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samedi 20 septembre 2025

Musica26 J2: lovemusic et Laura Bowler: L'amour, la mort, le deuil, le flo(t)w

 Le collectif lovemusic qui vient de se voir décerner le Prix de la Fondation Ernst von Siemens, présente en première ce samedi au Festival Musica The Sad Album de Laura Bowler. Le projet est l'aboutissement d'une commande auprès de Laura Bowler, compositrice, chanteuse et performeuse d'une pièce d'une heure, pour laquelle la collaboration avec l'ensemble lovemusic a été intense. Il en résulte, et ce n'est pas surprenant si l'on connait le collectif, une pièce pour voix, ensemble de chambre, électronique et vidéo présentée à la Hear dans la Manufacture à Strasbourg qui débute par une procession de figures vêtues et couvertes de noir. 


Musica 2026 - lovemucic - Laura Bowler- The Sad Album - Photo: Robert Becker


Le résultat est assez "décoiffant", mêlant mise en scène, vidéo en direct et créations originales assez pop culture en relation avec le texte dit et chanté par Laura Bowler, soutenue quelquefois par la voix des musiciens. Ceux-ci, avec Emiliano Gavito à la flûte, Adam Starkie à la clarinette, Emily Yabe au violon, Céline Papion au violoncelle, Christian Lozano Sedano à la guitare électrique et Marin Lambert aux percussions sont complètement impliqués dans le jeu et la scénographie, avec par exemple des changements de costumes durant la performance. Celle-ci est mise en scène non sans humour (noir) par Sam Redway et Finbar Hosie réalise les effets électroniques, entre autres les échos qui multiplient encore plus les textes dits et chantés par Laura Bowler. 


Musica 2026 - lovemucic - Laura Bowler- The Sad Album - Photo: Robert Becker


La pièce en trois parties démarre par une séquence de tristesse et de condoléances sous une accumulation de faire-parts et un déluge de batterie. Sur un rythme hyper dynamique et un flot de paroles, la catharsis de la perte joue à plein avant quelques séquences plus calmes, mais qui ne durent pas vraiment. La pièce gardant un rythme effréné et la performeuse son débit fulgurant du début à la fin avec des moment de franche course de vitesse. 


Musica 2026 - lovemucic - Laura Bowler- The Sad Album - Photo: Robert Becker


Une partie approfondit les mécanismes mentaux du deuil vus sous l'angle des neurosciences, de la psychologie clinique, de l'imagerie cérébrale, et de témoignages personnels à partir du livre The grieving brain avec citations et assemblages pour faire ce travail de deuil avec conscience et en se basant sur les données scientifiques accessibles et des reconnexions des neurones. 


Musica 2026 - lovemucic - Laura Bowler- The Sad Album - Photo: Robert Becker


Nous passons aussi par des occupations banales comme prendre le thé ou promener le chien. Et la dernière partie, autant le travail sur l'image miroir que sur la recollecte des pièces d'un puzzle où l'on essaie de reconfigurer la mémoire , à "boucher les trous" qui conduit à la cérémonie de l'oubli enjoint à vivre à nouveau des moments heureux.


Musica 2026 - lovemucic - Laura Bowler- The Sad Album - Photo: Robert Becker

Musica 2026 - lovemucic - Laura Bowler- The Sad Album - Photo: Robert Becker


Pour le spectateur, c'est également un cérémonial vécu dans lequel il se trouve totalement immergé et dont il sort passablement secoué, mais peut-être, lui aussi, régénéré.  


Musica 2026 - lovemucic - Laura Bowler- The Sad Album - Photo: Robert Becker  


La Fleur du Dimanche

samedi 16 septembre 2023

De l'autre côté de Musica: Cela commence comme un cauchemar avec Nightmare

 Pour son quarantième anniversaire le Festival Musica vous annonce la couleur dans son programme en vous demandant : 

"Vous êtes-vous déjà rendu de l'autre côté? La musique - c'est son pouvoir - peut vous le permettre."

L'année dernière, telle Alice, nous allions derrière le miroir avec Kaija Saariaho. Cette année, le programme nous promet l'Enfer avec Don Giovanni et, à la Laiterie des nuits d'enfer droit venues de la Cité des Anges, au CEAAC une exposition intitulé Colère Divine, une voyante au Wacken pour Dompter les rivières souterraines, au Palais des Fêtes, une Nuit Jean Catoire, un compositeur qui, face à une présence (de l'anté-sonore), se met à composer (il en dit "Cette présence demeurait immuable et non sonore et le son non sonore était son entière manifestation. En son immutabilité originelle demeurait le mobile de ses ultérieures manifestations, celles-ci encore non sonores en l’absolu”.

De quoi nous sortir de nos sentiers balisés et nous faire baliser...


Festival Musica - lovemusic - Photo: lfdd


Même avec lovemusic - dont eux-même disent de leur musique: "Les concerts de lovemusic sont colorés, amusants et innovants, ..." et donc sympathiques - nous avons droit à un concert "Nigtmare" - cauchemar - en entrée en matière. C'est dans l'église du Temple Neuf, mais qu'on ne s'y méprenne, il n'y a rien de religieux, ni même d'exorcisme dans cette performance qui débute avec un violon accroché dans le buffet d'orgue en haut de la nef pour la création française de Ted Hearne Nobody’s (2010).  Le violon hoquette et l'interprète semble taper du pied pour exprimer sa colère.


Festival Musica - lovemusic - Photo: lfdd

Sans transition, Rage against reply guy (2021) autre création française de Bára Gísladóttir fait exploser des sons dans les baffles de chaque côté de l'autel et des sons électroniques plus calmes infusent tandis que les interprètes en combinaison - bleu de travail violet - la couleur annoncée de Musica - s'installent en cercle (du diable ?) sur le côté de l'autel Christian Lozano Sedano à la guitare, Adam Starkie à la clarinette basse, Lola Malique au violoncelle, Emily Yabe au violon, Emiliano Gavito à la flûte alto et Finbar Hosie à l'électronique. Les différents sont s'additionnent jusqu'à un accumulation gigantesque qui s'épuise doucement.


Festival Musica - lovemusic - Photo: lfdd


Avec Second nightmare for KIKU de Natacha Diels, nous assistons à une performance où la violoniste Emily Yabe dans une succession de gestes saccadés frotte ses cordes alors que derrière elle, coiffés de perruques noires, Adam Starkie et Christian Lozanno en duo symétrique frottent une éponge ou frappent sur de petites clochettes en vrais robots kraftwerkiens ponctués d'onomatopées virulentes.

La création française de Christopher Cerrone The Night Mare (2011) (la jument de la nuit débutent par des sons glissants qui se rejoignent et l'électronique qui fait des nappes. Avec  Nina Maghsoodloo au piano au violon, et Léa Legros Pontal au violon l'effectif de l'ensemble est complet. La musique incite plutôt à la rêverie jusqu'au choc final.

Suit en création, une commande de lovemusic m0nster (2022) d'Andreas Eduardo Frank où alternent un jeu instrumental, des interjections et des sons chantés. 


Festival Musica - lovemusic - Photo: lfdd

Festival Musica - lovemusic - Photo: lfdd


Et pour finir, une autre création, commande du Festival Klangwerkstatt et du collectif lovemusic, la pièce de Helmut Oehring [iɱˈfɛrno ](from MAPPA) Contrapasso I–V (to: Wladimir Putin : Sergej Lawrow) (2022) qui fait alterner régulièrement des passages où des cris d'abord silencieux puis puissants de Lola Malique au violoncelle qu'elle frotte en sons crissants et stridents, face à l'impassibilité de marbre d'Adam Starkie et d'Emiliano Gavito alternent avec des gestes muets expressifs et coordonnés de trois interprètes utilisant la langue "maternelle" du compositeur, le langage des signes allemand. Par cinq fois, alternant sons et silence, pause et  stridence, pleine de douleur, complété par des boucles sonores, la pièce s'achève dans une énorme explosion de sons et de cris.


Festival Musica - lovemusic - Photo: lfdd


Rendez-vous en Enfer... sur terre.


La Fleur du Dimanche  

samedi 6 mai 2023

Arsmondo Slave avec Lovemusic: Rencontres dans une galaxie sonore à l'est

 Dans le cadre du Festival Arsmondo, le collectif lovemusic explore la galaxie musicale entre les pays slaves et la France, entre les chansons traditionnelles en allant vers l'est et la musique moderne et contemporaine en relation avec ces pays.


lovemusic - Adam Starkie


Pour commencer, un "inédit" d'Anna Sowa, qui le restera peut-être, une pièce composée pour son concours de fin d'étude à l'Académie de Lodz, une variation sur le thème de la mazurka from Tymbark, un  air de son village natal en Pologne, joué au violoncelle par Céline Papion. Alors qu'elle s'intéresse plus particulièrement à la musique qui intègre souvent l'électronique, la pièce, après avoir présenté cet air sombre elle joue sur les variations de hauteur, de pizzicati, de style de jeu, coups d'archets et légers frottements aigus en explorant le souvenir tout en le réactualisant en le fragmentant.


lovemusic - Emilio Gavito


Une série de chansons traditionnelles interprétées avec force et puissance, mais également avec plein de sensibilité et d'émotion par Léa Trommenschlager accompagnée par l'ensemble, à savoir Emiliano Gavito à la flûte, Adam Starkie à la clarinette, Nina Maghsoodloo au piano et Céline Papion au violoncelle ponctue le concert, tout d'abord Ah ljubav, ljubac, (Oh amour, amour), un air bien rythmé de Bosnie qui chante l'amour qui finit pour un nouveau: "Oh amour, amour, c'était toi. (...) Tout cela s'en va pour toujours et loin avec un autre amour".


lovemusic - Céline Papion


Suit Wash me blue (2019) de Jug Markovic, une pièce pour clarinette et violoncelle où des sons ténus se répondent, avec quelques réminiscence d'airs slaves. Jug Markovic est né à Belgrade en 1987 et vit à Stuttgart. Il était présent dans la salle et a pu saluer les interprètes et remercier le public pour l'accueil à sa pièce.

La deuxième chanson populaire - toutes ont été arrangées par Arthur Lavandier - nous vient de Bulgarie, c'est Rumyana sortit chercher de l'eau, toujours une histoire d'amour: "Alors maintenant Rumyana laisse moi t' embrasser. Car un baiser ne s'achète pas avec de l'argent. Un baiser est un baume pour le coeur.  ... "

Retour en France avec Francis Poulenc qui nous emmène directement en Pologne avec trois chansons extraites de ses Chansons Polonaises: D'abord, Le dernier mazour, Ostatni mazur, non pas la dernière valse mais la dernière mazurka pour l'officeir qui raprtà la guerre : "La trompette appelle et sonne, c'est mon dernier mazour." suivi de  l'Adieu /  Pozegnanie toujours une très belle mélodie triste et pour finir, Le Lac / Jezioro ce beau lac sur les rives duquel s'attriste la jeune fille qui a perdu toutes les fleurs du romarin de sa couronne.


lovemusic - Nina Maghsoogloo


Le concert continue avec Sugarcoating #2 de la Croate née Zagreb Sara Glojnaric qui réside aussi à Stuttgart. La pièce, pour clarinette et violoncelle et piano joue sur les effets de "sampling"  reconstitués ou joués en direct à la clarinette. La pièce est énergique et l'on apprécie la talent des musicien, dont Nina Maghsoodloo au piano qui tire des sons incongrus de son instrument.

Nous retrouvons Marusya, le "tube" qui sera repris en bis à la fin du concert et qui ne nous quittera plus après. Une chanson traditionnelle d'Ukraine, très dansante et enlevée où il est question d'une jeune fille qui refuse de donner à boire à un soldat, qui lui, se voit refuser l'anneau qu'il offre à la jeune fille.

Le concert se clôt avec les quatre extraits de Tanzer Lieder, très touchantes chansons, toujours magnifiquement interprétés par Léa Trommenschlager  qui chante, en plus des langues slaves précédemment, en français, allemand et anglais, ces poème de Francisco Tanzer qui ne sont pas des chansons à danser comme les mélodies traditionnelles, mais de petits bijoux de composition et de poésie. La  compositrice Ana Sokolović, serbe, réside depuis 30 ans à Montréal. Sur une étoile "Nous nous sommes rencontrés sur une étoile" donne le titre à ce concert. Suit Stimmen où il est question de voix et de "d'accorder sa vie" - "zustimmen".  Pour Last Song, la dernière chanson, c'est la flûte qui introduit la pièce et les différentes langues se suivent pour, à la fin, se finir dans un soupir:


lovemusic - Léa Trommenschlager

Et tu chantes tes chansons
Chante-les encore et encore
pour ne pas remarquer combien nous sommes différents
Tu es au début 
Je suis à la fin. 

La prestation du collective lovemusic nous réjouit comme à son accoutumée et nous a fait voyager en musique à travers l'Europe et les siècles avec plaisir. On en redemande, ce qu'ils ne se laissent pas prier de faire.


La Fleur du Dimanche 

jeudi 31 mars 2022

Duende ! par lovemusic: poèmes, chansons et création sous le signe de Lorca

 Le Festival Arsmondo suit son chemin sur la route des tsiganes et sous le signe de l'Espagne. La soirée Duende !  proposée par lovemusic à la salle Ponnelle de l'Opéra du Rhin est placée sous l'étoile (et la lune) de Federico Garcia Lorca, poète né en 1898 e assassiné en 1936 par les franquistes près de Grenade. Le poète était aussi musicien et il a, avec Manuel de Falla, rassemblé des chansons du flamenco traditionnel et développé le Cante Jondo (la chanson profonde) et composé des airs de flamenco, dont nous aurons un aperçu avec Marion Tassou, soprano, accompagnée par Christian Lozano à la guitare. 

Arsmondo tsigane - Duende! - lovemusic - Photo: lfdd

Le programme débute par une introduction au Duende, cet état d'esprit indéfinissable qui procède à la fois de l'intuition, du corps et du "son noir". Il est aussi question d' "ange". Le comédien de l'école du TNS Yannis Bouferrache nous lit ce texte et ponctuera le concert avec les poèmes de Lorca dont nous découvrons la poésie merveilleuse et profonde. Michelle Agnes Magalhaes a écrit en 1979 Lorca Fragments dont les cinq éléments Sonidos neros - justement des sons noirs "grattés" par les cinq interprètes de lovemusic: Emiliano Gavito à la flûte, Adam Starkie à la clarinette, Emily Yabe au violon, Lola Manique au violoncelle et Christian Lozano à la guitare.  L'ange justement,  aérien et tenu en longueur, Lyrique, tout en vibrations et glissandos, Masques pièce festive, et Prosodique, comme une langue" où la clarinette basse lance sa plainte alors que les autres instruments jouent des sons courts et la clarinette conclut avec sa petite mélodie.


Arsmondo tsigane - Duende! - lovemusic - Photo: lfdd

Pour les Canciones espanolas antiguas de Lorca, nous passons de La Tarara, un air enjoué, vieille chanson pour les enfants où Marion Tassou montre toute sa puissance mais finit toute en retenue. Suit Anda Jaleo, une chanson bien dansante et entraînante, l'histoire d'un chasseur qui cherche sa bien-aimée et ne veut pas tuer une colombe, chanson qui fut reprise par la résistance espagnole. El cafe de chinitas est une belle ritournelle qui virevolte et la Sevillanas del signo XVIII une séguedille castillane très dansante.


Arsmondo tsigane - Duende! - lovemusic - Photo: lfdd

Michelle Agnes Magalhaes avec 4 canciones espagnolas fait un arrangement cette fois-ci pour flûte, clarinette, violon, guitare et voix des chansons de Federico Garcia Lorca Las Morillas de Jaén pleine de sous-entendus, la courte pièce Nana, la sautillante Zorongo toute en pizzicatos et frappe des archets et pour finir la Nana de Sevilla, une berceuse tsigane comme une valse lente.


Arsmondo tsigane - Duende! - lovemusic - Photo: lfdd


Après Cancion de la muerte pequena, nous passons à  Canciones espanolas antiguas  de Manuel de Falla avec trois chants populaires, Jota et Asturiana, chansons du nord de l'Espagne et Polo, une chanson de vengeance, toujours magnifiquement interprétées par Marion Tassou accompagnée par Christian Lozano, presque gitan à la guitare.


Arsmondo tsigane - Duende! - lovemusic - Photo: lfdd


Suit un très beau poème Romancero Gitanol'histoire d'un enfant qui dialogue avec la lune, et d'un gitan et la soirée s'achève avec une création de Michele Abondano Ya no soy yo (Je ne suis plus moi), commande de lovemusic. La pièce s'inspire du poème de Federico Garcia Lorca Romance Sonambulo et montre l'arrachement au corps du personnage féminin, à force d'attendre son amour. Le dispositif musical voit les instruments à cordes (violon, violoncelle, guitare posées sur des tables et les cordes frotées ou triturées et les vents bouchés ou plongés dans un bocal d'eau pour émettre des glou-glous, tandis que les interprètes chuchottent des bouts du poème.  Une très belle réinterprétation de Lorca.


La Fleur du Dimanche.


vendredi 24 mai 2019

Vous reprendrez bien une tranche de Musique: Lovemusic, Jazzdor et Panamix et bientôt Musica 2019

Strasbourg est une tranche napolitaine pour qui est curieux de musique.
Il y aura toujours certaines personnes qui vont pleurer parce qu'il n'y a pas assez de...   (au choix).
Mais ce vendredi, par exemple, il y avait au moins 10 concerts et j'ai tranché pour trois:

Lovemusic

A 19 heures à la BNU, Lovemusic, le collectif formé autour d'Emilliano Gavito et d'Adam Starkie et qui travaille depuis quelques années maintenant avec comme centre l'auditorium de la BNU (Bibliothèque Nationale Universitaire de Strasbourg à faire connaître la musique d'aujourd'hui proposait son avant-dernier concert de la saison.




Leur parti-pris est dire que l'on n'a pas besoin d'un bagage historique et d'une lourde formation musicale classique pour écouter - ou jouer - la musique d'aujourd'hui. Et c'était le cas pour ce  concert "Time Flies", à l'issue duquel le public (dont des spectateurs venant pour la première fois écouter la musique d'aujourd'hui) a pu échanger avec les interprètes et les compositeurs. Puisqu'il y avait pour ce concert deux créations: Une nouvelle version de la pièce "Le Malheur adoucit les pierres" de Samuel Andreyev (en référence au tableau éponyme d'Yves Tanguy, et "Trois Visages" de Nicolas Marty. La ligne directrice de cette soirée était de travailler sur l'infime, le silence, la tension, avec des pièces pour duos ou trios de vents (flute, clarinette, hautbois, cor). Le concert a d'ailleurs commencé avant l'heure laissant entrer le public lors de "Hotel Deutsches Haus 2" de Peter Ablinger lors duquel, sur des images du tram devant la BNU et du bruit de circulation, le trio (Emilliano Gavito et d'Adam Starkie auquel s'est joint Niamh Dell) ponctue de quelques phrases répétées en mémoire de cet hôtel de Berlin-Kreutzbeg. La vidéo (avec la participation de David Brunner et Noe-Christophe Nya) dialogue avec quelques pièces, dont "Fliegen Fliegen ?" où sur l'écran les mouches ne volent pas encore, puisqu'elle sont à l'état de larves, des asticots, mais les sons volent haut et créent des résonnances dissonances. Pour "Le Malheur adoucit les pierres", la vidéo nous fait "sentir" la matière de ces pierres. Pour clore ce concert d'une intense qualité d'écoute, un "presque classique", puisque "Triplum" de Franco Donatoni, écrit en 1955 et qui a donné au trio l'occasion  d'un dialogue plus vif et "Muro d'orizonte" de Salvatore Sciarrino dont l'histoire du titre résume bien l'intitulé du concert: "Mur d'horizon" était une note-oxymoron de Franco Donatoni écrite en 1993 au-dessus d'une phrase de Michel Serre: "Sans autre protection que le ciel, sans autre mur que l'horizon". Le temps passe, s'envole, mais nous sommes là à partager la sensation que la musique est vivante dans l'instant, le présent.

Le prochain rendez-vous avec Lovemusic sera en juillet, le 12 à 19 heures, toujours à la BNU avec un programme intitulé "Oustside of you... including me"..... à partager


Jazzdor

A 20h30, après quelques échanges post-concert, direction le Centre Culturel du Fossé-des-Treize où a lieu le dernier concert de la saison de Jazzdor (pour le précédent du 10 mai voir mon billet "Concert Nord-Sud et Est-Ouest pour briser les frontières").
Le concert est placé sous le signe de l'Europe, avec la Belgique.
Ce sont deux formations flamandes qui se partagent le plateau.
Pour commencer, De Beren Gieren dont le pianiste Fulco Ottervanger a expliqué que le nom pouvait se traduire autant par "Les ours vautours" que par "les ours qui rient" ou "Les ours qui ont peur".
La poésie efficace, également dans les titres (leur traduction française sonne comme "la vie de l'eau", "Le poids de l'air", "la valse des promesses" ou "jour provisoire"),  nous emmène dans un voyage harmonieux aux sonorités rêveuses. 


De Beren Gieren - Jazzdor 2019 - Photo: lfdd


Avec le pianiste Fulco qui jour plus vite que son ombre et, en plus se dédouble, avec ses boucles électroniques et ses triturations sonore, le bassiste rieur Lieven van Pee qui pose son tapis sonore bien tempéré, et le batteur, Simon Segers, messie maître du rythme, nous sommes bercés au gré d'un voyage romantique au long cours, entre valse enjouée et rêveries hypnotiques avec un film où défilent des forêts baignées dans des bancs de brumes. La musique hypnotique très bien maîtrisée de ce trio belge uni et complice nous captive et nous emporte au pays du Jazz. Ils sont fous, ces Belges, mais qu'est-ce qu'ils jazzent bien...
Comme vous avez sûrement raté le concert, je vous en offre un extrait (pour ceux qui y étaient cela sera un souvenir):




Pour la deuxième partie de la soirée, le grand ensemble Imaginary Band de et avec Lynn Cassiers est aussi fou, surtout elle, bidouilleuse multitâche, entre borborygmes, chuchotis et mélopées triturées par l'électronique et mélangés avec des bruitages qui ponctuent des chansons romantiques et bien rythmées. Elle nous propose une série de pièces et de chansons très bien écrites, qui permettent à tous les membres de son big band bien dialoguer et d'avoir quelques espaces de liberté pour des solos virtuoses. Ses chansons, se posant le plus souvent vers la douceur et les mélopées, nous propose aussi un morceau de style comédie musicale ou dessin animé américain avec des pointes d'humour. Elle nous fait aussi penser à une Nico du Jazz. Son grand ensemble rassemble autour d'elle en plus de ses compères habituels, Erik Vermeulen au piano, Manolo Cabras à la contrebasse et Marek Patrman à la batterie, Sylvain Bebaisieux au saxophone, Nieles van Heertum à l'euphonium et Ananta Roosens au violon. 


Lynn Cassiers - Jazzdor 2019 - Photo: lfdd


Cette dernière soirée de la saison de Jazzdor fut donc l'occasion de découvrir un jazz proche de nous géographiquement mais qui n'aura pas encore traversé les frontières... C'est chose faite et nous en sommes heureux.


CAFE DE LA BIENNALE 

Après ce concert bien décoiffant, direction le "Café de la Biennale" dans la cour de l'ancienne Poste centrale avenue de la Marseillaise dans lequel se tenait la Biennale internationale d'Art de Strasbourg et à laquelle le café a survécu quelques mois (au moins 3, et jusqu'à quand ?). 
En tout cas, c'est là que Don Nino présente son dernier album, The Keyboard Songs, un recueil de morceaux composés aux claviers, aux textures inédites, aériennes et intimes, complété avant et après par les mixes de Panimix (Till, Mickael Dard et Emmanuel Dsd) qui passent des vrais disques.

MUSICA

La veille, ce même lieu a accueilli à midi la présentation du programme du festival Musica (du 20 septembre au 5 octobre) et le soir la fête pour annoncer le virage de la programmation sous la nouvelle direction de Stéphane Roth, avec une soirée festive et des extraits de trois spectacles:
- "Musique de tables" de Thierry de Mey interprété par trois musiciens des Percussions de Strasbourg, pour la "Journée Thierry de Mey" au Point d'Eau à Ostwald le 22 septembre 
- Le guitariste Julien Desprez qui donnera un concert dans les jardins du Palais Universitaire le 1er octobre
- François Chaignaux, chorégraphe, chanteur et danseur qui, pour la pièce "Symphonia Harmoniae Caelestium Revelationum" interprètera la Symphonie des harmonies célestes de la bénédictine mystique Hildegarde von Bingen, le jeudi 3 octobre dans la salle de la Bourse.   


Musica 2019 - Percussions de Strasbourg - Musique de table - Thierry de Mey - Photo: lfdd 

Pour vous donner un avant-goût de Julien Desprez, voici l'extrait d'un précédent concert.




La Fleur du Dimanche