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mardi 4 juillet 2023

Les 23ème Rencontres d'été de Musique de Chambre avec Accroche Note: trois soirées, un beau tiercé gagnant

 Comme en 2022 et 2021 - on a sauté 2020 - et 2019 et les années précédentes, l'Ensemble Accroche Note nous donne ce rendez-vous estival au frais dans l'église du Bouclier à Strasbourg pour mélanger les genres. On y trouve donc autant du classique que du contemporain, de la musique instrumentale et vocale (Françoise Kubler, l'un des piliers de l'ensemble Accroche Note avec Armand Angster, oblige),  du répertoire et même des créations (cette année ce sera la création de Gualtiero Dazzi Kleine Nacht), des ensemble invités et des compagnons fidèles, comme Wilhem Latchoumia. Et donc trois programmes qui se complètent durant ces trois soirées d'été pour balayer différents pans de la musique concertante.

La première soirée, encadrée par Johannes Brahms, sera un hommage à Kaija Saariaho et à Ada Gentile, deux femmes à l'honneur, la première qui avait eu son portrait lors du dernier Festival Musica et qui nous a quitté en juin. Et c'est avec le Quatuor Adastra qui  s'est formé en 2013 à Strasbourg que les deux piliers de l'Accroche Note vont dérouler la soirée.


Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Quatuor Adastra - Photo: lfdd


C'est donc avec le Quintette avec clarinette op 115 de Johannes Brahms que nous entrons dans l'été. Oeuvre tardive, elle a été écrite pour le clarinettiste Richard Mühlfeld et c'est Armand Angster et sa clarinette magique qui reprend avec brio cette partition, accompagné de l'ensemble strasbourgeois Adastra composé de Julien Moquet et Bastien Vidal aux violons, Marion Abeilhou à l'alto et Antoine Martiynciow au violoncelle pour une superbe interprétation. Un plaisir riche et généreux avec quelques réminiscences tziganes dans lequel la clarinette virtuose se promène avec joie,  en accord parfait avec les autres musicien.ne.s.


Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Quatuor Adastra - Photo: lfdd


Avec Die Aussicht, un poème mis en musique par Kaija Saariaho en 2019, c'est Françoise Kubler qui rend hommage à la compositrice finlandaise récemment disparue. Le court poème de Hölderlin, qu'il avait écrit en regardant par la fenêtre de sa petite chambre de sa tour à Tübingen et qu'il avait signé Scardanelli décrit le paysage en huit vers que Kaija Saariaho a mis en musique avec grâce et que Françoise Kubler interprète avec sensibilité, très bien accompagnée par le quatuor.


Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Quatuor Adastra - Photo: lfdd


Autre hommage, celui à Ada Gentille, avec Landscape of the mind (1991), une pièce pour clarinette et quatuor à corde que la compositrice  a écrit au retour d'un séjour de Chicago où elle avait joué ses pièces dans une exposition éponyme. La pièce décrit des paysages légers, discrètes, par petites touches impressionnistes presque, qui font penser au voyage et qui s'achèvent avec délicatesse.

Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Quatuor Adastra - Photo: lfdd


Retour à Brahms avec quelques Lieder dans lesquels Françoise prouve encore, si c'était nécessaire, toute l'étendue de son talent de soprano, avec des pièces joyeuses (Ständchen), la célèbre berceuse Wiegenlied, ou le dansant Der Jäger. Une belle conclusion à la très belle soirée qui nous avait été offerte par le Quatuor Adastra et les deux organisateurs de ce programme. En attendant la suite..


Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Quatuor Adastra - Photo: lfdd



La deuxième soirée sera consacré au cymbalum, cet instrument qui est plutôt répandu en Europe centrale, dans la musique hongroise et tsigane et qui fut aussi un instrument de prédilection pour Kaija Sariahoo (voir les billets sur son portrait au Festival Musica en 2022).

Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Photo: lfdd

Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Photo: lfdd


 Nous avons, à Strasbourg, la chance d’avoir une interprète réputée de cet instrument, Aleksandra Dzenisenia, membre de l’ensemble Intercolor, et c’est donc elle qui assurera la majeure partie des pièces du programme, à commencer par les Scènes villageoises du compositeur hongrois Béla Bartok. Ces chants populaires que le compositeur a recueilli en Europe Centrale et Orientale ont été arrangées dans une veine bien virtuose, ce qui ne pose aucun souci, ni pour l’interprète au cymbalum, ni pour Françoise Kubler qui les interprète dans la langue originale avec force, puissance et chaleur, dont la dernière pleine de cris et d’énergie.

Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Photo: lfdd

Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Photo: lfdd

Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Photo: lfdd


Nous restons en Hongrie avec Bela Kovacs, le clarinettiste et compositeur qui a dédié la pièce à Rov Feidmann, le célèbre clarinettiste klezmer la pièce Sholem Alekhem, Rov Feidmann, une salutation ou une bénédiction en yiddish. Et ce sera Armand Angster qui nous jouera cet air populaire et dansant avec une virtuosité accompagné bien sûr par le cymbalum d’ Aleksandra Dzenisenia. 

Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Photo: lfdd


Et elle sera seule cette fois-ci à nous interpréter Szalkak (éclats) de Györki Kurtag, encore un compositeur hongrois, avec cette pièce très colorée, qui passe par différents états, calme, fougueux, léger, tendre, volontaire, et qui s’éteint doucement.
 
Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Photo: lfdd

Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Photo: lfdd


La pièce suivante sera un beau défi pour le couple Angster – Kubler avec la pièce de Georges Aperghis A Mi-mots (2022) que le compositeur avait dédié au couple et qu’ils ont créé à l’occasion des quarante ans de l’Ensemble Accroche Note. Et nous retrouvons ce flot de mots, réels ou inventés et de souffle ainsi que les battements de mains qui témoignent de la complicité inoxydable des deux interprètes.

Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Photo: lfdd


Suit, encore de Kurtag, Tre pezzi pour cymbalum et clarinette (1996) que le compositeur avec dédicacé à Michel Portal et qu’Armand Angster ne démérite pas de jouer. La pièce commence dans la douceur et continue dans une belle énergie et beaucoup d’ondulation et de variations sonores très envoûtantes.

Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Photo: lfdd

Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Photo: lfdd


Françoise Kubler sera seule avec son tambourin pour interpréter In meinen Armen schlafen de Bernard Menu qu’il a écrit pour elle. Avec son tambourin sur lequel elle marque le rythme, elle chante cet extrait du poème de Claudius que Schubert a utilisé pour la Jeune Fille et la Mort "Sei guten Muts, ich bin nicht wild, sollst sanft in meinen Armen schlafen" (Sois courageuse, je ne suis pas sauvage, dors en paix entre mes bras). Cette phrase, répétée comme une incantation, un souvenir, passe du grave dans d’extraordinaires aigus.

Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Photo: lfdd

Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Photo: lfdd

Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Photo: lfdd


Et la soirée s’achève avec la création de la pièce Kleine Nacht de Gualtiero Dazzi, avec sept madrigaux pour voix, clarinette basse, violoncelle et cymbalum sur des poèmes, les derniers, de Paul Celan, magnifiques. Magnifiques textes, très belle composition et superbes interprétation des quatre interprètes, Françoise Kubler (voix), Armand Angster (clarinette basse), Aleksandra Dzenisenia (cymbalum) et Timothée (violoncelle).  
  

Troisième et dernière soirée des 23ème Rencontres d'été de Musique de Chambre avec Accroche Note: Cette fois-ci le programme sera axé autour d’André Bouchourechliev et de Debussy dont le compositeur, né en Bulgarie et qui a émigré à Paris, dit que c’est à lui Debussy (et non à Stravinsky ou à Schoenberg) que l’on doit la révolution musicale du XXème siècle. 


Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Photo: lfdd


Nous commençons avec une œuvre de Bouchourechliev Nocturnes pour clarinette et piano (1984), une œuvre d’inspiration assez romantique qu’interprètent Armand Angter à la clarinette et Wilhem Latchoumia au piano. La pièce débute de manière assez calme et reposante, enchaînant quelques éclats et stridences. Quelquefois le son tournoie et rebondit à la clarinette, alors que le piano joue des notes par grappes et pour finir, les notes au piano roulent et la clarinette pousse quelques stridences. 


Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Photo: lfdd


Avec La soirée dans Grenade (1903) pour piano de Claude Debussy, nous avons droit à un vrai voyage dans cette ville où le compositeur français n’a jamais mis les pieds. Mais on s’y croit totalement avec ces réminiscences de danses espagnoles, tangos et habaneras, l’atmosphère de bals et l’ambiance de la ville est totale au point d’avoir fait dire à Manuel de Falla « tout le morceau dans ses moindres recoins fait sentir l’Espagne ». Et l’interprétation de Wilhem Latchoumia nous plonge bien dans ce dépaysement.


Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Photo: lfdd

Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Photo: lfdd


Suit, de Claude Debussy aussi, la Sonate pour violon et piano (1917), une des dernières pièces majeures du compositeur, une pièce mystérieuse, douloureuse et tendre. Ce sont les frères Jules, au violon et Hugo Stella au piano qui nous en font une très belle interprétation, toute en finesse dans les changements de rythme.


Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Photo: lfdd

Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Photo: lfdd

Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Photo: lfdd

Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Photo: lfdd

Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Photo: lfdd

Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Photo: lfdd


La pièce suivante, Archipel IV (1970) de Bouchourechliev est un vrai challenge pour Wilhem Latchoumia. Le compositeur laisse à l’interprète la liberté de choisir les séquences prédéfinies qu’il a composées pour « construire » la pièce. Et c’est à un vrai travail de titan auquel se confronte le pianiste, alternant les frappes vigoureuses, violentes, les roulements de notes, les enroulements et les moments plus calmes dans les aigus, les notes égrenées avec leur écho et de délicats tintements qui font penser à des boites à musique, dans une extrême concentration.


Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Photo: lfdd

Rencontres d'été 2023 - Accroche Note - Photo: lfdd


Pour clore la soirée en beauté, ce sera Françoise Kubler avec Cinq poèmes de Charles Baudelaire (1889) pour piano et voix. Et l’on peut apprécier sa richesse d’interprétation avec ces poèmes issus des Fleurs du Mal (Le Balcon, La mort des Amants) et des Nouvelles Fleurs du Mal (Recueillement) ainsi que du recueil Epaves (Le Jet d’eau) pour s’achever par le magnifique Harmonie du Soir :

Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;
Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !
Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;
Le violon frémit comme un coeur qu'on afflige ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.

Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir !


La Fleur du Dimanche

dimanche 19 septembre 2021

Festival Musica - Terra Memoria : Ceux qui nous ont quitté résonnent encore

 Fidèle aux concerts du dimanche matin, déplacés de la Bourse aux Halles Citadelle, dont l'acoustique n'a rien à voir avec la salle abandonnée pour cause de vaccination, Musica nous offre un hommage à Christophe Bertrand, avec le Quatuor Adastra et la pièce de Kaija Saariaho Terra Memoria en souvenir à "ceux qui nous ont quitté".


Musica 2021 - Quatuor Adastra - Clara Olivares - Murs et racines - Photo: lfdd


C'est aussi l'objet de la première pièce, Murs et racines (2021) de Clara Olivares qui rend un hommage au jeune et doué compositeur strasbourgeois qui nous a quitté en 2010 à l'âge de 29 ans. C'est à l'écoute de son quatuor N°II qui clôt le concert qu'elle s'est décidée de se mettre à la composition. Et sa pièce effectivement utilise le vocabulaire de son mentor, mais à sa manière, avec une variété de façons de traiter les cordes, frottements, arrêts, frappe, force, pincement, caresse, effleurements, et le résultat en est très réussi.

Musica 2021 - Quatuor Adastra - Kaija Saariaho - Terra Memoria - Photo: lfdd


Avec la pièce Terra Memoria de Kaija Saariaho  nous avons une pièce plus mélodique en trois mouvement, le premier démarrant doucement tandis que le second prend de l'ampleur et finit également tout en douceur. Le troisième mouvement termine sur une note enjouée cette pièce, le deuxième quatuor à corde de la compositrice, très belle oeuvre qui reçoit un superbe accueil - mérité - du public.


Musica 2021 - Quatuor Adastra - Christophe Bertrand - Quatuor II - Photo: lfdd

Musica 2021 - Quatuor Adastra - Christophe Bertrand - Quatuor II - Photo: lfdd


Pour clore l'hommage, le Quatuor II (2010) de Christophe Bertrand démare doucement avec un son lointain qui se rapproche et croit. Les mouvements d'archets sont courts, très courts et rapides, les cordes sont tirées, une violence et une grande virtuosité est mise en oeuvre. Le jeu est très gestuel, et les membres du Quatuor Adastra avec au violon Julien Moquet et Ernst Spyckerelle, à l'alto Marion Abeilhou et au violoncelle Antoine Martynciow s'en tirent haut les mains. 
Magnifique concert. 

    

La Fleur du Dimanche   

mardi 28 juin 2016

Musique de Chambre première: en grand ensemble avec Accroche Note

Le programme de la première soirée de l'ensemble Accroche Note à l'église du Bouclier à Strasbourg (16èmes rencontres d'été - voir le programme complet ce lundi) s'est positionnée sous le signe du grand ensemble. Douze musiciens pour cette troupe à géométrie variable qui a accueilli en son sein le quatuor Adastra pour des pièces de Fauré et de Mahler (Schoenberg).

On peut dire que la générosité de l'accueil de Françoise Kubler et Armand Angster leur ont également ouvert la scène à un instrument pas très habituel des cocnerts de musique classique: l'accordéon qui donnait sa réplique en miroir à la clarinette dans la pièce d'Isabel Mundry Spiegel Bilder, dialogue entre Armand Angster et Marie-Andrée Joerger. Dialogue très libre où les sonorités, de temps en temps de recouvrent et se retrouvent dans un reflet d'anches.

Accroche Note - Armand Angster - Françoise Kubler - Rencontres d'été de Musique de Chambre - Photo: lfdd


L'accordéon trouve également sa place dans les "Lieder eines fahrenden Gesellen" de Gustav Mahler, dont Arnold Schoenberg en a extrait la substantifique moelle dans une version pour voix, flûte, clarinette, quintette à corde, piano, accordéon et percussion dans laquelle l'oeuvre nous apparaît limpide et légère.

La voix, en l'occurrence celle souple et envoûtante, allant jusqu'au paroxysme, de Françoise Kubler qui s'est fait plaisir - et nous aussi - avec les deux invocations Tiagaru de Giacinto Scelci nous a emmené dans des voyages exotiques et orientaux, balançant entre la mélopée, les attaques guerrières, la méditation et les envolées lyriques.

Le Chant de Linos d'André Jolivet, dont l'auteur dit qu'il est "dans l'antiquité grecque une variété de trenos, une lamentation funèbre entrecoupée de cris et de danses" n'est pas vraiment une chanson triste, mais bien un moment très enjoué et dynamique.

Tout aussi enjouée et plaisante, la version pour flûte, clarinette, harpe et quintette à corde de Pélléas et Mélissande de Gabriel Fauré qui a ouvert le concert qui a débuté le concert et mis tout le monde dans l'ambiance de la soirée. Soirée qui a connu un succès certain, l'église du Bouclier qui a vu sa salle bien remplie.

Accroche Note- Armand Angster - Françoise Kubler - Rencontres d'été de Musique de Chambre - Photo: lfdd


Rendez-vous demain pour la suite du programme (voir détail ce lundi.)

Bon concerts

La Fleur du Dimanche.