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lundi 22 juin 2026

Cinq jours au Soleil d'Emanuel Gat à Montpellier Danse: La musique de la cinquième de Mahler sous la lumière

 Pour vraiment débuter la 46ème édition du Festival Montpellier Danse, il ne fallait pas moins que la compagnie Emanuel Gat Dance qui magnifie la Symphonie N° 5 de Gustav Mahler pour nous emporter dans une oeuvre d'art complète. Le chorégraphe, fidèle habitué du festival, qui signe aussi les lumières et quelques composition sonores complémentaires nous propose une lecture émouvante de cette pièce musicale majeure avec une troupe renouvelée composée de danseuses et de danseur relativement jeunes, né(e)s autour de l'an 2000.


Cinq jours au Soleil - Emanuel Gat - Photo: Julia Gat


La pièce Cinq jours au Soleil démarre bien sûr par cette énergique fanfare de trompette en faisant émerger progressivement d'une brume un peu surnaturelle les différentes figures de danseuses et de danseurs, dans de très grands voiles en soie faisant penser à la danse expressionniste de Mary Wigman. D'abord une, en robe rouge, la tête masquée, puis deux qui se transmettant par geste et attitudes des mouvements réduits. Puis quatre, six et plus qui, espacé.e.s sur le plateau, instaurent ce dialogue gestuel. Mais très rapidement, les douze danseurs, flottant presque sur la scène, volant dans leurs voiles, ondulant avec frénésie et vibrations agitent le plateau de leurs frémissements.


Cinq jours au Soleil - Emanuel Gat - Photo: Julia Gat


  En palpitations, flux et reflux, disparaissant et réapparaissant à nouveau du fin fond de la scène, Le rideau se baisse doucement en pleine lumière puis se relève et apparaissent des costumes plus contemporains, coloré, sport et confortables, qui donnent une autre présence aux corps des danseurs et des danseuses, renforcée par la présence de quelques interprètes restés vêtus de leurs robes de voiles - les costumes ont été créés par la  styliste polonaise Inez Vicher. Ainsi vêtus, les différents interprètes se lancent avec virtuosité dans des démonstration de leur maîtrise corporelle, allant du post-classique à des performances plus acrobatiques    S'accordant sur la musique, qui alterne des mouvements furieux et des moments d'apaisement, la chorégraphie balance entre des solos, duos ou trios avec des ensembles plus vastes où les interprètes remplissent le vaste plateau nu de l'Opéra Berlioz au Corum.


Cinq jours au Soleil - Emanuel Gat - Photo: Julia Gat


Une nouvelle mue des corps s'annonce, une des danseuse apparaît en maillot deux pièce, le bikini de plage et danse un solo alors que tout s'est vidé et même qui le silence s'est fait, silence qui peu à peu se meuble semble-t-il de cris d'oiseaux ou d'enfants et de ce qu'on pourrait interpréter comme des détonations lointaines. Puis nous arrivons, lorsque toute la troupe après s'être déshabillée se retrouve dans une sorte de "scène de plage" avec toujours cette incertitude sur l'interprétation de l'ambiance. Est-elle joyeuse ou inquiétante, le doute existe, persiste jusqu'à ce que la musique revienne, arrive à un rythme très enjoué et presque sautillant où toute la petite troupe batifole à loisir avec entrain.


Cinq jours au Soleil - Emanuel Gat - Photo: Julia Gat


Reviennent dans la partie finale, dans une lumière expressionniste, les danseuses et les danseurs en costumes et l'on fait vraiment dans ces rapports au corps, aux habits et à la lumière l'expérience d'un espace habité par la musique dans laquelle les trajectoires, les mouvements, les trajectoires déterminent une histoire très forte qui procède étrangement de ces différentes conjonctions avec une liberté et une fraîcheur incomparable. Et l'on ne peut que féliciter Emanuel Gat d'avoir osé recruter cette nouvelle équipe par laquelle rien de ce que personne ne pouvait prédire est arrivé dans confrontation. 


Cinq jours au Soleil - Emanuel Gat - Photo: Julia Gat


Car, comme Emanuel Gat le dit lui-même de son travail, il écrit la partition lumière avant la chorégraphie, il fait les répétitions et l'écriture chorégraphique sans la partition. D'avoir choisi des interprètes qui ne se connaissaient pas ni ne connaissaient Mahler, ni la 5ème, cette confrontation heureuse donnent à la pièce une vie, une fraicheur, un élan, une vigueur sans limite et ne rend que plus poignant le mouvement final, à la fois crépuscule des Dieux et résurrection éternelle dans un autre monde. Une sublime conclusion pour cette magnifique construction où les gestes, les mouvements, les directions et la partition sonore et les éclairages convergent vers le sublime.


La Fleur du Dimanche 


 Cinq jours au Soleil


Festival Montpelier Danse - 21 et 22 juin 2026

Venise - 17 juillet 2026


Distribution / Production
Chorégraphie, scénographie et lumières : Emanuel Gat 
Musique : Gustav Mahler, Symphonie n° 5 en do dièse mineur (mouvements 1–4) Wiener Philharmoniker, Leonard Bernstein (1987)  
Création sonore additionnelle : Emanuel Gat  
Avec : Emma Bogerd, Théo Brassart, Geremia Cappagli, Léa Delaporte, Zohar Kotz, Itai Meir, Giulia Quacqueri, Johanne Skogstad, Katherina Solvang, Noah Oost, Anaïs Van Caekenberghe, Winter Wieringa
Costumes : VICHER
Direction technique : Guillaume Février
Son : Frédéric Duru
Production : Emanuel Gat Dance
Administration : Marie-Pierre Guiol
Chargée de production : Mélanie Bichot
Coproduction : Agora, Cité Internationale de la Danse Montpellier Danse + CCN Occitanie Danse, Biennale Danza di Venezia, American Dance Festival, Festival de danse de Cannes, Pôle arts de la scène – La Friche Belle de mai, Theater Freiburg.
Accueil en résidence : KLAP Maison pour la Danse, SCENE44 . n + n Corsino, Ecole nationale de danse de Marseille.
Emanuel Gat Dance bénéficie du soutien du Ministère de la Culture et de la Communication – DRA C Provence-Alpes-Côte d’Azur, de la Région Sud – Provence-Alpes-Côte d’Azur et of du Conseil Départemental des Bouches du Rhône.
Avec le soutien de la Fondation BNP Paribas pour l’accueil en résidence à l’Agora

samedi 1 avril 2023

Suzanne d'Emanuel Gat au 104 pour le Festival Séquence Danse: Un grand moment d'émotion dansée

 Depuis dix ans, le 104 à Paris propose un festival au Printemps, Séquence Danse qui sur plus d'un mois propose un savant équilibre entre des pièces connues et d'autres à découvrir. Cette année, onze spectacles s'égrènent entre le 1er  avril et le 17 mai. Cela va, pour le premier jour du festival de Leïla Ka, 1er prix du concours Danse Élargie 2022 pour sa courte pièce Bouffées à Christian Rizzo, Olivier Dubois ou William Forsythe et Pierre Pontvianne.


Suzanne - Emanuel Gat - Inbal Dance Theatre


Emanuel Gat, lui, avait créé Suzanne en 2021 à Tel Aviv avec la troupe Inbal Dance Theater au Centre Suzanne Dellal pour fêter les trente ans de ce lieu, berceau de la création contemporaine internationale, à l'origine destiné pour la Batshewa Dance company, fondée par Martha Graham. Le titre de la pièce est sûrement un clin d'oeil à la fille du fondateur du Centre Jack Dellal, mais c'est bien sûr aussi le titre de la célèbre chanson de Leonard Cohen. Et pour cette pièce, ce sera la version chantée par Nina Simone au Philharmonic Hall de New York en octobre 1969 qui sera le fil conducteur de la chorégraphie.


Suzanne - Emanuel Gat - Inbal Dance Theatre


La pièce démarre dans le silence, le plateau est nu et seule une douche au centre l'éclaire. Les danseuses et les danseurs du Inbal Dance Theater vont tour à tour se positionner sous la lumière ou se répartir sur les bords du plateau, dans la pénombre, se regroupant et se dispersant, jouant des recontres fortuites ou volontaires, dialoguant par gestes, approches, recul, mouvements des bras et des jambes, délicats et fragiles. Soudain, la bande son arrive et l'on est plongé, au moins par le son dans un concert en public, des applaudissements et la voix de Nina Simone qui dialogue avec le public, chaleureusement et très décontractée. 


Suzanne - Emanuel Gat - Inbal Dance Theatre


Les lumières s'étalent sur le plateau et les danseuses et les danseurs vont suivre les variations de la musique, au départ une simple guitare et la voix de la divine Nina. Non dans une chorégraphie plaquée mais dans une diversité de mouvements qui font écho aux variations des cordes de l'intrument et de la voix chaleureuse de l'interprète. On prend un plaisir délicieux à essayer de voir où les vagues sonores influent les danseurs, souvent très indépendants, se retrouvant ou se séparant, ayant de temps en temps quelques mouvements d'ensemble par deux ou trois, puis reprenant leur autonomie. Les mouvements sont fluides, délicats, aériens, gracieux et subtils. Les morceaux se suivent, s'enchaînent, plus ou moins énergiques, quelquefois plus rapides ou plus rythmés, et les huit danseurs et danseuses ne ménagent pas leur engagement, occupant la scène, passant de temps en temps sur le bord, dans la pénombre pour laisser un couple ou un trio pour un petit moment mener la danse et se retrouver de plus belle pour mieux se séparer. 


Suzanne - Emanuel Gat - Inbal Dance Theatre


Quelques sauts, des acrobaties aussi, des courses poursuites, selon l'athmosphère de la chanson qui passe.  Nous avons le double plaisir de participer à ce magnifique concert (avec au moins cinq chansons, Ain't Got No - I Got Life  - To Be Young, Gifted and Black - Black Is the Colour of My True Love's Hair, dont certaines durent dix minutes de bonheur, tenues par la Grande Nina) que nous pouvons d'autant plus apprécier que nous ne sommes pas perturbés par la vision de la chanteuse ou de la salle et du public - nous sommes immergés dans le son - et que nous avons comme image cette magnifique troupe de danseurs qui interprètent en gestes et mouvements, la transcription chorégraphique qu'en a inventée Emanuel Gat, toute en flots, flux, ondes et variations, énergie et vibration.


Suzanne - Emanuel Gat - Inbal Dance Theatre


Un nouvelle séquence de silence comme une respiration pour nous permettre de reprendre à la fois l'air et pied, pour rebondir encore mieux pour l'acmé de la pièce, cette Suzanne où les interprètes donnent tout leur coeur et leur corps pour ces (trop courtes) dix minutes d'émotion. La conclusion d'une magnifique soirée.


 La Fleur du Dimanche