dimanche 25 avril 2021

L'abandon, la méfiance, la liberté, les femmes, vues par... et défendues par...

Dimanche dernier, je vous avais prévenu(e)s... J'allais vous parler d'abandon, de l’incrédulité, de liberté, de suffragistes et de dominations croisées... et je vous avais parlé du silence...

Et il se trouve que j'étais devenu silencieux et que je n'ai pas terminé sur le silence jaune, celui du soleil, donc, place à la fleur jaune soleil avant d'embarquer dans les TVA (Textes à Valeur Ajoutée) sous diverses formes.

Pissenlit - jaune soleil - Photo: lfdd

L'Abandon

Pour le premier TVA, c'est un extrait de la critique du livre S’abandonner, de Séverine Danflous, par Bertrand Leclair dans le Monde des Livres du 19 mars 2021  que je vous offre tel quel 

"Séverine Danflous (...) publie un deuxième roman qui est d’abord une belle variation sur l’abandon ou plus exactement le sentiment de l’être, abandonné, ce qui bien souvent signifie que l’on ne parvient plus à s’abandonner dans quelque bras que ce soit. Sous prétexte de tourner un documentaire, le narrateur, sorti laminé d’une rupture douloureuse, écoute des femmes ayant accepté de se raconter. 

(...) Jouant discrètement de l’ambivalence d’un verbe que l’étymologie renvoie à la liberté (« donner à ban » signifiait au XIIe siècle lâcher le lien d’un animal), le narrateur tente dans son propre paysage de ruines de retrouver « l’insouciance, les mots légers, les pleurs perlés » : autant dire de retrouver une capacité à s’abandonner soi-même au risque, peut-être, de l’être de nouveau, abandonné."

Pissenlit - jaune soleil - Photo: lfdd


La méfiance

Le deuxième extrait est toujours de Bertrand Leclair à propos de Nevermore, de Cécile Wajsbrot

"La suspension de l’incrédulité que réclamait Samuel Coleridge, « ce n’est pas seulement dans la lecture qu’on doit la pratiquer. Dans la vie également. Suspendre la méfiance. Croire à ce qu’on vous dit. Que deviennent ceux qu’on ne voit plus »; que deviennent dans nos mots ceux qu’on ne verra jamais plus ?"  

Pissenlit - jaune soleil - Photo: lfdd


L’aspiration à la liberté

Le troisième est de Florent Georgesco dans son article "L’âge des citadelles identitaires" sur Soi-même comme un roi, essai sur les dérives identitaires, d’Elisabeth Roudinesco, 

"En ce sens, ils étaient conscients que le racisme est un phénomène aussi universel que l’aspiration à la liberté. (…) Fanon s’est toujours souvenu de la phrase d’un des ses professeurs, qu’il faisait sienne : “Quand vous entendez dire du mal des juifs, dressez l’oreille, on parle de vous.”»

Je vous en rajoute un "extrait":


Pissenlit - jaune soleil - Photo: lfdd


Femmes, Femmes, Femmes,... 


Pour continuer ce portrait de femmes, je vous offre en "extrait" celui de Wanda, dans Les Héroïques de Paulina Dalmayer:



Puis celui de Raven Leilani avec Affamée (Lust):


Et continuer par des femmes vues par un homme, l'Américain Wright Morris avec Chant des plaines. Pour voix féminines. Extrait du 16 avril 2021.


Pissenlit - jaune soleil passé - Photo: lfdd


Suffragistes


Autre portrait de femme, là c'est un "autoportrait", vu que c'est son journal, c'est celui d'Hubertine Auclair, le Journal d'une Suffragiste:



L'origine de la Journée des Femmes


Peut-être savez-vous à qui nous devons la journée internationale du droit des Femmes, le 8 mars...?

Bien sûr ce n'est pas Hubertine Auclair, ni Louise Michel, ni Rosa Luxembourg. C'est l'Allemande Clara Eissner qui a pris le nom de son compagnon Osip Zetkin sans être mariée à lui (ils ont eus deux enfants) et dont la journaliste Florence Hervé a rassemblé les textes qu'elle a retrouvé, traduits par Marie Hermann et édités sous le titre "Je veux me battre partout où il y a de la vie".

Je pense que cet extrait y est:

"Libérée de sa dépendance économique vis-à-vis de l'homme, la femme [qui travaille] est passée sous la domination économique du capitaliste. D'esclave de son mari, elle est devenue l'esclave de son employeur. Elle n'avait fait que changer de maître. Elle a toutefois gagné au change : sur le plan économique, elle n'est plus un être inférieur subordonné à son mari, elle est son égale."

Pissenlit - jaune soleil - Photo: lfdd


Rire avec les Femmes

Pour finir avec les femmes, pas pour en finir avec elles, mais pour rire avec elles, je vous propose le livre de Sabine Melchior-Bonnet Le rire des femmes. Une histoire de pouvoir

L'éditeur en parle ainsi:

On a longtemps opposé rire et féminité. Faire rire était une prérogative des hommes.

Car le rire possède un pouvoir de subversion, et la société se méfie des rieuses.

Revanche des femmes à qui ont longtemps été refusées l'instruction, la parole et l'écriture, la conquête du rire leur offre un terrain de liberté. Mais le chemin a été long.

C'est à cette conquête du rire, à cette lente et délicate prise de pouvoir que s'attache ce livre.

Pissenlit - jaune soleil - Photo: lfdd

Jaune, le Soleil


Il se trouve que j'étais devenu silencieux dimanche dernier  et que je n'ai pas terminé sur le silence jaune, celui du soleil, cette étoile chantée par Marguerite Duras dans un de ses films les moins connus peut-être: "Jaune, Le soleil" de 1972 . Tout le film se passe dans une seule pièce où sont réunis les représentants des deux forces politiques et leur ennemi "le juif". Et le soleil de Duras n'est pas une étoile, mais son cinéma brille dans les salles obscures et éclaire le débat politique autrement: 

Quand Baudelaire parle des amants, du désir, il est au plus fort du souffle révolutionnaire. Quand les membres du Comité central parlent de la révolution, c’est la pornographie.


Pour finir en chanson, rendons hommage à Milva qui vient de nous quitter.
Sa voix et sa chevelure rousse resteront dans notre mémoire:

Milva - Bella ciao



Milva Jenny dei pirati Opera da tre soldi 1972


MILVA Die Moritat von Mackie Messer



Milva - Alexander Platz (HQ) "SAN REMO a Mosca" Fiori e Canzoni dall Italia 1986



Milva - Non piangere piu Argentina 1978



Milva & Georges Moustaki - Milord 1983




Milva / Moi, je n'ai pas peur / 1981



Milva - La chanson des vieux amants



Milva & Astor Piazzolla - Ça - 1984






Bon Dimanche 

La Fleur Du Dimanche

dimanche 18 avril 2021

Jaune, le silence, le printemps, la création. Jaune, le soleil.

 Je vous avais préparé quelques bribes de texte, un patchwork parlant de l’abandon, de l’incrédulité, de l’aspiration à la liberté, des suffragistes et de dominations croisées et pour finir du silence, et puis finalement je vous en parlerai une autre fois, je ne parlerai que du "silence".

Un peu pour m'excuser d'être trop bavard dans mes derniers billets.

Donc, place à la fleur, la première pouvant donner lieu à un jeu de mot: 

Ficaire: lfdd


Par un glissement du "c" vers le "t", cette fleur de printemps, appelée également fausse renoncule, la ficaire "fit taire". Et curieusement, la deuxième fleur proposée invite le TVA également par un jeu de mots: tussilage va pour "Tu (de taire, pas de terre, ni de toi), si l'âge..."  et de par ses vertus médicinales qui sont utilisées pour guérir de la toux qui peut nous empêcher de parler:

Tussilage - Photo: lfdd


Et donc voici l'aboutissement du TVA, trouvé dans l'article "Les Variations Sollers" de Fabrice Gabriel dans le Monde des Lettres du 16 avril 202. C'est une phrase empruntée à Nietzsche à qui il emprunte "en as roué de la pirouette,
.. un éloge du silence
":

 "Il faudrait demander pardon à ce monde pour lequel nous n’avons pas été assez silencieux."

 

Pour finir en avec le titre, il se trouve qu'en recherchant les références qu'il pourrait avoir je suis tombé sur un cours de Roger Moore, pas le comédien mais un professeur canadien qui tenait un cours intitulé: Jaune: du silence naît la création et qui s'appuyait sur un poème de poème de Juan Ramón Jiménez, « Primavera amarilla (Un Printemps jaune) ».


Juan Ramón Jiménez - Primavera amarilla
 

Abril venía, lleno
todo de flores amarillas:
amarillo el arroyo,
amarillo el vallado, la colina,
el cementerio de los niños,
el huerto aquel donde el amor vivía.

El sol unjía de amarillo el mundo,
con sus luces caídas;
¡ay, por los lirios áureos,
el agua de oro, tibia;
las amarillas mariposas
sobre las rosas amarillas!

Guirnaldas amarillas escalaban
los árboles; el día
era una gracia perfumada de oro,
en un dorado despertar de vida.
Entre los huesos de los muertos,
abría Dios sus manos amarillas.


Poemas Májicos y Dolientes (1909)

Le voici, dans une traduction d'Aline Germain-Rutherford:

    Avril est arrivé dans une multitude de fleurs jaunes…
    Le ruisseau était jaune, le sentier était jaune,
    et la colline, et les tombes des enfants
    et le verger où, jadis, vivait l’amour.
    Le soleil imprégnait le monde du jaune
    de ses rayons. Il y avait des lys dorés
    et des eaux cuivrées, chaudes et miroitantes.
    Des papillons jaunes perchés sur des roses jaunes.
    Des guirlandes jaunes grimpant le long d’arbres jaunes.
    La lumière du jour était un don de parfum ambré
    dans une renaissance chatoyante.
    Parmi les os des morts,
    Dieu ouvrait ses mains jaunes.


Comme le bouton d'or est la promesse du printemps heureux, voici la fleur:

Bouton d'or - Photo: lfdd


Autre recherche fructueuse, le livre Le Silence, dernier roman - inachevé  - de Francesco Biamonti qui cultivait des mimosas et qui est paru aux Éditions Verdier, cet éditeur qui a de belles couvertures jaunes !


Petite citation d'une interview de Fancesco: "Au XIXe siècle, on avait la sensation que le mouvement du temps était positif, qu’il y avait un progrès. Dans Guerre et paix, même au milieu des massacres, des blessures et du sang, on ressent que le temps va vers le mieux. Notre siècle n’a plus cette certitude, l’espace et le temps sont malades et on vit comme dans un tremblement de solitude sur fond de désert alors que, comme disait Jabes, regarder les choses dans le désert, c’est déjà le voir mourir."» 

 

Voila, .... Silence.. silencio !


Je ne vous remet pas le tube mondial de Camillo Felgen "Il silencio" que je vous ai offert le 26 juillet 2020 (en hommage à Anna Receveur) dans le billet "Le temps passe trop vite... Il est un passé fuyant, et un futur évanescent" mais je vais essayer de faire un petit tour de "La Femme"

Avec pour commencer une question: Où va le monde



La Femme - Le Jardin



La Femme - Foutre le Bordel



La Femme - Hypsoline



La Femme - Amour Dans Le Motu / Witchcraft



Et pour danser un peu: 

La Femme - Nouvelle-Orléans





Bon dimanche 


La Fleur du Dimanche


P.S. Je m'excuse auprès de celles et ceux qui s'attendaient à une citation de Marguerite Duras, puisque son film Jaune le soleil de Marguerite Duras sorti en 1971, adapté de son roman Abahn Sabana David publié en 1970 

 




dimanche 11 avril 2021

Ce qui ne me tue pas me rend plus heureux, et vive la venir

Avec tous ceux qui sont partis ou qui partent encore, on devrait se désespérer, mais non, comme le disait une amie... - A la vie !

Et même si.....

Même si nous ne savons pas de quoi demain sera fait...

Même si après des records de chaleur pour un mois de mars, avril fait venir les saints de glace en avance...

Même si nous allons dépasser les 100.000 morts du Covid en France, comme l'ont fait la Russie, l'Italie, le Royaume-Uni,... L'Inde avec plus de 170.000, le Mexique avec plus de 200.000, le Brésil avec plus de 350.000  et les Etats-Unis avec plus de 560.000 morts, nous avons confiance en l'avenir, en la sagesse de ceux qui se protègent et prennent soin des autres, toutes celles et tous ceux qui se battent et celles et ceux qui les soutiennent, celles et ceux qui essaient de s'en sortir de cette inextricable inconnue qui se moque de nous.

Même si le Covid n'est pas responsable de toutes les morts et que d'autres aussi s'en vont, nous laissent un peu plus seuls à la recherche de notre destinée....


Fleurs de pommier - Photo: lfdd

Mais, mais,... nous ne sommes pas seuls, loin de là, nous avons des amis, nous en découvrons de nouveaux et avons à creuser ces relations et notre cheminement à tâtons dans cet univers mouvant...

Et à enrichir notre amitié, nos joies, nous réussites, à construire notre futur...

Oui, à le construire aujourd'hui pour ne pas rater demain...

Alors, tel le Printemps au sortir d'un Hiver ralenti, chargeons-nous d'énergie pour oeuvrer à construire nos petites - et grandes - satisfactions dons nous pourrons être fier...

Plantons pour récolter les fruits demain... et protégeons les fleurs, berceau de la nourriture future. Pour commencer, prenez des muscaris et trempez-les dans le vinaigre, cuisez cinq minutes et dégustez (Attention /!\ ce blog n'est pas un blog de cuisine et je ne donne pas de recette...):

Muscaris - Photo: lfdd


Comme je ne vous invite pas à croquer la pomme "oubliée" sur le pommier qui refleurit au printemps:

Pomme - Photo: lfdd


Bon, assez parlé, venons-en au TVA (Texte à Valeur Ajoutée - pour celles et ceux qui auraient oublié le sens) du jour.

J'ai abandonné Damien Murith trop vite... Il revient à la fois par sa poésie qui frappe à la porte de nos sensations et je vous en offre deux extraits:

"A souffrir pour souffrir, nous décidons de prendre
un risque : nous défaire de l’étreinte de nos gouffres.
A la seule force du coeur, une couleur pour appui,
nous nous élevons."

...

"Nos bouches et nos mains et nos ventres voudraient s’attarder sur la douceur d’une peau aimée, s’égarer le long d’un soupir, chercher et trouver toutes les sources du plaisir. Douleur et plaisir ont le même souffle. Bouche et mains fermées, ventre noué, de l’aube à l’aube, nous jouissons de douleur."

 

Et Jean Birnbaum, dans son article "Etreindre la douleur" dans le Monde des Livres du 12 mars, déjà cité dans le billet du 14 mars, nous apprend de lui:

"il habite en Suisse romande, près de Fribourg, au milieu de la forêt. C’est là qu’il observe les saisons et leurs teintes. Là aussi, nous a­-t­-il précisé au téléphone, qu’il sculpte et mémorise ses phrases – en marchant plutôt qu’en écrivant, une maladie auto-­immune l’ayant frappé de mille maux et rendu quasi aveugle pendant un an. « Merci à Geneviève qui a eu la patience de m’écouter lui dicter ce texte », lit-­on à la dernière page du Deuxième Pas."

Fleurs de poirier - Photo: lfdd

J'ai aussi retrouvé le point qui m'intéressait dans le discours de Delphine Horvilleur (que j'avais citée dimanche dernier) sur la mort, avec l'apparente opposition entre les "mots" et le "langage" qu'elle conte, d'une part avec sa découverte à 10 ans de la mort:

"Mais j’ai compris avec les années que s’il y a un monde que la mort ne peut pas toucher, c’est celui des mots. Le propre de la mort est qu’elle ne se raconte pas. Ce qu’on peut raconter, c’est la vie. Quand quelqu’un meurt et qu’on sait raconter sa vie, on fait un sacré pied de nez à la mort. Le seul pouvoir dont je dispose face à cette obscurité qui se tenait devant la petite fille de 10 ans, c’est celui des mots."

Et d'autre part sur le judaïsme qui:

"... ne propose pas de dogme sur l’après­-vie mais une multitude de discours très protéiformes. Si ce discours volontairement polyphonique peut déstabiliser certains fidèles, il me convient bien car il montre que la mort est un domaine où le langage n’a pas sa place. D’ailleurs, la Bible nomme l’après­-vie le shéol, terme qui signifie «la question». Quand on meurt, on tombe dans la question. Des tas de gens aimeraient qu’on leur dise qu’on s’élève ensuite vers la réponse, mais cette certitude n’est jamais formulée ainsi." 

 

Et comment, à propos de langage ne pas être ébloui par son parallèle entre le rabbin et le tailleur, le texte et le textile (Texte "il")? 

"Pour moi, mon métier est un travail de tissage. Je suis donc un peu une conteuse et un peu une couturière. Leur point commun est qu’il s’agit – face au texte pour le conteur, face au textile pour le tailleur – de rapiécer, dénouer, renouer."

Fleurs de poirier - Photo: lfdd


Elle apporte aussi sa pierre à la question de la traduction (soulevée dans mon billet du 21 mars "Taduttore, Traditore..." en répondant à la question de Larousse sur ce qui est "essentiel":

"Ce qui est essentiel, c’est de savoir qu’il y a plus grand que soi, plus grand que son histoire, que les temps de sa vie, que sa compréhension d’un mot, que notre croyance. La littérature nous fait toucher cela du doigt, parce qu’elle nous plonge dans le monde d’un autre qu’on ne comprend pas. D’où, pour moi, l’absurdité du débat actuel sur qui doit traduire la poétesse [afro­américaine] Amanda Gorman. Tout l’objet de la traduction, c’est précisément qu’elle doit être faite par quelqu’un qui n’est pas vous."

Fleurs de cerisier - Photo: lfdd


Et je conclus avec elle en citant deux de ses "mises en garde" - ce n'est pas elle qui le nomme ainsi mais moi...

"Aujourd’hui, comme à toutes les périodes où l’humanité en crise cherche des solutions, d’aucuns pensent qu’ils détiennent une vérité déjà aboutie. Ils croient pouvoir effacer la question."

... 

"Quand on traverse une crise comme la nôtre, on peut se réconcilier avec l’impermanent en voyant dans cette cassure, peut­-être, la possibilité de notre survie. C’est là une leçon universelle à méditer: la conscience de notre vulnérabilité est, paradoxalement, la condition de notre durabilité."


Et quoi de mieux que "Pomme" pour frapper les quatre coups "Pommme, pomme, pomme... Pomme" de la série des pommes vues sur l'arbre depuis cet automne - jusqu'à quand tiendront-elles? :

Pommes - Photo: lfdd

D'autant plus que Pomme est en plein dans le sujet:

Pomme - Pourquoi la mort te fait peur:

Et elle pense aussi au futur (enfant): Un enfant dans le ventre: Grandiose

Pomme - Soleil Soleil Live:


 

Bon, Pomme - J'suis pas dupe, je l'ai déjà diffusée, c'est une chanson de 2015.... déjà !

Pour le quatrième coup, je vous offre le coup final de William Sheller qui a décidé lui aussi de partir, non pas comme Françoise Hardy, il a juste décidé de ne plus chanter, et même de ne plus jouer du piano... alors, une dernière fois, laissons le chanter le bonheur:

William Sheller - Un Homme Heureux

  

Je voulais vous offrir "La Femme" qui vient de sortir un nouveau disque et Carnage: “Ce qui ne vous tue pas vous rend plus fou…de Warren Ellis avec Nick Cave et qui a influé le titre de ce billet, reportons-le..

Et, un peu dans l'idée de la nomination de Villeurbanne comme Capitale Française de la Culture 2020 pour son esprit "Jeune" comme l'expliquait Françoise Benhamou, spécialiste de la culture et membre du jury:

"Le programme de Villeurbanne met l'accent sur les jeunes avec une série d'événements qui s'adressent à eux tout en faisant le lien entre les jeunes des quartiers et les jeunes des universités.

Voici donc des "jeunes" pas encore (trop) connus à découvrir...

A commencer par Myd:

Myd - Let You Speak (Official Video)



Puis Klô Pelgag (vue ici en 2015 - déjà!) - La maison jaune:


Et la bande annonce (30 secondes) de son spectacle:

Klô Pelgag - NDd7D - Le spectacle spectral show (Teaser)


Toujours dans cette veine "découverte", Olympe - TROP (Clip Officiel)


Et le rap poétique et féministe d'EUPHONIK - inconnu mais reconnu avec DEUXIÈME SEXE:

 

Et qui dit dans sa chanson Loin de vous:

 “Loin de vous je m’accomplis, j’me suis fait une raison, j’préfère rester incompris plutôt qu’être pris pour un con.

Et pour finir, à la fois sur une pensée triste, Judith Siboni qui jouait le rôle de Fleur dans la comédie familiale "Les Copains d'abord" et qui était à l'origine du Festival de Caves dont je chronique régulièrement les manifestations en Alsace (et dans le reste de la France) nous a aussi quitté. Mais pour montrer la lueur de l'évolution de la société et l'humour de la création française (en culture), un extrait de cette série:


Bon dimanche

La Fleur du Dimanche

dimanche 4 avril 2021

Jean Plantureux, Bernard Willem Holtrop sont partis (à la retraite), Xavier Gorce s'est cassé, et d'autres..., Alain, Luc, Brigitte, s'en sont allé(e)s - Joyeuses Pâques !

 En ce week-end pascal, alors que le muguet du premier mai s'est invité en poisson d'avril et que la neige et le gel repointent le bout de leurs nez (gelés), Pascale me manque et sa terrasse au soleil, j'espère qu'elle ouvrira début mai... Mais nous n'en sommes pas encore là, là, ce sont les cloches qui sont revenues de Rome dans la nuit du samedi (même si quelques hérétiques se sont mises à sonner en avance (comme le muguet?)).

Par contre pas mal de personnes ne sont pas revenues, mais tout d'abord honneur aux fleurs du jour:

La première, une anémone perdue comme une bouteille à la mer:

Anémone et bouteille à le mer - Photo: lfdd


Cette bouteille à la mer, comme ceux qui s'en sont allés sans revenir... Alain l'année dernière, et dont le "hasard", mais y a-t-il un hasard, comme je le disais en citant de l'ami commun Albert dans le billet du 3 juin 2018 "La Forme et le Fond: Figure, Love et des briques" et dont justement il parlait dans ce billet, Marie, dans le billet suivant (du 17 juin 2018) "Après la mort.... la vie...", Brigitte la semaine dernière et Luc, dont je n'ai découvert la disparition que ce jour...

Mais allez, "A la vie", avec ces amaryllis qui fleurissent:


Amaryllis - Photo: lfdd


Et je vous offre le billet que je voulais faire pour la Pâque juive, en rapport avec le livre que vient de sortir Delphine Horvilleur "Vivre avec nos morts" où elle raconte des enterrements et où  elle dit dans une interview qu'elle donne à Marie Chaudey dans La Vie du 3 mars 2021 à propos de la mort:

"Puisqu’elle est le domaine du non-récit, de l’irracontable, de l’irreprésentable, la seule force d’action qui nous reste face à elle est la possibilité de raconter la vie. Comme pour dire à la mort : tu n’auras pas le dernier mot. Il y a le récit vivant de la personne et de ce qu’elle laisse. La puissance du récit, c’est la puissance de vie. La mort ne peut pas être belle ou bien dite. On ne peut bien dire que la vie."

Amaryllis - Photo: lfdd


Dans son entretien avec Célia Héron dans
Le Temps du 23 mars, elle parle de la mort - et des cérémonies - en ces temps de Covid:

" Aussi paradoxal que cela puisse paraître, il était essentiel pour moi de raconter ce qui fut la vie de ceux que j’ai eu l’honneur d’accompagner, de préserver dans le récit l’histoire de leur engagement, de tout ce qui fait qu’ils ne pourront être simplement racontés par leur fin. On a tous entendu ces derniers mois l’énoncé quasi quotidien de chiffres, le nombre de décès réduits à une liste qui grossit constamment. L’effet de ces listes macabres est abrutissant: 12 678 morts, 56 775, 77 5433… Il n’y a ni nom, ni visage, ni histoire: tout cela est kidnappé par le chiffre. L’esprit humain décide de se protéger de ce que ces chiffres racontent: autant de vies sur Terre. Or, c’est terrible car cela a un impact politique considérable, dans la mesure où la façon dont on accompagne la mort dit quelque chose d’un projet politique et éthique d’une société. Si l’on n’est pas capable de penser ces morts, on met en lumière une forme de faillite morale de notre société."


Et l'amaryllis tire sur sa fin:

Amaryllis - Photo: lfdd


Le Covid, elle en parle comme d'une porte que l'on devrait ouvrir, comme la sortie des juifs d'Egypte (la Pâque juive) pour sortir, accoucher (elle cite le terme hébreux qui signifie "Crise" et que de dit "Machber": la table d'accouchement... 

Et dans La Croix, elle parle de l'apoptose:

"Selon Henri Atlan, professeur de médecine, « la vie est l’ensemble des fonctions capables d’utiliser la mort ». Il nous faut composer avec la mort, qui est tout le temps là, présente. Pendant notre conversation, des milliers de cellules en nous sont en train de disparaître. Et ce suicide cellulaire qu’est l’apoptose s’avère nécessaire. Biologiquement, les cellules engagent un phénomène d’autodestruction qui conditionne notre survie. Il s’agit d’un processus créatif."

..

"La mort nous laisse sans mots, qui que l’on soit, SDF ou bien installé dans la société. La mort est un domaine où le langage n’a pas sa place, parce que le langage est la propriété des vivants. Mais quand la mort surgit, la seule arme qu’il nous reste, à nous vivants, c’est de mettre des mots. Et ce n’est pas une arme de faible intensité, c’est une arme de consolation massive."


Mais il reste de toute beauté:

Amaryllis - Photo: lfdd


Tout cela pour "recoudre" le passé et le futur:
"Au moment où le deuil surgit, on perçoit tous l’arrachement et le seul moyen d’opérer une couture, c’est de raconter des histoires dont les générations suivantes pourront s’emparer : on se transmet un tissu qu’on pourra recoudre."

En conclusion, je vous dirai bien "LeH’ayim!" qui signifie "Santé!":

"Les juifs quand ils lèvent un verre disent cette phrase «A la vie!», comme on dirait «Santé!». Faire le choix de la vie peut être un choix complexe. Je voulais inviter les lecteurs à penser au fait qu’en hébreu «la vie» n’existe pas au singulier: il y a une impossibilité dans nos vies a n’en avoir qu’une seule. Une expression dit en français: «Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une.» Il est intéressant de voir que l’hébreu dit exactement l’inverse: «La vie ne commence que quand tu comprends que tu en as plusieurs.» Il faut accepter que la mort nous rende visite. Pour qu’une autre vie commence."

A la vie !



Et pour finir en chansons, entrainons-nous à "Danser" avec HK:




Et surtout: "Dis-leur que l'on s'aime, dis-leur que l'on sème":



Ah j'allais oublier, le dernier et le premier dessin de Plantu dans le Monde:

Dernier dessin de Plantu dans le Monde


Premier dessin de Plantu dans le Monde


Et celui de Willem dans Libé:


Dernier dessin de Willem dans Libération

Je ne montrerai pas celui de Gorce qui a fait polémique... 

Place à Cartooning for Peace... Micaël le 1er avril

Dessin da Micaël dans le Monde - hommage à Plantu



Et en toute fin, juste une image que vous risquez de revoir:

Fleur fanée avec bonnet de neige - Photo: lfdd



Bonne Pâques "LeH’ayim!" "A la Vie!"


La Fleur du Dimanche



jeudi 1 avril 2021

Bon 1er mai ! Vivement qu'on y arrive !

 Allez, je vous souhaite un très bon premier mai !  Bonne chance à vous toutes et tous pour le mois à venir...

Et je vous offre le brin de muguet du jour:

Muguet du 1er mai le 1er avril 2021 - Photo: lfdd


Non, ce n'est pas un poisson d'avril, c'est bien du muguet sauvage de la forêt du Rhin en plaine d'Alsace, réchauffement climatique oblige.

Autre aberration constatée, le pommier qui va fleurir très bientôt alors qu'il porte encore les fruit (pas défendus) de l'an dernier:

Pommes du 1er avril avec fleurs en bouton - Photo: lfdd


Et pour finir en chanson, le temps du muguet par

Dorothée:


Francis Lemarque:


Les Choeurs de l'Armée Rouge:


Allez, encore une pomme!

Pommes du 1er avril avec fleurs en bouton - Photo: lfdd

Bon on n'est pas le 1er mai, mais le 1e avril alors je vous mets à la place du muguet des roses blanches par les Sunlights près de la Place Blanche (pas le peintre, le gypse...) :



Bon premier avril

La Fleur du Dimanche

dimanche 21 mars 2021

Traduttore Traditore ou l'engagement dégagement...

 Quand on lit quelque chose, ne trahit-on pas déjà le sens?

Et si on s'engage, n'est-ce pas déjà pour s'opposer?

Deux épisodes récents qui me semblent poser question font que je vais les lier. Ai-je raison ou tort? A vous de me le dire...

Mais tout d'abord, fêtons le printemps, les fleurs, les arbres, la forêt (c'est la journée mondiale de la forêt) et la poésie (c'est son Jour également). Donc, place à la primevère, fleur du Printemps (c'était hier):

Primevères sauvages - Photo: lfdd


A propos de traduction ou plutôt d'étymologie, vous saviez sûrement que le nom de la primevère vient de primula, et signifie "la première (fleur)" et que le mot lui-même vient des mots "prima" et "vera" où vera signifie en latin "printemps".... Je sens qu'on tourne en rond, là....

Allez encore une primevère sauvage de nos forêts!

Primevères sauvages - Photo: lfdd


Et en route pour un TVA conséquent! 

Je vais essayer d'alléger et de vous renvoyer vers les sources pour votre propre opinion.

Je vais vous rappeler la chronologie (raccourcie):

20 janvier 2021: Investiture de Joe Biden.

Si vous avez suivi un peu, vous avez vu la robe de Lady Gaga, entendu Jenifer Lopez chanter et entendu Amamda Gorman lire son poème - j'ai failli vous en proposer un extrait mais j'ai fait une "pause". Mais vous en avez peut-être entendu parler, c'est devenu un "sujet", plus encore avec l'épisode de la "traduction":

25 février 2021: Janett Deul se pique d'un article d'opinion dans un journal néerlandais: 

Opinie: Een witte vertaler voor poëzie van Amanda Gorman: onbegrijpelijk

Elle se demande si une jeune blanche (même Booker Prize 2020, même choisie par Annette Gorman) peut se permettre de traduire ce texte.... pour de multiples raison, mais en particulier parce qu'elle est "Elle est blanche, non binaire, n’a aucune expérience dans ce domaine...". 

Résultat: L'éditeur se récuse et s'excuse. Un épisode similaire arrivera en Catalogne avec Víctor Obiols le traducteur d'Annette Gorman.

S'ensuit bien sûr une large polémique autour de ce qu'on peut traduire, qui peut traduire, et qui peut décider de quoi ou interdire à qui... Les polémiques comme on les aime... Cela fait de "l'engagement"....

Je vous mets le lien vers quelques "réactions" ou réflexions" que ce sujet a soulevé, en dernier l'article dans "Le Point du Jour" du 20 mars 2021 de Serge Michel du quotidien indépendant suisse "Heidi News" qui dit:

Je me souviens du 20 janvier dernier, un mercredi. J’avais commencé la vaisselle du dîner quand mon collègue Fabrice Delaye a appelé. C’était son heure. Il appelle souvent le soir pour parler d’une technologie qu’il faut garder à l’œil ou d’une Exploration à lancer toutes affaires cessantes sur Heidi.news.

Là, il était très ému. Il venait de suivre l’investiture de Joe Biden. Le poème d’Amanda Gorman l’avait bouleversé. Il avait commencé à le traduire en français et voulait le publier tout de suite. J’ai relu le texte, j’ai rédigé une introduction et un titre. A 22h48, l’article était en ligne et depuis, vous avez été près de 30’000 lectrices et lecteurs pour ces premiers mots de réconciliation après le départ de Donald Trump de la Maison Blanche.

Mais ce soir-là, ni Fabrice ni moi, hommes blancs, la cinquantaine, ne pouvions imaginer que des traductions plus soignées de ce texte allaient provoquer de tels scandales!

Aux Pays-Bas, Amanda Gorman avait choisi pour la traduire la jeune prodige Marieke Lucas Rijneveld, 29 ans, qui a remporté le Booker Prize en 2020 avec son premier roman, «Qui sème le vent» (Buchet-Chastel). Cela n’a pas convaincu Janice Deul, styliste et activiste hollandaise originaire du Surinam. «Elle est blanche, non binaire, n’a aucune expérience dans ce domaine mais [selon l’éditeur] c’est elle la traductrice de rêve?», a-t-elle écrit dans le quotidien de Volkskrant le 25 février.

Je vous mets le lien vers l'article mais vous offre quand même sa conclusion - où il ouvre la question de la légitimité d'écrire du journaliste:

"Bien sûr, il y a eu tant d’abus, de reporters racistes ou cyniques qui ont bâclé le travail de terrain pour ne pas rater le coucher de soleil au bar de l’hôtel cinq étoiles, gin tonic et gilet multipoches. Bien sûr, les rédactions en Europe sont encore trop souvent des bastions de personnes blanches issues de milieux privilégiés, en décalage complet avec les sociétés bigarrées qui les entourent. Et les tentatives pour changer cela, comme le Bondy Blog que j’ai lancé en 2005, restent minuscules. Mais faut-il nous réduire à notre origine, à la couleur de notre peau?

Ai-je perdu ma compétence universelle parce que les hommes blancs depuis des siècles ont causé trop de souffrances aux humains et trop de dégâts à l’environnement, et que les autres redressent heureusement la tête?

Personne n’a encore interdit aux journalistes blancs de se déplacer. Mais c’est déjà en partie le cas pour les photographes. Aux Etats-Unis, le National Geographic a ainsi pris prétexte du coronavirus pour que les photos en Afrique soient prises par des Africains, et celles en Asie par des Asiatiques. Tout le monde le sait, cela va perdurer après la crise sanitaire. En France, les journalistes qui travaillent sur les banlieues sont bien souvent issus de l’immigration. Et les débats se crispent. On entend désormais qu’il faut être femme pour écrire sur les femmes, être trans pour comprendre les trans.

Gardons la tête froide et les yeux ouverts, nous allons au devant d’années passionnantes! 

https://newsletters.heidi.news/le-point-du-jour/le-journalisme-peut-il-encore-raconter-le-monde

Comme c'est la journée de la poésie et que Marieke Lucas Rijnewald, à défaut de traduire Annette Gorman a écrit "son" poème le 6 mars 2021, je vous l'offre: 

Tout habitable

Jamais perdu la pugnacité, l’originel tumulte pour le meilleur et le pire

ni cédé aux prêches, au Verbe qui dit ce qui est bien ce qui est mal

jamais été feignasse au point de ne pas te lever, de ne pas affronter

toutes les brutes épaisses, de ne pas combattre poings dressés l’esprit

d’étiquetage, les émeutes que la méconnaissance déclenche dans ta tête,

*

tempérant l’impuissance avec le rouge taureau dans tes yeux, ou

proclamant toujours ce que tu fais à ta guise avec une fierté

à toute épreuve, observant quelqu’un qu’on réduit en bouillie

tout en voyant suinter la dernière gouttelette de dignité, tu t’opposes

à la craniométrie, à la servitude, à tout ce qui emmure l’homme.

*

Jamais perdu la pugnacité, le germe du brutal arrachement,

tes origines portent un habit de deuil, tes origines ont heureusement

trouvé une bande d’arrêt d’urgence, non que tu puisses par expérience

parler de tout, non que tu voies en permanence combien l’herbe

de l’autre côté est parfois sèche et moins verte – il s’agit de la capacité

*

de se glisser sous d’autres peaux, de voir la mer de tristesse derrière

les yeux des autres, la pullulante rage des rages, tu veux dire que

tu ne comprends peut-être pas tout, que bien sûr tu ne touches

jamais tout à fait la corde sensible, mais que tu ne sens pas

moins les choses, oui, tu les sens, même s’il existe un écart infime.

*

Jamais perdu la pugnacité, et reconnaître malgré tout le moment

où tu n’es pas à ta place, où il te faut t’agenouiller devant un poème

parce qu’un autre le rend plus habitable, non par mauvaise volonté,

non par abattement, mais parce que tu sais qu’il y a tant et tellement

d’inégalités, qu’il y a encore des laissés-pour-compte, tu n’aspires

*

qu’à la fraternisation, tu veux un seul poing, peut-être ta main

n’est-elle pas encore assez forte, peut-être te faudrait-il d’abord prendre

celle de l’autre en guise de réconciliation, réellement ressentir l’espoir

que tu fais quelque chose qui rendra le monde meilleur, sans pour autant

oublier ceci : se relever après s’être agenouillés et ensemble redresser le dos.

Poème traduit du néerlandais par Daniel Cunin


Remontons au 12 mars avec une réaction de Claro qui s'interroge:

Suis-je le gardien de ma traduction? 

Des remous causés par la traduction d’un poème ? Hum. Des remous sans rapport aucun avec la qualité de ladite traduction ? Double hum. L’affaire est pour le moins étrange, et depuis quelques jours certaines voix se sont élevées pour débattre du sujet. André Markowicz dans Le Monde, Frédéric Boyer dans La Croix, entre autres. Ils ont dit des choses très pertinentes, auxquelles je serais bien en peine d’ajouter mon caillou – en outre, le poème d'Amanda Gorman ne m'a pas impressionné plus que ça. En revanche, la question soulevée – a-t-on le droit de traduire qui on veut, et que recouvrirait ce terme de « droit » – n’est évidemment pas sans intérêt, et c’est même peut-être, n’en déplaise à Janice Deul (la journaliste qui s’est offusquée du choix de l’éditeur néerlandais), une des premières questions que se pose celui ou celle qui va traduire. Sauf que ce mot de «droit», il ou elle l’entend différemment. Pour lui, ou elle, ce droit est lié à un savoir. Si je ne sais pas traduire tel texte, alors je n’ai pas le droit de le faire : c’est aussi simple. Quoique.

....

Quand j’accepte une traduction, c’est toujours après m’être posé ces deux questions. Est-ce que je sais traduire ça ? Puis : Si je ne sais pas, est-ce que j’ai envie d’apprendre (ou : est-ce que je pense être en mesure d’apprendre ?)

...

Il conclut:

La question de l’appropriation culturelle est une excellente question. Je me la pose systématiquement, mais à ma manière. Car j'ai envie de m’approprier la culture d’autrui, non pour en dépouiller l'autre, mais pour qu’elle me bouscule, me déloge, me décentre. Je veux, à travers l’acte de traduire, devenir autre, non tant l’auteur.e que je traduis, mais surtout son texte, les remous de sa langue, que j’espère n’être pas la seule expression de sa personne, mais avant tout une construction originale, unique, riche en ligne de fuites, car je pense aussi, j'espère, que l’écrivain.e que je traduis a essayé, en écrivant, d’échapper à sa condition, à son conditionnement, qu’il ou elle a cherché à s’approprier d’autres cultures, pour s’enrichir à son tour, sans dépouiller qui que ce soit, et connaître le plaisir d’une dissolution, même temporaire, dans l’autre."


Je vous rajoute le lien vers la Tribune d'André Markowicz dans le Monde des livres que je voulais déjà citer, sur l’« affaire Amanda Gorman » : « Personne n’a le droit de me dire ce que j’ai le droit de traduire ou pas ». En résumé - et pour le citer, il dit:


"L’argument de Janice Deul m’a rappelé les propos de ce critique russe orthodoxe qui m’avait dit que mes traductions de Dostoïevski étaient douteuses parce que je n’étais pas orthodoxe – or seul un orthodoxe peut comprendre un orthodoxe. Il ne le disait pas ouvertement mais c’était clair, le fond de la question était qu’un juif, même russe, ne peut pas rendre compte de « l’âme russe ».

Cette idéologie de l’atomisation de l’humanité selon la couleur de la peau, la race, l’ethnie, que sais­-je, est le contraire absolu de la traduction, qui est, d’abord et avant tout, partage et empathie, accueil de l’autre, de ce qui n’est pas soi: ce que j’appelle « reconnaissance ». Personne n’a le droit de me dire ce que j’ai le droit de traduire ou pas. Chacun, en revanche, a le droit de juger si je suis capable de le faire. C’est-­à­-dire si, par mon travail, je suis capable de faire entendre, par  ma voix, par la matérialité de mes mots, la voix d’un ou d’une autre – sans la réduire à celle qui est censée être la mienne."

 

Et pour clore l'histoire, la chronique d'Antony Bellanger sur France Inter le 3 mars 2021 qui conclut (en ouvrant):

Marieke Lucas Rijneveld renonce avec grâce

Le choix de Marieke Lucas Rijneveld ravissait l’américaine Amanda Gordon qui admirait l’œuvre de sa traductrice néerlandaise. 

Elle a finalement décliné l’offre en publiant ceci : « je suis choqué par la polémique autour de ma participation à la diffusion du message d’Amanda Gorman. Mais je comprends que certains puissent être blessé que l’éditeur Meulenhoff m’ait choisi ».

« Je me serais dévouée à transcrire la force, le ton et le style d’Amanda. Mais je réalise que si je peux penser et ressentir de cette façon, beaucoup ne le peuvent pas. Je souhaite que ses idéaux touchent le plus de lecteurs et ouvre tous les coeurs ».

Pour ma part je voudrais que nos auditeurs comprennent qu’il s’agit, de la part de Marieke Lucas Rijneveld, d’une renonciation douloureuse mais généreuse et très néerlandaise et certainement pas d’une défaite : au fond, elle renonce pour laisser au « pilier » noir néerlandais une chance de s’exprimer et donc de s’intégrer plus vite."

Antony Bellanger a bien sûr "historicisé" et expliqué la question des "piliers" très spécifiques dans ce pays...


Petite devinette: 

Voici deux violettes, une blanche et une violette. 

A votre avis laquelle dit vrai?


Violette blanche - Photo: lfdd


Violette violette - Photo: lfdd

Et pour en revenir au titre "Traduttore Traditore" qui en italien signifie bien "Traducteur Traitre", rappeler que ce n'est pas Du Bellay, qui est à l'origine de l'expression quand il a dit en 1549:

« Mais que diray-je d'aucuns, vrayement mieux dignes d'estre appelez traditeurs, que traducteurs? veu qu'ils trahissent ceux qu'ils entreprennent exposer, les frustrans de leur gloire, et par mesme moyen seduisent les lecteurs ignorans, leur monstrant le blanc pour le noir. »

Mais rappeler que l'expression originale est bien italienne, parue en 1539 sous la plume de Niccolò Franco dans les Pistole Vulgari. « Ser Traditori miei, se non sapete far'altro che tradire i libri, voi ve ne anderete bel bello a cacare senza candela ». 

Traduit « Chers messieurs les Traîtres (ou Traditeurs), si vous ne savez rien faire d'autre que de trahir les livres, allez donc tranquillement chier sans chandelle ! » F


Et je vous rajoute en exercice de style, le résumé d'un article de Sabine Mehnert paru dans Trajectoires une revue de recherche franco-allemande et intitulé: 

Mensonge et manipulation

« Traduire, c’est trahir » ? Pour une mise en question des notions de vérité, de fidélité et d’identité à partir de la traduction"

En français:

La perception de la traduction dans la culture occidentale repose sur un rapport ambigu à la « vérité » et à l’exigence de « fidélité ». La traduction touche ainsi à des questions philosophiques majeures : elle met en branle les conceptions traditionnelles de la vérité et de la fidélité, mais aussi de l’identité. Nous souhaitons non seulement démontrer que ces trois concepts doivent être repensés lorsqu’on les applique au champ de la traduction, mais également que la réflexion autour de la traduction permet de les définir de manière novatrice. Nous questionnerons ces notions en nous fondant sur les réflexions qu’Antoine Berman et Paul Ricœur consacrent au texte et à la traduction. Ces deux auteurs abordent la question selon deux angles différents, à savoir la théorie de la traduction au sens strict chez Berman et l’herméneutique philosophique chez Ricoeur.

Et en Allemand

Die kulturelle Wahrnehmung der Übersetzung im westlichen Kulturraum beruht auf ihrem vieldeutigen Verhältnis zur „Wahrheit“ sowie auf dem Anspruch der „Treue“, der an sie gestellt wird. Darin, dass diese Konzepte theoretisch schwer zu fassen sind, liegt auch das explizit philosophische Interesse der Übersetzung: Sie stellt traditionelle Auffassungen von Wahrheit, Treue und Identität in Frage. Dies bedeutet, dass diese Konzepte einerseits in Bezug auf ihre Anwendbarkeit auf die Übersetzung überdacht werden müssen und dass andererseits ein Potential besteht, sie ausgehend von ihrer Bedeutung für die Übersetzung philosophisch neu zu denken und zu nuancieren. Diese Infragestellung soll hier anhand der übersetzungs- und texttheoretischen Ansätze Antoine Bermans und Paul Ricœurs vorgenommen werden, die das Problem der Übersetzung jeweils aus übersetzungstheoretischer und aus hermeneutisch-philosophischer Perspektive betrachten.


L'Engagement - Dégage !


Pour ce qui est de la deuxième partie de mon billet, il s'appuie sur une constatation et un billet que j'ai reçu dimanche dernier d'un "ami" Benoit Raphaël (j'ai déjà parlé de lui) qui "élève des robots" pour affiner et trier l'information et la rendre de qualité. C'est son 54ème billet (un peu plus d'un an de billets du dimanche - moi j'en suis à 1135 depuis 10 ans...).

La constatation, c'est dans le groupe Facebook que j'ai créé: 1001 Fleurs - 1001 Amis et où la plupart des membres (et moi) postons des photos de fleurs (moi celles qui ont rythmé ce blog depuis le début), les gens réagissent (on appelle cela l'engagement) soit en "likant" - on clique sur un "j'aime" ou un autre émoji pour "exprimer" sa "réaction" vis-à-vis de la publication - soit en mettant un commentaire (c'est plus rare et le plus souvent sommaire), soit aussi en "partageant" la publication - et là, pareil, cela ne coûte pas trop d'effort, mais c'est encore plus rare.

Je parle de cela justement, parce que le sujet du billet de Benoît explique le fonctionnement - et tout ce que sous-tend ce que Facebook appelle "l'engagement" de l'utilisateur et qui est le "moteur" principal du fonctionnement de ce réseau social (et surtout commercial). En résumé: pas d'engagement = pas de réaction, donc pas de mouvement et tout s'arrête sur le réseau, donc pas de pub, pas de recettes. Donc obligation pour le réseau d'animer, c'est-à-dire de provoquer le "client".

En général, dans le groupe 1001 Fleurs - 1001 Amis, les gens "aiment" un peu les fleurs, mais ne "s'engagent" pas pour elles. L'épisode dont je veux parler et qui illustre bien ce dont parle Benoit Raphaël à propos de Facebook est la publication (le partage) d'une information concernant le sort de la glycine centenaire de Montmartre devant le bistrot "Chez Plumeau". Ce sujet - elle a été coupée par les services de la Ville de Paris - est sujet à polémique et il a entraîné plein de commentaires de toutes sortes et a été partagé de nombreuses fois....

Un peu comme la question de la traduction (et je ne parle pas de Covid et d'Hydroxychloroquine, rappelez-vous...).

Donc, en résumé pour ce qui concerne "l'engagement" pour Facebook, l'explication de Benoit Raphaël (et en particuliers, l'histoire de Joaquin Quiñonero, un ingénieur américain, qui a débarqué chez Facebook dans les années 2010 pour déployer le « machine learning » dans le ciblage publicitaire.) se trouve ici:

Quand les robots auront des dents – Flint Dimanche 54

 

Et en résumé:

"L’engagement, chez Facebook, c’est la capacité qu’a une info de générer des actions comme le pouce levé (le « like »), le partage à ses amis ou les commentaires à la con. Pour Facebook, l’engagement ne veut pas dire que l’info est de qualité, juste que tu vas t’y intéresser de façon compulsive. Un peu comme un Big Mac de l’info si tu veux. Le système marche tellement bien, que les ingénieurs ont décidé de créer une sorte de plateforme qui permet aux gens de chez Facebook de créer des modèles super facilement pour voir celui qui crée le plus d’engagement. C’est assez jouissif. C’est un peu comme si tu tenais des milliards de fils et que tu pouvais voir lequel fait bouger le bras d’un type au bout du fil ou non. En l’occurrence il s’agit plutôt du doigt : celui de l’humain qui va cliquer sur j’aime ou sur partager."

...

Bon, le problème, c’est que l’on s’est rendu compte que plus l’info suscitait la controverse, plus elle était extrémiste et même… plus elle était fausse, eh bien plus elle faisait bouger les doigts. Du coup les algorithmes ont naturellement décidé de distribuer plus d’infos négatives pour faire bouger plus de doigts. Résultat : Facebook s’est mis à héberger de plus en plus de groupes extrémistes sur son réseau. Et résultat du résultat : les algorithmes ont trouvé tout à fait naturel de suggérer aux utilisateurs non extrémistes de rejoindre ces groupes puisque lorsqu’ils les rejoignaient ils activaient encore plus leur doigts. Du coup on pouvait leur proposer plus de pubs encore plus efficaces.

...

Tout ça aurait pu continuer à se dérouler dans l’euphorie technologique la plus totale (Facebook continuait de grossir, dépassant le milliard d’utilisateurs actifs de plus en plus engagés sur des pubs de plus en plus ciblées) jusqu’à ce que Trump arrive au pouvoir et que la minorité musulmane de Rohingas devienne la victime d’une folle opération de meurtres ciblés en Birmanie. Si l’impact réel de la désinformation ou de l’info extrémiste sur le résultat des élections reste difficile à déterminer (j’avais longuement travaillé sur le sujet ici), pour les Rohingas, une enquête du Conseil pour les Droits de l’Homme des Nations Unies sur le terrain a pu déterminer le lien entre l’activité décomplexée des algorithmes et le meurtre ou le viol d’êtres humains.
...

Et alors... ?

"Du coup Mark Zuckerberg a eu une autre idée. Conscient de l’effet néfaste de la mécanique d’engagement, il a découvert que plus un contenu partagé se rapprochait de ce qui est interdit par les règles de Facebook (comme les appels au meurtre par exemple), plus il créait de l’engagement."

Et cela finit comment? Devinez !   

Je vous laisse découvrir le résultat dnas le prochain épisode du feuilleton "Mark Zucckerberg joue avec la vie de ses clients". Merci Benoit Raphaël et ses robots Flint (au passage qi vous voulez les nourrir, ou noourrir ses collaborateurs, c'est possible aussi via le lien ci-dessus).
 


Et pour finir en chansons - et en traductions, je vous offre:


1. Adèle qui nous aide à comprendre l'Anglais

 


2. Olivia Rodrigo l'espagnol avec Drivers License (Letra en Español)



3. Marshmello & Anne-Marie encore l'anglais (moderne)- FRIENDS 



4. La Javanaise de Serge Gainsbourg en Italien:



5. L'eau à La Bouche en français et en anglais par Serge Gainsbourg:



6. Je t'aime moi non plus en italien: Ti amo... io di più par Ombretta Colli Comelli




7. Et pour finir, une chanteuse douée pour les langues, France Gall avec une chanson de Gainsbourg toujours: Poupée de cire, poupée de son en italien:




8. et en Allemand 




9. Et pour prouver son talent, la même France avec la chanson Ich liebe dich wie du bist:





Bon Dimanche

La Fleur du Dimanche