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mardi 4 juin 2024

Un Requiem Allemand de Johannes Brahms par l'OPS à Strasbourg: Grandiose et bouleversant, un triomphe

 Johannes Brahms (1833 - 1897) aura mis pas mal de temps à composer en totalité ce Requiem Allemand, même s'il s'y est mis jeune. Déjà à vint-et-un ans, peu de temps après qu'il ait rencontré Robert Schumann, rencontre décisive dans sa carrière, ce dernier lui avait suggéré ce type de création. Et à la suite du décès de ce dernier en 1856, il se senti investi de la mission de faire ce requiem, Et c'est au décès de sa mère, en février 1865 qu'il s'y consacra plus et composa la totalité des sept mouvements qui seront présentés en totalité en 1868 à Brême - une première version, restée à trois mouvements furent présentés à Vienne en décembre 1967.

Ce Requiem n'est bien sûr pas un Requiem classique de la liturgie catholique, célébration de funérailles mais très inspiré de la Bible en allemande de Martin Luther et les textes choisis par Brahms, issus à la fois de l'ancien et du nouveau célèbrent la rédemption, l'allégresse et la consolation: "nous ne mourrons pas tous, mais tous nous serons changés". La composition n'est donc pas une messe mais ressemble plus à une musique funèbre sous forme d'oratorio, même s'il découpe ca pièce en sept parties pour choeur et solistes. Ce solistes n'interviennent d'ailleurs pas souvent, le baryton arrive au troisième mouvement et la soprano au cinquième. Et la pièce dure une bonne heure et quart.


Un Requiem Allemand - Johannes Brahms - OPS - Aziz Shokhakimov - Photo: Gregory Massat


Pour la version présentée avec l'Orchestre Philharmonique de Strasbourg sous la direction de son chef Aziz Shokhakimov, les solistes Pretty Yende et Ludovic Tézier sont superbes et leurs voix magnifient cet bel ouvrage. Les choeurs de l'Orchestre de Paris, choeur amateur sous la direction de Richard Wilberforce, et ce soir mené par Ingrid Roose, chef déléguée sont vraiment superbes et apportent toute leur finesse et leur puissance dans l'interprétations de ces magnifiques compositions.

Le premier mouvement, "Selig sind die die da Leid tragen" commence sans les violons et installe une ambiance construite par les vents et les choeurs avec les deux harpistes. Il nous promet la consolation, la joie et l'allégresse. Pour le deuxième mouvement "Denn alles Fleisch, es ist wie Gras" et qui nous apprend la patience et la rédemption, voit un magnifique entrelacement entres les airs chantés par le choeur et l'orchestre qui tricottent de belles mélodies entremêlées et où chacun laisse une belle place à l'autre.

Pour el troisième mouvement "Herr lehre doch mich" c'est la voix puissante du baryton Ludovic Tézier qui lance son appel à Dieu pour connaître son sort et chanter sa petitesse face à Dieu et son espérance tandis que le choeur reprend et rassure. C'est le même choeur qui pour le quatrième mouvement célèbre la demeure de Dieu sur un rythme plus enthousiaste et avec des répétitions en chantant la joie et l'espoir.


Un Requiem Allemand - Johannes Brahms - OPS - Pretty Yende - Photo: Gregory Massat 


Pour le cinquième mouvement, 'Ich hab nur Traurrichkeit" la soprano Pretty Yende nous enveloppe dans sa tristesse et sa recherche de réconfort avec sa voix douce et claire, magnifiquement posée et qui finit comme en suspension dans l'air.

Le mouvement suivant, "Denn wir haben hier keine bleidende Statt", qui nous parle d'espoir, du jugement dernier et d'espoir où le Baryton dialogue avec le choeur et où la tension monte au fur et à mesure finit avec énergie dans une fin emphatique et puissante avec force trompettes.

Le dernier mouvement "Selig sind die Toten", chanté par le choeur démarrant dans les graves célèbre les morts et leur repos voit un très beau balancement entre l'orchestre et le choeur dans une très émouvante et touchante interprétation où à la fois l'orchestre, superbement dirigé par Aziz Shokhakimov et les Choeurs de l'Orchestre de Paris donnent la pleine mesure de leurs talents et le public n'en est que plus subjugué, réservant au chef, aux solistes et également à ce magnifique choeur amateur des applaudissement nourris, généreux et répétés. Un beau succès que cette magnifique soirée.

Brahms - Requiem Allemand - OPS - Choeurs de l'Orchestre de Paris _ Photo: lfdd

Brahms - Requiem Allemand - OPS - Choeurs de l'Orchestre de Paris _ Photo: lfdd

Brahms - Requiem Allemand - OPS - Choeurs de l'Orchestre de Paris _ Photo: lfdd




La Fleur du Dimanche


    

vendredi 9 septembre 2022

Pour la rentrée de l'OPS, un Requiem de Verdi spectaculaire

 Le concert d'ouverture de la saison de l'Orchestre Philharmonique de Strasbourg est spectaculaire cette année. Pas moins de cent musiciens et cent choristes, et quatre solistes dans la salle Erasme du Palais de la Musique et des Congrès de Strasbourg pour un Requiem de Verdi sous la direction d'Aziz Shokhakimov, le directeur artistique et musical de l'orchestre.  Le hasard du calendrier fait de ce concert un implicite hommage à Elisabeth II, la reine d'Angleterre qui est morte la veille. La politique est partout... 


OPS - Verdi - Requiem - Photo: Nicolas Rosès


D'ailleurs, ce Requiem n'a-t-il pas été écrit - finalisé - pour rendre hommage au grand poète et écrivain italien Alessandro Manzoni, qui était également un acteur, comme Verdi, de la force politique qui allait faire émerger la nation italienne, le Risorgimento. Verdi l'a écrit et joué le 22 mai 1874, un an après sa mort à la Scala de Milan. Il avait déjà composé le célèbre Libera Me pour un autre Requiem qu'il voulait en hommage à Rossini en 1868 avec d'autres compositeurs. Ce Requiem, venant de la part de ce maître de l'Opéra italien (il en a écrit plus de 30, la plupart très célèbres) donne à l'écriture de cette pièce une tonalité très spéciale. Il était de plus athée, et nous nous retrouvons avec une composition très variée, très dramatisée, avec ces quatre solistes, deux femmes, deux hommes qui vont se partager des morceaux de bravoure ou des duos, trios et quatuors, ou encore des dialogues avec l'orchestre ou les choeurs. Le tout avec des changements de rythme ou de puissance et de mode orchestral qui dynamisent la narration. 


OPS - Verdi - Requiem - Photo: Nicolas Rosès


Ce Requiem n'est pas une pièce liturgique et dès le début nous nous retrouvons dans une ambiance surprenante avec, tout en retenue, les voix, comme venant d'outre-tombe "Requiem aeternam dona eis, Domine et lux perpetua lucea eis." - "Donne-leur le repos éternel, Seigneur, et que la lumière éternalle brille sur eux" soutenues par un filet de cordes avant un puissant "Te decet Hymnus Deus", "A toi Dieu, il convient de chanter un hymne" renforcé par les presque cent choristes des Choeurs de l'Opéra National du Rhin, associés au Choeur Philharmonique de Brno, avant d'alterner retenue et puissance. 


OPS - Verdi - Requiem - Photo: Nicolas Rosès

Suit le long Dies Irae, démarrant avec force et rapidité, avec les 8 trompettes, puissantes, qui se trouvent dans la salle. Les neuf versets de cette partie permettent d'apprécier la richesse de la composition et les talents de l'orchestre, autant les vents, les clarinettes, les hautbois, les bassons - et même un ophicléïde - que les timbales et les percussions, bien sollicitées, ou les cordes. Et surtout les interprétations des solistes, la basse d'Ain Anger pour le sombre Tuba mirum et le Confutatis ou les voix féminines, la soprano Serena Farnocchia (remplaçant au dernier moment Krassimira Stoyanova) avec une voix claire et forte et de la mezzo-soprano Jamie Barton, en particulier dans le Rex tremendo qui nous offre un beau moment vocal de partage avec les choeurs (les Salva me - sauve-moi) ou l'Ingemisco avec le ténor Benjamin Berneim dont on apprécie la voix forte et claire et la magnifique diction.


OPS - Verdi - Requiem - Photo: Nicolas Rosès


L'Offertorio se présente presque comme un poème symphonique porté par un orchestre tout en finesse et de très beaux passages vocaux doux et calmes. Le Sanctus arrive avec puissance et sonneries de trompettes puis se fait léger, presque dansant - d'ailleurs le chef Aziz Shokhakimov donne l'impression de danser en dirigeant - puis finit en apothéose. L'Agnus Dei, démarant par un duo des voix féminines reprises par le choeur se construit ensuite en alternance dans ce mouvement doux et grave. Le Lux eternae voit le trio vocal (mezzo, basse, ténor) dialoguer accompagné des cordes.


OPS - Verdi - Requiem - Photo: Nicolas Rosès


Et pour finir, le Libera me démare avec la récitation de la prière "Libera me, Domine, de morte eaternam " "Libérez-moi Seigneur de le mort éternelle" suivi de la puissance conjuguée des choeurs et de l'orchestre. La tension monte en alternant des moments plus retenus et des poussées de puissance, entre la soliste (ici la magnifique Serena Farnocchia), les choeur et l'orchestre et ce "Libera me" - "Délivre-moi" qui revient, avant le grand silence final en point d'orgue.

 Un silence impressionnant, suivi, comme il se doit par les applaudissements redoublés du public qui a vécu intensément ce moment qui a duré plus d'une heure et demie, un Requiem très singulier.


OPS - Aziz Shokhakimov - Requiem - Verdi - Saluts - Photo: lfdd


La Fleur du Dimanche