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mercredi 12 avril 2023

Botanica dans le Curieux Festival au Point d'Eau: comment les plantes nourrissent la musique et la musique nous nourrit

 Il est des conjonctions heureuses qui permettent d'apprécier à la fois les sciences, la nature et la musique. En l'occurrence la rencontre du collectif lovemusic et de la manifestation le Curieux Festival qui présente sous une forme spectaculaire conférences, performances, rencontres, concerts, ateliers et spectacles - différents aspects de la science sous une forme ludique, humoristique ou insolite.

Jetez un coup d'oeil (curieux) sur leur programmation, il y a plein de choses à découvrir - plus d'une douzaine d'événements pour petits et grands dans sept lieux (sans bottes): Le Point d'Eau, l'Illiade, Le Préau, le Vaisseau, le Planétarium (le nouveau - mais c'est complet!), le Vox (avec Asimov) et Les Ateliers éclairés à la Coop.

C'est au Point d'Eau que cela commence avec le spectacle Indomptable, suivi d'un atelier Botanique et du concert de lovemusic Botanica

Et cela tombe très bien parce qu'ayant raté la création de la composition de Daniel D'Adamo le 24 mars, une chance de la revoir m'est donnée. C'est rare de voir une création reprise et nous pouvons remercier le Curieux Festival de l'avoir proposé. D'autant plus que nous profitons de l'éclairage de la botaniste-écologue Audrey Muratet qui, en introduction des quatre plantes pour lesquelles Daniel d'Adamo a composé des pièces, textes et musique, nous éclaire sur l'aspect scientifique et botanique des plantes. Et nous en sommes comblés dans notre curiosité naturaliste (Le blog ne s'appelle pas La Fleur du Dimanche pour rien). Un complément de commentaire des musiciens de lovemusic est aussi l'occasion de mieux saisir l'aspect "composition" d'une pièce et de découvrir l'implication du compositeur - qui n'a malheureusement pas pu assister à cette présentation - pour ces sujets et les différentes motivations qui l'ont porté.


Love Music - Botanicum - Curieux Festival - Point d'Eau - Photo: lfdd


 Ces quatre compositions sont "encadrées" par cinq "listes botaniques" qui reprennent la première liste de végétaux - plutôt pour ses aspects "médicinaux" - du médecin et botaniste grec Dioscorides, né au premier siècle et dont le médecin et botaniste siennois Pietro Andrea Mattioli a publié la liste en italien ancien en 1544. Les différentes listes sont soit chuchotées ou chantées, accompagnées ou non de sons brefs des différents instruments, avec quelques soupirs en prime.   


Love Music - Botanicum - Curieux Festival - Audrey Muratet - Point d'Eau - Photo: lfdd
  

Pour Le cactus, nous apprenons que la plante est originaire d'Amérique Latine et qu'elle est adaptée à un environnement désertique. Ses feuilles, organe de respiration de d'évaporations sont très petites - ce sont les aiguilles - ses racines sont étendues (il en fabrique des petites, provisoires lorsqu'il pleut), sa peau est protégée et son corps est spongieux (il retient l'eau), d'où son nom de "plante succulente". Et il ne respire que la nuit ce qui lui permet de perdre un minimum d'humidité. Daniel D'Adamo a intégré cette lenteur dans sa composition qui évolue vers un déséquilibre et des glissades, inspirées par la magie et les traditions chamaniques des tribus qui en consomment.

Le Moabi est un arbre d'Afrique dont le fût est élevé - plus de 70 mètres de haut - avec une couronne large (50 mètres) qui ne fleurit qu'à partir de 50 à 70 ans et dont les fruits tombent donc de haut avec un bruit sourd dont les vibrations attirent les éléphants qui s'en nourrissent. Ce qui pour la composition donne ces éléments de chute rapide (avec tenue du son et vibration par exemple de la clarinette, et de choc à l'arrivée). Pour le texte, l'auteur s'est inspiré des traditions des pygmées racontant que ceux-ci se rendent invisibles en s'enduisant de la poudre d'écorce de cet arbre. Le moabi est exemplaire dans son interaction de son écosystème qui doit à la fois aux chauves-souris de se faire féconder et aux éléphants de disperser les graines ingérées pour ne pas disparaître.

Le Desmodium Girans est un arbrisseau d'Asie du Sud-Est de la famille des légumineuses (fabaceae) avec de jolies fleurs roses velues et qui a la particularité de produire des signaux électriques à la naissance de certaines feuilles, ce qui les fait se mouvoir. C'est le physicien indien Satyendranath Bose qui s'intéresse à ces phénomènes chez les plantes (auparavant il a écrit un article reconnu par Einstein sur le rayonnement du corps noir et la particule boson lui doit son nom). Dans le texte, Daniel D'Adamo désigne la plante comme Tanzpflanze - plante dansante et Telegraphenpflanze - plante télégraphique.... d'où les signaux morse qui sont inclus dans la partition. C'est la soprano Léa Trommenschlager qui dit le texte, charmant les musiciens qui jouent.


Love Music - Botanicum - Curieux Festival - Point d'Eau - Photo: lfdd


La dernière plante est le Nénuphar Géant.,Cette plante dont la stratégie de fécondation est surprenante et se passe en deux temps. Dans un premier temps, elle attire les coléoptères qui viennent chercher la chaleur en son sein - il fait onze degré de plus près de son organe femelle ce qui lui permet de capter une première nuit les insectes qui restent dans la fleur qui se referme. Puis, la fleur fécondée changeant de couleur, ces mêmes insectes migrent vers les organes femelles pour se recouvrir de pollens qu'ils vont offrir à une nouvelle fleur, évitant ainsi l'autofécondation. Pour cette composition, c'est le percussionniste Rémi Schwarz qui se retrouve au centre de la pièce, disant le texte et jouant sur un grand tam-tam avec un peu d'eau au creux, image symbolique de nénuphar, jouant à la fois des sons censés être "sous l'eau" et "sur l'eau" selon les instruments qu'il utilise. 


La combinaison des pièces musicales et les explications, autant de la part des musiciens que les explications scientifiques ont intéressé le public, très divers - et familial présent qui en a retiré une double satisfaction et a pu encore ensuite explorer l'exposition de découverte de plantes dessinées par Elsa Saunier qui a réalisé les animations visuelles projetées pendant le concert. Le collectif lovemusic, composé de Léa Trommenschlager à la voix, Emily Yabe au violon, Lola Malique au violoncelle, Emiliano Gavito à la flûte, Adam Starkie à la clarinette, Nejc Grm à l'accordéon, Nuno Pinto à la guitare et Rémi Schwartz aux percussions nous a, comme à son habitude, vraiment enchanté et a apporté une belle touche musicale dans la vie des plantes.


La Fleur du Dimanche

jeudi 19 mars 2015

Un gros bouquet de "Fleurs pour Algernon" et aussi pour Grégoire Gadebois

Nous avions déjà pu apprécier le talent de Grégoire Gadebois - encore dernièrement dans le film d'Alix Delaporte - A voir absolument ! cf. le billet de ce lundi: Deux films engagés: "Le Dernier coup de marteau" et "L'Ennemi de la Classe".

Et quand Grégoire Gadebois est porté par un magnifique texte de Daniel Keyes, le bonheur vous transporte du début à la fin du spectacle. En l’occurrence, ne ratez pas - si vous trouvez encore une place, la représentation de la pièce "Des Fleurs pour Algernon" qui passe encore au TNS à Strasbourg jusqu'au 21 mars.

La pièce, créée par Grégoire Gadebois au Théâtre des Champs Elysées en 2012 et reprise régulièrement, a obtenu le prix de la meilleure pièce privée au Palmarès Théâtre de 2013, et Grégoire Gadebois le prix du meilleur comédien la même année et le Molière du Meilleur Comédien dans un spectacle seul en scène en 2014.

Il faut dire que son jeu, mis en scène par Anne Kessler de la Comédie Française (dont Grégoire Gadebois était pensionnaire de 2006 à fin 2011), est magnifique du début à la fin, tout en finesse et en variation dans ce rôle de "simple" qui va devenir très intelligent. La transformation est carrément "bluffante" et nullement caricaturale.
Sa présence, seul en scène avec une souris imaginaire est telle que nous "voyons" les autres protagonistes avec qui il partage cette "expérience".

Il faut dire que le texte de Daniel Keyes, d'abord paru sous forme de nouvelle et qui a remporté le prix Hugo de la meilleure nouvelle courte en 1960 a été développée en roman en 1966 - qui remporte le prix Nebula du meilleur roman cette année-là. C'est ce texte riche qui est mis en scène et c'est une vraie performance pour ce magnifique comédien seul en scène.

L'origine du texte est le mariage de deux réflexions:
La première:
"Qu'arriverait-il si l'on pouvait améliorer artificiellement l'intelligence humaine?"
Celle-ci a croisé la demande d'un jeune élève un peu particulier qui un jour lui a dit: "Je veux devenir intelligent ".
Daniel Keyes note: "Ses paroles "Je veux devenir intelligent", me hantent depuis ce jour-là. Je n'avais jamais songé qu'une personne présentant un retard mental - à l'époque on disait un attardé - puisse être consciente de ses limites et veuille devenir plus intelligente.
J'ai commencé à écrire sur lui."

Et le résultat est simple et magnifique à la fois. Nous assistons à un glissement imperceptible du discours d'un "attardé" à des exposés scientifiques sur les mathématiques modernes (les courbes de Gauss - un moment-clé dans la pièce) ou des textes ressemblant à des pages de roman..
Mais la pièce, qui aurait pu être un exercice de style ou un roman d'anticipation, va plus loin et pose la question du devenir de l'homme, de la différence, du vieillissement, et dans ce jeu-là, Grégoire Gadebois nous surprend à notre insu.
Le dispositif scénique sobre soutient ce jeu qui ressemble à un film-portrait de cinéma avec des "cuts" qui font passer le personnage d'un état ou d'une attitude à une autre par un jeu simple de lumières et de position.
Un vrai bonheur.

A vous de l'expérimenter.    

Pour vous allécher, voici un extrait (qui ne donne pas toute la force de la présence physique du comédien):




Bon spectacle.

La Fleur du Dimanche