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jeudi 26 mars 2026

Segnali di Resonanza d'Ezio Schiavulli: Effet papillon, Intention Direction, Perturbation, Inter Action

 L'effet Papillon est une réflexion qui a intrigué et intrigue toujours Ezio Schiavulli au point qu'il y consacre un spectacle dont il en fait le moteur transposé. Le chorégraphe italien qui a noué pendant déjà six ans des liens avec l'Alsace lors de résidence dans quelques lieux de spectacle du Nord Alsace, entre autres Saverne, Wissembourg et Bischwiller, présente à la MAC la première de Segnali di Resonanza. Nous avons déjà pu voir une de ses précédentes pièces Heres: nel nome del figlio où il se penchait sur ses origines et son père, batteur de Jazz, et où il intégrait totalement ce rythme qui le berçait déjà tout jeune et qui l'a peut-être amené à être danseur. Ici, c'est la "théorie du chaos", les interactions et les conséquences des décision ou des gestes, des position, qu'il creuse et met en spectacle. "Est-ce que ce que je fais va changer le monde ?" est la question lancinante avec comme conséquence l'incertitude, l'imprévisible, le hasard que l'on aimerait bien contrôler. En tenant compte de l'environnement, et de la relation humaine. 


Segnali di Resonanza - Ezio Schiavulli - Photo: Damien Dausch

Ainsi, il questionne le public sur la décision que chacun a prise de venir au spectacle au lieu de rester tranquillement à la maison, provoquant échanges et complicités, intégration. S'interrogeant sur la "bonne place" de chacun, de lui et aussi et de ses "machines" qu'il promène par un fil, qui est autant laisse que cordon ombilical. Et dont il dit qu'elles vont elles aussi interagir en résonance avec la scène, le danseur. Oscillant entre réflexion poétique et philosophique ("Le regard influence ce qu'il regarde") et instants dansés originaux et alertes, dans lesquels on imagine des essais de fixer la hasard, dont une qui est une simulation des double pendules qu'il réalise avec ses bras. S'appuyant sur le dicton "Entre le soleil de ce matin et la lune de ce soir, nous ne sommes plus les mêmes", il permet l'expérience du spectateur de la perception multiple de sa danse dans un espace quadri-frontal, multipliant les points de vue sur la scène et favorisant le chaos. La composition musicale augmente encore cet espace dans une perception ouverte. 


Segnali di Resonanza - Ezio Schiavulli - Photo: Damien Dausch


Il multiplie aussi les expériences en proposant, après son solo, un duo, puis un trio pour explorer les multiples variations selon le nombre, mais aussi selon les interprètes. Ainsi dans la deuxième partie, les deux danseurs, l'un petit et à la gestuelle rigide, plus sèche et anguleuse (le précis et dynamique Gabriele Montaruli) se compare avec un grand danseur, plus flexible et relâché (le sympathique et touchant Davide Lafabianna). Leur danse composée de gestes de toucher, de transmission du mouvement ou de force, de poids, s'appuie sur des transferts d'énergie et nous entraîne dans un mouvement sans fin avec soutiens, rebonds et interactions. 




Pour la partie trio, les mouvements se font plus dans des aller-retours d'un bout à l'autre de la scène (en longueur) et des quelques figures acrobatiques. Dans cette configuration dans laquelle s'est intégrée une femme (la droite et juste Alizée Leman), l'aspect triangulaire favorise les échanges de regards, des séparations-retrouvailles et une occupation plus dense de l'espace. 


Segnali di Resonanza - Ezio Schiavulli - Photo: Damien Dausch


Dans cette pièce foisonnante et énergique, où chacun peut observer et expérimenter, essayer de découvrir les multiples interactions entre gestes, mouvements, liaisons et répercussions, le hasard se fait beauté et les éclairages colorés et tournoyants renforcent la perception fragmentée d'un monde agité et libre, mais également contraint. Les bribes de réalité s'offrent à nous en parcelles éparses et mouvantes, sublimées par la musique qui nous enveloppe en immersion dans des nappes sonores et des compositions originales, dont, la contrebasse finale qui nous ramène comme une échelle à la réalité.


La Fleur du Dimanche


Segnali di Resonanza


A la MAC à Bischwiller le 26 mars 2026

Au PréO à Oberhausbergen le 15 avril 2026 - Dans le cadre du Curieux Festival

Tournée 

DISTRIBUTION
CONCEPTION CHORÉGRAPHIQUE : Ezio Schiavulli
ASSISTANT CHOREGRAPHE : Gabriele Montaruli
AUTRICE ET ASSISTANTE À LA DRAMATURGIE : Rosalie Vaudaux
INTERPRÈTES : Ezio Schiavulli, Gabriele Montaruli, Alizée Leman, Davide
Lafabiana
CONCEPTION MUSICALE : Antonello Arciuli
CRÉATION ET PROGRAMMATION LUMIÈRE : Malou Hacques
PRODUCTION
Association Expresso Forma — Cie Ez3_Ezio Schiavulli (Strasbourg, France)
Associazione RIcerca E Sviluppo COreografico (Bari, Italie)
CO-PRODUCTION
L’Association des Scènes du Nord Alsace (la M.A.C. de Bischwiller, la Saline de
Soultz-sous-Forêt, la Castine de Reichshoffen, la Nef de Wissembourg, l’Espace
Rohan de Saverne, le Relais Culturel de Haguenau), Centre de Production
National de la danse Porta d’Oriente (Bari, Italie), l’association RIESCO (Bari, Italie)
et l’AGORA DE LA DANSE, Montréal - Canada.
SOUTIENS
Ministère la culture française (DRAC Grand Est), Région Grand Est (Fr), Ministère
de la culture italienne (MiC), Région des Pouilles, Institut culturel italien de
Strasbourg et Montréal

mercredi 3 mai 2023

Dominique A en concert à la MAC de Bischwiller: Un rocker tendre au coeur de poète et à la voix de miel

 Suite à la sortie de son quinzième album depuis ses débuts en 1991, Un monde réel, Dominique A effectue une tournée en France (et même à Bruxelles le 1er juillet et à Lausanne le 13 octobre). Donc après l'Olympia le 26 janvier, et de nombreux lieux en France et à l'étranger, et déjà de nombreuses dates passées fin 2022, le voilà qui arpente la France transversale. Ce qui lui fait dire qu'il découvre de nouveaux endroits, comme cette salle de la MAC - Maison des Arts et de la Culture - Relais Culturel à Bischwiller avec un couloir central qui, dit-il lui donne envie de descendre les marches et de s'immerger dans le public. Il ne le fera pas pendant le spectacle, mais ce sera, pour les saluts avec les musiciens, qu'il partagera la joie des spectateurs debout après un magnifique concert de deux heures et quart.


Dominique A - Photo: lfdd


Et c'est avec ses complices du dernier disque, qu'il apparaît, noir dans le noir sur la scène: Sébastien Boisseau à la contrebasse, Etienne Bonhomme à la batterie, Julien Noël aux claviers orgue Hammond et piano électrique, David Euverte au piano et Sylvaine Hélary aux flutes traversières. Une équipe restreinte mais qui amène quand même de la puissance et de la variété aux différentes chansons. On n'en est pas au solo guitare voix intimiste. D'ailleurs tout au long du concert, on passe d'un côté intime à des explosions d'énergie. 


Dominique A - Photo: lfdd


Dominique A  oscillant de chanson douces ou nostalgique à des montées en puissance où et lui et ses musiciens se donnent à fond, débordements d'énergie soulignés par les effets de lumière palpitants dans le stroboscopique fait main. Il faut saluer les éclairages bien pensés et variés et apportant une belle atmosphère, les carrés de lumières colorées changeant le décor selon les ambiances ou se transformant en croix inquiétantes.

Le concert commence avec des titres du nouvel album, en premier Le dernier appel de la forêt:

Dernier appel, dernier appel de la forêt
Les séismes et les avalanches
Les virus et les incendies
Ça ira, ça va non merci
C'est assez que la Terre penche


Dominique A - Photo: lfdd



Il enchaîne quelques titres de l'album et l'on peut apprécier la qualité de la sonorisation où l'on entend la voix claire et transparente du chanteur, les mots et les phrases arrivent distinctement, on peut en goûter toute la poésie. La voix monte dans les aigus en nous enroulant dans douceur. La contrebasse de Sébastien Boisseau pose le rythme, nous embarque sur son tapis de cordes, Etienne Bonhomme mène sa batterie avec doigté, sans brusquer ni en faire trop, soulignant la ligne mélodique, tenue aussi par les variations du piano joué avec virtuosité et invention par David Euverte et Julien Noël qui alterne entre le synthétiseur et le piano électrique, tandis que les notes jouées à la flûte par Sylvaine Hélary s'envolent et virevoltent. Dominique A, lui, est totalement immergé dans ses paroles et sa musique, soulignant d'ondulations de la main les paroles qui s'enroulent, puis incarnant au plus profond le rythme et la musique, poussant avec toute une énergie débordante les variations musicales comme un danseur chef d'orchestre.  


Dominique A - Photo: lfdd



Il revient à ses anciens disques, et picore de-ci de-là des chansons, des airs connus et d'autres moins, interroge le public à l'occasion du morceau Bowling si  la ville en était doté d'un tel lieu de convivialité - ou pas. Il nous chante avec ses talents de poète, l'attente, les bistrots, la mer et ses paysages, la campagne, nous offre des poèmes, à l'image d'une description de Flaubert, la nostalgie, ou la désillusion.
Ses textes sont tirés au cordeau, le regard aiguisé, et l'on sent à la fois une grande tendresse et une bonne dose de violence. Et cela fait du bien quand tous les musiciens avec lui montent en puissance et s'embarquent dans un rock dur, presque le punk qu'il a côtoyé à ses débuts.  


Dominique A - Photo: lfdd



Et cela fait du bien aussi quand il nous rappelle de grands tubes, Antonia, l'Horizon, Le courage des oiseaux, et nous sommes très émus avec lui quand il nous chante, en hommage à Alain Bashung Immortels, la chanson qu'il avait écrite pour lui:
Je ne t'ai jamais dit
Mais nous sommes sommes immortels
Pourquoi es-tu parti avant que je te l'apprenne?
Le savais-tu déjà?
Avais-tu deviné?
Que des dieux se cachaient sous des faces avinées
Mortels, mortels, nous sommes immortels
Je ne t'ai jamais dit mais nous sommes immortels.


Dominique A - Photo: lfdd



Dominique A n'est pas seulement poète, il est aussi engagé et solidaire, et nous dit qu'il faut faire Avec les autres 

Tout ce temps qu'il nous faut, pour y voir quelque chose
Mais nous avons saisi, que les saisons viraient
L'oracle est pris de court, ça n'est plus un secret
Que l'iceberg transpire et la dune apparaît
Nous n'irons bien qu'avec les autres
Nous n'irons loin qu'avec les autres
 
Après un très beau concert où nous avons pu apprécier autant les nouvelles chansons que las anciennes, lui et ses musiciens nous offrent encore un généreux rappel de presqu'une demi-heure et le bonheur est dans la salle et dans nos coeurs et nous le devons à la générosité de ce poète chanteur et musicien de talent. 


La Fleur du Dimanche

jeudi 5 janvier 2023

Les Possédés d'Illfurth avec Lionel Lingelser: Et résonnent les quatre cents coups !

 La salle n'est pas encore plongée dans le noir que sonnent déjà des coups rythmés et inquiétants venus d'on ne sait où. Ce ne sont pas les trois coups du théâtre, c'est un rythme ensorcelant qui nous entoure, nous encercle, frappé sans coup férir sur un tambourin par le comédien Lionel Lingelser qui traverse la salle et monte sur scène. 


Les possédés d'Illfurth - Lionel Lingelser - Photo: Jean-Louis Fernandez


Une pause, une respiration pour mieux nous oppresser avec la reprise de ce battement qui est à la fois un battement de vie et ce qui pourrait venir d'un esprit frappeur ou d'une pièce de Molière, les Fourberies de Scapin, au hasard. Mais n'avançons pas trop vite, bien que l'on y arrive tout de suite. Parce ce spectacle, où l'on s'attend à voir une narration historique sur les deux cas de possession de jeunes enfants à Illfurth autour des années 1870, est en fait un récit de la vie, et de la carrière de comédien, de l'auteur-metteur en scène dans un seul en scène époustouflant. 


Les possédés d'Illfurth - Lionel Lingelser - Photo: Jean-Louis Fernandez


A l'image de Philippe Caubère, mais en plus court, Lionel Lingelser tisse la toile de son récit entre sa jeunesse dans le Sudgau (justement dans la ferme de son grand-père qui avait été le domicile de ces deux "possédés" Joseph et Thiébaut Bürner) et sa vocation et son métier de comédien de théâtre, entrecoupé de multiples épisodes qui viennent enrichir les étapes de sa vie et dialoguer avec elles. Et l'on a ainsi des retours à la terre - quelquefois au sens littéral, via de multiples chutes - et à ses racines, avec des moments emblématiques, sortes de stations dans son parcours, à la fois de vie et d'apprentissage. La première, qui va en engendrer de nombreuses autres et constituer la trame tendue de cette histoire, c'est la prise de rôle de Scapin (justement) - rôle principal de la pièce de Molière - avec un metteur en scène singulier qui lui fait "sortir ses trippes". 


Les possédés d'Illfurth - Lionel Lingelser - Photo: Jean-Louis Fernandez


Cette "expérience" que l'on constate comme fondatrice d'un parcours de carrière et d'un type de jeu - le jeu avec masque joint à un travail sur la prise en compte du corps et de ses souvenirs dans l'interprétation - sera donc l'occasion de prouver de visu toute l'efficacité de cette méthode par une galerie de personnages que Lionel Lingelser incarne avec brio, en changeant instantanément d'attitude, de voix et d'interprétation pour chaque protagoniste. La liste est longue: lui-même en Hélios, adulte,  apprenti comédien, petit enfant, adolescent, sportif, comédien consacré, de retour sur ses terres, ses parents à toutes ces étapes de la vie lui donnant la réplique, son grand-père, ses enseignants, le curé, l'évêque, l'entraineur de volley, le diable et son dragon, et j'en oublie. 


Les possédés d'Illfurth - Lionel Lingelser - Photo: Jean-Louis Fernandez


Et surtout son metteur en scène avec qui il a de nombreux échanges fondamentaux qui lui permettent d'alimenter à la fois sa réflexion, sa construction de comédien et la matière de son progrès - qui est également celle de la pièce en cours. La possession, la chute et la rédemption irriguent la pièce à de multiples niveaux. La possession par exemple par l'incarnation d'un autre pour interpréter un rôle, ou comme violence sur son propre corps subie inconsciemment (le corps ne répond pas et se lâche) ou par la force d'un autre (viol). 


Les possédés d'Illfurth - Lionel Lingelser - Photo: Jean-Louis Fernandez


Le texte, écrit par Yann Verburgh en collaboration avec Lionel Lingelser joue ainsi sur différents niveaux de narration et passe par une belle variation de séquences, entre récit historique imagé, envolées lyriques, scènes oniriques, tableaux réalistes ou humoristiques, ou dialogues où le comédien seul sur scène excelle à rendre crédible et réaliste, passionnant même les scènes auxquelles nous avons l'impression d'assister et pourquoi pas en être carrément protagoniste tant le comédien donne l'illusion de cette "réalité". Et tout cela en dosant subtilement les sentiments, entre peur, émotion, humour, rire, empathie, révolte et plaisir. Un envoûtement réussi.


La Fleur du Dimanche





A la MAC à Bischwiller le 5 janvier 2023

A Moslheim 13eSens le 7 janvier 2023

A Evreur, au TANGRAM le 14 janvier 2023

A Montreuil, au TPM du 14 au 22 avril 2023 


MISE EN SCÈNE ET INTERPRÉTATION
Lionel Lingelser
TEXTE
Yann Verburgh en collaboration avec Lionel Lingelser
Éditions Les Solitaires Intempestifs
COLLABORATION ARTISTIQUE
Louis Arene
CRÉATION LUMIÈRE
Victor Arancio
CRÉATION SONORE
Claudius Pan
RÉGIE
Ludovic Enderlen, Victor Arancio, Valentin Paul (en alternance)
Conseillé à partir de 14 ans. Durée : 1h15
PRODUCTION
Munstrum Théâtre
COPRODUCTIONS & SOUTIENS
La Filature, Scène nationale de Mulhouse
Scènes de Rue - Festival des Arts de la rue
Avec le soutien de la Ville de Mulhouse et de la Collectivité européenne d’Alsace.
Le Munstrum Théâtre est conventionné par la DRAC Grand Est et la Région Grand Est.
La compagnie est soutenue au fonctionnement par la Ville de Mulhouse.
Elle est associée à la Filature, scène nationale de Mulhouse, ainsi qu’aux projets
du Quai – CDN Angers Pays de la Loire et du Théâtre Public de Montreuil - CDN.