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mardi 8 octobre 2024

Beretta 68 au TNS: Le féminisme nouvelle vague

 Les vagues du féminisme n'ont pas encore réussi à submerger les hommes et leurs attitudes phallocrates. Et le SCUM Manifesto de Valérie Solanas, même s'il a fait quelques émules, n'a pas éradiqué la gent masculine de la civilisation. Le collectif FASP (qui n'a rien à voir avec la Police) par contre nous offre au TNS avec Beretta 68 une pièce fraîche et enlevée. Elle est annoncée terrible pour les hommes (on leur indique les issues de secours pour débuter), mais elle arrive à traiter ce sujet délicat de la domination masculine, de la soumission féminine, du consentement, de la révolte des femmes et de la violence avec de l'humour et de l'imagination.


TNS - Beretta 68 - Photo: Jean-Louis Fernandez

Il y est bien sûr question de ces écrits de Valérie Solanas, SCUM Manifesto et autres citations et également de certaines autrices contemporaines plus ou moins connues qui sont engagées plus ou moins violemment (Christiane Rochefort, Virginie Despentes) dans le combat "féministe". On y cite même Louise Thompson Patterson et Jacqueline Sauvage pour justifier l'éradication de tous les hommes cis. Et nous tomberons de haut à la fin du récit de l'éducation d'une jeune fille bien rangée qui sait découper son poulet et blanchir les carreaux de sa salle de bain à l'eau de Javel, quand un de ses réveils, un matin, débute sans consentement. Mais le collectif FASP, qui s'est constitué à partir de huit élèves, comédiennes mais non seulement, certaines ayant suivi le cursus technique, du groupe 47 de l'école du TNS sur le projet même de faire un spectacle à partir du texte de Valérie Solanas. 


TNS - Beretta 68 - Photo: Jean-Louis Fernandez

Le contexte imaginé par le groupe, ces rencontres entre les membres d'une sorte de gang, dans une laverie désaffectée (humour féministe au deuxième degré) constitué de personnalités hétérogènes (un peu à l'image aussi du collectif) qui vont à la fois réfléchir et essayer de mettre en place des actions militantes, va permettre de balayer de manière large les champs de réflexion et les matériaux qu'elles ont constitués et sélectionnés. Et ce n'est pas triste. Cela chante (en rap et en mélodies jouées et chantées en direct), cela bouge tout le temps et passe d'un niveau à un autre, cela discute et rejoue de diverses manières (des harangues, des coups de téléphone échangés, des scènes réactualisées) dans une mise en scène sans temps mort. Il y a même des références picturales avec le tableau d'Artemisia Gentilesci Judith et Holopherne, débordant de violence, dans lequel Judith incarne cette vengeresse - ou libératrice - féminine, avec en fond l'histoire personnelle d'Artemisia, cloitrée et otage de son père puis abusée et abandonnée par un ami de celui-ci. Quelques comédiennes émergent du lot, Jade Emmanuel avec toute son énergie qui incarne magnifiquement Solanas dans son côté brut, violent et cassant, Manon Poirier, qui telle un caméléon change de peau et à vue d'oeil et Manon Xardel qui nous susurre des chansons pas si douces que cela. 


TNS - Beretta 68 - Photo: Jean-Louis Fernandez

Le texte, savant mélange de quelques citations de Solanas et de son histoire, également de lectures que l'on devine instructives et d'écriture de plateau dont l'évolution au fil de l'élaboration de la pièce a permis également d'avoir en face de nous des personnages bien vivants et changeants. Mais c'est ça aussi qui est intéressant dans ce spectacle, que chacun(e) de sa position peut se trouver questionné(e), interrogé(e), confronté(e) à des prises de position pas toujours ou forcément défendables, mais que cela mette en marche une petite réflexion à son niveau. Et pourquoi pas, à se retrouver bousculé(e) dans ses repères et poussé hors de son repaire de tranquillité. Bref, une pièce qui fait bouger les lignes, tout comme ce personnage un peu en marge a aussi réussi de part ses actes (surtout celui qui l'a rendue célèbre) a décontenancer ses interlocuteurs. Et comme la pièce le rend bien dans quelques scènes bien troussées, si l'on ose dire ainsi.


TNS - Beretta 68 - Photo: Jean-Louis Fernandez

Avec Beretta 68, le féminisme n'est pas un coup d'épée dans l'eau et le théâtre des filles du collectif FASP fait mouche.


La Fleur du Dimanche



Au TNS à Strasbourg, du 8 au 18 octobre 2024

[Conception, texte]
Collectif FASP et extraits du SCUM Manifesto de Valerie Solanas

[Mise en scène et jeu]
Collectif FASP – Loïse Beauseigneur, Léa Bonhomme, Jeanne Daniel-Nguyen, Jade Emmanuel, Valentine Lê, Charlotte Moussié, Manon Poirier, Manon Xardel

[Scénographie] Loïse Beauseigneur, Valentine Lê, Charlotte Moussié

[Costumes] Léa Bonhomme, Jeanne Daniel-Nguyen, Jade Emmanuel

[Musique] Léa Bonhomme, Valentine Lê, Manon Xardel 
[Lumière] Loïse Beauseigneur, Charlotte Moussié

Les décors et les costumes sont réalisés par les ateliers du TnS.
ProductionThéâtre national de Strasbourg
Avec la participation artistique du Jeune théâtre national (JTN)
Création le 8 octobre 2024 au Théâtre national de Strasbourg

mercredi 18 janvier 2023

A Pôle Sud, l'Année Commence avec Bryana Fritz et Betty Tchomanga: la danse extatique

 Point fort de ce début d'année à Pôle Sud, la Danse fait la place belle à "Elles", ces danseuses qui méritent la visibilité. La manifestation "L'année commence avec elles", du 12 au 28 janvier, a démarré avec Akiko Hasegawa que nous avions déjà vu à plusieurs reprises à Pôle Sud et Marie Cambois qui présentait ALL ( A la Lisière) une pièce minimaliste basée sur le travail autour d'un scénario de film en chantier où l'on voit à la fois deux danseuses et une comédiennes avec les "techniciens" musicien est scénographe dans un bel univers plein de poésie. 

Les soirées du 17 et 18 janvier voient la présentation de deux spectacles dont le fil conducteur pourrait être une sorte d'extase qui se fait mouvement.

Avec Submission Submission de Bryana Fritz, nous explorons les univers de quatre "saintes" que parcourt en "hagiographe amateur" - à la fois dans le sens de débutante que d'aimante - la danseuse-chorégraphe basée à Bruxelles et qui a déjà travaillé avec Anne Teresa De Keersmaeker, Xavier Le Roy, Boris Charmatz, et Michiel Vandevelde. Son travail sur une douzaine de "saintes" éclairées, femmes remarquable du passé, rend également à ces dernières une certaine visibilité. 


Bryana Fritz - Submission Submission - Photo: Michel Devijver


Pour ce spectacle, Bryana Fritz introduit sa démarche puis la présente en images et en mouvements où elle fait preuve d'une belle inventivité en produisant un genre de dessin animé se basant sur du traitement de texte "visuel" qui parle des organes: "Lips, stomach, bladder, eyes, tongue" (lèvres, estomac, vessie, yeux, langue) tout en dansant sur les images. En "représentant" ces "saintes", elle pose à la fois le statut de l'artiste et la question de la réalité et de la crédibilité, de la foi en ce qu'on voit. Elle va donc en présenter quatre: Hildegard de Bingen, Catherine de Sienne, Christine de Bolsena et Christina l'admirable. Chacune ayant son parcours, elles auront toutes un traitement narratif différent. 


Bryana Fritz - Submission Submission - Photo: Michel Devijver


Celui d'Hildegard de Bingen sera plus axé sur le texte - toujours avec des animations textuelles - en référence aux visions, aux voix qui lui parlent en latin populaire. Avec Catherine de Sienne, nous avons droit à une chanson grégorienne sous extase autour des stigmates - "I suck your cut" (Je suce ta plaie) en hommage à Jesus dont elle fait endosser le personnage par une spectatrice. 


Bryana Fritz - Submission Submission - Photo: Michel Devijver


Avec Christine de Bolsena, la moins connue des sainte, l'interprétation est plus "destroy", une chanson "Is it Dark" du groupe punk féminin américain des années 90 Bikini Kill sera une partie de la bande son où il est question de "crotte" (shit) et de langue coupée, langue qui sera au centre de la chorégraphie et dans la bouche de la danseuse, symbole de sa torture et en référence à la destruction des idoles par Catherine de Bolsena.  La dernière sainte, Christina l'admirable sera introduite par une chanson que Nick Cave lui a consacré mais dont on va s'élever rapidement pour arriver, en référence à son "envol" au-dessus de son cercueil à un air grégorien et angélique, aérien. Entre possession et distanciation, la chorégraphie et les différents moyens techniques nous balance d'une simplicité de mouvement à des moment presque de transe, avec une très belle qualité de mouvements, en passant par des projections hypnotiques et inventives.


Betty Tchomanga - Mascarade - Photo: Queila Fernandez


Le spectacle suivant, Mascarade, de et avec Betty Tchomanga, qui incarne sur scène Mami Wata, la divinité africaine mi-femme mi-poisson prend aussi des airs de transe extatique. Elle se tient face à nous sur scène et jette des regards allumés, figés, comme possédé. D'abord allongée dans l'obscurité, elle se lève doucement tout en se déployant et amplifiant ses mouvements. Lentement elle se met en mouvement, des soubresauts qui deviennent, en prenant de l'ampleur presque des sauts (de carpe?) dans une série de mouvements convulsifs qui se déploient en même temps que le chant intérieur, profond et rythmé prend de l'ampleur. 


Betty Tchomanga - Mascarade - Photo: Queila Fernandez


Sur un rythme à la fois chtonien, primitif et techno, ses sauts deviennent des gesticulations. Le murmure grossissant se transforme en éructations, elle en vient à avaler les mots et son corps tremble, se secoue, la tête en arrive à se disloquer - ce sont ses extensions qu'elle avait au sommet de son crâne qu'elle sépare et dont elle se sert comme postiche (barbe) puis pompons de danse tribale. Exténuée, une suspension dans cette transe lui permet de reprendre sa respiration au plus profond de son corps, respiration qui infuse sur la scène, reprise par la sonorisation en écho pour une renaissance salutaire. 


Betty Tchomanga - Mascarade - Photo: Queila Fernandez


Va-t-elle faire une trêve, une paix salutaire avec elle-même et le public secoué lui aussi ? Ou verra-ton un ultime pied-de-nez de cette sirène peinte en noir ? Libérer la bête ? Surprise...


La Fleur du Dimanche

     

dimanche 7 février 2021

J'avoue, je le confesse, vous me manquez tant, je l'avoue, je vous aime autant

Le temps passe*, le temps passe**, le temps passe***, et pour passer le temps, je vous écris...

Je vous écris pour vous dire que vous me manquez, je vous écris pour vous donner quelques nouvelles du monde, quelques nouvelles du temps et des fleurs...

Les clématites sont bien noires, les églantines sont rouges et les chatons dorés:

Clématite - Photo: lfdd


Chatons et églantines - Photo: lfdd


Le printemps arrive à petit pas même si la neige et le froid vont revenir, les bourgeons souffrir.

Rendez-vous bientôt, en attendant quelques informations sur le temps:

Mardi Gras, c'est le 16 février, le Carnaval de Bâle le 22 février est annulé comme l'an dernier et celui de Lucerne le 11 février, cette semaine aussi. L'année dernière ce fut une des premières manifestations annulées.

Voici l'image qui en reste, de Georgios Kefalas/Keystone:
  

Le Carnaval de Bâle 2020 est annulé - Photo: Georgios Kefalas / Keystone

Restons en Suisse pour une autre information relative au temps:

Des portraits de femmes ornent les façades des bâtiments de Berne en commémoration du 50ème anniversaire du droit de vote pour les femmes suisses. 53 ans après l’Allemagne, 52 ans après l’Autriche, 27 ans après la France.

Pour le TVA je vais être bref et factuel. Il concerne Michel Leyris (et par ricochet Jouhandeau) cité dans l'article "Facettes méconnues de Michel Leiris" par Jean-Louis Jeannelle dans le Monde des livres du vendredi (5 février 2021) à l'occasion de la parution du livre "Correspondance 1923 - ­1977, de Michel Leiris et Marcel Jouhandeau"

Parlant de ce qui les motive à écrire, il(s) avoue(nt), "le principe chrétien de la confession" (Journal, 17 mai 1929) et considèrent que ce travail ne doit "« porter la trace d’aucun choix quant aux événements relatés », (au) risque de virer en simple sténographie; la contradiction est insoluble: «relater est peut-être nécessairement égal à frelater »), et celui de la mauvaise foi (vouloir être sincère, c’est déjà introduire un biais, comme si toute littérature de confession favorisait la duplicité : « Quand on se confesse, c’est moins pour dire la vérité que pour jouer au personnage touchant », notait le diariste en janvier 1938)."

Ils en arrivent aux « ana » (recueils de propos ou d’anecdotes), qu’il assimile aux matériaux que lui-même accumule dans son journal de voyage durant la mission Dakar-Djibouti (future Afrique fantôme): « C’est, ajoute-t­-il, la forme d’écriture la plus humaine, parce que celle qui présente les événements humains à l’état le plus brut et le plus dépouillé. »  

Sur ce, je vous laisse, mais ne vous abandonne pas, je vous offre, en hommage à ce long cheminement pour l'égalité des droits de la femme (à ce propos je ne peux me retenir de vous citer une parole de féministe qui disait: "Savez-vous que dans (votre ville) pour cent hommes la moitié sont des femmes?") quelques voix féminines qui nous chantent la vie,  la mort, les regrets, l'ennui, la peur, la joie, la libération, la nostalgie, l'amour,...


Pour commencer par Pomme, croquons une version acoustique tranquille avec "Ceux qui rêvent"


Et pour elle avoue "Je ne sas pas danser"


 Pour changer un peu, Alice Phoebe Lou - She (Live)

 

Puis Arlo Parks - Caroline - intéressante narration:


Puis Aldous Harding - Fixture Picture - intéressant aussi au niveau de l'image:



Revenons en France avec "Les Yeux Noirs" de Pomplamoose:


Avec Yseult et Corps cela redevient très très sérieux:


Un peu de soleil avec Canen (prononcer canon) une jeune chanteuse de douze ans qui chante Ain't No Sunshine


A propos de chanteuse qui a commencé jeune, voici une chanson d'elle "Ces mots simples" de Vanessa Paradis dans un clip de Jean-Baptiste Mondino


Restons avec Vanessa qui rend hommage à une comédienne chanteuse Jeanne Moreau
Le tourbillon de la vie Vanessa Paradis et Jeanne Moreau:


 

Laissons la place à Jeanne dans ce tourbillon entre Jules et Jim:



Autre moment d'émotion, entre deux chanteuses, la mère et la fille, Jane et Charlotte: La Chanson de Prévert

 

Et pour finir, un dernier hommage à un chanteur homme qui a une sensibilité toute féminine et un engagement itou, et qui vient de nous quitter: Morice Benin avec "Les insurgés"


 

La Fleur du Dimanche


* Premier temps: Le temps, et pourtant, la tendresse, l'existence... Exit vs existe

** Deuxième temps: Le temps, encore, suspendu, pour le conjurer et sauver le moment où: Ils ont aimé !

*** Troisième temps: J'avoue, je le confesse, vous me manquez tant, je l'avoue, je vous aime autant