lundi 16 janvier 2017

Letter to a Man de Robert Wilson et Mikhail Baryshnikov : coup de feu et coup de fouet

Quand trois (et même quatre) géants de la danse se rencontrent, cela donne un spectacle étonnant, détonnant même...

Au Théâtre de la Ville accueilli provisoirement à l’Espace Cardin pour cause de travaux – heureusement d’ailleurs parce que le spectacle y gagne à la proximité – la dernière création de Robert (Bob) Wilson "Letter to a Man" est un moment intense qui rend hommage au mythe de la danse  du XXème siècle: Vaslav Nijinski. Celui qui a révolutionné la danse au début des années 1900, d’abord comme danseur exceptionnel, mais surtout aussi comme chorégraphe "révolutionnaire" à partir des années 1912 (avec L’après-midi d’un faune et le Sacre du Printemps) avec les Ballets Russes de Diaghilev qui ont essaimé en Europe, et a sombré progressivement dans la folie à l’âge de trente ans.



Robert Wilson se base sur des extraits du Journal de Nijinski que ce dernier a commencé à écrire en 1919, suite à sa rupture avec Diaghilev, son mariage avec Romola et son installation à Saint-Moritz en Suisse.  Effectivement, ces quatre cahiers remplis dans l’urgence pendant une période très courte (six mois) sont une sorte d’autoanalyse de celui qui s’arrêtera d’écrire, de danser et restera  cloîtré jusqu’à sa mort, 31 ans après. Le texte de plus en plus embrouillé, parle de sa femme, de sa fille, de son médecin et de sa vie quotidienne, de la guerre et aussi de son rapport à Dieu avec lequel il dialogue comme avec son double dans sa schizophrénie. Il y parle aussi beaucoup de sexe, ce qui avait valu à la première version publiée par son épouse de ces cahiers d'être bien expurgée.

Letter to a man - Bob Wilson


Le texte du spectacle Letter to a Man, finalisé par Christian Dumais-Lvowski, reprend des extraits de ces cahiers en mettant en avant tout l’aspect répétitif et le côté "idées fixes", en plongeant le spectateur au coeur de la pensée saccadée de Nijinski. Robert Wilson, en magicien de l’image, tel que nous le connaissons, rythme cela en des tableaux percutants, avec de brusques changements de lumière, de type d’éclairages et de couleurs qui nous basculent d’un univers et d’une ambiance à une autre dans des claquements semblables à des coups de fouet. S’y ajoutent les répétitions de textes, phrases rabâchées comme des prières, mais surtout les versions multiples – en français, en anglais, en russe – dites en direct ou en off par des voix masculines et féminine – qui se répondent en écho dans nos têtes jusqu’à saturation.  

Letter to a man - Bob Wilson


Mikhail Baryshnikov qui fut une star de la danse de la fin du XXième siècle et son jeu, à la fois en retenue quelquefois, mais aussi très enlevé et enjoué, nous montre les différents "états d'"âme" de Nijinski tout au long du spectacle. Il incarne pleinement ce corps qui ne danse presque plus, entravé et bloqué, mais tout en puissance et en force. Avec quelques envolées, dont la mémoire de Nijinski rejoue la légèreté perdue, ou les traumatismes de la guerre et de la mort. Il y a aussi quelques scènes plus humoristiques, comme ce clin d’oeil au sujet des cocottes et où un personnage de petite fille sur roulette traîne une énorme poule jaune en bois qui traverse la scène pendant que Nijinski se remémore ses visites à Paris et son commerce avec les "poulettes" qu’il "besognait" plusieurs fois par jour.


A l'origine de cette pièce, l’interprétation de la destruction d’une chaise par Baryshnikov, dans un autre spectacle de Bob Wilson - destruction qui fait écho à celle par Nijinsky en Suisse, lors d'une de ses derrnières représentations, juste avant de sombrer dans la folie). Et Baryshnikov donne toute sa matérialité et la force de son corps à Nijinski, sous le regard inspiré de Lucinda Childs (dernière des quatre géants) pour les mouvents - elle est aussi la voix féminine du spectacle.





Le spectacle est joué jusqu'au 21 janvier 2017, courrez-y !

Bon Spectacle

La Fleur du Dimanche


LETTER TO A MAN 
mise en scène, décors & conception lumières 
Robert Wilson
avec 
Mikhail Baryshnikov 
inspiré de 
Diary of Vaslav Nijinski
texte 
Christian Dumais-Lvowski 
dramaturgie 
Darryl Pinckney 
musique 
Hal Willner 
costumes
Jacques Reynaud 
collaboration aux mouvements & texte parlé 
Lucinda Childs 
lumières 
A.J. Weissbard 
collaboration décors 
Annick Lavallée-Benny 
conseillère à la mise en scène 
Nicola Panzer 
son 
Nick Sagar, Ella Wahlström 
vidéo 
Tomek Jeziorski 
Un projet Change Performing Arts et Baryshnikov Productions.
PRODUCTEURS EXÉCUTIFS
Elisabetta di Mambro, Franco Laera en association avec Huong Hoang. 
COMMANDE DE 
Spoleto Festival dei 2Mondi, BAM, Cal Performances-University of California Berkeley, Center for the Art of Performance at UCLA. EN COLLABORATION AVEC 

Teatros del Canal-Madrid, Les Ballets de Monte-Carlo/Monaco Dance Forum et CRT Teatro dell’Arte Milano. 


  

dimanche 15 janvier 2017

Houx vert, houx-fleur et mousse essaime... parler à un mouton

Noël s'éloigne, la neige aussi... mais va revenir.... 
Tout est ouvert et chou, en fleur et mis en scène.... de manière tout à fait naturelle, même si la nature est un peu tirée par les bouts...
Je vous parlerai de Lévêque qui rappelle Bowie et le mouton, et les fleurs et bien sûr un bout de tour de houx avec Jean-Roger, Jacques, Anne et Eléonore...

Et donc, image de pluie, du vert luisant et mouillé:


Vert luisant - Photo: lfdd


Et bien sûr, le houx qui fleurit femelle (sous l'attente de validation de Anne et Béatrice), chou aussi sous la pluie...
Ben non, la réponse vient de tomber c'est un mahonia; mais je ne changerai pas le titre du billet, trop compliqué, d'autant plus que Martine a dit "houx-mousse" !!!


Houx fleuri et luisant - non mahonia ! - Photo: lfdd


Claude Lévêque vient de sortir un livre d'artiste aux éditions Jannink : "parler à un mouton". Il démarre ainsi:

"La nouvelle tombe ce lundi de grisaille: David Bowie est mort."

Il y parle de lui, des autres, des fleurs et on y trouve entremêlés quelquefois au texte, ses dessins, comme un journal furieux...
Extrait du deuxième texte: 

"Il ne me reste de toi de présence terrestre d'une famille décimée à laquelle j'ai appartenu un temps. Le temps des désillusions et de l'insouciance, celui des arbres toujours en fleurs, aura au fil des étapes condamné les passés comme les futurs.
... Au printemps on asperge de desherbant les plantes rebelles, étrangères et trop vivaces."
...
"Parler à un mouton est inutile mais burlesque"
et finit ainsi:
"J'allais fin août dans un champ cueillir de belles belles belles 
mirabelles qui m'attendaient. Depuis deux ans elles ne sont plus au rendez-vous. J'ai dispersé des boutons d'or au pied des pruniers en espérant leur retour prochain."

Alors, je vous offre sa (un de ses) fleur(s):


Fleur de Claude Lévêque - parler à un mouton - Editions Janninck


Et comme le temps met aussi son manteau de mousse, je vous en offre un bout chou:


Moussse verte - Photo: lfdd



Et bien sûr pour le houx, je vous ai exhumé quelques poèmes en chanson, chantés par:

Jean-Roger Caussimon: Cueille la fleur:





"...
Cueille la fleur, ami, quand tu viendras chez nous 
Même si c'est l'hiver, si tu viens de Norvège 
Ou bien du Canada, tu riras de la neige 
Et tu trouveras bien une branche de houx 
Le houx n'a pas de fleur, pas encore mais la Terre 
Elle a fait des millions et des millions de tours 
Pour que des enfants-fleurs enfin viennent au jour 
Pour célébrer l'amour et dénoncer la guerre 
Cueille la fleur, ami ! "


Jacques Bertin: Noël
C'est un poème de Luc Bérimont sur une musique de Léo Ferré. Extrait de l'album Café de la danse 1989 :




"L'heure de minuit, cette heure où l'on chante,
Piquera mon cœur bien mieux que le houx."

Et Anne Sylvestre: ELEONORE:



"Je vous ai vus courir les filles
Quand le printemps poussait en vous
Revenir le coeur en guenilles
D'avoir cueilli la fleur de houx

Je vous ai vus les beaux dimanches

Pavoiser dessous les lampions
Mais qui vous retient par la manche
Quand vous baissâtes pavillon

Oui c'est moi, c'est Éléonore
Éléonore
Avec un coeur qu'est si vaste encore
Éléonore.

Mais je suis pourtant restée votre

Seule manière d'oublier
Lors je vis à l'écart, en butte
A mille et une méchancetés
Vos épouses me persécutent
Et vous, vous me tyrannisez

Je vous ai vus courir les filles

Quand le printemps poussait en vous
Revenir le cœur en guenilles
D'avoir cueilli la fleur de houx
Je vous ai vus les beaux dimanches
Pavoiser dessous les lampions
Mais qui vous retint par la manche
Quand vous baissâtes pavillon

Oui c'est moi, c'est Éléonore
Éléonore
'vec un coeur qu'est si vaste encore
Éléonore.

Je vous ai vus dans les venelles

courir à quelque rendez-vous
connaissant bien la ritournelle
que chanterait chacun de vous
Mais quand la belle était volage
et vous laissait sur votre faim,
qui vous servit de pâturage
et vous offrit ses douces mains?

Oui c'est moi, c'est Éléonore
Éléonore
'vec un cœur qu'est si vaste encore
Éléonore.

Je vous ai vus pleurer, messires,

tête posée sur mes genoux.
J'ai ranimé votre sourire
avec cette confiance en vous,
Et le dimanche et la semaine
vous étiez mon calendrier.
Je vous aimais, j'étais sereine,
porte ouverte, et vous le saviez.

Oui c'est moi, c'est Éléonore
Éléonore
'vec un cœur qu'est si vaste encore
Éléonore.

Je vous ai vus l'un après l'autre

déguisés en jolis mariés,
Mais je suis pourtant restée votre
Seule manière d'oublier
Lors je vis à l'écart, en butte
A mille et une méchancetés
Vos épouses me persécutent
Et vous, vous me tyrannisez

Moi, je reste Éléonore

Éléonore
Et mon cœur est plus vaste encore
Éléonore


Bon Dimanche

La fleur du Dimanche

dimanche 8 janvier 2017

227 étoiles sont nées dans le ciel et moi sous une étoile filante

Hasard du calendrier? En cette période de Noël et de l'Epiphanie nous apprenons la naissance d'un coup de 227 étoiles....
Allons-nous toutes les accrocher au sapin ?


Etoiles de Noël - Photo: lfdd

Restera-t-il de la place pour les roses de Noël ?


Fleurs de Noël - Photo: lfdd

Bon, je vous l'avoue, les étoiles ne sont pas nées d'hier, mais c'est juste qu'elles n'avaient pas de nom et pour ne pas se perdre dans le ciel étoilé, l’Union astronomique internationale vient de donner un nom officiel à ces 227 étoiles qui vont permettre aux astronomes de se repérer dans le ciel...

Je fais une petite parenthèse en vous mettant un TVA de Jules Renard:

"Je regarde les étoiles. Pour savoir leurs noms, je fais flamber une allumette-bougie, et je regarde mon atlas astronomique. Mais, l'allumette éteinte, les yeux éblouis, je ne reconnais plus, au ciel, l'étoile dont j'ai trouvé le nom."

Mais ce travail va surtout servir à nommer également les exoplanètes (planètes hors du système qui pourraient ressembler à la terre et qui font bien rêver...).
Certains noms d’étoiles nous sont parvenus grâce aux Grecs, aux Latins et aux Arabes, qui s’en servaient pour la navigation astronomique: Aldébaran, Altaïr, Pollux, Sirius, Vega. Nous pouvons en voir quelques milliers. Dans le catalogue de l’Agence spatiale européenne il y en a 1,2 milliard de répertoriés, et il y en a encore au moins cent fois plus... que l'on pourra peut-être voir un jour, de même que les trous noirs, qui ne sont toujours pas visibles et dont de nouveaux instruments vont essayer de photographier cette année celui - énorme - qui est au centre de notre galaxie. Il pèse 4 millions de fois le poids du soleil et n'en a que dix fois la taille. Il se trouve à 27.000 années lumière de la terre et n'est qu'un tout petit point noir. Un des instruments utilisé pourrait déjà voir une pièce d'un euros sur la lune...

Je vous rappelle que ces étoiles nouvellement nommées ne sont pas nées d'hier, mais demain, ou presque - en 2020 à priori - il est prévu que naisse une nouvelle étoile. C'est l'astrophysicien américain Larry Molnar qui l'annonce. Elle résulterait de  la collision de deux étoiles qui a eu lieu il y a des siècles et qui sera visible sur terre pendant un certain temps dans la constellation du Cygne. Il se peut même que la luminosité en fasse pendant plusieurs jours l'objet le plus lumineux du ciel.


Je vous met un deuxième TVA, un texte de Robert Desnos:
"Il dort, dit la lune. Et lentement, elle commença à égrener un chapelet d'étoiles. Les étoiles se plaignaient doucement, la comète qui servait de pendentif brillait de mille feux et je me demandais combien de temps encore durerait cette incantation. La lune priait ! Les étoiles une à une pâlissaient et le matin blémissait mes tempes."

Et pavant de finir en chansons, un extrait (la fin) d'un poème de Lamartine

"Et vous, brillantes soeurs! étoiles, mes compagnes,
Qui du bleu firmament émaillez les campagnes,
Et cadençant vos pas à la lyre des cieux,
Nouez et dénouez vos choeurs harmonieux!
Introduit sur vos pas dans la céleste chaîne,
Je suivrais dans l'azur l'instinct qui vous entraîne,
Vous guideriez mon oeil dans ce brillant désert,
Labyrinthe de feux où le regard se perd!
Vos rayons m'apprendraient à louer, à connaître
Celui que nous cherchons, que vous voyez peut-être!
Et noyant dans son sein mes tremblantes clartés,
Je sentirais en lui.., tout ce que vous sentez!"


Etoiles rouges de Noël - Photo: lfdd

La pêche aux étoiles en chanson étant assez  généreuse, je vais en offrir une à six branches...

Grégoire - Rue des étoiles:




MMZ - Loin Des Étoiles:



Matthieu Chedid - La Bonne Étoile:




Tino Rossi - Tant qu'il y aura des étoiles:




Et une version chantée Charles Aznavour:




Et nous passons aux étoiles filantes avec des cowboys d'hier et d'aujourd'hui :

Les Cowboys Fringants - Les Étoiles Filantes:





Gilles Marchal - L'étoile filante (1970)




A la demande générale, je rajoute "Etoile des Neiges", mais dans une version de Simon et les Modanais.




Et une blague, vous en ferez ce que vous voulez, c
'est "l'étoile filante" commentaire de l'auteur : 
"une chanson d'amour (vous pouvez regarder en hd mais je vois pas la différence)"



Sans commentaire!


Bon dimanche 

La Fleur du Dimanche

jeudi 5 janvier 2017

Dom Juan au TNS: La mécanique des sphères s'emballe..

On ne vous présente plus Dom Juan, vous le connaissez, vous l’avez sûrement vu ou rencontré une ou plusieurs fois, alors, pourquoi aller le (re)voir au théâtre ?
Il passe au TNS, dans une mise en scène de Jean-François Sivadier, est-ce une raison suffisante ? 
Ou alors, vous adorez Nicolas Bouchaud ? Vous l’avez vu jouer et vous ne ratez pas une pièce dans laquelle il apparait ? Vous avez de la chance, il est comédien associé au TNS – Théâtre National de Strasbourg et vous pouvez en profiter…

TNS : Dom Juan et Mathurine - Photo: Jean-Louis Fernandez

Mais il y a plein d’autres raisons d’aller voir ce spectacle qui passe encore jusqu’au 14 janvier à Strasbourg.

Tout d’abord, parce que même si vous connaissez Dom Juan, c’est toujours profitable de revoir l’histoire de cet homme qui en bousculant les conventions, fait un peu bouger les lignes et insuffle un air salvateur dans votre réflexion.
D’autre part, une nouvelle mise en scène apporte un nouvel éclairage sur cette histoire et celle de Jean-François Sivadier, tout en se faisant plaisir d’être du vrai théâtre va nous permettre de réinterroger le mythe de cet homme qui dit ne croire qu’en "Deux et deux font quatre, et quatre et quatre font huit"...

TNS : Dom Juan - Photo: Jean-Louis Fernandez


Et comme je le disais, c’est du vrai théâtre avec des machineries qui nous surprennent et nous enchantent - saluons le travail de scénographie de Daniel Jeanneteau et de Christian Tirole qui complètent celui de Jean-François Sivadier de même que les Lumières de Philippe Berthomé.
Parce que cette mécanique des sphères qui tournent, montent, descendent, bougent, disparaissent, nous éclairent, nous aveuglent dans le noir et nous éblouissent, ces espaces mouvants qui tombent, glissent, se fragmentent, se décalent et nous escamotent dans un instant magique le "maître" nous font passer un pur moment de féérie.

TNS : Dom Juan et Sganarelle - Photo: Jean-Louis Fernandez

Et puis il y a bien sûr les comédiens, superbes, dont on imagine qu’ils sont deux fois plus nombreux, et surtout le couple infernal Dom Juan – Sganarelle, joué par Nicolas Bouchaud et Vincent Guédon et dont on sent une complicité construite déjà au fil du temps - depuis quinze ans ! - sur les précédentes pièces qu’il ont jouées avec Jean-François Sivadier pour en arriver à un jeu très différent mais parfaitement en phase.
Il faut rappeler que Jean-François Sivadier avait, en 1996, repris la mise en scène du diptyque Dom Juan/Chimère et autres bestioles de l’écrivain et metteur en scène Didier-Georges Gabily décédé avant la création. Et l’on peut dire que cette pièce est en quelque sorte un hommage aussi à Gabily.

TNS : Dom Juan et Elvire - Photo; Jean-Louis Fernandez

Il y a donc ce pur plaisir de jeu, dont on imagine d’ailleurs que Molière a aussi dû se faire plaisir et en rire, et rire et se moquer de tous ceux qui auraient bien voulu lui clouer le bec. Mais il est assez finaud pour tromper son monde (enfin pas totalement, une des scène a été censurée à l’époque, dès la deuxième représentation...). Et il en fait trop ! il nous assemble des scènes de genre, il nous propose des variations de thèmes, il interroge à tous les niveaux, mais c’est pour notre plaisir et pour notre salut !

Et ce texte, incarné par ces superbes comédiens et mis en scène avec le primat du texte (et Jean-François Sivadier s’est aussi fait plaisir en rajoutant un texte du Marquis de Sade) est un bon moment – qui dure bien ses deux heures trente sans besoin de pause ni d’entracte – qu’il ne faut surtout pas rater.

TNS - Don Juan - le commandeur et Sganarelle


En complément, je vous offre quelques extraits d’un texte où Jean-François Sivadier parle de son projet:
"Dom Juan ne ressemble à aucune des autres pièces de Molière, c’est un ovni dans son œuvre. A l’image de son protagoniste, c’est un texte insaisissable, qui ne se laisse pas apprivoiser, c’est ce qui fait sa force et son étrangeté...
Molière, en mélangeant les formes et les registres de jeu, en se jouant des codes de la dramaturgie classique, arrive à mettre en doute la représentation elle-même. Dom Juan, c’est vraiment la grande pièce de Molière sur le doute."
Et au sujet du jeu et de la scène:

"… je cherche toujours à montrer que l’espace que peut convoquer un acteur est sans limite; que le plateau est le premier endroit – ou le dernier – où l’on peut redécouvrir, comme la première fois, la naissance de la parole et celle du mouvement, que l’acte poétique est accessible à tous, que les acteurs et le public partagent un temps et un espace qui est exactement le même... que le théâtre va naître entre la présence brute, réelle de l’acteur et l’espace qu’il va ouvrir en prenant la parole.  Il y a un mot de Godard que j’aime beaucoup: "la présence comme documentaire, la parole comme fiction.""

Et pour vous "obliger" à aller voir le spectacle: 
"Molière fait de nous les jurés d'un procès qui n'a pas lieu: pas de leçon, pas de morale, pas de verdict."

Bon spectacle

La Fleur du Dimanche

Dom Juan - Molière
Au TNS jusqu'au 14 janvier 2016
Mise en scèneJean-François Sivadier
Collaboration artistique: Nicolas Bouchaud, Véronique Timsit
Avec: Nicolas Bouchaud (Dom Juan Tenorio), Vincent Guédon (Sganarelle), Stephen Butel (Pierrot, Dom Alonse, Monsieur Dimanche), Marc Arnaud (Gusman, Dom Carlos, Dom Louis) Marie Vialle (Elvire, Mathurine), Lucie Valon (Charlotte, Le Pauvre, La Violette)
Scénographie: Daniel Jeanneteau, Christian Tirole, Jean-François Sivadier
Lumières: Philippe Berthomé assisté de Jean-Jacques Beaudouin
Costumes: Virginie Gervaise assistée de Morganne Legg
Maquillages, Perruques: Cécile Kretschmar
Son: Eve-Anne Joalland
Assistants à la mise en scène: Véronique Timsit, Maxime Contrepois 
Production déléguée: Théâtre National de Bretagne/Rennes
Coproduction; Italienne avec Orchestre; Odéon – Théâtre de l’Europe; MC2: Grenoble; CNCDC Châteauvallon; Le Grand T – Théâtre de Loire-Atlantique; Le Printemps des Comédiens

dimanche 1 janvier 2017

Du gui en boule et en bille et un bonhomme de neige nain

Pour ce jour de l'an, si vous ne vous êtes pas assez embrassé(e)s hier soir, je vous remets une brassée de gui

En boule :


Gui de l'an neuf - Photo : lfdd

Et en billes :


Gui de l'an neuf - Photo : lfdd


Et je vous souhaite une très belle année 2017





En guise de TVA, un texte de Georg Trakl que cite Claude Régy:
"Le mot dans sa paresse cherche en vain à saisir au vol
L'insaisissable que l'on touche dans le sombre silence
Aux frontières ultimes de notre esprit."

Et Claude Régy, à propos de son travail de mise en scène du texte "Rêve et Folie" de Georg Trakl qui est sa dernière mise en scène:
"Mon travail se rapproche beaucoup de l'écriture: 
Il me semble que l'on devrait toujours avoir l'impression de réécrire l'oeuvre dès l'instant où l'on décide de s'en emparer.
D'ailleurs, je souhaite que le public ait aussi ce sentiment en venant découvrir mes mises en scène. Le but étant qu'il ait la sensation de créer le spectacle auquel il assiste alors qu'il était simplement venu en pensant pouvoir se contenter de le voir."

Et pour arriver aux bonhommes de neige, un poème:
Sa majesté
Janvier Premier
Sa majesté
Tout de blanc vêtue
Promène par les rues
Un étrange cortège
De bonhommes de neige.

Et les bonhommes de neige  d'actualité, ceux, minuscules qui ont été créés par des chercheurs de l'Université Western à London, en Ontario, qui affirment avoir créé le plus petit bonhomme de neige du monde: Il ne mesure que 0,003 mm de hauteur, soit 25 fois moins que l'épaisseur d’un cheveu. Il n’est pas fait de neige, mais de minuscules sphères de silice. Ses bras et son nez sont en platine. Quant à ses yeux et à son sourire, ils ont été gravés grâce à un faisceau ionique.

Le voici:




Ainsi que ses congénères:







Et pour finir avec l'hiver et le bonhomme de neige, mettons-le à côté du poêle avec Jacques Prévert et les Frères (Jacques)






Le bonhomme de neige 

Dans la nuit de l'hiver 
galope un grand homme blanc 
c'est un bonhomme de neige 
avec une pipe en bois 
un grand bonhomme de neige 
poursuivi par le froid 
il arrive au village 
voyant de la lumière 
le voilà rassuré. 
Dans une petite maison 
il entre sans frapper 
et pour se réchauffer 
s'assoit sur le poêle rouge, 
et d'un coup disparait 
ne laissant que sa pipe 
au milieu d'une flaque d'eau 
ne laissant que sa pipe 
et puis son vieux chapeau. 

Jacques Prévert


Bonne Année

La Fleur du Dimanche

samedi 31 décembre 2016

2016: de Dada à Saravah et une seconde d'éternité offerte

2016 a duré longtemps, exceptionnellement longtemps, un jour et une seconde de plus qu'un année habituelle..
Oui, parce que 2016 était une année bissextile, et qu'on plus, ce jour, le samedi 31 décembre 2016, au lieu de 24 heures, va durer une seconde de plus, comme le 30 juin 2015 (je vous en avais expliqué la raison dans mon billet du 28 juin : Je vous offre une seconde pour finir le mois).

Et je vous offre du gui pour pouvoir vous embrasser: 


Gui de l'An Neuf - Photo: lfdd

Car selon la tradition, comme le disaient les Celtes "O Ghel an Heu" qui ne signifie nullement "Au Gui l'an Neuf" mais "Que le blé germe" s'embrasser sous le gui (qui autrefois était aussi signe de Paix - à tout le moins de trêve, est devenu symbole d'amour et de fécondité... Alors, ne vous gênez pas, on en remet une couche - euh une boule:


Gui de l'An Neuf - Photo: lfdd

Et pour revenir sur l'année qui a vu passer l'anniversaire de Dada - il  y a cent ans - a aussi vu les 50 ans du Label Saravah fondé par Pierre Barouh dont la philosophie clairement exprimée était: "Saravah: Il y a des années on l'on a envie de ne rien faire"

Et Pierre Barouh nous a quitté avant la fin de cette longue année dont il n'a pas vu le bout. Il n'était pas le seul, la liste est longue, des connus et des moins connus, des proches aussi...
Alors, pour cette fin d'année, une petite pensées pour eux, pour Philipe et Pierre, et tous les autres et parmi les célébrités, en en oubliant bien sûr, les Barouh, Boulez et Bowie, Delpech et Cohen, Signe Anderson, la voix magnifique de Jefferson Airplane, Ettore Scola, Andrzej Wajda et François Dupeyron, Jacques Rivette, Valérie Gignabodet et Zulawski, Zaha Hadid, Pierre Karli et Mumamed Ali, Marc Riboud, Ted Benoit, Marcel Gotlib, Siné, Chimulus et Puig Rosado, Michèle Morgan,  Zsa Zsa Gabor et Oleg Popov, et bien d'autres.

Et pensons à tous ceux qui sont encore là et avec lesquels nous allons partager de beaux moments en 2017.
De chez Saravah, il reste Jacques Higelin, Brigitte Fontaine et bien d'autres et dans l'esprit Dada, Topor (dont on va commémorer les 20 ans de la disparition en 2017 ) est repris par une jeune artiste prénommée Léopoldine HH qui nous chante une texte intitulé "Zozo Lala" que je vous avais proposé le 1er octobre, à l'occasion de la sortie de son disque.

J'ai failli en oublier le TVA - qui va bien avec ce cimetière, comme le dit mon ami Raymond...
Et c'est une phrase de Pasolini dans le film "La Ricotta", phrase qu'il fait dire à Orson Welles qui joue un réalisateur, à la fin du film: 
"Il fallait qu'il meure pour qu'on se rende compte qu'il était vivant."

Je vous offre aussi trois chansons de Barouh. D'abord la première version de Samba Saravah:




Une émission de Rebecca Manzoni sur France Inter pour les 50 ans de Saravah:





Sa chanson en hommage au cinéma "Le P'tit Ciné": 




Et pour finir, en plein saudade, Pierre Barouh - Le courage d’aimer:





Et pour finir un peu plus gaiement , un hymne à l'Amour, de Jefferson Airplane: Somebody to love




Bonne Fin d'année 2016


La Fleur du
Dimanche