'y a que des rendez-vous" que j'avais rappelée lors de notre dernière rencontre "Il n'y a pas de hasard et la fleur continue son chemin".

Pour vous donner envie de rencontrer Albert Strickler ce 4 mai à 15h00 à la Librairie Kléber pour présenter son livre "Le Coeur à tue-tête - Journal 2018", à défaut du nouveau cru, je vous  sers un extrait de son journal 2017 - le 23 avril, à propos d'un autre proverbe "Trop bien connaître son chemin risque de nous priver de la chance de nous perdre" et d'un ami, Philibert que a fait la France en stop avec comme inscription sur son "carton": "N'importe où"

" "N'importe où", Philibert 
reste la plus belle des directions
Elle met la perle à l'huitre autant
qu'elle ouvre l'horizon de la poitrine

Elle t'offre le luxe de la rencontre
avec le risque sublime de te prerdre
Elle est un fanal en plein jour
le diapason d'une canne d'aveugle

"N'importe où" pourvu qu'en dehors
des tristes sentiers battus à mort
par l'abrutissant fléau de la routine

Une fois étalée sur la table
la carte finit toujours par se déchirer
aux mêmes pliures"

Primevères - Photo: lfdd

Pour finir en chanson (douces) voici, pour rappeler le cerisier d'hier (que vous n'avez peut-être pas vu) et l'échelle du jour, une chanson de Francis Cabrel - La robe et l'échelle:

"T'avais mis ta robe légère, moi, l'échelle contre un cerisier
T'as voulu monter la première et après
Y'a tant de façons, de manières de dire les choses sans parler
Et comme tu savais bien le faire, tu l'as fait
Un sourire, une main tendue et par le jeu des transparences
Ces fruits dans les plis du tissu qui balancent
Il ne s'agissait pas de monter bien haut
Mais les pieds sur les premiers barreaux
J'ai senti glisser le manteau de l'enfance"





Et pour la tendresse, Bourvil:





Pour les ronds dans l'eau, Frida Boccara - Les Moulins de Mon Coeur




Et pour finir Moriarty - Jimmy



Bon lundi

La Fleur du Dimanche

P.S. J'ai failli oublier, Albert Strickler n'est pas que poète et écrivain, il est aussi éditeur et publie beaucoup - voir le catalogue des éditions "Tourneciel" - et il a édité en particulier le texte de la pièce de théâtre en version bilingue "Ich bin a beesi Frau - Je suis une mécahnte femme" de Pierre Kretz, si vous avez raté la pièce ces derniers temps (voir mon billet "Une femme qui fait du théâtre ne peut pas être méchante - Ich ben a beesi Frau") 

dimanche 1 mai 2016

Premier mai: vive le muguet et l'agonisme - ou comment une philosophe belge et un philosophe US se rejoignent

Premier mai, un dimanche, jour doublement non travaillé, sauf pour la fleur du dimanche qui a trouvé matière à fleur, à réflexion et à chanson...

Bien sûr le traditionnel muguet ne déroge pas au premier dimanche du mois:


Muguet du 1er Mai - Photo: lfdd

Et je vais même aller à vous en offrir trois, des bouquets, avec Robert Desnos

Le muguet

Un bouquet de muguet,
Deux bouquets de muguet,
Au guet ! Au guet !
Mes amis, il m'en souviendrait,
Chaque printemps au premier Mai.
Trois bouquets de muguet,
Gai ! Gai !
Au premier Mai,
Franc bouquet de muguet.


Pour le TVA, je voulais, vu les circonstances, vous donner envie de lire, si jamais vous avez décidé de marcher. 
Et même si vous vous vous défilez, prenez le temps de creuser les deux articles qui pourraient sembler antagonistes de par l'origine de leurs auteurs.


Muguet du 1er Mai - Photo: lfdd

Obtenir un consensus en politique est, par principe, impossible. Car la politique, c’est justement, par définition, le domaine de l’antagonisme, du conflit

Dans une interview parue dans Libération du 15 avril 2016, la philosophe belge, Chantal Mouffe nous rend attentif à l'évolution du rapport à la politique (que beaucoup de personnes commencent à considérer comme très dégradée) et en propose une lecture que je vous soumet:
"La politique consiste à établir une frontière entre un «nous» et un «eux», et tout ordre politique est fondé sur une certaine forme d’exclusion. La réflexion sur la démocratie doit reconnaître l’antagonisme. Une politique démocratique doit établir les institutions qui permettent au conflit de ne pas s’exprimer sous la forme d’une confrontation ami-ennemi, mais sous la forme que j’appelle «agonistique»: une confrontation entre adversaires qui savent qu’il ne peut y avoir une solution rationnelle à leur conflit, mais qui reconnaissent le droit de leurs opposants à défendre leur point de vue. Si on nie l’antagonisme et qu’on n’essaie pas de lui donner une forme agonistique, il risque de se manifester sous la forme d’une confrontation entre des valeurs non plus politiques, mais morales et non négociables, ou sous des formes essentialisées de nature ethniques ou religieuses." 

Elle continue:
"L’idée postpolitique qu’il n’existe plus d’adversaire en politique conduit aujourd’hui à construire l’adversaire en termes religieux ou ethniques. Ce n’est plus right and left mais right and wrong. Si l’on construit la frontière de manière morale, le «mauvais» ne peut pas être un adversaire, il ne peut être qu’un ennemi."
...
"Il est nécessaire de radicaliser la démocratie. Mais je ne considère pas que cela requiert de rompre avec les institutions de la démocratie pluraliste. Il faut une critique immanente qui force nos sociétés à mettre en pratique les principes qu’elle prône : liberté et égalité pour tous. 
... Car nous vivons désormais dans un système postdémocratique: les procédures et institutions démocratiques continuent à exister, mais elles ont perdu leur sens car elles ne permettent pas aux citoyens d’exercer un véritable choix."


Le Philosophe "star" des américains... Michael Sandel

Du côté américain, le philosophe Michael Sandel semble partager par certains côtés cette vision. Il dit, entre autres, dans un article intitulé "Michael Sandel ou la critique de la raison libérale" de Sonya Faure et Anastasia Vécrin dans Libération du 26 avril 2016 

 «Je ne crois pas au "sujet désengagé" propre au discours libéral contemporain : l’individu serait purement rationnel et ne serait pas défini par ses liens d’appartenance. Je suis au contraire pour une compréhension située des jugements. Les communautés font partie de nos identités, ce qui ne veut pas dire qu’elles les fixent pour autant ou qu’il faille se replier sur des valeurs et des modes de vie. Alors que je veux justement encourager les débats moraux entre cultures.»
Je vous laisse lire la suite de ces articles en ligne et regarder les conférences de Michael Sander (plus de 190 700 vues sur Youtube) qui disait entre autre:

"Il peut être dangereux de faire entrer les valeurs dans le discours public - la majorité peut imposer à une minorité des valeurs que celle-ci ne partage pas, ou se tromper sur l’idée de la justice et de la "bonne vie" à mener. Mais la politique est immanquablement une activité risquée."

Muguet du 1er Mai et la rose jaune - Photo: lfdd


Mais il n'y a pas que la politique en ce premier mai, vous avez déjà eu un poème, je vous offre un bouquet de trois chansons pour finir.

La première, un "oldie", le "Joli moi de mai" avec Bourvil:





La deuxième, "oldie, également, une chanson sur le travail des Beatles:





La dernière, des Rakes, dont le titre Work Work Work pourrait se traduire par "métro, Boulot, Dodo", non ?




Et curieusement, ils rejoignent notre débat avec leur refrain:

"It's All These Words, Ideas And Different Arguments 
Someone's Always Talking When I Try To Make Some Sense 
From All This Stress That Is Constantly Going On 
I Just Drift Along With No Focus Or Meaning 
Lean Back, Stare Up At The Ceiling 
I Just Drift Along With No Focus Or Meaning"


Allez, levez-vous avec le muguet:


Muguet du 1er Mai - Photo: lfdd

Et bon débat, bon défilé, bon agonisme et...

Bon Dimanche

La Fleur du Dimanche

dimanche 7 février 2016

Da, Da, Da, Dada ist Da.. Oui, Tzara est parti mais Dada est revenu.

Les fantômes, tout le monde le sait, sont des revenants. Les orchidées fantômes (voir mon billet du 3 janvier 2016) aussi!

D'abord, elle est da, da:


Da, da, l'orchidée est là - Photo: lfdd



Puis elle est da, da, da....: 


Da, da, l'orchidée est là - Photo: lfdd



Dada aussi, revient, et en plus c'est son anniversaire. Alors, "Bon Anniversaire Dada"!

Effectivement, il y a cent ans, le 4 février, Hugo Ball et  Emmy Hemmings ouvraient le Cabaret Voltaire à Zurich qui lança le mouvement Dada, avec Tristan Tzara Hans Arp et Sophie Tauber, entre autres. Hugo ouvrit la danse en créant ce que l'on pourrait appeler la première performance de l'histoire de l'Art: La déclamation du poème "Gadji beri bimba"




gadji beri bimba glandridi laula lonni cadori
gadjama gramma berida bimbala glandri galassassa laulitalomini
gadji beri bin blassa glassala laula lonni cadorsu sassala bim
gadjama tuffm i zimzalla binban gligla wowolimai bin beri ban
o katalominai rhinozerossola hopsamen laulitalomini hoooo
gadjama rhinozerossola hopsamen
bluku terullala blaulala loooo

zimzim urullala zimzim urullala zimzim zanzibar zimzalla zam
elifantolim brussala bulomen brussala bulomen tromtata
velo da bang band affalo purzamai affalo purzamai lengado tor
gadjama bimbalo glandridi glassala zingtata pimpalo ögrögöööö
viola laxato viola zimbrabim viola uli paluji malooo

tuffm im zimbrabim negramai bumbalo negramai bumbalo tuffm i zim
gadjama bimbala oo beri gadjama gaga di gadjama affalo pinx
gaga di bumbalo bumbalo gadjamen
gaga di bling blong
gaga blung isan....





Et Dada, depuis cent ans a essaimé dans le monde entier, en particulier avec Kurt Schwitters et son mouvement "Mertz" ou Marcel Duchamp, dont se réclame Ai Weiwei (voir mon billet de cette semaine).
Tristan Tzara, "L'Homme approximatif" a quitté l'affiche du Musée d'Art Moderne et Contemporain de Strasbourg, vous avez encore la possibilité d'acheter le catalogue de 356 pages. L'exposition avait pris un peu d'avance sur le centenaire... Mais depuis le 5 février et pendant 165 jours, cet anniversaire sera fêté chaque jour au Cabaret.

Une exposition, reprenant le  projet "Dadaglobe" de Tristan Tzara jamais abouti de rassembler - et d'exposer les oeuvres autour du mouvement de plus de 40 artistes a lieu au Kunsthaus de Zurich du 5 février au 1er mai 2016, intitulé "Dadaglobe Reconstructed" et en ligne (cela devrait plaire à Ai Weiwei), vous avez "Dadadigital".
Et comme Dada n'est pas triste, il y aura même un Bal costumé Dada le 13 février!



Ajouter une légende

Dada le roi

Adrien Notz, qui a relancé le Cabaret Voltaire à Zurich en 2014 n'est pas triste non plus. Il avait promis à l'ouverture du Cabaret de donner 10.000 Francs Suisses à la personne qui prénommerait son enfant Dada.
Et Dada Izevbigie fut l'heureux gagnant. Son père, Nigérien l'a nommé ainsi parce que dans so pays, "Dada" signifie "Deviens Roi".
Le petite histoire ne dit pas si les 10.000 Francs ont été donnés en coupures de 50 francs, à l’effigie de Sophie Taeuber-Arp....

Si vous voulez en savoir davantage sur Dada, je vous invite à regarder deux films le premier court (5 minutes) sur Dada et le Cabaret Voltaire:




Le deuxième un peu plus long:  "
DADA Ultimate anthology [face A]"
If dada was a virus...
...and not a vaccin.
Does it change anything ?

Et si dada était un virus...
...est non un vaccin.
Est-ce que cela changerait quelque chose ?

Avec des films Hans Richter, Fernand Léger & Dudley Murphy, Man Ray et Walther Ruttmann et des interviewes de Tristan Tzara, Marcel Duchamp, Max Ernst, Raoul Hausmann, des poèmes de Jean Arp,  Kurt Schwitters, Mehring, Tristan Tzara, Marcel Duchamp, Hans Richter, Vogel, Jancd, Huelsenbeck, Raoul Hausmann et Jean Ribemond Dessaignes...



Et en prime, un petit bijou méconnu, Bernard Lavilliers chantant la "Chanson Dada" de Tristan Tzara:




Chanson dada

I
la chanson d'un dadaïste
qui avait dada au coeur
fatiguait trop son moteur
qui avait dada au coeur

l'ascenseur portait un roi

lourd fragile autonome
il coupa son grand bras droit
l'envoya au pape à rome

c'est pourquoi

l'ascenseur
n'avait plus dada au coeur

mangez du chocolat

lavez votre cerveau
dada
dada
buvez de l'eau

II

la chanson d'un dadaïste
qui n'était ni gai ni triste
et aimait une bicycliste
qui n'était ni gaie ni triste
mais l'époux le jour de l'an
savait tout et dans une crise
envoya au vatican
leurs deux corps en trois valises

ni amant

ni cycliste
n'étaient plus ni gais ni tristes

mangez de bons cerveaux

lavez votre soldat 
dada
dada
buvez de l'eau

III

la chanson d'un bicycliste
qui était dada de coeur
qui était donc dadaïste
comme tous les dadas de coeur

un serpent portait des gants

il ferma vite la soupape
mit des gants en peau d'serpent
et vient embrasser le pape

c'est touchant

ventre en fleur
n'avait plus dada au coeur

buvez du lait d'oiseaux 

lavez vos chocolats
dada
dada
mangez du veau

Tristan Tzara (1923)


Et comme Dada n'est toujours pas triste, un pot-pourri de chansons autour de Dada, avec  Bourvil "A DADA":



A Dada

Je vais vous chanter à cheval, à cheval, vous comprenez ? 
à dada, vous allez voir, c'est bien aussi... 

Quand papa demanda à ma mère

"Voudrais-tu m'épouser à dada"
ma maman répondit pour lui plaire
on ira se marier à dada
mais au lieu de dire oui devant l'maire
tout émus ils ont dit à dada
après ça aussitôt ils allèrent
a midi, au dodo, à dada...

[Refrain] :

àààà dada, àààà dada
et fouette fouette fouette
fouette fouette laaa...

au refrain, avec moi, à dada


quand maman recevait le notaire

on servait le café à dada
quand papa pêchait dans la rivière
il trempait l'asticot à dada
le dimanche on faisait la prière
a genoux mais tjrs à dada
et pendant ce temps la le grand père
jouait aux billes en faisant "a gaga"

[Refrain]


plus fort j'en entends un qui chante pas dans l'fond


mes cousins mes 2 sœurs et mon frère

pratiquaient le tennis à dada
grand maman quand elle fut centenaire
a fumé un cigare à dada
le docteur pour soigner mon grand père
lui glissa l'thermomètre à dada
vous voyez qu'ici bas sur la terre
tout va bien quand on est à dada

[Refrain]



à dada, à dada, à dada, à dada, da, da...


Henri Salvador : Da, da, niet, niet, niet,"





Et les "humoristes" allemands du groupe Trio qui avant l'heure ont rendu hommage à Dada en 1982 en lançant un succès mondial:

Trio - Da Da Da (1982)



Bon Dimanche et bon Dada!


La Fleur du Dimanche 

Complément du 08 février: 


DADA DATA : 
Dada-Data est un salut aux 100 ans du mouvement dada, un hommage viral, vivant, vibrant, et ancré dans notre époque, comme Dada était en guerre contre la sienne. 
Dada-Data est un anti-musée aléatoire des oeuvres phares dada.
"Cent ans en arrière, c’était la photo, la presse, la photo de presse, les premières radios, les nouvelles chaînes de montage, la machine qui s’impose, et la guerre mécanique qui jubile, gaz moutarde et tranchées de boue, et Dada qui adopte et critique dans un même mouvement cette double culture, aujourd’hui triomphante : médias et machine. Kurt Schwitters découpait journaux et publicités, Max Ernst tailladait des catalogues de vente par correspondance, et Hannah Höch piochait dans les magazines féminins. Désormais, c’est YouTube, Facebook, Instagram. La différence : la couleur. La technologie ne compte pas, seule la technique prime. Découpons le Web comme Dada la vie."

"Dada-Data (coréalisé avec Anita Hugi et Akufen, produit par Arte/SSR SRG), ça démarre ce vendredi, avec le Dada-Block, qui remplace les pubs du web par de vraies réclames Dada, et par le ReadyMade Connecté, où Marcel Duchamp se fait 3D." 
http://dada-data.net/fr/

Vous pouvez y participez avec Libération aux «hacktions» hebdomadaires.
http://www.liberation.fr/apps/2016/02/datadada/


Centre Culturel Suisse de Paris - Hommage à Sophie Taeuber-Arp:
Denis Savary  avec le spectacle "Lagune" (2016, première française).

Réalisée à l’occasion du centenaire du mouvement Dada, Lagune s’articule autour de The Robot King, une marionnette imaginée par Sophie Taeuber-Arp. Six danseurs et une marionnettiste évoluent dans un décor constitué de modules de façades en plexiglas coloré et de sacs de boxe noirs
Du mardi 22 au mercredi 23 mars 2016 à 20h00

http://www.ccsparis.com/events/view/denis-savary-2

Exposition: 
«Raoul Hausmann, Dadasophe - de Berlin à Limoges»
Du 27 février au 12 juin au musée départemental d’art contemporain de Rochechouart (87).