jeudi 5 janvier 2023

Les Possédés d'Illfurth avec Lionel Lingelser: Et résonnent les quatre cents coups !

 La salle n'est pas encore plongée dans le noir que sonnent déjà des coups rythmés et inquiétants venus d'on ne sait où. Ce ne sont pas les trois coups du théâtre, c'est un rythme ensorcelant qui nous entoure, nous encercle, frappé sans coup férir sur un tambourin par le comédien Lionel Lingelser qui traverse la salle et monte sur scène. 


Les possédés d'Illfurth - Lionel Lingelser - Photo: Jean-Louis Fernandez


Une pause, une respiration pour mieux nous oppresser avec la reprise de ce battement qui est à la fois un battement de vie et ce qui pourrait venir d'un esprit frappeur ou d'une pièce de Molière, les Fourberies de Scapin, au hasard. Mais n'avançons pas trop vite, bien que l'on y arrive tout de suite. Parce ce spectacle, où l'on s'attend à voir une narration historique sur les deux cas de possession de jeunes enfants à Illfurth autour des années 1870, est en fait un récit de la vie, et de la carrière de comédien, de l'auteur-metteur en scène dans un seul en scène époustouflant. 


Les possédés d'Illfurth - Lionel Lingelser - Photo: Jean-Louis Fernandez


A l'image de Philippe Caubère, mais en plus court, Lionel Lingelser tisse la toile de son récit entre sa jeunesse dans le Sudgau (justement dans la ferme de son grand-père qui avait été le domicile de ces deux "possédés" Joseph et Thiébaut Bürner) et sa vocation et son métier de comédien de théâtre, entrecoupé de multiples épisodes qui viennent enrichir les étapes de sa vie et dialoguer avec elles. Et l'on a ainsi des retours à la terre - quelquefois au sens littéral, via de multiples chutes - et à ses racines, avec des moments emblématiques, sortes de stations dans son parcours, à la fois de vie et d'apprentissage. La première, qui va en engendrer de nombreuses autres et constituer la trame tendue de cette histoire, c'est la prise de rôle de Scapin (justement) - rôle principal de la pièce de Molière - avec un metteur en scène singulier qui lui fait "sortir ses trippes". 


Les possédés d'Illfurth - Lionel Lingelser - Photo: Jean-Louis Fernandez


Cette "expérience" que l'on constate comme fondatrice d'un parcours de carrière et d'un type de jeu - le jeu avec masque joint à un travail sur la prise en compte du corps et de ses souvenirs dans l'interprétation - sera donc l'occasion de prouver de visu toute l'efficacité de cette méthode par une galerie de personnages que Lionel Lingelser incarne avec brio, en changeant instantanément d'attitude, de voix et d'interprétation pour chaque protagoniste. La liste est longue: lui-même en Hélios, adulte,  apprenti comédien, petit enfant, adolescent, sportif, comédien consacré, de retour sur ses terres, ses parents à toutes ces étapes de la vie lui donnant la réplique, son grand-père, ses enseignants, le curé, l'évêque, l'entraineur de volley, le diable et son dragon, et j'en oublie. 


Les possédés d'Illfurth - Lionel Lingelser - Photo: Jean-Louis Fernandez


Et surtout son metteur en scène avec qui il a de nombreux échanges fondamentaux qui lui permettent d'alimenter à la fois sa réflexion, sa construction de comédien et la matière de son progrès - qui est également celle de la pièce en cours. La possession, la chute et la rédemption irriguent la pièce à de multiples niveaux. La possession par exemple par l'incarnation d'un autre pour interpréter un rôle, ou comme violence sur son propre corps subie inconsciemment (le corps ne répond pas et se lâche) ou par la force d'un autre (viol). 


Les possédés d'Illfurth - Lionel Lingelser - Photo: Jean-Louis Fernandez


Le texte, écrit par Yann Verburgh en collaboration avec Lionel Lingelser joue ainsi sur différents niveaux de narration et passe par une belle variation de séquences, entre récit historique imagé, envolées lyriques, scènes oniriques, tableaux réalistes ou humoristiques, ou dialogues où le comédien seul sur scène excelle à rendre crédible et réaliste, passionnant même les scènes auxquelles nous avons l'impression d'assister et pourquoi pas en être carrément protagoniste tant le comédien donne l'illusion de cette "réalité". Et tout cela en dosant subtilement les sentiments, entre peur, émotion, humour, rire, empathie, révolte et plaisir. Un envoûtement réussi.


La Fleur du Dimanche





A la MAC à Bischwiller le 5 janvier 2023

A Moslheim 13eSens le 7 janvier 2023

A Evreur, au TANGRAM le 14 janvier 2023

A Montreuil, au TPM du 14 au 22 avril 2023 


MISE EN SCÈNE ET INTERPRÉTATION
Lionel Lingelser
TEXTE
Yann Verburgh en collaboration avec Lionel Lingelser
Éditions Les Solitaires Intempestifs
COLLABORATION ARTISTIQUE
Louis Arene
CRÉATION LUMIÈRE
Victor Arancio
CRÉATION SONORE
Claudius Pan
RÉGIE
Ludovic Enderlen, Victor Arancio, Valentin Paul (en alternance)
Conseillé à partir de 14 ans. Durée : 1h15
PRODUCTION
Munstrum Théâtre
COPRODUCTIONS & SOUTIENS
La Filature, Scène nationale de Mulhouse
Scènes de Rue - Festival des Arts de la rue
Avec le soutien de la Ville de Mulhouse et de la Collectivité européenne d’Alsace.
Le Munstrum Théâtre est conventionné par la DRAC Grand Est et la Région Grand Est.
La compagnie est soutenue au fonctionnement par la Ville de Mulhouse.
Elle est associée à la Filature, scène nationale de Mulhouse, ainsi qu’aux projets
du Quai – CDN Angers Pays de la Loire et du Théâtre Public de Montreuil - CDN.

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