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dimanche 10 mai 2020

L'incertitude de notre temps, un autre temps, une seconde vie... "Mes Excuses"

Vous me manquez, je voudrais vous revoir, vous reparler, j'en ai assez de communiquer à travers cet écran. J'en ai assez de vous envoyer des tartines et de ne pas savoir si vous les digérez, et ce que vous en pensez. 
Vous aussi, j'imagine, vous en avez assez, et vous n'avez plus le temps d'aller au fond des choses, vous voulez que ça change...
Allez au fond des choses, se poser, on en avait le temps, qu'en avons-nous fait?

Je vous ai écrit souvent au début (le feuilleton quotidien "Court-19"), je vous ai écrit le 1er mai, je voulais recommencer, vous écrire le 3 mai, je voulais vous écrire le 8 mai, je voulais vous écrire le 10 mai, mais....


Fleurs du confinement - Murier - Photo: lfdd


Toutes mes excuses!

Alors bon. Je suis désolé.

Crois moi ou pas, j'ai réécrit cette lettre des dizaines de fois. Et je crois que j'ai travaillé plus de vingt heures pour rien. J'ai pourtant cherché, écrit des centaines de lignes. Et puis j'ai effacé tout ce que j'avais trouvé pour toi. Parce que ce n'était pas au niveau.

Alors hier soir, un ami m'a dit : mais tu n'es pas obligé d'écrire tous les dimanches, qui t'oblige à le faire ?

J'ai répondu un peu sèchement que j'étais un professionnel. Et que ce n'était pas parce que cette newsletter était gratuite que je pouvais m'en affranchir à chaque fois que je manquais d'inspiration. Bon, c'était un peu sec, mais ça m'a aussi permis de comprendre un truc : l'engagement t'enchaine, mais il t'oblige aussi à sortir le meilleur de toi-même.

Et, au fond, cette newsletter n'est pas gratuite, puisque tu concèdes à lui consacrer un peu de ton temps chaque dimanche. Tu me paies avec ton temps. Je ne peux pas le gâcher.

Toujours est-il qu'il est 23h50, nous sommes samedi soir, et je viens juste d'effacer tout ce que je t'avais préparé depuis deux jours. Et donc je suis un peu dans la merde, vois-tu.



Bon, c'est vrai, ce qui est écrit ci-dessus, ce n'est pas moi qui l'ai écrit.. Je ne vous tutoie pas, c'est un "ami", Benoit, qui élève et entraîne des robots à l'intelligence artificielle (I.A.) et qui, comme moi m'écrit le dimanche, et qui continue ainsi:

Je pourrais m'arrêter là. Mais tu vois, je n'abandonne pas. Quand je fais ce travail de chercher et d'écrire, et puis de supprimer parce que ce n'est pas à ta hauteur, j'ai le sentiment d'éplucher un oignon, tu vois. D'en retirer toutes les parties non digestes, jusqu'à en trouver le miel. Et tandis que le temps passe, tandis que la feuille reste vierge, je me dis qu'il y aura forcément quelque chose derrière ces épluchures. Mais s'il n'y avait rien au bout?

Est-ce que je pourrais me contenter de t'écrire : Bonjour, cette semaine je n'ai rien trouvé d'intéressant à te dire ! Tu peux consacrer ton temps libre à autre chose !

Et pourquoi pas ? Qu'en penses tu ?

Tu vas me dire : oui, bien sûr. Sauf que ce n'est pas si simple. Je t'explique.

D'abord, tu te poses peut-être cette question, comment est-ce que je choisis un sujet ? 



Fleurs du confinement - Murier - Photo: lfdd


C'est vrai, cela ne correspond pas tout à fait à mon billet dominical, Benoît, lui parle de "communication", ses sujets concatènent en décortiquant le process de "comment" les informations nous arrivent sur des sujets divers (Exemple, le chemin de la contagion du Covid-19 et la part de vraies et de fausses informations, Raoult le gourou et "l'hydrochloroquine", l'opposition entre "Prix de la vie et coût de la vie" - j'ai utilisé quelques résultats de ses recherches et de ses informations dans certains billets) mais dans le fond, à mon humble niveau, et toutes proportions gardées, les processus (hors robots, collaborateurs et temps passé) se ressemblent. 
Et la question posée au début: "Que dois-je vous offrir, ce dimanche, et le dois-je vraiment?" se pose.
Et oui, j'ai oublié un texte, mais j'en ai gagné un autre, et je vous en remet un bout (et en fin de billet le lien vers l'original si vous souhaitez creuser et même vous abonner, c'est possible).

Voilà le processus (pour Benoît):

Alors je commence généralement le mercredi. Je prends le temps, plusieurs heures, pour lire tout ce que Flint me ramène. J'utilise plusieurs approches algorithmiques pour ne pas m'enfermer : par exemple Thomas m'a créé un flux d'articles susceptibles, selon l'intelligence artificielle de Flint, d'intéresser les scientifiques. Je lis, je regarde, j'écoute. Jusqu'à trouver un signal, une forme de cohérence, une question qui commence à germer. Après je fais quelques essais, je creuse un sillon, je prends des notes. À la fin, en général le jeudi soir, je choisis le sujet qui est le plus prometteur.

Mais parfois mes recherches ne m'emmènent nulle part. Soit parce que je n'ai pas assez d'éléments pour appuyer mes réflexions, et c'est un échec, soit parce que ma question initiale n'était pas la bonne question.

Je consacre en général mon vendredi à écrire, ce qui me permet de consacrer le samedi à la relecture et aux corrections. Il m'arrive assez souvent de tout ré-écrire. Mais en général je suis prêt à tout envoyer le samedi soir, vers minuit une heure du matin.

Alors tu vois, ce soir, alors que je suis à deux doigts de capituler et de ne rien t'envoyer, parce que ton temps est précieux, et que je n'ai justement rien de précieux entre les mains, j'ai envie de casser la routine.

Nous sommes à la veille du déconfinement en France. J-1.


Fleurs du confinement - Arc de fleurs - Photo: lfdd


Eh, ben oui, nous sommes à la veille du déconfinement, mais je pense, et vous pensez peut-être aussi comme Benoît:

C'était censé être un retour à la vie normale, tu sais. Et je réalise que ça ne sera pas le cas.

Je ne sais pas où tu vis, mais moi je vis à Paris. Demain les bars resteront fermés, comme la plupart des lieux qui font la vie d'une grande ville. Mes rendez-vous de la semaine sont toujours programmés sur Zoom.

Je ne sais pas de quoi sera fait le "monde d'après", même si j'ai bien vu que c'était au coeur de beaucoup de discussions. Mais bon. Je suis autant utopiste que pragmatique.

J'ai compris une chose : il n'y aura pas de jour d'après. Il va y avoir des jours. Ils seront faits d'incertitudes. Et peut-être d'abandons. Faute de lumière.

Comme toi j'aimerais bien appuyer sur la touche "reset". Mais je ne la trouve pas sur le clavier qu'on m'a donné. Comme toi je me dis que si le monde, dans sa presque totalité, dans sa complexité insoluble, a pu s'arrêter durant 50 jours sans imploser, il devrait pouvoir faire plus. C'est quand même la première fois dans notre histoire que nous vivons ce moment. Je veux dire tous ensemble. Le monde s'est arrêté. Et il ne s'est pas effondré. 


Et pour finir ma citation de la lettre de Benoît, je vous mets son point sur les masques et un début de sa conclusion:

Pendant longtemps j'ai pensé que les Japonais portaient des masques parce qu'ils étaient obsédés par les germes et donc un peu bizarres. Et puis en me rendant à Tokyo l'an passé j'ai compris que les personnes qui portaient des masques étaient en fait des gens malades. Et que s'ils portaient un masque, ce n'était pas pour se protéger des autres, mais pour protéger les autres.

Parce que protéger les autres c'est se protéger soi-même.

De la même manière, protéger nos institutions, protéger nos médias, notre justice, notre recherche, mais aussi ceux qui nous nourrissent ou qui maintiennent le système en état de marche, c'est nous protéger nous-mêmes. La seule valeur qui survivra à cette mise à l'arrêt forcée, ce n'est pas la maitrise de la dette, c'est la confiance. Rétablir la confiance, malgré nos inévitables failles, devrait être notre unique priorité. Notre seul indicateur de succès. Peu importe la dette, peu importe le PIB. La santé d'une nation se mesurera demain à la lumière de son indicateur de confiance. Pourquoi ? Parce que sans condiance, pas de liens. Parce sans liens, pas de survie. Parce que sans survie, pas d'avenir.

Alors tu vois que la fraternité ce n'est pas qu'un truc de gauche. C'est l'énergie de demain.




Fleurs du confinement - Sureau - Photo: lfdd


La crise et la seconde vie


Pour continuer, je vous propose un extrait d'une tribune du philosophe François Julien qui, dans le Monde du 17 avril, nous parle de la "crise" et de la vie d'après, et de l'Europe.


"On peut proposer une autre approche de la «crise», notamment à partir d’une autre tradition de langue et de pensée, telle la chinoise. En chinois - c’est devenu aujourd’hui une banalité dans les milieux du management - «crise» se traduit par wei-ji: «danger-opportunité». La crise s’aborde comme un temps de danger à traverser en même temps qu’il peut s’y découvrir une opportunité favorable; et c’est à déceler cet aspect favorable, qui d’abord peut passer inaperçu, qu’il faut s’attacher, de sorte qu’il puisse prospérer. Aussi le danger en vient-il à se renverser dans son contraire. De tragique, le concept se dialectise et devient stratégique.

L’Europe est en retrait, et même au bord de la faillite. Mais, si elle sait traverser la décennie à venir sans tomber en morceaux, elle retrouvera une initiative dans l’histoire, quand ces empires seront usés – mais qui ne soit pas de l’impérialisme. Oui, l’Europe peut entrer dans une « seconde vie ». Le tragique tranchant de la crise nous contraint heureusement aujourd’hui à sortir de la passivité."

Que veut-il dire par seconde vie? 

"La « seconde vie » ? Non pas une nouvelle vie, en effet, dont on ne voit pas de quelle coupure – de quel miracle – elle procéderait, mais une seconde vie qui, découlant de la vie précédente, mais s’en décalant, en décoïncidant par l’épreuve traversée, peut effectivement s’en dégager. Elle gagne en lucidité: la lucidité n’est ni l’intelligence ni la connaissance, mais la capacité de tirer parti du négatif traversé. Elle permet de choisir plus effectivement sa vie: de désinvestir ce qui dans sa vie n’est plus porteur ou est tari; et, par suite, de mieux investir, en revanche, ce qui, passé au crible de la vie, apparaît non plus illusoire, mais ouvrant de la vraie vie. Voilà que, ayant déjà « vécu », je suis en mesure enfin de commencer de comparer et de choisir effectivement, donc d’engager concrètement ma liberté. A l’époque classique, on appelait cela «réformer sa vie». J’aime beaucoup la formule de Rousseau à cet égard: « Je persistai: pour la première fois de ma vie, j’eus du courage...» Car on peut aussi ne pas avoir ce courage, passer à côté de cette possibilité se dégageant discrètement, en cours de vie, continuer de vivre une vie qui s’étiole, rater la possibilité d’une seconde vie."


Une autre idée du "confinement"
Mais ne sommes-nous pas toujours dans un certain confinement? Ne sommes­ nous pas toujours bordés – bornés – par le monde environnant? A quoi répond, je crois, la capacité d’«existence». Car exister, c’est «se tenir hors», dit le latin. En même temps que je demeure dans le monde, limité par lui, confiné en lui, je peux me tenir hors de lui, déborder de sa clôture. Et d’abord se tenir hors de soi dans l’Autre. Le regard en face­ à ­face fait signe vers cette ouverture. En quoi exister est éthique. Il est ce qui fait l’humain, bien avant toute morale: le propre de l’humain, ce qui l’a promu en humain, est qu’il a pu décoïncider des conditions imparties et s’aventurer hors des limites de son confinement. Ce pourquoi «seul l’homme existe ».


Fleurs du confinement - Plumeau - Photo: lfdd


Le temps de l'incertitude


Andrew Ridker est un écrivain américain. Son premier roman Les Altruistes a été remarqué dans le monde entier, et il va intervenir aux Assises Internationales du Roman 2020 à Lyon organisées du 11 au 17 mai par la Villa Gillet, en partenariat avec Le Monde et France Culture. Le thème en est "Le temps de l'incertitude".
Il va intervenir lors d'une table ronde avec 5 autres écrivains le 17 mai lors d'une table ronde: Lettres de mon pays.
Voici un extrait de sa réflexion: 

Nous nous répétons qu’en Amérique n’importe qui peut « réussir », qu’il suffit de s’en donner la peine, tout en fermant les yeux sur l’extrême consolidation des privilèges et de l’inégalité des chances qui s’est opérée ces dernières décennies (à commencer par le durcissement des conditions d’entrée sur le territoire). Ces histoires ont-elles été vraies un jour, ne serait-ce que pour une certaine catégorie d’individus?
On peut en discuter, mais il est désormais clair pour la grande majorité des Américains ordinaires que leur pays a déçu les espoirs et les attentes qu’il avait fait naître en eux. Et s’il y a deux choses auxquelles sont enclins les Américains, ce sont l’espoir et l’attente.
En tant qu’écrivain, je m’intéresse aux histoires que les gens – et les pays – se racontent sur eux-mêmes, et à la manière dont ils réagissent quand elles ne se terminent pas comme ils l’escomptaient.
J’ai commencé à écrire mon roman Les Altruistes en 2015, moins d’un an après avoir terminé mes études. (...) Durant les mois qui ont suivi l’obtention de mon diplôme, il m’a semblé observer chez mes amis deux grandes tendances d’orientation: les uns partaient gagner des salaires faramineux dans la finance en tant que banquier ou consultant, quand les autres se mettaient au service d’associations caritatives comme Teach for America ou City Year (associations venant en aide aux élèves des écoles publiques situées dans des zones urbaines défavorisées) (...). Si mes amis financiers rougissaient de gagner autant d’argent à une époque d’inégalités historiques (...), mes amis de Teach for America se sentaient eux aussi coupables: ils étaient mal formés,  les écoles où ils enseignaient manquaient de moyens et, au fond d’eux, ils redoutaient que leur inexpérience ne les conduise à faire plus de mal que de bien. Argent et prestige d’un côté, bienfaisance de l’autre, à chaque camp son attrait et ses problèmes distincts: je tenais le point de départ de mon roman.



Fleurs du confinement - Coquelicot - Photo: lfdd

Comme vidéo du jour, plutôt qu'une chanson, je vais commencer par la vidéo de Vincent Lindon, son appel, vu presque 5 millions de fois et que m'a recommandé Benoît en me disant:


Tu as sans doute vu cette vidéo de Vincent Lindon. Elle a été visionnée 4 millions de fois. Elle t'a peut-être touché, ou alors énervé. Tu as peut-être été d'accord avec son constat, qui ne le serait pas ? Mais alors moins convaincu par les solutions qu'il propose ?

Ce que je retiens de son message, au final assez humble, c'est son obsession à rétablir la confiance envers nos dirigeants politiques. Avant toute chose. Avant même la santé. Avant même le climat. Et si c'était la clé ? Tu en penses quoi ?

Et vous? Faites-vous en votre propre opinion, en tout cas, il prend un peu de recul et pose le doigt là où cela fait mal...
A vous d'en tirer les conclusions et les conséquences...






Allez, je vous mets quand même un peu de musique... 
Un hommage à Kraftwerk dont le membre fondateur en 1970 avec Ralf Hütte, Florian Schneider-Esleben est décédé la semaine dernière.
Trois de leurs morceaux, Autobahn du disque éponyme de 1974, Kling-Klang de leur deuxième disque Kraftwerk 2 (1972), Tanzmusik de leur troisième disque "Ralf & Florian" (1973), avec une version TV, leur premier passage à la télévision allemande (rétro garanti!)















Et pour finir, un peu d'adrénaline... Nous parlions d'information, le média en ligne Rue89 Strasbourg est au plus près de l'information, de l'actualité et réalise des enquêtes originales et poussées, quelquefois des scoops intéressants ou qui dérangent. Cette fois ci, un angle d'approche très original sur un métier impacté par la crise du coronavirus, celui d'un habitant de Cronenbourg, sous le titre "Alain Lobet: trente années qu’il plonge du huitième étage", je vous laisse lire l'article qui commence ainsi:
"Il a parcouru le monde, de parcs d’attractions en falaises, se produisant dans des paysages de rêve et sous les yeux de centaines de spectateurs. À bientôt 52 ans, Alain Lobet, le titi de Cronenbourg, a déjà derrière lui trois décennies de plongeon de haut vol. Comme chaque année, il passe la morte saison à Strasbourg."

Et qui finit ainsi  /!\ Attention Danger /!\:






Bon Dimanche

La Fleur du Dimanche

dimanche 26 novembre 2017

Pour Noël, une Intelligence Artificielle, un Cerveau Bleu, un Minidrone de Guerre ou un Robot Salto

Ce n'est pas encore Noël, ni même le premier dimanche de l'Avant, mais avec tous ces Vendredi Noirs et Marchés de Noël qui poussent comme des champignons, on peut se demander de quel cadeau on rêve pour les fêtes de fin d'année.

Et à propos de champignons, en regardant le pissenlit - Taraxatum, on peut se demander ce qu'il sème à tout vent... On peut espérer qu'on s'aime à tout vent plutôt...


Taraxatum - Pissenlit - Photo: lfdd


Pour en revenir à l'Intelligence Artificielle, IA pour les intimes, que l'on croyait limitée, une philosophe française, Catherine Malabou qui dit dans son livre, Que faire dans notre cerveau, "Je pensais avoir atteint un mur infranchissable: la frontière entre l'homme et la machine" et elle parle de l'évolution de sa conception de la différence entre l'homme et la machine dans son dernier livre intitulé "Métamorphose de l'intelligence. Que faire du Cerveau Bleu?" avec les expérimentations scientifiques ont bouleversé ses points de vue.
Avec les puces "synaptiques" et le projet Blue Brain - cerveau bleu  à Lausanne, qui a pour objectif "la création d’un cerveau synthétique, réplique de l’architecture et des principes fonctionnels du cerveau vivant et la simulation de la vie", se posent d'autres questions : "Où situer, entre vie biologique et vie symbolique, la vie artificielle" qui serait "une intruse", une "doublure menaçante", ou un "nécessaire intermédiaire" qui permet de mieux comprendre les rapports et les intrications entre les deux premières et saisir "une forme d’hybridation entre le vivant et la machine"? 


Taraxatum - Pissenlit - Photo: lfdd



Dans l'article du Monde du 17 novembre " Plus rien ne nous séparera" de Céline Henne, Catherine Malabou dit: "Je me suis aperçue que mes conclusions étaient vraiment fausses. La frontière entre homme et machine est devenue poreuse: plus rien, ne principe, ne sépare radicalement l'intelligence artificielle de l'intelligence humaine.
Céline Henne précise que: "L’intelligence qui se définit par la dialectique entre autonomie et automatisme, programmation et rupture, caractérise aussi bien le fut ut ordinateur que l'homme."
Et Catherine Malabou de préciser, en remettant l'homme dans sa destinée: "Si l'intelligence, c'est le pouvoir de se transformer, j'essaie de montrer qu'elle est inséparable de l'autocritique.
A bon entendeur, salut!
Et elle en appelle à plus d'ouverture, surtout du côté français, et dans la collaboration entre la philosophie, les neurosciences et le politique:
"La neurobiologie véhicule une série de normes qui modélisent le cerveau: c'est là le vrai problème. Sur ce terrain, il y a, contrairement à ce qui se passe dans le monde anglo-saxon, un silence total des philosophes d'Europe continentale, où la place est laissée libre aux neurobiologistes pour produire une philosophie du cerveau très pauvre. La philosophie doit revenir sur la scène, entrer en dialogue avec les scientifiques pour développer une pensée du cerveau qui soit une pensée de la créativité, de l’épigenèse, de l'invention sans programme." 


Taraxatum - Pissenlit - Photo: lfdd


Ceci n'est pas pour peindre le diable sur la muraille, comme vous le verrez plus loin, mais, juste rester attentif et au aguets, garder en main un peu de son destin, même si comme semble le dire Steven Pinker, le monde n'a pas connu une "Longue Paix" comme aujourd'hui... En quelque sorte plus de conflit majeur depuis 1953! Et les tueries du XXème siècle ne sont rein face au 36 millions de morts en Chine au VIIème siècle avec la révolte d'An Lushan qui a décimé un sixième de l'humanité.

Cela ne nous empêche d'être attentif à la fois à l'évolution de l'IA - Intelligence artificielle, aux objets connecté, aux objets autonomes, aux robots et aux drones, dont les progrès sont impressionnants  comme vous pouvez le voir dans les deux films suivants:








Si vous voulez en savoir davantage, un article d'Isabelle Champeron, dans le Monde du 22 novembre intitulé "Les "Terminators" courent encore" en parle largement. 



Taraxatum - Pissenlit - Photo: lfdd

Et pour finir en chanson, je vous rappelle que le 24 janvier 2016 en parlant des "robots écrivains" je vous avais offert les historiques en différentes versions de "Roboter" de Kraftwerk, que je ne remettrais pas pour ne pas me répéter (pour mes lecteurs fidèles), mais que vous trouverez ici:
Je ne suis pas... une fleur. Je suis. Je suis un robot

Par contre, je vous mets Toto le Robot et L'avion de Luke et "Comme un avion sans ailes": d'Hubert-Felix Thiéfaine:










Et pour finir "Tombé du ciel" d'Higelin:




Bon Dimanche

La Fleur du Dimanche  

dimanche 24 janvier 2016

Je ne suis pas... une fleur. Je suis. Je suis un robot

Je vous avais promis une suite. Mais quelle suite possible à un écrivain caché, un écrivain qui ne veut pas dévoiler son identité, qui utilise un  pseudonyme ? 
Cet écrivain existe-t-il vraiment ?

La suite nous le dira, mais d’abord une fleur, qui n’est pas une fleur….


Je ne suis pas une fleur - Photo: lfdd


Et pour les écrivains, il se trouve (encore le hasard ?) que dans le même numéro du Monde des Livres, deux articles allaient encore plus loin que le camouflage ou le secret de l’écrivain.

Le rythme littéraire de l’algorithme.

L’un parlait de l’influence – et même des nouveaux territoires – de l’ordinateur. Intitulé «Le best-seller et l’algorithme» Macha Séry évoquait les multiples usages et influences de la technologie et de ses capacité, en particulier de pouvoir analyser les «clés du succès».
C’est «un étude ­algorithmique de 200 romans ayant ­monopolisé le palmarès des meilleures ventes établi par le New York Times», qui donne des résultats étonnants.
Si vous voulez devenir un écrivain à succès, voici donc quelques les éléments qu’il faut respecter pour rentrer dans cette liste de «happy few»: «pas plus de onze mots par phrase, que vos personnages – au moins au nombre de 3 ou 4 – boivent du café, qu’ils se douchent, qu’ils froncent souvent les sourcils, serrent la mâchoire, soupirent, sourient ou hochent la tête. Evitez les rats, les géants et les ours, qui peuplent rarement les best-sellers. Faites fi de la nostalgie liée à l’enfance.» Eviter les «émotions complexes ­telles que la honte et la pitié. … la nature, mer ou montagne.» Optez plutôt pour «les dialogues, les verbes d’action, le vocabulaire à caractère policier et judiciaire (enquêtes, pistolet, meurtre, avocat, indices). Evoquez les technologies les plus en pointe et multipliez les conflits.»



Je ne suis pas une fleur - Photo: lfdd


La suite de l’article est encore plus étonnante. Elle parle d’une expérience qui a permis, à partir de l’analyse des textes des livres primés dans certains prix littéraires de pouvoir prédire le suivant. Ironie du sort, ce qui aurait pu être le cas… Mais ironie du sort, les responsables de l’étude ayant constaté que souvent le prix allait à l’encontre des prévisions, ils ont introduit cette variable supplémentaire qui a finalement donné le mauvais pronostic.



Je ne suis pas une fleur - Photo: lfdd


Je ne suis pas un écrivain, je suis un robot.

Le deuxième article est également assez étonnant. Déjà de par la relation du titre et du nom de l’auteur, Pascal Chabot. Nom qui en priori n’engage à rien, sauf qu’en y rajoutant un «t», nous avons Chatbot qui, en anglais est la contraction de «to chat» - discuter (via internet) – et une variation des robot «Bot» qui en général analysent (crawlent) à longueur de journée les sites internet, soit pour les référencer ou analyser vos actions ou même vous voler des données (par exemple en essayant par le calcul de découvrir des mots de passe….
Ce livre, intitulé «ChatBot le Robot. Drame philosophique en quatre questions et cinq actes» se passe en 2015 et raconte l’histoire d’ordinateurs devenus tellement intelligents qu’ils ont acquis la capacité de philosopher. L’article de Roger-Pol Droit, intitulé «Figures libres. Méditations d’un robot philosophe» en parle ainsi : «Un jury de professeurs, façon thèse et ¬habilitation, va donc mitonner des questions pièges pour le premier des « chatBots » (robots capables de converser) supposé philosophe. Il s’agit de savoir, en fonction de la pertinence de ses propos, si on peut légitimement considérer ce robot comme un penseur autonome, capable de méditations authentiques, non de ¬contrefaçons habilement coupées-collées.
Certes, sa « formation » n’a duré qu’un petit trimestre. Mais, étant donné les capacités surhumaines de la machine, ce fut bien suffisant pour qu’elle intègre tous les lexiques nécessaires, sache distinguer entre les écoles de pensée, possède à fond les œuvres classiques et leurs flots de commentaires, grave dans sa mémoire des milliers de citations, intègre même les sommaires de toutes ces revues savantes que plus personne d’humain ne lit depuis longtemps. Bref, son savoir philosophique est largement supérieur à celui du thésard moyen, sans parler des professeurs… D’autant que le robot fut doté aussi de tous les liens entre idées, techniques d’argumentation, analyse des concepts… bref, un trousseau complet.
Elégance et simplicité
Le grand jour venu, quatre questions ont été préparées par les membres du jury. Le robot les ignore. Elles portent sur lui-même, sa capacité à être philosophe, son mode d’existence, sa conscience de soi, son éventuelle supériorité sur les humains. Le test est d’autant plus crucial que rien, dans sa programmation, n’a porté, délibérément, sur ces points précis. On s’en voudrait de divulguer, tel un stupide chatBot spoiler, les belles réponses de la machine. Leur subtilité fait le charme de cette courte fiction, très réussie…..»


Je ne suis pas une fleur - Photo: lfdd


Et il conclut: «Ce tout petit texte soulève en effet, avec élégance et simplicité, une série d’interrogations cruciales : faut-il être humain pour philosopher ? Si ce n’était plus le cas, que deviendraient, en retour, les humains ? [… ] La machine, dans ses répliques, se montre très fine, en tout cas dans cette fiction, dont on ne peut quand même pas oublier que l’auteur reste un humain. Si c’était l’inverse, il serait devenu, si l’on ose dire, robot pour être vrai…»


Je suis un Robot

En prime, je vous offre deux robots en bambou d’Ai Weiwei visibles dans les vitrines du Bon Marché à Paris :


Je ne suis pas un robot - Ai Weiwei - Photo: lfdd


Et en musique, quelques versions de la chanson «Je suis un Robot» de Kraftwerk.

D'abord la version de 1977




Puis celle de 1978





Et celle, revisitée de 2013





Bon dimanche.  

La Fleur du Dimanche

dimanche 28 avril 2013

Bleu pervenche, blanc cerisier et rouge café... Cela amène-t-il au capitalisme artistique ?

"L'art, disait Camus, est un moyen d'émouvoir un plus grand nombre d'hommes" (voir le texte d'hier et de dimanche dernier), et le "capitalisme artistique" ? 
On en saura plus dans le TVA... en fin de texte.
Tout d'abord quelques pervenches cueillies - photographiquement - sur le bord des chemins la semaine dernière:


Bleue pervenche - Photo: lfdd

Plus loin, dans les champs, les cerisiers aussi étaient en fleurs  - il y a deux ans, ils étaient déjà en fleurs le 10 avril..


Blanc cerisier - Photo: lfdd

Le bleu du ciel fait de l'ombre aux timides pervenche, et le blanc du buisson suivant éclabousse le cerisier...


Ciel Bleu - buisson blanc - Photo: lfdd

Je vous avais annoncé les couleurs du drapeau français, le rouge par contre est dans les étoiles et non dans les fleurs, mais c'est un rouge "original":


Rouge de café - Photo: lfdd

C'est un rouge bouchon plastique qui ravit disait-on autrefois... Pour en revenir aux pervenches avant les TVA, une deuxième photo:


Bleues pervenches - Photo: lfdd


Et le premier TVA promis, un poème d'Alphonse de Lamartine:

La pervenche

Pâle fleur, timide pervenche 
Je sais la place où tu fleuris, 
Au pied des monts, ton front se penche 
Pour mieux charmer nos yeux épris ! 

C'est dans un sentier qui se cache 
Sous ses deux bords de noisetiers 
Où pleut, sur l'ombre qu'elle tache 
La neige des blancs églantiers 

Une source tout près palpite 
Où s'abreuve le merle noir ; 
Il y chante et moi je médite 
Souvent de l'aube jusqu'au soir.


O fleur ! que tu en dis des choses 
A mon amour, quand je reviens, 
Quand tu me parles à lèvres closes, 
Et que mon coeur écoute le tien... 




Bleues pervenches - Photo: lfdd



Pour le deuxième TVA, annoncé en titre "Capitalisme artiste", un extrait de l'interview de Gilles Lipovetsky, sociologue et philosophe, dans Libération du 26 avril. Il vient de publier "l'Esthétisation du monde" avec Jean Serroy, critique d'art.

La réflexion est intéressante, le titre en est "Le capitalisme artistique ne fait pas le bonheur" et je vous en livre quelques extraits:

"Nous sommes au stade hyperbolique de ce système marqué par l'inflation esthétique. Plus un seul objet qui ne soit objet de design....
Cette promotion du paradigme esthétique est l'enfant du capitalisme de consommation. D'où cet oxymore hypermoderne: le capitalisme artistique.
... Le capitalisme a créé un type d'art sans précédent: un art de consommation de masse (cinéma, publicité,...) qui ne requiert aucune culture spécifique. Un art sans aucun idéal d'élévation, qui se mèle aux marques, au sport, à la mode, au divertissement  Dans ce cadre qui voit se constituer des empires esthético-marchands, les territoires autrefois disjoints de l'art et de l'industrie, de la mode et de l'art, de l'avant-garde et du business sont pris dans une dynamique d'hybiration: Vuitton fait appel à Stephen Sprousse; Christian Lacroix dessine une montre pur Swatch; BMW propose un cabriolet "Magritte". C'est un capitalisme trans-esthétique qui triomphe...
...et plus loin:
A l'époque de Hegel et Marx on pensait pouvoir déchiffrer les lignes du devenir humain. Aujourd'hui, on est plus modeste.... Dans cette société sans conte-modèle global, il y a toutefois des contradictions ou des tensions qui ouvrent des voies inconnues. Tension entre consumérisme et écologie; entre idéal d'épanouissement individuel immédiat et exigences de formation; entre vie esthétisée et médicalisation de la société; entre vitesse et désir de ralentissement du rythme de vie (slowfood, slowlife,..). En dépit des contraintes écologistes, le capitalisme artistique a de beaux jours devant lui. Mais plus l'avenir marchand sera irrésistible, moins nous savons ce qu'il sera..."


Si vous voulez lire l'article complet, il est ici:
http://www.liberation.fr/economie/2013/04/25/commentaires/le-capitalisme-artiste-ne-fait-pas-le-bonheur_899049

Je vous le livre tel quel pour alimenter votre réflexion. En complément, une des miennes: .
Qui de Raymond Loewy ou Andy Warhol fait de l'Art?
Et une question: 
Préférez-vous acheter un aspirateur moche et pas cher qu'un aspirateur beau et efficace - ou un aspirateur de Jeff Koons ?

Pour finir sur cette piste du design efficace, regardez vous appareils ménagers et posez-vous la question des raisons du choix de vos achats...

Et pour ne pas rester sur une note pessimiste concernant la société, sachez aussi que des tendances émergent concernant des variétés de partage multiples...

Et un petit bonus, révélé par un autre article du même journal, deux pages plus loin intitulé "Tout nouveau, tout robot" nous apprends que les robots apprennent comme nous et vont bientôt nous aider à monter les étagères....

Jetez un coup d'oeil sur le film ci-dessous:



Bon Dimanche

La Fleur du dimanche