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dimanche 8 septembre 2024

Into the winds au Festival Voix et Route Romane: Les Vents attisent un feu flamboyant et ensorcelant

 Depuis plus de trente ans, le Festival Voix et Route Romane irrigue l'Alsace du Nord au Sud en mettant en valeur via de magnifiques concerts une partie des joyaux architecturaux romans qui parsèment la plaine entre l'Outre-Forêt et le Sundgau. La thématique de l'année, tout à fait d'actualité, sous le chapeau de Ménestr'Elles est consacré aux femmes, qu'elles soient compositrices ou dirigent un ensemble.


Voix et Route Romane - Into the Winds - Le Grand Embrasement - Photo: Robert Becker


Celui du jour, justement en Outre-Forêt, même s'il n'a pas été fondé par une femme doit sa création en 2017 à parité à Adrien Reboisson et Annabelle Guibeaud et se concentre à la fois sur les instruments à vents et surtout à ceux de facture ancienne (chalemies, bombarde, saqueboute, trompette à coulisse,..). Leur répertoire va de la fin du Moyen-Âge au début de la Renaissance et à côté d'un programme très dansant (qu'ils ont édité en disque avec Le Parfaict Danser, ils proposent pour ce concert un focus sur le règne de Charles VI, mort en 1422 (c'était le 800ème anniversaire). 


Voix et Route Romane - Into the Winds - Le Grand Embrasement - Photo: Robert Becker

Voix et Route Romane - Into the Winds - Le Grand Embrasement - Photo: Robert Becker


Curieux roi qui, dans une période politiquement un peu plus calme pendant la Guerre de Cent Ans, va développer des accès de folie et traverser de nombreuses péripéties, dont le Bal des Ardents (où lors d'un charivari, son costume prend feu - un clin d'oeil du titre du concert ? Le grand Embrasement?) - et des querelles internes mais aussi entre la France et l'Angleterre.  Une période riche en musique et en compositeurs mais dont peu sont arrivés à notre connaissance. 


Voix et Route Romane - Into the Winds - Le Grand Embrasement - Photo: Robert Becker


C'est donc un  intéressant programme, exhumé par l'ensemble Into the Winds qui nous offre une trentaine de pièces, variées qui nous enchantent. Elles sont organisées en sept sections. Ces moments musicaux sont ponctués de textes tirés de chroniques d'époque (les chroniques de Jean Froissart, du religieux de Saint-Denis ou d'Enguerrand de Monstrelet et même du Traité de Troyes) qui parcourent la vie de Charles VI, de son couronnement à sa mort et ses funérailles. On y assiste, entre autre, à l'assassinat bien détaillé du duc d'Orléans, Jean sans Peur en 1419 (jusqu'à la cervelle qui tombe sur la chaussée) ou au baptême de la bataille d'Azincourt et aussi à la décision de Charles VI de faire d'Henry V d'Angleterre l'héritier du roi - ce qui n'arrivera pas, ce dernier étant mort en août avant Charles VI. Ces textes sont très instructifs sur la période et la diction bien claire et vivante d'Adrien Reboisson ancrent les pièces musicales dans un contexte bienvenu.


Voix et Route Romane - Into the Winds - Le Grand Embrasement - Photo: Robert Becker


Le concert en lui-même est bien rythmé et varié, amenant des surprises, dont en particulier pour commencer la procession des musiciens qui commencent à faire sonner leurs instruments à l'arrière de l'église, derrière le public. Les airs sont entraînants, les sonorités des chalemies et les flûtes à becs ancestrales, ainsi que les bombardes, avec leurs sons de biniou nous projettent dans une autre époque, coupés du temps. En alternant des airs plus vifs et rythmés avec des parties plus mélodieuses avec des duos ou trio de flûtes à bec, où les mélodies s'enroulent les unes sur les autres, les morceaux s'enchaînent sans férir. 


Voix et Route Romane - Into the Winds - Le Grand Embrasement - Photo: Robert Becker

Voix et Route Romane - Into the Winds - Le Grand Embrasement - Photo: Robert Becker

De temps en temps, le tambour ou les percussions (avec Laurent Sauron) marquent le rythme d'une manière plus solennelle, ou les vents se font plus tonitruants. Anabelle Guibeaud interprète plusieurs pièces à la fois au tambour (d'une main) et à la flûte à bec (de l'autre), sacré challenge de coordination. Marion le Moal sonne magistralement la bombarde et alterne avec la flûte à bec, tandis que Rémi Lécorché, qui joue aussi de la flûte à bec, passe surtout de la trompette à coulisse à la busine de plus de deux mètres dont il assemble avec plaisir les tuyaux.


Voix et Route Romane - Into the Winds - Le Grand Embrasement - Photo: Robert Becker

Voix et Route Romane - Into the Winds - Le Grand Embrasement - Photo: Robert Becker


Pas seulement cérémonieux ou majestueux, les morceaux peuvent êtres très mélodieux, pas forcément virtuoses, mais simples et ensorcelants, avec de belles variations qui, une fois présentées se retrouvent reprises par les autres instruments au fur et à mesure et avec bonheur.


Voix et Route Romane - Into the Winds - Le Grand Embrasement - Photo: Robert Becker


Quelques mélodies plus dansantes nous chatouillent les pieds et des airs qui ressemblent à des marches et fanfares de fêtes, un mariage peut-être, joyeuses, gaies et plein d'entrain nous apportent une bonne énergie avant, funérailles obligent, des airs plus tristes avec les cloches qui résonnent longtemps dans cette église nous indiquent la fin dans une semi-obscurité. 


Voix et Route Romane - Into the Winds - Le Grand Embrasement - Photo: Robert Becker


Il faut noter le beau travail d'ambiance lumière de Christian Peuckert avec des effets de couleur et de relief qui s'appuient sur la grande oeuvre en papier froissé crée par Véronique Thiéry-Grenier qui fait office de fond de scène et qui apporte un peu de couleur dans cette collégiale Saint-Martin et Saint Arbogast, la plus ancienne église romane d'Alsace.


Voix et Route Romane - Into the Winds - Le Grand Embrasement - Photo: Robert Becker

Voix et Route Romane - Into the Winds - Le Grand Embrasement - Photo: Robert Becker

Le concert aura permis de découvrir des pages peu connues du répertoire de musique ancienne - et sans voix mais avec un entrain et une énergie que l'ensemble "Dans les vents" a su insuffler à l'auditoire qui a bien sûr eu droit à un bis bien enlevé dans les airs et joyeusement interprétés avec un bonheur contagieux.


La Fleur du Dimanche


Rendez-vous pour la suite:

Samedi 14 septembre à 20h00 à Strasbourg - Chapelle Saint-Etienne avec Discantus e& Triopolycordes

Dimanche 15 septembre à 18h00 à Rosheim - Eglise Saint Pierre-et-Paul avec Per-Sonat

Le programme complet du Festival Voix & Route Romane est ici.


vendredi 15 septembre 2023

L'Ensemble Céladon au Festival Voix et Route Romane: La fin'amor est bien verte avec Paulin Bündgen

 Le Festival Voix et Route Romane continue son chemin et s'installe pour une étape strasbourgeoise (avant Guebwiller) à l'église Saint Etienne, la seule église romane à Strasbourg, dont il ne reste d'ailleurs que le choeur, la nef ayant subi les bombardements lors de la dernière guerre. Mais l'acoustique est très favorable à ce genre de concerts.


Voix et Route Romane - Ensemble Céladon - Photo: lfdd


Faisant suite à un répertoire (rare) de chansons de la communauté juive en hébreux et en langue d'oïl (voir mon billet "Il était une Voix - Alla Francesca"), nous avons, avec l'Ensemble Céladon, fondé et dirigé par Paulin Bündgen, une traversée originale dans le répertoire des troubadours du sud de la France au XIIème siècle. C'est un répertoire déjà ancien que le groupe a réactivé et dont le nouveau CD vient de sortir l'année dernière.


Voix et Route Romane - Ensemble Céladon - Photo: lfdd


Les neuf poèmes mis en musique et orchestrés par le groupe avec l'aide de Christelle Chaillou, musicologue et Federico Saviotti, philologue, sont une longue traversée de la nuit et de l'amour qui s'y rapporte, dans une structure ternaire. D'abord "Avant la nuit" avec des poèmes qui se situent en amont, en attendant le printemps de l'amour: "Le vers comens cont vei del fau (du hêtre)...

"Je vois sans feuille la cime et les branches, 
que ni de l'oiseau ni de la grenouille 
on n'entens
ni chant, ni croassement,
et qu'ils n'en feront pas jusqu'à la douce saison
où il bourgeonnera de nouveau"


Voix et Route Romane - Ensemble Céladon - Photo: lfdd


De même Lo clar temps vei brunezir (s'obscucir)
et les oiseaux troublés,
car le froid les tient dans sa prise, muets
e sans espoir de joie.."

Voix et Route Romane - Ensemble Céladon - Photo: lfdd


Les interprétations sont plaisantes et variées, par exemple pour commencer, Paulin Bündgen démarre le récital a cappella, rejoint successivement par le luth, la vièle à archet, les percussions et la flûte de Gwenaël Bihan qui nous offre un beau duo avec le contre-ténor à la voix magnifique et la diction charmeuse et claire. 
Pour la deuxième pièce, ce sera Nolwenn Le Guern qui introduit à la vièle à archet avant la soprano Clara Coutouly qui nous offre un très sensible trio vièle à archet et Florent Marie au luth médiéval.

Voix et Route Romane - Ensemble Céladon - Photo: lfdd


"Pendant" la nuit nous offre de belles pages narrant la fin'amor, souvent distant et dans l'attente - par exemple avec la rare page de poésie féminine de Beatriz de Dia (1140 - 1175 qui avec A chantar m'er de so q'ieu non volria
J'envoie vers vous cette chanson 
afin qu'elle soit mon messager 

Voix et Route Romane - Ensemble Céladon - Photo: lfdd


Ou la complainte de la femme abandonnée qui se trouve un amant et s'offre un guetteur, pour laquelle le luth de Florent Marie nous offre une mélancolique et poignante introduction et qui nous vaut une très beau duo plein de vie entre Clara Coutouly et Paulin Bündgen S'anc fui bela ni prezada
Si jamais je fus belle et estimée,
à présent je suis de haut en bas tombée

Voix et Route Romane - Ensemble Céladon - Photo: lfdd


L'aube - et Après la nuit - arrive avec les cloches du genre bol chantant de Ludwin Bernaténé qui nous offre aussi une belle introduction aux percussions (une derbouka en céramique) qu'il frappe avec un très beau doigté. Les chansons - et la musique - sont très dansants et entraînants, nous donnant l'impression de virevolter dans une belle ronde amoureuse. 

Voix et Route Romane - Ensemble Céladon - Photo: lfdd



S'ensuit un duo vocal joyeux et expressif et l'on se rend compte que de volte en circonvolutions cette musique à la fois répétitive et hypnotique nous berce pour nous emmener dans une très belle ambiance sereine et reposante, sans énormément de puissance (c'est vrai que l'électricité - ni les amplificateurs - n'était pas encore inventés). Et cette ba(l)lade sur le chemin des amours rêvés ou consommés est un très agréable voyage.
 
Voix et Route Romane - Ensemble Céladon - Photo: lfdd


Au point que la reprise en bis par le sympathique ensemble Céladon qui nous chante Cel que no vol auzir chanssos :
"Que celui qui ne veut pas écouter  des chansons
se garde bien de nous joindre
car je chante pour réjouir mon coeur
et pour le divertissement de mes compagnons
et plus encore qu'il puisse arriver 
que dans ma chanson je fasse plaisir à ma dame"
ne peut trouver l'acquiescement du public, ravi et complice.

Voix et Route Romane - Ensemble Céladon - Photo: lfdd


Car il semble ne pas vouloir partir et apprécier le plaisir partagé de cette belle soirée de fin'amor


La Fleur du Dimanche

dimanche 10 septembre 2023

Il était une Voix: la voix romane. Et celle des juifs et des trouvères avec Alla Francesca à Eschau

 Il est des festivals qui perdurent, le Festival Voix et Route Romane qui fête sa 31ème édition, lui, s'étend, il va jusqu'à Feldbach dans le Sundgau, à Etival-Clairefontaine dans les Vosges et fait même une incursion en Allemagne à Rumbach dans le Palatinat proche où il  s'associe avec le Festival Via Mediaeval pour suivre le chemin de Saint Jacques. 

Après les derniers concerts à Sélestat, Rosheim et Marmoutier, voilà qu'il s'installe à nouveau dans l'église Saint Trophime d'Eschau pour donner voix aux juifs de la langue d'oïl,  dont les pages sont rares. Il faut saluer le travail de recherche et de reconstitution à partir de manuscrits souvent en langue hébraïque qu'a effectué Brigitte Lesne de ces sources du Nord de la France où les paroles mêlant hébreux et ancien français et langue d'oïl sur, souvent, des airs de troubadours connus - les pièces du Sud de la France, en langue d'oc étant plus nombreuses, et l'on a pu en entendre lors de précédentes éditions du Festival. La période est également très restreinte, entre le brûlement du Talmud (1242-44) et l'expulsion des Juifs (1306).

C'est donc l'ensemble Alla francesca dirigé par Brigitte Lesne qui compte comme membres Christel Boiron au chant, Lior Leibovici, également au chant, Michaël Grebil au luth, cistre et chant et Vivabiancaluna Biffi à la vièle à archet et Brigitte Lesne au chant, à la harpe, aux percussions et à la direction qui nous offre une vingtaine de pièces dans cette belle église dotée d'une magnifique acoustique. Les instruments anciens sonnent merveilleusement, les sons, même évanescents nous chatouillent les oreilles en s'y déposant délicatement. 


Voix et Route Romane - Alla francesca - Eschau - Photo: lfdd


Et Lior Leibovici nous surprend en entonnant de l'arrière de l'église le premier chant, Baruch hagever, un chant d'Ovadia Hager, un chrétien converti au judaïsme au début du 12ème siècle. Suit une instrumental dansant et entraînant Danse real interprété par les trois musicien.enne.s  Vivabiancaluna Biffi, Michaël Grebil et Brigitte Lesne à la harpe suivi d'un entraînant chant Shalfu tzarim sur une mélodie de Moniot  de Paris - une vadurie -  qui raconte l'oppression des Juifs sous Louis IX et l'appel à la vengeance divine qui est salué par les applaudissements du public. 


Voix et Route Romane - Alla francesca - Eschau - Photo: lfdd


Avec Les anfanz de avot, Christel Boiron nous récite le poème puis le chante, soutenue par les voix des deux hommes, un poème pour le nouvel an. Après un nouvel instrumental Flos in monte cernitur, Lior Leibovici nous offre de très belles variations vocales avec la chanson d'amour Chanter et renvoisier sueil de Thibaut de Blazon suivi d'un instrumental Por mon chief reconforter délicatement interprété à la harpe par Christine Lesne.  


Voix et Route Romane - Alla francesca - Eschau - Photo: lfdd


Avec Sol nube latuit, un duo vocal rejoint par les instruments, dont des cloches délicates, le tour de chant prend un virage céleste.  Suit une très vieille chanson de mariage juive du recueil Mahzor Vitri (XIème Siècle) El-givat-ha-levona (à la colline d'encens notre hattan est arrivé) bien festive et entraînante avec des percussions de doigts. Par grant franchise, une chanson de Mahieu le Juif voit ce chant festif que Michaël Grebil accompagne au cistre, un chant d'amour plein de désespoir, qui semble la tonalité de ce compositeur dont Por autrui movrai mon chant qui a lui aussi voit un solo désespéré où il est dit "Si l'amour me soumet à ce point, il me tuera en vérité". On trouver la même désespérance dans la chanson d'amour de Jehan de Lescurel Amour voules vous accorder


Voix et Route Romane - Alla francesca - Eschau - Photo: lfdd


En Egypte/ Ne puis ma grande joie celer célèbre la sortie d'Egypte par une intro calme au luth et à la vièle avant que les percussions apportent une dynamique et une vigueur dans l'interprétation de ce chant anonyme, mélange de langue d'oïl et d'hébreu. L'alternance de pièces instrumentales et de chant ou les introduction et/ou conclusions différentes pièces chantées par des variations délicates des instruments (harpe, luth, vièle à archet), quelquefois avec des sonorités presque contemporaines a-mélodiques, installent une atmosphère très douce et intime pour ce concert dans la fraîcheur de la nef en cet après-midi assez chaude et forment une parenthèse de délicatesse appréciée. 


Voix et Route Romane - Alla francesca - Eschau - Photo: lfdd


Quelques pièces plus rythmées nous évitent de nous endormir, comme la chanson de chabbat Deror yigra ou le très dramatisé Mout sont il a mechief mis où Brigitte Lesne nous conte la mise au bucher de treize juifs par le tribunal de l'inquisition en 1288.


Voix et Route Romane - Alla francesca - Eschau - Photo: lfdd


Le concert s'achève par un chant en hébreux pour la fête de Pessah  La nuit de Pesah, avant un rappel offert au public nombreux qui a prouvé son enthousiasme lors des nombreux applaudissements qui ont ponctué le programme.


Voix et Route Romane - Alla francesca - Eschau - Photo: lfdd


A suivre, les Nuits occitanes ce vendredi 15 septembre à 20h00  avec l'ensemble Céladon à la Chapelle Saint Etienne à Strasbourg, pour une célébration de la lyrique amoureuse des troubadours.


La Fleur du Dimanche

vendredi 2 septembre 2022

Festival Voix et Route Romane: La musique du Moyen-Âge dans des lieux historiques qui lui sont dédiés: 30 ans, la preuve par neuf

Le Festival Voix et Route Romane, soutenu depuis le début par la Région Alsace, aujourd'hui devenue Région Grand Est, irrigue le territoire dans des lieux historiques magnifiques qui sont en totale adéquation avec cette magnifique musique qu'est la Musique européenne du Moyen-Âge. Les églises romanes - ou gothiques - du Nord au Sud de l'Alsace qui l'accueillent lors de trois week-ends (Sélestat, Saint-Jean-les -Saverne, Sigolsheim, Eschau, Strasbourg, Ottmarsheim, Rosheim, Feldbach et Guebwiller) sont un écrin et une merveilleuse chambre d'écho pour ces neuf concerts qui mèlent la voix, souvent polyphonique, à des instruments souvent anciens, viole, vielle, harpe, luth, oud, flûte à bec,...


Voix et Route Romane - Peregrina - Veni de Libano - Photo: lfdd


L'église Saint Trophime d'Eschau, qui avait accueilli l'ensemble Eduardo Paniagua l'année dernière pour un aperçu des chants des trois religions s'est refait une beauté extérieure sous la bénédiction des Monuments Historiques dans l'intervalle. Et elle accueille cette année l'Ensemble Peregrina pour un programme "Veni de Libano" autour du Cantique des Cantiques. L'ensemble, dont les membres viennent de différents horizons (Pologne, Suisse, Finlande, Angleterre et Belgique) et se rassemblent autour de la chanteuse et musicologue Agnieszka Budinska-Bennet nous a ainsi offert un voyage - venant du Liban à travers les siècles et les pays.

 

Voix et Route Romane - Peregrina - Veni de Libano - Photo: lfdd


Du XIème siècle d'Angleterre avec la cantilène Epithalamia où l'on a pu apprécier les aigus hauts placés de Hanna Järveläinen et les voix entremêlées après une introduction en vocalise ou le Qui est hic de Bruno Segni (1045-1123) où la soprano Agnieszka Budinska-Bennet et le ténor Matthieu Romanens, accompagnés à la vielle par Aliénor Woltèche dialoguent leur rêve d'amour.  Jusqu'au 16ème siècle avec l'antienne Meliora Sunt, dont nous apprécions les deux versions, celle islandaise du 16ème et l'autre, qui nous vient de Silésie, du 15ème siècle.  Aliénor Woltèche nous propose quelquefois des parties instrumentales sur sa vielle, douces, tendres et inspirées, tout en intériorité, quelquefois même sur des rythmes dansants. 


Voix et Route Romane - Peregrina - Veni de Libano - Photo: lfdd


Pour le motet Tota Pulchra, pièce allemande du 14ème siècle, Grace Newcombe, dont il faut saluer la superbe voix, accompagne à la harpe le ténor Matthieu Romanens. Le riche et homogène programme - vingt pièces autour du Cantique des Cantiques - nous montre, avec toute la qualité de l'ensemble Peregrina un magnifique pan de la musique sacrée et profane du Moyen-Âge.

 

Voix et Route Romane - Peregrina - Veni de Libano - Photo: lfdd


La pièce de Pierre Abelard (1079 - 1142), l'époux d'Héloise, Epithalamica, vaste chant d'amour qui conte le rencontre, difficile de la fiancée et de son amour, inspirée du Cantique des Cantiques est un morceau de choix dans le programme et prouve, s'il le fallait encore, toute la maîtrise, non seulement de direction, mais aussi de qualité vocale avec la magnifique voix d'Agnieszka Budinska-Bennet qui joue également de la harpe dans cette narration, accompagnée de la douceur caressante de la vielle. 


Voix et Route Romane - Peregrina - Veni de Libano - Photo: lfdd


L'antienne polyphonique de Silésie Tanquam sponsus nous offre une belle interprétation polyphonique à trois voix de femmes, que rejoint la harpe, avant la lancinante antienne Sicut malun d'Hildegard von Bingen (15ème siècle). Le concert s'achève avec la courte antienne polyphonique anglaise Venit dilectus meus (15e siècle) où tout est consommé:

"Que mon bien aimé entre dans son jardin

Et qu'il mange de ses fruits excellents"


Et bien sûr, un concert de cette qualité ne peut s'achever sans un bis très apprécié.

Et l'on se donne rendez-vous pour la suite du programme sur la Route Romane...

La Fleur du Dimanche 


Ensemble Peregrina

Distribution

Agnieszka Budzińska-Bennett, harpe et direction

Lorenza Donadini, chant

Hanna Järveläinen, chant

Grace Newcombe, chant et harpe

Witte-Maria Weber, chant

Matthieu Romanens, chant

Aliénor Wolteche, vièle

samedi 14 septembre 2019

Suite du Festival de la Route Romane des Merveilles: Al Basma, des belles empreintes en marchant

C'était annoncé à l'ouverture du Festival Voix et Route Romane à Strasbourg, nous allions faire la Route des Merveilles. Le septième concert, à l'église Saint Georges à Haguenau, nous emmène sur les routes du Sud, en l'occurrence, avec les Cantigas de Santa Maria, les chants monodiques en langue du treizième siècle, le galaïco-portugais, dont certaines - sur les 427 - ont probablement été écrites par le roi de Castille Alphonse X dit Le Sage (1221-1284).


Voix et Route Romane - Canticum Novum - Photo: lfdd

Cette large palette présentée par l'ensemble Canticum Novum de Saint-Etienne, avec une variété de thèmes et d'interprétations, quelquefois des airs a capella ou des pièces instrumentales avec une belle variété d'instruments, qui vont de la vièle (Valérie Dulac, Emmanuelle Guigues, Nolwenn Le Gwern), les flûtes (Marine Sablonnière et Gwénael Bihan), même la flute kaval (Isabelle Courroy), la harpe (Marie-Domitille Murez), La nyckelharpa et la fidula (Aliocha Regnard), l'oud (Bayan Rida) le Kanun (Spyros Halaris) et les percussions (Henri-Charles Caget et Ismaïl Mesbahi)
complètent
ces poèmes en hommage à la merveille de la Vierge. 


Voix et Route Romane - Canticum Novum - Photo: lfdd

Les airs sont magnifiquement portés par les deux voix féminines d’Hélène Richer et de Lise Viricel,  qui se complètent idéalement, et auxquelles répond celle, masculine, d’Emmanuel Bardon, le fondateur et directeur musical de l’ensemble. Les plus de vingt pièces organisées en cinq groupes nous proposent un beau panorama de ces chants monodiques et ces musiques entraînant les foules, entre prière et danse, chargées de populariser le mystère. Le choix de l'ensemble Canticum Novum de marier ces airs mariaux avec des prières arabo-andalouses, mélopées populaires de Tunisie ou de Lybie, chantées par Bayan Rida ou avec des airs du Codex de Montpellier en ancien français ou du Codex Calixtinus en latin, font se rencontrer les peuples et les cultures. 

Voix et Route Romane - Canticum Novum - Photo: lfdd

Dans un brassage de pays, de langues et de religions, par la magie du pèlerinage ou de la marche (via les airs rythmés et dansants) et de l’exil voulu ou forcé, dans cette tournée de tour de chant qui démarre en Alsace pour ce nouveau programme, l’ensemble tisse des liens entre passé et présent, entre ici et ailleurs et pose ses empreintes de pas dans les oreilles des spectateurs pour les inviter à accueillir les autres cultures.

La Fleur du Dimanche



Pour rappel, après le dernier concert en Alsace à Sigolsheim, le Festival Voix et Route Romane vous donne rendez-vous à Metz en Loraine samedi 22 septembre et à Saint-Dié-des-Vosges le dimanche 22 septembre