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dimanche 14 mars 2021

Ouvrir, accompagner, le souffle, le paysage, le texte, la poésie, le théâtre, Nicolas Bouchaud, pour vous, encore...

 En janvier, dans le billet "Le temps, encore, suspendu, pour le conjurer et sauver le moment où: Ils ont aimé !" je vous annonçais le livre de Nicolas Bouchaud "Sauver le moment" et je vous parlais de l'origine du titre. Si vous voulez avoir une idée de ce que c'est d'être comédien - un vrai - de théâtre... du spectacle vivant, comprendre son parcours, sa vocation, et voir à travers différentes expérience remémorées, heureuses, malheureuses, instructives et des moments où... il  comprit ou vécut le partage avec le public et le texte, je vous conseille ce livre dans lequel, en quinze épisodes choisis, il nous livre ce qui le meut, le révèle, le fait avancer ou le bloque.

Mais place à la suite de pommes vues dans le billet précédemment cité:

Pommes - 14 mars 2021 - Photo: lfdd


Je vous offre les mêmes pommes sous un ciel bleu dimanche dernier:

Pommes - 7 mars 2021 - Photo: lfdd



Les quelques chapitres intitulés "Ouvre!", "Le dur désir de durer", "Le geste de Galilée", "Pour ne pas finir", "Un métier idéal", entre autres, nous replongent dans ses souvenirs qu'il partage avec nous:

"Je me suis demandé si on pouvait écrire de façon satisfaisante sur sa propre pratique.

J'ai essayé.

J'ai essayé d'observer le travail de l'acteur.

Cherchant à voir quels en seraient les mouvements internes, les agencements secrets.

J'ai essayé de ne pas les ériger en règle ou en dogme mais simplement de les laisser vous faire signe.

Et de vous les adresser.

..."

Plus loin:

"Je pense à la transmission. Je pense à la disparition. Je pense au théâtre comme le lieu vivant d'un deuil sans cesse recommencé.

...

Nous faisons l'expérience de ce moment unique, de ce présent fugace qui contient dès son apparition sa propre disparition."

Arbre - Photo: lfdd



Plus loin, il cite Shakespeare (Le roi Lear) comme prescription pour un spectateur dans le spectacle "Un métier idéal":

"Tout compte fait, il est préférable d'être ouvertement méprisé

que de l'être sous couvert de la flatterie. Au pire, l'être le plus bas, le plus abandonné de la fortune garde toujours l'espérance et vit hors de la crainte.

Le changement n'est lamentable qu'à partir du bonheur,

le pire ne peut se retourner qu'en rire. Alors bienvenue air impalpable que j'embrasse.


Et il dit à ce spectateur (et à nous):

"Merci beaucoup, voilà, c'est très beau comme ça... c'était bien le léger suspens après: "Alors bienvenue...""

J'imagine toujours que Shakespeare a aussi écrit ça pour les acteurs, comme une indication de jeu, légère, prononcée en passant, comme s'il nous disait: n'oubliez pas de respirer, c'est dans votre façon de respirer qu'on vous voit apparaître...."


Je vous mets encore une photo de magnolias qui essaient vainement de fleurir depuis dimanche dernier:

Magnolias - 7 mars 2021 - Photo: lfdd



Il cite Celan (pour le spectacle Méridien - cf. le billet du 13 octobre 2015):

"On devrait enfin apprendre quand on lit un poème à lire aussi ce souffle, cette unité de souffle. Le poème, le poème vient encore, vient toujours par des chemins de souffle."

Et cela le mène à creuser son socle, sa base, sa philosophie du jeu:

"Il faut se déprendre.

Se déprendre des mots comme: imiter, incarner, représenter.

Aller vers d'autres mots comme: porter, ouvrir, adresser.

L'adresse du poème passe tout entière par le souffle.

Pas de discours, ni de belles envolées.

Pour l'adresse du poème, il y a un simple signe fait à l'autre, à celui qui l'écoute.

Signe de quoi?

Signe de complicité... pour rien."


Primevères - Photo: lfdd


Rien à ajouter, comme le dit Jean Birnbaum à propos du poète Damien Murith dans l'article "Etreindre la Douleur" dans le Monde Littérature du 12 mars 2021 à propos de son livre "Le Deuxième Pas"

"Il faudrait cesser de parler des poètes. Ne faire rien d’autre que les citer. Quand une écriture se tient sur la crête des mots, déplace leur sens pour élever la langue, s’abandonne à eux pour s’en remettre à plus haut que soi, on l’abaisse toujours un peu en plaquant sur elle quelque commentaire. Alors ouvrons grands les guillemets et donnons à entendre:


Et pour conclure sur um "mur de fleurs", cet arbre qui fleurissait en ville:

Arbre en fleurs - 11 mars 2021 - Photo: lfdd



Pour finir en chanson avec les poètes, j'invite Léo Ferré, Jean Ferrat, Alain Barrière et Juliette Gréco à leur rendre hommage:







Bon Dimanche

La Fleur du Dimanche 

dimanche 24 janvier 2021

Le temps, encore, suspendu, pour le conjurer et sauver le moment où: Ils ont aimé !

 S'arrêter, faire une pause, laisser passer le temps pour mieux le sentir, sentir le présent, sentir la présence, être présent, là dans l'instant totalement. Le sentir, l'instant, intensément, au moment où il passe.

Je vous avais préparé des réflexions d'actualité mais finalement, je laisse filer, cela arrivera à temps, d'autant plus que la thématique du temps lancée le 3 janvier ici même n'est pas (dé)passée....

Je vais en TVA vous parler du spectacle vivant, sujet d'actualité, Art qui nous manque douloureusement et qu'un comédien, qui vient de sortir un livre, nous fait sentir au plus près.

Mais place à la photo - je ne dis pas fleur parce que cette fleur est devenue fruit et même symbole, un peu sapin de Noël, et elle va bien avec le titre, ce temps suspendu, cette attente.... 

Quand va-t-elle tomber, vont-elles tomber? Isaac?

Pommes ... du temps de Noël .. suspendues - Photo: lfdd


Donc, je disais, Nicolas Bouchaud, grand comédien que nous avons pu voir de nombreuses fois au TNS, puisqu'il y est "artiste associé", à l'occasion de la parution de son livre "Sauver le moment" parle de son métier dans une interview dans le Monde du 23 janvier 2021 intitulée "Jouer, c’est inventer du temps". Pour commencer, il explique l'origine du titre de son livre: c'est une expression de Serge Daney qui qualifie le cinéma de John Ford dans son livre "La Loi du Marcheur" où il dit:

"Ford filme si vite qu’il fait deux films à la fois: un film pour conjurer le temps (en étirant les récits par peur d’en finir) et un autre pour sauver le moment (celui du paysage, deux secondes avant l’action)."

Ce qui, chez John Ford, dans le film "sauve le moment", c'est pour Serge Daney ceci:

"On sort d’une cabane ou d’un plan et il y a là des nuages rouges au­-dessus d’un cimetière, un cheval abandonné dans le coin droit de l’image, le grouillement bleu de la cavalerie, le visage bouleversé de deux femmes: ce sont des choses qu’il faut voir tout au début du plan, car il n’y aura pas de deuxième fois."

Parce que pour regarder un film de John Ford il faut avoir "l'oeil vif":

"Impossible de regarder un film de Ford d’un oeil torve. L’oeil doit être vif parce que, dans n’importe quelle image d’un film de Ford, il risque d’y avoir quelques dixièmes de seconde de contemplation pure juste avant que l’action n’arrive."

Et donc, ce qui chez Nicolas Bouchaud "sauve le moment", ce peut être:

"Ces moments suspendus que l’on peut vivre au théâtre, quelques secondes avant l’action, c’est une des plus belles choses qui soient, je trouve. Je l’ai vécu, en compagnie de Norah Krief, quand nous jouions Le Roi Lear dans la cour d’honneur du palais des Papes, à Avignon, en 2007. Juste avant la scène de la tempête, nous ménagions un petit moment de silence. Cette pause, ce suspens donnent une extraordinaire sensation du temps à l’acteur comme au spectateur. C’est très concret, absolument pas théorique.

Cette faille dans le temps, ce temps que l’on éprouve sur scène et dans la salle, c’est ce que j’appelle un « reste », quelque chose qui nous appartient en propre: c’est le temps de l’expérience. Un temps d’ouverture, un temps de rien, sans action, où l’on sent, au sens propre, la vie qui passe." 

Et à propos du "jeu", Nicolas Bouchaud précise:

"Si ce que l’on cherche à atteindre sur un plateau ce sont des moments d’intensité de vie, on ne peut pas se mettre dans une position de sagesse, de sachant. Etre à l’endroit de la vie, c’est être à celui de la métamorphose, et donc se laisser traverser par des états et des émotions contradictoires. Cela rejoint Brecht, d’ailleurs, qui disait qu’un acteur peut jouer deux choses complètement opposées dans une même phrase."

Et il précise ce qu'est la "présence du comédien" pour lui, comment il y est arrivé:

"La première chose qui se manifeste chez un être humain qui monte sur un plateau, c’est la fragilité. La présence, c’est peut­ être d’accepter cette fragilité et d’en faire un élément de son travail. Il y a autant de façons de jouer que d’acteurs, et la présence, c’est sans doute accepter d’apparaître, soi."

Je vous laisse lire le reste de l'article en ligne et vous offre la conclusion avec la question de Fabienne Darge:

"Est-­ce là la grandeur et la misère du métier, pour vous? 

- C’est sa grandeur, sans la misère. Justement parce que ce temps éphémère que l’on crée et que l’on vit en tant qu’acteur est d’autant plus intense qu’il s’enfuit au moment où on l’éprouve."

Pommes ... du temps de Noël .. suspendues - Photo: lfdd


Mais dites-moi, le temps, suspendu, ça ne vous rappelle pas quelque chose, quelqu'un ?

Si, là: Le Lac, Lamartine, 

Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des âges
Jeter l'ancre un seul jour ?

Ô lac ! l'année à peine a fini sa carrière,
Et près des flots chéris qu'elle devait revoir,
Regarde ! je viens seul m'asseoir sur cette pierre
Où tu la vis s'asseoir !

Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes,
Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés,
Ainsi le vent jetait l'écume de tes ondes
Sur ses pieds adorés.

Un soir, t'en souvient-il ? nous voguions en silence ;
On n'entendait au loin, sur l'onde et sous les cieux,
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
Tes flots harmonieux.

Tout à coup des accents inconnus à la terre
Du rivage charmé frappèrent les échos ;
Le flot fut attentif, et la voix qui m'est chère
Laissa tomber ces mots :

" Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !

" Assez de malheureux ici-bas vous implorent,
Coulez, coulez pour eux ;
Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ;
Oubliez les heureux.

" Mais je demande en vain quelques moments encore,
Le temps m'échappe et fuit ;
Je dis à cette nuit : Sois plus lente ; et l'aurore
Va dissiper la nuit.

" Aimons donc, aimons donc ! de l'heure fugitive,
Hâtons-nous, jouissons !
L'homme n'a point de port, le temps n'a point de rive ;
Il coule, et nous passons ! "

Temps jaloux, se peut-il que ces moments d'ivresse,
Où l'amour à longs flots nous verse le bonheur,
S'envolent loin de nous de la même vitesse
Que les jours de malheur ?

Eh quoi ! n'en pourrons-nous fixer au moins la trace ?
Quoi ! passés pour jamais ! quoi ! tout entiers perdus !
Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,
Ne nous les rendra plus !

Éternité, néant, passé, sombres abîmes,
Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?
Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes
Que vous nous ravissez ?

Ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure !
Vous, que le temps épargne ou qu'il peut rajeunir,
Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,
Au moins le souvenir !

Qu'il soit dans ton repos, qu'il soit dans tes orages,
Beau lac, et dans l'aspect de tes riants coteaux,
Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages
Qui pendent sur tes eaux.

Qu'il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe,
Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,
Dans l'astre au front d'argent qui blanchit ta surface
De ses molles clartés.

Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,
Que les parfums légers de ton air embaumé,
Que tout ce qu'on entend, l'on voit ou l'on respire,
Tout dise : Ils ont aimé !
 


Et le reste n'est que silence...

Pommes ... du temps de Noël .. suspendues - Photo: lfdd


Allez, une petite chanson d'Alexis HK pour finir: Un beau jour




Bon Dimanche

La Fleur du Dimanche





mercredi 11 décembre 2019

Un ennemi du peuple au TNS : "Je vous ai … surpris"

La pièce d’Ibsen, Un ennemi du peuple, jouée actuellement au TNS ne va pas manquer de vous surprendre, et même vous rendre spectateur "actif". Pas faussement actif, mais à la fois physiquement et intellectuellement. 
Parce que le sujet s’y prête: une réflexion à la fois politique et individuelle, à travers le destin du Docteur Toma Stockman, interprété avec un brio que l’on reconnait bien là à Nicolas Bouchaud, compagnon de longue date (une vingtaine d’années) de Jean-Marie Sivadier et qui signe ici une nouvelle collaboration artistique avec lui - en compagnie de Véronique Timsit.


Un ennemi du peuple - Henrik Ibsen - Jean-François Sivadier - Photo: Jean-Louis Fernandez


L’origine et le moteur du drame d'Un ennemi du peuple c’est la découverte – prouvée par les analyses d’un laboratoire scientifique – d’une dangereuse pollution des eaux d’un établissement de bains d’une petite ville de province dont le Docteur Toma Stockman a la charge, mais l'histoire ne va pas se circonscrire à ce détail. Par cercles concentriques, elle va toucher la famille – femme et fille, et le frère qui se trouve être en opposition, et également le beau-père, et surtout, via la presse "libre et indépendante" incarnée par Hovstad (éblouissant Sharif Andoura), dont nous allons être témoin des multiples retournements, et également la cité, représentée par Aslasken, l’émissaire de la petite bourgeoisie "silencieuse" de la ville.


Un ennemi du peuple - Henrik Ibsen - Jean-François Sivadier - Photo: Jean-Louis Fernandez


Toute l'histoire va aller de rebondissement en rebondissement, dans un rythme effréné, changeant de style, mêlant la réflexion politique au drame psychologique "réaliste", basculant également dans l’onirisme, avec un jeu décalé. A ce propos, il faut mentionner le jeu de Jeanne Lepers qui, dans un décalage subtil interprète le personnage de la fille Stockman, Petra, entre la danse et la marionnette avec truculence. Et l’ensemble des acteurs, chacun dans sa spécificité, construit une mosaïque de caractères naviguant entre le réalisme et le burlesque, entre l’intime et l’apostrophe au public, entre le rire et la réflexion morale.
Comme le dit Jean-François Sivadier: "Dans chaque scène, on entend travailler, en filigrane, la question de l’antagonisme entre l’intérêt individuel et l’intérêt collectif. Entre les intérêts de l’homme et ceux du citoyen, qui ne sont pas nécessairement les mêmes. Entre le "je" et le "nous"...  La force de la pièce est d’évoquer tous ces thèmes, de les laisser en suspens, pour obliger le spectateur à se regarder lui-même."  Et il a raison de rajouter: "Il n’y a pas de débat, on n’est pas chez Brecht."  
Cependant le spectateur n’est pas mis hors-jeu. Et c’est à lui de se poser les questions sur les limites de l’engagement, comme le rappelle Jean-François Sivadier: "Après ça, est-ce qu’il est si surprenant de voir quelqu’un prêt à défendre la vérité, mais seulement jusqu’à la limite de ses propres intérêts? À être du côté du lanceur d’alerte, mais seulement jusqu’à un certain point?"



Un ennemi du peuple - Henrik Ibsen - Jean-François Sivadier - Photo: Jean-Louis Fernandez


Cette pièce d'Ipsen, particulièrement, nous permet de nous interroger sur ces questions politiques et morales tout en nous surprenant autant que les personnages ballotés par les péripéties et rebondissements de l'histoire. Nous assistons à ce destin inéluctable tout en étant témoin des manoeuvres politiques et individuelles des autres protagonistes. 
Le décor symbolise bien la trajectoire de la pensée de Stockman, en passant d’un intérieur bourgeois à un genre ruine obscure. Et je vous laisse la surprise du quatrième avec la réunion politique qui éclate ce décor et brise le mur du "rapport spectateur" dans une harangue mémorable interrogeant la "pensée du peuple" et la question de la violence (avec un coup d’oeil du côté de Gunther Anders).

Toute la classe de Jean-François Sivadier et de son équipe est d'avoir pu rendre actuelle et dynamique une réflexion qui date un peu - quelques paroles très peu féministes soulevant d'ailleurs des rires dans la salle - mais la réflexion est ouverte, et même si les spectateurs sont des veaux, ils ont compris qu'il faut quelquefois se lever pour défendre son avenir, et pas seulement son portefeuille. En tout cas ils en ont eu pour leur argent!


La Fleur Du dimanche

Un ennemi du peuple

TNS STASBOURG 
du 11 au 20 décembre
Texte Henrik Ibsen
Traduction du norvégien Éloi Recoing
Mise en scène Jean-François Sivadier
Collaboration artistique Nicolas Bouchaud, Véronique Timsit
Avec Sharif Andoura, Cyril Bothorel, Nicolas Bouchaud, Cyprien Colombo, Vincent Guédon, Éric Guérin, Jeanne Lepers, Nadia Vonderheyden et Valérie de Champchesnel, Julien Le Moal, Christian Tirole
Scénographie Christian Tirole, Jean-François Sivadier
Lumière Philippe Berthomé, Jean-Jacques Beaudouin
Costumes Virginie Gervaise
Son Ève-Anne Joalland
Accessoires Julien Le Moal
Coiffures et maquillages Noï Karuna
Assistant à la mise en scène Véronique Timsit, Rachid Zanouda

Tournée

Lille
Du 8 au 12 octobre 2019 au Théâtre du Nord
Châtenay-Malabry
Du 16 au 20 octobre 2019 au Théâtre Firmin Gémier / La Piscine
Lyon
Du 5 au 10 novembre 2019 aux Célestins − Théâtre de Lyon
Dunkerque
Les 14 et 15 novembre 2019 au Bateau Feu − Scène nationale
Caen
Du 19 au 21 novembre 2019 au Théâtre de Caen
Clermont-Ferrand
Du 26 au 28 novembre 2019 à La Comédie
Perpignan
Les 4 et 5 décembre 2019 au Théâtre de l’Archipel − Scène nationale
Angers
Du 7 au 9 janvier 2020 au Quai − Centre dramatique national
Luxembourg
Les 15 et 16 janvier 2020 au Grand Théâtre de la ville de Luxembourg
Marseille
Du 22 au 25 janvier 2020 à La Criée − Théâtre national de Marseille
Saint-Quentin-en-Yvelines
Du 30 janvier au 1er février 2020 à la Scène nationale

jeudi 5 janvier 2017

Dom Juan au TNS: La mécanique des sphères s'emballe..

On ne vous présente plus Dom Juan, vous le connaissez, vous l’avez sûrement vu ou rencontré une ou plusieurs fois, alors, pourquoi aller le (re)voir au théâtre ?
Il passe au TNS, dans une mise en scène de Jean-François Sivadier, est-ce une raison suffisante ? 
Ou alors, vous adorez Nicolas Bouchaud ? Vous l’avez vu jouer et vous ne ratez pas une pièce dans laquelle il apparait ? Vous avez de la chance, il est comédien associé au TNS – Théâtre National de Strasbourg et vous pouvez en profiter…

TNS : Dom Juan et Mathurine - Photo: Jean-Louis Fernandez

Mais il y a plein d’autres raisons d’aller voir ce spectacle qui passe encore jusqu’au 14 janvier à Strasbourg.

Tout d’abord, parce que même si vous connaissez Dom Juan, c’est toujours profitable de revoir l’histoire de cet homme qui en bousculant les conventions, fait un peu bouger les lignes et insuffle un air salvateur dans votre réflexion.
D’autre part, une nouvelle mise en scène apporte un nouvel éclairage sur cette histoire et celle de Jean-François Sivadier, tout en se faisant plaisir d’être du vrai théâtre va nous permettre de réinterroger le mythe de cet homme qui dit ne croire qu’en "Deux et deux font quatre, et quatre et quatre font huit"...

TNS : Dom Juan - Photo: Jean-Louis Fernandez


Et comme je le disais, c’est du vrai théâtre avec des machineries qui nous surprennent et nous enchantent - saluons le travail de scénographie de Daniel Jeanneteau et de Christian Tirole qui complètent celui de Jean-François Sivadier de même que les Lumières de Philippe Berthomé.
Parce que cette mécanique des sphères qui tournent, montent, descendent, bougent, disparaissent, nous éclairent, nous aveuglent dans le noir et nous éblouissent, ces espaces mouvants qui tombent, glissent, se fragmentent, se décalent et nous escamotent dans un instant magique le "maître" nous font passer un pur moment de féérie.

TNS : Dom Juan et Sganarelle - Photo: Jean-Louis Fernandez

Et puis il y a bien sûr les comédiens, superbes, dont on imagine qu’ils sont deux fois plus nombreux, et surtout le couple infernal Dom Juan – Sganarelle, joué par Nicolas Bouchaud et Vincent Guédon et dont on sent une complicité construite déjà au fil du temps - depuis quinze ans ! - sur les précédentes pièces qu’il ont jouées avec Jean-François Sivadier pour en arriver à un jeu très différent mais parfaitement en phase.
Il faut rappeler que Jean-François Sivadier avait, en 1996, repris la mise en scène du diptyque Dom Juan/Chimère et autres bestioles de l’écrivain et metteur en scène Didier-Georges Gabily décédé avant la création. Et l’on peut dire que cette pièce est en quelque sorte un hommage aussi à Gabily.

TNS : Dom Juan et Elvire - Photo; Jean-Louis Fernandez

Il y a donc ce pur plaisir de jeu, dont on imagine d’ailleurs que Molière a aussi dû se faire plaisir et en rire, et rire et se moquer de tous ceux qui auraient bien voulu lui clouer le bec. Mais il est assez finaud pour tromper son monde (enfin pas totalement, une des scène a été censurée à l’époque, dès la deuxième représentation...). Et il en fait trop ! il nous assemble des scènes de genre, il nous propose des variations de thèmes, il interroge à tous les niveaux, mais c’est pour notre plaisir et pour notre salut !

Et ce texte, incarné par ces superbes comédiens et mis en scène avec le primat du texte (et Jean-François Sivadier s’est aussi fait plaisir en rajoutant un texte du Marquis de Sade) est un bon moment – qui dure bien ses deux heures trente sans besoin de pause ni d’entracte – qu’il ne faut surtout pas rater.

TNS - Don Juan - le commandeur et Sganarelle


En complément, je vous offre quelques extraits d’un texte où Jean-François Sivadier parle de son projet:
"Dom Juan ne ressemble à aucune des autres pièces de Molière, c’est un ovni dans son œuvre. A l’image de son protagoniste, c’est un texte insaisissable, qui ne se laisse pas apprivoiser, c’est ce qui fait sa force et son étrangeté...
Molière, en mélangeant les formes et les registres de jeu, en se jouant des codes de la dramaturgie classique, arrive à mettre en doute la représentation elle-même. Dom Juan, c’est vraiment la grande pièce de Molière sur le doute."
Et au sujet du jeu et de la scène:

"… je cherche toujours à montrer que l’espace que peut convoquer un acteur est sans limite; que le plateau est le premier endroit – ou le dernier – où l’on peut redécouvrir, comme la première fois, la naissance de la parole et celle du mouvement, que l’acte poétique est accessible à tous, que les acteurs et le public partagent un temps et un espace qui est exactement le même... que le théâtre va naître entre la présence brute, réelle de l’acteur et l’espace qu’il va ouvrir en prenant la parole.  Il y a un mot de Godard que j’aime beaucoup: "la présence comme documentaire, la parole comme fiction.""

Et pour vous "obliger" à aller voir le spectacle: 
"Molière fait de nous les jurés d'un procès qui n'a pas lieu: pas de leçon, pas de morale, pas de verdict."

Bon spectacle

La Fleur du Dimanche

Dom Juan - Molière
Au TNS jusqu'au 14 janvier 2016
Mise en scèneJean-François Sivadier
Collaboration artistique: Nicolas Bouchaud, Véronique Timsit
Avec: Nicolas Bouchaud (Dom Juan Tenorio), Vincent Guédon (Sganarelle), Stephen Butel (Pierrot, Dom Alonse, Monsieur Dimanche), Marc Arnaud (Gusman, Dom Carlos, Dom Louis) Marie Vialle (Elvire, Mathurine), Lucie Valon (Charlotte, Le Pauvre, La Violette)
Scénographie: Daniel Jeanneteau, Christian Tirole, Jean-François Sivadier
Lumières: Philippe Berthomé assisté de Jean-Jacques Beaudouin
Costumes: Virginie Gervaise assistée de Morganne Legg
Maquillages, Perruques: Cécile Kretschmar
Son: Eve-Anne Joalland
Assistants à la mise en scène: Véronique Timsit, Maxime Contrepois 
Production déléguée: Théâtre National de Bretagne/Rennes
Coproduction; Italienne avec Orchestre; Odéon – Théâtre de l’Europe; MC2: Grenoble; CNCDC Châteauvallon; Le Grand T – Théâtre de Loire-Atlantique; Le Printemps des Comédiens