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mardi 15 octobre 2024

Une autre histoire du théâtre à Pôle Sud: Sur quel pied danser ou c'est le cirque au théâtre

Si on cherche Fanny de Chaillé, on la trouve là où on ne l'attend pas. On s'attend à de la danse, suite logique de son précédent spectacle Choeur où c'est le mouvement qui meut le texte de Pierre Alferi, et l'on se retrouve face à une forme hybride, à la fois théâtre et point de vue sur le théâtre, représentation et commentaire sur la représentation, réflexion et mise en cause de la réflexion. On passe de l'un à l'autre, d'une histoire à une Histoire, du théâtre devant nous au théâtre avant nous. Une position instable et mouvante, des corps qui changent de place et de statut au fur et à mesure de ce spectacle vu à Pôle Sud.


Pôle Sud - Une autre histoire du théâtre - Fanny de Chaillé - Photo: Marc Domage

Spectacle qui commence d'ailleurs par une série de déstabilisations. Par exemple tout au début, la lumière reste dans la salle et l'on assiste à une discussion entre les quatre comédiens mais qui nous inclut, nous spectateurs - ou nous exclut, puisque l'on parle de nous sans vraiment nous donner la parole. Tout comme on reste "avec" les comédiens qui, une fois cerné le sujet: Non le théâtre comme histoire, comme diachronie d'un Art, mais plutôt le théâtre comme acte de jouer devant un public, un "jeu" d'acteur, mais quel jeu? Quelle relations individuelle à ce jeu, quelle implication? Et les comédiens se mettent à jouer, ou plutôt à rejouer quelque chose qui s'est déjà joué, une pièce - du répertoire - tout en prenant distance avec elle. Et puis la lumière de la salle s'éteint et, ainsi plongé dans le noir, nous sommes plongé dans notre statut de spectateur, avec le vrai sentiment de la "magie" du théâtre qui se joue devant nous. Et tous ces jeux se retrouvent mis à distance, soit par le jeu, l'expression, l'interprétation souvent décalée, ironique, à la limite du caricatural, soit par les commentaires sur le jeu ou la mise en scène, la parole "sur" ce qui est en train d'être interprété ou même - à une niveau supérieur - à une réflexion même sur ce qui se joue sur le plateau et comment ça se joue, comme autrefois, ou comme aujourd'hui, avec quels mots, avec quelle manière de jouer, avec quelle distance, quelle motivation, quelle implication. 


Pôle Sud - Une autre histoire du théâtre - Fanny de Chaillé - Photo: Marc Domage

Les quatre comédiennes et comédiens sont bons, chacun dans son style, capable d'incarner différents personnages, la dynamique et "véhémente" Margot Viala, la volontaire et décidée Valentine Vittoz, le placide et "suiveur" Tom Verschueren et le volubile, habile et labile Malo Martin. Le résultat est souvent drôle, mais le comique ou l'humour surprennent. De qui ou de quoi se moque-t-on, quel est l'enjeu de la représentation? Un questionnement de l'Histoire du Théâtre, de la représentation, des règles, des coutumes (la place des femmes dans le théâtre - ridicule dans l'histoire. Ou le rôle du metteur en scène - ce chef qui décide comme un tyran du mouvement même du corps de l'acteur - ou du collectif - quel cadre, quelles prérogatives lui/leur donner. Quelquefois cela aboutit à une impasse, à une pensée un peu brouillonne ou contradictoire, peut-être encore en gestation et qui doute elle-même. Par exemple les questions liées à la motivation des jeunes comédiens, restant au rang de l'histoire personnelle, celle du jeu d'acteur survolé dans les réflexions et les témoignages, (les leçons de Jouvet ou l'interview de Jeanne Moreau en midinette) où l'on aurait pu creuser un peu plus les différentes formes de jeu (Grotowski, Gérard Philippe, Actors Studio, Lecoq, Brecht,..). 


Pôle Sud - Une autre histoire du théâtre - Fanny de Chaillé - Photo: Marc Domage

La volonté de Fanny de Chaillé d'éclater cette histoire du théâtre en la racontant autrement ou en prenant un sujet différent, balançant entre son expérience et l'expérimentation de ses jeunes comédiens et leurs interventions, est intéressante en nous mettant en position instable face à cette pensée en marche. Les aspects danse et mouvement en relation avec le textes sont quelquefois heureux, par exemple, quand les corps "parlent", la synchronicité des comédiens sur des textes est réussie, mais se poser la question de comment l'acteur habite le corps de son rôle (en théâtre) tandis qu'un des comédien plutôt gymnaste fait le poirier est un contrepoint peu adapté. Ce décalage, sûrement voulu, apporte de la gaité sur scène, mais permet-elle de poser ces questions fondamentales que se posent la metteuse en scène et les comédiens dans cette pièce et dans leur histoire personnelle d'acteur et de metteur en scène, et qu'on demande également aux spectateurs de se poser. Peut-on ou faut-il rire de tout? Dans ce grand bazar organisé, on rit, avec plaisir, bien sûr, des fois jaune d'ailleurs, mais aussi des fois avec regret et il aurait peut-être fallu plus balancer d'un pied sur l'autre, de la mise en cause et à distance par le rire, à des esquisses ou même des raisonnements plus creusés. A l'image de ces acteurs qui, clairement, ne savent plus où est la gauche et la droite, mais qui continuent d’avancer, parce que, comme dans toute bonne pièce de Beckett, on est là pour attendre, avancer, et surtout ne jamais trouver. Mais on est là aussi pour rigoler.


La Fleur du Dimanche

jeudi 3 mars 2022

Soirée danse à Pôle Sud: Hasard et Introspection du dialogue saccadé

 Pôle Sud, Centre chorégraphique de Développement National nous propose une soirée en deux parties nous présente deux aspects de la danse 

Hasard (titre provisoire) de Pierre Rigal, le chantier de Hasard 

Pierre Rigal - Hasard - Pôle Sud - 

Pour commencer, ce sont les "Travaux Publics" qui, sous forme d'un atelier ouvert, un chantier en cours propose une étape de la création de la prochaine pièce de Pierre Rigal* intitulée provisoirement "Hasard". Un mois de travail en juin 2021 et trois jours de chantier "lumière" sur ce projet qui interroge la manière dont le hasard peut amener des événements sur scène et faire un spectacle. Pierre Rigal introduit la réflexion en cours, les différentes pistes creusées et les quelques séquences déjà (bien) abouties autour du mouvement et des rencontres (fortuites ou construites) qui vont aboutir à un spectacle qui sera créé à Sète. Quatre danseuses et deux danseurs nous font imaginer (sans les pendrillons noirs qui vont habiller le plateau au fond et sur les côtés) les croisements, rencontres, chocs et traversées diagonales aléatoires (mais bien maitrisées qui vont sûrement débuter le spectacle. Tout cela a à voir avec la mécanique, les mathématiques, le rythme, un peu de magie aussi. Pour le moment, ce sont plutôt, pour les premières séquences plutôt les pistes de la mécanique, les engrenages, les interactions d'ensemble que l'on découvre. Et même si la touche finale n'est pas encore mise, que toute la dramaturgie doit encore se mettre en pièce, l'on peut voir en germe une belle pièce. La séquence qui à priori pourra aussi se placer à la fin du spectacle est assez impressionnante avec des danseur.euse.s au sol avec des mouvements des bras et des jambes improvisés qui curieusement (et par hasard) vont faire des ensembles d'une belle homogénéité (la musique de Gwenaël Drapeau y aidant aussi).


Rehgma + Intro de Mellina Boubetra entre piano et battle


La soirée continue avec le spectacle en deux parties, lui aussi, deux pièces de Mellina Boubetra, jeune chorégraphe qui a abandonné la biologie pour les battles et qui,  en plus du hip hop danse avec de nombreux chorégraphes et actuellement avec Régine Chopinot. Elle n'est pas très grande mais pleine d'énergie. Dans Rehgma son duo avec Noé Chapsal est une lente montée d'énergie dans le corps.  De dos et à contrejour, pendant que la lumière les révèle et que la musique émerge, on les voit - et les sent - tressauter, déborder, sourdre. Tout à coup un jaillissement, un salto arrière, les mouvements saccadés, les épaules haussées de manière saccadée, le corps qui se meut lentement et va vers la piano. En écho à la musique répétitive, Mellima l'accompagne à touches effleurées et est rejointe par Noé. Ils jouent, assis puis allongés, renversés sur le tabouret, en symbiose. Un nouveau tour de scène, en battements de danse krump et tout finit par un air de piano qui s'éteint.

Mellina Boubetra - Intro - Photo: Charlotte Andureau

Mellina Boubetra - Intro - Photo: Charlotte Andureau

La deuxième pièce Intro (pas introduction mais introspection), avec trois interprètes commence dans la pénombre, trouée de bandes de lumière au niveau des pieds, de la tête puis des mains sur la poitrine. Les mouvements sont toujours saccadés, moins fiévreux, plus liés, et en ondulations. Les lumières changent, sculptent les corps qui alternent entre mouvements frénétiques et immobilité, ralenti et célérité, pose et transit électrique. A force tours de bras et moulinets (une mention spéciale à Alisson Faye aux bras immenses), une agitation instable s'installe et diffuse dans des bains de lumière bleutée ou rouge. Puis la salle s'éclaire et les trois interprètes font face au public et le toisent. Applauss !


La Fleur du Dimanche


*A propos de Pierre Rigal, voyez le billet sur le spectacle Même qui est passé au Théâtre du Rond-Point à Paris en février: Même de Pierre Rigal au Rond-Point: C'est pas pareil à chaque fois, ça change, même si c'est la même chanson



avec Yohann Baran, Carla Diego, Camille Guillaume, Marie Levenez, Mathilde Lin, Elie Tremblay
Conception, chorégraphie Pierre Rigal
Collaboration (effets de magie) Antoine Terrieux
Assistante à la choréographie Mélanie Chartreux
Musique Gwenaël Drapeau
Lumière ...
Production Suzanne Maugein et Nathalie Vautrin
Coproduction Compagnie dernière minute/Pierre Rigal, La Place de la danse CDCN Toulouse-Occitanie, Pôle Sud CDCN - Strasbourg, La Passerelle scène nationale de Gap et des Alpes du Sud, Théâtre de Nîmes, Château Rouge - Annemasse, Théâtre Molière-Sète, scène nationale archipel de Thau, Tandem scène nationale Arras/Douai
Accueil en résidence : La Place de la danse CDCN Toulouse- Occitanie, Théâtre Garonne - Toulouse, Pôle Sud CDCN - Strasbourg, Le Ring - Toulouse
Remerciements pour l’accueil des auditions en mars 2021 : Théâtre national de la danse - Chaillot, MC93 Bobigny.
La compagnie dernière minute reçoit le soutien de la Direction régionale des affaires culturelles Occitanie, de la Région Occitanie et de la Ville de Toulouse.
Interprétation Yohann Baran, Carla Diego, Camille Guillaume, Marie Levenez, Mathilde Lin, Elie Tremblay
Conception, chorégraphie et mise en scène Pierre Rigal
Collaboration artistique (magie nouvelle/ illusions) Antoine Terrieux
Collaboration artistique Mélanie Chartreux
Musique Gwenaël Drapeau
Lumières en cours
Production Suzanne Maugein et Nathalie Vautrin


Intro

Chorégraphie : Mellina Boubetra
Interprètes : Katia Lharaig, Allison Faye et Mellina Boubetra
Interprètes remplaçantes : Fiona Pincé, Rachel Cazenave
Création musicale : Patrick De Oliveira
Création lumières : Fabrice Sarcy
Régie lumière : Benoît Cherouvrier


Rēhgma

Direction artistique : Mellina Boubetra
Chorégraphie, danse : Noé Chapsal et Mellina Boubetra
Composition musicale : Patrick De Oliveira et Mellina Boubetra
Création lumière : Cécile Botto et Nicolas Tallec
Régie lumière : Tim Dubus

Intro
Production : ETRA / Production déléguée : Compagnie Art-Track
Coproduction : Prix HIP HOP GAMES 2018, Initiatives d’Artistes en Danses Urbaines – La Villette / CCN de Créteil et du Val-de-Marne / Compagnie Käfig – direction Mourad Merzouki dans le cadre de l’Accueil Studio / CCN de Roubaix, Sylvain Groud / CCN de la Rochelle, Kader Attou / Pole Pik, Bron / Le Flow – Ville de Lille / Summer Dance Forever, Hollande / Cie Victor B, Belgique / Danse Elargie 2020
Avec le soutien : La Briqueterie, CDCN du Val-de-Marne / Théâtre Louis Aragon, Tremblay-en-France / La Fabrique de danse / Collectif ZOOOM, Clermont Ferrand / Le Cendre, Salle les Justes Puy de Dôme / La Manufacture, Incubateur chorégraphique Vendetta Mathea / Compagnie Dyptik / Trans’urbaines, Clermont Ferrand / MJC TC de Colombes / CND Pantin / Institut Français / ADAMI / DRAC Île-de-France.
Prix et distinctions : Lauréat PRIX HIP HOP GAMES 2018/ Lauréat Trans’Urbaines 2018 / Spectacle lauréat du Concours chorégraphique 2019, Prix CCN de Créteil / Festival Kalypso / Label Passerelles 2019

Rēhgma
Production : ETRA / Production déléguée : Cie Art Track
Coproduction : Théâtre Louis Aragon, Tremblay
Avec le soutien : La Briqueterie CCN du Val de Marne, Vitry sur Seine / La Villette / Le Flow – Centre Eurorégional des Cultures Urbaines / Théâtre Paul Eluard de Bezons – scène conventionnée d’intérêt national art et création – Danse (accueil résidence studio) / Initiatives d’Artistes en Danses Urbaines – Fondation de France – La Villette 2021/ Département de la Seine Saint-Denis
 
Ces spectacles reçoivent l’aide de l’ONDA (Office National de Diffusion Artistique)

mercredi 26 janvier 2022

An immigrant's story de Wanjiru Kamuyu: L'année commence bien avec elles

Il suffit d'être patient(e), tout finit par arriver... Malgré les surprises et les chausse-trappes du virus qui ont un peu chamboulé la manifestation de début d'année de Pôle Sud "L'année commence avec elles", quelques-unes tiennent bon. Il faut dire qu'elles en ont vu d'autres... 


An immigrant's story - Wanjiru Kamuyu - Pôle Sud - Photo: Pierre Planchenault


Oui, Wanjiru Kamuyu en a vu, des villes, des pays, des gens, des situations et des questions, des horizons. Et des danses, qu'elle nous présente dans toutes leurs variations dans ce spectacle An immigrant's story, tout en interrogeant ce statut de migrante, avec des domiciles mouvants et variables, des repères qui n'arrêtent pas de bouger... Comme elle et son corps qui bouge aussi différemment, qui pratique de multiples variations de danse, de la classique dans sa jeunesse au Kenya, à la contemporaine et même au Butô, de New-York à la Floride, de Paris à Madrid, d'Amsterdam à Londres, de Grenoble au Burkina Faso, de Bordeaux en Afrique du Sud.


An immigrant's story - Wanjiru Kamuyu - Pôle Sud - Photo: Pierre Planchenault


Et son spectacle est imprégné de ces mouvements. Introduits par toutes ces langues qui se superposent sur scène avant que, dans le noir complet elle nous chante un air ancestral, elle laisse parler le corps, magnifiquement, dans son manteau orange, puis dans une autre avec des bandes-lanières qui virevoltent autour d'elle alors qu'elle tourne comme une derviche, puis mue encore en laissant sa peau à terre et continue sur sa dynamique pleine d'énergie. 


An immigrant's story - Wanjiru Kamuyu - Pôle Sud - Photo: Pierre Planchenault

Et accueille une autre partenaire, Nelly Celerine, à la fois danseuse mais surtout interprète en langage des signes, qui va, en traduisant pour un public malentendant le récit que nous fait Wanjiru de ses périples et le récit de ses expériences, mais aussi les questions qu'elle pose au public, puisqu'elle nous inclut dans son spectacle et nous rend visite dans notre confort de spectateur bien assis. Et le spectacle continue, chacune dansant sa langue, son expression, se retrouvant de temps en temps dans de beaux duos plus ou moins improvisés, par lesquels la relation se fait, se construit et le lien avec le public aussi, et avec toutes ces paroles des autres, des étranges étrangers.


La Fleur du Dimanche


An immigrant's story

Wanjiru Kamuyu 

25 et 26 janvier 2022 à 19h00 à Pôle Sud CDCN

Chorégraphie : Wanjiru Kamuyu
Interprétation : Wanjiru Kamuyu et Nelly Celerine (danse et LSF)
Dramaturgie et direction de production : Dirk Korell
Auteure : Laetitia Ajanohun
Musique originale : LACRYMOBOY
Avec les voix de : Laetitia Ajanohun, Jean-François Auguste, Wanjiru Kamuyu, Dirk Korell, Pascal Beugre Tellier, Smaïl Kanouté, Crystal Petit, Sibille Planques
et les témoignages de : Tout-Monde
Coach en LSF : Carlos Carreras
Regard extérieur et coaching : David Gaulein-Stef
Réalisation audiodescription : Julie Compans – Accès Culture www.accesculture.org
Costume : Birgit Neppl
Création lumière : Cyril Mulon
Scénographie : Wanjiru Kamuyu et Dirk Korell
Stagiaire : Yvan-Loïc Kamdem Djoko
Remerciements chaleureux à : Robyn Orlin et à Jean Gaudin


jeudi 9 décembre 2021

Mailles à Pôle Sud pour le Focus Carte Noire du Maillon: Une maille ailleurs

 Dans le cadre du Focus Carte noire: l'Afro-féminisme sur scène du programme du Maillon qui devait avoir lieu au printemps et qui se tient finalement en ce mois de décembre, deux spectacles se tissent entre le Maillon et Pôle Sud. C'est à Pôle Sud que se lance Mailles de Dorothée Munyaneza (du 8 au 10 décembre), le Maillon prend le relais avec Carte Noire Nommée Désir de Rébecca Chaillon (du 9 au 11 décembre). La projection d'un documentaire "Ouvrir la Voix" d'Amandine Gay ayant été projeté le 7 décembre  et une série de lectures, dialogues, ateliers et Danse Room se continuant vendredi et samedi. Ce focus rassemblant les luttes à la fois contre les discrimination raciales, culturelles que sexuelles est hautement d'actualité. Se poser ces questions sur  scène permet d'en ouvrir plus largement le champ. Du côté du théâtre, hasard du calendrier (?), au TNS, trois spectacles (Hilda, Ce qu'il faut dire et Nous entrerons dans la carrière) traitaient de sujets proches.


Mailles - Dorothée Munyaneza - Photo Leslie Artamonow

Pour Mailles, Dorothée Munyaneza tisse sur la scène des trajectoires, des parcours, des mouvements, des danses, des chants et des paroles de six femmes noires qui, d'origine proche ou plus lointaine du continent africain, se retrouvent un peu partout dans le monde après avoir traversé plus ou moins de pays. L'une d'entre elles dit d'ailleurs son désir de "sentir (s)on poids sur le sol", alors que sa grand-mère était (trop?) "légère": elle a mis au monde sa mère à vingt-cinq ans alors le grand-père en avait soixante-et-un et qu'il est mort six mois après.


Mailles - Dorothée Munyaneza - Photo Leslie Artamonow

Chacune raconte ainsi son histoire à sa façon, en danse, en très belles chansons, psalmodies ou solo de danse-transe percussive sur un parquet sonore qui démarre le spectacle après une montée en puissance d'un concert de cloches et clochettes dans une procession entremêlée.


Mailles - Dorothée Munyaneza - Photo Leslie Artamonow

Les mouvements d'ensemble sont d'ailleurs assez rares dans la pièce, tout au plus des errances individuelles qui se croisent ou une frénésie contagieuse lors de climax sonores, sinon des solos ou de beaux duos chantés ou parlé-chantés aussi, mais chacune des interprètes garde son individualité et son espace.


Mailles - Dorothée Munyaneza - Photo Leslie Artamonow

Chacune ayant d'ailleurs également un costume - très beaux, les costumes (bravo à Stéphanie Couderc) - à sa façon, costumes qui tendent vers la fin à une dominante orange et bleue (en plus du noir et du blanc), à priori symbole de la joie et de la créativité pour l'orange et de la sérénité et de la sagesse pour le bleu. Le spectacle tisse petit à petit sa toile avec délice et nous ne pouvons que suivre leur injonction "Allons en avant"


La Fleur du Dimanche 


Mailles


    Avec : Ife Day, Yinka Esi Graves, Asmaa Jama, Elsa Mulder, Nido Uwera, Dorothée Munyaneza
    Conception : Dorothée Munyaneza
    Collaboration artistique, costumes, scénographie « suspension » : Stéphanie Coudert
    Conseil scénographique : Vincent Gadras
    Remerciements : Hlengiwe Lushaba Madlala, Zora Santos, Keyierra Collins
    Musique : Alex Inglizian, Alain Mahé, Ben Lamar Gay, Dorothée Munyaneza
    Son : Alain Mahé
    Lumière : Christian Dubet
    Direction de production et développement : Emmanuel Magis (Mascaret production), assisté de Juliette Josse
    Régie générale : Marion Piry
    Régie lumière : Marine Levey, Anna Geneste
    Régie son : Camille Frachet, Alice Le Moigne
    Traduction surtitres : Olivia Amos
    Production : Compagnie Kadidi, Mascaret production)
    Coproduction : Théâtre de la Ville, Paris / Festival d’Automne à Paris / Charleroi-Danse, Centre Chorégraphique de Wallonie-Bruxelles / Châteauvallon, Scène nationale / Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines, Scène nationale / Le Grand T, Théâtre de Loire-Atlantique / CCN-Ballet National de Marseille (Accueil Studio 2020) / NEXT Festival / La Rose des Vents, Scène nationale Lille Métropole Villeneuve d’Ascq / Théâtre National de Bretagne / Théâtre de Nîmes, Scène conventionnée d’intérêt national – Art et Création – Danse Contemporaine
    Avec le soutien de : DRAC Provence-Alpes-Côte d’Azur / Ministère de la Culture / Fonds de dotation du Quartz, Scène nationale de Brest / La Chartreuse de Villeneuve lez Avignon / Centre national des écritures contemporaines / SPEDIDAM / Département des Bouches du Rhône / Ville de Marseille.
    Dorothée Munyaneza : est artiste associée au Théâtre de la Ville, Paris.
    Dorothée Munyaneza : a été en résidence à Chicago avec le soutien de la FACE Foundation, le Consulat français de Chicago, l’Institut Français Paris ; et en partenariat avec High Concept Labs, Ragdale Foundation, Experimental Station, Poetry Foundation, France Chicago Center à l’Université de Chicago.

mardi 30 novembre 2021

Yellel de Hamid Ben Mahi: Retour au Bled rythmé et en couleur, ça pulse

 Depuis vingt ans, Hamid Ben Mahi danse, chorégraphie et explore son passé et ses origines.

Avec Yellel, à Pôle Sud, présenté avec le Festival Strabourg Méditérranée, il retourne en souvenir au village d'où vient son père après y être retourné avec la tribu plus de dix fois. Et il se pose des questions sur l'identité, la pays, la culture, les traditions: "oublier" ou "s'oublier"... "avec le temps...".

Pôle Sud - Strasbourg Méditerranée - Yellel - Hamid Ben Mahi

Gratter le souvenir, caresser le mur blanc sur lequel se projette le passé, intégrer lentement, comme une procession les parfums, les odeurs du pays, lentement laisser le corps se rappeler des rythmes ancestraux, les mixer avec la danse urbaine, lentement, passer le relais, faire tourner le manège de la danse, lentement, celle du pays, et celle du pavé de la ville. Se rapprocher, se côtoyer, au ralenti, puis de plus en plus vite, se laisser emporter par la musique, les percussions qui sourdent et remuent les corps.

Pôle Sud - Strasbourg Méditerranée - Yellel - Hamid Ben Mahi


Ces corps colorés (rose, rouge, jaune, bleu, vert, orange, rose fuchsia,...) qui emplissent et occupent la scène, se suivent, laissant chacun.une se faire une place, s'exprimer dans son corps, son geste, son style, et se retrouver dans des mouvements d'ensembles en symbiose, en harmonie et en dynamique. De temps en temps, faire une pause, prendre de l' "AIR", "ICI" et là-bas, se projeter dans le décor de moucharabieh, sur la plage et face à la mer. Se replacer dans le souvenir, se questionner sur l'enfance, Versailles et le "pays" que l'on va voir en groupe, chaque été. Essayer de le retranscrire en mouvement, laisser chacun.une s'exprimer dans des solos et rapidement reprendre sa place dans la troupe, dans les mouvements mixtes, alternant une relecture des danses traditionnelles et des écritures singulières qui mettent en valeur les individus et leur virtuosité, leur beauté, leur agilité (magnifiques intrerprètes: Hamid Ben Mahi lui-même, toujours fringant et Aïda Boudrigua, Matthieu Corosine, Elsa Morineaux, Arthur Pedros et Omar Remichi) et des ensembles virevoltant ou battent en rythme. 

Pôle Sud - Strasbourg Méditerranée - Yellel - Hamid Ben Mahi


La musique, une mélodie nostalgique à l'oud, qui de temps en temps se fait submerger par des vagues de percussions, occasion pour les danseurs.euses de faire leur numéro de virtuoses, pour renaître dans une nouvelle plage de calme mélancolique pour finir dans de grands éclats de rire. 

Et presque ne jamais finir tellement leur énergie est contagieuse et la salle les suit.


La Fleur du Dimanche


Yellel

Présenté avec le Festival Strabourg Méditérranée

30 novembre - 1er et 2 décembre 2021 


Direction artistique et chorégraphie : Hamid Ben Mahi
Conseil artistique : Michel Schweizer
Interprétation : Hamid Ben Mahi, Aïda Boudrigua, Matthieu Corosine, Elsa Morineaux, Arthur Pedros et Omar Remichi
Direction musicale et arrangements : Manuel Wandji
Composition musicale : Manuel Wadji, Hakim Hamadouche (mandoluth) et Ahmad Compaoré (batterie et percussions)
Création vidéo : Christophe Waksmann
Création lumière et régie générale : Antoine Auger
Régie son et vidéo : Sébastien Lamy

Production : Compagnie Hors Série
Coproduction : CCN de La Rochelle – Direction Kader Attou, Cie Accrorap / Théâtre Jean Lurçat – Scène Nationale d’Aubusson / OARA – Office Artistique de la Région Nouvelle-Aquitaine / POLE-SUD – CDCN Strasbourg / La Manufacture – CDCN Nouvelle-Aquitaine
Avec le soutien : L’Horizon, recherches et créations – La Rochelle
Ce projet est soutenu par l’ADAMI et bénéficie du Fonds d’Aide à la Création de la Ville de Bordeaux
La compagnie Hors Série est conventionnée par le Ministère de la Culture et de la Communication – DRAC Nouvelle-Aquitaine – Direction Régionale des Affaires Culturelles et est subventionnée par la Région Nouvelle-Aquitaine, le Conseil départemental de la Gironde et la Ville de Bordeaux.
   

mercredi 13 octobre 2021

Lamenta au Maillon: le désespoir jusqu'à terre

 Le deuil est un long voyage... En Grèce, la tradition veut que l'on chante et l'on danse, surtout dans le Nord du pays, pour marquer cette séparation. C'est le Miroloi. On connait celui d'Irène Papas et Mikis Theodorakis. Rosalba Torres Guerrero et Koen Augustijnen se sont inspiré de cette tradition pour produire un spectacle avec une création musicale de Xanthoula Dakovanou et, pour les principaux musiciens, Magic Malik à la flûte et la voix et Nikos Filippidis à la clarinette. Car c'est la musique qui mène le bal, qui donne le rythme qui se transmet aux cinq danseuses et quatre danseurs, tous/toutes venu(e)s de différentes régions de Grèce et qui vont pendant plus d'une heure incarner cette douleur de la perte, du départ. 

Lamenta  - Koen Augustijnen et Rosalba Torres Guerrero - Photo: Heloise Faure

D'abord en un lent balancement, puis, ancrés en terre, les frappes du pied et les tapes des mains sur les différentes parties du corps qui sont à la fois l'autoflagellation et l'inscription dans le corps et dans l'espace de ce rituel de douleur exprimée... Des silhouettes noires, vêtues de manteaux longs, chaussées de bottes, quelques touches blanches - jupe plissée ou chemise ou maillot. 

Lamenta  - Koen Augustijnen et Rosalba Torres Guerrero - Photo: Heloise Faure

Pas de couleur si ce n'est celle des cheveux, libres et flottants, quelquefois tournoyants. Des costumes inspirés du folklore qui vont s'ôter au fur et à mesure du spectacle car l'énergie dépensée appelle l'allègement.

Lamenta  - Koen Augustijnen et Rosalba Torres Guerrero - Photo: Heloise Faure

Sur le rythme lent des percussion et des tambours, puis sous la plainte d'un violon ou des flûtes et des clarinettes, des mouvements d'ensemble, amples, danses folkloriques revisitées en contemporain, solos et duos énergiques et puissants, quelquefois désespérés, empreints de douleur, de souffrance, marquant la perte vont se succéder. 

Lamenta  - Koen Augustijnen et Rosalba Torres Guerrero - Photo: Heloise Faure

De même des mouvements d'ensemble, circonscrivant l'espace, l'enserrant dans des boucles ou des traversées, laissant quelquefois l'expression individuelle surgir et aller jusqu'au bout de l'énergie du désespoir, jusqu'à terre, exténué(e), s'abandonner dans le lancinant chant de la séparation. La danse est très chtonienne, le souffle est puissant, les gestes amples, les danseuses et danseurs déploient une belle énergie que ce soit dans la durée ou pour des moments d'intense et longs solos.

Lamenta  - Koen Augustijnen et Rosalba Torres Guerrero - Photo: Heloise Faure

On sent vraiment une communauté soudée prête à se soutenir dans les aléas de la vie. Le spectacle est une belle expérience cathartique partagée totalement avec le public.


La Fleur du Dimanche 


La pièce a été présentée avec Pôle Sud dans le cadre de Parcours Danse

LAMENTA

Avec : Lamprini Gkolia, Christiana Kosiari, Konstantinos Chairetis, Petrina Giannakou, Dafni Stathatou, Athina Kyrousi, Taxiarchis Vasilakos, Alexandros Stavropoulos, Spyridon Christakis

Concept et chorégraphie : Koen Augustijnen & Rosalba Torres Guerrero

Direction artistique musicale : Xanthoula Dakovanou

Musique : Magic Malik (flûte, voix), Nikos Filippidis (clarinette)

Avec : Kleon Andoniou (guitare électrique, chant), Solis Barkis (percussions), Dimitris Brendas (clarinette, kaval), Xanthoula Dakovanou (chant), Lefkothea Filippidi (chant), Kostas Filippidis (luth), Stefanos Filos (violon), Avgerini Gatsi (chant), Panagiotis Katsikiotis (percussions), Dimitris Katsoulis (violon), Ourania Lampropoulou (santouri), Antonis Maratos (basse électrique et contrebasse), Alexandros Rizopoulos (percussions, chant), Thanassis Tzinas (chant) Enrégistrements au Studio Syn ENA – Athènes par Giorgos Korres Mixing par Giorgos Dakovanos sauf –10 – mixé par Yannis Tavoularis Mastering par Yannis Christodoulatos, Sweetspot Studios, Athens

Production musicale : MOUSA, Athènes Enregistrements et mixage au DGP Studio – Ostende par Sam Serruys

Paysage sonore : Sam Serruys

Costumes : Peggy Housset

Lumière : Begoña Garcia Navas

Administrateur : Herwig Onghena

Production et gestion tournée : Nicole Petit

Distribution : ART HAPPENS – Sarah De Ganck

Production : GLOED vzw / Siamese Cie – Koen Augustijnen & Rosalba Torres Guerrero

Coproduction : Athens and Epidaurus Festival / Festival d’Avignon / La Comédie de Clermont-Ferrand, scène nationale / Les Théâtres de la Ville de Luxembourg / La Villette / Charleroi danse / Arsenal Cité musicale-Metz / Le Manège, Scène nationale de Maubeuge / Théâtre Paul Eluard – Bezons, Scène conventionnée / Maillon, Théâtre de Strasbourg – Scène européenne / POLE-SUD, Centre de Développement Chorégraphique National Strasbourg / Ruhrfestspiele Recklinghausen / MARS Mons Arts de la Scène / Duncan Dance Research Center Athènes Siamese Cie est soutenue par la Ville de Gand, Belgian Tax Shelter et la DRAC Auvergne Rhône-Alpes