Affichage des articles dont le libellé est quatuor. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est quatuor. Afficher tous les articles

samedi 27 septembre 2025

Avec Musica, un voyage du Canada vers la Suisse: Un double Quatuor pour Jürgen Frey tout en attention

Le volet Prospective Québec/Canada, avec le Vivier, un organisme de Montréal qui regroupe plus de 70 membres et se consacre aux musiques nouvelles, lance une tête de pont à Strasbourg pendant le Festival Musica. Outre Mutek de Montréal qui déporte son Festival à Strasbourg, un certain nombre de concerts sont ainsi organisés pendant Musica pour mieux faire connaître la scène canadienne contemporaine.

Le Quatuor Bozzini et le Konus Quartet sont donc présents ici pour quelques concerts et rassemblent leurs force pour ce concert consacré au compositeur suisse Jürg Frey avec sa pièce Continuité, fragilité, résonnance (2020-2021). La pièce occupe à elle seule le programme du samedi matin à onze heures à l'église Saint-Pierre-le-Vieux protestante accueilli par Nootoos


Musica - Quatuor Bozzini - Konus Quartet - Jürg Frey - Continuité, fragilité, résonnance - Photo: Robert Becker


Les deux quatuors, l'un à cordes, (Quatuor Bozzini), l'autre de saxophones (Konus Quartet), se retrouvent donc mélangés, pas juste alternés, pour jouer cette pièce qui avait été commandée par le Konus Quartet au compositeur et qu'ils ont créée en 2021 dans la même configuration. 


Musica - Quatuor Bozzini - Konus Quartet - Jürg Frey - Continuité, fragilité, résonnance - Photo: Robert Becker


Nous ne sommes donc pas surpris de la qualité d'interprétation de cette pièce très surprenante. La pièce débute de manière très sobre, répétition de quelques cordes grattées sur le violoncelle, d'autres, ténus qui sourdent, çà et là sur les autres instruments, quelquefois répétés sur de nombreuses mesures. 


Musica - Quatuor Bozzini - Konus Quartet - Jürg Frey - Continuité, fragilité, résonnance - Photo: Robert Becker

Musica - Quatuor Bozzini - Konus Quartet - Jürg Frey - Continuité, fragilité, résonnance - Photo: Robert Becker

Musica - Quatuor Bozzini - Konus Quartet - Jürg Frey - Continuité, fragilité, résonnance - Photo: Robert Becker


L'attention que se portent les huit musiciens est visible, qui doivent se répondre très précisément ou jouer en accord avec toute la finesse nécessaire. La matière sonore se densifie et quand le saxophone joue des notes plus aigües et la concomitance de jeu de tous les instruments et plus fréquente. Tout se joue sur des superpositions et des tuilages et une succession de deux notes répétées comme des mots-clés amène une montée en tension avant une nouvelle rupture et une dernière vague toute en douceur et en retenue, jusqu'à une dernière note qui reste en suspension. 


Musica - Quatuor Bozzini - Konus Quartet - Jürg Frey - Photo: Robert Becker


Un très beau moment, tout en écoute et en observation, paisible et serein, une leçon d'attention.


La Fleur du Dimanche

jeudi 27 juin 2019

Rencontres d'Eté de Musique de Chambre: Du neuf de tous temps et un avant-goût de Plage

Pour la dernière soirée des dix-neuvièmes Rencontres d'été de Musique de Chambre à l'église du Bouclier avec l'Ensemble Accroche Note, ce fut comme un avant-goût des Plages de Belle-Ile.

Une pièce rare, en l'occurrence un quintette pour clarinette basse (Armand Angster) et quatuor à  corde (Nathanaelle Marie et Saskia Lethiec, violons, Laurent Camate, alto et Christophe Beau violoncelle)  jouent le surprenant Phantasy Quintet opus 93 (1935) d'Edwin York Bowen, une pièce mystérieuse et foisonnante, dialogue entre les cordes et la clarinette basse.


Accroche Note - Nathanaelle Marie - Saskia Lethiec - Armand Angster - Laurent Camate - Christophe Beau- Photo: lfdd

Suivent Trois poèmes galants (2018) de Benoit Menu, pour soprano et piano, où Françoise Kubler montre toute la variété de son talent, entre les poèmes de Clément Marot "Etrennes à une Damoiselle", une chanson traitée plutôt avec humour alors que le "Sonnet de l'honneste Amour" de Joachim du Bellay est plus tendre et où le piano prend une douceur de luth. Le dernier poème, "A la douceur du temps nouveau" de Guilhem IX d'Aquitaine prend lui plutôt une forma de canon médiéval.

A la douceur du temps nouveau 

Par la douceur d’un temps nouveau
Feuillent les bois et les oiseaux
Chantent chacun en son latin
Selon les vers d’un chant nouveau
Donc il est bien de rechercher
Ce que tout homme a plus envie

Pendant que tout m’est bel et bon
Je ne vois signe ou messager
Aussi mon cœur ne dort ni rit
Et je n’ose éloigner mes pas
Pour savoir si sera la fin
Telle ainsi que je le désire

De notre amour il va ainsi
Comme une branche d’aubépine
Qui est sur l’arbre et dans la crainte
La nuit au gel ou à la pluie
Mais le matin sous le soleil

Feuille et verdit tout le rameau…


Accroche Note - Rencontres d'été - Alexandre Gasparov - Françoise Kubler - Photo: lfdd

En plat de résistance, le Quintette pour quatuor à corde et piano (Alexande Gasparov) belle et longue pièce en trois mouvements qui débute lentement, mais continue avec enthousiasme et finit avec une ardeur romantique est interprèté par l'ensemble de chambre en toute beauté.


Accroche Note - Rencontres d'été - Françoise Kubler -  Armand Angster - Emmanuel Séjourné - Photo: lfdd

Le programme s'achève avec la (trop) courte pièce d'Edith Cana de Chizy (2018) Sound ansd Silence pour soprano, clarinette et percussion (Emmanuel Séjourné), une création à partir de poèmes de sa fille devenue sourde à quatre ans et qui fait revivres les sons, les sensations et les bruits du quotidien et de la nature dans une variation de chant et de texte proféré ou chuchotté.

La soirée s'achève ainsi, nous ayant fait voyager du XXIème au XXIème siècle, savant mélange de musique d'aujourd'hui et de créations de leur temps pour un très bau voyage en (musique de) chambre...

Pour la suite, rendez-vous du 16 au 26 juillet à Belle-Ile en Mer pour la Plage musicale en Bangor  

La Fleur du Dimanche

dimanche 8 octobre 2017

Le Quatuor Tana et les Neue Vocalsolisten à Musica : les cendres de Cendo soupirent en soufflant

Encore un samedi après-midi du Festival Musica dans une ambiance d'église, à Sainte Aurélie. Mais cela en valait la peine: Une création de Raphaël Cendo, habitué de Musica par deux quatuors: le Quatuor Tana (Antoine Maisonhaute et Ivan Lebrun au violon, Maxime Desert à l'alto, et Jeanne Maisonhaute au violoncelle) et le quatuor vocal de Stuttgart Neue Vocalsolisten qui ont fait la création mondiale de la pièce Delocazione, un concert à en perdre la tête, tellement il était sublime.

L'idée est de partir de traces et ruines, ou plutôt de l'idée - et de textes qui en parlent et d'en faire, comme le dit Raphaël Cendo: "un rituel, un apprentissage de la poussière et du deuil".

Musica 2017 - Quatuor Tana - Neue Vocalsolisten - Raphaël Cendo - Delocazione - Phot: lfdd

Pour y arriver, des textes de Claude Royet-Journoud, de Rainer-Maria Rilke et de Georges Bataille (sur des récits de rescapés d'Hiroshima) sont dit, expirés, chantés dans une maîtrise totale par le quatuor allemand. Les textes, souvent étirés et triturés dans leur substance même rendent l'âme et deviennent des sons ressurgis de l'abime en phrases poussées dans un soupir, dans un souffle, dans une expiration ultime. Les voix se mêlent à la musique, tirée à l'extrême, en frottements, bribes, traces, souffles, en palimpsestes, éclats, chocs, tension. Les archets (augmentés) des instruments ont d'ailleurs été fabriqués spécialement par le luthier Blaise Emmelin et les deux quatuors arrivent à faire passer cette ambiance de paysage de mémoire, un peu à l'image des créations plastiques d'un Claudio Parmigiani dont Raphaël Cendo s'est également inspiré pour arriver à ce "pur sentir panique du lieu, hors de toute perception, hors de tout savoir de l'espace devenu étouffement et brûlures en acte" comme l'avait exprimé un rescapé de Hiroshima. 

Musica 2017 - Quatuor Tana - Neue Vocalsolisten - Raphaël Cendo - Phot: lfdd

Une catastrophe jouée devant nous, vécue au plus profond de nos sens, qui entre bien en résonnance avec le poème de Rilke (Première Elégie à Duino):

Wer, wenn ich schriee, hörte mich denn aus der Engel
Ordnungen? und gesetzt selbst, es nähme
einer mich plötzlich ans Herz: ich verginge von seinem
stärkeren Dasein. Denn das Schöne ist nichts
als des Schrecklichen Anfang, den wir noch grade ertragen,
und wir bewundern es so, weil es gelassen verschmäht,
uns zu zerstören. Ein jeder Engel ist schrecklich.
    Und so verhalt ich mich denn und verschlucke den Lockruf
dunkelen Schluchzens. Ach, wen vermögen
wir denn zu brauchen? Engel nicht, Menschen nicht,
und die findigen Tiere merken es schon,
daß wir nicht sehr verläßlich zu Haus sind
in der gedeuteten Welt. Es bleibt uns vielleicht
irgend ein Baum an dem Abhang, daß wir ihn täglich
wiedersähen; es bleibt uns die Straße von gestern
und das verzogene Treusein einer Gewohnheit,
der es bei uns gefiel, und so blieb sie und ging nicht.

"Qui, si je criais, qui donc entendrait mon cri
parmi les hiérarchies des Anges ?
Et cela serait-il, même, et que l'un d'eux soudain
me prenne sur son coeur : trop forte serait sa présence
et j'y succomberais.
Car le Beau n'est rien autre que le commencement du terrible,
qu’à peine à ce degré nous pouvons supporter encore ;
et si nous l'admirons, et tant, c'est qu'il dédaigne
et laisse de nous anéantir.
Tout Ange est terrible..."

Terrible programme !

La Fleur du Dimanche

samedi 30 septembre 2017

Musica Minguet Quartett et Jens Peter Maintz: du Quartett au quintette de six à sept

A Musica ce vendredi 29 septembre, Carte Blanche au Minguet Quartett avec en invité Jens Peter Maintz pour un solo et une clôture à cinq.

Pour commencer, Wolfgang Rihm et son "Geste zu Vedova" en création française. L'oeuvre est un hommage à l'artiste vénitien Emilio Vedova, peintre très gestuel, dont la fondation à Venise expose actuellement ses tableaux de America. L'écriture - et l'interprétation est également très gestuelle et l'on repère bien les flèches verticales qui s'élancent vers le ciel et montent en puissance pour finir dans un soupir.


Musica 2017 - Minguet Quartett - Wolfgang Rihm - Photo: lfdd


Blossoming de Tishio Hosokawa est un hommage aux fleurs, ici une fleur de lotus sont nous pouvons très facilement imaginer  la croissance, l'éveil et la floraison, à travers les glissements tournoyant de l'un à l'autre instrumentiste, comme "des ronds dans l'eau" qui croissent et se déploient.


Musica 2017 - Minguet Quartett - Jörg Widmann - Jagdquartett - Photo: lfdd


Pour la troisième pièce, "Jagdquartett", de Jörg Widdmann, littéralement "Quartett de chasse", nous assistons à une véritable chasse à courre endiablée, une course poursuite à bride abattue, où la battue va forcément laisser quelqu'un abattu, en l'occurrence la mise à mort du violoncelle après un corps à corps époustoufflant à cor et à cris, poussés à l'unisson et non à la venaison.


Musica 2017 - Trois Strophes sur le nom de Sacher - Jens Peter Maintz - Photo: lfdd



Après ces extrémités violentes, un concentré de virtuosité contenue, avec "Trois Strophes sur le nom de Sacher", jouées par Jens Peter Maintz dans une totale maîtrise et une retenue dense. La pièce, écrite pour le soixante-dixième anniversaire de Paul Sacher ont été créées par Mstislav Rostropovitch. Les trois strophes prennent leur pleine dimension sur le magnifique violoncelle ex-Servais créé par Giovanni Grancino en 1697.


Musica 2017 -  Minguet Quartett - Jens Peter Maintz - Wolfgang Rhim - Epilog - Photo: lfdd

Epilog de Wolfgang Rihm a d'ailleurs été composé pour Jens Peter Maintz et c'est une très belle clôture de concert, en apothéose à laquelle nous participons.

La Fleur du Dimanche