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jeudi 15 septembre 2022

De la nef du Palais des Fêtes à celle de Saint Paul, le grand voyage Musica est lancé

 Ce ne sont pas les 40èmes rugissants - encore que... - mais c'est bien la quarantième édition du Festival International de Musiques d'Aujourd'hui MUSICA qui débute à Strasbourg avec cette soirée en deux parties, l'une au Palais des Fêtes et l'autre à l'église Saint Paul.


MUSICA 2022 - Migrants - Georges Aperghis- ensemble Resonanz - Photo: lfdd


La pièce de choix, Migrants de Georges Aperghis est en création mondiale (pour cette version complète) par l'ensemble Resonanz de Hambourg qui lui avait commandé cette oeuvre. Elle est interprétée par cet orchestre de chambre "démocratique" (sans chef permanent et sans hiérarchie) avec les solistes Agata Zubel (Soprano) et Christina Daletska (Mezzo-soprano) et Geneviève Strosser à l'alto pour le quatrième mouvement et dirigé par le chef d'orchestre (et également compositeur) Emilia Pomarico qui avait déjà mené un bout de chemin (en 2017 et 2018) avec l'ensemble - et également travaillé avec Aperghis.


MUSICA 2022 - Migrants - Georges Aperghis- ensemble Resonanz - Photo: lfdd

Quand on parle de migrants, la première image qui nous vient ce sont ces images de réfugiés qui traversent la mer pour arriver en Europe et c'est effectivement cette situation qui a motivé Georges Aperghis dans l'écriture de cette pièce, dont une première version avait été créée à Hambourg en 2017. Mais plutôt que d'utiliser ce matériau brut et les différents témoignages, il a préféré s'appuyer sur la force symbolique d'un roman de Joseph Conrad, Au coeur des ténèbres et d'en sélectionner des extraits pour cet oratorio en cinq mouvements. Les textes sont dits ou chantés par les deux solistes, l'expressive et impressionnante Agata Zubel et Christina Dalestska plus en intériorité, introduits quelquefois par des vocalises ou une série de mots étranges, étrangers ou imaginaires qui nous transportent dans un univers lointain. 


MUSICA 2022 - Migrants - Georges Aperghis- ensemble Resonanz - Photo: lfdd



Nous passons par toute une série d'états, d'un calme surprenant à des éclats véhéments, ou des cris. Le cinquième mouvement démarre lui par le texte seul dit avec retenue alors que pour les trois premiers mouvements l'orchestre installait une ambiance très forte, soit avec de courte phrases répétées, soit avec des jeu de pizzicato et de percussion similaire à des craquements qui pouvaient autant être les bruits des bateaux ou ceux d'une forêt profonde et hostile. De temps en temps un musicien entame sur son instrument, la contrebasse, ou le violoncelle, un chant qui ressemble aux plaintes et prières des chanteuses. 


MUSICA 2022 - Migrants - Georges Aperghis- ensemble Resonanz - Photo: lfdd


Le quatrième mouvement, tel un concerto voit Geneviève Strosser et son alto historique à l'image des chanteuses, lancer des phrases énergiques et soutenues, tempétueuses en dialogue avec l'orchestre. Cet orchestre qui, tantôt nous emmène en nous berçant sur les vagues d'une mélodie chuchotée, tantôt nous emporte dans une tension puissante ou, par la grâce de l'écriture inventive de Georges Aperghis dans une ambiance étonnante faite de crissements, de frottements étranges ou de chocs innatendus, comme dans une forêt vivante. Et les textes sélectionnés que nous offrent en variations d'interprétation (au point de chuchoter "A cry" - un cri pour le début du cinquième mouvement) les deux solistes nous emportent dans un étrange voyage comme le personnage qui avoue: "I don't know how I'll ever get back", jusqu'à disparaître, nulle part ("Nowhere, Gone"):

 "Je suis allé un peu plus loin, 
puis un peu plus loin encore, 
jusqu'au jour où je me suis trouvé si 
loin que je ne sais pas comment je
pourrai jamais revenir."

MUSICA 2022 - Migrants - Georges Aperghis- ensemble Resonanz - Photo: lfdd




La suite du voyage se fait dans la nef de l'église Saint Paul avec L'Isle Sonnante, soirée autour de la dernière pièce "électronique" d'Eliane Radigue, L'Isle ré-sonnante qu'elle avait composée en 2000 avant de passer à l'acoustique. En introduction, deux pièces d'Ellen Akbro, For organ and brass (2018) et Sculpture (2022). 

MUSICA 2022 - Ellen Arkbro - Photo: lfdd

MUSICA 2022 - Ellen Arkbro - Photo: lfdd


Le public, allongé sur des coussins dans la nef - certains auront choisi la dureté inconfortable des bancs de l'église sont immergés dans la musique, en l'occurrence les deux joueurs de trombone et celui d'euphorium qui surgissent dans la pénombre et se répondent à travers l'église en des sons tenus qui se rejoignent, s'éloignent, se rapprochent, se fondent. 

MUSICA 2022 - Ellen Arkbro - Photo: lfdd

MUSICA 2022 - Ellen Arkbro - Photo: lfdd

MUSICA 2022 - Ellen Arkbro - Photo: lfdd


Ellen Akbro, elle à l'orgue elle joue également une note qui tient, longtemps, étirée et un autre qui la rejoint, puis une autre  et une autre encore avant de se réduire à nouveau, Des résonnances s'installent, tournent, vibrent. Puis dialoguent avec les vents, postés sur un balcon en de longues phrases entremêlées dans une atmosphère propice à l'intériorité et à la méditation.

MUSICA 2022 - Eliane Radigue - Photo: lfdd



L'Isle ré-sonnante d'Eliane Radigue clôt cette soirée dans un autre voyage plus serein encore, plus doux et calme, avec des boucles, des nappes de musique et des résonnances étirées sur une bonne heure, où l'on a le temps de voir - ou plutôt d'entendre les infimes variations et les changements de cette musique des sphères qui nous fait entendre une musique des anges et les souffles du vent lointain pour finir dans le silence. Nous passons par une météo distendue, une parcelle de temps étiré à l'infini, un grain d'éternité et nous en sortons les oreilles rajeunies.


MUSICA 2022 - Eliane Radigue - Photo: lfdd



La Fleur Du Dimanche


Migrants

Georges Aperghis Migrants (2018-2021)
création mondiale du cycle complet

direction | Emilio Pomárico
Ensemble Resonanz

soprano | Agata Zubel
mezzo-soprano | Christina Daletska
alto | Geneviève Strosser


L'Isle Sonnante

Ellen Arkbro
For organ and brass (2017)
Sculpture (2022)

orgue | Ellen Arkbro
euphonium | Jean Daufresne
trombones | Alexis Persigan, Victor Bailly

Éliane Radigue L’Île ré-sonante (2000)

diffusion sonore | François Bonnet

vendredi 27 mai 2016

Les Percussions de Strasbourg, Live@Home #7: La percussion interprétée sur scène par un jongleur

La musique s'écoute et se regarde, la percussion, souvent se regarde, cependant, pour ce concert, ce qui se regardait, se rendait visible, c'était essentiellement le silence, le silence musical, ou le geste du jongleur, le jonglage sonore.

Parce pour leur septième soirée à domicile, dans leur maison de Hautepierre, les Percussions de Strasbourg ont proposé à leur public un dialogue entre la musique et l'art du jonglage.

Percussions de Strasbourg  - live@home #7 Photo: lfdd

Thomas Guérineau, jongleur mais également musicien percussionniste, après une courte résidence avec l'ensemble strasbourgeois nous a proposé un dialogue  entre des pièces de répertoire (Georges Aperghis, François Sarhan, Carlos Roque Alsina) et ses compositions "jonglées". Le corps du jongleur se regarde, tout comme celui du percussionniste, très souvent dans le geste qui se transforme en son... Car, à part quelques accessoires "de bouche" (sifflets ou autres appeaux), c'est la main, le bras du musicien qui va produire le son. Ici, cependant, la scénographie avait plutôt tendance à mettre en lumière le geste du jongleur qui concentrait sur lui la tension et forçait l'attention. 
Sauf pour les deux pièces de geste de Thierry de Mey (Silence must be et Pièce de Geste), magnifiquement interprétée dans un silence où la musique - et le rythme - naissaient dans notre tête, ou dans le ciel !
Avec Home Work (in the garage), de François Sarham, nous avons aussi pu voir que le corps pouvait aussi être un instrument de percussion et que le percussionniste pouvait aussi être comédien...

Percussions de Strasbourg  - live@home #7 Photo: lfdd


Thomas Guérineau a eu la délicatesse de faire écho à ce presque silence avec son jonglage horizontal sur timbale avec de petites billes qui permirent de concrétiser un monde imaginaire.

Percussions de Strasbourg - live@home #7 Photo: Sandrine Rouxel


Il a également prouvé au cours de cette soirée, que même non écrite et résultat de gestes à priori non destinés à être musicaux, une partition pouvait s'écrire et faire musique contemporaine. Et plaire au public, même - et peut-être surtout aux enfants* présents dans la salle.

La Fleur du Dimanche 

* Le mercredi 25 mai eut lieu le concert de Percustra, concert avec présentation des oeuvres travaillées lors d'ateliers avec les élèves en 2016.

Les Percussions de Strasbourg, Live@home #7
27/06/2016 
Au Programme:

Silence / Thomas Guérineau (solo) – 2013
Kryptogramma / Georges Aperghis – 1972
Molettes / Thomas Guérineau (solo) – 2013
Home work solo / François Sarhan – 2011
Silence Must Be / Thierry de Mey – 2002
Eloignements / Carlos Roque Alsina – 1987
Pièce de geste / Thierry de Mey - 2008

Mailloche / Thomas Guérineau (solo) – 2013