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mercredi 1 juillet 2015

La retenue de l'Art ténu, ou l'Art, terrain miné ?

Il y a une semaine, je vous avais parlé de l'art dans l'espace public, et - de manière liminaire - du danger de l'Art dans cette position...

L'Art dans les Musées, même si quelquefois il appelle la "Réaction", est en quelque sorte protégé par les murs de l'institution. Quand il se trouve confronté - ou plutôt quand le quidam - est confronté à une expression artistique, le résultat peut être tout autre.

Mais dernièrement, nous avons été confrontés, dans le domaine de l'expression artistique, à un autre type de situation:
La fragilité, la discrétion, la prise de risque du retrait, du non spectaculaire.

C'est peut-être un hasard, mais deux spectacles de danse et une exposition jouent de ce registre qui peut désarçonner le "regardeur".

C'était le cas pour le spectacle "Bach/Passion/Johannes" de Laurent Chétouane qui a semé une certaine stupeur sinon un désarroi auprès des spectateurs, clivant la salle en deux - on n'en est pas venu à l'affrontement, mais quelques spectateurs qui s'attendaient à une "Passion Pascale" - surtout pour des aficionados de Saint Guillaume à Strasbourg, n'ont pas apprécié la ligne directrice du metteur en scène qui s'est expliqué lors d'un débat à la Librairie Kléber à Strasbourg: "J'ai volontairement joué sur une équipe réduite et fait chanter des musiciens dont ce n'était pas le rôle principal pour montrer cette fragilité de l'histoire. De même, j'ai commencé la pièce par la fin, parce qu'ainsi nous savons où nous allons..."

Nous avons eu la même surprise avec Anne Teresa de Kersmaeker au Théâtre de la Ville (et au Festival Montpellier Danse) avec "Golden Hours (As you like it)", adaptation de la comédie de Shakespeare "Comme il vous plaira" et sur l'album "Another Green World" de Brian Eno. Elle pousse ses danseur à "Danser comme on parle, comme on marche, comme on respire...". 
Et pour ceux qui s'attendaient à de magnifiques chorégraphies, envolées et tableaux d'ensemble, ont pu être surpris - le début sur la chanson augurait pourtant de belles idées.

en ce qui concerne l'Art, la nouvelle exposition à la Halle Verrière de Meisenthal travaille le même registre: discrétion, interrogation, surprise et décalage fin.

L'exposition "Glassworks" d'Ayse Erkmen - artiste d'origine turque et habitant Berlin, qui a déjà participé à de nombreuses manifestaions internationales (Venise, Istanbul, Shanghai, et Skulptur Projekte Münster 97) est faite pour surprendre et interroger. Dans cette ancienne verrerie, le visiteur devra bien regarder pour voir l’installation.
Les "Glassworks" ne sont que des plaques de différentes couleur et découpées de différentes manières qui couvrent les lumières qui ont été abaissées à l’échelle humaine, leur donnant un sens nouveau. 
Et en journée, il faut se concentrer. 
Il faudra revenir le soir, la lumière tombée, pour en voir un deuxième aspect.

Des nocturnes sont annoncées cet été, il faudra en profiter.
Je vous en donne un aperçu - diurne - pour commencer.

Glassworks - Ayse Erkmen - Meisenthal - Photo: lfdd

Glassworks - Ayse Erkmen - Meisenthal - Photo: lfdd

Glassworks - Ayse Erkmen - Meisenthal - Photo: lfdd

Glassworks - Ayse Erkmen - Meisenthal - Photo: lfdd

Glassworks - Ayse Erkmen - Meisenthal - Photo: lfdd

Glassworks - Ayse Erkmen - Meisenthal - Photo: lfdd

Glassworks - Ayse Erkmen - Meisenthal - Photo: lfdd


Juste à côté, vous avez un superbe travail plein d'humour d'Oliver Leroi "La ligne de Départ" sans les locaux d'Artopie 


Pour finir sur le thème de l'art mettant en danger - ou de l'Art en danger, je vous propose le texte de Jean Pierre Raynaud, dont une oeuvre "Dialogue avec L'hitoire", cadeau de la Ville de Paris (à l'époque de Jacques Chirac) à  la Ville de Quebec vient d'être démolie à la pelleuteuse !

«Les oeuvres d'art ne sont pas faites pour être aimées mais pour exister. Je sais depuis toujours que devenir artiste était, contrairement à ce que l'on pense, une situation inconfortable, et même dans certains cas, à haut risque. C'est peut être aussi cela le projet artistique: rencontrer l'autre dans sa totale liberté ou dans la totale confusion de sa pensée.
Les oeuvres, que vous les aimiez ou pas, peuvent se réveiller et ont la capacité de faire surgir de chaque individu, des instants éblouissants, ou des réactions d'un appauvrissement affligeant. Toutes les œuvres d'un artiste sont des autoportraits et la stèle de Québec n'échappe pas à cela.
Il faudrait réfléchir... Pourquoi un dérisoire bloc de ciment et de marbre suscite malgré le silence qu'il cultive, une telle violence? Comment une jetée en pâture a-t-elle pu se produire en place publique, accompagnée d'une dramaturgie, par pelleteuse interposée en action? Ici le voyeurisme n'est pas innocent.
Dans nos sociétés, la destruction mériterait une analyse plus approfondie, car l'ayant pratiquée volontairement sur mon oeuvre «LA MAISON 1969-1993», j'en avais toute légitimité.
Si Daesh fracassant des statues antiques nous choque autant, c'est à travers la scénographie de mise à mort de ma stèle que s'est joué mon procès. En dehors du débat “j'aime ou je n'aime pas”, la destruction ici a une portée politique et sociale. Le constat que j'en fais est: le monde actuel dans son intolérance est incapable d'accepter la différence et l'on se retrouve l'étranger, l'autre, l'indésirable.
La responsabilité vous appartient maintenant, élus ou particuliers, de faire apparaître ou disparaître ce dérisoire moment d'histoire." Jean Pierre RAYNAUD

A méditer

Jean-Pierre Raynaud - Dialogue avec l'histoire - Québec


Rappel des expositions dans le Nord de l'Alsace et les Vosges du Nord:

A Brumath au Jardin de l'Escalier
"Que des Bols" avec des Bols d'Artistes
Et l'exposition de l'été 
"Nouveaux Territoires, les peintures de Michèle Schneider

A Haguenau à l'Espace Saint-Martin"Métamorphoses" dialogue entre patrimoine et création"

A Uttenhoffen au Jardin de la Ferme Bleue"Danse" de Béatrice Botegger

A Meisenthal, à la Halle Verrière Glasworks d'Ayse Erkmen
et juste à côté Artopie: Olivier Leroi "La ligne de Départ"


Bonnes Visites


La Fleur du Dimanche

mercredi 3 juillet 2013

Exposition à Meisenthal: Else (Twin) Gabriel: la traversée de l'image

Comme je l'ai annoncé, cette année, à Meisenthal, c'est Else(Twin) Gabriel qui occupe le lieu avec une installation surprenante.
La grande cathédrale industrielle de l'art verrier de cette vallée vosgienne est devenue une "église" dédiée à la réflexion et à la confrontation avec l'humanité au travers des âges.

On y entre par un "purgatoire" où l’épreuve du feu a à voir avec le matériau historique du lieu. l'Artiste vous invité à vous imaginer dans sa peau (attention aux éclats!).

Si vous en sortez, il vous restera la mémoire en vous retournant, non pas sur le Styx, mais sur les photographies - traces de la "performance".

Car il s'agit bien de performance pour cette artiste d'ex-Allemagne de l'Est qui a fondé le groupe "Auto-Perforations-Artistik" dans les années 1982 à 1990 dans un pays où la performance n'était pas de mise. Il est aussi utile de savoir qu'en Allemand, "perforer" se dit "Löchern" et que ce mot signifie également harceler par un questionnement constant.

Vous voilà prévenus sur ce qui vous attend à la visite de cette exposition.

L'installation est impressionnante - surtout le "retable" photographique "Tote Familie" où Else Gabriel se met en scène avec son compagnon de vie et d'art (son "twin) Ulf Wrede et ses deux enfants, image que j'ai "désacralisé" pour le site de la Fleur du Dimanche en hommage aux bottines fleuries de l'Artiste. Nous tairons le nom de la marque, par contre la photographie de "Die tote Familie" (2003) est de Wiebke Loeper.



Exposition Esle (twin) Gabriel - Helle Verrière de Meisenthal - Phot: lfdd


Petite note d'humour, mais le travail d'Else Gabriel n'en est pas exempt, par exemple "Mooning" que nous vous invitons à découvrir par l'arrière ;-) ...
Ou les tentatives de séduction artistique via la danse qui remettent la volonté artistique en perspective.

Ce travail interroge l'artiste elle-même quand elle se met en scène dans une désespérée recherche d'emploi avec "Prosoche" (en relation avec la philosophie grecque antique où, avec "attention" l'homme tente de se penser dans des situation à risque en relation avec le monde contemporain.

Elle met également en parallèle la migration de l'Homo Erectus, bien plus longue que celle de sa famille dans un "Combi Volkswagen" jusqu'à une mine de charbon à ciel ouvert sur lequel on a trouvé des trace de civilisation préhistorique.


(e.) Twin Gabriel: Homo erectus (Lumper und Splitter, Tagebau Schöningen). Kameraperformance


Si vous faites vous aussi cette migration vers ce magnifique coin des Vosges du Nord, posez-vous devant ces oeuvres pour un peu de réflexion...

Et profitez du voyage pour visiter le Musée du verre voisin, ainsi que les ateliers de fabrication des célèbres boules de Noël (et autres objets de création design du CIAV (Centre International d'Art Verrier).

Et continuez votre tour des "Etoiles terrestres" en passant à Saint-Louis tout proche et sa "Grand Place" (Musée du Cristal) et par le Musée Lalique où est présentée, en parallèle à la collection historique "maison" une exposition temporaire de création de magnifiques pièces nées de la collaboration d'Egidio Costantini, artiste ayant travaillé le verre à Murano, avec de grands noms de la scène artistique. Vous y verrez une vingtaine de créations, entres autres de Chagall, Picasso, Arp ou Braque...


Picasso - Création Egidio Cosntantini

Et si vous y allez ce dimanche 7 juillet, à l'occasion de la fête du patrimoine industriel, vous pourrez également visiter l'usine ouverte pour l'occasion... et à Meisenthal, participer à la grande brocante du Verre. 



Bonnes visites.

La Fleur du Dimanche.

mercredi 11 juillet 2012

Après (ou avant) Jeff Koons: Tony Cragg: l'avenir de la sculpture.

 Si vous êtes en Alsace - ou pas loin de l'Alsace Bossue, à l'entrée de la Lorraine - vous aurez la chance de voir (ou revoir, puisqu'il a été montré à Karlsruhe en 2009) le superbe travail de Tony Cragg, actuellement exposé tout l'été - jusqu'au 2 septembre - à la Halle Verrière de Meisenthal.


Tony Cragg devant Caught Dreaming - Photo: lfddd


Le magnifique lieu, ancienne usine, transformé pour abriter des animations et des expositions, sous la houlette du Cadhame, accueille cette année, après Stephan Balkenhol l'année dernière, une rétrospective de sculptures de Tony Cragg, artiste anglais, qui, après être passé à Metz (comme enseignant aux Beaux-Arts en 1976) ou en Italie, est maintenant à Wuppertal où il crée et dirige l’Académie des Beaux-Arts.


Fields of heaven - Tony Cragg - Photo: lfddd


L'exposition balaie quelques années de création, de son Condensor de 1989 - travail sur l'énergie du dedans et du dehors et qui ressemble à une énorme paire de saucisses rouillées et reliées par des spirales alambiquées - à une oeuvre de 2006 Caught Dreaming, sculpture en Jesmonite, crée par ordinateur et qui cache deux profils, celui de l'artiste et celui de son collaborateur.


Wooden Crystal - Tony Cragg - Photo: lfddd


Fields of Heaven, une pièce crée en Toscane est symbolique du travail de Tony Cragg, qui a commencé la sculpture dès ses études  d'art dans les années 70, après avoir abandonné son métier de technicien dans un laboratoire de biochimie. Et son matériau de prédilection est tout objet recyclé. Cette sculpture, monumental assemblage de verres de tous formats (clin d'oeil involontaire à la Halle de Meisentahl) dont le déclic lui est arrivé en ballade en Toscane en voyant des amoncellements de dame-jeannes pour le vin italien. Et qui lui ont permis d'interroger l'ordre et le désordre, la fragilité et la durée, la structure et le chaos.

Wirbelsäule- Tony Cragg  - Photo: lfddd


Vous pourrez, dans cet espace qui laisse magnifiquement respirer ces oeuvres, encore admirer Boy, de 1996 en kevlar, Wirbelsaüle - de 1999 - en bronze, sorte d'amoncellement de pneux, Early forms, St Gallen de 1997 en bronze et Wooden Crystal - 2001 en bois comme son nom l'indique, mais dont la matière vous surprendra quand même.


 Early Forms St Gallen devant Boy - Tony Cragg  - Photo: lfddd

Bonne visite. 



La Fleur du Dimanche.