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dimanche 19 février 2017

Bois gentil nouveau et gentille coccinelle, avec une fin en poisson (la maman est gentille aussi)

La chronique de ce dimanche a failli ne pas avoir lieu pour diverses raisons.
Le billet de cette Fleur du Dimanche presque anniversaire (la Fleur du Dimanche est parue la première fois sur le web le 20 février 2011)  a rencontré sur sa route cette semaine pas mal d'obstacles (pas de fleur, pas de TVA - Texte à Valeur Ajoutée, pas le temps, pas bon le moment,...).

Elle est tout de même là pour vous et vous présente la Fleur capturées de justesse, avec une coccinelle cachée, découverte aujourd'hui:


Bois gentil avec coccinelle noire - Photo: lfdd


La coccinelle est noire, mais puissse-t-elle aussi vous apporter le bonheur dans les jours qui viennent..


Coccinelle noire - agrandissement - Photo: lfdd


En guise de TVA, un texte "pêché" au dernier moment, en fait une mise en parallèle de deux textes sur les livres qui répondaient à ma question de "certitude" et qui ont été le premier déclencheur de cette "levée d'obstacles" pour notre rendez-vous.

Je vous le livre (en extraits) tel quel.
Tout d'abord quelques lignes d'Eric Chevillard pour son "feuilleton" dans le Monde des Livres de ce vendredi, "Fiction sans Friction" qui commence ainsi:
"La chronologie de nos vies n'est pas toujours facile à suivre. Mais notre destin prend forme  quand nous lisons un roman. Quand nous nous soumettons à son ordre. Enfin une trajectoire nette. Pour avancer droit, tourner les pages est plus sûr que mettre un pied devant l'autre...
Les récits les plus extravagants ont néanmoins une cohérence tout à fait appréciable pour le naufragé qui dérive sur son esquif. 
....
Le lecteur... préfère à son tour méditer sur cette question: vaut-il mieux dans la vie trouver à s'employer ou rester prêt à tout ?


Le deuxième texte nous vient de Roger-Pol Droit (tout juste en dessous de celui d'Eric Chevillard) et il s'intitule "Eloge de l'inachèvement perpétuel":

En voici aussi des morceaux choisis à mixer avec le précédent:
"Il n'y a pas qu'une seule manière d'exister. Une table, Hamlet, un électron, une racine carrée existent, mais différemment. Ce qui importe, dans ces multiples existences dissemblables, ce sont d'abord les manières. On ne les confondra pas avec les regards que portent les observateurs."
...
Autour de chaque chose réelle se profile en permanence une foule de bribes, de bordures, une nuée de potentialités: l'arche du pont est cassée, mais la courbe se poursuit invisiblement au-dessus du vide.
....
Dès lors, le monde a beau être plein, il est toujours inachevé. Mieux: chaque chose, parfaitement existante, se révèle, virtuellement, en voir de métamorphose. Vu sous cet angle, l'inachèvement n'est pas un manque, une marque d'incomplétude... 
Il est tapi dans ces "Existences moindres" qui entourent toute chose comme un halo, et font basculer son existence en une autre."


Pour ne pas être tout à fait déprimé, une chanson qui fera à la fois souvenir et sourire: 
Allez Boby ! Une petite pointe d'humour !



Et une un autre clin d'oeil avec Bourvil et Louis de Funès:


 


Bon Dimanche

La Fleur du Dimanche  

P.S. Je partage une pensée émue avec tous ceux qui récemment ont perdu une personne proche....

dimanche 10 avril 2016

Vivre et exister: s'ouvrir et sortir de soi, vérifier si c'est la vie...

J'avais annoncé lui acheter des roses, mais finalement celles-ci se sont transformées en tulipes... 
Et les tulipes, comme le disait la fleuriste: "Pas trop d'eau"...
Et la fleuriste a raison.... 
La fleur du jour va voir la chronique d'une existence....


Chronique d'une tulipe annoncée - Photo: lfdd




Chronique d'une tulipe annoncée - Photo: lfdd


Et pour ponctuer l'existence de ce bouquet de tulipes, je vous propose un petit parcours autour du concept d'exister...

Et comme je le disais dans le titre, "Exister, c'est s'ouvrir". Comme les tulipes:


Chronique d'une tulipe annoncée - Photo: lfdd


Mais, à trop s'ouvrir....
Comme le dit Michel Tournier dans "Vendredi ou les limbes du Pacifique":

"Exister, qu’est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire être dehors, sistere ex. Ce qui est l’extérieur existe. Ce qui est à l’intérieur n’existe pas. […] C’est comme une force centrifuge qui pousserait vers le dehors tout ce qui remue en moi, images, rêveries, projets, fantasmes, désirs, obsessions. Ce qui n’ex-siste pas in-siste. Insiste pour exister."


Chronique d'une tulipe annoncée - Photo: lfdd


Et plut tôt, Plutarque disait:
"Il faut vivre et non pas exister."

Cette dichotomie, François Jullien essaie d'en résoudre l'opposition dans son dernier livre "Vivre en existant. Une nouvelle Éthique" qu vient d'être publié par les éditions Gallimard.

Il en parle ainsi:
"Entre ces deux grands termes rivaux, l’être et le vivre, exister est le verbe moderne qui fait lever un nouveau possible. Mais comment décrire l’existence sans plus construire – comme la philosophie l’a fait de l’Être – en s’en tenant au ras du vécu ? Je cherche ici des concepts qui décolleraient le moins de l’expérience : on reste dans l’adhérence au vital ou l’on en désadhère. Car exister, c’est d’abord résister. Sinon ma vie s’enlise ; ou bien elle peut basculer. Elle s'amorce et se résorbe – plutôt qu’elle ait "début" et "fin". Elle reste prise dans le "dur désir de durer" ou bien je peux en émerger. Ou si seul le phénoménal existe, il faudra reconnaître ce qui s’y ouvre de faille (tel le "sexuel") ou qui l'excède : la rencontre de l’Autre. Car si vivre, c’est déjà dé-coïncider d’avec soi (sinon c’est la mort), exister est ce verbe nouveau qui, détaché de l’Être, promeut cette désadéquation en ressource. "Ex-ister", c’est en effet, littéralement, "se tenir hors" – il faudra dire de quoi. Ou comment émerger du monde, mais dans le monde, sans verser dans l’au-delà de la métaphysique? De là se dégage une nouvelle Éthique qui ne prêche pas: vivre en existant."

Comme le dit Roger-Pol Droit dans le Monde des Livres du 8 avril:
"Exister" Le terme suppose en effet de sortir de soi, d'émerger du monde. Il évoque l'exigence de défaire routines, contraintes, adhérences pour dessiner de nouveaux possibles. Ainsi répète-t-on tristement "c'est la vie" quand on se résigne à accepter ses pesanteurs et répétitions. 
Exister suppose exactement le mouvement inverse."

Si vous voulez en savoir davantage sur cette démarche et que vous êtes à Paris le 14 avril, vous pouvez  rencontrer l'auteur lors d'une conférence à 18h00 à Paris à la Fondation Maison des Sciences de l'Homme.

Chronique d'une tulipe annoncée - Photo: lfdd

Pour ce qui est des chansons sur le concept, il y en a peu et peu philosophiques, je trouve.

J'en ai découverte une, bien cachée et pas connue (si quelqu'un la connaissait, faites-moi signe...).

Il s'agit littéralement de "Exister" de Serge Franklin (1968)




Comme les paroles ne sont pas très audible, je vous les offre...

"Vous vous êtes levé, et bien sûr il pleuvait
Vous vous êtes rasé, vous vous êtes coupé
En faisant le café, vous vous êtes brûlé
Exister
Exister
Exister

Une lettre posée là sur la cheminée
Qui semble vous narguer dit qu'elle vous a quitté
Vous froissez le papier entre vos doigts serrés
Exister
Exister
Exister

L'argent vous f'sait marcher dans les rues surpeuplées
Les gens semblent posés sur l'asphalte mouillé
Tout commence à tourner, vous avez la nausée
Exister
Exister
Exister

Vous rentrez vous cacher chez vous un tour de clef
Le miroir étonné vous regarde parler
Dans l'encens la fumée, surtout ne plus penser
Exister
Exister
Exister
Exister
Exister
Exister… 


Chronique d'une tulipe annoncée - Photo: lfdd


Un autre plus sur le mode impératif et plus connue (?), de François Feldman "Existe"






Chronique d'une tulipe annoncée - Photo: lfdd


Sinon, exister semble très très difficile, un grand combat qu'ont essayé de mener et Johnny et Patrick Bruel et "le plus dur reste à faire..."

Patrick Bruel - Pour exister

Et Johnny Halliday:



En voici les paroles:

"J'ai passé tellement de temps à regarder en arrière
A voir passer des gens au regard éphémère
J'ai passé tellement de nuits à courir derrière tout
A courir vers ma vie, pour ne pas devenir fou

A croiser des destins faits de haine et d'ennui

de larmes versées pour rien au milieu de mes nuits
J'ai peut-être joué ma vie sous de drôles de lumières
Mais j'ai toujours pensé que le plus beau reste à faire

Pour exister

Et pour gagner
Toutes les batailles que le temps me force à jouer
Et pour tenir
Malgré le pire
Les poings serrés sans rien dire apprendre à souffrir"



Chronique d'une tulipe annoncée - Photo: lfdd


Pour Marilou, cela ne se conçoit qu'à deux - Exister à deux: 



"Viens t'abandonner, qu'on oublie nos mal d'aimer
Viens, pour oublier qu'on aurait pu se manquer

Malgré qu'on ait jamais eu d'amour

Sans qu'ils nous emprisonne au détour
Malgré qu'on ait jamais cru au jour
Où on serait libre d'exister à deux

Viens t'abandonner dans mon amour sans tomber

Juste ici mon amour
Entre aujourd'hui et toujours"


Chronique d'une tulipe annoncée - Photo: lfdd


Certains se posent la question de l'existence de l'Amour ou de Dieu 


Jean-François Michael Si l'amour existe encore




Claude Dubois - SI DIEU EXISTE:





Brassens de son côté le prend avec humour: 
"Dieu, s'il existe, il exagère,
Il exagère."
Et Maxime Le Forestier lui rend hommage - à Georges, pas à Dieu...

Dieu s'il existe. Le Forestier - Brassens:



"Au ciel de qui se moque-t-on ?
Etait-ce utile qu'un orage
Vînt au pays de Jeanneton
Mettre à mal son beau pâturage ?
Pour ses brebis, pour ses moutons,
Plus une plante fourragère,
Rien d'épargné que le chardon !
Dieu, s'il existe, il exagère,
Il exagère."


Chronique d'une tulipe annoncée - Photo: lfdd

Julie Zenatti a rencontré l'amour:
"L'amour existe encore" - Julie Zenatti / 20 Septembre 





Mais d'autres, comme Joe Dassin se posent la question de la non existence de l'autre:
 Joe Dassin - Et si tu n'existe pas:






Chronique d'une tulipe annoncée - Photo: lfdd


Et Art Mengo nie carrément l'existence de la mer:

"La mer n'existe pas 
Parfois nous la rêvons 
Mais elle n'existe pas 
Ce n'est qu'une intuition.."

ART MENGO - La mer n'existe pas



Et Farruko, celle de l'Amour:

El Amor No Existe - Farruko [Audio Original] [Letra]





Bon Dimanche et existez bien, et surtout vivez et sortez!

La Fleur du Dimanche

dimanche 24 janvier 2016

Je ne suis pas... une fleur. Je suis. Je suis un robot

Je vous avais promis une suite. Mais quelle suite possible à un écrivain caché, un écrivain qui ne veut pas dévoiler son identité, qui utilise un  pseudonyme ? 
Cet écrivain existe-t-il vraiment ?

La suite nous le dira, mais d’abord une fleur, qui n’est pas une fleur….


Je ne suis pas une fleur - Photo: lfdd


Et pour les écrivains, il se trouve (encore le hasard ?) que dans le même numéro du Monde des Livres, deux articles allaient encore plus loin que le camouflage ou le secret de l’écrivain.

Le rythme littéraire de l’algorithme.

L’un parlait de l’influence – et même des nouveaux territoires – de l’ordinateur. Intitulé «Le best-seller et l’algorithme» Macha Séry évoquait les multiples usages et influences de la technologie et de ses capacité, en particulier de pouvoir analyser les «clés du succès».
C’est «un étude ­algorithmique de 200 romans ayant ­monopolisé le palmarès des meilleures ventes établi par le New York Times», qui donne des résultats étonnants.
Si vous voulez devenir un écrivain à succès, voici donc quelques les éléments qu’il faut respecter pour rentrer dans cette liste de «happy few»: «pas plus de onze mots par phrase, que vos personnages – au moins au nombre de 3 ou 4 – boivent du café, qu’ils se douchent, qu’ils froncent souvent les sourcils, serrent la mâchoire, soupirent, sourient ou hochent la tête. Evitez les rats, les géants et les ours, qui peuplent rarement les best-sellers. Faites fi de la nostalgie liée à l’enfance.» Eviter les «émotions complexes ­telles que la honte et la pitié. … la nature, mer ou montagne.» Optez plutôt pour «les dialogues, les verbes d’action, le vocabulaire à caractère policier et judiciaire (enquêtes, pistolet, meurtre, avocat, indices). Evoquez les technologies les plus en pointe et multipliez les conflits.»



Je ne suis pas une fleur - Photo: lfdd


La suite de l’article est encore plus étonnante. Elle parle d’une expérience qui a permis, à partir de l’analyse des textes des livres primés dans certains prix littéraires de pouvoir prédire le suivant. Ironie du sort, ce qui aurait pu être le cas… Mais ironie du sort, les responsables de l’étude ayant constaté que souvent le prix allait à l’encontre des prévisions, ils ont introduit cette variable supplémentaire qui a finalement donné le mauvais pronostic.



Je ne suis pas une fleur - Photo: lfdd


Je ne suis pas un écrivain, je suis un robot.

Le deuxième article est également assez étonnant. Déjà de par la relation du titre et du nom de l’auteur, Pascal Chabot. Nom qui en priori n’engage à rien, sauf qu’en y rajoutant un «t», nous avons Chatbot qui, en anglais est la contraction de «to chat» - discuter (via internet) – et une variation des robot «Bot» qui en général analysent (crawlent) à longueur de journée les sites internet, soit pour les référencer ou analyser vos actions ou même vous voler des données (par exemple en essayant par le calcul de découvrir des mots de passe….
Ce livre, intitulé «ChatBot le Robot. Drame philosophique en quatre questions et cinq actes» se passe en 2015 et raconte l’histoire d’ordinateurs devenus tellement intelligents qu’ils ont acquis la capacité de philosopher. L’article de Roger-Pol Droit, intitulé «Figures libres. Méditations d’un robot philosophe» en parle ainsi : «Un jury de professeurs, façon thèse et ¬habilitation, va donc mitonner des questions pièges pour le premier des « chatBots » (robots capables de converser) supposé philosophe. Il s’agit de savoir, en fonction de la pertinence de ses propos, si on peut légitimement considérer ce robot comme un penseur autonome, capable de méditations authentiques, non de ¬contrefaçons habilement coupées-collées.
Certes, sa « formation » n’a duré qu’un petit trimestre. Mais, étant donné les capacités surhumaines de la machine, ce fut bien suffisant pour qu’elle intègre tous les lexiques nécessaires, sache distinguer entre les écoles de pensée, possède à fond les œuvres classiques et leurs flots de commentaires, grave dans sa mémoire des milliers de citations, intègre même les sommaires de toutes ces revues savantes que plus personne d’humain ne lit depuis longtemps. Bref, son savoir philosophique est largement supérieur à celui du thésard moyen, sans parler des professeurs… D’autant que le robot fut doté aussi de tous les liens entre idées, techniques d’argumentation, analyse des concepts… bref, un trousseau complet.
Elégance et simplicité
Le grand jour venu, quatre questions ont été préparées par les membres du jury. Le robot les ignore. Elles portent sur lui-même, sa capacité à être philosophe, son mode d’existence, sa conscience de soi, son éventuelle supériorité sur les humains. Le test est d’autant plus crucial que rien, dans sa programmation, n’a porté, délibérément, sur ces points précis. On s’en voudrait de divulguer, tel un stupide chatBot spoiler, les belles réponses de la machine. Leur subtilité fait le charme de cette courte fiction, très réussie…..»


Je ne suis pas une fleur - Photo: lfdd


Et il conclut: «Ce tout petit texte soulève en effet, avec élégance et simplicité, une série d’interrogations cruciales : faut-il être humain pour philosopher ? Si ce n’était plus le cas, que deviendraient, en retour, les humains ? [… ] La machine, dans ses répliques, se montre très fine, en tout cas dans cette fiction, dont on ne peut quand même pas oublier que l’auteur reste un humain. Si c’était l’inverse, il serait devenu, si l’on ose dire, robot pour être vrai…»


Je suis un Robot

En prime, je vous offre deux robots en bambou d’Ai Weiwei visibles dans les vitrines du Bon Marché à Paris :


Je ne suis pas un robot - Ai Weiwei - Photo: lfdd


Et en musique, quelques versions de la chanson «Je suis un Robot» de Kraftwerk.

D'abord la version de 1977




Puis celle de 1978





Et celle, revisitée de 2013





Bon dimanche.  

La Fleur du Dimanche