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dimanche 3 janvier 2021

Le temps, et pourtant, la tendresse, l'existence... Exit vs existe

 Fin d'une année, début d'une autre, l'occasion de s'arrêter un peu, faire un bilan du temps passé depuis un an.


Le Temps


Le temps, au niveau météorologique, on peut dire qu'il a été favorable, il a fait souvent beau, au point que 2020 a été classé "année la plus chaude" depuis le début des relevés météo. Nous avons eu plein de soleil et de belles journées, "l'été indien" de septembre avec des températures de plus de 23°, et même deux épisodes de canicule en août. Il y a eu en contrepartie plein de tempêtes, et de gros dégâts... Pour ceux qui sont frileux c'est bien, mais le réchauffement climatique n'est pas près de faire marche arrière. Bien que le confinement a prouvé que le ralentissement de l'activité économique - et polluante - a permis rapidement de faire baisser la pollution et le dégagement de CO². Qui ont repris leur croissance dès la fin du confinement.

Le confinement, parlons-en, ou plutôt n'en parlons pas: tout le monde a son avis là-dessus, entre la "pire des choses qu'on ait pu connaître" et une 'période horrible" ... et dont on n'a pas fini d'en voir le bout.

Pour voir le bon côté de la chose, je dirai qu'elle nous a permis de nous rapprocher - ou nous faire prendre conscience - de la nature, et de pouvoir profiter à plein de l'observation de son évolution. Les quatre saisons vues sur grand écran "naturel": 


La rose du Nouvel An 2021 - Photo: lfdd


Un Temps


Juste pour un petit bilan "blogistique", cet épisode de repli contraint sur soi a fait foisonner des "journaux du confinement". J'en ai lu deux, celui d'Ambroise Perrin "Le chat du 28 prend le soleil", qui nous permet à la fois de se souvenir de l'état d'esprit où nous étions dans cette situation qui nous est tombée dessus comme une masse. Il observe avec acuité le phénomène et ses retombées en ville avec un regard critique, acide et drôle à la fois. Et puis celui  d'Albert Strickler "Un silence incandescent - Journal 17 mars - 10 mai 2020" qui nous conte plutôt un voyage intérieur - par la force des choses, étant doublement cloîtré en haut de sa montagne et par "l'urgence sanitaire". C'est plutôt un "hymne à la vie dans un monde miné par l’angoisse" où il prend il prend distance et forcément creuse son intériorité tout en jetant, lui aussi, un regard d'étranger sur la vie telle qu'elle se déroule dans ce contexte extra-ordinaire. Et ses réflexions, balançant entre poésie, citations littéraires, réflexions philosophiques sur les choses essentielles et traits d'humour, nous apportent plein d'espoir sur la vie.

On peut même y trouver une référence à un billet de ce blog "Le jour d'après: conservation ou conversation - Amour et Corona" où je citais le "Corona" de Paul Valéry. 

Et j'ai aussi l'honneur d'illustrer la couverture du livre avec la photo des 2 papillon au temps du corona (prise fin mai et parue le 30 août dans le billet "La mémoire et la mère... à minuit, lever le masque, serein" hommage discret à un être cher:

"Ne sais-tu pas que vient l'heure de minuit où chacun doit lever le masque; crois-tu que la vie entende toujours raillerie; crois-tu qu'on puisse s'éclipser un peu avant les douze coups pour éviter ce moment?"

Je vous propose l'autre fleur avec papillon que j'avais gardé en réserve cet été:

Marjolaine et Sylvaine - Photo: lfdd


Et pourtant...


A ce propos, 2020 fut, j'ai l'impression le temps du départ pour pas mal de personnes. Bien sûr il y a le corona, que l'on n'a pas vu venir (je me souviens encore de mon effarement de voir un ami, (le 22 mars!) comparer le virus à le grippe et ses 4 à 6.000 morts) et me dire "on arrive à et on devrait se rapprocher de la fin du cycle" alors que ce 31 décembre nous en sommes à 64.700, et malheureusement ce n'est pas fini. Ayons une pensée pour tous les proches.

Un pensée aussi pour les artistes et autres connaissances proches: Monique Maitte - Annie Greiner -Suzanna Jaczova - Gérard Puël - Daniel Sardet - Pia Jung - André Pomarat - Marie Frering - Pierre Dieppendaele - Gilles Chavanel - Xavier Boulanger - Ramon Ciuret - Jean-François Zurawick - et, juste à Noël, Daniel Boch, poète ... et j'en oublie...

Des amis, aussi: Alain, Jean-Marc, Christine,.... 

Je ne parle pas des acteurs, chanteurs, sportifs, réalisateurs, artistes qui nous ont quittés en 2020... Ca a l'air d'une hécatombe...


Le Bonheur


Pour s'en sortir, que nous reste-t-il? Pour trouver le bonheur.

Je vais vous conter une petite fable sur le bonheur:

Un enseignant a apporté des ballons dans sa classe et en a donné un à chaque élève.

Puis il leur a ordonné d'écrire leurs noms sur leur ballon, puis de les laisser au sol et de quitter la classe.

Une fois dehors, il leur dit: "Vous avez 5 minutes pour que chacun trouve le ballon qui porte son nom."

Les élèves entrent et fouillent, mais les 5 minutes se sont écoulées et personne n'avait pu trouver son ballon.

Le professeur leur dit alors : "Prenez n'importe quel ballon et donnez-le au propriétaire du nom qui est écrit."

En seulement quelques minutes, tous les élèves avaient déjà leur ballon en main.

Enfin, l'enseignant déclara: "Les enfants, les ballons sont comme le bonheur. Personne ne le trouvera en cherchant le sien. En revanche, si chacun se soucie des autres, il trouvera rapidement son bonheur tant désiré.

Marjolaine et Papillon - Photo: lfdd

La Tendresse


Ce bonheur pouvons aussi le trouver dans ce qu'Olga Tokarczuk nomme la "tendresse. Cette femme écrivain polonaise, née en 1962 et à qui l'on a décerné le Prix Nobel de Littérature 2018 parle du besoin de retrouver une narration collective. Et elle appelle son discours « Le tendre narrateur », parce qu’on a besoin de tendresse.

« La tendresse, écrit-elle, est la variante la plus humble de l’amour. Elle est de ces affects qui n’apparaissent ni dans les Écritures, ni dans les Évangiles. Personne ne prête serment sur elle, nul ne s’en réclame. Elle n’a ni emblème ni symbole particuliers, elle ne mène ni au crime ni à la jalousie.

« Elle apparait quand nous tournons un regard attentif et concentré vers l’existence de l’Autre, vers ce qui n’est pas « soi ».

« La tendresse est spontanée et désintéressée, elle va beaucoup plus loin que l’empathie compassionnelle. Il s’agit plutôt d’un partage conscient, quoique peut-être un peu mélancolique, du destin. La tendresse, c’est se sentir intensément concerné par l’existence d’un autre, par sa fragilité, son caractère unique, sa vulnérabilité face à la souffrance et à l’action du temps qui passe.

« La tendresse perçoit les liens entre nous, nos ressemblances et nos similitudes. Elle est le principe actif d’un regard grâce auquel le monde apparaît vivant, vibrant de ses liens internes, de ses échanges et de ses interdépendances. »

Marjolaine et Papillon - Photo: lfdd

L'Existence


Cette tendresse envers l'autre, ce partage, forcément revient, retombe sur celui ou celle qui (la) donne. Et une étude récente en prouve les bienfaits autant sur le donateur que sur le bénéficiaire. 

En résumé, donner fait du bien à tous, et même accroit l'espérance de vie. Ci-dessous un extrait de cette étude parue la revue  Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) sous le titre:  

Mortality Worldwide: Be Generous, Live Longer

Sharing is caring: the more resources people share within a society, the better for health and longevity. Fanny Kluge and Tobias Vogt analyzed data for 34 countries on all continents and found a strong association between the amount of money shared between generations and longevity.

Une étude de l'Institut Max Planck pour la recherche démographique de Rostock, en Allemagne, publiée dans la revue PNAS, établit une corrélation entre générosité, satisfaction émotionnelle et longévité.

Pour arriver à ce résultat comparatif de plus de 30 pays, les chercheurs ont étudiés les mouvements de transfert bancaires: la population la plus généreuse envers sa famille aurait la plus importante longévité.

Être généreux et soutenir votre famille pourrait vous aider à vivre plus longtemps, selon une nouvelle étude de l'Institut Max Planck pour la recherche démographique de Rostock, en Allemagne.

Des chercheurs ont conclu que la satisfaction émotionnelle de donner et de recevoir améliore le bien-être et augmente par conséquent l'espérance de vie d'une personne.

Pour arriver à ces conclusions, les chercheurs ont utilisé les données de plus de 30 pays du projet National Transfer Accounts et ont analysé tous les transferts d’argent privés reçus et donnés par chaque individu au cours de sa vie.

L'étude a révélé que dans certains pays d'Europe occidentale, les familles partageaient une plus grande part de leur revenu moyen avec leurs proches et que les taux de mortalité étaient faibles.

Et en France et au Japon, les deux pays où les taux de mortalité sont les plus faibles de tous les pays étudiés, une personne moyenne de plus de 65 ans a partagé entre 68 et 69 % de son revenu.

Ce chiffre est à comparer, selon les chercheurs, à ceux des pays comme la Chine ou la Turquie, où entre 44 et 48 % du revenu est redistribué, et où le taux de mortalité est presque deux fois plus élevé qu'en France et au Japon.

Les habitants des pays d'Amérique du Sud partagent également plus de 60% de leur revenu moyen avec d'autres personne, mais si le taux de mortalité est plus élevé qu'en Europe occidentale et au Japon, il est beaucoup plus faible qu'en Afrique subsaharienne.

Les pays de ce continent, comme le Sénégal, partagent le plus faible pourcentage de leur revenu et ont le taux de mortalité le plus élevé de tous les pays étudiés.

Fleur d'acanthe - Photo: lfdd



Exit vs Existe


Visiter les musées, aller voir une exposition, même juste une fois par an, contribuerait aussi à vous faire vivre plus vieux. Pour arriver à ce constat, Daisy Fancourt et Andrew Steptoe, deux chercheurs de University College de Londres ont suivi un panel de 6.710 britanniques âgés de plus de 50 ans, douze ans durant, depuis 2004.

Pas de différence entre hommes et femmes

Les personnes suivies dans le cadre de cette étude devaient dire si elles se rendaient dans un musée, une galerie d’art, si elles assistaient à une exposition, un concert, une pièce de théâtre, un opéra… Ceux qui se révélaient « réceptifs à l’art », avec un ou deux événements par an, voyaient leur risque de mourir se réduire de 14 %. Les habitués des arts, « pratiquant l’amour des arts au quotidien », c’est-à-dire se rendant à un événement artistique tous les mois voire plus, voient leur longévité croître de 31 %…

L’étude a également veillé à mettre en perspective le niveau d’impact socioéconomique, qui n’est pas sans influer sur l’aptitude à assister à des événements artistiques. Elle confirme la corrélation entre les statuts sociaux les plus élevés et la longévité, ce qui influe naturellement sur l’espérance de vie.

Mais au-delà, la pratique artistique, qu’il s’agisse de peindre, chanter, danser, est également bénéfique en termes d’espérance de vie comme de bien-être. Chez les plus de 50 ans, les chercheurs ont clairement constaté une influence positive sur la santé tant physique que mentale des personnes suivies.

Un constat qui rejoint d’ailleurs les analyses de l’OMS, Organisation Mondiale de la Santé, pour qui  « les activités artistiques peuvent servir de compléments aux protocoles thérapeutiques ou renforcer ces derniers ».


Pour illustrer l'incertitude de la vie, les aléas de l'existence, cette éphémère de Virginie:

Ephémère de Virginie - Photo: lfdd


L'existence

Curieusement, une chanteuse de variété qui vient de nous quitter a chanté une chanson qui s'appelle "L'existence". Je vous en met le début ici:

Et le compte à rebours
Commence au premier jour
Dès que l’on vient au monde
Aussitôt enfanté
Le temps nous est compté
De seconde en seconde
Voilà que déjà
On fait nos premiers pas
On entre dans la danse
Mais ce n’est que plus tard
Que nos années d’enfance
Ont beaucoup d’importances
[Refrain] :
L’existence, l’existence
Pour un sourire, combien de pleurs?
L’existence, l’existence
Pour quand sont-ils les jours meilleurs?

Cette chanteuse c'est Rika Zarai, je ne vous mets pas la chanson ne l'ayant pas trouvée sur internet sauf sur une page de blog (ici) où vous pouvez, si vous y tenez, l'écouter.

De son côté Jacques Dutronc a chanté "Madame l'existence":


Curieusement Rika Zarai elle a chanté également "Et pourtant" que je vous offre ici:


Et puis la version de l'auteur et chanteur Charles Aznavour dans le film "Cherchez l'idole" de Michel Boisrond:


Vous vous en doutiez, Rika Zarai a aussi chanté "Le Temps"


Et comme le temps se répète, pour la curiosité, une autre version, où Rika Zarai interprète "Le temps", avec les ballets Arthur Plaschaert:



Le temps se répète et, se répétant, il se complète avec des fleurs, le voici, "Le Temps des fleurs":

 


Bon, vous attendez "La tendresse" par Rika Zarai.... Eh bien, non elle ne l'a pas chantée, ce serait plutôt Marie Laforêt qui la chanterait, la voilà:



Et la version "originale" de Bourvil ici:



Et pour rester dans l'ambiance "confinement", je vous offre la version "confinement"  "La Tendresse" avec, à 3 minutes 20, l'Alsacienne de Rohrwiller Lucie Malet: 


Exit


Et comme il faut bien partir un jour, elle avait raison, Rika, et elle l'a chanté, Rika "Un beau jour je partirai"



Mais avant de partir, un dernier verre au bar... juste pour vous dire que des archéologues ont mis découvert à Pompéi un thermopolium, une sorte de restaurant de rue. Il y avait aussi des restes de nourriture (porc, chèvre, poisson, escargots) dans des pots en terre cuite, qui donnent une idée sur les goûts gastronomiques des habitants au moment de l’éruption du Vésuve en  l'an 79.

Plus d'infos (en Anglais) et d'images ici: Pompeii 

Bonne Année

La Fleur du Dimanche


dimanche 21 avril 2019

Rompre, la peine... Se retrouver, soi et passer au-dessus, vers la joie

Pâques, Pessah, passer au-dessus, mais au-dessus de quoi ? 
Peut-être au-dessus de la "rupture". 
Rupture du jeûne, du carême, de l'hiver, ou ruptures en tous genres, comme je vous en parlerai dans le TVA avec Claire Marin:
"Il ne suffit pas de partir d’un lieu pour qu’il cesse de nous habiter. Il ne suffit pas de quitter un homme pour oublier sa peau."

Mais place à la résurrection des papillons:


Cerisier et papillon - Photo: lfdd

Cerisier et papillon - Photo: lfdd

Cerisier et papillon - Photo: lfdd

Dans l'interview qu'elle donne dans Libération du 11 avril à Noémie Rousseau à l'occasion de l sortie de son livre "Rupture(s)", elle explique qu'aujourd'hui nous sommes dans une société de "ruptures":
"Les ruptures sont maintenant sur tous les plans: avant, si on perdait son travail, on pouvait se raccrocher à sa famille. C’est comme si tout était devenu instable, incertain, précaire, sans refuge. Professionnellement, amoureusement, même politiquement… Tout s’est accéléré, les relations sont plus éphémères, les ruptures plus rapides, voire, parfois, elles n’existent pas: la personne disparaît simplement."





"Prendre le temps de la séparation n’est parfois même plus une réalité. Et tous ces termes autour des séparations par consentement sont dans la négation de la réalité. Une grande majorité de séparations sont au minimum d’une grande violence psychique, au moins pour un des deux membres de l’ancien couple. Puis on sent une sorte de froideur dans la société. C’est devenu tellement généralisé, banal, qu’on est dans le déni de la souffrance qu’une rupture provoque. Ainsi, dans les divorces, la souffrance des enfants est une question vite évacuée désormais, on dit qu’ils s’adaptent… Et on se concentre sur des questions pratiques."

Mais elle n'est pas pessimiste (ou si peu) pour autant:
"C’est très révélateur de l’engagement, des attentes dans la relation amoureuse, le travail. Chez les générations plus jeunes, la flexibilité professionnelle attendue est tellement intégrée que l’investissement est moins fort. L’anticipation de ces ruptures façonne même l’idée du parcours professionnel: il faut changer, montrer qu’on n’est pas frileux, qu’on sait s’adapter. La capacité à changer est valorisée, parfois au détriment de l’engagement."

Et conclut presque dans la joie:
"Une forme d’innocence, oui. La rupture ne nous rend pas forcément amers, aigris, paranos. L’écrivain Philippe Forest le dit très bien en parlant de la mort de sa fille : il y a une traversée de l’épreuve qui ne permet pas de retrouver une vraie insouciance. Car on sait des choses que d’autres ne savent pas. Cependant, on fait le pari qu’il y aura d’autres joies possibles."


Et il faut revivre !

Et finir en chansons avec Baptiste W Hamon et "Je Brûle"




Le même Baptiste W. Hamon avec Alma Forrer - Peut-être que nous serions heureux




Et pour continuer à brûler, voici Pomme et "On brûlera"




"On brûlera toutes les deux
En enfer mon ange
J'ai prévu nos adieux
À la terre mon ange
Et je veux partir avec toi
Je veux mourir dans tes bras
Que la mer nous mange le corps, ah
Que le sol nous lave le cœur, ah
Je t'aimerai encore"

Et pour finir et éteindre l'incendie, Facteur Chevaux avec les Dames de Pluie :




"Les fleurs ne se coupent pas
Car leur coeur, sinon, flétrit…
Elles flanchent, comme les soldats,
Sous les franges d’une longue pluie…
Et même si on l’oublie
Leurs ombres dansent sur le chemin des Dames de pluie
Et toi, qui ne dors pas
Tu hantes une longue nuit…"


Bon Dimanche et bonnes fêtes de Pâques...

La Fleur du Dimanche 

lundi 12 juin 2017

La traversée des éphémères, des roses et des papillons

Connaissez-vous Pierre Bergounioux? Et Loris Gréaud? Et savez-vous ce qui les relie?
Et les éphémères, les papillons, les fleurs, les roses?
Comme d'habitude, dirais-je les liens se tissent comme l'araignée sa toile.
Mais place à la Fleur:


Fleurs oranges - Photo: lfdd


Tout a commencé un article sur Pierre Bergounioux intitulé "Aux aguets" dans le Monde des Livre. A l'occasion d'un coffret avec un film de Geoffrey Lachassagne, "La Capture, en compagnie de Pierre Bergougnioux", de son livre "Le Grand Sylvain" et d'un entretien de Pierre Bergougnioux avec Marie Richieux sur France Culture, il parle de la chasse aux insectes et du travail sur les mots:
"S'il fallait rassembler sous un même vocable ces deux activités aussi hétéroclites et disparates, je me servirai d'un mot: le mystère. Il y a des liens occultes entre ces activités, de prime abord peu compatibles, qui consistent, par l'une, à rester à une table avec un crayon dont on fait crisser la point sur le papier, et par l'autre, à effectuer des courses échevelées dans la mouille et la pluie pour mettre la main sur une créature dont l'espérance de vie est extraordinairement brève."*  
Vous avez compris que Pierre Bergounioux est très intéressé par les insectes... Il ajoute ailleurs:
"Je suis extrèmement vulnérable. Une lucarne me pince, le sang commence à pisser. Mon squelette est dedans, celui d'un insecte est dehors, il est cuirassé, et combine de fois n'ais-je rêvé d'être vêtu d'une telle cuirasse, lorsque je vivais des choses dangereuses!" 


Fleurs oranges - Photo: lfdd


Pour finir sur les insectes et passer à autre chose, un extrait du livre Le grand Sylvain:
"Les insectes, il ne suffit pas, plus tard, de se fatiguer à leur remettre la main dessus. Quand on les tient, qu'on leur a soutiré la quantité de mouvement qui leur était départie, il faut encore en faire évaporer les liqueurs, les exposer dans un certain temps à l'air avant de les enfermer dans la boite vitrée. C'est à ce prix qu'on les aura vraiment, qu'on les oubliera. Mon correspondant s'était contenté de jeter ses trouvailles dans un carton où les mortes avaient commencé à fermenter. Quelques survivantes s'agitaient faiblement et le colis émettait un crissement suspect. Je ne l'avais pas ouvert que j'avais deviné. Au noir fumet se mêlait l'odeur fine, très ténue, indéniable d'une rose qui se serait réduite à son parfum et j'ai trouvé, dans le charnier, une Anomie musquée."


Fleurs oranges - Photo: lfdd


Et voilà Loris Gréaud, et Baudouin Jannink, et les éditions l'Art en écrit, et le Marché de la Poésie à Saint Germain qui a lieu ce week-End à Paris. Baudouin Jannink, éditeur de livres d'art - également de photographies, est présent, avec beaucoup de ce que le livre d'art et de poésie représente sur cette place que je vous conseille de visiter. Il a édité dans cette série l'Art en écrit pour son quatre-vingt-douzième titre le livre "Interzone" avec Loris Gréaud et dont l'oeuvre d'art est... Un papillon. En voici le N°64:


Loris Gréaud - Interzone - N° 64 - Editions Jannink

Loris Gréaud - Interzone - N° 64 - Editions Jannink

Le marché de la poésie nous renvoie - toujours dans le Monde des Livres à Franck Venaille, Prix Goncourt de la poésie 2017 avec qui s'entretient Eric Loret au sujet de son livre "Requiem de guerre", dans lequel il dit:
"J'ai décidé de mourir avant de naître. Sinon c'est impossible de continuer."
Dans l'entretien, Franck Venaille dit:
"Un livre, c'est toute une forêt qui se déplace et qui vient jusques à nos fenêtres pour dire: Qu'est-ce que tu as fait ces temps-ci, digne d'apparaître dans ton travail?" Parfois je m'interroge sur ma part de responsabilité, infime, dans la marche du monde et je me dis que peut-être je n'avais pas le droit d'écrire ce que j'ai écrit."....


Fleurs oranges - Photo: lfdd


Et après cela, comment ne pas penser à Albert Strickler, poète qui, comme Pierre Bergougnioux écrit son journal et dont le titre de celui de 2010 m'a servi d'amorce pour mon titre du jour. Je cite deux poèmes - qui résonnent avec ce que l'on vient de lire, il les a cité datés du 10 juin 2010, les voilà:

Laisse ton poème
Se poser sur la rose
Comme le papillon
Le plus léger

Laisse-le être
Lèvres du baiser
Sur la fontanelle
De l'enfant qu'on endort

Laisse-le fondre
Sur ses pétales
Comme la rosée
Et il restituera
Et son velours
Et son parfum



Fleurs oranges - Photo: lfdd


Et le deuxième:

Adieu

Le gravier qui crisse
Sous mes pas 
Est bien celui
Du congé qu'on prend

Un peu de lui ruisselle en moi
Mêlé à mon sang

Quelqu'un marche
Dans l'allée du cimetière
Avec la délicatesse
D'un fantôme qui retourne
A sa tombe.


Et pour clore, la parole à Rainer Maria Rilke** avec un poème de sa suite "Les Roses" écrites en 1924 et publiée après sa mort.

Tout ce qui nous émeut, tu le partages.
Mais ce qui t'arrive, nous l'ignorons.
Il faudrait être cent papillons
Pour lire toutes tes pages.


Il y en a d'entre vous qui sont comme des dictionnaires;
ceux qui les cueillent
ont envie de faire relier toutes ces feuilles.
Moi, j'aime les roses épistolaires.


Fleurs oranges - Photo: lfdd

Pour les amateurs de chansons, je vous en propose un trio, en remontant le temps:

Pour commencer, Emilie Simon - Papillon:


"Je t'attends 
Tu te poses dans ma serre 
Sur une rose 
C'est pourtant peu de chose 
Qu'une rose dans une serre .." 


Et puis le père me Mathieu, Louis Chedid qui chante Papillon en 1979: 


La vie c'est comme les papillons, 
D'abord chenille dans son cocon, 
Et puis un beau jour sortir du coton, 
Se retrouver en plein soleil, 
Bâiller en déployant ses ailes, 
Et s'envoler 
Comme les papillons. 
Trois petits tours et puis partir, 
Car papillon jamais revenir. 

Papillon du jour, toujours l'amour, 

Papillon du soir, toujours mouchoir.


Et enfin, en 1955, Annie Cordy et Michel Carmet qui chante en 1955 dans le film "Bonjour Sourire" - Jolie Fleur de Papillon:





"Au milieu de la surprise partie
Sans prévenir Grand-Père est parti
Mais il est revenu tout aussitôt
Avec un vieux phono
Et un superbe rouleau à musique
Qu'il a posé sur la mécanique

En nous disant ""Ecoutez mes agneaux, 
Ecoutez comme c'est beau"

Jolie fleur de pa pa pa
Jolie Fleur de papillon
Dit une voix dans l' pa pa pa
Dans le pavillon
Jolie fleur de pa pa pa
La voix semblait très émue
Elle le dira pa pa pa
Et n'en dit pas plus"

Bon Dimanche

La Fleur du Dimanche


*Pour les éphémères, je vous renvoie à ma CP de VaLVAé (Carte Postale de Vacances à Laquelle Vous Avez échappé) du 27 août 2016 où vous trouverez un "cimetière d'éphémères":
Le champ des éphémères et la voix de l’éternité

** A propos de Rainer Maria Rilke, il apparaît jeune homme bien timide, mais quand même volontaire et amoureux de le film Lou Andreas Salomé de Cordula Kablitz-Post qui passe actuellement au cinéma.

dimanche 25 décembre 2016

Noël, le mariage de la pomme (ou de la banane) et du sapin (ou du singe)

Je vous avais promis hier de vous parler des animaux aujourd'hui.
Pour nous remettre à notre place dans notre monde "Umwelt" et prendre conscience de la part que nous occupons et celle que nous devrions avoir.
Non, je ne parlerai pas des animaux de la crèche et de la place entre l'âne et le boeuf, mais... tout d'abord la mariage de la pomme et du sapin:


Pommes de Noël - Photo: lfdd
 

Vous le savez peut-être, la pomme a été la première décoration des sapins, avant de voir la boule Fizz, création 2016 des boules de Meisenthal (qui cherche ses racines - ou le jus - plutôt chez le citron).
Et comme vous le savez, la Fleur du Dimanche fait ce qu'elle veut avec les sapins (et les fleurs), por Noël, je vous offre un sapin bleu-violet avec un papillon (clin d'oeil à la chanson de Henri Salvador "L'abeille et le papillon" que je vous propose aujourd'hui - en fin de texte):

Sapin bleu de Noêl et papillon - Photo: lfdd

Et donc, suite au TVA d'hier sur les plantes, je vous offre un extrait d'un autre article (excusez si Le Monde et Libération - que je cite souvent - parlent de choses un peu en dehors de sentier battus de l'actualité) dans Libération, le 21 décembre, celui de Natalie Levisalles "Les chimpanzés ne se posent pas de questions sur la politique", sur un primatologue Frans de Waal: 

"Depuis une trentaine d’années, le primatologue Frans de Waal nous fait découvrir ce qui se passe dans la tête et dans les sociétés des grands singes. Livre après livre (la Politique du chimpanzé, Bonobos: le bonheur d’être singe, l’Age de l’empathie…), il décrit précisément et malicieusement les bonobos et les chimpanzés en particulier, montrant aussi à quel point ils sont proches de nous autres humains. Dans son dernier livre, Sommes-nous trop «bêtes» pour comprendre l’intelligence des animaux? (lire Libé des historiens du 6 octobre), il s’intéresse à l’intelligence animale en général. Celle des singes, mais pas seulement. Il est aussi beaucoup question de dauphins, d’éléphants, de pies et d’un certain Alex, perroquet génial qui maîtrise notamment le concept de couleur.
De Waal rapporte d’incroyables marques d’intelligence technique ou sociale. Chez le chimpanzé, il nous montre une spectaculaire (et bien supérieure à celle des hommes) aptitude à mémoriser des nombres de 1 à 9.
...
- Vous avez inventé le terme d’anthropodéni. Pour quelle raison ?
C’est une réaction à l’accusation d’anthropomorphisme. Depuis longtemps, certains chercheurs disaient: quand des chimpanzés s’embrassent et s’enlacent après une bagarre, il faut appeler ça «contact post-conflit» parce que, si vous appelez ça «réconciliation», vous sous-entendez que ce qui se passe chez les chimpanzés est semblable à ce qui se passe chez les hommes. Eh bien moi, je dis que si dans une espèce proche de nous, des individus font des choses semblables dans des circonstances semblables, on doit faire l’hypothèse que, derrière, il y a la même psychologie. A moins que quelqu’un prouve le contraire. La plupart des sciences sociales sont dans l’anthropodéni : elles considèrent l’être humain comme une espèce très spéciale, en dehors de la nature. Mais affirmer qu’il y a une discontinuité entre l’homme et le singe, c’est du néocréationnisme. On accepte Darwin, on reconnaît que l’homme est le produit de l’évolution… mais seulement jusqu’au cou.

- Entre les années 60 et 90, on a tenté d’apprendre le langage aux grands singes, avec des résultats décevants. Les singes comprennent pourtant des mots…
Comprendre un mot veut dire qu’on peut attacher un symbole arbitraire à un objet. C’est une chose que les grands singes font très bien, mais ce n’est pas exactement le langage. Au début, les linguistes avaient défini le langage comme une communication symbolique. Quand ils ont vu que les singes pouvaient utiliser les mots de manière appropriée, ils ont dit : en fait, l’essence du langage, c’est la syntaxe. Et il est clair que les grands singes n’ont pas beaucoup de syntaxe. Mais ces expériences ont permis de voir qu’il y avait de la cognition chez les animaux. Ensuite, on a vu que leur usage du langage n’était pas supérieur à celui d’un enfant de 2 ans. Les chimpanzés demandent : «Est-ce que je peux avoir une banane ? Est-ce qu’on va jouer ?» mais ils ne réfléchissent pas sur le cosmos et ne posent pas de questions sur la politique.

- Vous dites que les humains habitent le même Umwelt que les primates…
L’Umwelt, c’est la manière dont on perçoit son environnement. Comme les humains, les primates ont deux mains et une vision binoculaire, mais en fait, ils n’ont pas exactement le même Umwelt. Si on met un chimpanzé dans une pièce, il va se demander «où est-ce que je peux m’accrocher ?» et il va grimper sur la bibliothèque. Le chimpanzé regarde cette pièce plus tridimensionnellement que nous, singes bipèdes et terrestres, qui regardons les surfaces. Mais si vous prenez un oiseau, il regarde Paris de manière totalement différente : il voit les toits, les endroits où il peut se poser et ignore totalement les rues. Pour un éléphant ou un chien, le monde est fait d’odeurs, alors que nous donnons priorité à la vision. Si on étudie le poisson, la pieuvre, la chauve-souris, on doit prendre en compte le fait qu’ils perçoivent des mondes très différents. Et pourtant, nous n’avons pas de respect pour les cognitions différentes des nôtres.

-Quelles sont les implications de cette capacité à se projeter dans le futur ?
Prenons un exemple. Pour organiser une fête ce week-end, je dois être conscient de la marche à suivre. Si nous voyons que les animaux peuvent anticiper, il est difficile de penser qu’ils le fassent sans conscience. Mais il y a plus intéressant encore. J’ai déjà mentionné des expériences où les animaux peuvent différer leurs désirs. En voilà une autre. On donne à un singe un marshmallow et on lui dit : «Si tu attends, tu peux en avoir un second.» Pour faire ça, il doit prendre une décision, résister à la tentation, différer la gratification, toutes choses qui dépendent de la conscience… mais aussi du libre arbitre, qui est souvent défini comme la possibilité de résister à ses propres désirs. Si c’est le cas, alors les animaux ont peut-être aussi un libre arbitre."


Pour finir, je vous laisse avec les animaux et la banane. Pour commencer, le crocodile:




Et puis l'Abeille et le Papillon chantée par Henri Salvador:




"Une abeille un jour de printemps 
Voletait voletait gaiement 
Sur la rose bruyère en fleur 
Dont si douce est l'odeur

Au pied de la bruyère en fleur 
Une pauvre chenille en pleure 
Regardait voler dans le ciel 
La petite et son miel

Et la pauvre chenille en sanglots 
Lui disait "Je vous aime" 
Mais l'abeille là-haut, tout là-haut 
N'entendait pas un mot

Cependant que les jours passaient 
La chenille toujours pleurait 
Et l'abeille volait gaiement 
Dans le ciel du printemps

Après avoir pleuré jusqu'à la nuit 
Notre chenille s'endormit 
Mais le soleil de ses rayons 
Vint éveiller un papillon

Et sur une bruyère en fleur 
Notre abeille a donné son coeur 
Tandis que chantaient les grillons, 
Au petit papillon

Par les bois, les champs et les jardins 
Se frôlant de leurs ailes 
Ils butinent la rose et le thym 
Dans l'air frais du matin

Ma petite histoire est finie 
Elle montre que dans la vie 
Quand on est guidé par l'amour, 
On triomphe toujours 
On triomphe toujours 
On triomphe toujours."



Et puis la chauve-souris, par Thomas Fersen:





Et si vous voulez voir la différence entre le singe et le chanteur, Katerine avec sa banane:





Bon Dimanche de Noël !

La Fleur du Dimanche