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mardi 8 janvier 2019

20 mSv - Tu n'as rien vu à Fukushima, ni à La Hague...

Vous souvenez-vous de Fukushima? Le 11 mars 2011... Sûrement
Et Tchernobyl? 26 avril 1986, peut-être moins... 
Et Hiroshima? C'est une très vieille histoire.... 
La catastrophe de Fukushima, vous l'avez sûrement vue, à la télévision, les chaines d'information, sur le moment, le feuilleton quotidien, et puis après.....   
Après la catastrophe, Bruno Meyssat, lui y est allé, il a vu, il y est allé avec les comédiens qui, avec lui ont créé 20 mSv. Ils ont vu les lieux, ils ont interrogé les personnes, ils ont lu des livres, ils ont fouillé les documents..... 
Et ils nous présentent 20 mSv, cette pièce au titre mystérieux, codé, au TNS du 8 au 18 janvier 2019.
Et ce titre est en fait le niveau de la dose de rayonnement - en Millisievert - qui est maintenant la norme à Fukushima pour accepter - et même obliger - le retour de la population dans une zone habitable - et cela devient la norme en Europe (pour Tchernobyl, on en était à 4 mSv).


20 mSv - Bruno Meyssat - TNS Strasbourg

Malgré son titre à l'allure scientifique, 20 mSv n'est pas un exercice de calcul, cela commence plutôt comme un poème:
"Tout jour gagné sera un jour gagné, 
mais aucun jour gagné 
ne garantira 
que le lendemain sera lui aussi 
un jour gagné.
Nous n'en aurons jamais fini.
Ce qui nous attend, 
c'est donc une incertitude
infinie.
Notre tâche infinie
consistera à faire au moins
que cette incertitude
ne prenne jamais fin."

Mais cette "poésie", de Günther Anders, est grave, comme sera grave et posée la parole qui débute la pièce. Des témoignages, non un procès, mais des constatations, des faits, que nous entendons dites d'une voix calme et grave par les comédiens ou en off, ou projetées, fugaces sur le fond de scène et qui décrivent des situations ou des énoncés, quelquefois énormes, et qui vont nous guider dans ce monde secret où l'on peut nous répondre quelquefois que par "la réponse est dans la question".
Parce que nous n'en savons rien et personne, sûrement n'en sait rien... Parce que nous ne l'avons pas vécu.
Alors Bruno Meyssat va nous permettre de le vivre, de rentrer dans cette expérience - qu'il avait, dans un décor étrangement similaire déjà présenté dans sa pièce "Observer" à propos du bombardement d'Hiroshima et de Nagasaki. Un cube espace de simili laboratoire, le sol recouvert de plastique et également entouré de rideaux de plastique qui vont dévoiler des parois de plomb. 


20 mSv - Bruno Meyssat - TNS Strasbourg

Dans ce cube - boite de Pandore - nous allons passer de Fukushima à Tchernobyl, à La Hague et à l'EPR de Flamanville, à des catastrophe, mais également à la situation quotidienne vécue par les employés des sous-traitants de l'industrie nucléaire en France, à la part "officielle" et à la part "souterraine", et surtout, à la part "imaginaire" qui va prendre corps devant nous avec les comédiens et les objets, vêtements et accessoires (un grand aquarium, un tricycle d'enfant, des vêtements de plomb, une "piscine",...) qui vont nous faire construire des images et des imaginaires, faire ressurgir ou appeler des liens, des relations, des représentations qui ne remplaceront jamais la réalité, et qui surtout ne vont ni nous prouver quoi que ce soit, soit nous convaincre d'une quelconque position. 


20 mSv - Bruno Meyssat - TNS Strasbourg

Juste nous emmener vers l'imaginaire, vers ce qu'il est impossible de voir, interdit de regarder, comme la femme de Loth.  


La Fleur Du Dimanche


au TNS jusqu'au 18 janvier 2019 

20 mSv

COPRODUCTION
Un projet de Bruno Meyssat
Collaboration artistique Patrick Portella
Assistanat à la mise en scène Mathilde Aubineau
Avec Philippe Cousin, Élisabeth Doll, Yassine Harrada, Julie Moreau, Mayalen Otondo, Jean-Christophe Vermot-Gauchy
Scénographie Pierre-Yves Boutrand, Bruno Meyssat
Son David Moccelin assisté de Patrick Portella
Costumes Robin Chemin
Lumière Romain de Lagarde

Production Théâtres du Shaman
Coproduction MC2: Grenoble – Scène nationale, Théâtre National de Strasbourg, MC93 — Maison de la Culture de Seine Saint-Denis, Théâtre National de Bretagne / Rennes, Théâtres du Shaman (Compagnie à Rayonnement national et international) reçoit le soutien du ministère de la Culture et de la Communication – DRAC Auvergne − Rhône-Alpes, de la Région Auvergne − Rhône-Alpes et de la Ville de Lyon
Avec le soutien de l’Institut Français et de la Ville de Lyon
Avec le soutien de la SPEDIDAM, société de perception et de distribution qui gère les droits des artistes interprètes en matière d’enregistrement, de diffusion et de réutilisation des prestations enregistrées
Avec le soutien de l'ADAMI


Création le 6 novembre 2018 à la MC2: Grenoble–Scène nationale

jeudi 12 janvier 2012

Danse ou théâtre : "Gina" la Diva ou "Observer" l'invisible

En terme de sortie à Strasbourg et environs, je vous propose une alternative franco-allemande ... Ou plutôt la Franco-Suisse.


A Strasbourg, au TNS vous avez jusqu'au 22 janvier pour aller voir la pièce de Bruno Meyssat "Observer" qui vous offre un vrai voyage dans la mémoire d'Hiroshima comme vous ne l'avez jamais vu.
Vous en aviez un peu (ou beaucoup) oublié l'histoire, la troupe de Théâtres du Shaman, partie en exploration sur le site va vous faire revivre cette catastrophe arrivée par la volonté de l'homme.     
Laissez-vous emmener dans ce voyage vers l'indicible et documentez-vous pour ne pas - plus- oublier. Pour vous y aider, voici quelques textes - morceaux choisis...


Tout d'abord, un témoignage d'un habitant d'Hiroshima, Keiji Nakazawa: "Des gamins de mon âge avaient fait l’école buissonnière le 6 août. Trouvant la canicule trop insupportable, pour s'enfermer dans une classe, ils étaient allés se promener au bord de la rivière qui se déverse dans le fleuve Ota. Ils se baignaient, chahutaient lorsque survint leur maître. En le voyant, ils plongèrent et restèrent au fond le plus longtemps possible. Quand ils remontèrent à la surface, le paysage était transformé, le maître était calciné,tout noir au bord du chemin." Ce texte, extrait de "J'avais 6 ans à Hiroshima" rend compte de ce que peu ont vu, certains en ont eu les yeux brûlés, et l'équipe de Bruno Meyssat est retourné à Hiroshima pour en retrouver les traces. 
Bruno Meyssat raconte:
"J'ai parcouru la ville en tramway et à pied. j'ai expérimenté combien on est étonné d'être là, d'arpenter une ville si normale construite au-dessus d'une ville absente. Le sol, en dessous est celui de 1945, les pierres sur lesquelles sont posés les rails du tramway actuel sont les mêmes. Le temps a résorbé un invisible qui atteint là des proportions gigantesques, mais il y a eu contact. On ressent physiquement la disparition. D'autant plus que le Musée nous emporte dans un temps aboli. Des objets et des matières inertes ont vu ce que nous ne pouvons concevoir ou nous représenter."
Pour en faire l'expérience, le spectacle "Observer" vous permettra de vous approcher de cette sensation et l'expositions d'objets rapportés d'Hiroshima vous montrera les objets qui ont "vu" ce "saut dans le vide de l'humanité". vous avez jusque'au 22 janvier, au TNS.


Gina - Eugénie Rebetez
En face, à Offenbourg, une coproduction du Maillon et du Külturbüro d'Offenbourg à la Reithalle à Offenbourg - oui, le spectacle a lieu à 40 minutes de Strasbourg, voyage en bus gratuit à réserver au Maillon - jusqu'au vendredi 13 janvier - Gina d'Eugénie Rebetez.


Le spectacle oscille entre le cabaret, tour de chant, spectacle comique et même danse classique. C'est un one woman show de presque un heure où Eugénie Rebetez que l'on a vus dans des spectacles de Zimmermann et de Perrot nous présente, sans presque une parole, sa réflexion de femme face à son corps un peu imposant. Elle interpelle le spectateur avec ces mots qui sont sur son programme: " Regardez-moi sinon je n'existe pas. Je danse pour me sentir vivante... Je ne sais pas si j'ai le corps que je devrais avoir mais j'ai appris à travailler avec ce coprs...".
En tout cas elle nous interroge face à la ce qu'on a l'habitude de voir  - normalité - sur scène et c'est drôle et émouvant à la fois.


Bons spectacles


Le Fleur du Dimanche