jeudi 20 avril 2017

Les Comédiens du Rhin jouent Botho Strauss: "Il jaunira aussi ce jour"

Botho Strauss est un dramaturge et écrivain allemand qui a travaillé à la Schaubuhne de Berlin avec Peter Stein. A partir de 1977 il écrit des pièces de théâtre qui posent une vision de la condition - et de la solitude - humaine. Il a été montré en France par Claude Régy mais aussi Luc Bondy et Patrice Chéreau. En novembre 2016, nous avons pu en voir une version de sa pièce "Le Temps et la Chambre" au TNS, mise en scène par Alain Françon.

Grâce aux Comédiens du Rhin et au travail d'adaptation et de mise en scène de Chantal Savre-Kahn au Cube Noir au CREPS à Strasbourg, nous avons la possibilité d'en avoir un nouvel éclairage. 
La pièce "Il jaunira aussi ce jour" est construite à partir du texte de cette pièce de Botho Strauss "Le Temps et la Chambre". Elle travaille sur une dualité, et donne unepièce en miroir.
Dans la première partie nous assistons à la rêverie et l'observation de deux femmes (Chantal Savre-Kahn et Sylvaine Cencig), comme un balancier du temps - physique et mental et météorologique - qui essaient de se raccrocher à la réalité et aux autres. Ils arrivent à happer une passante, Marie Steuber (Apix Salomé Haquin) qui va les rejoindre. Et dans la deuxième partie, nous noous retrouvons dans un espace presque imaginaire où la réalité, le temps et la mémoire vont jouer des tours à une galerie de couples dont les personnages masculins (joués par Damien Buret et Olivier Meunier) vont se retrouver face à cette femme, la même et pourtant chaque fois un autre. 


Il jaunira aussi ce jour - Apix Salome Haquin - Les comédiens du Rhin - Mise en scène: Chantal Kahn - Photo: lfdd

Il faut noter la qualité de jeu de la jeune Apix Salomé Haquin dans ces différents tableaux - les autres comédiens/ennes n'étant d'ailleurs pas en reste, la qualité de la pièce est indéniable. Nous assitons à une série de scènes, essentiellement des duos, comme des voyages dans l'espace-temps, un mille-feuille de situations où la mémoire, le désir, la relation à l'autre sont empêchés sur un mode de burlesque froid mais dont la vision nous réchauffe. Rajoutons l'ingéniosité du décor et des éclairages, la vidéo et la musique qui nous positionnent dans le monde d'aujourd'hui et surtout les superbes costumes tous créés et réalisés par les doigts de fée de Chantal Savre-Kahn. 




Si vous avez envie de passer un bon moment de théâtre, ne ratez pas cette pièce.

Bon Spectacle.

La Fleur du Dimanche   



Il jaunira aussi ce jour
du 19 au 22 avril à 20h30

le 23 avril à 17h00
au CUBE NOIR au CREPS 
9 rue de la Garance

67200 Strasbourg


dimanche 16 avril 2017

Pax et Pâques, Poli et Poly, Tic et Tique, Sophie et Marie, que d'oeufs

Des fois, il suffit d'attendre, une semaine (je vous le disais dimanche dernier) ou 3 jours..... ou moins.
Les hirondelles, à certains endroits étaient déjà arrivées, à d'autres sont arrivées le lendemain, ailleurs sont encore attendues... de mon côté, je les ai vues avant-hier mais pas là où je les attendais, à quelques centaines de kilomètres d'ici...

Et pour d'autres choses attendues, c'est variable également.
Pour la fleur du jour, c'est bien aujourd'hui ! La voilà:


Tulipes de Pâques - Photo: lfdd

Et pour le TVA, après avoir tourné autour des oeufs, de la politique (cacophonie, spectacle, engagement, coups de théâtres ou revirements, c'est dimanche prochain qu'il faut s'engager...), c'est autour de la philosophie avec l'actualité d'un livre de Frédéric Worms - "Mes maladies chroniques de la démocratie" que je vous propose quelques réflexions.
Je commencerai d'ailleurs par son précédent livre dont le titre "Revivre" serait une voie: "Il y a une modestie inévitable du philosophe, devant les maux qu'il ne peut résoudre, comme devant le peu de bien qu'il peut prodiguer. Ceux qui sont vraiment aux avant-postes, ce sont par exemple les médecins, pas les philosophes. Mais la philosophie n'est pas non plus sans pouvoir, car elle se définit comme la recherche de la vérité destinée à transformer nos vies. Il y a des penseurs qui cherchent la vérité sans transformer les vies, d'autres qui cherchent à transformer nos vies sans la recherche de la vérité. Le philosophe fait les deux."

Tulipes de Pâques - Photo: lfdd

Dans son nouveau livre, il parle d'un sujet tout à fait d'actualité: La démocratie.
Je vous en livre un extrait: "Il faut revenir à ce qui enracine la démocratie dans nos vies, quelque chose comme une origine vitale et morale qui lui est essentielle. Les difficultés qu'elle rencontre ne devraient pas nous surprendre, parce qu'elles relèvent en un sens de la vie humaine, dans ses dimensions morales et politiques du conflit intérieur."
Il désigne cela par le terme de "violation" qui n'est pas "la force en général, mais celle qui vient briser une relation intérieure entre des sujets." Car si "c'est notre père ou notre frère qui nous frappe, cela vient briser quelque chose en nous qui est vital. Ce n'est pas simplement le corps qui est affecté, mais les liens entre nous, qui sont en même temps organiques et affectifs."
Il continue en disant: "Je soutiens que l'idée de justice et les principes de démocratie s'enracinent dans ces expériences vitales. La démocratie s'efforce d'empêcher toutes les formes de violations. Elle ne défend pas seulement ses membres contre toutes les violences extérieures - c'est la première fonction vitale du politique - mais elle s'emploie aussi à les protéger, par ses principes mêmes, des violences qu'ils peuvent exercer les uns sur les autres. Les principes moraux de la démocratie sont aussi des principes vitaux."

Tulipes de Pâques - Photo: lfdd

Et aussi : "L’erreur c’est de poser un but absolu ("la" démocratie) et du coup des obstacles extérieurs qui nous en sépareraient, comme par une sorte d’accident ou de hasard malheureux, sur le chemin radieux de l’histoire. Alors que nous sommes face à une aspiration concrète et aussi face à des obstacles réels, dont chaque dépassement est un progrès partiel, mais absolu, qui définit chaque moment de l’histoire, en sa singularité, et non pas dans le plan d’une histoire universelle. (…) Un moment, oui, avec ses progrès et ses régressions, mais non pas sur le fond d’un "Progrès" ou d’une "Catastrophe" (…). Il faut donc changer notre idée d’histoire, et de la démocratie, ou des principes démocratiques."

Pour conclure, comme une bénédiction urbi et orbi :
"La guerre juste n’est pas celle qui lutte seulement contre l’agression, mais celle qui ajoute à ce combat l’idée de la paix à construire, de la création d’une société où l’on puisse de nouveau créer, aimer, habiter le monde."


Tulipes de Pâques - Photo: lfdd

Et pour terminer en chanson, celle de circonstance, trouvée pour Pâques, excusez du peu, celle de Marie, chantée par Gilbert Bécaud - Marie Marie: 




"A Pâques ou à la mi-carême 
Quand je serai libérée 
Lorsque j´aurai fini ma peine 
Ah que j´irai t´embrasser 
Dans notre jardin d´Angleterre 
Les roses ont dû refleurir 
Si tu en portais à ma mère 
Ça me ferait bien plaisir 

Marie, Marie 
Écris donc plus souvent 
Marie, Marie 
Au quatorze mille deux cent 

J´travaille à la bibliothèque 
Je m´invente du bon temps 
J´ai pour amis tous les poètes 
Baudelaire, Châteaubriand 
Pour nous ici quoi qu´on en pense 
Ils sont vraiment très gentils 

On a du dessert le dimanche 
Du poisson le vendredi 

Marie, Marie 
Écris donc plus souvent 
Marie, Marie 
Au quatorze mille deux cent 

A Pâques ou à la mi-carême 
Il reviendra bien le temps 
Où tu pourras dire je t´aime 
Au quatorze mille deux cent."


Bon dimanche

La Fleur du Dimanche

dimanche 9 avril 2017

En attendant les hirondelles: Gatti, Brecht et Mostar

Quelquefois, on attend, on guette, on observe et l'on ne voit rien venir. Quelqu'un annonce l'arrivée d'une bonne nouvelle "Les hirondelles sont de retour !". Mais non, pas chez nous, je ne les vois pas.


Fleurs de pommier - Photo: lfdd


Ou une mauvaise nouvelle passée ou à venir et nous sommes tristes, ensemble...
Et quelquefois, on attend que ce que l'on attend arrive, mais cela n'arrive pas. Et on attend...


Fleurs de pommier - Photo: lfdd


Et puis on rencontre un ami qui vous dit "C'est bien ce que tu as écrit à propos du deuil, et comment tu l'as écrit. Et ce que tu as cité de Maulpoix.*"... Et je réponds: "Oui, mais c'est un hasard, je suis tombé dessus, et puis après cela s'est reproduit." -  Et lui: "Oui, il y a des liens qui se tissent..."
Et j'attends....


Fleurs de pommier - Photo: lfdd



Entre temps, il y a eu Brecht, Baal, et Gatti....


Fleurs de pommier - Photo: lfdd

Et pour finir, parce que je n'ai retrouvé ni la "Chanson des cabinets", ni le petit exemplaire jaune de Baal**, ni "Le Lion, sa Cage et ses Ailes", mais une chanson chantée par Bertolt Brecht (après Baal) et le film d'Armand Gatti sur sa mère "Son nom était Joie" je vous les propose pour aujourd'hui. 
Si la vidéo n'est pas visible ci-dessous, allez directement sur le lien Vimeo":
https://vimeo.com/131104915


Ton nom était joie from LA PAROLE ERRANTE



Je découvre aussi que Gatti est l'auteur de l'expression": "Sous les pavés, la plage", précisément dans sa pièce créée le 15 mars 1968: "Les treize soleils de la rue Saint-Blaise".
Cela vaut bien une citation pour le TVA :

"Ne jamais chercher le prophète
Chercher le combattant,
Seul le combat de chaque jour invente
Seul le combat de chaque jour crée
Ne cherchez pas le prophète
Seul le combat possède le don de la prophétie."
Rosa Collective, Armand Gatti   


Fleurs de pommier - Photo: lfdd


Bertolt Brecht chante son 'Lied von der Unzulänglichkeit menschlichen Strebens' - Musique de Kurt Weill





Der Mensch lebt durch den Kopf
der Kopf reicht ihm nicht aus
versuch es nur; von deinem Kopf
lebt höchstens eine Laus.
Denn für dieses Leben
ist der Mensch nicht schlau genug
niemals merkt er eben
allen Lug und Trug.

Ja; mach nur einen Plan
sei nur ein großes Licht!
Und mach dann noch´nen zweiten Plan
gehn tun sie beide nicht.
Denn für dieses Leben
ist der Mensch nicht schlecht genug:
doch sein höch´res Streben
ist ein schöner Zug.
  Ja; renn nur nach dem Glück
doch renne nicht zu sehr!
Denn alle rennen nach dem Glück
Das Glück rennt hinterher.
Denn für dieses Leben
ist der Mensch nicht anspruchslos genug
drum ist all sein Streben
nur ein Selbstbetrug.

Der Mensch ist gar nicht gut
drum hau ihn auf den Hut
hast du ihn auf den Hut gehaut
dann wird er vielleicht gut.
Denn für dieses Leben
ist der Mensch nicht gut genug
darum haut ihn eben
ruhig auf den Hut."

Pour ceux qui veulent la version française, vous en trouverez une là (ce n'est pas Brecht):
Scène de l'inanité de l'effort humain - L'Opéra de Quat'Sous (K. Weill)



Fleurs de pommier - Photo: lfdd

Et pour conclure, lu ce matin seulement, la conclusion que j'attendais un peu:
C'est Maya Ombrasic, exilée des Balkans au Canada via la Suisse, dans son livre "Mostarghia":
"Les gens réfléchissent beaucoup au malheur des autres, mais le malheur, lui, n'a pas de raisonnement. Il frappe quand il frappe, c'est tout. Il faut apprendre à vivre à ses côtés, en essayant de se foutre de lui. C'est ça l'héritage des Balkans: savoir se foutre du malheur."

Alors, vivons ! 
Et prévenez-moi quand vous verrez les hirondelles....


Bon Dimanche

La Fleur du Dimanche


* Pour Jean-Michel Maulpoix, je vous renvoie aux deux billets du 12 et du 19 mars 2017:
12 mars Au ras des pâquerettes, fleurs minuscules du dimanche
19 mars : Cueco n'a plus la patate, et Para? Chut ! mais Gracias à la vida et vole l'hirondelle rouge

** Pour Brecht et Baal, voir mon billet sur le spectacle du TNS: 
http://lafleurdudimanche.blogspot.fr/2017/04/baal-au-tns-dans-la-cage-du-hamster.html
  

samedi 8 avril 2017

Le Mouvement de l'Air - Adrien M et Claire B: Quand le corps apprivoise le décor

Quand un informaticien Adrien Mondot, se frotte au jonglage, cela donne Convergence 1.0, un spectacle qui mêle informatique et jonglage et qui révèle un "Jeune Talent du Cirque" en 2014. Ce jeune, plein de talent aime aussi l'émotion, et développe un logiciel eMotion qui va jouer sur la sensibilité du mouvement. En 2011, il rencontre Claire Bardainne, qui est à la fois plasticienne, designer graphique et scénographe et c'est le début de la compagnie Adrien M et Claire B, qui crée spectacles et installations au croisement des arts numériques et du spectacle vivant.  
Depuis, des créations, installations, spectacles et collaborations avec d'autres artistes, en particulier le spectacle Pixel avec Mourad Merzouki qui en en à presque 200 représentations - la pièce est passée à La Filature fin 2015 - jalonnent leur parcours.
Le Mouvement de l'Air, crée en 2105 creuse le rapport de la danse, du mouvement et de l'environnement en images de synthèse.

Le TJP, les Migrateurs et le Maillon accueillent la pièce pour huit représentations pour la plus grand plaisir des spectateurs, grand et petits - il y a aussi des séances scolaires.
Parce qu'effectivement, il y a de la magie et de la surprise sur la scène.


Le mouvement de l'air - Adrien M & Claire B

Le dispositif est on ne peut plus simple: un espace ouvert vers le public délimité par deux écrans et dont le troisième, le sol est également inclus dans la projection d'un univers en 3D graphique.
Cet univers est interactif avec le mouvement des trois danseurs - Rémy Boissy, Farid Ayelem Rahmouni et Maëlle Reymond -
ainsi qu'avec la musique jouée en direct par Jérémy Chartier. Mais il ne fait pas se fier à ce simple dispositif dont la dizaine de variations qui vont être explorées n'en font ni le tour, ni ne nous lassent et surtout n'arrêtent pas de nous déstabiliser dnas nos perceptions et nos repères.


Le mouvement de l'air - Adrien M & Claire B

Chaque tableau amène ses surprises, du premier avec des filaments qui suivent les danseurs au gré de leurs mouvement et au rythme de la musique, au deuxième, où la neige (électronique) s'envole et rebondit en empathie avec le interprètes. Ou encore quand une fumée sortant d'une cheminée imaginaire se plie aux courants d'air des déplacements des trois protagonistes ou quand une flaque de lumière dans laquelle se baigne la danseuse la suit, se déplace et grandit selon ses gestes et s'envole comme un voile par la magie d'un geste aérien. Ou encore pour ce combat entre l'homme attaché et son double graphique, dragon de fils tordus et triturés qui se rétractent pour mieux rebondir.


Le mouvement de l'air - Adrien M & Claire B

Il faut quelquefois avoir le coeur bien accroché pour ne pas être pris de vertiges dans cet univers mouvant, instable constamment en transformation, et l'on se rend compte de toute la maitrise à la fois des interprètes, mais également des concepteurs de ces univers pour nous tromper à ce point, mais nous sommes consentants, en nous faisant croire qu'un grille est un vrai espace - à la limite du maléfique parce qu'il peut nous renverser, mais que les danseurs maîtrisent complètement et arrivent même à les faire basculer. 
ET nous aussi nous basculons dans cet univers hypnotique et nous rentrons dans l'image que les protagonistes apprivoisent pour nous.
La compagnie nous emmène donc pendant un bonne heure dans des contrées oniriques pour notre bonheur, nous secouant aussi de temps en temps, et en nous ramenant à bon port.

En voici quelques images:

 
Le mouvement de l'air / The movement of airAdrien M & Claire B


Bon Spectacle

La Fleur du Dimanche

jeudi 6 avril 2017

Celles qui me traversent d'Anne Théron à Pôle Sud: La mer nourricière

Un rideau géant fait de cheveux ou qui y ressemble s'éclaire et appelle les rêves d'enfant. Des visions fugaces s'en échappent, des bras, deux bras, des fentes, des bouts de corps que l'on attribue à des femmes, apparaissent, disparaissent. 


Celles qui me traversent - Anne Théron - Pôle Sud


La musique, violon, rythme, et des voix chuchotées, intériorisées nous emmènent en nous-même, dans un cocon tendre. Deux jambes, comme l'origine amorcée du monde surgissent. Un morcellement du corps féminin en train de se construire, de se recontruire, par le geste, par la parole, sur l'écran, derrière, se dévoile, émerge et se compose sous nos yeux. 


Celles qui me traversent - Anne Théron - Pôle Sud


Des voix, qui font partie de ces corps projetés en gros plan, bouts rapprochée, très près, dont on essaie de deviner quelle forme, de quelle part sont constituant, nous égrènent des souvenirs, nous parlent de l'intime, citent des consoeurs, tracent une géographie de femmes, nourrissent notre imaginaire d'impressions de féminité.
La musique, le violon, toujours, la contrebasse plus grave, nous porte vers une rêverie qui nous berce, tandis que les corps de deux danseuses se révèlent, devant l'écran et repartent, reviennent, dialoguent entre elles, sont solidaires et indépendantes, se répondent ou s'ignorent. 


Celles qui me traversent - Anne Théron - Pôle Sud

Les deux danseuses, Julie Coutant et Akiko Hasegawe, jouent avec l'écran de cheveux, le font onduler, s'en servent de cachette, se cherchent et se trouvent pour finalement dialoguer dans une complicité complémentaire qu'elles tricotent tandis que les quatre femmes filmées par Anne Théron et dont les mots, les bouts de phrase nous sont distillées dans un flux rythmé et hypnotique nous immergent dans cet univers marin et enveloppant.  


Bon Spectacle

La Fleur du Dimanche


Pôle Sud - du 4 au 5 avril 2017

A Mulhouse à la Filature du 4 au octobre 2017 

Les "paroles filmées" sont dites par Florence Baschet (compositrice), Aurélia Georges (cinéaste), Elizabeth Prouvost (photographe) et Lydie Salvayre (auteure).

Celles qui me traversent 
CONCEPTION ET MISE EN SCENE : ANNE THÉRON
CHOREGRAPHIE : JULIE COUTANT, AKIKO HASEGAWA, AVEC ANNE THÉRON
COLLABORATION ARTISTIQUE : DAISY BODY
DANSEUSES : JULIE COUTANT - AKIKO HASEGAWA
SCENOGRAPHIEE ET COSTUMES : BARBARA KRAFT
CREATIOON VIDEO : NICOLAS COMTE
CREATION SON : SOPHIE BERGER
CREATION LUMIERE : BENOIT THERON
REGIE GENERALE : MAICKAEL VARANIAC-QUARD
ADMINISTRATRICE : SYLVIE ALQUIER / GINGKO BILOBA

mercredi 5 avril 2017

Baal au TNS: dans la cage du hamster, sous le étoiles


Baal inscrit dans son époque - et la nôtre

La version (la deuxième, celle de 1919) de Baal choisie par Christine Letailleur pour son spectacle donné en ce moment au TNS à Strasbourg est peut-être la plus brute, la plus nature, la plus directe et vivante des pièces de Berthold Brecht. C'est, après un premier jet écrit en 1918, et donc son remaniement en 1919, la première vraie pièce qu'il ait écrite, à l'âde de 21 ans (il est vrai qu'à 15 ans il avait écrit une pièce en un acte "La Bible") et dans laquelle il va mettre toute l'énergie de sa jeunesse et sa passion de la poésie et de la littérature.


TNS - Baal - Brecht - Christine Letailleur - Photo: Jean-Louis Fernandez

D'ailleurs, pour cette version, l'ouverture, "le Grand Choral" placé ici en début pose les bases du projet: On y voit Baal, fonctionnaire municipal et poète invité dans les salons de la bourgeoisie énoncer son programme et sa filiation: premièrement, devenir aussi grand que Wedekind, Büchner et les grands poètes français (Brecht s'inspire à la fois de François Villon et du couple Verlaine et Rimbaud pour les deux personnages Baal et Ekart dans sa pièce. Deuxièmement, dynamiter l'ordre établi, autant le pouvoir que l'argent et le sexe.
Vaste programme qu'il va donc systématiquement mettre en pratique et qui par certains aspects ressemble furieusement à notre époque.


TNS - Baal - Brecht - Christine Letailleur - Photo: Jean-Louis Fernandez

Se cogner contre les murs et cogner sur les conventions.

Baal tout au long de la pièce, en trublion anarchiste va systématiquement démonter les relations sociales et se jeter dans le plaisir du sexe, dans toutes ses catégories - la femme marié, la jeune vierge amoureuse et, à priori, fidèle, la jeune fille romantique, la prostituée - dans un cycle sans fin et sans issue. Il va, tout au long de la pièce s'enfermer dans un cercle infernal en s'excluant au fur et à mesure de la société, du travail, du social du bistrot, de la ville et même de la nature. La scénographie et le décor, sorte de cage dans laquelle les protagonistes tournent sans comme des écureuils ou le jeu des entrées sorties des coulisses indiquent bien ce chemin sans issue vers lequel tend la pièce.


TNS - Baal - Brecht - Christine Letailleur - Photo: Jean-Louis Fernandez

Un film sombre et lunaire

Si l'on considère aussi que la pièce est sous le signe de la lune et du feu : Du "générique" de début rouge à l'incendie de la fin, et toutes les scènes relatives à la nuit et la lune, ainsi que les cris de bêtes sauvages, le mauvais rêve nous emporte dans une angoisse croissante. Rajouté à cela le jeu tendu de Stanislas Nordey en un Baal à fleur de nerf, nous voilà emportés dans une longue errance où, en même temps que l'on découvre la puissance du désir, celui-ci se transforme en pulsion de mort - Freud n'est pas loin - avec les morts annoncées, attendues ou non. Remercions Christine Letailleur, une des rares femmes metteur en scène de nous avoir offert ce spectacle avec sa sensibilité, mais qui nous laisse quand même sonné (rappelons que Brecht aimait la boxe!)


TNS - Baal - Brecht - Christine Letailleur - Photo: Jean-Louis Fernandez

Et pour vous donner envie de voir le spectacle, je laisse la parole à Christine Letailleur qui cite Brecht et prouve que ce n'est pas triste du tout:





Bon Spectacle

La Fleur du Dimanche


BAAL

Strasbourg au TNS du 4 au 12 avril 2017

Rennes du 21 mars au 1er avril 2017 au Théâtre National de Bretagne
Paris du 20 avril au 20 mai 2017 à La Colline - théâtre national

Amiens les 23 et 24 mai 2017 à la Maison de la Culture


Texte Bertolt Brecht
Mise en scène Christine Letailleur
Traduction Éloi Recoing
Avec Youssouf Abi-Ayad, Clément Barthelet, Fanny Blondeau, Philippe Cherdel, Vincent Dissez, Manuel Garcie-Kilian, Valentine Gérard, Emma Liégeois, Stanislas Nordey, Karine Piveteau, Richard Sammut

Assistanat à la mise en scène Stéphanie Cosserat
Assistanat à la dramaturgie Ophélia Pishkar
Scénographie Christine Letailleur et Emmanuel Clolus
en collaboration avec Karl Emmanuel Le Bras
Assistanat à la scénographie et aux costumes Cecilia Galli
Lumière Stéphane Colin
Son Manu Léonard
Vidéo Stéphane Pougnand

Production Théâtre National de Bretagne - Rennes
Coproduction Fabrik Théâtre - Compagnie Christine Letailleur, Théâtre National de Strasbourg, La Colline - théâtre national (en cours)

Création le 21 mars 2017 au Théâtre National de Bretagne - Rennes


Le décor et les costumes sont réalisés par les ateliers du TNS

      

dimanche 2 avril 2017

Cerisier de Cayenne ou du Japon - Poisson d'avril ou poisson-chat

En avril, surtout le premier, on attrape les gens avec un fil et on y trouve un poisson.
Pour ne pas déroger à la tradition - n'est-ce pas Roger ? - je suis allé à la pêche aux fleurs du bout du monde et dans mon filet, j'ai attrapé une brassée de fleurs exotiques (Merci à Cathie A. pour son aide involontaire et amicale - Je lui en suis redevable et espère qu'elle pourra bientôt revenir de Guyane) et quelques "prises" qui ont "mordu" à l'hameçon (je m'excuse auprès d'elles et d'eux, ils (elles) en riront je l'espère.

Mais avançons, car comme dit Rosso Blu: "Seul le poisson mort va dans le sens du courant" et cela m'a permis de trouver trois autres pistes:
Le vrai poisson rouge est barbu et c'est un mâle; il s'appelle Barbu cerise, le voici:



C'est bien sûr lui qui est en bas de la photo.
En Guyane, il y a aussi des cerises, et elles s'appellent "Cerises de Cayenne" en voici:




J'ai égalemement découvert une citation d'
Armand (ou Paul-Armand) Silvestre que je vous livre ici: 
"En avril, sous les branches Au feuillage frileux, En cherchant des pervenches J'ai trouvé tes yeux bleus."

Mais le premier avril, je n'ai pas trouvé que des poissons, et des cerises, mais aussi des photographes qui "mordaient" à l'hameçon des cerisiers du Japon.
Je n'ai pas pu m'empêcher de les "attraper" aussi (les photographes et els fleurs. Que voici: 


Les photographes des cerisiers du Japon en fleurs - Photo: lfdd


Les cerisiers du Japon en fleurs - Photo: lfdd



Les cerisiers du Japon en fleurs - Photo: lfdd

Et pour finir en 
chansons, un hommage via Jacques Higelin au peuple de Guyane et aux autres qui essaient de défendre leurs droits - et pour certain leur droit de retour en France...

Cayenne c'est fini de Jacques Higelin




Cayenne c'est fini

Pas d'veine trop de soucis
Cayenne c'est fini

Pas de lettre de mon amie

Ce n'est peut-être qu'un oubli
Cayenne c'est fini
Y'en a qui s'aiment jusqu'au martyre
Où y a d'la chaîne y a pas d'plaisir
Les matons m'ont maté
J'ai plus d'quoi me r'lever

Cayenne bon bon bon bon

Cayenne bon bon bon bon j'ai compris
Cayenne bon bon bon bon c'est fini
Cayenne?

D'puis l'temps qu'j'attends ma r'mise de peine

Y a d'la gangrène dans mes souv'nirs
Vaut mieux en finir quand ça traîne
J'ai pas envie d'moisir ici

Cayenne c'est fini

Cayenne c'est bien fini

Allez les mecs? au goulot

Hey les mecs? au goulot !
et qu'ça saute !

Cayenne c'est fini

J'emmène loin d'ici
La mauvaise graine de mes soucis
Qui a fleuri à Cayenne

Cayenne captivité pas bon

Cayenne tentative d'évasion
Cayenne la prison quadrillée
Cayenne nické par les képis
Cayenne des matons décatis
Cayenne quasiment déphasé
Cayenne plaidoirie kamikaze
Cayenne l'avocat dégoûté
Cayenne lui manqué quelques cases
Cayenne système pénitencier
Cayenne condamné l'accusé
Cayenne à purger lourde peine.

Et je vous souhaite de réussir votre journée, après avoir écouté la deuxième chanson blues du grand Jacques:  Encore une journée d'foutue 

 


Je ne sais pas ce qu'il m'a pris ce matin
Quand je me suis réveillé
Je me voyais déjà parti sur un voilier
Dans les pays lointains
Au bord d'une plage avec une belle fille
Qui m'bat à la nage et qui me déshabille
Pendant que j'gambille
Autour d'un poisson chat
Est-ce que t'entends ce que je vois ?

Aujourd'hui pas moyen de s'arracher
À cette putain de flemme
Ma tigresse toute auréolée de ses tresses
Me caresse la couenne
Quand elle a peur de vivre ou de mourir
Je m'arrange toujours pour la faire souffrir
Jusqu'à ce qu'elle pleure 
Qu'elle pleure de rire
Dans mes bras.


Allez, profitez-en pour regarder les baleines passer...
Bon Dimanche


La Fleur du Dimanche