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samedi 23 septembre 2017

kein licht - Philippe Manoury à Musica: plus de son, plus d'espoir, mais de l'humour... noir comme le charbon

Pour la deuxième soirée de Musica 2017, un nouvelle création française, à l'Opéra National du Rhin: "kein licht".

La pièce avait été créée le 25 août 2017 dans le cadre de la Ruhtriennale en Allemagne, mais comme le précise Philippe Manoury, en inventant le terme de Thinkspiel, il montre bien par là le cheminement de la pensée qui fait de cette oeuvre une pièce en mouvement, un puzzle  qui se réinvente au fil des répétitions pour trouver sa forme arrêtée le soir de la première. Et cette forme de collage convient bien au propos de l'oeuvre. Puisque, pour l'histoire, elle joue sur le représentation de la représentation et de nos représentations d'une représentation.

En trois parties (décidément les triptyques sont en vogue), "kein licht" va balayer le XXIème siècle de la catastrophe nucléaire d'une manière très engagée.

Démarrant par le cataclysme de Fukushima en 2011, avec des images de mer post-apocalyptiques projetées en fond de scène, la pièce (et les deux protagonistes principaux, non nommés) interroge ce qui peut advenir quand il n'y a plus rien: plus de lumière, plus de son (on ne s'entend plus parler, plus de corps, plus de musique, plus d'avenir, plus de larmes, plus de jugement.


Musica 2017 - ONR - Kein Licht - Philippe Manoury

Pour la deuxième partie, un an après sur le terrain de la catastrophe, dans une terre polluée, laissée aux chiens, tous vont mourir, même les chiens. 170.000 personnes doivent être évacuées et l'on se refuse de voir la réalité, les responsables nient leur responsabilité, la responsabilité a aussi disparu. Les solutions sont extrêmes, les pays s'engagent dans des choix aberrants pour s'en dédouaner, sans concertation. Tout est non-dit. Et même le compositeur laisse la main à la machine, l'ordinateur pour créer la musique comme une réaction en chaîne. Et chacun doit prendre conscience de sa propre responsabilité dans cette énorme chaîne de l'énergie que nous nous sommes construite et à laquelle nous sommes liés. 


Musica 2017 - ONR - Kein Licht - Philippe Manoury

Tout cela aboutit à la troisième partie "Hello Darkness, my old friend" (Oratorio jacassant) où, se référant à "L'unique et sa propriété", on nous décrit en 2017, un roi tout puissant qui ne comprend rien mais fait ce qu'il veut et touche à tout, qui "est Dieu" et fait croire en sa bonté et en sa parole. Le monde va vers sa fin, sur l'écran, en images de synthèse, on construit, on a des miss, et des champs de pétrole et la guerre et les attentats, et des robots et des marionnettes ("Ah Tom !), et les deux personnages A et B) partent dans une fusée sur mars avant que la terre entière n'explose et que sur scène, la musique cesse après le départ des musiciens, sur le plateau, un dernier passage du chien avant le noir...

Plus de lumière... et le son du silence ...





Mais le kaléidoscope musical de Philippe Manoury, à partir de ces textes d'Elfriede Jelinek (Auteure autrichienne, Prix Nobel de Littérature 2014) qui collent à l'actualité, nous A transportés dans un tourbillon d'où nous sortons abasourdis, sonnés. On en vient à se demander où est la vérité, où est la parole.. De même, les mélanges et les variations de genres musicaux, de la voix parlée, criée aux airs chantés avec une réelle virtuosité et aux pièces d'orchestre de chambre qui quelquefois se mélangent avec de la musique électronique en temps réels nous permettent de vivre intensément cette situation post-apocalyptique avec nos tripes. La scénographie et les variations d'ambiance, entre agitation et moments de silence et d'osbcurité, sur le plateau et également avec les incursions des comédiens chanteurs dans la salle nous impliquent totalement dans le déroulement du spectacle. Il faut rajouter l'inventivité - et l'humour - des costumes et des accessoires, surtout la mécanique aquatique sur le plateau, pour conclure que "kein licht" est un spectacle total.


La Fleur du Dimanche      





kein licht


Thinkspiel pour acteurs, chanteurs, musiciens et musique électronique en temps réel

création française

Musique, Philippe Manoury
Texte d'après Elfriede Jelinek
Mise en scène Nicolas Stemann
Scénographie Katrin Nottrodt
Vidéo Claudia Lehmann
Costumes Marysol del Castillo
Lumières Rainer Casper
Réalisation informatique musicale Ircam Thomas Goepfer
Assistante à la mise en scène, traduction Ruth Orthmann
Assistant scénographie Émilie Cognard
Chef de chant Christophe Manien
United Instruments of Lucilin
Direction musicale Julien Leroy
Soprano Sarah Maria Sun
Mezzo-soprano Olivia Vermeulen
Contralto Christina Daletska
Baryton Lionel Peintre
Comédiens Caroline Peters Niels Bormann

Quatuor vocal Chœur du Théâtre National Croate de Zagreb

samedi 27 septembre 2014

Kraft, Werk de Magnus Lindberg et la musique "In Situ" Manoury

Le Festival Musica a véritablement commencé ce vendredi avec le grand concert d'ouverture au Palais de la Musique et des Congrès de Strasbourg, dans la salle Erasme.

Le public, toujours nombreux et fidèle, d'amateurs, d'abonnés, et des officiels partenaires ont pu assister à la présentation magistrale de deux oeuvres dont le dispositif spatialisé a donné son lot de surprises aux spectateurs: un concert de musique contemporaine n'est pas fait pour endormir le spectateurs.

Les musiciens le orchestre symphonique du SWR Baden-Baden-Freiburg ont dont "encerclé le public de leurs instruments et de leurs sons, allant jusqu'à se promener de la scène dans la salle.
Le spectacle était complet, plus poussé, également au niveau sonore pour la pièce très forte "Kraft" du compositeur Magnus Lindberg qui était présent dans la salle et a remercié chaleureusement le chef Pablo Rus Broseta et l'orchestre.


Musica 2014 - PMC Strasbourg - ouverture - Photo: lfdd


Pour Philippe Manoury qui assistait aussi à la création française de sa pièce"In situ", l'orchestre disposé en triangle aux trois coins de la salle, le mouvement s'est plutôt fait par les nappes de musiques et les renvois d'un coin à l'autre. Pour finir par un clin d'oeil humoristique avant de fêter dignement un festival qui s'annonce prometteur.



A ce sujet, aujourd'hui à 17h00, un opéra-film "Mistou", à partir des dessins de Balthus et du texte de Rainer-Maria Rilke, à la Cité de la Musique et de la Danse. 





Ce soir 20h00 à l'Opéra National du Rhin, la création de Régis Campo "Quai Ouest" à partir du texe de Bernard-Marie Koltès.

Et demain matin à 11h00 à la Salle de la Bourse, le Quatuor Tana pour les Matinales de Musica.
L'après-midi, voyage à Mulhouse à la Filature pour assister au spectacle équestre de Bartabas, "Golgotha" à 17h00.

Si vous avez raté le début, un apperçu ici:
http://lafleurdudimanche.blogspot.fr/2014/09/musica-sans-musiciens-ou-le-voyage-vers.html

Bons spectacles.

La Fleur du Dimanche 

dimanche 29 septembre 2013

Musica, des participants de marque: Pierre Boulez et Jean-Marie Lehn, ex-collègues du Collège de France

Musica qui fête ses trente ans (voir le post du 19 septembre) a vu passer de nombreux et célèbres compositeurs et chefs d'orchestre tout au long des années (Cage, Kagel, Stockhausen, Xénakis, etc...).

Cette année, pour les trente ans du festival, l'équipe pilotée par Jean-Dominique Marco a vu les choses en grand...

De nombreux compositeurs sont présents pour des créations françaises ou mondiales et nous avons eu un hommage au père de la musique concrète et électronique Pierre Henry (voir le billet du 26 septembre):

Trois heures de musique et de film en hommage à ce personnage unique et inventif.

Aujourd'hui, lors du concert dominical du matin, autre grande surprise, était-ce pour répondre aux 3 heures de Pierre Henry, en tout cas c'était une création mondiale de 30 secondes de Pierre Boulez à laquelle nous avons pu assister. Le morceau a été joué deux fois par le pianiste virtuose Wilhem Latchoumia:
"Fragment d'une ébauche" rebaptisé en direct "Esquisse d'une ébauche", par Pierre Boulez, une pièce qu'il qualifiait d'"in-finie" et qu'il a offerte à Jean-Marie Lehn, ancien collègue au Collège de France. Il n'est pas que collègue ou Prix Nobel de Chimie, il est aussi un musicien mélomane (d'où son cadeau) et fidèle des concerts de Musica. 
Ils ont donc eu le plaisir d'assister ensemble à cette création mondiale et de présenter le contexte de cette dédicace, grâce à l'intervention de Philippe Manoury... 
Un événement de plus dans la vie de Musica.


Musica 2013 : Wilhem Latchoumia - Philippe Manoury- Pierre Boulez - Jean-Marie Lehn - Photo: lfdd 


Un moment d'intense émotion pour un concert qui n'en transmettait pas moins... et qui a transporté le public nombreux pour écouter le duo magnifique Wilhem Latchoumia au piano et Mario Caroli à la flûte pour un superbe récital qui incluait "Le temps rebel" d'Ahmed Essyad, "Flight" de Georges Benjamin, la courte création de Boulez, "Ishi No Muro" de Terushime Tanaka, "Série bleue" de Pierre Jodlowski et "Appel d'Air" Bruno Mantovani qui a mis le souffle de Mario Caroli à rude épreuve... épreuve qu'il a magnifiquement passée pour nous offrir un bis émouvant.


Musica 2013 - Mario Caroli - Wilhem Latchhoumia - Photo: lfdd


Pierre Boulez vous redonne rendez-vous cette semaine jeudi 3 octobre à 20h30 à la Cité de la Musique et de la Danse avec "Incise" pour un programme de l'Ensemble Intercontemporain qui interprétera également, sous la direction de Pascal Rophé "Caressant l'Horizon" de Hector Parra. Sera projetée également la vidéo "Saana, passages en noir" de Robert Cahen - dont le "Répons" et "Pierre Boulez, l'art de diriger" sont diffusés en continu de 14h00 à 18h00 au foyer de l'Aubette.



Musica 2013 - Salle de la Bourse - Photo: lfdd

Les autres rendez-vous: 

Lundi, cinéma avec l'opéra de Philip Glass "The Perfect American", une avant-première Arte à l'UGC Strasbourg.

Mardi 1er octobre, "Memento Mori" de Pascal Rambert, une pièce déconseillée aux claustrophobes...

Mercredi, deux rendez-vous à ne pas manquer, d'abord l'Accroche Note à la salle de la Bourse à 18h00 et le spectacle de Dominique Pauwels et Guy Cassiers dont on a pu apprécier quelques pièces à Strasbourg, "MCBTH", une relecture du Macbeth de Schakespeare, à 20h00 au TNS.

Jeudi, avant l'Intercontemporain, un récital d'accordéon contemporain de Pascal Contet à la Salle de la Bourse à 18h30.

Vendredi, à 18h30 à France 3 Alsace, un concert de l'Ensemble Linéa dirigé par Philippe Wurtz avec des pièces de Filidei et Romitelli. Et 20h30 au Théâtre de Hautepierre, "Aliados" un opéra de Sebastian Rivas mis en scène par Antoine Gindt 

Et pour conclure le festival 2013 en beauté, l'orchestre symphonique du WDR de Köln interprétera quatre créations françaises (Harvey, Amman, Filidei et Apreghis) samedi à 20h30 au Palais de la Musique et des Congrès..

Le programme complet est sur le site de Musica:
http://www.festivalmusica.org/programme

Bonne  semaine musicale.

La Fleur du Dimanche.