vendredi 23 septembre 2022

Noir sur Blanc de Heiner Goebbels et l'ensemble Modern: Un fantôme dans le théâtre musical

 Assurément il n'y a pas qu'un seul fantôme dans cette pièce musicale de Heiner Goebbels Schwarz auf Weiss présentée au - et en coproduction avec le - Maillon à Strasbourg par le Festival Musica. Il y est question d'ombres. C'est une très courte nouvelle (quatre pages) d'Edgar Allan Poe, "Ombre", traduite en français par Charles Baudelaire qui sert de pré-texte pour créer ce spectacle. D'ailleurs, ce n'est pas le pré-texte, c'est le coeur et le moteur de la pièce.


Musica 2022 - Schwarz auf Weiss - Heiner Goebbels - Ensemble Modern - Photo: Christian Schafferer


C'est Heiner Müller dont il était très proche qui a suggéré ce texte à Heiner Goebbels pour un projet avec l'Ensemble Modern - fondé en 1980 par de jeunes musiciens de différents pays, maintenant basé à Francfort. Et ce sont certains musiciens qui l'interprètent aussi sur scène, en anglais et en français. Le texte allemand est dit par Heiner Müller (on entend dans la pièce le "Pegeltest", test son, de Heiner Goebbels qui situe le lieu - Marseille - et la date l'enregistrement - décembre 1991) qui hante comme un autre fantôme cette pièce, à l'image de celui de l'Ombre:

" Et voilà que du fond de ces draperies noires où allait mourir le; bruit de la chanson s'éleva une ombre, sombre, indéfinie, une ombre semblable à celle, que la lune, quand elle est basse dans le ciel, peut dessiner d'après le corps d'un homme; mais ce n'était l'ombre ni d'un homme, ni d'un Dieu, ni d'aucun être connu. Et frissonnant un instant parmi les draperies, elle resta enfin, visible et droite, sur la surface de la porte d'airain. 
[...]. Et l'ombre reposait sur la grande porte de bronze et sous la corniche cintrée. 
[...] Et, à la longue, moi, Oinos, je me hasardai à prononcer quelques mots à voix basse, et je demandai à l'ombre sa demeure et son nom. Et l'ombre répondit: 
Je suis ombre, et ma demeure est à côté des Catacombes de Ptolémaïs, et tout près de ces sombres plaines infernales qui enserrent l'impur canal de Charon!
Et alors, tous les sept, nous nous dressâmes d'horreur sur nos sièges, et nous nous tenions tremblants, frissonnants, effarés car le timbre de la voix de l'ombre n'était pas le timbre d'un seul individu, mais d'une multitude d'êtres; et cette voix, variant ses inflexions de syllabe en syllabe, tombait confusément dans nos oreilles imitant les accents connus et familiers de mille et mille amis disparus."


Musica 2022 - Schwarz auf Weiss - Heiner Goebbels - Ensemble Modern - Photo: Christian Schafferer


 Ainsi, les dix-huit musiciens de l'ensemble (certains encore de la distribution d'origine de 1996) vont-il pendant une heure vingt, incarner à la fois les multiples voix de ce récit hors du temps qui nous parle autant du passé que (étrangement aujourd'hui) de ce que nous vivons et avons vécu récemment:

Vous qui me lisez, vous êtes encore parmi les vivants mais moi qui écris, je serai depuis longtemps parti pour la région des ombres. Car, en vérité, d'étranges choses arriveront, bien des choses secrètes seront révélées, et bien des siècles passeront ayant que ces notes soient vues par les hommes.  
[...]
L'année avait été une année de terreur pleine de sentiments plus intenses que la terreur, pour lesquels il n'y a pas de nom sur la terre. Car beaucoup de prodiges et de signes avaient eu lieu, et de tous côtés, sur la terre et sur la mer, les ailes noires de la Peste s'étaient largement déployées. ...."

Tout cela dans une folle ambiance de fête, de jeu, de fanfare cosmopolite, de métissage et  de cultures croisées. La diversité des personnages, la palette des instruments, les variations de jeu - des moments d'intériorité où une bouilloire fait duo avec un piccolo, une kora, jouée en solo est rejointe par la force des vents de la fanfare puis devient un genre de boite à musique, un hautbois d'amour émettant des borborygmes et  les incessants déplacements des musiciens finement chorégraphiés, apportent une énergie (du désespoir ? ou d'espoir) à cette fresque agitée. 

Les échos du texte infusent discrètement le jeu des musiciens-comédiens (l'écrivain possédé par le témoignage qu'il grave sur sa tablette, les joueurs de jacquet, les multiples interprètes qui s'emparent du texte,...), ou scénographie et les éclairages (magnifiques de Jean Kalman) qui inscrivent les ombres étagées sur un écran blanc, ou les portes qui tombent et nous emportent dans un souffle. 

La musique aussi et surtout, jouée par cette tribu hétéroclite (très bien habillée par Jasmine Andreae) qui ne manque pas de nos surprendre par des changements de registre et une magnifique composition émouvante, nostalgique et dynamique à la fois, iconoclaste surtout en donnant corps à ces musiciens devenant à la fois de individus et des instrumentistes hors pair, tous uniques. Mais aussi unis.


La Fleur du Dimanche


 Noir sur blanc / Schwarz auf Weiss (1996)
 
spectacle pour dix-huit musiciens
conception, musique, direction et mise en scène | Heiner Goebbels
scénographie et lumière | Jean Kalman
costumes | Jasmin Andreae


flûte, flûte piccolo, flûte basse | Dietmar Wiesner
hautbois d'amour, voix, didgeridoo | Cathy Milliken
clarinette | Jaan Bossier
saxophone, clarinette contrebasse | Matthias Stich
basson | Barbara Kehrig
cor, récitant, direction musicale | Franck Ollu
trompette, récitant | William Forman
trombone | Uwe Dierksen
clavicorde, harpe | Ueli Wiget
accordéon, échantilloneur, cymbalum | Hermann Kretzschmar
percussion, cymbalum | Rumi Ogawa
percussion | Rainer Römer
violon | Jagdish Mistry
violon | Megumi Kasakawa
alto, voix | Freya Ritts-Kirby
violoncelle | Eva Böcker
violoncelle | Michael Maria Kasper
contrebasse, e-basse | Paul Cannon

Kaija Saariaho éblouissante à Musica avec l'Orchestre National de Metz et Xavier de Maistre

Pour clore l'hommage à Kaija Saariaho, invitée d'honneur du Festival Musica, après la présentation de son opéra Only the Sound Remains et la journée Kaija dans le miroir  qui lui était dédiée le samedi 17 septembre (voir le billet Musica fête Kaija Saariaho), l'Orchestre National de Metz Grand Est, sous la direction de David Reiland propose deux oeuvres de la compositrice encadrées de deux autres oeuvres de compositrices femmes.


Musica 2022 - Olga Neuwith - CoronAtion V - Photo: lfdd


C'est une pièce d'Olga Neuwirth de 2020 composée lors du confinement lié à la pandémie du Covid, CoronAtion V: Spraying sonds of hope, qui ouvre avec joie et allégresse le programme. L'orchestre composé uniquement d'instruments à vent (dont un klaxon) et d'un percussionniste alterne des mélodies sonores, presque martiales et des glissandos énergiques.  Un couronnement plein d'espoir pour débuter la soirée.


Musica 2022 - Kaija Saariaho - Trans - Photo: lfdd


La première pièce de Kaija Saariaho est un concerto pour harpe et orchestre, Trans, composé en 2015. La harpe est un des instuments préféré de la compositrice, proche du kantele de son pays. Ses sonorités légères rendent la composition ardue dans le dialogue avec l'orchestre. Mais avec un premier mouvement où la harpe jour quelques notes, reprises par les cordes, puis des phrases reprises par l'orchestre, la magie - et le dialogue fructueux - s'opère. 


Musica 2022 - Kaija Saariaho - Trans - Photo: lfdd


Xavier de Maistre, en vrai virtuose de l'instrument en tire les meilleurs sons, à la fois les délicats pincements de cordes que les glissandos aériens. Une belle rêverie. Le deuxième mouvement, plus puissant, impliquant les vents et les percussions, rejoints par une ligne de corde bourdonnants en vibrations basses, alterne entre fragilité et mystére. Le dernier mouvement, s'emballe et sautille tel une course de chevaux pour alterner avec plus de lenteur et gravité. Une oeuvre toute en délicatesse, une vraie dentelle magnifiquement ouvragée.


Musica 2022 - Kaija Saariaho - Verblendungen - Photo: lfdd


Après l'entracte, Verblendungen  (1984) est une pièce qui a contribué à la reconnaissance internationale de Kaija Saariaho.  Elle démarre tout en éclat et en force, avec un son massif, les percussions en tension, soutenu, qui se dilue et s'estompe au fur et à mesure et l'on se rend compte qu'en fait il ya a aussi un son enregistré avec lequel l'orchestre, qui peu à peu s'éteint, dialogue. L'orchestre, s'en allant en battements d'ailes laisse la bande grésiller dans un soufle aérien. 


Musica 2022 - Darker Stem - Clara Iannotti - Photo: lfdd


Dernière pièce du programme, la création Darker Stem (2022) de Clara Iannotta, sa dernière production composée alors qu'elle sort d'une épreuve physique (un traitement contre le cancer) qui a influé sa composition est en référence à la poétesse Dorothy Malloy, elle-même décédée d'un cancer. L'expérience de l'isolation de la maladie lui ont fait créer cette oeuvre presque close, enfermée, qui débute par une partie électronique enregistrée, et où l'orchestre arrive avec des intruments originaux - il y a un harmonica et un accordéon (Marie-Andrée Joerger). La harpe aussi et les cordes frottent non seulement leurs cordes mais également des pièces de métal plus ou moins grands, et amplifiés - et même des boites en carton - tout comme les percussionnistes frottent avec un archet les lames de leur vibraphone ou les cymbales.


Musica 2022 - Darker Stem - Clara Iannotti - Photo: lfdd


La pièce nous immerge dans un univers très surprenant, oscillant entre agitation et distanciation, presque déréalisé, mais tout en finesse avec des grincements qui s'amplifient pour finir sur une voix enregistrée totalement hachée, déformée, étrangère, hors du monde, entre l'expérience de seconde vie et le retour sur terre.


Après l'éblouissement, l'obscurité apaisante


La liaison est facile, et c'est dans la nef retrouvée de Saint Paul (avant le dernier rendez-vous pour Sonic Temple, Volume 4 le 29 septembre) que la soirée s'achève en compagnie de Brian Eno, ou plutôt de l'Ensemble Dedalus, à savoir Didier Aschour (guitare, arrangements et direction artistique), Amélie Berson (flûte), Laurent Bruttin (clarinette), Pierre-Stéphane Meugé (saxophone), Christian Pruvost (trompette), Thierry Madiot (trombone), Silvia Tarozzi (violon), Cyprien Busolini (alto), Éric Chalan (contrebasse), Denis Chouillet (piano), Linda Edsjö (vibraphone), et Deborah Walker (violoncelle) qui nous offre avec Discreet Music une version acoustique de trois pièces à priori électroniques (même s'il y a aussi du piano) du musicien de l'ex-groupe Roxy Music et d'autres formations, qui a "inventé" la "musique d'ascenseur". Cette musique très minimaliste, "ambiant music" - musique d'ambiance, dont une des pièces s'appelle "Music for Airports", calme et sans aspérités offre cependant un indéniable plaisir à l'écoute . Cette version pour (petit) orchestre et un moment de pur plaisir qui va crescendo. Le piano pose les quelques notes de base, répétées et complétées par la basse, puis le vibraphone, rejoints par la guitare électrique et ses vibrations, puis le violoncelle, le violon et les vents pour le deuxième morceau. Les musiciens reprennent à l'identique les pièces Discreet Music (1975), Music for Airports (1978) et Thursday Afternoon (1985), telles que sur le disque, une expérience qui ressemble, tout en étant différente à la recréation de Dark Side of the Moon par Thierry Balasse - vu à Musica en 2012). Voilà, je vous laisse écouter là:

Musica 2022 - Discreet Music - Ensemble Dedalus - Brian Eno - Photo: lfdd

Musica 2022 - Discreet Music - Ensemble Dedalus - Brian Eno - Photo: lfdd

Musica 2022 - Discreet Music - Ensemble Dedalus - Brian Eno - Photo: lfdd

Musica 2022 - Discreet Music - Ensemble Dedalus - Brian Eno - Photo: lfdd

Musica 2022 - Discreet Music - Ensemble Dedalus - Brian Eno - Photo: lfdd

Musica 2022 - Discreet Music - Ensemble Dedalus - Brian Eno - Photo: lfdd


La Fleur du Dimanche


 

mardi 20 septembre 2022

Musica nous emmène en voyage: intime, en bateau, en fusée dans un tuba ou dans l'univers virtuel

 Curieusement les propositions de concerts du Festival Musica, après le pan Aperghis et Saariaho (voir les billets sur Migrants, Derrière le Miroir et Eblouissements) nous embarquent encore dans des voyages. 


MUSICA 2022 - Alssandro Bosettti - Journal de bord - Photo: lfdd


Le premier, avec Journal de Bord d'Allessandro Bosetti au TJP le 20 septembre sera, après un court vol de Milan dérouté, un voyage au long cours en bateau de Gibraltar à Lanzarotte. Le journal de bord de la mère d'Allessandro sert de matière - même sonore puisque le texte est dit à la fois par la mère et par le fils dans une composition chorale à deux voix, rythmée et accompagnée par la guitare électrique et le shamisen de Kenta Nagai, la clarinette et la voix de Carol Robinson et les percussions et la voix d'Alexandre Babel et quelques effets électroniques ou remixages d'Allessandro Bosetti. 

MUSICA 2022 - Alssandro Bosettti - Journal de bord - Photo: lfdd


Celui-ci nous offre également une chanson, presque sous la forme d'une comptine à partir de la seule partie 'intime" de ce journal où elle dit à la fois son désir, son amour et sa haine envers son mari qu'elle vient de quitter pour faire ce voyage-retraite sur ce bateau. Sinon le voyage est rythmé par les dates des jours de navigation, avec description des étapes, rencontres mais surtout les tâches concrètes de la navigation, les quarts, les changements de voile, de la pêche et surtout les résultat des courses et de cette pêche, donc de la gastronomie qui semble très importante. Et la météo qui régit tout cela. 


MUSICA 2022 - Alssandro Bosettti - Journal de bord - Photo: lfdd


Le texte, avec cette poésie prosaïque nous emporte dans un demi-songe éveillé - la lumière, discrète et la composition musicale soutenant les propos y contribuant largement, entre farniente ou calme plat et épisodes tempêtueux et tendus. Une belle croisière vécue sans les inconvénient de la pluie et des grains.


MUSICA 2022 - Simon Steen-Andersen - Transit - Photo: lfdd


Le deuxième voyage, au Maillon se fait sous la forme presque d'un voyage dans l'espace - nous avons droit au count-down d'un lancement de fusée. Mais c'est dans les entrailles d'un tuba que Simon Steen-Andersen nous emmène grâce à une caméra endoscopique pour Transit. Nous assistons à la remontée de la tuyauterie du pavillon jusqu'à l'embouchure. Le personnel mobilisé est presque aussi nombreux que pour un lancement de fusée. Les moyens mis en oeuvre relèvent de la superproduction, en miniature, avec les équipes caméra, éclairage et accessoires; sans compter les musiciens de l'ensemble Musikfabrik. 


MUSICA 2022 - Simon Steen-Andersen - Transit - Photo: lfdd


En tout, quatorze personnes qui entourent Melvyn Poore censé jouer un concerto pour tuba, mais qui ne peut que souffler - et pas jouer - de son instrument pour ainsi dire désossé. Le voyage - au centre du tuba - est assez mystérieux et les décors font illusion. Et l'on s'accommode de ce désir d'enfant de casser son jouet et d'en visiter les entrailles.


Hyper Concert


Le troisième voyage sera majoritairement dans un monde virtuel, entre le clip et le jeu vidéo avec Hyper Concert par l'Ensemble Imaginaire le 21 septembre à la Pokop.  Hyper Concert c'est l'alliance à travers les frontières de l'ensemble L'Imaginaire de Strasbourg, actif depuis de nombreuses années et de la formation Hyper Duo, de Bienne composée du pianiste Gilles Grimaitre (présent depuis quelques temps au sein de L'Imaginaire et du batteur Julien Mégroz. La soirée devait se dérouler en deux parties se répondant mais l'absence pour des raisons de santé de Julien Mégroz a vu le programme un peu transformé, mais pas moins inintéressant.


MUSICA 2022 - L'Imaginaire - Hyperroxic - Maling Bang - Photo: lfdd


La première pièce, Hyperoxic (2011) de Malin Bång était inspirée de l'air sous toutes ses formes, à la fois comme élément, souffle et matière avec des accessoires évindents et d'autres moins. Bien sûr la flûte jouée ou plutôt "soufflée" par Keiko Murakami, mais également un pompe à vélo ou une siréne, une baudruche dont on carresse la matière - et dont on ne sort pas, curieusement de son strident.

MUSICA 2022 - L'Imaginaire - L'adieu aux sirènes - Hibiki Mukai - Photo: lfdd

MUSICA 2022 - L'Imaginaire - L'adieu aux sirènes - Hibiki Mukai - Photo: lfdd

MUSICA 2022 - L'Imaginaire - L'adieu aux sirènes - Hibiki Mukai - Photo: lfdd


La deuxième pièce, L'Adieu aux sirènes (2022) de Hibiki Mukai soutenue par une vidéo aux images quelquefois lêchée ou qui se fractionnent ou se diluent et se défait alterne des plages ondulantes et des instants saccadés et bruissants. Nous aons toujours à la flûte Keiko Murakami, au saxophone Philippe Koerper et aux claviers Gilles Grimaitre qui nous propose un belle dynamique de percussions. La pièce s'achève par une folle danse disco.


MUSICA 2022 - L'Imaginaire - Toxic Box - Daniel Zea - Photo: lfdd

MUSICA 2022 - L'Imaginaire - Toxic Box - Daniel Zea - Photo: lfdd


Avec Toxic Box , de Daniel Zea nous avons une nouvelle version 2022 de la pièce qui avait déjà été présentée lors de l'édition 2020 de Musica. Nous sommes toujours dans l'univers du jeu vidéo et du morphing des trois musiciens animés en direct sur l'écran - c'est Gilles Grimaitre avec son clavier qui en jouant certaines notes fait apparaître, se positionner et bouger les trois musiciens en gros plan ou en buste. Et modifie leurs expressions et grimaces. Le style graphique a eu un "lifting" pour se rapprocher des univers de jeu vidé plus récents, moins vintage. Il reste cependant daté et de ce fait garde une distanciation vis-à-vis du spectateur. La partition est enlevée, et à travers de multiples et courtes séquences, un portrait chinois des musiciens se dessine. Les musiciens en habits de lumière, la clarinette et le saxophone assez minimaliste et le synthé en chef d'orchestre rythmique nous offrent un ensemble vigoureux non dénué d'humour.


En deuxième partie, c'est le film Cadavre Exquis réalisé par Emmanuel Vion-Dury à partir de la composition expérimentale, concue sur le principe du cadavre exquis - un échange entre les deux musiciens Gilles Grimaitre et Julien Mégroz rebondissant à partir des dernières notes de la composition précédente - construisent une pièce de douze séquences "à l'aveugle". Musicalement le résultat est très intéressant - les musiciens se connaissent bien et ont l'habitude de jouer ensemble, de plus ils ont de l'humour et donne une belle dynamique. Le film d'Emmanuel Vion-Dury se présente comme une succession de 12 vidéo-clips, tous différents et eux aussi liés par des images de transition inventives. Le rythme ne faiblit pas et l'on passe de concerts déjantés dans une abbaye, à l'intérieur d'une voiture, un parc avec un marchand de glace et plein d'autres lieux avec de courtes histoires comiques, humoristiques ou carrément surréaliste qui nous transportent sans faiblir dans une folle chevauchée.

Je vous en offre le teaser:



Bonne suite..


La Fleur du Dimanche

dimanche 18 septembre 2022

Un (premier) dimanche à Musica: des petits riens et beaucoup d'humour

 La musique contemporaine n'est pas toujours sérieuse. Les artistes sont souvent iconoclastes et les musiciens, de tous les temps, ont quelquefois choqué leur public. Les compositeurs d'aujourd'hui sont aussi très sérieux, mais ils ne sont pas non plus dénués d'humour. On l'aura vu pour certains concerts du Festival Musica, dont Bestiarum musicale proposé par l'ensemble Cairn autour des oeuvres de Noriko Baba.


Musica 2022 - Thierry Blondeau - Ensemble Cairn - Photo: lfdd


La matinée Bestiarum musicale qui lui est consacrée au TJP à Strasbourg voit en clôture la création de la pièce éponyme par l'ensemble Cairn sous la direction artistique de Jérôme Combier et la direction musicale de Guillaume Bourgogne avec, à la flûte Cédric Jullion, à la clarinette Ayumi Mori, au violon Constance Ronzatti, à l'alto Cécile Brossard, au violoncelle Alexa Ciciretti, à la guitare Christelle Séry, au piano Caroline Cren et aux percussions  Hsiao-Yun Tseng.  ses autres pièces sont encadrée par deux oeuvres, la première de Gérard Blondeau, Pêle-mêle (1998) et pour finir Talea de Gérard Grisey, son professeur.  Gérard Blondeau ne manque pas d'humour non plus en faisant balancer trois guitares par les musiciennes, guitares qui font les pendules sonores - avec le son des cordes grattées qui s'éteint en alternance avec la clarinette et un clavier qui joue de temps en temps un air de clavecin, et les cordes (violon, violoncelle). 


Musica 2022 - Noriko Baba - Ensemble Cairn - Bonbori - Photo: lfdd


Les trois pièces de Noriko jouent sur la mémoire et le quotidien, la poésie du presque rien, apparaissent de temps en temps des sons incongrus, comme par exemple dans Bonbori (2008) le bruit de connexion d'un modem (historique), des sonneries d'absence de téléphone ou de numérotation, des grésillements et des sifflements, tout comme le son d'une bouteille dans laquelle on souffle. Elle joue également avec le rythme, jouant des passages courts ou même très courts, et même mimant le silence non joué. 


Musica 2022 - Noriko Baba - Ensemble Cairn - Tumulte - Photo: lfdd


Pour Shiosai, tumulte des flots,(2012) un trio piano, violon et violoncelle, nous assistons à la montée en puissance de la mer, calme au départ et qui monte en puissance, en forte tension et déferle avec fracas et grincements puis qui se calme à nouveau.  


Musica 2022 - Noriko Baba - Ensemble Cairn - Bestiarum Musical - Photo: lfdd


Avec Bestiarum musicale, nous avons toujours cette ambiance à la fois enfantine et surréaliste, empreinte de poésie, avec la percussionniste qui joue sur une table à merveille avec ses jouets musicaux.


Musica 2022 - Gérard Grisey - Ensemble Cairn - Talea - Photo: lfdd


La pièce de Gérard Grisey Talea (1987) est une oeuvre énergique, entrecoupée de silences, qui joue sur les dissonnances et où le piano prend un grand rôle.


Personnel et confidentiel 


Musica 2022 - Personnel et confidentiel - Daniel Gloger - Photo: lfdd

Musica 2022 - Personnel et confidentiel - Daniel Gloger - Photo: lfdd


Pour la suite de l'humour, dans la pièce Personnel et confidentiel de Kaj Duncan David et Troels Primdahl avec Daniel Gloger, on se demande si c'est de l'humour ou si la répétition doit être vue comme du comique. Le dispositif et la proposition sont surprenants. Nous entrons dans la loge d'un artiste, le contre-ténor Daniel Gloger qui "performe" son propre rôle et nous présente dans ce qu'on pourrait appeler une répétition (qui à la fin devient une accélération sans fin et de plus en plus courte de séquences auxquelles nous avions déjà assisté - la répétition jusqu'à satiété), de la journée d'un chanteur en résidence. En allemand cela pourrait s'appeler "Probe", à la fois répétition, examen et épreuve. L'épreuve est partagée intimement par le spectateur et ce qui est appelé "opérette contemporaine" nous fait plutôt assister, pendant une heure et demie à des états d'âmes  de solitude et quelques échauffements de vocaux et musculaires minimalistes qui nous désarçonnent et nous perdent en chemin. Le verre de crémant sympathiquement partagé ne nous rend pas plus confidents et nous souffrons avec le chanteur.


Concerto contre Piano et Orchestre de l'Orchestre La Sourde avec Eve Risser.


Eve Risser aime marcher en dehors de sentiers battus (elle a fait le Grand Canyon en solitaire) et ses pas qui vont du classique vers le jazz (elle a intégré à 26 ans le Junior Liberation Music Orchestra de Charlie Haden puis l'ONJ en 2008), puis la musique contemporaine et l'ont menée à prendre de front - ou de concert - tous ces genres. Non dénuée d'humour - une qualité partagée avec les musiciens qui composent l'Orchestre La Sourde qui l'accompagne, elle nous propose une version originale du Concerto pour clavier en ut mineur de Carl Philip Emmanuel Bach. Preuve du mélange des genres, la soirée voit la mise en commun des moyens de Musica, Jazzdor et de l'Opéra National du Rhin, le tout accueilli dans le grand auditorium de la Cité de la Musique et de la Danse.


Musica - Jazz d'Or - Opéra National du Rhin - Concerto contre Piano et Orchestre - Orchestre La Sourde - Photo: lfdd

Musica - Jazz d'Or - Opéra National du Rhin - Concerto contre Piano et Orchestre - Photo: lfdd

Musica - Jazz d'Or - Opéra National du Rhin - Concerto contre Piano et Orchestre - Photo: lfdd


En guise d'introduction, un grand échalas, Thibault Perriard nous offre une conférence insolite sur l'orchestre et le pouvoir ("Qui dirige?"), la solitude (du soliste, du musicien, du compositeur,..) et la relativité des trajectoires parallèles. D'ailleurs, alors qu'un ensemble à corde de huit musiciens a commencé à jouer, il sort de dessous le rideau pour s'immiscer parmi eux avec sa batterie, bientôt rejoint par les vents qui font se lever le rideau. 


Musica - Jazz d'Or - Opéra National du Rhin - Concerto contre Piano et Orchestre - Photo: lfdd

Musica - Jazz d'Or - Opéra National du Rhin - Concerto contre Piano et Orchestre - Photo: lfdd

Musica - Jazz d'Or - Opéra National du Rhin - Orchestre La Sourde - Eve Risser - Photo: lfdd


La suite, avec l'arrivée du piano mobile d'Eve Risser, se déroule comme un grand ballet chorégraphié de figures géométrique d'organisation et de désorganisation tandis que les musiciens nous offrent toute une palette de variations, du baroque au free jazz, avec piano préparé - et réparé - qui à la fois nous enchantent et quelquefois nous font éclater d'un rire libérateur. Les  dix-huit musiciens* de l'Orchestre La Sourde et s'en sortent brillamment dans cette déconstruction-reconstruction du Concerto pour clavier en ut mineur de Carl Philipp Emanuel Bach dans cette re-mise en musique et la conception du quartet Samuel Achache, Antonin-Tri Hoang, Florent Hubert et Eve Risser.


Musica - Jazz d'Or - Opéra National du Rhin - Concerto contre Piano et Orchestre - Eve Risser - Photo: lfdd


Le spectacle dôle et rafraîchissant est un plaisir pour les yeux, surpris par les multiples variations et agencements des musiciens dans l'espace, et les oreilles, décrassées entre les genres et appréciant tout autant les libres interprétations des thèmes et des mélodies que les retours à la partition historique qui resurgit de temps en temps et qui s'insinue dans notre mémoire. Une soirée à la fois iconoclaste et docte. 


A suivre ....

La Fleur du Dimanche


*Concerto contre Piano et Orchestre:

Orchestre La Sourde
piano | Eve Risser
batterie, percussions | Thibault Perriard
flûte | Anne Emmanuelle Davy
clarinettes et saxophones | Antonin-Tri Hoang, Florent Hubert
trompettes | Olivier Laisney, Samuel Achache
cor | Nicolas Chedmail
violons | Marie Salvat, Boris Lamerand
violes de gambe | Étienne Floutier, Pauline Chiama
violoncelles | Gulrim Choi, Myrtille Hetzel
théorbe | Thibaut Roussel
contrebasses | Matthieu Bloch, Youen Cadiou
lumière | César Godefroy/Maël Fabre
costumes | Pauline Kieffer
peinture | Benoit Bonnemaison-Fitte

samedi 17 septembre 2022

Musica fête Kaija Saariaho: 70 ans et un long cheminement commun grâce à une musique riche et profonde

Kaija Saaariaho fête ses 70 ans et Musica lui offre un week-end de fête et de célébration. La compositrice finlandaise qui n'est pas une inconnue pour les fidèles du Festival Musica - Elle a eu un "Portrait" qui lui était dédié en 1994,  une résidence en 2005 et ses oeuvres ont été régulièrement présentées lors des édition suivantes (2013, 2017, 2020, 2021). Ces oeuvres, que ce soit pour des formations de chambre, sa musique avec électronique, ses pièces pour orchestre (Du Cristal... à... la Fumée,) ou d'opéra (L'Amour de loin, en version concertante) ont eu un accueil favorable du public qui a suivi son cheminement entre la Finlande qu'elle a quitté très tôt tout en restant liée à la culture du pays, Fribourg et Paris. 

Musica lui offre donc l'occasion de présenter le programme Only the sound remains au Maillon le 16 et le 18 septembre et une après-midi et une soirée festive Kaija dans le miroir le samedi 17 avec le partenariat d'Arte et placée sous le parrainage de l'ambassade de Finlande.

Musica 2022 - Kaija Saariaho - Only the soud remains - Photo: lfdd


Only the sound remains, un pont entre la Finlande et le No japonais

Le théâtre No, ce style de théâtre minimaliste nourri de pantomime et qui a failli disparaître par deux fois au XXème siècle (au début, sous l'ère Meiji, puis à la fin de la deuxième guerre mondiale) est arrivé en Occident grâce à des auteurs comme Claudel ou Yeats et, pour le théâtre, Stanislavski, Meyerhold et Brecht. Kaija Saariaho a monté une première version de cette pièce - en fait la représentation de deux pièces traditionnelles de théâtre No Tsunemasa et Hagoromo - avec le metteur en scène Peter Sellars en 2016 à Amsterdam. La présente version, avec une mise en scène et les vidéos d'Aleksi Barrière, a été crée au Japon en 2021.


Musica 2022 - Kaija Saariaho - Only the soud remains - Photo: lfdd

Musica 2022 - Kaija Saariaho - Only the soud remains - Photo: lfdd


La scène est sobre, des pans de papiers, ou de tissus blanc sont suspendus en trois rangées au centre de la grande scène, les quatre soliste du Cor de Cambra del Palau de la Musica catalan sont côté cour et un petit orchestre (ensemble à cordes) complété d'un percussionniste, Mitsunori Kambe, d'une flutiste, Camilla Hoitenga et d'une joueuse de kantele, Eija Kankaanranta. Le ou plutôt les kanteles qu'elle joue sont des intruments traditionnels finlandais qui ont une grande importance dans cette orchestration, tout autant que les flûtes, qui personnifient les éléments et aussi les oiseaux dans cette pièce. La musique, tout en nous plongeant dans cette atmosphère un peu magique et très proche de la nature - et de ses esprits,  soutient les différentes péripéties et surprises que nous réservent les deux pièces, péripéties contées et chantées par Bryan Murray et sa belle voix de baryton, interprétant, dans la première pièce un prêtre qui en dcouvrant et jouant d'un luth appelé "Montagne bleue" fera apparaître le spectre d'un seigneur Tsunemasa qui en joue à nouveau et retrouve la sérénité avec de repartir dans le royaume des ombres, comme un papillon de nuit. Michal Slawecki, magnifique contre-ténor joue ce spectre et sa voix nous fait frissonner. Un danseur japonais, Kaiji Moriyama incarne de double de cet esprit dans une belle danse macabre. Le choeur quant à lui commente le déroulé du drame dans une belle polyphonie.


Musica 2022 - Kaija Saariaho - Only the soud remains - Photo: lfdd

Musica 2022 - Kaija Saariaho - Only the soud remains - Photo: lfdd

Musica 2022 - Kaija Saariaho - Only the soud remains - Photo: lfdd


Pour la deuxième pièce, l'histoire raconte la rencontre d'un pêcheur avec une Tennin, un genre d'ange qui essaie de récupérer un manteau de plumes que le pêcheur vient de découvrir. La Tennin tente d'échanger ce manteau qui appartient à l'un des leurs en échange d'une danse qu'elle va apprendre au pêcheur. Ici aussi, le danseur incarne la part dansante de l'esprit de l'au-delà et sa danse est plus aérienne et volettante. Les deux histoires sont courtes, mais autant la mise en scène presque minimaliste, que l'accord de l'orchestre avec les deux chanteurs et le choeur nous plongent dans un univers à la fois féérique et en symbiose avec les éléments et la nature. Les cordes nous transportent dans cet ambiance changeante et la flûte passe de la voix humaine au chant des oiseaux avec délice. Le kantele, frappé, gratté, frotté, ou caressé participe de ses sonorités étranges et exotiques à nous distancier du réel. Nous ressortons de cette pièce comme en ayant vécu une parenthèse étrange et décalée.


Musica 2022 - Kaija Saariaho - Kantele - Photo: lfdd


Kaija dans le miroir, rétro-spectaculaire


L'hommage à Kaija Saaariaho se poursuit le samedi après-midi jusque tard dans la nuit (à minuit) et c'est un opéra filmé, son dernier, Innocence créé en juillet 2021 à Aix en Provence sous la direction de Suzanna Mälkki avec le London Symphonic Orchestra et les choeurs de l'Estonian Philharmonic Choir dans une mise en scène de Simon Stone qui ouvre le programme. La réalisation du concert filmé est de Philippe Béziat et c'est Arte qui le propose en avant-première de sa diffusion, le 18 septembre. Il est visible jusqu'au 1er juillet 2024 sur Arte concert). Le livret est de l'autrice finlandaise Sofi Oksanen, dont le roman Purge avait eu le Prix Fémina étranger en 2010.

Kaija Saariaho - Innocence

L'histoire entremêle un mariage entre un finlandais et une hongroise et un épisode survenu dix ans auparavant dans une école internationale, à savoir une tuerie de masse ressemblant, entre autres à celle de Tuusula en 2007. Toute l'action se déroule dans un bâtiment carré de deux étages qui n'arrête pas de tourner (conception de Chloe Lamford) et nous sommes entraînés dans cette course sans fin jusqu'à perdre haleine. Tout se passe apparemment bien au début - même si les paroles des étudiants, avant la noce, nous font douter de quelque chose et que l'attitude de la serveuse tchèque (impressionnante Magdalena Kožená) nous alerte très rapidement. Et, au fur et à mesure que l'action se déroule, l'enseigne du bâtiment "Convallaria" (le nom latin du muguet, qui peut signifier l'innocence mais qui cache également son côté toxique) se change en "International School" quand le poison du passé - le possible retour du frère assassin - et la représentation symbolique du massacre (nous ne voyons jamais le tueur) prennent place sur scène. Le choix scénographie - cet espace tournant à nous donner le tournis - et de mise en scène - qui nous oblige à débusquer à chaque tour les protagonistes et les changements que subit l'action -  nous emporte dans un rythme de film policier et la réalisation filmée est une pure réussite, collant de près au déroulé. Les différents personnages sont magnifiques, en particulier la serveuse Tereza, - Magdalena Kožená, Stela, la mariée - Lilian Faharani, Tuomas, le marié - Markus Nykänen, Patricia, sa mère - Sandrine Piau et Henrik, son père - Tuomas Pursio. Il faut aussi noter la prestation remarquée, et très applaudie de Marketa, l'étudiante fille de Tereza interprétée par Vilma Jää qui nous offre quelques variations chantées version chants traditionnels bulgares avec une voix surprenante. La distribution est très cosmopolite, surtout avec les étudiants,  un choix volontaire, à la fois de la compositrice et d'Aleksi Barrière qui a traduit le livret du finnois en de nombreuses langues - principalement en anglais et en finnois (les personnages des parents basculent un moment dans cette langue), en tchèque mais aussi en allemand, français, roumain, espagnol, suédois ou grec. L'histoire nous réserve de belles surprises qui nous font nous interroger sur nos à-prioris et nous faire nous méfier des jugements trop rapides ou des conclusions trop hâtives et nous interrogent vraiment sur la manière dont nous connaissons les autres, entre particulier nos propres enfants qui peuvent à la fois transporter leurs secrets mais aussi avoir un immense besoin de se confier et d'échanger. Une très belle leçon de morale non moralisatrice tout en étant une magnifique création artistique. C'est ce que l'on devrait attendre des oeuvres en général.


Kaija dans le miroir


La soirée hommage à Kaija Saariaho débute en introduction par une création électro-acoustique de Nuria Gimenez-Comas Love from afar qui mixe les multiples témoignages d'ami.e.s et collaborateurs de Kaija et de la musique comme des  bravos en ouverture. Puis ce sont six pièces dont la composition s'étale de 1991 à 2016 qui précèdent quelques extrait d'un portrait documentaire à venir d'Anne Grange.


Musica 2022 - Kaija Saariaho - Light still and moving - Photo: lfdd

Musica 2022 - Kaija Saariaho - Die Ausicht - Photo: lfdd


Musica 2022 - Kaija Saariaho - Sept Papillons - Photo: lfdd


Musica 2022 - Kaija Saariaho - Changing Light - Photo: lfdd


Musica 2022 - Kaija Saariaho - Nuits, Adieu - Photo: lfdd


Light still and moving (2016) pour flûte et kantele nous offre à nouveau d'entendre cet instrument traditionnel finnois et la flûte aérienne de Camilla Hoitenga. suivi de Die Aussicht (2996/2019) pour soprano et quatuor à cordes. La pièce Sept papillons (2000) pour violoncelle est interprétée par Anssi Karttunen, un magicien des cordes qui arrive à nous sortir des sons impressionnants de l'instrument , entre autres des vibrations et des harmoniques magnifiques. Avec Changing Light (2002) pour soprano et violon nous apprécions la magnifique voix de l'interprète. Noa Noa (1992) pour flûte et electronique et Nuits, Adieux (1991) terminent le programme et prouvent la belle maîtrise de Kaija qui mélange ici les intruments (la flûte et ses échos) et les quatre chanteurs du Cor de Cambra del Palau de la Musica dont les voix magnifiques dialoguent, comme un choeur antique avec la création electronique, les nappes sonores et les échos et autres mélanges de sons.


Musica 2022 - Kaija Saariaho - Kaija dans le miroir - Photo: lfdd


Les images du film d'Anne Grange nous permettent de mieux voir Kaija Saariaho dans sa vie quotidienne et son processus de création (son rappport au temps, à son espace de vie, aux projets de création, par exemple l'opéra Innocence ou à l'arbre mystérieux qui "habite" sa cour à la campagne. Un beus bis au violon nous offre une superbe interprétation où les cordes, entre carresse et tension nous rappelle cet entagonisme à l'oeuvre dans la musique de Kaija fêtée ce soir. 

 

Tres Coyotes


Musica 2022 - Kaija Saariaho - Tres Coyotes - Photo: lfdd


La soirée s'achève sur une magnifique prestation de ses amis musicien, le compositeur - et pianiste - Magnus Lindberg, un compatriote et collègue, le violoncelliste Anssi Karttunen, finlandais et interprète fidèle qui fut aussi un fidèle compagnon de Kaija à Paris, accompagnés du bassiste John Paul Jones qui faisait partie du groupe Led Zeppelin. Leur dialogue à trois, hommage à Kaiji les voit improviser (?)  et se répondre d'un côté à l'autre de la scène, Magnus Lindberg à son piano, avec ses partitions qu'il sollicite de temps en tamps, John Paul Jones la tête versée sur sa basse électrique et Anssi jonglant entre son violoncelle et un violoncelle electrique raccordé à de l'électronique. Le long flot de musique qui rebondit de l'un à l'autre, chacun à l'écoute des autres nous berce de son flot sur une bonne heure sans interruption. On sent le plaisir immense de ces trois monstres sacrés qui ont une maîtrise absolue de leur intrument et qui le jouent dans une harmonie commune. Leur joie de jouer déborde sur le public émerveillé. 

Musica 2022 - Magnus Lindberg - Tres Coyotes - Photo: lfdd

Musica 2022 - Anssi Karttunen - Tres Coyotes - Photo: lfdd

Musica 2022 - John Paul Johns - Tres Coyotes - Photo: lfdd

Musica 2022 - Magnus Lindberg - Tres Coyotes - Photo: lfdd

La Fleur du Dimanche