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mercredi 2 octobre 2024

Birds au Festival Musica avec l'ensemble Maja: Les oiseaux dans la tête

 L'ensemble Maja sous la direction de Bianca Chillemi, déjà apparu sous les radars en 2014, resurgi fin 2018 semble avoir pris un véritable envol avec Birds en 2023 après avoir remporté le trophée Jean-Claude Malgoire. C'est le spectacle présenté ce soir à la Cité de la Musique et de la Danse pour le Festival Musica qui a eu le prix Emergence Musical.


Festival Musica 2024 - Ensemble Maja - Ligeti - Aventures et Nouvelles Aventures - Photo: Robert Becker

Festival Musica 2024 - Ensemble Maja - Ligeti - Aventures et Nouvelles Aventures - Photo: Robert Becker


En première partie, si l'on peut dire, c'est les Aventures et Nouvelles Aventures (1962-1965) de György Ligeti qui sont non seulement jouées, interprétées sur les instruments, mais c'est à un véritable théâtre musical que l'on assiste. Le résultat est fantastique. Les musiciens sont grimés, habillés de superbes costumes (création Ninon Lechevallier) - costumes noirs, magnifiques robes pour les deux "divas" et ce n'est pas une pâle interprétation, ni même colorée, mais carrément à une vraie pièce de théâtre, à du cinéma, à du cirque auquel on assiste avec une direction artistique assurée par Bianca Chillemi et une scénographie de Cécilia Galli. 

Festival Musica 2024 - Ensemble Maja - Ligeti - Aventures et Nouvelles Aventures - Photo: Robert Becker

Festival Musica 2024 - Ensemble Maja - Ligeti - Aventures et Nouvelles Aventures - Photo: Robert Becker

Festival Musica 2024 - Ensemble Maja - Ligeti - Aventures et Nouvelles Aventures - Photo: Robert Becker


Et surtout des interprétations de chaque musicien qui inscrit cette partition dans une intentionnalité dramatique une vraie histoire que la musique semble porter en elle. Les sons ont un sens, les silences aussi, les bruits de même et nous avons devant nous un immense capharnaüm, un cirque époustouflant, du cinéma muet avec du son et des bruitages, des ralentis, des ruptures, du montage, des changements de plans et d'action, des surprises, de l'humour, de l'absurde, des clins d'oeils, des scènes d'amour, de bagarre, des décalages, des collages, des emprunts (trois coups de fil sur portable délicieusement ironique, des mégaphones de combat, un batteur à tapis comme baguette de chef, bref du grand Barouf en opéra bouffe.

Festival Musica 2024 - Ensemble Maja - Ligeti - Aventures et Nouvelles Aventures - Photo: Robert Becker

Festival Musica 2024 - Ensemble Maja - Ligeti - Aventures et Nouvelles Aventures - Photo: Robert Becker

Festival Musica 2024 - Ensemble Maja - Peter Maxwell Davies - Eight Songs for a Mad King - Photo: Robert Becker



La deuxième pièce est la composition de Peter Maxwell Davies, Eight Songs for a Mad King (1969), pièce qu'il a composé sur un livret de Randolph Stow sur des paroles qu'aurait prononcées le roi Georges III qui est devenu fou. Les airs s'inspirent de mélodies de ses boites à musiques que le roi avait tenté de faire apprendre à ses bouvreuils. 

Festival Musica 2024 - Ensemble Maja - Peter Maxwell Davies - Eight Songs for a Mad King - Photo: Robert Becker

Festival Musica 2024 - Ensemble Maja - Peter Maxwell Davies - Eight Songs for a Mad King - Photo: Robert Becker


Elle était écrite au départ pour l’acteur anglais Roy Hart et à l’origine les musiciens étaient dans des cages à oiseau. Ici la cage à oiseau métaphorique est suspendue en l’air – elle descendra au cours de la pièce pour se transformer d’abord en couronne et à la fin en une cellule pour ce roi dément. C’est Vincent Bouchot qui interprète magnifiquement le rôle, autant par le texte superbement réaliste en personnage sénile et grâce à sa large tessiture (plus de quatre octaves). 

Festival Musica 2024 - Ensemble Maja - Peter Maxwell Davies - Eight Songs for a Mad King - Photo: Robert Becker

Festival Musica 2024 - Ensemble Maja - Peter Maxwell Davies - Eight Songs for a Mad King - Photo: Robert Becker


La partition, quelquefois graphique (sur une des pages, les notes dessinent (aussi) une cage à oiseau, est interprétée avec brio par les six interprètes, alternant des airs dansés, menuet, écossaise, marche espagnole…) et des accompagnements de transition. A un certain moment d’ailleurs, dans un passage d’extrême tension, le Roi casse le violon d’une musicienne. Le spectacle est prenant, tendu, et nous compatissons avec le malheur de ce pauvre roi fou que la mise en scène, le jeu d’acteur de Vincent Bouchot et le jeu des musiciens nous font totalement revivre. 


La Fleur du Dimanche


dimanche 29 septembre 2024

Un dimanche à Musica: De Sarhan à Schoenberg, du Log Book au Quatuor - un jour parfait

 D'un dimanche à l'autre, Musica continue mais ne se resemble pas. Après les 36 variations sous le soleil des Peuples Unis, nous plongeons dans un Journal de bord musical pour terminer autour de la forme parfaite du quatuor pas rond.


Log Book de François Sarhan avec Zafraan Ensemble


Festival Musica 2024 - François Sarhan - Ensemble Zafraan - Log Book - Photo: Robert Becker

La journée commence comme il se doit avec un petit déjeuner, café, croissants, pains au chocolat, délicieux jus de fruits pour être en forme, mais surtout un voyage dans le temps avec le "journal sonore" de François Sarhan qu'il tient depuis 2019. Ce projet original, fait de notes (musicales), de notes (sonores), de notes (écrite), de notes (vidéo) et de cartes (météo) et de cartes (à jouer) se concrétise aujourd'hui dans le cadre du Festival Musica dans la salle de la Bourse sous la forme d'un concert avec l'Ensemble Zafraan dans lequel on va lentement suivre le temps de date en date, de note en note depuis le début jusqu'à aujourd'hui. 

Festival Musica 2024 - François Sarhan - Ensemble Zafraan - Log Book - Photo: Robert Becker

Festival Musica 2024 - François Sarhan - Ensemble Zafraan - Log Book - Photo: Robert Becker

Festival Musica 2024 - François Sarhan - Ensemble Zafraan - Log Book - Photo: Robert Becker

En fait, ce Log book peut prendre plusieurs formes, les deux principales - publiques - étant ce concert de quatre heures à entrée et sortie variable et un jeu de cartes composé de 80 cartes illustrées de dessins qu'il a réalisées et sur le dos desquelles se trouve un QR code qui renvoie sur le contenu du journal correspondant à la carte. Les quatre-vingt cartes ne sont pas toutes jouées pendant le concert, et à priori le Log Book ne s'arrête pas encore. Les différentes dates de ce journal - jours où il y a eu création sont composées de manière variable, mais il y a des éléments qui se retrouvent régulièrement, comme un journal "enregistré" qui commente avec ironie l'actualité, des montages sonores sur la thématique du temps "A propos du temps", collage sonore curieux, des moments musicaux interprété par les musiciens de l'ensemble Zafraan, cet ensemble berlinois que nous avons également vu avec la pièce de Rimini Protokol All Right. Good Night. 

Festival Musica 2024 - François Sarhan - Ensemble Zafraan - Log Book - Photo: Robert Becker

Festival Musica 2024 - François Sarhan - Ensemble Zafraan - Log Book - Photo: Robert Becker

Festival Musica 2024 - François Sarhan - Ensemble Zafraan - Log Book - Photo: Robert Becker


Ici se sont Martin Posegga au saxophone, Emmanuelle Bernard au violon, Josa Gerhard à l'alto, Jakob Krupp à la contrebasse, Clemens Hund-Göschel au synthétiseur et Daniel Eichholz aux percussions et à la batterie qui nous interprètent ces voyages et notations musicales originales. Avec ou sans le commentaire de François Sahran se ses réflexion ou ses élucubrations surréalistes ou ironiques. Quelques repères reviennent de temps en temps comme la "Météo Marine"; les anniversaires (le 30 septembre), les progrès sonores de "Lilou", et les images de voyage (Prague,..) des expérimentations sonores (le son du corps, film assez drolatique), les rêves, et des essais pour ouvrir un cadena à chiffre sont la réussite marque la fin provisoire du Log Book, qui bien sûr continue encore avec des réflexions sur la musique jusqu'au couperet final: "Tu dois apprendre à fermer tes oreilles". Le Log book se déguste bien en petit déjeuner qui dure jusqu'au déjeuner, le mariage texte et musique touve un bon équilibre et l'on sent une réelle complicité avec l'Ensemble Zafraan. Leur musique qui pourrait presqu'être du free jazz assure une bonne dynamique, surtout avec Daniel Eicholz à la batterie. Un bon début de journée.

Festival Musica 2024 - François Sarhan - Ensemble Zafraan - Log Book - Photo: Robert Becker

Festival Musica 2024 - François Sarhan - Ensemble Zafraan - Log Book - Photo: Robert Becker



Le Film Arnold Schönberg l'inlassable visionnaire 

La journée continue à la Cité de la Musique et de la Danse pour une avant-première proposée par Arte du film d'Andreas Morel Arnold Schönberg l'inlassable visionnaire - der rastlose Visionär qui sera diffusé à l'antenne le 7 octobre à 00h10 pour les insomniaques. Le film nous fait découvrir sa vie (à 8 ans il faisant du violon et composait des pastiches de pièces classiques), ses deux femmes (la trahison de la première qui aurait influé l'écriture du Quatuor à corde N°2) ses 5 enfants dont on en voit trois qui témoignent dans le film et son petit film qui s'occupe de son oeuvre. On y voit bien sûr des témoignages de professionnels, musiciens, chefs d'orchestre, archivistes et ses influences (Richard Wagner et Richard Strauss) ainsi que son évolution musicale vers le dodécaphonisme ainsi que son influence sur les élèves qu'il a eu Alban Berg, Anton Webern. On y découvre aussi son travail pictural et les nombreux dessins, tableaux et autoportrait qu'il a réalisé à côté de la musique. Et bien sûr des extraits de ses pièces dans un dispositif original. Le comédien et chanteur Dominique Horwitz, fantôme ou réincarnation de Schönberg nous guide dans un parcours sur les traces du compositeur et nous déclame ses lettres et pensées. L'occasion pour les 150 ans de cet auteur né un 13 septembre et mort un 13 juillet (il était superstitieux) de connaitre un peu mieux sa vie, son oeuvre. 



Arnold Schönberg visionnaire - Quatuor  Diotima


Festival Musica 2024 - François Sarhan - Quatuor Diotima - Photo: Robert Becker

Changement de plateau et en avant pour le concert autour de Schönberg et du quatuor. C'est le Quatuor Diotima avec, au violon Yun-Peng Zhao,et Léo Marillier, à l'alto Franck Chevalier et au violoncelle Alexis Descharmes qui démarrent avec le Quatuor N°1 "Bobok" (2002) de François Sarhan qu'on ne quitte décidemment pas. Son quatuor fait référence à la nouvelle de Dostoïevski, une conversation entre les morts. 

Festival Musica 2024 - François Sarhan - Quatuor Diotima - Photo: Robert Becker

Festival Musica 2024 - François Sarhan - Quatuor Diotima - Photo: Robert Becker



La pièce commence doucement avec des trajectoire individuelles et des variations pizzicato puis une petite danse en trille, des glissements, accélérations, ralentis qui de temps en temps se rejoignent. Le toucher est délicat, lessons presque chuchotés, une mélodie tente d'émerger puis nous partons dans un mouvement crescendo et une envolée. Puis l'on repart dans la légèreté avec un arrêt brutal, final.

Festival Musica 2024 - Helmut Lachenman - Quatuor Diotima - Photo: Robert Becker

Suit le 3ème Quatuor à cordes "Grido" (2001) d'Helmut Lachenmann qui nous emmène dans un monde de cordes frotées presqu'en silence, par petites touches, avec des notes presqu'imperceptibles, une poésie du silence, en quelque sorte. Des vibrations hyper discrètes, comme une de ces peintures preque blanche de Cy Twombly et des sons qui semblent joués à 'envers. Tout à coup les cordes vibrent, crissent, grincent et un rythme qui essaie de s'installer puis l'évaporation du son avant un crissement final. Magnifique ode au silence.


Festival Musica 2024 - Arnold Schönberg - Quatuor Diotima - Photo: Robert Becker


 Nous terminons avec le Quatuor à cordes N° 2 d'Arnold Schönberg. Il démarre de manière plutôt classique et les instruments se répondent et reprennent la mélodie avec un certain lyrisme. Le violoncelle pose sa base. Le deuxième mouvement est un peu plus balancé et c'est là que l'on peut entendre la citation de la chanson populaire "Oh du Lieber Augustin" qui se transforme. Elle peut signifier le désarroi de Schoenberg suite à la trahison de sa femme et de son meilleur ami, tout comme la vison de l'avenir de sa musique qui commence à changer, amenant le sérialisme et le dodécaphonisme - et la réception houleuse que lui en fera la public de l'époque. Dans le troisième mouvement qui démarre lentement apparaît le chant. 

Festival Musica 2024 - Arnold Schönberg - Quatuor Diotima - Axelle Fanyo - Photo: Robert Becker

Festival Musica 2024 - Arnold Schönberg - Quatuor Diotima - Axelle Fanyo - Photo: Robert Becker

C'est la soprano Axelle Fanyo qui interprète avec puissance un poème Stefan George, également dans le quatrième mouvement. Celui-ci joue aussi sur la lenteur et la délicatesse, la mélodie tourne et se cherche, se répète, avec quelques pizzicatos, puis enfle et arrive doucement le chant, avec ce poème qui dit:

"Je sens l'air d'une autre planète

Dans le noir, pâlissent les visages

Qui jusqu'alors s'étaient tournés vers moi"

Festival Musica 2024 - Arnold Schönberg - Quatuor Diotima - Axelle Fanyo - Photo: Robert Becker

La pièce se termine en douces et lentes répétions des airs qui doucement s'envolent. Un très beau moment, qui sera dédié à Rohan de Saram, membre du Quatuor Arditi dont l'annonce du décès s'est faite ce jour.


La Fleur du Dimanche

dimanche 10 novembre 2019

Schoenberg et Mendelssohn: Jeunes, audacieux et amoureux: la musique nous porte et nous éclaire avec l'OPS

L'Orchestre Philharmonique de Strasbourg - OPS nous a régalés d'une très belle soirée symphonique au PMC cette semaine (voir le billet du 6 novembre) et remet le couvert le dimanche 10 au matin à la Cité de la Musique et de la Danse en version "Musique de Chambre" dans ses rendez-vous dominicaux. 

Le programme intitulé "Si jeunes et si audacieux" proposé par Jean-Guihen Queyras et Charlotte Julliard, met en correspondance deux compositeurs à priori pas si proches. Mais la jeunesse, sinon la précocité de leur talent - l'oeuvre de Felix Mendelssohn a été écrite et jouée quand il avait 16 ans (et c'est une pièce majeure du compositeur), et celle d'Arnold Schoenberg qui à 25 ans écrit cette première création orchestrale qui va influencer toute la musique du XXème Siècle - n'est pas le seul argument qui procède à la proposition  de ce programme.
Le concert va nous le prouver, d'un côté, une pièce sombre au départ qui va être éclairée pleinement par un amour sans faille, et de l'autre une pièce printanière pleine de sève et d'énergie, hymne à la vie qui surgit.


OPS - Charlotte Julliard, Samika Honda, Angèle Plateau, Agnès Maison, Nicolas Hugon, Jean-Guihen Queyras - Photo: lfdd

L'amour de Schoenberg pour Mathilde (qu'il épousera deux ans après) et le poème de son ami Richard Dehmel "Verklärte Nacht" sont pour lui source d'inspiration et qui lui font composer ce septuor en seulement trois semaines. L'histoire, simple et émouvante de cette femme, enceinte d'un autre et qui le regrette, qui est aimée par-dessus tout par un autre homme avec qui elle va refaire sa vie et  être complètement absoute. Et dont l'octuor va chanter la rédemption et l'amour: 

Zwei Menschen gehn durch kahlen, kalten Hain;
der Mond läuft mit, sie schaun hinein.
Der Mond läuft über hohe Eichen;
kein Wölkchen trübt das Himmelslicht,
in das die schwarzen Zacken reichen.
Die Stimme eines Weibes spricht:  

Deux personnes vont dans la forêt, chauve et froide.
La lune les accompagne, ils regardent en soi.
La lune passe aux dessus des hauts chênes,
Pas un nuage ne trouble la lumière céleste
Vers laquelle les fagots noirs s'étendent;
La voix d'une femme parle.

„Ich trag ein Kind, und nit von Dir,
ich geh in Sünde neben Dir.
Ich hab mich schwer an mir vergangen.
Ich glaubte nicht mehr an ein Glück
und hatte doch ein schwer Verlangen
nach Lebensinhalt, nach Mutterglück  

"Je porte un enfant et pas de toi,
Je vais à côté de toi dans le péché;
Je me suis gravement compromise,
Je ne croyais plus au bonheur
Et j'avais pourtant un lourd désir
D'une raison de vie, de bonheur maternel
....

Du treibst mit mir auf kaltem Meer,
doch eine eigne Wärme flimmert
von Dir in mich, von mir in Dich.

"Que cet enfant qui est conçu

Ne soit pas une charge pour ton âme.
O regarde comme l'univers brille clairement !
Il y a un lustre de toute part.
Tu chasses avec moi sur la mer glaciale,
Mais une propre chaleur rayonne
De toi en moi, de moi en toi.

Die wird das fremde Kind verklären,
Du wirst es mir, von mir gebären;
Du hast den Glanz in mich gebracht,
Du hast mich selbst zum Kind gemacht.“
Er faßt sie um die starken Hüften.
Ihr Atem küßt sich in den Lüften.
Zwei Menschen gehn durch hohe, helle Nacht.  

Elle va transfigurer l'enfant étranger.
Tu vas l'enfanter pour moi, de moi,
Tu as apporté un éclat de lumière en moi,
Tu m'as moi-même refait enfant."
Il embrasse sa forte taille,
Leur souffle se mêle dans les airs.

Deux personnes vont dans la nuit haute et claire."


OPS - Charlotte Julliard, Samika Honda, Angèle Plateau, Agnès Maison, Nicolas Hugon, Jean-Guihen Queyras - Photo: lfdd

La musique s'éveille doucement, sombre et grave, commence effectivement dans une tension, un doute pour continuer par des alternances entre débordements passionnés et fines et discrètes variations, témoin des va-et-vient et des errements sentimentaux du couple pour finir par un jeu en sourdine totalement apaisé.
Nous sentons au niveau des musiciens une très belle cohésion et une complicité qui révèle le bonheur de jouer ensemble.


OPS - Octuor Mendelssohn - C. Julliard, Thomas Gautier, Guillaume Roger, J.-G. Queyras, Marie Viard - Photo: lfdd

Pour l'Octuor à cordes en mi bémol majeur de Mendelssohn, Marie Viard remplaçant Nicolas Hugon au violoncelle, la pièce démarre avec verve et joie, légèreté et énergie. Energie au point qu'à un moment on entend un "plock", un "aïe" et un petit rire. C'est une corde qui s'est cassée au violon de Charlotte Julliard. L'occasion pour Jean-Gihen Queyras de raconter un concert où Martha Argerich fit recommencer par deux fois une pièce (presque terminée) pour raison de corde cassée. Par chance, ici nous n'en étions qu'au début et nous avons pu profiter d'une réécoute de ce début primesautier du long premier mouvement (Allegro moderato ma con fuoco) qui continue en un deuxième mouvement (Andante) virtuose et enjoué. Le troisième (Scherzo : Allegro leggierissimo) est dansant et ludique à souhait.
Tout finit dans un dernier mouvement (Presto) si rapide qu'on a l'impression que le compositeur veut rattraper le temps perdu (bien qu'il soit encore si jeune) ou alors vivre la vie à tombeau ouvert.


OPS - Octuor Mendelssohn - C. Julliard, Thomas Gautier, Guillaume Roger, J.-G. Queyras, Marie Viard - Photo: lfdd

Ce bonheur de vivre, de la musique, jouée avec amour et fraternité par cette petite compagnie, bonheur contagieux, nous l'avons également vécu lors de cette très belle matinée de découverte de très belle musique. Et nous avons gagné en énergie au moins pour la journée sinon pour le mois, en attendant le prochain concert.  


P.S. Et nous dédions ce bonheur au jeune couple qui a assisté à ce concert et dont la femme se préparait à accoucher dans la semaine. Le bonheur aussi pour l'enfant...


La Fleur du Dimanche


Musique de Chambre
Cité de la Musique et de la Danse
Dimanche 10 novembre 2019
Schönberg : Verklärte Nacht.
Mendelssohn : Octuor à cordes en mi bémol majeur.

Distribution :
Jean-Guihen QUEYRAS : violoncelle - Charlotte JUILLARD : violon - Samika HONDA : violon - Thomas GAUTIER : violon - Guillaume ROGER : violon - Angèle PATEAU : alto, Agnès MAISON : alto - Nicolas HUGON : violoncelle - Marie VIARD : violoncelle.

lundi 21 mai 2018

Les sept péchés capitaux... à l'Opéra National du Rhin: Cabaret Lunaire

La soirée spectacle sous le titre "Les sept péchés capitaux" à l'Opéra National du Rhin à Strasbourg se présente sous le triple fil conducteur du cinématographe, du voyage et du collage.


Les sept péchés capitaux" - Opéra National du Rhin

Pour commencer, un grand écran noir et blanc tendu sur la largeur de la scène laisse passer des têtes, des bras, des pieds et des panneaux. L'on chante et l'on annonce la fin de spectacle.
Effectivement le spectacle s'achève de même et les revendications ne sont pas révolutionnaires, mais surréalistes. Un clin d'oeil à Méliès et à la Lune sont le bout du voyage, si l'on estime que Mahagony ville qui n'existe pas est dans nos têtes.


Les sept péchés capitaux" - Opéra National du Rhin

Et le voyage se fait de la terre à la Lune, avec Pierrot bien sûr, enchâssé dans le cabaret de Kurt Weil: un Cabaret Lunaire à lui tout seul, moment de virtuosité orchestrale qui fit révolution en son temps, déjà en 1912 à Berlin. Schoenberg nous offre ainsi trois fois 7 poèmes d'Albert Giraud chantés (récités) par Lenneke Ruiten et Lauren Michelle et dansés en mimodrame par Wendy Tradous et les quatre comédiens-chanteurs Roger Honneywell, Stefan Sbonnik, Antoine Foulon et Patrick Blackwell. Le poème est également en dialogue avec l'orchestre de chambre qui sur scène s'est rapproché - au point que la flute entre en dialogue avec les voix. Et de Bergame à la Lune, les mélodies varient et s'envolent entre légèreté et gravité, jusqu'au désespoir.

Le voyage de Maghagony reboucle avec ce Pierrot pris en sandwich et la Lune de Mahagony (Moon of Alabama) amène le blues de Bénarès aux Indes, après que les rythmes jazzy et entrainants nous aient fait passer du whisky bar (Oh show me the way to the next whisky bar) et les chemin d'Alabama dans une belle énergie.


Les sept péchés capitaux" - Opéra National du Rhin

Les voyages continuent à travers sept villes des Etats-Unis pour les Sept péchés capitaux qui voient Anna en double quitter sa famille du Mississipi pour gagner un peu d'argent en se frottant à une morale renversée, après que le père l'ai culbutée sur la télévision qui remplace la table de la cuisine.


Les sept péchés capitaux" - Opéra National du Rhin

Mais ce voyage dans l'Amérique du début du siècle est plus un combat de boxe pour la survie dans ce monde hostile et le retour prévu comme idyllique sera encore plus sanglant et amoral. La voiture qui nous emmenait sur les chemins nocturnes s'efface et la petite maison de rêve de Louisiane se dresse dans le décor.
La morale n'est pas sauve et l'avenir est à craindre - surtout dans les années 30.
Mais restons vigilants avec Brecht, Weill, Schoenberg Albert Giraud.

Et le spectacle doit continuer...




A voir d'ailleurs jusqu'au 15 juin à Mulhouse, jusqu'au 28 mai à Strasbourg et le 5 juin à Colmar.

La Fleur du Dimanche


Les sept péchés capitaux - Opéra National du Rhin

Direction musicale Roland Kluttig 
Mise en scène (Mahagonny - Ein Songspiel et Les Sept Péchés capitaux) David Pountney 
Mise en scène (Pierrot Lunaire) David Pountney en collaboration avec Amir Hosseinpour 
Chorégraphie (Mahagonny - Ein Songspiel) Amir Hosseinpour 
Chorégraphie (Les Sept Péchés capitaux) Beate Vollack
Décors et costumes Marie-Jeanne Lecca 
Lumières Fabrice Kebour

MAHAGONNY - EIN SONGSPIEL - Kurt Weill
Livret de Bertolt Brecht
Créé à Baden-Baden le 17 juillet 1927
Charlie Roger Honeywell 
Billy Stefan Sbonnik    
Bobby Antoine Foulon
Jimmy Patrick Blackwell 
Jessie Lenneke Ruiten
Bessie Lauren Michelle


PIERROT LUNAIRE - Arnold Schönberg
Trois fois sept poèmes d’après Albert Giraud, 
pour voix et cinq instrumentistes 
Créé le 16 octobre 1912 à Berlin
Soprano Lenneke Ruiten / Lauren Michelle


LES SEPT PÉCHÉS CAPITAUX - Kurt Weill
Ballet chanté en un prologue et sept tableaux, 
sur un livret de Bertolt Brecht
Créé en 1933 à Paris
Anna Lenneke Ruiten / Lauren Michelle 
Père Roger Honeywell 
Frère Stefan Sbonnik
Frère Antoine Foulon
Mère Patrick Blackwell


Orchestre symphonique de Mulhouse

mardi 28 juin 2016

Musique de Chambre première: en grand ensemble avec Accroche Note

Le programme de la première soirée de l'ensemble Accroche Note à l'église du Bouclier à Strasbourg (16èmes rencontres d'été - voir le programme complet ce lundi) s'est positionnée sous le signe du grand ensemble. Douze musiciens pour cette troupe à géométrie variable qui a accueilli en son sein le quatuor Adastra pour des pièces de Fauré et de Mahler (Schoenberg).

On peut dire que la générosité de l'accueil de Françoise Kubler et Armand Angster leur ont également ouvert la scène à un instrument pas très habituel des cocnerts de musique classique: l'accordéon qui donnait sa réplique en miroir à la clarinette dans la pièce d'Isabel Mundry Spiegel Bilder, dialogue entre Armand Angster et Marie-Andrée Joerger. Dialogue très libre où les sonorités, de temps en temps de recouvrent et se retrouvent dans un reflet d'anches.

Accroche Note - Armand Angster - Françoise Kubler - Rencontres d'été de Musique de Chambre - Photo: lfdd


L'accordéon trouve également sa place dans les "Lieder eines fahrenden Gesellen" de Gustav Mahler, dont Arnold Schoenberg en a extrait la substantifique moelle dans une version pour voix, flûte, clarinette, quintette à corde, piano, accordéon et percussion dans laquelle l'oeuvre nous apparaît limpide et légère.

La voix, en l'occurrence celle souple et envoûtante, allant jusqu'au paroxysme, de Françoise Kubler qui s'est fait plaisir - et nous aussi - avec les deux invocations Tiagaru de Giacinto Scelci nous a emmené dans des voyages exotiques et orientaux, balançant entre la mélopée, les attaques guerrières, la méditation et les envolées lyriques.

Le Chant de Linos d'André Jolivet, dont l'auteur dit qu'il est "dans l'antiquité grecque une variété de trenos, une lamentation funèbre entrecoupée de cris et de danses" n'est pas vraiment une chanson triste, mais bien un moment très enjoué et dynamique.

Tout aussi enjouée et plaisante, la version pour flûte, clarinette, harpe et quintette à corde de Pélléas et Mélissande de Gabriel Fauré qui a ouvert le concert qui a débuté le concert et mis tout le monde dans l'ambiance de la soirée. Soirée qui a connu un succès certain, l'église du Bouclier qui a vu sa salle bien remplie.

Accroche Note- Armand Angster - Françoise Kubler - Rencontres d'été de Musique de Chambre - Photo: lfdd


Rendez-vous demain pour la suite du programme (voir détail ce lundi.)

Bon concerts

La Fleur du Dimanche.