mercredi 21 janvier 2026

Louise Vanneste et Sandrine Lescourant à Pôle Sud: De la suite dans les idées, une certaine idée de la parole des femmes... et de leurs gestes

 Louise Vanneste, nous l'avions vue en plein chantier, qui à l'époque,- le 3 février 2024) s'appelait 3 Nuits. Trois jours s'y sont rajoutés et ce soir, elle nous présente 3 jours, 3 nuits. Il n'y a presque rien à rajouter et je vous livre tel quel un bout du texte que j'avais publié et qui parle bien de ce travail:

"Basé au départ sur l’idée de géologie, de tectonique, sur un texte poétique soutenu par une musique envoutante et marqué par des battements sourds installent une atmosphère enveloppante. Elle-même toute de noir vêtue, recouvre le visage également de sa longue chevelure noire et part dans des mouvements intériorisés semblables à une danse chamanique. Les mains remuent, balancent en répétition tandis que le corps plie un peu. Les bras, un moment battent à l’horizontale, puis semblent vouloir s'envoler. Mais ce sont essentiellement ses mains qui dans de superbes variations de soulèvement, de brassage, de frottements, de caresses, nous plongent dans la matérialité de cet univers. Elle danse toute en diagonales en avant en arrière, toujours le visage caché dans sa chevelure, ce qui crée une impression d’étrangeté irréelle d’être sans tête."


Louise Vanneste - 3 jours, 3 nuits

Ce qui change, c'est son costume, qui à première vue dans la pénombre du début ressemble à un pyjama fleuri et qui se révèle être un collant et, pour le haut juste un soutien-gorge. Est-ce pour mettre en opposition le côté minéral et la chair ? Apparemment la couleur noire du premier costume était un meilleur choix esthétique. Sinon, pour ce qui est de cette pièce, complète, le balancement et le jeu des mains, les diagonales en avant et arrière qui se développent et se déploient dans l'espace nous embarquent dans un étrange et intéressant voyage cathartique et les changements d'axe déploient pleinement son propos, donnent à ses mouvements une ampleur qui éclate le carré blanc dans lequel elle se circonscrit. Ses mains, ses doigt libres et véloces nous hypnotisent presque. Et l'ambiance sonore, qui répète en variation et à différentes vitesses les textes poétiques, les battements les grondements et les boucles sonores nous amènent à une conscience semi-cataleptique. 


Louise Vanneste - 3 jours, 3 nuits


Au point de nous projeter comme dans un zoom cinématographique de la matière et l'espace, dans une zone où, du feu qui craque ou de la pluie qui goutte, la pierre devient noire et nous sommes littéralement projetés dans une caverne. De là émerge, mais en retrait, hors du carré blanc de la scène, le corps agenouillé ou assis, à peine visible, la danseuse qui déploie ses bras, ses ailes, en ondulations, nous offrant devant elle, le vaste plateau blanc immaculé que notre esprit explore en y positionnant les mots que nous transmet la bande son: jaune, orange, bleu, rouge, degrés, érosion,,.. Et elle nous laisse continuer dans le noir.....


Changement de style, mais pas de propos avec RAW une pièce présentée avec le TJP - CDN de Strasbourg.La chorégraphe Sandrine Lescourant a fait un parcours singulier et complet dans la danse pour arriver à un engagement social et à la danse hip-hop et aux battles. Dans cet univers très majoritairement masculin, elle offre la plateau à quatre femmes. Curieusement d'ailleurs pour commencer, on pourrait s'y tromper, les quatre silhouettes qui se tiennent immobiles, debout en fond de scène ont une apparence très masculine avec leur pantalons et leur veste à capuche, devant des couvertures de survie argentées qui tapissent le fond de scène et également les deux côtés de la scène. Mais l'incertitude est de courte durée quand elles libèrent leurs cheveux et se mettent à danser en criant "We get war". 


RAW - Sandrine Lescourant


Mais par la suite, on se rend compte que l'esprit des battles c'est aussi la collaboration, le soutien des unes aux autres, la prise de relais et le dialogue, les renvois, la solidarité, l'individuel et le collectif. Collectif qui s'étend jusqu'à la salle dans laquelle, après que chacune s'est présentée, les spectateurs sont sollicités pour être actifs, en tirant des cartes et désignant successivement celle qui, après avoir parlé de sa motivation, de son parcours, ses préoccupations, ses priorités, elle va se trouver au centre de la scène exposée et active avec "sa" performance. On y découvre Ashley Beckett, et son style plutôt krump, sa famille, ses retrouvailles avec elle-même, son courage, et ses 33 ans (alors qu'elle en paraît 25 ou même 20 !) qui commencent à lui peser sur le souffle. Lauren Lecrique nous conte son "explosion" à l'âge de six ans et le sauvetage par la danse, l' "énergie" que cela lui apporte et qu'elle transmet à ses proches et à sa famille (sa nièce), le calme de son petit village en Provence dont elle a gardé l'accent, la petite chapelle accrochée à la falaise. Mwenda Marchand, qui vient du Kenya et dont la révélation a été le "pardon" de l'être suprême et Sonia Ivashchenko, l'Ukrainienne qui de désarroi déchire sa carte, et, comme les autres bénit l'esprit de groupe, la sororité et la joie, la reconnaissance qu'apporte la danse, cette danse, ce groupe, le Hip-Hop et ses règles sociales en terme de solidarité et d'apaisement dans ce monde qui cherche ses repères. Mais chacune avance, partage et, en dansant exprime ce qui la fait mouvoir, s'intégrer. Et elles dansent, comme si elles étaient dans la rue, avec et au niveau des autres, se rendant bien compte qu'elles sont sur un plateau, au-dessus de nous, à être en spectacle et en représentation, à nous exposer leur vie et leurs soucis. Mais heureusement que leur motivation, ce qui leur donne de l'énergie c'est la danse, les battles, le hip-hop, toutes sortes de hip-hop, et elles en font une démonstration presque pédagogique en invitant le public à monter aussi sur scène (ce qui semble devenir une règle en fin de spectacle - mais là c'est vraiment inscrit dans le programme parce que la DJ Mab'ish (Isabelle Clarençon) fait un DJ set à l'issue de la pièce.


Pôle Sud - DJ Set - Mab'ish - Photo: Robert Becker

Et tout le monde est content, les danseuse et la chorégraphe parce qu'elles ont pu s'exprimer et partager avec le public leurs préoccupations profondes et le public parce qu'il finit la soirée en se lâchant sur scène sur des musiques dansantes. 


La Fleur du Dimanche 


3 jours, 3 nuits

Pôle Sud, le 20 et 21 janvier - 19h00

Conception, chorégraphie et danse : Louise Vanneste
Son : Cédric Dambrain
Dramaturgie : Sara Vanderieck
Scénographie : Arnaud Gerniers en collaboration avec Esther Denis
Éclairage : Arnaud Gerniers
Voix : Véronique Dumont et Betty Lamoulie
Assistante chorégraphique : Anja Röttgerkamp
Regard extérieur : Paula Almmiron
Production, diffusion et administration : Alix Sarrade (Alma Office)

Production : Rising Horses
Coproduction : Charleroi danse, POLE-SUD CDCN Strasbourg et les Brigittines – Bruxelles
Avec le soutien de l’Atelier de Paris
Avec l’aide de la Fédération-Wallonie-Bruxelles



Pôle Sud, le 20 et 21 janvier - 19h00

Chorégraphie : Sandrine Lescourant
Avec : Ashley Beckett, Mwendwa Marchand, Lauren Lecrique, Sonia Ivashchenko
Lumières et scénographie : Esteban Loirat
Production : Garde Robe
Coproduction : Collectif FAIR-E / CCN de Rennes et de Bretagne
Avec le soutien de la coopérative artistique des Micro-Folies, du TPE de Bezons, l’Etoile du Nord ; le Théâtre Louis Aragon, Scène conventionnée d’intérêt national Art et création danse (Tremblay-en-France).
La représentation a bénéficié d’une aide à la reprise et d’une diffusion du réseau Sillage/s avec le soutien de la DGCA/ Ministère de la culture.

DJ SET
Avec DJ Mab’ish
ME 21 JAN à l’issue de la représentation

mardi 20 janvier 2026

Portrait de Rita au TNS: Salutaire dissection d'un traquenard raciste

 Dans la série des "pièces témoignages" au TNS, nous avions déjà pu voir de Laurène Marx Pour un temps sois peu et Je vis dans une maison qui n'existe pas en novembre 2024 dans son style de "Stand-up triste". Sa rencontre avec la performeuse belge Bwanga Pilipili en 2023, à l'époque de l'affaire de Mathias, le fils de Rita, plaqué au sol par un policier dans une cour d'école les a amenés à collaborer sur ce qui a donné cette pièce Portrait de Rita, écrite par Laurène Marx et qui, partant de cet épisode, retrace le parcours de Rita, femme camerounaise jusqu'à cet événement qui a eu, en Belgique, des répercussions importantes.


Portrait de Rita - Laurène Marx - Bwanga Pilipili - Photo: Pauline Le Goff


Dans le livret programme du spectacle, dans un entretien avec Najate Zouggari, Bwanga Pilipili rappelle un de ses souvenirs d'enfance à l'école, où, lors d'une intervention sur les droits des enfants et des parents (et où l'enseignant disait que "si nous faisions des bêtises, ce sont nos parents qui seraient interpelés.") elle découvrait, alors que "dans le cadre d’un État de droit, on n’interroge pas les enfants et les policiers s’abstiennent de les contrôle", parmi ses petits camarades, au moins trois s'étaient "fait contrôler" alors qu' "Ils ont treize ans et ils sont non-blancs.". C'était il y a trente ans. Trente ans, peut-être le début de l'histoire de Rita, dont Bwanga Pilipili et Laurène Marx vont tracer le portrait, et le parcours dans un flash back pour analyser l'origine du mal - ce racisme insidieux qui, encore aujourd'hui, fait que "Là, tu vois qu’un enfant noir de neuf ans, ce n’est pas un enfant, c’est un Noir".


Portrait de Rita - Laurène Marx - Bwanga Pilipili - Photo: Pauline Le Goff


Dans une mise en scène minimaliste, avec quatre projecteurs qui vont "ouvrir" ou "fermer" notre perception de la performeuse, vêtue d'une très jolie robe colorée, pas "ethnique" pour un sou, Bwanga Pilipili va captiver notre attention par son jeu, son regard, ses gestes, le rythme qu'elle donne au texte et au récit pendant une bonne heure et demie. Ponctuée de quelques chansons pour souffler ou nous redonner de l'énergie, l'histoire, démarrant par le coup de fil de la directrice d'école, va dévoiler la situation incroyable et disproportionnée de la réaction de Mathias à un épisode de brimade. Et va nous conter, en analysant et déconstruisant le destin de sa mère Rita - c'est son récit de vie que rapporte Bwanga Pilipili - qui retrace son parcours de jeune femme de Yahoundé au Cameroun, vivant avec son père et s'occupant de lui jusqu'à son statut d'aide familiale de sa belle mère dans un petit village de Belgique près de Charleroi puis dans un refuge pour femmes battues qui fait presque prison. 


Portrait de Rita - Laurène Marx - Bwanga Pilipili - Photo: Pauline Le Goff


Destin incroyable auquel on assiste et qui est analysé et très bien déconstruit dans les différentes étapes où l'on voit un prédateur (Christian) reproduire une sorte d'esclavage (domestique et sexuel) sous une forme "policée", sous couvert d'amour et d'amitié et la met sous le joug de sa volonté. Le récit est simple mais fort, la démonstration limpide, la situation révoltante et l'on ne peut qu'être solidaire. L'injustice de la situation de ce qui souvent n'est qu'un "fait divers" de dix lignes dans un journal ou de cinq phrases à la télévision nous apparaît ici tellement vivant et éclatant qu'elle ne peut que nous bousculer dans notre apathie quotidienne qui nous mène à l'indifférence et nous appeler à un sursaut de notre conscience et une réprobation, si ce n'est une protestation. Et peut-être aider à réparer et à "aller au-delà" comme le dit encore Bwanga Pilipili dans le programme. En cela la pièce n'est pas que salutaire, elle est aussi vitale. Et elle nous donne de l'énergie.


La Fleur du Dimanche   


Portrait de Rita


Au TNS du 20 au 30 janvier 2026


[Texte] Laurène Marx
[À partir d’entretiens avec] Rita Nkat Bayang réalisés par Laurène Marx et Bwanga Pilipili 
[Avec] Bwanga Pilipili 
[Création lumière] Kelig Le Bars 
[Régie lumière] Emmy Barriere 
[Direction musicale] Laurène Marx 
[Création musicale] Maïa Blondeau avec la participation de Nils Rougé 
[Régie son] Nils Rougé 
[Collaboration artistique] Jessica Guilloud 
[Assistanat] Skandar Kazan 


Production Cie Hande Kader - Le Bureau des Filles* 
COPRODUCTION Théâtre Ouvert-Centre National des Dramaturgies Contemporaines, Les Quinconces-L’Espal Scène Nationale du Mans, Le Festival d’Automne à Paris, le Théâtre National Wallonie Bruxelles, Les Halles de Schaerbeek, Collectif FAIR-E-CCN Rennes, Théâtre National de Strasbourg, Théâtre Sorano Scène conventionnée [Toulouse] 
ACCUEIL EN RÉSIDENCE Mars – Mons, arts de la scène, CCNRB – Collectif FAIR-E, Les Quinconces l’Espal – Scène nationale du Mans, Théâtre Ouvert – Centre National des Dramaturgies Contemporaines. 
 
Créé le 11 Septembre 2025 au Théâtre Ouvert (Paris) - Festival d'Automne 

vendredi 16 janvier 2026

Laurent Epstein Trio with Anne Sila au Sunside: Un Parisien à New-York - des musiques de films éblouissantes

 Il en rêvait, il l'a fait ! Laurent Epstein, depuis 2009 où il avait enregistré l'album En toute simplicité avec son trio composé de Yoni Zelnik à la contrebasse et de David Georgelet à la batterie n'avait plus enregistré de disque sous son nom. Bien sûr il participé à une vingtaine de disques avec notamment Bireli Lagrène et Angelo Debarre et accompagné au piano de grands noms du jazz français et international. Mais depuis quelques temps, il portait ce désir d'enregistrer à New-York. Et il a lancé sa cagnotte en ligne pour lancer la machine. Pari réussi ! Avec Eddie Gomez qui avait joué avec Bill Evans, et Willie Jones III, le batteur qui a accompagné Horace Silver et Arturo Sandoval, auxquels s'est adjointe la talentueuse Vanisha Gould, ils ont enregistré en mars 2025 ce disque French Movies in New York sous la direction artistique de Daniel Yvinec. Comme son nom l'indique, ce sont des musiques de films qui ont bercé nos jeunes années et qui continuent de nous émouvoir. Des compositions arrangées en collaboration avec le talentueux Philippe Maniez, et c'est lui qui a l'honneur de tenir la batterie pour la release partie de ce disque qui vient de sortir fin 2025 pour cette série de concerts au Sunside - rien moins que deux sets par jour deux jours de suite. Et les concerts étaient complets pour la plus grande satisfaction de son producteur Jean-François Aubert. Celui de ce vendredi à 21h30 était un vrai bonheur, avec moultes surprises et généreux bis et rappel, même si la scène du célèbre Club de Jazz de la rue des Lombards ne permettait pas vraiment de mise en scène de disparition-apparition.  


Laurent Epstein - Clément Daldosso - Philippe Maniez - Photo: Robert Becker

Sur scène donc, Philippe Maniez à la batterie, Clément Daldosso à la contrebasse, et bien sûr Laurent Epstein au piano, nous offrent quelques titres du disque mais aussi d'autres pépites, pas moins intéressantes. En particulier, et pour commencer, la chanson du film de Louis Malle, Milou en Mai, composée par Stéphane Grappelli et qui permet à Laurent Epstein de se lancer dans une belle introduction au piano, rejoint par les deux musicien dans une bel échange complice. Pour continuer par la chanson La Complainte de la Butte du film French Cancan de Jean Renoir dont la musique de Georges van Parys a accompagné la voix de Cora Vocaire. Ici ce sont le piano et la contrebasse qui se partagent la triste mélodie. Le thème du film de José Giovanni La Scoumoune avec Jean-Paul Belmondo, composé par François de Roubaix, arrangé par Philippe Maniez, amène à la fois du rythme et de l'énergie, balancée par le trio. 


Laurent Epstein - Anne Sila - Clément Daldosso - Philippe Maniez - Photo: Robert Becker

Et c'est le moment d'accueillir la chanteuse Anne Sila - remplaçant au pied levé Vanisha Gould dont la venue en France s'est arrêtée à l'aéroport - pour une version très personnelle de la Chanson d'Hélène du film de Claude Sautet Les Choses de la Vie chantée par Romy Schneider. C'est Laurent Epstein au piano qui remplace - excusez du peu - Michel Piccoli et Anne Sila nous offre, en plus d'une interprétation très émouvante, une belle variation d'improvisations de sa voix cristalline et haut placée qui nous fait oublier la grande star de cinéma. 

Et moi je vous offre l'extrait ci-dessous filmé par Bernard Dumas:


Après Romy Schneider, au tour de Françoise Hardy et ses "Des Ronds dans l'eau" composés par Pierre Barouh et Raymond Le Sénéchal, chantés au départ par Annie Girardot et Nicole Croisille dans le film Vivre pour Vivre de Claude Lelouch. Anne Sila est très à l'aise dans cette version bilingue (elle a fait un séjour à New York de 3 ans à New York) et sa voix haut perchée fait des merveilles. De même pour la chanson du film La Cité des Enfants Perdus réalisé par Marc Caro et Jean-Pierre Jeunet en 1995, la chanteuse se mesure sans souci à Marianne Faithfull pour Who Will Take My Dreams Away composé par Angelo Badalamenti et apporte un bon rythme à cette chanson plutôt lente qui nous dit : "I can't give you all my dreams Nor the life I live."


Anne Sila - Clément Daldosso - Photo: Robert Becker

On passe au film culte des années 80 avec La Boum et la chanson Reality, le slow de Vladimir Cosma, plein de douceur et de sucrerie pour arriver à une très belle version de la chanson de Marilyn Monroe My Heart Belongs to Daddy où Laurent Epstein se permet des belles improvisations et Ana Sila nous offre une interprétation pleine d'énergie et qui offre à Clément Daldosso à la contrebasse l'occasion de nous démontrer également son talent d'improvisateur jazz.


Anne Sila - Clément Daldosso - Photo: Robert Becker

Et ce n'est pas fini puisque l'on repart, avec Les Moulins de mon coeur du film L'Affaire Thomas Crown de Norman Jewison avec Steve McQueen et Faye Dunaway. C'est Michel Legrand qui avait composé la musique et qui a aussi, entre autres interprété cette chanson qui ici trouve une interprétation très émouvante, autant par la voix que le piano. On sent que ce trio est très complice, les trois compères habitués à jouer et improviser ensemble, très à l'écoute des uns et des autres et se relayant dans les sets et les courts solos, privilégiant le jeu partagé et la symbiose de leur harmonie.


Laurent Epstein - Anne Sila - Clément Daldosso - Philippe Maniez - Photo: Robert Becker

Au final, c'est une très belle soirée où le public et ravi et comblé, dans la proximité complice de ce trio augmenté d'une très belle voix. Un petit bonheur cinématographique qui nous accompagne dans la Ville Lumière en bande son nostalgique, les yeux pleins d'étoiles et les oreilles bercées de douces et tendres mélodies éternelles.


La Fleur du Dimanche



jeudi 15 janvier 2026

L'Année Commence avec Elles à Pôle Sud: de l'eau à l'aune - la mesure du passé et de l'avenir

 Pour démarrer le Festival L'Année Commence avec Elles à Pôle Sud, Marcela Santander Corvalán, avec Agwuas, nous plonge à la fois dans l'élément liquide et les souvenirs, les légendes. Avec Gérald Kurdian – musicien·ne, performeur·euse - elle nous emmène dans une voyage féérique des bords du Rhin vers la plus longue côte du monde, plus de 3.400 kilomètres de long, avec les esprits, ici la Lorelei, là-bas les esprits du serpent qui fait de vagues et de celui qui soulève la terre. 


Marcela Santander Corvalan - Agwuas - Photo: Makoto C. Ôkubo


L'eau, élément de rêve et de songes par excellence, nous ramène à notre matérialité, à notre corps qui est constitué d'eau - même notre vision se fait à travers l'élément aqueux - et aux légendes de son enfance. Aux danses premières aussi qui amorcent la pièce. Les deux danseur.euse.s, habillés de couleurs fluo, dans une ambiance balançant entre la magie et la lumière noire des pistes de danse font le tour des vasques de sable qui contiennent de l'eau, faisant des ablutions pour se purifier et se retrouver avec leur passé. 


Marcela Santander Corvalan - Agwuas - Photo: Makoto C. Ôkubo


L'eau, don et bienfait, sera aussi l'objet d'adoration et la musique, le chant, objets de communion. Communion ultime d'ailleurs quand, pour clore cette exploration d'un élément fondateur - et précieux pour la vie - le public est invité dans un élan généreux et énergique sur la piste de danse où, l'ambiance et la température montant, le climax est atteint dans une dernier set torride où chacun peut libérer son énergie et donner de son corps et de sa sueur en participant à la danse des deux serpents dans une communion participative. Et libératrice. Ce qui semble tout a fait convenir, et plaire au public. Pari réussi.



La deuxième pièce de la soirée,  À l’aune de leurs peaux de Marie Barbottin s'intéresse aussi au corps dans sa matérialité. Particulièrement le corps de la danseuse à l'approche de la cinquantaine ans. Ayant découvert les textes de la philosophe Camille Froidevaux-Metterie sur ce passage de la vie d'une femme et s'appuyant sur des extrait de ses textes dits par la comédienne Anouk Grinberg, elle nous propose des flashes de questionnements sur les transformations physiques et physiologiques qui concernent les femmes, et les danseuses dans ce moment de bascule de leur vie. 


Marie Barbottin - A l'aune de leurs peaux - Photo: Romu Ducros


Le texte, d'une belle poésie fait écho aux réflexions des danseuses, et via des "zooms" sur le corps morcelé, découvert, montré, exhibé, tâté, trituré, palpé, mesuré, comparé, valorisé aussi dans sa douceur, sa souplesse, sa malléabilité. Le corps, encore capable de danser, d'être exhibé, de bouger, de soutenir, d'être caressé, de vivre. D'avoir sa beauté propre, une douceur et une maturité enfin gagnée. Les quatre puis cinq danseuses se confrontent à leurs corps, leur peau, leurs organes, aussi à la matière - sable et argile mouillée ou sèche qui dessine une espace lunaire - massant et triturant les éléments concrets mais aussi malléable, exhibant comme un étendard révolutionnaire ces portions d'épiderme et de chair gonflés de vie et d'énergie. 


Marie Barbottin - A l'aune de leurs peaux - Photo: Romu Ducros


Cette célébration de ces parcelles de vitalité et d'existence alterne avec quelques mouvements chorégraphiques qui se dessinent comme des ensembles coordonnés et avec des scènes de retrouvailles sororales et de réconfort. La diversité des interprètes et de leur présence corporelle permet d'élargir cet hommage à toutes les femmes dans ce mitan de leurs existence en le sublimant avec force et délicatesse. Une belle leçon de (longue) vie.


La Fleur du Dimanche 


A Pôle Sud  - 15 et 16 janvier 2026

Agwuas


Chorégraphie et interprétation : Marcela Santander Corvalán
Créé en collaboration avec et interprété par : Gérald Kurdian
Collaborations artistiques : Carolina Mendonça
Composition musicale : Gérald Kurdian
Lumière et espace : Leticia Skrycky
Instruments à eau : Vica Pacheco
Costumes : Ann Weckx
Régie son : Jean-Louis Waflart
Production, diffusion, Administration : Virginie Dupray



Conception : Marie Barbottin Ateliers de recherche et écriture : Camille Froidevaux-Metterie Cercles et recueil de paroles auprès de femmes cinquantenaires volontaires : Elvire Caupos Danse : Emma Gustafsson, Laurie Giordano, Véronique Teindas, Céline Angibaud, Sandrine Maisonneuve Création sonore et régie : Nicolas Martz, Alexis Derouet Création lumière : Juliette Delfosse Costumes : Aude Desigaux Assistanat : Yan Giraldou Regard extérieur : Annie Leuridan Administration, production, diffusion : Agnès Prévost

mercredi 14 janvier 2026

A la Filature, la rencontre de Moondog et de Bl!ndman: Point contre point, la musique nous fait voyager dans les hautes sphères

 Moondog est un musicien singulier, rare et précieux. Il n'a pas eu le succès que son talent aurait mérité. Bien qu'il ait étudié la musique jeune à Memphis, il l'a pratiqué en autodidacte et sa vocation de compositeur lui a été inspirée par la lecture par sa soeur de la vie d'un compositeur européen. Il faut dire que, né Luis Thomas Hardin en 1916 dans le Kansas et tributaire de la vie de son père prédicateur nomade, il voyage beaucoup et il a été rendu aveugle par accident à 16 ans, à cause d'un bâton de dynamite qu'il a ramassé entre deux rails. Il est fasciné au départ par les tribus amérindiennes - l'expérience, jeune, d'une danse du soleil, avec ses percussions, le marque fortement et la civilisation viking également, son père venant de Scandinavie et sa mère d'Allemagne.


Bl!ndman - Moondog - La Filature - Photo: Robert Becker

 

Il part s'installer à New-York en 1943 et y rencontre des compositeurs et chefs d'orchestre comme Leonard Bernstein et Arturo Toscanini, mais sa façon de se vêtir et son apparence de wiking le marginalisent et il s'installe à sur la 6ème avenue avec son chien partir de 1947. Il se fait d'ailleurs appeler Moondog en hommage à ce dernier. Il chante, invente des instruments avec lesquels il s'accompagne et compose. Il enregistre des disque et fréquente Philip Glass (qui dit de lui qu'il est à l'origine de la musique minimaliste). Son influence, vient outre les musiques des amérindiens et traditionnelles, des musiques polyphoniques, Monteverdi, Bach, mais il fréquente aussi le milieu du jazz en enregistre avec Charlie Parker (Bird). 


Bl!ndman - Moondog - La Filature - Photo: Robert Becker


Suite à un concert en 1974 en Allemagne à Francfort, il décide de s'y installer. Grâce à sa rencontre avec une étudiante qui le découvre en 1977, celle-ci l'héberge chez ses parent et s'en occupe. Elle lui transcrit ses partitions du braille et le soutient dans ses productions et ses tournées - dont un retour triomphal à New York en 1889, invité par Phil Glass pour l'ouverture du New Music Festival de New York. Il vivra jusqu'à 83 ans chez eux à Münster en Westphalie tout en continuant à composer. On recense plus de 800 oeuvres et plus de 80 "symphonies" - pièces pour orchestre - dans tous les styles et il a collaboré avec des nombreux musiciens contemporains, de jazz et, entre autre Stephan Eicher. 


Bl!ndman - Moondog - La Filature - Photo: Robert Becker


Curieusement, le nom du collectif collectif flamand Bl!ndman n'a rien à voir avec Moondog (que l'on pourrait croire chien d'aveugle) mais leur nom vient de la revue Dada de Marcel Duchamp The Blind Man. Mais c'est un heureux hazard que cette rencontre et ce hommage que les sept musiciens rendent à cet artiste mythique. Effectivement le collectif fondé par Eric Schleichin (après son groupe Maximalist!) oeuvre également dans la musique de film, pour la danse et la musique contemporaine. Ce quartet e saxophone augmenté à sept s'emparent de la très originale musique du compositeur éclectique et s'en sortent à merveille avec ces petits bijoux contrapunctiques que des morceaux qui frisent avec les fanfares ou encore avec le rock ou les boucles répétitives. Très curieusement, alors que souvent dans le jazz l'on est confronté à des morceaux fleuves, avec reprises temps d'improvisation pour les solistes, ici, rien de cela, ce sont de petites pépites (écrites) où chacun, chaque instrument a sa place et se positionne en regard des autres pour arriver à ce qui serait un diamant poli dont chacune des face est taillée pour renforcer la lumière des autres. Elles sont minimalistes et surtout pas bavardes, déroulant leur construction jusqu'à leur forme parfaite, souvent très courtes, deux à trois minutes en général. Ce qui, pour ce concert de presqu'une heure et demi en fait une belle liste.


Bl!ndman - Moondog - La Filature - Photo: Robert Becker


Les morceaux, dans de multiples variations s'appuient sur la puissance et les variations des multiples saxophones, du soprano au baryton, complété par le tuba, se combinent et s'entrelacent, déroulant quelquefois des anneaux de Moebius musicaux, quelquefois des ensembles ressemblant à des fanfares de rues, parfois déroulant de légères mélodies baroques ou des choeurs d'église. Certaines pièces partent dans des montée en puissance impitoyables, nous emportant dans leur tourbillon impitoyable. D'autres nous suspendent dans de douces mélopées, ou, au contraire nous font cavaler sur un rythme effréné. De temps en temps, les voix se mêlent, comme dans des oratorios baroques, ou des mélodies de dessins animés.


Bl!ndman - Moondog - La Filature - Photo: Robert Becker


Des chansons, quelquefois drôles ou romantiques à souhait viennent transformer l'atmosphère. Un hymne majestueux enfle et grossit ou un moment de douceur et de songe attendrit l'atmosphère. La batterie rythme de manière implacable les compositions ou alors ce sont des tambours et djembé qui apportent un toucher plus doux. Des clochettes apportent un souffle léger ou la guitare acoustique dessine une légère ligne mélodique alors que celle, électrique, introduit une mélodie que les voix vont développer. Multi-instrumentistes, même s'ils jouent essentiellement du saxophone et de la clarinette (et bien sûr le tuba), la flûte et le duduk et même une sorte d'accordéon à main apparaissent sur scène. Un piano, synthé accompagne également certaines compositions, c'est dire la richesse et la variété de ces compositions dont on ne se lasse pas. L'éventail se déploie et le concert, très apprécié parvient à donner la mesure (presque démesurée) des facettes du talent de ce compositeur prolixe.


Bl!ndman - Moondog - La Filature - Photo: Robert Becker

Bl!ndman - Moondog - La Filature - Photo: Robert Becker


Et en cerise sur le gâteau, Bl!ndman nous offre l'hommage à Bird que Moondog lui avait composé peu avant sa mort à Charlie Parker Bird's Lamment.


La Fleur du Dimanche


Distribution

direction artistique, tubax, saxophone alto, flûte, guitare électrique, basse électrique, voix Eric Sleichim BL!NDMAN [sax] : saxophones, voix Pieter Pellens, Hendrik Pellens, Piet Rebel, Sebastiaan Cooman BLINDMAN [drums] : percussions, tuba Gideon Van Canneyt percussions, guitare électrique, arrangements  Ward De Ketelaere.

Production BL!NDMAN, commande de Brosella 2023.

mardi 13 janvier 2026

Aux Suivantes ! au TJP: Quand l'Art arrive aux femmes, qu'en font-elles ?

 C'est très symptomatique que la première réponse du public (d'une fille) à la question de Juliette Steiner lors du bord de plateau après le spectacle Aux Suivantes ! au TJP sur l'image qui l'a marqué(e) dans le spectacle soit "le masque de singe". Symptomatique et curieux, parce que Juliette Steiner semble avoir de la suite dans les idées. Parce que cette pièce interroge la place de la femme dans l'Art et la création en général. La première question posée au public (masculin et féminin) en introduction concernait notre premier souvenir d'un acte créatif. Pour la metteuse en scène, cela lui rappelait un épisode symbolique où, très jeune (vers les cinq ans), on refuse de lui attribuer (pour une raison discriminante?) la maternité d'une création, un dessin. Et que ce dessin est un autoportrait avec un gorille. Un gorille, c'est le masque dont se coiffent les membres du groupe d'artistes féministes actif aux Etats-Unis pour défendre la place des femmes dans l'Art et les Musées, les Guerrillas Girls. Masque hautement symbolique, et caustique. Ainsi, à linstar de ce groupe, pour contrebalancer la très faible présence des femmes dans les musées, à part celle, souvent nues, sur les tableaux, Aux Suivantes ! leur donne la parole. Et l'action, le pinceau et le pistolet (à peinture), à l'image de Niki de Saint Phalle et de ses "Tirs" - tableaux créés à partir de tirs à la carabine sur des surfaces préalablement préparés et qui font d'elle l' "incarnation de la femme artiste, engagée et militante".


Les Suivantes - Quai numéro 7 - Juliette Steiner - Photo: Malu França


La parole est aussi donnée à Georgia O'Keefe, Orlan, Louise Bourgeois, Claude Cahun et bien d'autres. Mais pas seulement la parole, parce que la pièce met en scène certains épisodes symboliques pour ces artistes créatrices, transposés sur scène. Il y a par exemple un épisode révélateur de la relation de Louise Bourgeois avec son père (presqu'un tour de magie avec une orange), très explicite, qui débouche sur une réactivation d'une de ses oeuvres, "Destruction du père". Pour quelques-unes des artistes, la relation à leur père est fondamentale, critique voire cruciale. Autre questionnement, celle de la douleur, de la violence voire du viol ou de l'assassinat, que l'on trouve dans le travail d'Orlan, de Marina Abramovic (et ses performances) et d'Artemisia Gentileschi ou d'Ana Mendieta. 


Les Suivantes - Quai numéro 7 - Juliette Steiner - Photos de répétition


Les mises en scènes sont extrêmement soignées, les décors et les costumes magnifiques - un superbe travail d'équipe*. On démarre par un tableau presque surréaliste du côté de chez Magritte (excusez la référence masculine) et les différents tableaux successifs touchent leur cible (Niki de Saint Phalle ou la reconstitution très prenante d'une performance de Marina Abramovic) et les "tableaux vivants " d'Artemisia Gentileschi sont d'une grande beauté et "parlants ", voire "poignants ". La " traversée du miroir" (ou du tableau) par Niki de Saint Phalle est quant à elle magique. Le parcours de ces destins variés et complémentaires se fait par bifurcations et rebonds, les surprises sont stimulantes et les changements de style de traitement ou d'angle d'attaque aiguillonnent, la musique aussi nous accompagne dans ce parcours et Ludmila Gander à la guitare et aux synthés enveloppe ces épisodes de ses créations, rythmes et nappe sonores. D'ailleurs la musique prend également sa place dans la création, convoquant Britney Spears (qui s'est rasée le crâne), Brigitte Fontaine qui veut qu'on l'aime " Eternelle"

Je veux être aimée sans parure
Je veux être aimée pour ma peau
Et non pas pour des peaux de bêtes
Aimée pour la soie de mon dos
Belle dans le simple appareil
D'une fille arrachée au sommeil
Eternelle éternelle

C'est aussi le choix de l'une des actrice, également chanteuse, Nabila Mekkid qui assume son corps et nous offre quelques moments de "girls band" où l'on peut apprécier le style et la danse de Camille Falbriard et Ruby Minard ou des moment de rap bien branché. N'oublions pas Claude Cahun( Lucy Schwob), la photographe (surréaliste) qui vivait avec l'artiste Marcel Moore (Suzanne Malherbe) et qui s'est déclarée du genre "neutre" dans les années 1930 et dont le très intéressant épisode de résistance sur l'ile de Jersey (où elle avait acquis une maison) et où elles deux diffusaient des tracts en allemand signés "le soldat sans nom". Preuve que l'engagement ne s'arrête pas dans l'atelier du peintre ou le studio ou le labo de la photographe. Tout comme le travail de création théâtral d'aujourd'hui n'est ni circonscrit à la salle ni restreint à un texte que réciteraient les commédien.nes. 

Le théâtre et son sujet sert aussi à nous positionner dans notre propre vie et à nous interroger sur nos représentations, par exemple quand on parle de peinture et de nus, à ne pas penser la femme comme "modèle" et non comme "agissante".

L'intérêt de cette pièce est bien de nous faire découvrir - ou à élargir notre connaissance de l'acte créatif en nous rendant tout à fait naturel que la femme est bien une actrice de cette création. Et que la quinzaine de femmes (avec un homme) qui ont porté cette pièce sur scène valent bien d'autres talents masculins. Vivent les Femmes. Et merci à elles. L'année commence bien avec elles!


La Fleur du Dimanche


Du 13 au 24 janvier 2026 - TJP - CDN - Petite salle - Pont Saint - Martin -  

30 janvier 2026 - 19h00 - CEEAC, Strasbourg  - forme hors les murs

10 février 2026 - 12h00 - Maison interuniversitaire des sciences de l'homme (MISHA) Strasbourg Forme hors les murs avec le  TJP, Cdn de Strasbourg

8 mars 2026 - 10h30 et 16h30  - Musée d’Art Moderne de Strasbourg et Contemporain (MAMCS) Strasbourg - Forme hors les murs

17 avril 2026 - 19h30 - Théâtre de la ville du Luxembourg (Capucins Libres)

28 avril 2026 - 20h00  - La Madeleine, scène conventionnée de Troyes


Aux Suivantes !

Avec
Camille Falbriard, Ruby Minard, Ludmila Gander, Juliette Steiner et Nabila Mekkid
Mise en scène, création plastique et masques 
Juliette Steiner
Assistanat à la mise en scène
Malu França
Scénographie
Violette Graveline
Costumes
Juliette Steiner, Violette Graveline, Malu França
Création Lumière
Fanny Bruschi
Création sonore 
Ludmila Gander 
Création musicale
Camille Falbriard, Ludmila Gander,
Ruby Minard,
Nabila Mekkid, Juliette Steiner 
Complicité artistique et musicale
Naëma Tounsi
Construction
Anthony Latuner 
Stagiaires scénographie
Mercedes Bocabeille et Lénaïs Parat
Collaboration à la direction administrative et de production 
Nona Holtzer
Collaboration à la direction artistique et au développement
Amela Alihodzic
Production
Compagnie Quai N°7
Résidences, soutiens et coproduction
TJP, Cdn de Strasbourg,
Les Théâtres de la ville du Luxembourg,
La Madeleine, scène conventionnée de Troyes,
L’étincelle - Communauté d’agglomération de Saint-Dié-des-Vosges,
Université de Strasbourg,
Espace 110 - scène conventionnée d’Illzach,
La Filature - scène nationale de Mulhouse

mercredi 7 janvier 2026

Radio Live - le Triptyque - Vivantes au TNS : Le fil de la vie court le long du micro

 Sur le plateau de la salle Bernard Marie Koltès du TNS à Strasbourg, la vie devient théâtre, mise en scène en direct par Aurélie Charon dans Radio Live - Vivantes. Un savant mélange de médias: images, photos d'archives ou de mémoire choisies et commentées en direct, images vidéo tournées il y a quelques temps et visio en direct, textes qui défilent, placard affichés, animations qui naissent sous nos yeux superposés aux images projetées en grand sur le fond d'écran et musique et chansons magnifiquement interprétées par Emma Prat pour à la fois rythmer, souligner ou accompagner les récits qui se tissent et s'entrecroisent au fil des plus de deux heures que l'on ne voit pas passer. 


Radio Live - le Triptyque - Vivantes


La vie, l'intime des trois protagonistes qui se relaient sur scène ou à l'écran, liant intimement leur expérience et la "Grande Histoire" nous rapproche de ces trois "témoins" qui ont participé et vivent encore des pans de l'Histoire que l'on voit d'habitude par la lorgnette de la télé, des médias et des réseaux sociaux. Mais le ton d'Aurélie Charon, qui navigue entre confidence et séance de psychanalyse - sa voix ultra-présente qui nous chuchote à l'oreille, alors qu'elle est quelquefois presqu'effacée du plateau - réussit à guider, à accoucher ses interlocutrices de leurs souvenirs, leurs sentiments, leurs pensées. Et nous inclut au plus intime de leur vie.


Radio Live - le Triptyque - Vivantes


Sur le plateau 100 % féminin (avec Gala Vanson aux manette visuelles et dessins) ce sont trois témoins qui ont tissé des liens entre elles, qui ont déjà partagé des moments de vie (et un voyage en Bosnie) qui nous dévoilent au fur et à mesure chacune leur parcours. Pour certaines il s'agit d'un déjà long compagnonnage avec Aurélie Charon - pour Oksana Leuta par exemple cela remonte à l'époque de Maidan en 2014 - et elles étaient déjà de la partie en 2023 pour Radio live - la relève. Elles nous partagent leurs souvenirs, leurs doutes, leurs douleurs, leurs projets et leurs vies, les relations avec leur famille et les multiples péripéties vécues, chacune exemplaire en quelque sorte dans leur situation. Par exemple pour Ines Tanovic, nous sommes témoin de la guerre Serbo-Croate qui a marqué l'effondrement de la Yougoslavie en 1991. 


Radio Live - le Triptyque - Vivantes


Elle nous montre la ligne de front à Mostar (la ville d'avant et les immeubles criblés de balles qui ne sont pas encore rénovés, le célèbre pont,...), Sarajevo où sa soeur était bloquée, séparée de la famille, son parcours de blessée de guerre (son corps dans lequel restent une cinquantaine d'éclats d'obus), son engagement dans une association Compas071 qui aide les réfugiés là-bas. Elle révèle aussi son parcours familial - ses parents, un couple mixte serbe et croate, ce qui a conduit son père dans les camps et à la mort. C'est une histoire presque similaire pour Hala Rajab dont nous avions pu découvrir précédemment d'autres pans de l'histoire avec son père communiste à Lattaquié en Syrie, lui aussi emprisonné, mais où un nouvel épisode - avec le départ de Bachar el-Assad et les massacres qui s'en sont suivis - montrent que la vie, et l'Histoire, ne s'arrêtent pas. Avec Oksana Leuta, nous sommes plongés dans le conflit en Ukraine et assistons aux péripéties auxquelles a été confrontée cette jeune femme professeure de Français qui a décidé de revenir au pays (elle était en vacances au Sri Lanka quand l'invasion russe a débuté) et qui s'est totalement impliquée dans le combat en devenant "fixeuse". Et l'on a droit à des images de "l'intérieur" du conflit et de la vie quotidienne des habitants (avec même un "direct" avec sa mère à Kiev).


Radio Live - le Triptyque - Vivantes


L'aspect intime et familial est très présent et ces relations pas toujours simples avec les parents (en particulier les pères - présents puis absents) et les mères. Et tous les sentiments que ça remue sont traités avec délicatesse, mais sans éviter les questions et les points de tension, les douleurs. La présence de ces mères, repères dans leur vies, mais aussi les pertes et les morts sont un balancier dans cet équilibre que les protagonistes cherchent à construire. Les mélodies et les chansons qu'Emma Prat nous interprète de sa magnifique voix a capella, ou avec sa guitare ou son synthétiseur apportent un complément d'émotion et de sens dans ce voyage en rhizomes entre les pays et les relations qui se construisent et débordent de la scène et de l'écran pour nous toucher au plus profond du coeur et de l'âme. Un très bel hommage à ces parcours et ces engagements et une leçon de vie et d'humanité.


La Fleur du Dimanche

Je vous invite à aller voir les trois versions de Radio Live: Vivantes - Nos vies à venir et Réuni.es - Une "intégrale" des 3 versions sera présentée le samedi 10 janvier à partir de 13h00 au TNS 

Radio Live - Vivantes

Au TNS du 7 au 14 janvier 2026


[Conception et écriture scénique] Aurélie Charon 
[En complicité avec] Amélie Bonnin et Gala Vanson
[Avec]  Oksana Leuta, Hala Rajab, Ines Tanović
[Création musicale] Emma Prat 
[Création visuelle live] Gala Vanson 
[Musique live] Emma Prat 
[Identité graphique] Amélie Bonnin 
[Images filmées] Thibault de Chateauvieux, Aurélie Charon, Hala Aljaber 
[Montage vidéo] Céline Ducreux, Mohamed Mouaki 
[Régie son] Vincent Dupuy
[Mixage audio] Benoît Laur 
[Espace scénique] Pia de Compiègne 
[Création lumière] Thomas Cottereau
Rencontres issues des séries radiophoniques et des voyages de Aurélie Charon et Caroline Gillet
Artiste associée Chaillot, Théâtre National de la danse 
La Comédie de Caen, CDN de Normandie 
Le Méta, CDN de Poitiers
Direction de production Mathilde Gamon
Production Radio live production, Mathilde Gamon 
Coproduction Comédie de Caen - CDN de Normandie, Bonlieu scène nationale d’Annecy, MC93 – Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis, Le Méta - CDN de Poitiers, MC2: Grenoble, Théâtre national de Strasbourg, Institut du Monde Arabe, Festival d’Avignon Soutien Direction régionale des affaires culturelles d'Île-de-France Fondation d’entreprise Hermès


jeudi 1 janvier 2026

Bonne Année 2026 - Prenez la bonne route (pas la 66) et les bons voeux (sans IA) pour l'an 9

 

Pour l'an neuf, ne soyons pas hippopotomonstrosesquipédaliophobique, ni hexakosioihexekontahexaphobique 

et trouvons le bon chemin pour les voeux.


Par exemple:

Bonneannéeetbonnesantéetquedubonheurpourdeuxmillevingtsix !


Et notre photo entièrement naturelle et sans trucage électronique ni IA*:




Pour vous permettre de vous impliquer également dans les voeux, vous pouvez choisir les vôtres (et rayer les mentions inutiles) ci-dessous:

Nous vous souhaitons:

Plus d’élan, d’ouverture, d’audace, d’évolution, d’imagination, d’espérance, d’authenticité, d’ancrage, d’écoute, d’attention, d’amitié, d’équilibre, d’espoir, d’amour, de justesse, de cohérence, de possibles, de liberté, de clarté, de sens, de conscience, de vérité, de lien, de respect, de bienveillance, de partage, de solidarité, de sincérité, de présence, de santé, de joie, de sérénité, de confiance, de douceur, de lumière, de paix,…


Geneviève et Robert


*Si vous avez trouvé la réponse concernant l'image vous pouvez nous l'envoyer. 

P.S : Renvoyez-nous aussi le tiercé gagnant pour un « bonus » de Voeux. 

P.P.S. Si vous laissez un commentaire en ligne sur le blog, laissez votre nom et prénom

P.P.P.S. Pour recevoir les Voeux en 2027 en conformité avec les règles RGPD, merci de vous inscrire ici pour confirmer votre accord. 

Pour avoir une autre vue de Voeux 2026, il vous suffit de répondre à mon adresse mail (ne pas "répondre à" la machine Brevo), je vous répondrai.

Vous pouvez vous désinscrire à tout moment. Ne sont enregistrés que votre nom, votre prénom et votre adresse mail.


Pour votre information: 

hippopotomonstrosesquipédaliophobique De l'anglais hippopotomonstrosesquipedaliophobia, obtenu par extension (humoristique) du mot sesquipedalian (« sesquipédal »), désignant un long mot qui a beaucoup de syllabes, dérivé du latin sesquipedalis (« long d’un pied et demi »), avec une combinaison de monstrum (« monstre ») et hippopotamus (« hippopotame »), et le suffixe -phobia (« -phobie »). Le redoublement du « p » est probablement une faute volontaire ayant pour but d'augmenter la longueur du mot.
Définition : Peur des mots trop longs, qui sont constitués de trop de syllabes.

L’hexakosioihexekontahexaphobie (littéralement, "peur du nombre 666" en grec ancien, "six cent soixante six" s'écrit "ἑξακόσιοι ἑξήκοντα ἕξ", soit "hexakosioï hexêkonta hex") est une peur qui tire son origine du verset 13:18 de l'Apocalypse, l'un des livres de la Bible. Ce verset indique que le nombre 666 est le nombre de la Bête, bête associée à Satan ou à l'Antéchrist

Bonne Année 2026 - Prenez la bonne échelle pour approcher des fleurs et du bonheur


Pour l'année 2026, 

Je vous souhaite:

De prendre le temps pour apprécier chaque instant de Bonheur.

De profiter de la Vie 

De profiter de la Nature, 

De faire attention à elles et aussi aux Hommes et Femmes qui les partagent avec Vous.

De participer à la quête de plus de justice et d'égalité, de fraternité.


Nous sommes peu de chose.

Et en même temps nous avons le pouvoir de choisir.

Usons-en pour aller dans la bonne direction.

Et usons de notre lumière (pas électrique) pour éclairer le Monde.


Bonne Année 2026 - Photo: Robert Becker


Bonne Année 2026


La Fleur du Dimanche