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mardi 11 décembre 2018

Thyeste au TNS: Secret de famille, Silence de mort, noir !

Thyeste de Sénèque mis en scène par Thomas Jolly et créé au Palais des Papes au Festival d'Avignon a fait parler de lui. Autant dire que c'était un peu l'événement du dernier Festival qui arrive au TNS qui a coproduit le spectacle après une halte à la Villette à Paris et une tournée en Belgique et dans de nombreux théâtres en France.
Thomas Jolly qui est artiste associé au TNS en a fait la mise en scène et joue le rôle d'Athrée, le frère de Thyeste par qui le malheur - la malédiction familiale - va se concrétiser, et se continuer.


Thieste -  Sénèque - Thomas Jolly - Photo: Jean-Louis Fernandez

L'histoire que nous conte Sénèque, dans une traduction limpide et claire de Florence Dupont est "irreprésentable" au théâtre nous dit Thomas Jolly. "C'est un attentat à l'humanité et au fonctionnement de l'humanité".
Cependant cette histoire innommable, écho de l'Histoire de Tantale, leur grand-père qui ouvre la pièce est mis en scène dans une justesse incroyable. Sans utiliser des moyens extraordinaires - bien sûr il y a cette tête et cette main énorme, mais il faut bien comprendre que les hommes, même les rois, ne sont que peu de choses - la pièce nous entraîne dans un rythme soutenu, porté et rythmé par la musique efficace en diable de Clément Mirguet qui soutient le récit et les lumières qui savent à la fois jouer des clairs-obscurs et des éclairs que des spots tournant - c'est vrai qu'Apollon joue un grand rôle dans cette histoire. La monstruosité des actes fait fuir les Dieux et plonge le plateau dans le noir.


Thieste -  Sénèque - Thomas Jolly - Photo: Jean-Louis Fernandez

Thomas Jolly nous conte ce récit de la métamorphose d'un homme en un être monstrueux, comme une "expérience poétique et empathique".

Cette monstruosité résonne totalement de nos jours et la réflexion de Thomas Jolly dans le livret du spectacle à propos de Thyeste et quand il cite Sénèque reste à méditer: 
"Les pires monstres sont ceux dissimulés, ceux qui s’ignorent. Atrée est, en quelque sorte banal, c’est pour ça qu’il est dangereux: il n’est pas repérable. Si l’on échappe à sa parole intime, on ne le "voit" pas. Le monstre contemporain n’est pas visible − comme Atrée en son temps. Le théâtre est peut-être fait pour cela : exhiber des monstres pour mieux nous les faire connaître. D’ailleurs "monstre" est lié à monstration, monstrare… le monstre est montré parmi les
hommes parce qu’il bouleverse l’ordre établi. C’est éminemment théâtral. 
....
Un homme seul, Atrée, entraîne toute l’humanité dans le chaos. Cette maladie humaine qui se nourrit d’ambition, de rage, d’égoïsme forcené, etc., Sénèque en parle dans De la colère: "Soyons donc entre nous plus tolérants : méchants, nous vivons parmi nos pareils. Une seule chose peut nous rendre la paix: c’est un traité d’indulgence mutuelle."


Thieste -  Sénèque - Thomas Jolly - Photo: Jean-Louis Fernandez

Et cet Atrée n'est pas pire que son frère, et c'est l'objectif de Thomas Jolly de nous le rendre familier, proche en endossant ce rôle. Et en nous contant une histoire issue de la mémoire des hommes dans une forme qui nous permet d'y adhérer totalement tout en nous laissant bouleversés à l'arrivée.




Si  vous n'avez pas encore vécu cette expérience cathartique, ni à Avignon, ni à Strasbourg, ni ailleurs, cherchez sur le site de La Piccola Familia où vous pourriez aller le voir.

Le Fleur du Dimanche


Thyeste
Texte Sénèque
Traduction Florence Dupont
Mise en scène Thomas Jolly

Avec
Damien Avice Thyeste
Éric Challier Tantale
Émeline Frémont Le Choeur
Thomas Jolly Atrée
Annie Mercier La Furie
Charline Porrone Le Courtisan
Lamya Regragui Le Messager
Et deux enfants

Collaboration artistique Alexandre Dain
Assistanat à la mise en scène et dramaturgie Samy Zerrouki
Scénographie Thomas Jolly, Christèle Lefèbvre
Musique Clément Mirguet
Lumière Philippe Berthomé, Antoine Travert
Costumes Sylvette Dequest
assistée de Magali Perrin-Toinin
Maquillage Élodie Mansuy
Vidéo Fanny Gauthier

Spectacle créé le 6 juillet 2018 au Festival d'Avignon. Le texte est publié aux éditions Actes Sud.
Costumes fabriqués par les ateliers du TNS et La Piccola Familia. Décor réalisé par Le Grand T, théâtre de Loire Atlantique et La Piccola Familia.
Production La Piccola Familia, Festival d’Avignon, Théâtre National de Strasbourg, Comédie de Saint-Etienne, Centre dramatique national

Coproduction ExtraPôle Provence-Alpes-Côte d'Azur, La Villette - Paris, Théâtre de Caen, La Criée Théâtre National de Marseille, Centre dramatique national de Normandie Rouen, Théâtre de l’Archipel Scène nationale de Perpignan, Le Grand T, théâtre de Loire Atlantique, Les Célestins Théâtre de Lyon, anthéa 
    


vendredi 2 juin 2017

Le Radeau de la Méduse au TNS : Et vogue le Groupe 42

Il est de tradition au TNS à Strasbourg, ou plutôt à la "promotion" de l'école qui termine ses études de travailler sur un spectacle qui donne lieu à des représentations publiques.
En général, les spectacles sont de bonnes qualité - il vaut mieux étant donné que les comédiens sont après sur le marché du travail.

Le groupe 42 est un peu particulier. Il est arrivé sous la direction de Julie Brochen et sort sous celle de Stanislas Nordey. C'est d'ailleurs à un de ses élèves quand il était au TNB - Théâtre National de Bretagne, Thomas Jolly, à qui il a proposé de prendre en charge la mise en scène du spectacle de ce Groupe 42. Et comme il y avait six filles et six garçons dans la section jeu - et bien sûr une équipe scénographie, costume,..), le choix de Thomas Jolly est allé à un texte qu'il avait découvert au TNB et qui allait avec cet objectif: Le Radeau de la Méduse de Georg Kaiser.
Le spectacle a donc été monté - et montré à Avignon l'été dernier.
Il a eu un bon succès et revient à Strasbourg au TNS pour une dizaine de jours avant d'aller à Paris au Théâtre de l'Odéon pour la deuxième quinzaine de juin, puis en Chine en juillet et à Monaco le 7 août 2017.


Le Radeau de la Méduse - Thomas Jolly - TNS - Photo: Jean-Louis Fernandez


La pièce, que Georg Kaiser a écrite en exil en Suisse de 1940 à 1943, se base sur une histoire réelle, celle d'un équipage de jeunes enfants, embarqué sur un canot à la suite du torpillage de leur bateau qui devait les emmener d'Angleterre au Canada pour échapper aux bombardements. Elle est le prétexte à décrire cette mini-société isolée qui doit s'organiser et se sociabiliser(les enfants ont entre 11 et 15 ans). Et nous assistons à un simulacre de reproduction d'une caricature de société, avec même en pire - les enfants ne sont pas innocents! - le poids de traditions et de préjugés.
Le choix de mise en scène de Thomas Jolly, avec un bateau qui est une sorte de prison, même si le point de vue est dynamique, nous fait adhérer au plus près de cette "fable" - nous n'allons pas dire "évangile" pas très optimiste.
La lumière et la scénographie nous fait penser au cinéma expressionniste allemand et la musique immerge dans un univers inquiétant. Cette atmosphère nous fait ressentir au plus profond de nous la force de ce récit et nous fait prendre conscience comment certains préjugés ou le poids des traditions peut amener à des extrémités graves.


Le Radeau de la Méduse - Thomas Jolly - TNS - Photo: Jean-Louis Fernandez


La troupe du groupe 42, soudée et qui donne quelquefois l'impression d'un choeur antique nous transporte avec eux dans leur "galère" et on ressort du spectacle un peu secoué en se demandant quel est ce mal de mer qui nous submerge.



Bon Spectacle.

Le Fleur du Dimanche



LE RADEAU DE LA MÉDUSE
1 juin au 11 juin 2017 au TNS
du 15 au 30 juin à l'Odéon - Paris
en juillet en Chine
le 7 août à Monaco au Théâtre du Fort


COPRODUCTION

Texte Georg Kaiser
Mise en scène Thomas Jolly
Traduction Huguette Radrizzani et René Radrizzani

Avec
Youssouf Abi-Ayad, Éléonore Auzou-Connes, Clément Barthelet, Romain Darrieu, Rémi Fortin, Johanna Hess, Emma Liégeois, Thalia Otmanetelba, Romain Pageard, Maud Pougeoise, Blanche Ripoche, Adrien Serre

Scénographie Heidi Folliet et Cecilia Galli
Construction Heidi Folliet, Cecilia Galli, Léa Gadbois-Lamer, Marie Bonnemaison et Julie Roëls
Costumes, maquillages, coiffures Oria Steenkiste
Accessoires Léa Gadbois-Lamer
Lumière Laurence Magnée 
Vidéo et effets spéciaux Sébastien Lemarchand
Composition musicale Clément Mirguet
Son Auréliane Pazzaglia
Régie plateau et machinerie Olivier Leroy, Marie Bonnemaison et Julie Roëls
Régie générale Marie Bonnemaison
Collaboration à la mise en scène Mathilde Delahaye, Maëlle Dequiedt
Consultante en théologie Corinne Meyniel

Spectacle créé avec l'accompagnement artistique de La Piccola Familia : Thibaut Fåck (scénographie), Clément Mirguet (son), Antoine Travert (lumière).

Production La Piccola Familia 
Coproduction Théâtre National de Strasbourg
Avec la participation artistique du Jeune Théâtre National
Avec le soutien de l'ODIA Normandie / Office de Diffusion et d'Information Artistique de Normandie
La Piccola Familia est conventionnée par la DRAC Normandie, la Région Normandie et la ville de Rouen. 

Le décor et les costumes ont été réalisés par les ateliers du TNS
Le texte est publié aux Éditions Fourbis
Création le 17 juillet 2016 au Festival d'Avignon

Thomas Jolly est artiste associé au Théâtre National de Strasbourg.