Affichage des articles dont le libellé est Patrick Modiano. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Patrick Modiano. Afficher tous les articles

dimanche 14 décembre 2014

Avant Noël, les (grosses) caisses tintent "Jingle Bell" et des cas isolés lisent les mots dits "Anno 2104"

Noël approche, la foule nous encercle en ville, le Marché de Noël de Strasbourg est sacré ! (meilleur marché de Noël 2015 avec 16.759 votes - 23,4% des voix face à d'autres Marchés de Noël en Europe!;

Si vous cherchez un peu de calme, prenez un livre et lisez ou regardez tranquillement une photo de fleur*, il y a même des cas (voir plus loin) où le calme est dans un supermarché...

Mais place à la fleur:

Fleurs blanches de Madère pour Noël _ Photo: lfdd


En guise de TVA, un conte de fée pour Patrick Modiano, un extrait de son discours** à Stockholm lors de la réception de son Prix Nobel de littérature il y quelques jours...

Mais auparavant, une blague sur les fées (entendu dans le spectacle de Mathias Moritz Madame Bovary, joué actuellement. C'est une blague racontée par Charles Bovary à table avec sa famille et des amis:

Charles Bovary: 
"Quel est la fée préférée des enfants?"
Silence puis un convive:
"C'est..."
Charles Bovary:
"Bravo, c'est ça !"
Silence..
"La fée préférée des enfants, c'est la fessée!"

Mais soyons sérieux, voici quelques extraits du discours de Patrick Modiano que je vous livre:

Oui, le lecteur en sait plus long sur un livre que son auteur lui-même. Il se passe, entre un roman et son lecteur, un phénomène analogue à celui du développement des photos, tel qu’on le pratiquait avant l’ère du numérique. Au moment de son tirage dans la chambre noire, la photo devenait peu à peu visible. à mesure que l’on avance dans la lecture d’un roman, il se déroule le même processus chimique. Mais pour qu’il existe un tel accord entre l’auteur et son lecteur, il est nécessaire que le romancier ne force jamais son lecteur – au sens où l’on dit d’un chanteur qu’il force sa voix – mais l’entraîne imperceptiblement et lui laisse une marge suffisante pour que le livre l’imprègne peu à peu, et cela par un art qui ressemble à l’acupuncture où il suffit de piquer l’aiguille à un endroit très précis et le flux se propage dans le système nerveux.

J’ai toujours cru que le poète et le romancier donnaient du mystère aux êtres qui semblent submergés par la vie quotidienne, aux choses en apparence banales, – et cela à force de les observer avec une attention soutenue et de façon presque hypnotique. Sous leur regard, la vie courante finit par s’envelopper de mystère et par prendre une sorte de phosphorescence qu’elle n’avait pas à première vue mais qui était cachée en profondeur. C’est le rôle du poète et du romancier, et du peintre aussi, de dévoiler ce mystère et cette phosphorescence qui se trouvent au fond de chaque personne. Je pense à mon cousin lointain, le peintre Amedeo Modigliani dont les toiles les plus émouvantes sont celles où il a choisi pour modèles des anonymes, des enfants et des filles des rues, des servantes, de petits paysans, de jeunes apprentis. Il les a peints d’un trait aigu qui rappelle la grande tradition toscane, celle de Botticelli et des peintres siennois du Quattrocento. Il leur a donné ainsi – ou plutôt il a dévoilé – toute la grâce et la noblesse qui étaient en eux sous leur humble apparence. Le travail du romancier doit aller dans ce sens-là. Son imagination, loin de déformer la réalité, doit la pénétrer en profondeur et révéler cette réalité à elle-même, avec la force des infrarouges et des ultraviolets pour détecter ce qui se cache derrière les apparences. Et je ne serais pas loin de croire que dans le meilleur des cas le romancier est une sorte de voyant et même de visionnaire. Et aussi un sismographe, prêt à enregistrer les mouvements les plus imperceptibles.

Fleurs blanches de Madère pour Noël _ Photo: lfdd


Si vous voulez voir le texte en entier, c'est là:
http://www.lemonde.fr/prix-nobel/article/2014/12/07/verbatim-le-discours-de-reception-du-prix-nobel-de-patrick-modiano_4536162_1772031.html#u1ctsTTp4XE3EffJ.99

Et pour le voir et l'écouter (avec les hésitation de l'auteur), c'est ici:
http://www.lemonde.fr/livres/video/2014/12/07/suivez-en-direct-le-discours-du-prix-nobel-de-patrick-modiano_4536151_3260.html


Je vous avais annoncé un peu de douceur dans les supermarchés, il est des cas fortuits - surtout en Allemagne où, en faisant son marché, on tombe sur un concert de Noël au Supermarché (Edeka merci!), où l'on entend une drôle de version de "Djingle Bell" - en voici un:





**Je vous avais également accroché des étoiles (non de Noël, mais genre astérisque), la deuxième c'est pour signaler un cas de faute de Français qui n'a été corrigée ni par le Monde, ni par Modiano, ni par l'éditeur de poèmes de Yeats: elle est dans la traduction de son poème "Les cygnes sauvages à Coole" cité par Modiano comme source profonde d'inspiration:

"Le dix-neuvième automne est descendu sur moi 
Depuis que je les ai comptés pour la première fois; 
Je les vis, avant d'en avoir pu finir le compte 
Ils s'élevaient soudain 
Et s'égayaient en tournoyant en grands cercles brisés 
Sur leurs ailes tumultueuses 
Mais maintenant ils glissent sur les eaux tranquilles 
Majestueux et pleins de beauté. 
Parmi quels joncs feront-ils leur nid, 
Sur la rive de quel lac, de quel étang 
Enchanteront-ils d'autres yeux lorsque je m'éveillerai 
Et trouverai, un jour, qu'ils se sont envolés?"

A vous de trouver l'erreur (un calendrier de "La Fleur du Dimanche" offert à la première réponse juste (est ce n'est pas "C'est" !)).

*La première étoile * était justement pour vous annoncer la parution du calendrier 2015 de la Fleur du Dimanche avec la sélection de 12 photos (une par mois), plus une (la couverture) sur un superbe papier glacé pour vous éviter d'allumer votre ordinateur pour regarder des fleurs en photo (si vous avez oublié d'en acheter en vrai ou si celles de votre jardin vous lassent. 
Vous pouvez en commander à: lafleurdudimanche(at)gmail.com

Fleurs blanches de Madère pour Noël _ Photo: lfdd

Allez pour patienter je vous remet une version rock de Jingle Bell:

 


Et une très "Hard"




Et un "Petit Papa Noël" "métal" qui ferait se retourner Tino Rossi dans sa tombe à Ajaccio !





Bon Dimanche

La Fleur du Dimanche

dimanche 19 octobre 2014

Nobel et Musique, Mémoire et Fleurs, sur le bout de la langue

L'actualité en est toute récente, un écrivain français a été désigné Prix Nobel de littérature cette année. L'occasion d'en faire un TVA "fleurdudimanchesque" et de lui adjoindre un rebond doublement musical et littéraire.

Mais place à la fleur du jour:

Fleur sur le bout de la langue - Photo: lfdd


Concernant le prix Nobel, l’anecdote de son annonce au récipiendaire vaut la peine d'être narrée, de même que sa réaction et nous amène à une digression littéraire nous remémorant le Festival Musica de part l'auteur - l'autre - qui s'intéresse aussi à la musique et qui a écrit "Le nom sur le bout de la langue".

Patrick Modiano, celui dont il est question en parlant de Nobel, marchait donc dans la rue quand il eut l'annonce de la nouvelle. Que fit-il? : "J'ai continué de marcher" - Mais pourquoi? "Mais parce que c'était un peu... enfin je veux dire, c'était surtout..."
La phrase ne fut jamais achevée... il dit quand même un peu plus tard: "Je me suis senti comme dissocié, j'ai ressenti comme une sorte de dédoublement."

Avant le TVA double, une autre "fleur":


Fleur sur le bout de la langue - Photo: lfdd

Le deuxième écrivain, si vous suivez bien, vous l'avez reconnu, c'est Pascal Quignard, et voici ce qu'il écrit dans le livre présentant sa pièce musicale "Le nom sur le bout de la langue":
"A celui qui les retranscrit, à la musicienne qui les chante, à la comédienne qui les articule, au lecteur qui les suit sans les voir et s'absorbe dans leur signification, les mots paraissent moins inintelligibles qu'à celui qui les écrit.

Et plus loin, en lien avec les fleurs:
"Sur le "bout" de la langue: quelque chose germe sans fleurir. Quelque chose pousse sans venir sur les lèvres de celui qui épie dans le silence? C'est le bouton de la floraison invisible de la langue quise tient debout sur la bouche au-delà de la manducation, en surplus du souffle qu'utilise la respiration dans la fin de maintenir la vie. Aristote disait: "La parole est un luxe sans lequel la vie est possible".

Et je vous offre une troisième "fleur" avant une "distraction littéraire":


Fleur sur le bout de la langue - Photo: lfdd

Vous le saviez peut-être aussi, avant d'être "Nobel" et d'être écrivain, dans sa jeunesse, Patrick Modiano a écrit des chansons, en particulier pour Françoise Hardy, dont la plus connue "Étonnez-moi, Benoît" et la moins connue mais très belle "San Salvador"

San Salvador :
Pendant la nuit
l'hiver est revenu
dans les rues aujourd'hui
tous les arbres sont morts
en écoutant la pluie
tu penses à ce pays
dont le nom était San Salvador

tu te souviens
quand tu fermes les yeux
d'un étrange jardin
d'où montait le matin
des milliers de parfums
et des papillons bleus
c'était peut-être San Salvador

San Salvador
tu répètes ce mot
comme si tu voulais
retrouver le reflet
des crépuscules mauves
et des gallions du port
qui revenaient de l'ile au trésor
tu ne sais plus
comment y retourner
qui sait si ce pays
a jamais existé
si c'était dans tes rêves
ou dans une autre vie
que tu as connu San Salvador

San Salvador
le vent souffle aux carreaux
dans le bruit de la pluie
tu entends un écho
une chanson perdue
qui te vient d'un pays
que tu ne reverras jamais plus.




La chanson a bougé, peut-être ici ? 
https://youtu.be/-WSrgR1Y_vM?si=tZOPmbowGjr8-2Hc




Une autre chanson, moins innocente, c'est Hugues de Courson, son compère de l'époque avec qui il l'a créé qui la chante :


La coco des enfants sages

Si tu es gentil,
Le marchand de poudre blanche
Passera cette nuit

Dors, dors, dors mon petit ange,

Je te le promets:
Le marchand de poudre blanche
T'apportera le sachet.

A la tombée de la nuit,

Il entre dans les maisons, 
Il dépose au pied du lit 
Des gentils garçons:

Refrain:

La coco des enfants sages (x3)
La coco

Dors, dors, dors mon petit ange,

Ferme bien les yeux,
Le marchand de poudre blanche 
Est un vieux monsieur

Il ressemble à ces roi mages

De nos beaux livres d'images.
Sans que tu t'en aperçoive,
Il déposera:

Refrain

Dors, dors, dors mon petit ange,
Si tu es gentil,
Le marchand de poudre blanche
Passera cette nuit

Tu peux faire de beaux rêves,

Ne sois pas inquiets.
Avant que le jour se lève 
Il t'apportera les sachets


 

Celle-là aussi, là:
https://youtu.be/hr_KZCsgDlk?si=mZSWHWPDQHg_--8U





Et voici donc "Benoît":

"Étonnez-moi, Benoît

Marchez sur les mains, 
Avalez des pommes de pin, Benoît
Des abricots et des poires
Et des lames de rasoir
Étonnez-moi !

Étonnez-moi, Benoît

Faites la grand-roue
Le gros méchant loup, Benoît
Faites le grand fou
Faites les yeux doux
Étonnez-moi !

{Refrain:}

Étonnez-moi
Car de vous à moi
Cela ne peut pas, cela ne peut pas
Durer comme ça
Car de vous à moi
C'est fou ce qu'on s'ennuie, tu sais

Étonnez-moi, Benoît

Coupez-vous les oreilles
Mangez deux ou trois abeilles, Benoît
Faites-moi le grand soleil
Faites sonner le réveil
Étonnez-moi !

Étonnez-moi, Benoît

Jouez de pipeau
Accrochez-vous aux rideaux, Benoît
Attrapez-moi au lasso
Et jouez au rodéo
Étonnez-moi !


 


Bon dimanche

La Fleur du Dimanche