mercredi 14 janvier 2026

A la Filature, la rencontre de Moondog et de Bl!ndman: Point contre point, la musique nous fait voyager dans les hautes sphères

 Moondog est un musicien singulier, rare et précieux. Il n'a pas eu le succès que son talent aurait mérité. Bien qu'il ait étudié la musique jeune à Memphis, il l'a pratiqué en autodidacte et sa vocation de compositeur lui a été inspirée par la lecture par sa soeur de la vie d'un compositeur européen. Il faut dire que, né Luis Thomas Hardin en 1916 dans le Kansas et tributaire de la vie de son père prédicateur nomade, il voyage beaucoup et il a été rendu aveugle par accident à 16 ans, à cause d'un bâton de dynamite qu'il a ramassé entre deux rails. Il est fasciné au départ par les tribus amérindiennes - l'expérience, jeune, d'une danse du soleil, avec ses percussions, le marque fortement et la civilisation viking également, son père venant de Scandinavie et sa mère d'Allemagne.


Bl!ndman - Moondog - La Filature - Photo: Robert Becker

 

Il part s'installer à New-York en 1943 et y rencontre des compositeurs et chefs d'orchestre comme Leonard Bernstein et Arturo Toscanini, mais sa façon de se vêtir et son apparence de wiking le marginalisent et il s'installe à sur la 6ème avenue avec son chien partir de 1947. Il se fait d'ailleurs appeler Moondog en hommage à ce dernier. Il chante, invente des instruments avec lesquels il s'accompagne et compose. Il enregistre des disque et fréquente Philip Glass (qui dit de lui qu'il est à l'origine de la musique minimaliste). Son influence, vient outre les musiques des amérindiens et traditionnelles, des musiques polyphoniques, Monteverdi, Bach, mais il fréquente aussi le milieu du jazz en enregistre avec Charlie Parker (Bird). 


Bl!ndman - Moondog - La Filature - Photo: Robert Becker


Suite à un concert en 1974 en Allemagne à Francfort, il décide de s'y installer. Grâce à sa rencontre avec une étudiante qui le découvre en 1977, celle-ci l'héberge chez ses parent et s'en occupe. Elle lui transcrit ses partitions du braille et le soutient dans ses productions et ses tournées - dont un retour triomphal à New York en 1889, invité par Phil Glass pour l'ouverture du New Music Festival de New York. Il vivra jusqu'à 83 ans chez eux à Münster en Westphalie tout en continuant à composer. On recense plus de 800 oeuvres et plus de 80 "symphonies" - pièces pour orchestre - dans tous les styles et il a collaboré avec des nombreux musiciens contemporains, de jazz et, entre autre Stephan Eicher. 


Bl!ndman - Moondog - La Filature - Photo: Robert Becker


Curieusement, le nom du collectif collectif flamand Bl!ndman n'a rien à voir avec Moondog (que l'on pourrait croire chien d'aveugle) mais leur nom vient de la revue Dada de Marcel Duchamp The Blind Man. Mais c'est un heureux hazard que cette rencontre et ce hommage que les sept musiciens rendent à cet artiste mythique. Effectivement le collectif fondé par Eric Schleichin (après son groupe Maximalist!) oeuvre également dans la musique de film, pour la danse et la musique contemporaine. Ce quartet e saxophone augmenté à sept s'emparent de la très originale musique du compositeur éclectique et s'en sortent à merveille avec ces petits bijoux contrapunctiques que des morceaux qui frisent avec les fanfares ou encore avec le rock ou les boucles répétitives. Très curieusement, alors que souvent dans le jazz l'on est confronté à des morceaux fleuves, avec reprises temps d'improvisation pour les solistes, ici, rien de cela, ce sont de petites pépites (écrites) où chacun, chaque instrument a sa place et se positionne en regard des autres pour arriver à ce qui serait un diamant poli dont chacune des face est taillée pour renforcer la lumière des autres. Elles sont minimalistes et surtout pas bavardes, déroulant leur construction jusqu'à leur forme parfaite, souvent très courtes, deux à trois minutes en général. Ce qui, pour ce concert de presqu'une heure et demi en fait une belle liste.


Bl!ndman - Moondog - La Filature - Photo: Robert Becker


Les morceaux, dans de multiples variations s'appuient sur la puissance et les variations des multiples saxophones, du soprano au baryton, complété par le tuba, se combinent et s'entrelacent, déroulant quelquefois des anneaux de Moebius musicaux, quelquefois des ensembles ressemblant à des fanfares de rues, parfois déroulant de légères mélodies baroques ou des choeurs d'église. Certaines pièces partent dans des montée en puissance impitoyables, nous emportant dans leur tourbillon impitoyable. D'autres nous suspendent dans de douces mélopées, ou, au contraire nous font cavaler sur un rythme effréné. De temps en temps, les voix se mêlent, comme dans des oratorios baroques, ou des mélodies de dessins animés.


Bl!ndman - Moondog - La Filature - Photo: Robert Becker


Des chansons, quelquefois drôles ou romantiques à souhait viennent transformer l'atmosphère. Un hymne majestueux enfle et grossit ou un moment de douceur et de songe attendrit l'atmosphère. La batterie rythme de manière implacable les compositions ou alors ce sont des tambours et djembé qui apportent un toucher plus doux. Des clochettes apportent un souffle léger ou la guitare acoustique dessine une légère ligne mélodique alors que celle, électrique, introduit une mélodie que les voix vont développer. Multi-instrumentistes, même s'ils jouent essentiellement du saxophone et de la clarinette (et bien sûr le tuba), la flûte et le duduk et même une sorte d'accordéon à main apparaissent sur scène. Un piano, synthé accompagne également certaines compositions, c'est dire la richesse et la variété de ces compositions dont on ne se lasse pas. L'éventail se déploie et le concert, très apprécié parvient à donner la mesure (presque démesurée) des facettes du talent de ce compositeur prolixe.


Bl!ndman - Moondog - La Filature - Photo: Robert Becker

Bl!ndman - Moondog - La Filature - Photo: Robert Becker


Et en cerise sur le gâteau, Bl!ndman nous offre l'hommage à Bird que Moondog lui avait composé peu avant sa mort à Charlie Parker Bird's Lamment.


La Fleur du Dimanche


Distribution

direction artistique, tubax, saxophone alto, flûte, guitare électrique, basse électrique, voix Eric Sleichim BL!NDMAN [sax] : saxophones, voix Pieter Pellens, Hendrik Pellens, Piet Rebel, Sebastiaan Cooman BLINDMAN [drums] : percussions, tuba Gideon Van Canneyt percussions, guitare électrique, arrangements  Ward De Ketelaere.

Production BL!NDMAN, commande de Brosella 2023.

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