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samedi 27 juin 2026

Ballets Russes à l'Opéra National du Rhin: Un siècle après, Nijinski revient... Toujours aussi décoiffant

 Pour clore la saison, le Ballet de l'Opéra National du Rhin nous propose sous l’intitulé Ballets Russes trois pièces emblématiques du répertoire de la danse contemporaine qui chacune a marqué une révolution au début du XXème siècle. Ce sont Le Sacre du Printemps, L'après-midi d'un Faune et le Boléro de Ravel. Ces trois pièces qui avaient été créées à l'origine par Valslav Nijinski - et par sa sœur Bronislava Nijinska pour le Boléro - entre 1912 et 1928. 


Ballets Russes - Hunt - Tero Saarinen - Photo: Agathe Poupeney


La soirée débute par la pièce Hunt que le chorégraphe Tero Saarinen a créée en 2002 sur la musique de la Danse Sacrale du Sacre du Printemps de Stravinski, une pièce commandée par la Biennale de Venise. Elle est dansée par Suzie Buisson (en alternance avec Lara Wolter). Pour commencer, la danseuse est en fond de scène, de dos sous une douche de lumière. En contre-jour, elle danse au rythme de la musique dans un espace qui s'ouvre au fur et à mesure avec les projecteurs qui encerclent la scène. La musique de Stravinsky démarre doucement dans une ambiance bucolique puis dans une danse plus nerveuse suivie de grands éclats de trompettes et des staccatos de violons. La danseuse avance au fur et à mesure sur la scène où elle est maintenant éclairée par l'arc de cercle des projecteurs. Vêtue d'une simple robe en tissu, elle va être transformée par un écran qui descend des cintres sur lequel est projetée une danse circulaire vue en plongée. 


Ballets Russes - Hunt - Tero Saarinen - Photo: Agathe Poupeney


Cet écran devient une partie de sa robe à volants, ces volants qui vont virevolter autour d'elle. Tout en continuant de danser cette robe devient la surface de projection d'une vidéo en puzzle à la Nam June Paik, avec de superbes images crées par Marita Liulia qui se marient avec bonheur aux lumières de Mikki Kuntu. Elles animent et font vibrer le plateau par séries de flashes vibrants. L’interprète incarne magnifiquement les différentes danses et occupe maintenant l’espace du plateau et la vidéo fait d’elle un corps "augmenté", avec son visage qui en contient une multitude d’autres et toute la surface de sa robe, et même plus, qui ouvre à d’autres images et une multitude d'espace. Et la pièce se conclut pour son sacrifice par un magnifique "saut de l’ange". 


Ballets Russes - L'après-midi d'un faune - Photo: Agathe Poupeney


Pour L’Après-midi d’un faune (2012), de Claude Debussy, la chorégraphe Dominique Brun s’est appuyée sur des documents d’époque: photos, films et notes et documents de Nijinski, sur sa chorégraphie, en particulier avec la notation Laban, pour restituer au plus près cette création historique qui a révolutionné la danse au début du siècle dernier, rompant avec la tradition classique. La musique est interprétée au piano à quatre mains par Sandrine le Grand et Jérôme Granjon. Julia Weiss et Erwan Jeammot ou Jesse Lyon ou Afonso Nunes, interprètent le faune et la nymphe, dans de magnifiques costumes de Sylvie Skinazi. 


Ballets Russes - L'après-midi d'un faune - Photo: Agathe Poupeney


La danse, première chorégraphie de Nijinski, est très symbolique. Les mouvements et les pauses font penser à des figures de vase grecs ou de bas-relief égyptiens. Ils sont presque expressionnistes et ne manquent pas d'humour, comme dans un comique décalé. La danse et le décor sont réduits au minimum. Le rocher, une estrade avec un escalier, et de nymphes, il n'y en a qu'une qui jette ses voiles et les abandonne au désir du faune. On se croirait revenu à l'époque de Diaghilev et de Nijinsky. En tout cas, que ce soit le mouvement ou les pauses, les ralentis, l'immobilité, surprenante pour l'époque, des danseurs, nous sommes subjugués par leur qualité d'interprétation. 


Ballets Russes - Le Bolero - François Chaignaud - Photo: Agathe Poupeney


Le summum est atteint par la version au piano à quatre mains du Boléro de Ravel chorégraphiée par Dominique Brun et François Chaignaud. Cette version va à l'essentiel et François Chaignaud, dans sa robe magnifique en tulle coloré - comme un truc en plumes multicolores, créée par Romain Brau - nous montre ici le sommet de son art de la danse et sa qualité d'interpétation. 


Ballets Russes - Le Bolero - François Chaignaud - Photo: Agathe Poupeney


Ses variations, changements de rythme et de style, ses pas de flamenco, son énergie habitée, son art d’occuper l’espace par sa simple présence. Ici nul besoin de meubler avec la présence de tous les danseurs qui pourraient entourer le soliste, sa présence sur ce praticable de fortune ouvre l’imaginaire et l’on se met à repenser à La Argentina vue par Kazuo Ono. 


Ballets Russes - Le Bolero - François Chaignaud - Photo: Agathe Poupeney


Et la magnifique interprétation des deux pianiste contribue pleinement à faire de cette pièce un succès. et de la soirée un événement unique. Mémorable


La Fleur du Dimanche 


Ballets Russes 

L’Après-midi d’un faune
Duo.
Conception, recréation chorégraphique
Dominique Brun
Chorégraphie, notation
Vaslav Nijinski
Traduction en système Laban
Ann Hutchinson Guest, Claudia Jeschke
Musique
Claude Debussy
Poème
Stéphane Mallarmé
Costumes
Sylvie Skinazi
Décors
Léon Bakst
Ballet de l'Opéra national du Rhin
Piano
Jérôme Granjon, Sandrine Le Grand

Un Boléro
Solo.
Chorégraphie
Dominique Brun, François Chaignaud
Interprétation
François Chaignaud
Musique
Maurice Ravel
Piano
Jérôme Granjon, Sandrine Le Grand
Costumes
Romain Brau
Scénographie
Odile Blanchard
Association Les porteurs d'ombre

HUNT
Solo
Chorégraphie
Tero Saarinen
Musique
Igor Stravinski
Costumes
Erika Turunen
Décor, lumières
Mikki Kunttu
Multimedia
Marita Liulia
Photographie en projections
Mikki Kunttu
Directeur des répétitions
Henrikki Heikkilä
Ballet de l'Opéra national du Rhin


dimanche 23 janvier 2022

L'enfant et les sortilèges de Maurice Ravel: L'envers du décor se révolte

Maurice Ravel a composé "L'enfant et les sortilèges" en collaboration avec Colette. Le livret s'appelait au départ "Ballet pour ma fille" et était inspiré par la fille de Colette. C'était une commande du directeur de L'Opéra de Paris Jacques Rouché en 1914. Ravel, engagé sur le front ne commence la composition qu'en 1919 et la pièce finale, une fantaisie lyrique ne sera présentée qu'en 1925 à l'Opéra de Monte-Carlo dans une chorégraphie de Georges Balanchine. L'histoire raconte la punition d'un enfant (la mutine Brenda Poupard) qui ne voulait pas faire ses devoirs et sera puni par sa mère et privé de goûter. Mais il va se venger sur les objets: "renverse la théière, étouffe les braises dans la cheminée, déchire ses cahiers, lacère les tentures, détraque une horloge et martyrise un écureuil." Jusqu'à ce qu'un fauteuil dans lequel il se repose se mette à danser et que tout ce beau monde inanimé reprenne vie sous les yeux de l'enfant. L'enfant s'éveille de son conte et replonge dans un jardin extraordinaire où les animaux, - chats, rainettes, libellules, chauves-souris et écureuils - à leur tour lui jouent des tours et lui font la leçon. Pour finir l'enfant s'endort en appelant sa "maman".

L'enfant et les sortilèges - Maurice Ravel - Colette - Emilie Capliez - OpéraStudio de l'ONR - Comédie de Colmar


La version mise en scène par Emilie Capliez est une version pour piano à quatre mains , flûte et violoncelle retranscrite par Didier Puntos qui est au piano pour la représentation. Cette version allégée permet d'avoir cet "opéra nomade" qui va tourner dans de nombreuses salles en Alsace: Colmar (décembre 21), Strasbourg (janvier 22), Mulhouse (mai 22), Mutzig - 27/01/22, Sainte Marie aux Mines - 29/04/22) et également à Bar-Le-Duc -5/5/22 - dans le Grand Est. Il est évident qu'avec l’oeuvre écrite pour un orchestre normal auquel on a ajouté une flûte à coulisse, des crotales, un fouet, une crécelle, une râpe à fromage, des wood-blocks, un éoliphone (imitation du vent), et un luthéal qui interprètent aussi les "personnages-objets" et qu'on est obligé de transposer et d'imaginer n'a pas la même ampleur que ce mini orchestre de chambre. Car l'orchestre doit aussi faire vivre les meubles et parler les animaux, avec des pastiches de divers styles de musique: un menuet à l'harmonie dissonante pour le fauteuil et la bergère, un rythme de polka pour l'arithmétique, du jazz, une valse, ou une danse espagnole et sarabande néo-classique, tout cela appellerait plus de puissance, même si c'est une oeuvre "intime". Heureusement la distribution avec les artistes de l'Opéra Studio de l'ONR est totalement assurée avec de magnifiques voix et de belles personnalités. Et l'on gagne en proximité avec la scène et les personnages.

L'enfant et les sortilèges - Maurice Ravel - Colette - Emilie Capliez - OpéraStudio de l'ONR - Comédie de Colmar

Côté mise en scène, le parti-pris d'Emilie Capliez de transposer l'histoire de la maison maternelle dans les coulisses d'une représentation théâtrale peut surprendre, mais elle rend aussi plus plausible - et plus facile - la narration du conte et la représentation chantée des objets; au moins dans la première partie. Bien que dans la deuxième partie, vraiment onirique la féérie revient et l'on peut se demander à posteriori à partir de quel moment l'enfant dort. Mais c'est sans importance puisque nous avons, nous spectateurs été emmené dans un voyage féérique où les moutons dansent, les oiseaux chantent comme l'écureuil qui se blesse et le chats font un duo à la Rossini. D'ailleurs la partition de Ravel est pleine de clins  d'oeils à toute une série d'airs et de mélodies et cette variété donne un bel entrain à la pièce. Et au final, nous nous laissons emporter par ce conte et ce rêve d'enfant à la Lewis Carroll.


La Fleur du Dimanche


L'enfant et les sortilèges

Distribution

Transcription, préparation musicale et piano Didier Puntos 

Mise en scène Emilie Capliez 

Chefs de chant et piano Levi Gerke, Rosa Ji-Hyun Kim (en alternance)
Décors Alban Ho Van 
Costumes Alban Ho Van, Marjolaine Mansot 
Lumières Bruno Marsol 
Musiciens de la HEAR : Flûtes Migle Astrauskaite, Noa Berkovitch (en alternance)
Musicien de la HEAR : Violoncelle Octave Diaz (remplacé par Lyazzat Abdullina les 21 et 25 janvier 2022)

Les Artistes
L’Enfant: Brenda Poupard 
La Princesse, la Chauve-souris: Lauranne Oliva 
Le Feu, la Pastourelle, le Rossignol, la Chouette: Floriane Derthe 
La Mère, la Tasse chinoise, la Libellule: Liying Yang 
La Bergère, la Chatte, l’Écureuil, Le Pâtre: Elsa Roux Chamoux 
La Théière, le Petit Vieillard (Arithmétique), la Rainette, le Pâtre: Damian Arnold 
L’Horloge comtoise, le Chat: Damien Gastl 
Le Fauteuil, l’Arbre: Oleg Volkov