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vendredi 6 juin 2025

Au TNS Une Ville ... en état d'urgence

La saison 2024-2025 du TNS se clôt avec le spectacle de sortie du Groupe 48 des élèves qui ont travaillé avec Noëmie Ksicova, Une Ville. La pièce est basée sur le roman La Mélancolie de la résistance de l'écrivain hongrois László Krasznahorkai paru en 1989 et qui décrit l'ambiance de malaise qui plane sur un petite ville du sud-est de la Hongrie où la venue d'un cirque et la présentation d'une baleine sèment le trouble et plonge la ville dans la violence. La comédienne, écrivaine et metteuse en scène Noëmie Ksicova a travaillé à partir de ce texte en étroite relation avec les comédiennes et comédiens mais aussi toutes les sections techniques de l'école - lumière, son, vidéo, scénographie, costumes et maquillages, cadre vidéo et régie générale. Son intervention a été un challenge, devant répondre (d'urgence) au pied levé à l'abandon du précédent projet qui était inscrit dans le programme. 


Une Ville - Noëmie Ksicova - Groupe 48 TNS - Photo: Jean-Louis Fernandez


Ainsi tout prend forme et avance en même temps, le choix des séquences, des textes, l'adaptation, le jeu, la mise en scène et le dispositif scénique, dans une  certaine urgence qui est en phase avec le fond de ce roman qui est imprégné de l'atmosphère de fin de l'ère communiste juste avant la chute du mur. 
Cette ambiance se retrouve dans le choix de la scénographie où de nombreuses séquences se déroulent dans des lieux clos, plus ou moins cachés à notre vue mais dont les images sont projetées sur deux écrans à droite et à gauche de la scène. Et souvent le cadre de ces images reste fixe, donnant aux acteurs une pose figée, un peu distante et un jeu détaché. Les épisodes installent la violence ordinaire qui sourd des situations, que ce soit dans le wagon brinquebalant où, même entourée, Madame Pflaum (convaincante Maria Sandoval) n'est pas à l'abri de la violence et peut ainsi cultiver son pessimisme qu'elle soigne dans son petit appartement. 


Une Ville - Noëmie Ksicova - Groupe 48 TNS - Photo: Jean-Louis Fernandez


Appartement qui de retraite défensive devient lieu de négociation pour Mme Etzer (agile Blanche Plagnol) qui porte l'idéologie "ordre et propreté" et contribue au chaos, la manigance avec son ex-époux ne marchant pas. Ce dernier essaie de retrouver de l'ordre (naturel) via la musique en opposition entre autre à la théorie de Werckmeister*. Mais le chaos, l'apocalypse guette. Il est d'ailleurs beaucoup question de regards et de manières de voir dans cette pièce. A l'image de ces personnages, silhouettes sombres qui attendent dans le noir de voir cette fameuse baleine, ou de ces militaires qui sont en faction et surveillent le théâtre des opérations. 


Une Ville - Noëmie Ksicova - Groupe 48 TNS - Photo: Jean-Louis Fernandez


A se poser la question de ce que l'on voit - même nous spectateurs à qui on occulte ce qui se passe, ne laissant visibles que les images choisies et cadrées - ou ne voit pas (ce qui se passe aussi dans le noir, cette violence-là). Et la scène entre le Capitaine (Martial Ömer Alparslan Koçak) et Janos (bien campé par Aurélie Debuire) qui pose bien la différentes perceptions - et finalités - de la vision, en particulier entre "surveiller" (pour le policier et "observer" pour l'âme curieuse et un peu naïve de Janos, celui qui voit la "beauté". 


Une Ville - Noëmie Ksicova - Groupe 48 TNS - Photo: Jean-Louis Fernandez


Ce dernier incarne à la fois l'âme pure et poétique, portant l'optimisme, voir entre autres sa démonstration de l'éclipse - sorte de fin du monde, mais avec l'espoir d'un retour à la lumière et la vie - ou sa relation avec les "enfants" dont on imagine qu'il les envoie sur le bon chemin. Cela semble être le point de vue de cette pièce où, alors que l'on passe "imperceptiblement" à la guerre - qui, un moment, éclate et c'est violence et carnage - mais il est temps de faire le ménage et une nouvelle page semble s'écrire, un espoir semble luire. Et qui annonce l'immortalité.
Un sujet en pleine résonnance avec l'actualité.


La Fleur du Dimanche

* Les harmonies Werckmeister est le deuxième chapitre - le plus important (2/3) du livre La Mélancolie de la résistance - et c'est aussi le titre d'un film de Béla Tarr (2000) qui adapte ce chapitre - Je vous mets le lien vers le début du film, un plan-séquence de 10 minutes avec la présentation de l'éclipse par Janos :






An TnS du 4 au 7 et du 10 au 11 juin 2025

[Adaptation de La Mélancolie de la résistance de Laszlo Krasznahorkai] Noëmie Ksicova avec les acteur·rices et créateur·rices du Groupe 48
[Mise en scène] Noëmie Ksicova
[Collaboration artistique] Sarah Cohen, Elsa Revcolevschi
[Dramaturgie] Louison Ryser, Tristan Schinz

Avec
Miléna Arvois - La Postière / La Femme du train  
Aurélie Debuire - Janos 
Mamadou Judy Diallo - Monsieur Etzer 
Ömer Alparslan Koçak - Le Capitaine 
Thomas Lelo - Le Militaire / Le Prince / Notable  
Steve Mégé - Enfant 
Gwendal Normand - Directeur du cirque / L'Homme au long manteau / Notable 
Blanche Plagnol - Tünde Etzer 
Nemo Schiffman - L'Homme du train / Le Factotum / Szabo 
Bilal Slimani - Karsci /  Notable 
Maria Sandoval - Madame Pflaum 
Ambre Sola Shimizu - Enfant 
Apolline Taillieu - Madame Harrer 

[Lumière] Corentin Nagler 
[Son] Paul Bertrand, Macha Menu 
[Vidéo] Mathis Berezoutzky-Brimeur 
[Scénographie] Mathilde Foch, Salomé Vandendriessche
[Costumes et maquillage] Nina Bonnin, Noa Gimenez 
[Cadre Vidéo et Plateau] Marie-Lou Poulain 
[Régie générale] Clément Balcon

Remerciements à Nicolas Doremus, Marie-Christine Soma, Frédéric Minière, Simon Drouard, Elwir Poli, Benjamin Moreau, Laurence Magnée, Hélène Wisse, Linda Souakria pour leurs regards précieux.

Le décor et les costumes sont réalisés par les ateliers du TnS

Production Théâtre national de Strasbourg
Création le 4 juin 2025 à l’Espace Grüber, TnS

vendredi 11 avril 2025

Quelque chose rouge au TNS : rouge, vert, mère et passe

Je vous avais dit hier que les élèves comédiens (et autres métiers) de l'école du TNS ne chômaient pas et je vous offre donc la quatrième chronique sur les travaux pratiques que l'on peut encore voir - il y a aussi autres trois pièces du groupe 48 qui sont actuellement en accès gratuit pour apprécier la qualité du travail de ces groupes, dont Tobogan du groupe 49 jusqu'à lundi 14 avril.


Quelque Chose rouge - TNS Groupe 49 - Photo: Jean-Louis Fernandez


Avec Quelque chose rouge mis en scène par Eléonore Barrault, on imagine un travail de recherche sur le sujet - l'accouchement - bien fourni, autant sur le terrain (entre autres à la clinique Sainte Anne à la Robertsau qu'auprès de sages-femmes) que sur des sources littéraires et dans l'histoire de l'art. Le texte de la pièce ressemble à un cadavre exquis - ce qui est un comble pour des histoires de naissances - mais la mise en scène et la qualité de jeu, ainsi que la variété des interprétations des jeunes comédiennes - et du comédien homme - est prenante. Car, après une introduction rondement menée par Zélie Hollande qui nous raconte la naissance de sa vocation de sage-femme et sa découverte du métier - et de l'événement - devant un rideau, non de théâtre, mais mais semi-transparent qui délimite les espaces cliniques, nous nous retrouvons dans une ambiance de salle de repos d'hôpital qui deviendra plus tard salle d'opérations - des opérations. 


Paula Modersohn-Becker - Selbstbildnis am 6. Hochzeitstag - 1906


Au fur et à mesure du déroulement de la pièce, rebondiront de l'une à l'autre les récits intimes ou plus cliniques, techniques ou paroles et expressions du ressenti et du vécu de femmes ou témoignages de mères ou de professionnelles. Ils nous projettent dans un univers que nous allons par la magie de l'imagination transformer en faits tangibles - les deux sens bien concrets en anglais du mot français "histoire". Et découvrir toute la diversité des réalités. Les quatre comédiennes (Louise Coq, Emma da Cunha, Zélie Hollande déjà citée et Mina Totkova) et Thé-vinh Tran - seul homme de l'équipe (qui permet dans son rôle, de témoigner du machisme inversé avec son rôle "d'esclave") - apportent chacune et chacun une personnalité forte à ces récits en mosaïque et montrent aussi qu'un accouchement - surtout s'il se situe aujourd'hui dans un hôpital - est une affaire d'équipe. La  scénographie de Inga Adeline-Eshuis, changeante, avec ces rideaux qui bougent et cachent ou dévoilent les espaces, les creusant en profondeur au fur et à mesure de la pièce, laissant aussi des endroits secrets, permettent aussi des bascules d'un univers clinique à un débordement artistique où le rouge devient création, naissance d'une oeuvre d'art (clin d'oeil à Louise Bourgeois), et d'arriver à imaginer le destin à la fois artistique et tragique de Paula Modersohn-Becker. Notons que le nom de cette artiste signifie littéralement "Mère-enfant", nom qu'elle a "hérité" suite (grâce?) au décès de la première épouse de son mari, et rappelons que son "autoportrait enceinte" qui une projection dans le futur: elle ne sera enceinte qu'un an après et mourra des complications post-accouchement. 


Piero della Francesca — Madonna del Parto - vers 1455-1465

Tout cela interroge la part de réel et d'invention de toute création, question que l'on peut transposer à cette pièce. Et plus largement à tout ce qui touche à la littérature, donc les textes dont le choix judicieux éclaire les multiples facettes du sujet. Saluons aussi le discret au début, mais de plus en plus insistant parallèle entre l'accouchement et un banquet (dixit Rabelais) et dont l'infiltration et le noyautage dans le jeu nous plongent dans une situation qui, symboliquement, rend très sensiblement et insidieusement l'atmosphère de ce que pourrait être une salle d'accouchement. Et ainsi nous fait aussi participer en quelque sorte à ce "travail", et nous y implique. Félicitations cette petite équipe de nous avoir plongé avec succès dans un univers que nous ignorions et de nous avoir engagé dans ces multiples expériences. Un grand bravo pour la naissance de cette pièce qui grandit avec nous.


Dürer - Visitation de la Vierge - 1503 - Musée des Beaux-Arts Strasbourg


La Fleur du Dimanche


Quelque chose rouge


[Mise en scène] Eléonore Barrault
[Dramaturgie] Baudouin Woehl
[Scénographie] Inga Adeline-Eshuis
[Costumes] Naïs Thériot
[Création et régie lumière] Syrielle Bordy
[Création et régie sonore et vidéo] Félicie Cantraine
[Régie générale et plateau] Lucas Loyez

Avec 
Louise Coq, Emma Da Cunha, Zélie Hollande, Mina Totkova, Thê-vinh Tran.

jeudi 10 avril 2025

Service de la perdition et du beau temps avec l'école du TNS: à dada au ciel, mon cerveau

 Alors que l'on parle de la fragilité du secteur culturel, avec les risques de baisse des aides pour ce secteur, en particuliers le spectacle vivant, il y en a qui ne chôment pas. Ce sont les élèves de l'école du TNS. Non seulement ils et elles se forment dans un environnement professionnel à la fois au jeu, à la technique et à la régie, à la mise en scène et autres métiers du théâtre, mais ils (se) produisent aussi dans un grand spectacle de fin de formation. Ils travaillent avec des professionnels sur des pièces mais, avec le programme "Carte Blanche", ils ont également l'opportunité de créer des spectacles avec lesquels ils se confrontent au public - qui est d'ailleurs invité gratuitement à cs représentations. Récemment je vous ai parlé des deux spectacles La chasse des anges et La forteresse


Service de la perdition et du beau temps - Aurélie Debuire - Photo: Jean-Louis Fernandez


En avril, une nouvelle série de pièces (voyez qu'ils et elles ne chôment pas) est présentée par le Groupe 48, dont Service de la perdition et du beau temps, écrit et mis en scène par Aurélie Debuire. Cette jeune fille qui avait fait la classe préparatoire aux écoles supérieures d'art dramatique à la Comédie de Béthune et bénéficié du fonds de dotation Porosus termine sa formation "jeu" cette année. Nous l'avons vue dans La chasse des anges et pour cette pièce Service de la perdition et du beau temps, présentée à l'église Saint Guillaume, elle a dont à la fois écrit le texte et assuré la mise en scène. Le lieu est tout à fait adapté au sujet de la pièce puisqu'elle traite à la fois de la mort et du ciel, de l'au-delà, mais dans un style très original. Le texte, qui pourrait être tragique, grâce à tout un jeu sur les mots, à un style de jeu original et décalé, jongle entre une approche sensible et philosophique et des aspects comiques et distanciés. Nous assistons à une cérémonie rituelle de passage, avec le personnage du Secrétaire, un genre de gardien des portes de l'au-delà, si ce n'est pas Grand D lui-même que campe admirablement Nemo Schiffman (vu dans La Forteresse) avec un sérieux hiératique et un détachement keatonien, doublé d'une puissance magistrale presque tyrannique, surtout dans ses envolées que magnifient les effets sonores en écho Mathis Berezoutky-Brimeur. C'est Appoline Taillieu (dont nous avions déjà apprécié la profondeur de jeu dans la Forteresse), ici dans un personnage double qui sera Marthe morte dans ses épreuves de passage et Alice dans le premier monde, clin d'oeil à la fantaisie de Lewis Caroll. 


Service de la perdition et du beau temps - Aurélie Debuire - Photo: Jean-Louis Fernandez


Le rideau de lumière de Mathis Berezoutky-Brimeur qui ouvre la pièce - et barre la scène d'un tenant - est d'ailleurs un écho au miroir que traverse Alice et que nous traversons en tant que spectateurs pour nous retrouver dans cet univers qui oscille entre dada, surréalisme et hiératisme. La diction, et les sauts de rythme, quelquefois les silences (volontaires et pesants) ainsi que les gestes des comédiens, quelquefois mécaniques mais aussi d'une grande souplesse - la rapidité des repositionnements et des changements d'attitudes sont très surprenants - ne nous laissent pas impassible. Nous sommes littéralement emportés par ce voyage dans les limbes, les deux autres personnages, le personnage 3.290.114 (trois millions deux cent quatre-vingt-dix mille cent quatorze) qu'interprète avec une belle présence Blanche Plagnol (que nous avions aussi vue dans La forteresse) incarne autant un paillon que le cerveau (judicieux maquillage) ou son coeur et sa peau et elle trouve une âme soeur dans Ame 2019 (Thomas Lelo qui était également dans La Forteresse). 


Service de la perdition et du beau temps - Aurélie Debuire - Photo: Jean-Louis Fernandez


Naviguant entre une nef des fous débridée, une messe noire et rouge, comme la magnifique robe de l'officiant "Secrétaire" (les costumes de Salomé Vanendriessche participent grandement à la qualité du spectacle) en évêque "Dada" et un voyage intersidéral, porté par les ambiances sonores de Mathis Berezoutky-Brimeur, nous nous laissons porter par ce spectacle singulier et surprenant. Et nous passerions volontiers dans le mur de lumière suivre les folles péripéties dans l'au-delà que nous conte le texte virevoltant d'Aurélie Debuire, qui, en plus de son talent de comédienne prouve ici ses dons de poète et de conteuse et sa capacité de transmettre un univers excentrique et un récit biscornu avec conviction. Une piste à suivre.


La Fleur du Dimanche


Jusqu'au 12 avril 2025 à l'église Saint Guillaume

Réservation ici Service

samedi 1 mars 2025

La Forteresse au TNS: Se mettre à l'abri d'un monde de brutes, tout un art

 L'entrée du spectacle du groupe 48 du TNS La forteresse se fait par petits groupes successifs. Et la raison est que dans un premier temps l'on se retrouve dans un espace, un genre de salle d'exposition où l'on trouve, accrochés au mur ce qui pourraient être entre autres des oeuvres d'Art Brut, également des dessins-cheminements semblables aux "lignes d'erre" comme celles tracées par Fernand Deligny, et d'autres objets ou sculptures et également une grande marionnette en carton. 


La Forteresse - TNS - Groupe 48 - Photo: Robert Becker


La Forteresse - TNS - Groupe 48 - Photo: Robert Becker

Dans un coin, une vidéo témoignage de la découverte de ces "trésors" du "patrimoine culturel et artistique des hôpitaux et cliniques psychiatriques françaises". Il y a aussi des casques pour écouter l'histoire de Sylvain. Un plan de cette salle est distribué aux "visiteurs", qui, passant une petite porte vont se transformer en "spectateurs" à qui l'on présente quelques "tableaux" mimés. 


La Forteresse - TNS - Groupe 48 - Photo: Robert Becker

La Forteresse - TNS - Dessin Angèle - Photo: Robert Becker



Et puis un texte est dit dans le noir, parlant d'un souvenir d'enfance, le souvenir d'un manège, délimitant dans la perception deux espaces, cet espace de bonheur, coupé de tout et le monde réel qui ne l'est pas tant que cela. 


La Forteresse - TNS - Elsa Revcolevschi - Photo: Jean-Louis Fernandez

Un peu à l'image ce que nous vivons ou allons vivre ici même comme spectateur: Une histoire qui semble bien réelle, mais dont nous nous doutons de la réalité, de la vérité, mais qui, dans son déroulé va nous confronter à des choses, des évènements, des relations, une organisation qui nous permettront de mieux comprendre et éventuellement approuver et soutenir ce qui se passe sous nos yeux. En l'occurrence une histoire issue d'une écriture collective de la metteuse en scène Elsa Revcolevschi avec les six acteurs qui vont magnifiquement incarner leurs personnages bien sentis. Sa mise en scène, soutenue par la dramaturgie de Vincent Arot et la scénographie de Mathilde Foch nous emmène dans une univers assez étrange et changeant auquel contribuent grandement les éclairages de Clément Balcon.


La Forteresse - TNS - Elsa Revcolevschi - Photo: Jean-Louis Fernandez

Pour commencer, comme une fête, un défilé, un manège de carnaval, ces comédiens déguisées en cheval, cigogne et autres personnages mystérieux dans de très beaux costumes (superbes costumes de Salomé Vandendrieschen) vont faire la parade avant le début des hostilités, en l'occurrence la réunion matinale d'organisation de la vie de ce que l'on devinera être une institution psychiatrique d'accueil un peu à part, laissant la bride au cou des patients et les impliquant totalement dans cette vie et ses activités, que ce soit ménagère (nettoyage, mise en place des repas,...) et d'animation, dont la rédaction d'un journal où chacun peut proposer son papier ou exposer dans une interview ses créations. Cette réunion va nous permettre d'observer ces êtres un peu singulier et essayer de déceler leur "normalité" ou leur "singularité".  


La Forteresse - TNS - Elsa Revcolevschi - Photo: Jean-Louis Fernandez

Petit jeu que l'on va pouvoir poursuivre tout au long de la pièce, découvrant aussi que la frontière est fragile et que certain(e)s cachent des failles ou des pas toujours évidentes. Les  six actrices et acteurs sont tous et toutes impeccables dans leur jeu, bluffant de justesse jusque dans le moindre détail. Il y a là et sans classement aucun, le personnage de Sylvain, que Judy Diallo arrive à faire bouger dans une instabilité sidérante, accompagnant les gestes d'hésitations et de tremblement plus vrais que vrai. Son vocabulaire poétique et surprenant caractérisant aussi cet être qui a son univers propre. 


La Forteresse - TNS - Elsa Revcolevschi - Photo: Jean-Louis Fernandez

Tout comme Thomas Lelo qui joue très bien l'absence fréquente de François, perdu dans ses pensées et des histoires naturelles très documentées, Gwendal Normand qui donne à Mathias une épaisseur indéfinie, laissant sourdre des inquiétudes tout en le montrant très organisé. Un personnage très riche et en quelque sorte un peu pivot dans la pièce. Il y a aussi les femmes, Blanche Plagnol qui joue Angèle qui prend en main son destin et la guitare, compagnonne de galère et chantant sur le radeau, Apolline Taillieu avec ce personnage de Suzie qui se crée sa carapace, ses rites, ses attitudes, campant une rigidité qui se libère quelquefois, frémissante des doigt et de la langue quelquefois et ne lâchant pas son petit sac. 


La Forteresse - TNS - Elsa Revcolevschi - Photo: Jean-Louis Fernandez

Elle nous sert une magnifique scène de repas avec Mathias qui arrive à s'immiscer dans ses protections et nous offre aussi en un très court résumé de son arrivée à la clinique une précipité de la philosophie et des usages de la clinique. Et il y a aussi Maria Sandoval en Freudelina, la reine des cuillères, qui pilote ce navire non sans inquiétudes et qui va, en toute modestie partager le cap de ce navire en perdition et dont l'équipage cherche un nouveau rivage.


La Forteresse - TNS - Elsa Revcolevschi - Photo: Jean-Louis Fernandez

La pièce, toute en humour et en observations judicieuses nous déconstruit d'une certaine manière nos habitudes de lecture de la folie ou de la différence et interroge le partage des responsabilités et l'inclusion réfléchie. Elle montre également la dérive actuelle de la prise en compte de ce travail, en quelque sorte une régression vis-à-vis des démarches antérieures d'ouverture et d'expérimentation, même de la suppression de ces méthodes progressistes de soin et d'intégration de ces personnes à la marge. C'est un témoignage fort de la fin de certaine pratiques et un essai de survivance de leur mémoire.


La Forteresse - TNS - Elsa Revcolevschi - Photo: Jean-Louis Fernandez

Un spectacle à la fois éclairant et vivifiant, salutaire en ces temps quelque peu restrictifs. En tout cas une très belle réussite.


La Fleur du Dimanche      


La forteresse


Générique 
Spectacle de et avec les élèves artistes du Groupe 48 
[Mise en scène] Elsa Revcolevschi
[Dramaturgie] Vincent Arot (intervenant extérieur)
[Scénographie] Mathilde Foch 
[Costumes] Salomé Vandendriessche
[Lumière] Clément Balcon
[Son] Paul Bertrand
[Régie plateau et générale] Mathis Berezoutzky Brimeur 

De et avec  
Judy Mamadou Diallo - Sylvain 
Thomas Lelo - François 
Gwendal Normand - Mathias
Blanche Plagnol -  Angèle 
Maria Sandoval - Freudellina
Apolline Taillieu - Suzie 
Costumes et décors réalisés dans les ateliers du TnS
Remerciements à Lisetta Buccellato (groupe 45) et l’Opéra national de Lorraine pour le prêt du sol - élément de la scénographie d’Iphigénie en Tauride, 2023.

lundi 24 février 2025

La Chasse des Anges au TNS: Le pouvoir de représentation avec ou sans légende

 Pendant une semaine, les élèves du groupe 48 du TNS qui sortent de l'école nous présentent deux spectacles différents, La Forteresse et La Chasse aux Anges, et ces  spectacles sont gratuits, sur inscription.

Et il reste des places, alors n'hésitez pas, allez au théâtre. Cela se passe à l'Espace Klaus Michael Grüber, dans la grande salle, après une déambulation pour le premier et au Studio Jean-Pierre Vincent pour le second.


La Chasse des Anges - Sarah Cohen - TNS - Photo: Jean-Louis Fernandez


La chasse des anges, le spectacle de Sarah Cohen qu'elle a conçu avec des écrits de Susan Sontag, Robert Capa, Hervé Guibert, Julie Héraclès et basé sur des entretiens avec Henri Cartier-Bresson, Inge Morath et George Rodger interroge la photo, son statut et notre rapport à elle. Le titre s'inspire d'une phrase de Chris Marker, cinéaste et photographe pour qui "La photo, c'est la chasse, c'est l'instinct de chasse sans l'envie de tuer. C'est la chasse des anges... On traque, on vise, on tire, et clac ! Au lieu d'un mort, on fait un éternel." Mais ce n'est pas aussi simple que cela, et on le verra bien dans cette pièce où, suivant une réflexion sur cette image qui, comme le dit Barthes "Ce que la photo reproduit à l’infini n’a lieu qu’une fois." est quand même quelque chose de mystérieux et dont on va essayer de faire le tour, laissant la parole à celles et ceux qui la font, et aussi qui réfléchissent à sa fabrication, son sens, ses implications. On va tourner autour, fréquenter celles et ceux qui vivent de - et pour - cela, apprendre sur leurs vies et leurs manies et vices, essayer de comprendre comment ils et elles travaillent et comment ils pensent ce travail et cet "objet", pas forcément artistique comme le dit Henri Cartier-Bresson: "Je pense que les photographies sont faites pour être prises et reproduites pour les masses, pas pour les collectionneurs. Cette possibilité de reproduction fait partie de la force comme de la valeur de la science de la photographie."


La Chasse des Anges - Sarah Cohen - TNS - Photo: Jean-Louis Fernandez


On y suit des réflexions sur le rapport de la photographie à la mort (pas forcément dans la veine de Chris Marker), du statut de la photo, qui se suffit à elle-même ou qui nécessite une "légende"  - comme la légende de cette lettre à Roland Barthes, annonciatrice de la mort de sa mère (?), moment suspendu dans le spectacle. A propos de légende aussi, voir comment Inge Morath a été embauchée par Robert Capa pour faire les légendes des photos de l'agence Magnum avant de gagner son statut de photographe.


La Chasse des Anges - Sarah Cohen - TNS - Photo: Jean-Louis Fernandez


Dans une mise en scène fluide et variée (Sarah Cohen assistée à la dramaturgie par Luison Ryser et une scénographie de Nina Bonin), nous passons d'un studio radio, où Susan Sontag (très empathique et convaincante Miléna Arvois) nous fait un intéressant parallèle entre le cancer du sein et la photographie (via le choc de la première fois),  au bureau de l'agence Magnum avec l'annonce de la mort de Robert Capa. Cette agence créée sous forme de coopérative par Robert Capa, Henri Cartier-Bresson, George Rodger, William Vandivert et David Seymour, nous allons fréquenter les bureaux et les membres à travers différents épisodes et découvrir des réalités ou des légendes de ces photographes. Par exemple le débarquement et la libération de Paris ou la (fausse) fin de la guerre de 1945, ou le célèbre (et controversé) cliché du "républicain espagnol" de Robert Capa. Nous découvrirons aussi son train de vie et sa vie de joueur. 


La Chasse des Anges - Sarah Cohen - TNS - Photo: Jean-Louis Fernandez


Nous apprendrons à connaître David Seymour dit Chim, plutôt taiseux, incarné par Bilal Slimani, la tout aussi discrète mais présente Inge Morath (Aurélie Debure). Un passage assez fantasmatique avec Ambre Shimizu derrière un écran et l'épisode de pluie qui se passe également à l'arrière scène sont des séquences qui prouvent l'inventivité scénographique. Les deux personnages de George Rodger (Ömer Alparslan et Henri Cartier-Bresson (Steve Mégé) étant les personnages les plus prolixes et les deux comédiens s'en sortent très bien, de même que Nemo Schiffman qui incarne avec brio Robert Capa.


La Chasse des Anges - Sarah Cohen - TNS - Photo: Jean-Louis Fernandez


Dans cette pièce qui tente de ne pas forcément montrer ce dont on parle et qui convoque d'une certaine manière des fantômes, à la fois ces photographes, mais aussi ceux qui ont été photographiés, nous voyageons dans un entre-deux dans limbes et alors que, comme le dit encore Roland Barthes, avec la "photographie le pouvoir d’authentification prime le pouvoir de représentation", ici, la représentation qui se joue de l'authentique nous emmène dans une histoire qui construit sa propre légende et qui devient récit de ceux qui ont disparu. Mais qui, pour un moment se sont retrouvés devant nous, comme des fantômes.


La Fleur du Dimanche 


La chasse des anges


au TNS à Strasbourg, du 24 février au 1er mars 2025


[Texte] Librement adapté des écrits de Susan Sontag, Robert Capa, Hervé Guibert, Julie Héraclès et des entretiens d'Henri Cartier-Bresson et George Rodger
[Mise en scène] Sarah Cohen
[Dramaturgie et collaboration artistique] Louison Ryser
[Scénographie] Nina Bonnin
[Costumes] Noa Gimenez
[Lumière] Marie-Lou Poulain
[Son] Macha Menu
[Régie générale, plateau et vidéo] Corentin Nagler
Avec 
Miléna Arvois - Susan Sontag
Aurélie Debuire - Inge Morath
Ömer Alparslan Koçak - George Rodger 
Steve Mégé - Henri Cartier-Bresson 
Nemo Schiffman - Robert Capa 
Ambre Shimizu - Eve Arnold et Une femme 
Bilal Slimani – David Seymour, dit «  Chim  » et Ernest Hemingway
Costumes et décors réalisés dans les ateliers du TnS.
Sarah Cohen et l'équipe tiennent à remercier Clarisse Bourgeois et l'Agence Magnum pour leur confiance, et Clara Bouveresse.

mardi 23 mai 2023

L'Esthétique de la Résistance au TNS: Le millefeuille de la confusion des engagements

 Le roman de Peter Weiss L'Esthétique de la Résistance, paru en trois volumes en Allemagne entre 1975 et 1982 est une somme qui balaye l'histoire allemande - et européenne - entre 1937 et 1942. Ce récit dont la dernière version qui, rassemblé en 2017 en un seul volume de presque 900 pages, conte l'histoire du narrateur venu d'Allemagne s'engager avec les Brigades internationales en Espagne en 1937 puis partant en Suède pour revenir en Allemagne dans les années 1942 en relation avec un groupe d'opposants au régime nazi, l'Orchestre Rouge. 


L'Esthétique de la Résistance - Peter Weiss - Sylvain Creuzevault - Photo: Jean-Louis Fernandez


Il interroge à la fois les événements historiques et les engagements individuels de militants communistes contre le fascisme tout en  essayant de trouver des clés d'analyse et de lecture de la société dans les arts et la culture pour participer au progrès social. Un roman "de formation" - Bildungsroman - dans la tradition allemande, en quelque sorte. Les seuls personnages de fiction sont le narrateur et sa famille, tous les autre personnages étant des personnages bien réels. 


L'Esthétique de la Résistance - Peter Weiss - Sylvain Creuzevault - Photo: Jean-Louis Fernandez


Sylvain Creuzevault s'est frotté à ce pavé pour interroger l'histoire du communisme par le biais de ce récit. Mais sa démarche n'est pas une simple transposition du livre. Sa démarche a plutôt été d'en sortir ce qu'il appelle des "structures" qui lui permettent d'expérimenter avec les acteurs des approches différentes de ce matériau. Il a donc, avec quelques membres de sa troupe (Boutaïna El Fekkak, Vladislav Galard qui joue entre autre Peter Weiss, Arthur Igual - rôle de Berthold Brecht - et Frédéric Noaille), habitués à sa méthode, travaillé au long cours avec l'ensemble des élèves du Groupe 47 du TNS (entrés en 2020, et qui ont vécu l'épisode du Covid au TNS) et qui présentent donc leur spectacle de fin de formation avec cette pièce fleuve (presque six heures avec les deux entractes) L'Esthétique de la Résistance


L'Esthétique de la Résistance - Peter Weiss - Sylvain Creuzevault - Photo: Jean-Louis Fernandez


Le rythme et les différents épisodes retenus de la pièce sont vraiment très variés et l'on passe de scènes de foule à des moments intimes, de chansons ou de récitals à des déclamations ou du théâtre dans le théâtre, des moments comiques ou intimistes, de la chorégraphie et du récital, des discussions politiques ou concernant l'art et l'engagement, des résumés de situations ou des présentations très claires et pédagogiques de situations complexes. Tout cela sans faiblir dans le rythme et en changeant très souvent de mode de jeu. Le vaste plateau, avec très peu d'accessoires et un éclairage adapté, nous livre des univers variés dans une dominante noir et blanc de cette période (un clin d'oeil à la robe rouge d'Otto Dix dans le cabaret ou le drapeau - antenne radio lors du procès de Boukharine). 


L'Esthétique de la Résistance - Peter Weiss - Sylvain Creuzevault - Photo: Jean-Louis Fernandez


La scénographie fait preuve dune grande inventivité et nous invite à "lire" les oeuvres d'art comme filtre de l'analyse politique. C'est d'ailleurs sous cet angle - esthétique - que débute le roman de Peter Weiss - et également la pièce avec une lecture à la fois historique et politique de la frise de Pergame, son histoire, ses mystères et interrogations, ses lacunes et ses interprétation, tout comme l'histoire des deux camps, fascisme et communisme dont les péripéties et soubresauts qui touchent autant les individus que les nations dont nous allons découvrir certains épisodes et revirements (comme le traité de Berlin ou le pacte Germano-soviétique, qui ne manquent pas d'interroger les protagoniste et nous rappeler la liberté que prennent les dirigeants politiques envers le destin des citoyens. D'autres tableaux (le Massacre des innocents de Breughel, le Tres de Mayo de Goya, le Guernica de Picasso,...) sont à la fois un moyen de pointer et dénoncer les méfaits de la guerre, un acte de soutien de la part des peintres et artistes et un témoin mémoriel de ces violences envers le peuple... Et cette histoire n'est pas terminée, il suffit de prendre pour exemple la récente invasion de l'Ukraine par la Russie à laquelle le geste de l'artiste Jean-Pierre Raynaud a répondu par son oeuvre Guernica - Ukraine exposée face au Guernica de Picasso dans la cour de la Sorbonne à Paris pour l'anniversaire du début de ce conflit. 


L'Esthétique de la Résistance - Peter Weiss - Sylvain Creuzevault - Photo: Jean-Louis Fernandez


Ce premier niveau, d'information et de prise de conscience va se continuer par l'analyse de ce matériau et de l'histoire en construisant des outils de compréhension à la fois de l'oeuvre d'art et du sens et de lecture de l'histoire et de son explication dans le but de pouvoir éventuellement influer sur son destin. C'est ce qui sera l'objectif et du livre, et de la pièce présentée sous nos yeux, sachant toutefois que cette représentation, que ce soit le théâtre brechtien (qui va être convoqué dans la pièce) ou le théâtre documentaire, connait ses limites, tout comme la politique, ce qui amène cette fin où sous une pluie de bombe, le personnage se demande comment mettre fin à ce genre de situation avec le narrateur qui se demande "peut-on faire ou pas l'unité pour créer un pays communiste". Le tout en ayant pleinement conscience des errements des deux régimes, fascistes et communiste auxquels nous avons pu assister plus ou moins de l'intérieur. 


L'Esthétique de la Résistance - Peter Weiss - Sylvain Creuzevault - Photo: Jean-Louis Fernandez


Et nous tirons le chapeau au phénoménal travail de toute l'équipe de Sylvain Creuzevault et les Singes ainsi que les élèves-comédien.ne.s du TNS (toutes et tous méritent un grand bravo pour leur inventivité et la qualité de leur jeu, une pensée particulière pour Gabriel Dahmani pour son Hénorme rôle du narrateur!)  ainsi que toutes les équipes techniques (mise en scène, dramaturgie, décors, lumières costumes, son vidéo) qui ont porté avec tout leur coeur, leur enthousiasme et leur énergie cette lecture artistique d'un morceau de l'histoire du monde. On en sort un peu éreinté mais content et satisfait d'avoir à la fois appris des choses que nous avions un peu oubliées et d'avoir vécu des moments très intense et émouvants.


La Fleur du Dimanche


L'Esthétique de la Résistance


Au TNS du 23 au 28 mai 2023 - Attention à l'horaire: 19h00

A Montpellier le 9 et 10 juin pour Le Printemps de Comédiens

A Bobigny du 9 au 12 novembre à la Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis dans le cadre du Festival d'Automne


CRÉATION AU TNS

Avec les artistes issu·es du Groupe 47 (3e année) de l’École du TNS en sections Jeu, Mise en scène/Dramaturgie, Scénographie-Costumes, Régie-Création et les artistes de la compagnie Le Singe *
D'après le roman de Peter Weiss
Adaptation et mise en scène Sylvain Creuzevault

Avec
Jonathan Bénéteau de Laprairie − Arvid Harnack
Juliette Bialek − Marlène Dietrich, Hélène Weigel, Ilse Stöbe
Yanis Bouferrache − Horst Heilmann
Gabriel Dahmani − le narrateur
Boutaïna El Fekkak * − la mère de Hans Coppi, Ruth Berlau
Hameza El Omari − Hans Coppi, Münzer
Jade Emmanuel − Marcauer, Joséphine Baker, Libertas Schulze-Boyzen
Felipe Fonseca Nobre − Jacques Ayschmann, Kurt Schumacher
Vladislav Galard * − Peter Weiss, Willi Münzenberg, Richard Stahlmann
Arthur Igual * − le père du narrateur, José Díaz Ramos, Bertolt Brecht
Charlotte Issaly − Otto Katz, Karin Boye, Margarete Steffin, Mildred Harnack
Frédéric Noaille * − Max Hodann, Jakob Rosner, Wilhelm Vauck
Vincent Pacaud − un·e associé·e de Katz, Herbert Wehner, Adam Kuckhoff
Naïsha Randrianasolo − la mère du narrateur, Edith Piaf, Anna Krauss
Lucie Rouxel − Charlotte Bischoff
Thomas Stachorsky − Nordahl Grieg, Maurice Chevalier,
Haro Schulze-Boyzen, Harald Poelchau
Manon Xardel − un·e associé·e de Katz, Lise Lindbæk,
Rosalinde von Ossietzky, Elisabeth Schumacher

Scénographie et accessoires
Loïse Beauseigneur
Valentine Lê
Costumes, habillage et maquillage
Sarah Barzic
Jeanne Daniel-Nguyen
Maquillage et perruques
Mityl Brimeur *
Lumière et régie lumière
Charlotte Moussié
en complicité avec
Vyara Stefanova *
Son, musique originale et régie son
Loïc Waridel
Musique originale
Pierre-Yves Macé *
cheffe de choeur
Manon Xardel
Régie plateau, machinerie
et cadrage vidéo
Léa Bonhomme
Vidéo et régie vidéo
Simon Anquetil
cadrage vidéo
Gabriel Dahmani
Régie générale et cadrage vidéo
Arthur Mandô
Dramaturgie
Julien Vella *
Assistanat à la mise en scène
Ivan Marquez

Peter Weiss est représenté par L’ARCHE − Agence théâtrale.
Le roman est publié aux éditions Klincksieck, 2017 (traduction de l’allemand Éliane Kaufholz-Messmer).
« À ceux qui viendront après nous », le poème représenté, écrit par Bertolt Brecht en 1938 pendant son exil, est publié dans le recueil Poèmes Tome 4 chez L’Arche Éditeur, 1966 (traduction Eugène Guillevic).
Le décor, les costumes et les accessoires sont réalisés par les ateliers du TNS.
Toutes les équipes du théâtre, de l’École et de la compagnie Le Singe ont accompagné l’ensemble du Groupe 47.
Production Théâtre National de Strasbourg

Coproduction et production déléguée Compagnie Le Singe
Avec la participation artistique du Jeune Théâtre National
Remerciements à Jean-Gabriel Périot, réalisateur du court-métrage Under Twilight (2006), musique de Patten (Groupe), qui nous a autorisé à diffuser gracieusement des images de son film.
Création le 23 mai 2023 au TNS



dimanche 25 septembre 2022

Musica au TNS avec le Groupe 46: Donnez-moi une raison de vous croire: On croit en leur avenir même si on doute en général

 Pour le spectacle Donnez-moi une raison de vous croire créé (à tous les postes) et joué par les élèves du groupe 43 de l'école du TNS dont c'est le spectacle de sortie, les spectateurs sont également enrôlés dans la pièce dès leur arrivée. Il s'agit du recrutement de comédiens pour le Grand Théâtre d'Oklahoma et dès la descente des marches de la salle Gignoux, nous sommes accueillis - et triés "à droite,... à gauche" et archivés "attention la photo!" - par l'hôtesse à la voix suave et aimable (Pauline Vallé). 


Musica - TNS - Donnez-moi une raison de vous croire - Mathieu Bauer - Marion Stenton - Photo: Jean-Louis Martinez


La pièce se déroule dans l'univers kafkaïen de ce théâtre-cirque hors du temps. Marion Stenton qui en a écrit le texte à la demande de Mathieu Bauer s'est beaucoup inspirée de l'univers de Kafka et de son roman inachevé L'Amérique dans lequel le héros (ou plutôt l'antihéros) embarque vers cette aventure avec d'autres comédiens. C'est l'occasion de dénoncer à la fois l'absurdité du fonctionnement des entreprises (même un théâtre) et le peu de cas que l'on peut faire des individus (qui se confondent les uns les autres dans leur existence niée et leur demande non entendue). 


Musica - TNS - Donnez-moi une raison de vous croire - Mathieu Bauer - Marion Stenton - Photo: Jean-Louis Martinez


La pièce nous présente dans une folle chorégraphie les multiples péripéties oscillant entre comique et tragique de ces personnes, véritables pions interchangeables - tous s'appellent Karl - qui essaient de trouver un sens ou une reconnaissance dans la vie à travers ce travail qu'on leur promet: "Chacun a sa place". Sauf que les places ne sont pas définies ni stables, à part peut-être le "portier" (Kadir Ersoy). Mais même lui se fait reprocher de ne pas jouer son rôle de recruteur par "celui qui savait tout jouer", l'acteur suicidaire (Gulliver Hecq). L'absurde se niche dans les différentes situations rencontrées par les individus aux caractéristiques surprenantes tout comme dans la scénographie où l'on devine des couloirs labyrinthiques où l'on peut se perdre - et perdre son dossier - et les escaliers qui empêchent d'arriver aux archives au sous-sol et aux bureaux de la direction dans des étages inaccessible. 


Musica - TNS - Donnez-moi une raison de vous croire - Mathieu Bauer - Marion Stenton - Photo: Jean-Louis Martinez


Ces escaliers qui mènent aussi au bureau de la cheffe de personnel (Emilie Lehureau) et à l'administration (une machine à écrire crépite, au milieu de l'orchestre. Parce que dans ce monde kafkaïen, c'est un orchestre qui mène aussi le bal, donnant le rythme et l'ambiance, ambiance qui est quelquefois au blues (avec de très belles reprises dont Nobody Knows You When You’re Down and Out qui nous permet de confirmer que Pauline Vallé a une très belle voix), et quelquefois dans un univers plus électrique. Le metteur en scène Matthieu Bauer mène le rythme à la batterie et son complice Sylvain Cartigny qui a composé la musique est à la guitare et aux claviers, soulignant quelquefois très discrètement le texte des comédien.ne.s et c'est Jean-Philippe Gross qui s'est chargé de faire le reste des sons d'ambiance. Il faut aussi saluer Aurore Lévi qui pousse sa chansonnette de la "soupe silencieuse" et Kadir Ersoy qui slamme The Last Poets. et l'ensemble de la troupe qui reprend la chanson finale: "Les choses ont changé...non  En attendant rêvons."


Musica - TNS - Donnez-moi une raison de vous croire - Mathieu Bauer - Marion Stenton - Photo: Jean-Louis Martinez


L'idée de départ de Mathieu Bauer d'adapter le film documentaire de Fred Wiseman Welfare, tourné dans un bureau d'aide sociale, finalement abandonné se retrouve très bien assumée dans l'esprit. Et le côté fictionnel, les différents situations inventées par Marion Stenton et que les jeunes comédiens en devenir incarnent totalement tout en apportant une charge symbolique et forte, atteint son objectif à la fois de marquer les esprits et de de faire prendre conscience des travers de l'organisation et de l'inhumanité du système. Et cela fait un spectacle bien enlevé et sans temps morts avec de beaux moments de poésie. Et une touche de plus à la palette du Festival Musica.


La Fleur du Dimanche





du 23 septembre au 1er octobre au TNS Strasbourg

Texte et dramaturgie Marion Stenton
Mise en scène Mathieu Bauer, Sylvain Cartigny
Avec l'ensemble des artistes issu·e·s du Groupe 46 de l'École du TNS
En Jeu
Carla Audebaud
Yann Del Puppo
Quentin Ehret
Kadir Ersoy
Gulliver Hecq
Simon Jacquard
Émilie Lehuraux
Aurore Levy
Pauline Vallé
Cindy Vincent
Sefa Yeboah
et les musiciens
Mathieu Bauer
Sylvain Cartigny
Orchestre Sylvain Cartigny (guitare, claviers), Mathieu Bauer (batterie et trompette), Jessica Maneveau (euphonium), Antoine Hespel (claviers), Ninon Le Chevalier (saxophone alto), Thomas Cany (trombone), Foucault de Malet (basse)
Collaboration artistique et composition Sylvain Cartigny
Lumière Zoë Robert
Création sonore Jean-Philippe Gross
Regard chorégraphique Thierry Thieû Niang
Assistanat à la mise en scène Antoine Hespel
Scénographie, costumes Clara Hubert, Ninon Le Chevalier, Dimitri Lenin
Son Foucault de Malet
Régie lumière Thomas Cany
Régie plateau Clara Hubert
Régie son Margault Willkomm
Régie générale Jessica Maneveau
Joséphine Linel-Delmas (Jeu) et Antoine Push (Régie-Création) ont également participé à la création du spectacle.
Production Théâtre National de Strasboug
Production exécutive en tournée Compagnie Tendres Bourreaux - Mathieu Bauer
Coproduction Festival Musica
Avec la participation artistique du Jeune théâtre national
Le décor et les costumes sont réalisés par les ateliers du TNS
Toutes les équipes du théâtre et de l’École ont accompagné l’ensemble du Groupe.
Création le 14 juin 2022 au Théâtre Public de Montreuil.