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samedi 5 octobre 2019

Musica 2019 transgresse les frontières

Nous savions déjà, et l'avons expérimenté, que l'édition 2019 de Musica avait décidé de pousser les frontières de la Musique Contemporaine.


Déjà en ne parlant plus de "Musique Contemporaine" avec un grand "C", mais en ouvrant le champ à toutes les musiques d'aujourd'hui.
Le dernier jour du Festival Musica a planté le clou final dans cette "ouverture", à la fois en invitant un groupe qui vient des USA Pamplemousse composé de è musiciens: David Broome, Natacha Diels, Andrew Greenwald, Bryan Jacobs, Jessie Marino, Weston Olencki qui vont présenter leur propre composition, entre concert bruitiste et percussionniste, musique électronique bricolée, vidéo des années 80 avec conte de fée sur mer de nuage et pièce de geste où l'on verra d'abord la transposition de la notation avant de pouvoir en entendre l'interprétation. C'est frais comme un jus acidulé et censé s'adresser aux petits, cela fait le bonheur des grands et très grands enfants fidèles du Festival.


Musica 2019 - Pamplemousse- Photo: lfdd

La deuxième frontière traversée sera à la fois celle du support et du métier, en l'occurrence, lors d'une "conférence" vidéo, "Composer l'image"  dispensée par François Sarhan, compositeur performeur professeur, nous avons pu découvrir des extraits de films réalisés par des compositeurs, entre autres de Thierry De Mey, Joanna Bailie, Natacha Diels, Johannes Kreidler et Nico Sauer, présent et qui a pu parler de son travail. A noter aussi l'époustouflant "Run Time Error" hommage explicite à Fischli & Weiss. 
Si les compositeurs font de la vidéo leur Violon d'Ingres, Nam June Païk n'a plus qu'à bien se tenir...
Le texte d'explication se trouve ici;:
https://festivalmusica.fr/videos/1/composerlimage
Et les vidéo sont là:
https://festivalmusica.fr/videos/1/composerlimage

Profitez du fait que je les ai trouvés... et pour vous donner envie d'y aller voir de plus près, je vous propose la vidéo de Natacha Diels (vue dans le Groupe Pamplemousse, entendue avec le Quartet Impact et lors du concert "Tell me everything" de l'Ensemble de musique contemporaine de l'Académie supérieure de musique de Strasbourg-HEAR



Self Portrait, Natacha Diels from experimentalmusicyearbook on Vimeo.



A suivre...


La Fleur du Dimanche



vendredi 4 octobre 2019

Musica 2019: Alles Klappt - L'Amour innonde toute chose

Dans le cadre du Festival Musica, création française de la pièce théâtre musical d'Ondrej Adamek "Alles Klappt" à la Salle Gignoux du TNS.
Un décor de chantier vide, échafaudage au fond, une cabane - cabine - à droite et un homme avec détecteur de métaux qui explore le sol, trouve des signaux de temps en temps. Dans le public, réponse de "bips" sourds d'un téléphone qui refuse désespérément de s'éteindre. Un signe? Un écho de la pièce?
Que cherche ce personnage? Des objets, des souvenirs, des traces, des personnes, des parents, des ancêtres,..?


Musica 2019 -Alles Klappt - Ondrej Adamek - Photo: Armin Smailovic

La pièce va être une longue et laborieuse cérémonie d'exhumation puis de deuil d'une histoire familiale douloureuse, qui fait figure d'exemple. D'abord, il va falloir se la réapproprier, par la parole, les gestes, les objets, la musique...
Ainsi la scène se remplit, au fur et à mesure des instruments de percussion, de personnages habillés de blanc ou de vêtements de chantier, de grosses caisses de bois...


Musica 2019 -Alles Klappt - Ondrej Adamek - Photo: Armin Smailovic

Les paroles se construisent en bégaiements, essais, répétitions, silences, additions. Les six chanteuses et chanteurs vont faire un travail de déballage et de transbordement d'objets usuels (un éléphant en porcelaine, un sucrier, une petite valise, une chemise en carton,...) accompagnés de deux percussionnistes en arrière-plan. Ces objets, symboliquement appellent à rejouer le travail d'inventaire du grand-père du compositeur qui concernait les logements juifs spoliés par les Allemands. Le texte chanté est une liste d'inventaires divers, ainsi que les mots écrits au dos des cartes postales envoyées par les membres de la famille qui s'est retrouvée dans les camps de concentration. Et curieusement, ces mots sont banaux et positifs (comme le titre "Alles Klappt" - "Tout va bien"): "Liebling, sind gut angekommen" - "Chéri, sommes bien arrivés"...


Musica 2019 -Alles Klappt - Ondrej Adamek - Photo: Armin Smailovic

Jusqu'au moment où tout cela va basculer... "...nichts, nichts mehr schicken" - "...ne plus, ne plus rien envoyer".
Les objets vont être plus personnifiés, dotés de présence humaine: un tapis, un portrait de femme, un fouet et une plante verte. Quelques réminiscence de langue slave s'intercalent dans le chant.
Et ces objets vont faire l'objet d'un simulacre d'enterrement par le personnage qui joue le grand-père qui dit (chante) qu'il est jardinier "Ich arbeite jetzt als Gärtner. Draussen ist es schön, bin en ganzen Tag im Grünen. Frische Luft" - "Je travaille maintenant comme jardinier. Dehors, il fait beau, suis toute la journée au vert. Air pur". L'ironie noire est hénaurme et la musique en prouve la violence dans un climax de percussions.
Puis le repos, le calme du sommeil (éternel ?), du deuil. La rémission.


Musica 2019 -Alles Klappt - Ondrej Adamek - Photo: Armin Smailovic

La pièce nous prend aux tripes en nous mettant en face d'un passé qui tend à être oublié, enterré, enfoui, perdu.
Elle nous confronte à notre propre oubli ou volonté d'oublier. C'est un spectacle fort, prenant, toute en tension, grâce à la musique d'Ondrej Adamek sur un livret de Katharina Schmitt, qui a également assuré cette mise en scène prenante. Et grâce au chant et la présence du jeu des interprètes, nous plongeons totalement dans cet univers angoissant. 



A suivre... 

Symphonia Harmoniae Caelestium Revelationum

François Chaignaud, Marie-Pierre Brébant

La Fleur du Dimanche


ALLES KLAPPT, ONDŘEJ ADÁMEK
Opéra de Chambre
Musique, direction musicale: Ondřej Adámek
Livret et mise en scène: Katharina Schmitt
Scénographie et costumes: Patricia Talacko
Dramaturgie: Götz Leineweber
Coaching vocal: Caroline Scholz Ott
Sopranos: Landy Adriamboavonjy,Thérèse Wincent, Olga Siemienczuk
Ténor: Steve Zheng
Barytons: Dominic Kraemer, Tobias Müller-Kopp

Percussions: Miguel-Ángel Garcia-Martin, Jeanne Larrouturou

Musica 2019: Le Point d'Eau fait le plein avec les Automates et Barbarie: C'est l'Armée du Chahut !

A Ostwald au Point d'Eau, les spectateurs du Festival Musica se sont donné un point de chute régulier pour les  concerts de Musica. Après le dimanche "hors du temps" consacré à Thierry de Mey (voir mon billet), retour ce mardi pour une soirée en deux temps:

Les Automates de Descartes

A 18h00, le Quatuor Impact fondé par Julia Robert, nous propose un programme "Les Automates de Descartes" autour de l'oeuvre éponyme d'Alessandre Perini qui ouvre le programme dans le noir, puis dans un clair-obscur que n'aurait pas renié Georges de la Tour - il faut noter l'excellent travail lumière de Baptiste Joxe sur l'ensemble du spectacle. Anaïs Moreau, seule sur scène face au public, coiffée d'une perruque blond platine va nous interpréter une musique additive faite d'un empilement mécanique de sons et de silences, qui s'additionnent comme avec une calculatrice et qui résonnent sous l'archet de musiciens fantômes. Ces fantômes apparaissent à un moment en psalmodiant des paroles qu'elles avalent de leur téléphone portable qui éclaire leur bouche et la musique, mécaniquement se répand.


Musica 2019 - Quatuor Impact - Photo: lfdd

Pour la deuxième pièce, "Obsessions" (2015)d'Alexandro Markeas, le quatuor se retrouve sur scène pour une session de rythme et de percussions endiablée. 
Nous retouvons également Simon Steen-Andersen dont nous avons déjà pu entendre quelques pièces dans cette édition de Musica avec "Study for string instrument #1" (2007), une pièce faite de bruits d'archets et de de cordes tirées, de musique enregistrée et de chants dans une performance pleine d'humour.


Musica 2019 - Quatuor Impact - Photo: lfdd

Autre artiste également déjà entendue - et vue - Natacha Diels, avec ses pièces presque théâtrales où le geste (hochements ou mouvements de tête et rires) complète la musique pour plus de dramaturgie. C'est le cas pour "Nightmare for JACK" (2013).
Et pour finir, une pièce hautement électrique - et même dangereuse: "Bb" (2012) de Simon Løffler où trois musiciennes risquent leur peau en se dévêtant et en faisant la musique avec les variations d'ondes électriques et lumineuses qui passent par leur corps. Une véritable performance corporelle !


Musica 2019 - Quatuor Impact - Photo: lfdd
Le programme qui interroge notre relation à la technique, au corps, à la représentation et le jeu est d'une riche variété. Le quatuor fait un très beau tour du sujet et la réception par le spectateur a un fort impact.    

A suivre le même soir ...  Barbarie


Barbarie - Quatuor Bela et Wilhem Latchoumia

En soirée, changement de salle et de décor: La grande salle du Point d'Eau est remplie d'instruments divers et hétéroclites, dont un stohviol et une vielle à roue, un piano à queue, un synthétiseur et un piano qui se révèlera pneumatique, un gramophone à côté du piano et contre le mur du fond un carré de couleur qui est un orgue de foire et les quatre chaises pour les musiciens.


Musica 2019 - Quatuor Bela - Wilhelm Latchoumia - Barbarie - Photo: lfdd


Cela démarre en fanfare avec une création mondiale d'Albert Marcoeur, véritable symphonie pour les instruments de foire disposés sur le plateau, c'est gai, rythmé, varié et ludique et ressemble à un beau chahut comme semble l'annoncer le tambour de l'orgue de foire. Le programme, continue avec une Etude pour piano mécanique (Etude n°6) qui va jouer sur la virtuosité de jeu des deux mains, la gauche et la droite qui respectivement accélèrent et ralentissent leur jeu, un jeu étonnant. L'utilisation du piano mécanique est d'ailleurs étonnante tout au long de la soirée, même par un Wilhem Latchoumia au sommet de sa forme et de sa virtuosité. 


Musica 2019 - Quatuor Bela - Wilhelm Latchoumia - Barbarie - Photo: lfdd

A noter une superbe interprétation glissée d'une étude pour piano (Arc-en-Ciel) de Gyorgy Ligeti très émouvante de délicatesse, un peu en contrepoint de l'ensemble des pièces. Emouvante aussi, un peu rétro, la pièce de Frédéric Audier "Barbarie et Coda", création mondiale où l'on décèle des emprunts de tubes des années 80 pour finir la soirée.


Musica 2019 - Quatuor Bela - Wilhelm Latchoumia - Barbarie - Photo: lfdd

Auparavant nous avons assisté à un véritable feu d'artifice de morceaux pour lesquels le quatuor "étendu" nous a plongés dans un univers féérique et ouvert des réminiscences d'un passé où les disques grattaient et les orgues clignotaient, comme les orgues de lumière du fond de décor qui nous rendent nostalgiques et rappellent les bals d'antan.
Le résultat est revigorant et plein d'énergie avec une bonne dose d'humour.     


Musica 2019 - Quatuor Bela - Wilhelm Latchoumia - Barbarie - Photo: lfdd

Musica 2019 - Quatuor Bela - Wilhelm Latchoumia - Barbarie - Photo: lfdd


La Fleur du Dimanche



Le Point d'Eau - Ostwald (67) mercredi 02 octobre 2019 

Les Automates de Descartes 

Quatuor Impact

Violons: Wu Szuhwa, Irène Lecoq
Alto: Julia Robert
Violoncelle: Anaïs Moreau
Direction artistique: Julia Robert
Regard extérieur: Johanne Saunier
Lumières: Baptiste Joxe
Son: Clément Lemêtre

programme
Alessandro Perini: Les Automates de Descartes (2015)
Alexandros Markeas: Obsessions (2005)
Simon Steen-Andersen: Study for string instrument #1 (2007)
Natacha Diels: Nightmare for JACK (2013)
Simon Løffler: B (2012)

Barbarie

Quatuor Béla

Piano, synthétiseurs: Wilhem Latchoumia
Violon, nyckelharpa: Frédéric Aurier
Violon, stohviol: Julien Dieuregard
Alto, vielle à roue: Julian Boutin
Violoncelle: Luc Dedreuil
RIM & ingénieur du son: Max Bruckert
Scénographie et lumière: Hervé Frichet


programme
Albert Marcoeur: Léopold et les automates
Danse pour instruments acoustiques et mécaniques divers
Marco Stroppa: Nouvelle oeuvre
Conlon Nancarro: Etude n°6 pour piano mécanique
Conlon Nancarrow: Etude n°21 pour piano mécanique "Canon X"
Noriko Baba: Nié
Conlon Nancarrow: Toccata pour piano mécanique et violon
Peter Szendy: Membres fantômes (extrait)
Conlon Nancarrow: Etude pour piano mécanique n°3a "Boogie"
Raphaël Cendo: Nouvelle oeuvre
György Ligeti: Arc-en-Ciel, étude pour piano
Frédéric Aurier: Nouvelle oeuvre