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mercredi 6 avril 2022

Bajazet, en considérant Le Théâtre et la peste: Babylon, vous y étiez, nue 0-24

 La mise en scène de Bajazet de Racine par Frank Castorf était on ne peut plus attendue à Strasbourg. La venue du metteur en scène allemand, ancien directeur de la Volksbühne et qui a débuté sa carrière en RDA, dont les mises en scène sont réputées - et divisent les spectateurs - était déjà souhaitée par la regrettée Eva Kleinitz. La conjonction de la volonté de Jeanne Balibar - qui a joué dans quelques-unes de ses pièces en Allemagne - et de Jean-Damien Barbin qui a également déjà joué avec lui et qui connait bien Racine et Artaud ont permis cette co-production internationale qui est accueillie en collaboration avec le TNS au Maillon sur un plateau à la démesure de sa scénographie: Bajazet, en considérant Le Théâtre et la peste.


Bajazet, en considérant Le Théâtre et la peste - Frank Castorf - Jeanne Balibar - Photo: Mathilda Olmi


Un buste géant du Sultan aux yeux lumineux trône sur la droite de la scène. Lui est attachée une enseigne géante du style d'une boite de nuit au nom de Babylon. Babylone - Bagdad - souvent citée dans la pièce est la ville que le sultan, qui n'apparaît jamais, est en train de prendre. Casdorf aimant les collages surréalistes, un distributeur de Coca-cola est derrière cette enseigne et de l'autre côté une caravane "voilée" d'une burka sera le lieu de l'intime, l'arrière du sultan faisant plutôt office de "cuisine". Autre collage original, une enseigne qui pourrait ressembler au logo Opel, constitué d'un cercle traversé d'un éclair (d'où le nom "Blitz" en allemand) ressembalnt également à un Z (prophétique?).

Pour compléter le décor (scénographie d'Aleksandar Denic) nous avons à jardin une maison en fer sur roulette ressemblant à une cage (ce sera sa fonction à diverses reprises) et à cour toute une série de portants de vêtements (il y a beaucoup de changements de costumes - géniales créations d'Adriana Braga Peretzki - même si Jeanne Balibar nous offre son corps plus ou moins dénudé tout au long de la pièce. A se demander si ce n'est pas une provocation à l'ère du #metoo, elle nous rejoue d'ailleurs Jeanne Dielman faisant son pot-au-feu en costume d'Eve.

Frank Castorf a choisi cette pièce de Racine parce qu'elle parle essentiellement d'amour et de pouvoir. On y voit effectivement Roxane, interprétée par la magnifique Jeanne Balibar, intriguer pour le pouvoir. On peut se demander ce que va devenir la fabuleuses langue française de Racine et ses alexandrins limpides sous le travail de déconstruction re-construction du dramaturge allemand. D'autant plus effectivement qu'avec ses "collages" de texte (Artaud, Dostoïevski et Pascal), nous allons devoir jouer au puzzle.

Avec le vizir Acomat (Mounir Margoum) qui débute la pièce, nous sommes rassurés, bien qu'il ait quelquefois des accents d'Iznogoud assez burlesques. Et qu'avec son compère Osmin (Adama Diop) ils dévient des fois vers la téléréalité et le clin d'oeil au spectateur - ou téléspectateur, vu que de nombreuses scènes se passet dans les deux "cubes noirs" à l'abri des regards directs et sont diffusées en direct sur un grand écran. Il faut saluer le travail remarquable à la caméra d'Andreas Deinert qui fait le grand écart entre les plans en extérieur (sous la pluie Bd de Dresde) à des gros plans intimes à fleur de peau. Il est secondé par Glenn Zao qui tient la perche et pêche le son, exercice périlleux qui nuit quelquefois à  la bonne compréhension du texte. Mais nous savons bien que dans cette mise en scène, le texte n'a pas à être théâtralisé. Ce sont d'ailleurs les harangues à la limite du cri de Bazajet (Jean-Damien Barbin) qui sont les moins convaincantes. Claire Sermonne, dans le rôle d'Atalide s'en sort correctement dans son agitation frénétique et on peut dire que Jeanne Balibar dans le rôle de Roxane s'est taillé un rôle à sa démesure, variant les niveaux de jeu, passant de l'alexandrin à des improvisations  où elle nous fait découvrir son "soleil noir" à la Artaud sans aucune gêne. Sa litanie de titres de pièces de Boulevard, à la Feydaux démontre son ouverture d'esprit (critique). Et les scènes intimes prouvent qu'elle n'a aucun souci dans son rapport à son corps d'artiste.


Bajazet, en considérant Le Théâtre et la peste - Frank Castorf - Jeanne Balibar - Photo: Mathilda Olmi


Le rythme de la pièce ne faiblit pas et l'on peut se dire qu'il y a une clé dans le choix du texte de Pascal sur la chasse (ou l'ennui) en deuxième partie du spectacle. Il y est dit en substance que si l'homme ne fait rien, ne bouge pas, il s'ennuie et n'est pas heureux. Qu'il lui faut de l'occupation, ou plutôt de l'agitation, comme à la chasse il ne se satisfait pas d'une prise mais il est déjà à courir après la suivante.  On se demande d'ailleurs quelle leçon ou conclusion en tire Frank Castorf, tant on a l'impression que c'est pour lui-même qu'il l'a choisi.  Les différents textes insérés en collage dans le déroulement de la pièce semblent plutôt apporter des compléments de réflexion sur le théâtre et la société qu'un moteur à l'action. Tant il est vrai que la mise en scène de Frank Castorf s'oriente vers le décalage, la déconstruction voire la démolition. Une saine ironie, qu'il réclame aussi au spectateur, soutient la pièce. Une distanciation, plus dans les moyens employés (mise en scène, vidéo,..) en fait une version ultramoderne du théâtre brechtien. La retransmission en vidéo, avec ses décalages et sa distance en sont les outils.

Tout cela c'est efectivement le théâtre de Frank Castorf, un énorme puzzle qui rassemble ou fait se cogner des éléments disparates pour nous secouer, nous émouvoir, nous faire rire et trembler, et, si nous ne bougeons pas avec lui, nous ennuyer. Il nous offre forcément quelque chose à assembler ou reconstruire de notre côté: Trouver la vie dans le brutal et le sauvage.

On ne peut pas conclure sans parler de la magnifique musique de William Minke et des différents choix musicaux qui, autant que les assemblages de textes, joués sur différents registres, donnent une superbe unité de ton, une atmosphère plutôt sereine à la pièce.


La Fleur du Dimanche  



Bajazet, en considérant Le Théâtre et la peste.


Du 6 au 10 avril au Maillon à Strasbourg - co-accueil TNS


COPRODUCTION

PRÉSENTÉ AVEC LE MAILLON, THÉÂTRE DE STRASBOURG − SCÈNE EUROPÉENNE


D’après Jean Racine, Antonin Artaud
et des citations additionnelles de Féodor Dostoïevski, Blaise Pascal
Mise en scène et adaptation Frank Castorf
Avec Jeanne Balibar, Jean-Damien Barbin, Andreas Deinert, Adama Diop, Mounir Margoum, Claire Sermonne
Scénographie Aleksandar Denic
Costumes Adriana Braga Peretzki
Lumière Lothar Baumgarte
Musique William Minke
Vidéo Andreas Deinert
Assistanat à la mise en scène Hanna Lasserre, Camille Logoz, Camille Roduit
Assistanat aux costumes Sabrina Bosshard
Assistanat à la scénographie Maude Bovey (stage)
Régie générale Véronique Kespi
Régie plateau Jean-Daniel Buri
Régie lumière Jean-Baptiste Boutte
Régie son Ludovic Guglielmazzi
Perchman Glenn Zao
Régie vidéo Victor Hunziker
Régie habillage Clara Ognibene
Production Théâtre Vidy–Lausanne, MC93 – Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis
Coproduction ExtraPôle Région SUD Provence-Alpes-Côte d’Azur, Grand Théâtre de Provence, Festival d’Automne à Paris, Théâtre National de Strasbourg, Maillon, Théâtre de Strasbourg – Scène européenne, TANDEM Scène nationale, Douai, Bonlieu, Scène nationale Annecy, Teatro Nacional Argentino – Teatro Cervantes, Emilia Romagna Teatro Fondazione
Ce spectacle est soutenu par le projet PEPS dans le cadre du programme Européen de coopération transfrontalière Interreg France Suisse 2014-2020
Spectacle créé le 30 octobre 2019 au Théâtre Vidy–Lausanne

dimanche 10 septembre 2017

Les vacances de la Fleur du Dimanche: Béatrice touche l'arbre qui cache la forêt et Barbara son bois

La Fleur du Dimanche est en vacances et cède son espace à l'invitée du jour: Béatrice dont les conseils prévus pour les vacances sont encore valable en fin d'été pluvieux... sinon, ce sera pour l'été prochain...

Je lui cède la parole, la plume et l'oeil... pour ses conseils de lecture et son cadeau, la magnifique orchidée Tygritys.

Bonjour à vous, cher(e)s lecteur(trice)s de la Fleur du Dimanche

C’est  les vacances, alors on se détend avec un polar exotique ou on en profite pour s’intéresser aux récentes découvertes sur la nature. 
Voici des livres à découvrir.

L’Asie en noir? Ça vous tente? Alors je vous conseille les livres de Tran-Nhut qui nous enchante avec les enquêtes du mandarin Tân, flanqué du lettré Dinh et du pittoresque Docteur Porc. Les roman se passent à la charnière du XVIème et du XVIIème siècle au Viêtnam. Bien documenté, l’auteure va jusqu’à nous donner ses sources et nous expliquer certains remèdes utilisés.
Vous avez le choix entre 7 enquêtes parues chez l’éditeur Piquier poche. Commencez par "La poudre noire de maître hou" ou "L’Aile d’airain". Vous finirez par vous acheter "Les travers du docteur Porc" puis les autres.



Tygritys - Photo: Béatrice S.

La vie secrète des arbres de Peter Wohlleben
Édition Les Arènes, 2017

On ne peut qu’admirer le parcours de l’auteur qui, au début de sa carrière de forestier, n’avait aucune idée de la vie d’un arbre. Peu à peu, il découvre... qu’on ignore encore beaucoup de choses: comment les arbres arrivent-ils à identifier la salive d’un insecte pour lutter contre? Ont-ils un organe du goût? 
Unis aux champignons et habitants du sol, l’internet de la forêt, les arbres se parlent, se soignent mutuellement et sont solidaires. Certains arbres se déplacent: 400 mètres par an pour le hêtre. Vous qui aimez la forêt, ce livre est pour vous.


Chemin forestier - photo : Béatrice S.

Jamais seul - Ces microbes qui construisent les plantes, les animaux, les civilisations de Marc André SELOSSE. Édition Actes Sud, 2017

L’auteur, relève que depuis Koch et Pasteur, le "mot microbe (est) injustement connoté d’une nuance négative", ce qui n’est pas son avis. Savez-vous que 90% des plantes dépendent des champignons avec lesquels elles vivent en symbiose et que, dans ce cas, "1+1 est bien plus que 2."
Lisez les dangers de la manipulation des plantes avec "Kentuky 31 (Voir l’extrait ci-dessous.)
Animaux et humains bénéficient de leur association avec leur microbiote. Écrit simplement, avec un zeste d’humour, on peut juste lire la conclusion si le chapitre semble ennuyeux. 
Jamais seul? Non, nous sommes accompagné de nos microbes! 

Extrait: KENTUCKY 31, UNE FAUSSE BONNE IDEE QUI TOURNE AU DÉSASTRE

"En 1931, un professeur de l'université du Kentucky repéra, pour sa compétitivité et sa croissance vigoureuse même en sols pauvres, une graminée d'origine européenne (Festuca arundinacea) introduite en Amérique depuis les années 1800. Il la nomma "Kentucky 31" et en augmenta encore les qualités par une sélection des individus les plus performants. La vente de graines commença en 1943 pour améliorer la valeur pastorale des grandes plaines de l'Ouest américain. Et de fait, même en conditions stressantes, la plante réussit très bien... Elle fut bientôt largement semée.

Mais hélas! la plante ne donne pas les résultats que sa valeur nutritive laissait espérer car les bovins qui la broutent montrent bientôt d'étranges symptômes. D'abord, le sang cesse de passer dans les extrémités du corps, entraînant une gangrène sèche et la chute de la queue et des sabots. Des comportements inhabituels apparaissent: stress, tendance à rester dans l'eau pendant la journée car la température corporelle est inhabituellement élevée... Et, enfin, les performances zootechniques sont diminuées: réduction de la lactation d'un tiers, 30% d'avortements en plus, plus faible croissance des jeunes bovins... Kentucky 31 installée, le manque à gagner dépasse à présent le milliard de dollars chaque année aux États-Unis, et pas loin du tiers de ce montant en Australie où des graines avaient aussi largement été vendues.

Trop tard! La plante se développe si bien qu'elle est devenue entretemps une espèce envahissante... et couvre à présent 150 000 kilomètres carrés dans le Sud-Est des États-Unis. Plus affligeant encore, les graines sont toujours en vente, car elles forment des gazons très verts, même dans des milieux chauds et secs ou pauvres (allez donc vérifier ce miracle mercantile sur la Toile...). Mais d'où proviennent de telles nuisances pour le bétail? On découvrit que la toxicité de Kentucky 31 était étroitement liée à ce qui la rend si performante: un champignon du genre Neotyphodium, invisible de l'extérieur, est hébergé et nourri discrètement dans les tissus des feuilles et des tiges... Les néotyphodiums sont de vraies bombes chimiques, qui produisent divers alcaloïdes toxiques protégeant la plante des herbivores. Certains sont toxiques pour les insectes, qui du coup évitent la plante autant que possible, ce qui contribue à sa belle croissance! D'autres alcaloïdes sont actifs non seulement contre les insectes, mais aussi contre les mammifères, comme l'ergovaline... des vasoconstricteurs qui expliquent la gangrène des extrémités... Plus dangereux pour les mammifères, le lolitrème provoque des spasmes, et les dérivés de l'acide lysergique (une substance stupéfiante dont dérive le LSD) entraînent les comportements aberrants. 
Bref, pas l'aliment rêvé pour le bétail."

La chanson proposée par Béatrice est - bien sûr - Au bois de saint Amand de Barbara:

"Y a un arbre, je m'y colle,
Dans le petit bois de Saint-Amand,
Je t'attrape, tu t'y colles,
Je me cache, à toi maintenant,"





Et comme une Barbara n'arrive jamais seule, je vous offre une rarité, un texte de Barbara dit par Balibar qui se cache derrière Barbara qui se cache derrière ses lunettes : "Touche pas mon piano":




Et interprété par Barbara, vous pouvez (éventuellement le voir ici :
https://www.youtube.com/watch?v=CPSI7cxGhG4



Balibar, interprète de Barbara et de son double dans le film "Barbara" de Mathieu Amalric, amoureux de Barbara et de Balibar et dont je vous offre aussi la bande-annonce:

"Dites-le moi du bout des lèvres,
moi je l'entends du bout du coeur...."


 


Et pour finir, la chanson du générique de fin du film de Mathieu Amalric, la magnifique chanson "Perlinpimpin" que je vous avais proposée le 25 mars 2012 en hommage aux premiers attentats terrroristes meurtriers en France - et dont le titre était, comme par hasard:  "Les arbres chantent le printemps et Barbara, les enfants"


Ici la version de Lou Casa:




Bon Dimanche et Bonnes Vacances

La Fleur du Dimanche


Rappel : La Fleur du Dimanche en vacances a comme invité(e)s les dimanches d'été:  
Dimanche 16 juillet 2017: Sylviane Lokay Joly.
Dimanche 23 juillet 2017: Dominique-Anne Offner
Dimanche 30 juillet 2017: Philippe Lutz
Dimanche  6 août 2017:    Jean Valéra
Dimanche 13 août 2017:    Dominique Haettel
Dimanche 20 août 2017:    Philippe Colignon
Dimanche 27 août 2017:    Anne-Sophie Tschiegg
Dimanche 3 septembre 2017: Yvonne Sprauel 

Participants (liste non arrêtée): Marie-Odile Biry-Fétique, Philippe Colignon, Monique C., Thomas Fehr, Annie Flaugnatti, Catherine Gangloff, Dominique Haettel, Sylviane Lokay Joly, Philippe Lepeut, Philippe Lutz, Mécheri Miloud, Dominique-Anne Offner, Raymond P., Michelle Rufenach, Yvonne Sprauel, Anne-Sophie Tschiegg, Jean Valéra,... 

Et vous ?
Vous serez ici un jour :
http://lafleurdudimanche.blogspot.fr/

Alors à vous la gloire ! 





dimanche 3 juillet 2016

100.000 fleurs pour l'été et des adieux, un fois, deux fois, trois fois....

100.000 fleurs, c'est ce que je vous offre pour ce premier dimanche de juillet, en référence aux 100.000* pages vues sur le blog de la Fleur du Dimanche.
Et cent mille mercis à vous lecteurs quotidiens (pas que dominicaux) de ce blog qui existe maintenant depuis 2010 jours....
Et pour passer l'été, je fais appel à vous - comme le printemps était pluvieux - pour me procurer les fleurs qui vous accompagnerons en vacances. Je n'en ai plus en "réserve" alors, chassez-les dans votre jardin, dans les prés et où vous pouvez, pour que je puisse les partager avec vous pendant la période estivale.
Merci de me les envoyer par mail avant le 14 juillet et de m'autoriser à les publier jusqu'à la rentrée.

Les fleurs sont rares, mais les hommages pleuvent, aujourd'hui, avec des fleurs en pot ou en vases, j'avais prévu de rendre 3 hommages, l'actualité a fait grimper le chiffre....

Mais tout d'abord, celui qui a eu l'honneur le 2 mars 2011 à une page - la 5ème de la Fleur du Dimanche et la première à ne pas avoir été publiée un dimanche - Yves Bonnefoy, qui, à l'occasion de sa venue à Strasbourg a vu son poème "Un arbre", illustré d'un "mural" d'Aleschinsky publié sur notre blog.



Pot de fleurs de galerie - Photo: lfdd


Yves Bonnefoy, dont tout le monde - ou presque a parlé cette semaine est mort, l'occasion de publier en TVA quelques-unes de ses réflexions et de ses poèmes. La première citation est en ligne droite de nos dernières publications (voir Fleur, feuille, fruit: Savons-nous toujours ce que nous désirons? et les réponses de dimanche dernier)

"A quoi bon tant désirer
Mais sans pouvoir ? Avoir voulu parler
Mais sans phrases pour dire ? Avoir regret
Mais seul, et sans qu’un autre ait pu comprendre?"

Et concernant la poésie, une réponse - ou une injonction:

"Le lecteur de la poésie n'analyse pas, il fait le serment de l'auteur, son proche, de demeurer dans l'intense."

Yves Bonnefoy n'a pas beaucoup parlé de fleurs - même si un de ses articles publié en 1972 dans Mouvements premiers, Études critiques chez José Corti était intitulé "La fleur double et la sente étroite".

Il disait aussi dans un entretien avec Amaury da Cunha dans Le Monde des livres le 12 novembre 2010, à propos des motes et des choses, et surtout de la poésie et du son - premier :

"Cette idée de la chose comme un interlocuteur, c’est rappeler l’expérience de l’enfant avant que peu à peu il ne se laisse convaincre, par l’exemple et l’enseignement des adultes, d’appréhender le monde comme une donnée passive, manipulable: comme du réifié et non du vivant. Je crois que la poésie n’est que la préservation de ce sentiment de présence de tout à tout qui faisait le bonheur et aussi l’angoisse des “journées enfantes” […]. Et comment préserver cette expérience première, cela peut être, c’est même à mon sens la principale façon, par la perception dans les vocables de leur son, leur son comme tel qui est au-delà, dans chacun, des signifiés par lesquels la pensée conceptualisée voile en eux la présence possible de ce qu’ils nomment."


Donc, place à sa poésie, un petit bouquet:

Les Planches courbes 

Je me souviens, c'était un matin, l'été,
La fenêtre était entrouverte, je m'approchais,
J'apercevais mon père au fond du jardin.
Il était immobile, il regardait
Où, quoi, je ne savais, au-dehors de tout,
Voûté comme il était déjà mais redressant
Son regard vers l'inaccompli ou l'impossible.
Il avait déposé la pioche, la bêche,
L'air était frais ce matin-là du monde,
Mais impénétrable est la fraîcheur même, et cruel
Le souvenir des matins de l'enfance.
Qui était-il, qui avait-il été dans la lumière,
Je ne le savais pas,je ne sais encore.


L'heure présente

Leurs doigts se touchent
Presque, mais dans le rien de cet écart
S’ouvre l’abîme entre être et apparence.


QUE CE MONDE DEMEURE  - VI

Bois, disait celle qui
S'était penchée,
Quand il pleurait, confiant,
Après sa chute.

Bois, et qu'ouvre ta main
Ma robe rouge,
Que consente ta bouche
À sa bonne fièvre.

De ton mal presque plus
Rien ne te brûle,
Bois de cette eau, qui est
L'esprit qui rêve.


L'heure présente

Le bonheur ne m’a guère souri sur cette terre.
Où vais-je ? Je cherche dans ces montagnes
Le silence, la paix du cœur. C’est ma patrie,
Je n’errerai plus jamais loin d’elle.
Les cimes de partout redeviennent bleues,
Vais-je te dire adieu ? Non, qu’à jamais,
A jamais bruisse l’eau, refleurisse l’herbe !



Pot de fleur de musée - Centre Pompidou -  Beaubourg -  de Rijke et de Rooij - Photo: lfdd

Pour information, le bouquet des artistes de Rijke et de Rooij est la reconstitution du bouquet de la commémoration de la fête nationale du 5 mai (souvenir du 5 mai 1945 , libération des Pays-Bas) célébré en Iraq au camp Smitty, le 5 mai 2004, autre symbole de libération.


Le deuxième hommage, c'est pour Michel Rocard qui a dit: 
"Le métier politique ne consiste pas à inventer les solutions. C'est l'affaire d'experts, de chercheurs, de spécialistes en sciences exactes et plus encore en sciences humaines. Le métier politique, explicitement et limitativement, consiste, devant un problème repéré, à faire l'inventaire des solutions proposées par la science ou la technique, puis à choisir celle qu'il pense pouvoir faire accepter à l'opinion et grâce à cela la traduire dans les décisions législatives ou réglementaires."

Michel Rocard a aussi été à l'origine d'une phrase reprise récemment et qui a fait polémique, en voici un extrait plus complet du discours où il a parlé du problème - aigu - de l'accueil des immigrants (plus complet - mais pas la totalité - du discours ici):

"Il y a, en effet, dans le monde trop de drames, de pauvreté, de famine pour que l'Europe et la France puissent accueillir tous ceux que la misère pousse vers elles. Aussi bien, et si pénible que cela soit pour les fonctionnaires quotidiennement confrontés à des situations humaines déchirantes, nous faut-il résister à cette poussée constante.

Pour autant, nous savons tous que nul gouvernement n'a le pouvoir, quand bien même il en aurait l'intention, de faire de notre pays une sorte de bunker parfaitement étanche (...).


Notre histoire ne nous y porte pas et, de toute façon, notre géographie nous en empêcherait.

A partir de ce constat, certains considèrent que la seule solution consiste à nous bâtir à l'étranger une réputation de rigueur suffisante pour dissuader l'immigration. Faisons en sorte, disent-ils, que tous les candidats à l'immigration clandestine sachent nos frontières infranchissables, et ils renonceront à venir. Je ne sous-estime pas cet aspect. (...)

Au-delà, je voudrais que le problème soit enfin perçu au niveau où il se pose.

Vue du fin fond de l'Afrique ou de l'Asie, la France est toujours la France, que son Premier ministre soit socialiste ou président du RPR. (...)

Ceux qui vivent, ou plutôt qui survivent, dans le plus extrême dénuement voient la France comme une terre de liberté et d'opulence. Et dans la situation où ils se trouvent, ils sont bien souvent prêts à affronter n'importe quel risque pour atteindre des pays qui, vus du leur, leur apparaissent comme une espèce d'Eldorado.

Ainsi, pour lutter efficacement contre l'immigration, il faut agir sur les causes et pas seulement sur les effets. Agir sur les causes, cela signifie contribuer à ce que les populations concernées puissent avoir un espoir chez elles plutôt que de venir le rechercher chez nous.

Cela exige donc avant tout de mener une politique de coopération ambitieuse et de mettre un peu d'ordre dans les affaires économiques de la planète.
La solution réelle du problème, elle est là et là seulement. 
(...)
Mais il nous faut aussi avoir la lucidité de savoir que cette solution ne pourra jamais être à la mesure du problème, qu'elle ne sera pas suffisante à le régler. Elle est un pis-aller nécessaire, tandis que le remède unique et véritable ne réside que dans le développement du Tiers Monde."


Le troisième hommage était pour un artiste: Jean-Pierre Bertrand, né en 1937, qui est mort hier.

Voici, en échos aux fleurs du jour, un vue d'une de ses expositions avec des citronniers en pot (et ses tableaux):


Exposition Jean-Pierre Bertrand 


Il se trouve que l'actualité, très généreuse a gonflé le nombre des hommages du jour en y rajoutant Elie Wiesel et Michael Cimino (réalisateur de "Voyage au bout de l'enfer").
Voici, pour finir pour les TVA, une phase du prix Nobel de la Paix, prononcée lors du Discours de remise du prix à Oslo, le 10 décembre 1986:
"La neutralité aide l'oppresseur, jamais la victime. Le silence encourage le persécuteur, jamais le persécuté."

Et une autre de ses pensées:

“Un être humain est libre, non quand l'autre ne l'est pas, mais quand l'autre l'est aussi.”

Pot de fleurs de galerie - Photo: lfdd

Et pour finir en chanson, pour clore la question du désir et de l'envie, une chanson de Jeanne Balibar: Le Tour Du Monde


 


Le Tour Du Monde :

Je voudrai faire le tour du monde
Par les Indes, le Pacifique
Le Bosphore et les Amériques
Retrouver quelques personnages
Morts à mon âge

Le tour du monde
Le tour du monde

Le tour de la question des morts
Sur terre, en mer et dans le ciel
Je veux mettre un terme aux rumeurs
Avoir un amant officiel
Mon officiel

Le tour du monde
Le tour du monde

Je veux être une enfant qu'on garde
Me faire enfermer en première
Un tour de l'enfer en frégate
Un chemin de croix en croisière
Croix en croisière

Le tour du monde
Le tour du monde

Regarder dans ma longue vue
Le relief de ma longue vie
Mettre en joue et tirer à vue
Sur ce dont je n'ai plus envie
N'ai plus envie

Le tour du monde
Le tour du monde
Le tour du monde
Le tour du monde.


Et pour finir de vous torturer avec sa voix , encore Jeanne Balibar avec Torture:





Bon Dimanche

La Fleur du Dimanche

* pour les 100.000 vues en 2.009 jours, sachez que cela fait en moyenne 50 pages vues par jour (sachant que les 2 premier mois - mars et avril 2011 n'ont vu que 120 visiteurs environ) et que la moyenne générale des pages est de 150 vues - la première du classement étant la page du 10 novembre 2013 "La Fleur du Dimanche paresse sous la pluie" vue plus de 1250 fois (sachez aussi que le nombre de pages vues est supérieur à ce chiffre - qui n'est qu'un minimum, l'outil Google rétrogradant de temps en temps le nombre de pages vues en "ôtant" des lecteurs....